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mardi 1 décembre 2015

Le Goncourt des lycéens à Delphine de Vigan


Clôturant les prix littéraires français, le Goncourt des lycéens va cette année à Delphine de Vigan pour son roman "D'après une histoire vraie" (JC Lattès, lire ici), déjà couronné il y a un mois par le prix Renaudot. Les lycéens ont dit avoir apprécié la "réflexion intense qu'apporte le roman". Voilà bien la preuve que je ne suis plus lycéenne.
La lauréate l'a emporté par huit voix contre cinq à Tobie Nathan ("Ce pays qui te ressemble", Stock). Son roman s'est déjà vendu à près de 200.000 exemplaires.

mardi 24 novembre 2015

Sorj Chalandon, Prix du Style 2015

(c) Sacha Lenormand.


Sorj Chalandon avait ouvert la saison des prix littéraires 2015 en étant sélectionné pour le prix du roman Fnac qui fut remis, rappelons-nous, déjà le 1er septembre (à Laurent Binet). Il la clôture en recevant ce mardi 24 novembre le Prix du Style 2015 pour "Profession du père" (Grasset, 318 pages).
Un superbe roman où il met des mots sur ses maux d'enfant. A lire ici une longue note sur ce roman bouleversant, complétée d'un bel entretien avec l'auteur.


Les lauréats précédents
2014 Olivier Rolin, "Le météorologue" (Seuil)
2013 Céline Minard, "Faillir être flingué" (Rivages)
2012 Marie-Hélène Lafon, "Les pays" (Buchet-Chastel)
2011 Véronique Bizot, "Un avenir" (Actes Sud)
2010 Harold Cobert, "L'entrevue de Saint-Cloud" (Héloïse d'Ormesson)
2009 Brice Matthieussent, "Vengeance du traducteur" (P.O.L.)
2008 Bernard Quiriny, "Contes carnivores" (Seuil)
2007 Louis-Stéphane Ulysse, "La fondation Popa" (Panama)
2006 Emmanuel Venet, "Ferdière, psychiatre d'Antonin Artaud" (Verdier)
2005 Stéphane Audeguy, "La théorie des nuages" (Gallimard)

mercredi 18 novembre 2015

Nous, Eve de Castro, romancière

Eve de Castro. (c) Philippe Matsas/Opale/Leemage.
Elle est menue et toute habillée de noir, la romancière française Eve de Castro quand je la rencontre lundi matin. Elle a passé le dernier week-end à Bruxelles pour participer au premier Salon du livre d'histoire de Bruxelles, en compagnie d'une partie de la soixantaine d'auteurs annoncés - certains ont annulé leur venue à cause des attentats de Paris. La manifestation se déroulait le dimanche 15 novembre, jour de la fête du Roi, au Palais Charles Quint au Coudenberg.

Elle assure, Eve de Castro. Elle assume. Elle avait quitté Paris ce vendredi 13 novembre, déjà de sinistre mémoire, par le Thalys de 18 heures. Mais a décidé de rester à Bruxelles, de faire le boulot. "Travailler, c'est aussi une façon de résister", avance-t-elle. On parlera donc de l'actu, de ce qui l'a causée et aussi de son nouveau livre, "Nous, Louis, Roi" (L'iconoclaste, 220 pages). Un livre historique comme la majorité de ceux qu'elle écrit, mais profondément humain.

Elle y raconte superbement, à la première personne, les dix-sept jours et les dix-sept nuits qui ont précédé la mort de Louis XIV. En 1715, il y a tout juste trois siècles. Grâce à elle, on découvre l'homme derrière le roi en fin de vie. Dans son magnifique palais de Versailles, le despote éclairé fait son examen de conscience, se réjouit et se repent, cherche l'apaisement avant son départ. Immanquablement, on pense aux tyrans d'aujourd'hui. L'un ou l'autre se remettra-t-il en question au moment de quitter cette terre?

Eve de Castro connaît bien le Roi Soleil. Elle lui a consacré plusieurs romans historiques, a participé au scénario du film "Le Roi danse", à celui de la série télévisée "Versailles" qui passe en ce moment. "Louis XIV et moi, c'est une longue histoire de fascination", dit-elle en sirotant un thé. "Mon premier livre, en 1987, il y a plus de vingt-cinq ans, portait sur ses bâtards."

Ce qui est devenu une familiarité réelle a donné ici un livre différent des biographies habituelles: "Je me suis dit qu'il fallait que je prenne le sujet du roi lui-même pour faire de lui un portrait en creux. A l'occasion du tricentenaire de sa mort, plein de biographies classiques vont paraître. Mais qui allait parler de l'homme? On connaît le roi guerrier, on connaît le roi mécène, mais n'était-il pas temps d'aller vers l'homme?" Une question étayée par son livre précédent qui portait sur les dessous de la scène à Versailles. "J'ai été frappée par l'abime entre le corps glorieux du roi et la réalité. Son corps malade montre qu'il a été une personne."

Eve de Castro raconte donc les dix-sept jours et les dix-sept nuits qui précèdent la mort de Louis XIV "Le chiffre 17 est important en numérologie," ajoute-t-elle. "C'est le nombre d'étapes qui conduisent du matériel au spirituel. C'est aussi le nombre de fenêtres du château de Versailles. C'est encore le pressentiment que Louis XIV a du nombre de jours qui lui restent avant sa mort." Le roman s'ouvre sur une scène dans les jardins du château où le roi nourrit ses carpes et où sa préférée, Soleil d'Or, dessine dix-sept cercles devant lui.

Roman confession, "Nous, Louis, Roi" se glisse dans l'intimité du roi, à la fois dans son corps rongé par la gangrène, dans son cœur ému par de nombreuses femmes et dans son esprit qui revisite les décisions qu'il a prises durant son long règne, les bonnes et celles qu'il reconnaît mauvaises. Petits ou grands, différents éléments historiques surgissent au hasard des méditations du malade. En parallèle, ce dernier fait son bilan, en tant que roi et en tant qu'homme. "Il a aimé la guerre, il a aimé la gloire. A la fin, il passe ses journées en public, mais la nuit il est seul avec lui-même." Le roi ne danse plus.

Au fur et à mesure que la maladie progresse, pourrir vivant, quelle claque pour un roi déifié, on se rend compte de l'absolu contrôle de lui-même qu'il a. Dans la souffrance physique notamment. Cela n'excuse bien sûr pas le million de personnes mortes sous son règne mais cela révèle un aspect de Louis XIV. Forte d'une riche documentation, Eve de Castro s'est coulée dans la peau de ce vieux monsieur d'hier. Elle montre comment le roi s'est donné ces dix-sept étapes pour passer du statut de dieu vivant à celui de l'homme Louis allant vers la lumière. "Il est mort les yeux grands ouverts, en paix avec lui-même après ce cheminement", note-t-elle. 

"Ecrire ce livre m'a bouleversée", ajoute-t-elle. "Quelle humilité le dernier jour! Il s'est alors complètement dépouillé des vêtements de la majesté et il a été d'une extrême politesse avec son entourage jusqu'au bout." On l'a compris, pas besoin de se trouver dix-sept bonnes raisons pour lire ce livre remarquablement composé et écrit et profondément humain.







mardi 17 novembre 2015

Encore une petite fournée de prix littéraires

Cela sent la fin mais ce n'est pas fini. Presque toutefois.
Session de rattrapage.

Mardi 10 novembre, le prix du Premier roman français a été décerné à Didier Castino pour "Après le silence" (Liana Levi). Dans la catégorie "premier roman étranger", le jury a distingué deux ouvrages: "Les nuits de laitue" de la Brésilienne Vanessa Barbara (Zulma) et "L'ange de l'oubli" de l'Autrichienne Maja Haderlap (Métailié).

Jeudi 12 novembre, le prix Interallié est allé à Laurent Binet pour son roman "La Septième fonction du langage" (Grasset), déjà lauréat du prix du roman Fnac le 1er septembre dernier. De justesse donc, l'écrivain multisélectionné reçoit le dernier grand prix littéraire pour son roman sur Roland Barthes, au second tour par six voix.


Lundi 16 novembre, Alice Zeniter a appris qu'elle était la lauréate du prix Renaudot des lycéens pour son quatrième roman, "Juste avant l'oubli" (Flammarion). Le prix lui sera remis début décembre.






Le même jour, le romancier britannique Martin Amis a reçu le prix du Meilleur livre étranger pour "La zone d'intérêt" (traduit de l'anglais par Bernard Turle, Calmann-Lévy), son quatorzième roman. Le jury l'a choisi par six voix contre trois à Erikur Örn Norddahl pour "Illska" (Métailié), une à Stefan Brijs pour "Courrier des tranchées" (Heloïse d’Ormesson) et une à Diane Setterfield pour "L’homme au manteau noir" (Plon).

Le Prix du Meilleur livre étranger en catégorie essai va, lui, à l'Autrichien Christoph Ransmayr pour "Atlas d'un homme inquiet" (traduit de l'allemand par Bernard Kreiss, Albin Michel),  par neuf voix contre deux à "Fairyland", d'Alysia Abbott (Globe). A noter qu'il est déjà le lauréat du Prix Jean Monnet de littérature européenne.

Créé en 1948 par un groupe de directeurs littéraires de maisons d'édition, le Prix du Meilleur livre étranger a été l'un des premiers à distinguer des ouvrages de littérature étrangère. Son jury actuel se compose d'Ariane Fasquelle, Christine Jordis, Anne Freyer, Nathalie Crom, Joëlle Losfeld, Catherine Enjolet, Daniel Arsand, Manuel Carcassonne, Gérard de Cortanze, Jean-Claude Lebrun, Alexis Liebaert et Joël Schmidt.

Par contre, la remise du prix Goncourt des lycéens, prévue ce mardi 17 novembre, est reportée sine die en raison des attentats à Paris.



Les sélections et prix
Jean Giono (remis), ici, ici et ici 
Grand Prix du roman de l'Académie française (remis), ici,  ici et ici
Décembre (remis), iciici  et ici
Goncourt (remis) et Goncourt des lycéens, ici, iciici et ici
Renaudot (remis), ici,  ici, ici et ici
Femina (remis), iciiciici et ici
Médicis (remis), ici,  ici, ici et ici
Wepler (remis), ici et ici
Grand Prix de littérature américaine (remis), iciici et ici
Flore, ici, ici et ici
Interallié, ici et ici

mardi 10 novembre 2015

Le prix de Flore à Jean-Noël Orengo


La saison des prix littéraires 2015 s'achève doucement - encore l'Interallié jeudi et le Goncourt des lycéens la semaine prochaine. Mais ce mardi 10 novembre, c'est le tour du prix de Flore (6100 euros et un verre de Pouilly par jour pendant un an). Il va à Jean-Noël Orengo pour "La Fleur du Capital" (Grasset, 768 pages). Il l'a emporté au deuxième tour par huit voix contre quatre à Emilie Frèche ("Un homme dangereux", Stock). A noter que l'auteur avait déjà reçu le prix de Sade 2015 pour ce volumineux roman, son premier, sorti en janvier.

Le livre met en scène cinq personnages perdus dans la nuit de Pattaya, la célèbre station balnéaire de Thaïlande où le sexe et l'argent sont rois: Marly, l'exilé en sursis; Porn, la ladyboy parfaite, dont il est amoureux; Kurtz, le guerrier de la passe; Harun, l'architecte obsédé; et Scribe, l'auteur fétichiste de la cité.

Petit point sur les prix
Prix Jean Giono: Charif Majdalani (Seuil)
Grand Prix du roman de l'Académie française: Hedi Kaddour (Gallimard) et Boualem Sansal (Gallimard)
Prix Décembre: Christine Angot (Flammarion)
Prix Goncourt: Mathias Enard (Actes Sud)
Prix Renaudot: Delphine de Vigan (JC Lattès), Didier Blande (Gallimard) et Vénus Khoury-Ghata (Mercure de France/Folio)
Prix Femina: Christophe Boltanski (Stock), Kerry Hudson (Philippe Rey) et Emmanuelle Loyer (Flammarion)
Prix Médicis: Nathalie Azoulai (P.O.L.), Hakan Günday (Galaade) et Nicole Lapierre (Seuil)
Prix Wepler: Pierre Senges (Verticales) et Lise Charles (P.O.L.)
Grand Prix de littérature américaine: Laird Hunt (Actes Sud)
Prix de Flore: Jean-Noël Orengo (Grasset)

Alors, à qui l'Interallié? Charles Dantzig ou Laurent Binet, les deux grands absents des prix malgré leurs sélections? Lionel Duroy, publié en début d'année, ou Philippe Jaenada, l'outsider, rajouté en dernière minute? Deux auteurs Grasset, deux auteurs Julliard.


Les sélections et prix
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Décembre (remis), iciici  et ici
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lundi 9 novembre 2015

Laird Hunt, Grand prix de littérature américaine

YES! Laird Hunt est le lauréat du premier Grand prix de littérature américaine tout juste créé (lire ici), pour son superbe roman "Neverhome" (traduit de l'américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud, 262 pages). Je le dis tout net: il était mon préféré des finalistes (lire ici). Le jury a distingué un livre "qui offre le magnifique portrait d'une femme confrontée à la violence des hommes et du monde, ici celle de la guerre de Sécession. Les dialogues sont d'une grande modernité que la traduction d'Anne-Laure Tissut restitue à la perfection. Le texte est parcouru d'images saisissantes de beauté et de poésie, mais il est surtout porté par un vrai souffle romanesque."

L'Américain était déjà venu en tournée européenne à la fin de l'été - on l'avait ainsi vu à l'Intime Festival à Namur - et reviendra à Paris du 7 au 11 décembre afin de recevoir son prix.

"J'étais forte, lui pas, ce fut donc moi qui partis au combat pour défendre la République." Rudement efficaces, les premiers mots du cinquième roman de Laird Hunt,  le magnifique "Neverhome" justement récompensé (il avait aussi été repéré par les dames du prix Femina). Ils nous apprennent qu'une narratrice part à la guerre pour y remplacer son mari. On verra très vite qu'elle le fait en secret de la société et de l'armée, qu'elle se travestit en homme, puisque les soldates n'étaient pas admises durant la guerre de Sécession. Constance devient Ash Thompson.

Si le livre dit l'horreur des combats et de la guerre, il fait surtout le portrait d'une femme déterminée dans ses choix. Au sein du régiment ou en solo lorsqu'une bataille la coupe des autres soldats. Comment une femme en uniforme peut-elle survivre malgré les épreuves qui minent son chemin? Par amour pour son époux, le doux  Bartholomew qu'elle a laissé à la ferme familiale dans l'Indiana. Par fidélité à sa mère qui, bien que morte, lui parle de jour et de nuit. Pour d'autres raisons aussi, qui se dévoileront aucours de cette lecture prenante.

Né en 1968, Laird Hunt signe une histoire du passé qui résonne dans notre monde actuel. S'il compose un superbe portrait de femme, il joue aussi avec le romanesque en multipliant des épisodes aventureux qui élargissent d'autant le champ de cet impossible retour à la maison. Pas besoin de s'intéresser à l'histoire pour apprécier son livre qui fournit de belles surprises tant dans l'intrigue que dans les décors. Qui savait par exemple qu'à cette époque, les vitres des serres pouvaient être des plaques de verre photographique et faire apparaître ainsi des portraits humains?

Laird Hunt. (c) Gary Isaacs.
Laird Hunt était passé par Namur, où je lui avais posé quelques questions. Il parle parfaitement français, après avoir pas mal bourlingué à travers le monde pour ses études (dont trois ans en France) ou pour son travail. Il est aussi le traducteur américain d'Arno Bertina (Verticales) et d'Oliver Rohe (Gallimard). "Neverhome" est en cours d'adaptation pour le cinéma.

D'où est né ce roman?
"Neverhome" est un roman sur une guerre du passé et un écho aux guerres du présent. Je ne voulais pas faire de roman à thèse sur une idée abstraite. Mon idée de base était d'écrire sur ces femmes qui ont fait la guerre de Sécession déguisées en hommes. Il y a vingt ans, j'avais reçu de mon épouse le livre "Le soldat singulier" qui traitait de cette question. J'avais depuis longtemps l'idée générale de ce roman mais j'ai mis des années à trouver une histoire digne de ces femmes. Mais quand je l'ai eue, il ne m'a fallu qu'un mois, un mois et demi, pour terminer le manuscrit. Ce n'est qu'une fois cette voix trouvée,que j'ai pu penser à ce qui se passe autour de moi, le racisme, la guerre, le droit des femmes de se battre.

Pourquoi avoir choisi le prénom de Constance pour votre personnage?
Il vient des circonstances de sa vie. Elle le dit au début: "I was strong, him not" (J'étais forte, lui pas). Elle parle un anglais curieux pour l'époque mais c'est ma liberté du romancier. Constance est face à tous les malheurs du monde. Elle est toutes les femmes qui ont vécu la guerre, humiliées, considérées comme des espionnes, mises dans des asiles. Elle a toutes les difficultés possibles et une fin d'histoire tragique. Elle est une Pénélope qui part et revient alors que son Ulysse reste à la maison. Ce livre est la confession de Constance: elle savait ce qu'elle faisait à la fin. Il est sa tentative de retour, d'où le titre "Neverhome". Comment pourrait-elle rentrer, vivre dans cette ferme à l'ombre de son frêne - "ashtree" en anglais, d'où le nom de guerre qu'elle a choisi. 

Aviez-vous déjà tout le livre en tête en commençant à l'écrire?
Oui, dès le début de l'écriture, j'avais presque tout le livre en tête, sauf la fin qui n'était pas aussi triste et aussi violente, mais ma première version n'était pas crédible. Par la suite, j'ai ajouté ou développé de nombreuses scènes. Celle avec le colonel par exemple, qui ne faisait qu'une page au début, les longues conversations entre les personnages, la femme du colonel... Mon premier manuscrit faisait 150 pages, avec tous les ajouts, le livre en fait finalement 300! J'ai aussi ajouté le personnage de Waderby qui construit sa serre avec des plaques photographiques;  beaucoup de documents sur la guerre de Sécession mentionnent ces serres. Pourquoi une serre? Sans doute parce que ma grand-mère en avait une dans sa ferme d'Indiana et que j'y passais beaucoup de temps.

Quels sont vos projets?
J'aimerais revisiter vingt ans plus tard les personnages de ce roman, Ash Thompson, qui est un peu moi, Neva Thatcher, qui, même si elle trahit son amie, est très intéressante parce que très humaine.
Je continue d'écrire des livres avec des femmes dans le XXe siècle. En août 1930, il y a eu un lynchage pas loin de la ferme familiale. J'en ai fait un livre qui est fini. Peut-être ensuite vais-je retourner au présent.

Comment parlez-vous si bien français?
J'ai été étudiant en histoire à l'université française. J'ai passé un an à Strasbourg (1980) et deux ans à Paris, à la Sorbonne, en 1990. J'ai vécu la vie d'un Américain à Paris, boire, fumer, écrire. Puis ma femme est venue me rejoindre.

L'Indiana est très présent dans vos romans.
Effectivement, "Neverhome" est mon troisième livre sur l'Indiana, que l'Etat soit présent en tant que lieu ou parce que les personnages en sont originaires, les autres étaient "Indiana Indiana" et "Les bonnes gens". Moi-même, je suis de l'Indiana même si je suis né à Singapour,  et que j'ai vécu à Londres, aux Pays-Bas ou à Hong Kong avec mon père. Mais je passais l'année scolaire en Indiana dans la ferme familiale avec ma grand-mère. Il y a douze ans, en plus d'écrire, j'ai été l'attaché de presse des Nations Unies à New York. J'ai beaucoup voyagé pour les Nations Unies, j'ai même passé une semaine à Bruxelles! Aujourd'hui, j'habite au Colorado, j'enseigne la littérature à l'université de Boulder (creative writing).

Le début de "Neverhome" peut se lire ici.


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Le prix Wepler 2015 à Pierre Senges


Pierre Senges. (c) C. Hélie/Gallimard.
Le jury du prix Wepler (10.000 euros) s'est réuni hier, dimanche 8 novembre, et a couronné Pierre Senges pour "Achab (séquelles)" (Verticales, 624 pages). Ce roman avait également été sélectionné pour le prix Giono.

Le lecteur y trouvera la suite véridique des aventures d'Achab, soi-disant capitaine, rescapé de son dernier combat contre un poisson immense. On verra comment ce retraité à la jambe de bois a tenté de vendre au plus offrant son histoire de baleine - sous forme de comédie musicale à Broadway, puis de scénario à Hollywood. En chemin, on croisera Cole Porter et ses chorus girls, mais aussi Cary Grant, Orson Welles, Joseph von Sternberg ou Scott Fitzgerald, noyé dans son alcool, ainsi qu'une kyrielle de producteurs, louches à divers degrés.
On se souviendra au passage du jeune Achab s'embarquant à dix-sept ans pour Londres dans l'espoir d'y jouer Shakespeare, et des circonstances qui présidèrent à la rencontre du librettiste Da Ponte avec Herman Melville, en 1838. On apprendra, in fine, la meilleure façon de réussir le cocktail Manhattan et avec quelle ténacité l'increvable Moby Dick cherche à se venger de son vengeur.


Le jury du prix Wepler a également décerné une mention spéciale (3.000 euros) à la jeune Lise Charles (elle est née en 1987) pour "Comme Ulysse" (P.O.L., 416 pages), son deuxième roman.

Dans une langue sautillante, le voyage américain d'une Française, entre monde de la peinture et monde de la littérature. Aventures et nostalgie.

Le début de "Comme Ulysse" est à lire ici.



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jeudi 5 novembre 2015

Le prix Médicis attribué à Nathalie Azoulai


Ah, quand même! Nathalie Azoulai reçoit finalement le prix Médicis 2015 du roman français pour son superbe "Titus n'aimait pas Bérénice" (P.O.L., 316 pages).
Son livre avait été retenu dans les dernières sélections des prix Goncourt et Femina. Mais la semaine passait et on ne voyait rien venir. Ouf, elle vient de recevoir le Médicis par six voix contre trois à Charles Dantzig, qui le rate une fois de plus. Avec une autre histoire d'amour et de haine.

"Titus n'aimait pas Bérénice" est "une histoire qui continue à diviser nos scènes et nos espoirs", en dit la romancière qui compose avec ses personnages du passé une histoire contemporaine. Eternelle même. L'histoire d'un homme marié qui, bien qu'amoureux d'une autre, refuse de quitter sa femme légitime et ses enfants. La maîtresse, humiliée, jalouse, désespérée, tente de se remettre de leur rupture. Il s'appelle Titus, elle Bérénice. Nathalie Azoulai imagine un chagrin d’amour contemporain, dans une langue d'aujourd'hui. Mais sa Bérénice remonte aussi à celle de Racine, et au créateur du personnage. Ses questions portent sur son présent et aussi sur le passé de l'homme de théâtre. C'est audacieux, subtil, imaginatif et réussi. Moins compliqué qu'on ne peut le craindre en lisant les intentions de l'auteur. C'est un roman sur l'amour et le chagrin.

Un extrait de "Titus n'aimait pas Bérénice" est à lire ici.


Le prix Médicis du roman étranger va à l'écrivain turc Hakan Günday pour son roman "Encore" (traduit du turc par Jean Descat, Galaade, 384 pages). Un livre en prise directe avec l'actualité récente puisque le romancier aborde le thème des réfugiés. Mais il le traite du point de vue des trafiquants d'êtres humains, en mettant en scène un père et son fils, tous deux passeurs de clandestins qui traversent la Méditerranée sur des embarcations de fortune. Une réussite.

Un extrait d'"Encore" est à lire ici.



Enfin, le prix Médicis de l'essai est attribué à Nicole Lapierre pour "Sauve qui peut la vie" (Seuil, 272 pages). Le titre d'un film de Godard pour consigner ce qui fut une malédiction familiale, la mort violente ou accidentelle des femmes de la famille de l'auteur, avant que Nicole Lapierre ne décide d'y mettre un terme. Entre récit et essai.

Un extrait de "Sauve qui peut la vie" est à lire ici.




Les lauréats 2015 des prix Médicis.

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mercredi 4 novembre 2015

Les jolis choix des jurées du prix Femina



Bon, ben, j'espère que la rédaction du "Nouvel Obs" ne va pas rappeler d'urgence Christophe Boltanski au beau milieu de ses interviews comme elle l'a déjà fait parce qu'il est le lauréat 2015 du prix Femina du meilleur roman français,  qui lui a été attribué ce mercredi 4 novembre pour son premier et magnifique roman, "La cache" (Stock, 340 pages). Le grand reporter français a été choisi par le jury féminin dès le second tour, par sept voix. Il a été préféré à l'écrivain libanais Charif Majdalani, déjà lauréat du prix Giono.

Le jury du prix Femina (Solange Fasquelle, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Camille Laurens, Mona Ozouf, Danièle Sallenave, Josyane Savigneau, Chantal Thomas et les deux "nouvelles" Virginie Despentes et Evelyne Bloch-Dano) a choisi de primer cette œuvre "émouvante" et salue sa "construction très originale, sur un sujet qui ne l'est pas". 

Christophe Boltanski.
"La cache" est un très beau roman en forme de jeu de Cluedo où on explore successivement les pièces de la maison familiale parisienne pour retracer l'itinéraire de cette famille juive qui vécut repliée sur elle-même après le traumatisme de la Seconde guerre mondiale. "C'est extraordinaire", a déclaré l'auteur à l'annonce de son prix. "C'est vertigineux. Je suis extrêmement ému. Je pense aux miens, car mon livre parle de ma famille, je pense aussi à ma grand-mère qui était romancière. J'ai voulu raconter l'histoire d'un enfermement, celui d'une famille qui vit soudée dans un appartement, cimentée par la peur et qui tente de recréer un monde de liberté et de joie."

Des croquis des lieux permettent de bien se situer entre les différentes pièces des différents étages et accompagnent l'exploration qui est autant géographique que familiale sur plusieurs générations. Christophe Boltanski signe ici un impeccable premier roman, lui qui avait déjà publié plusieurs livres d'enquête.



Le prix Femina du meilleur roman étranger a été décerné à Kerry Hudson, pour "La couleur de l'eau" (traduit de l'anglais (Ecosse) par Florence Lévy-Paolini, Philippe Rey, 350 pages), son deuxième roman. L'Ecossaise a obtenu six voix contre cinq attribuées à Martin Amis. Remarquée pour son premier roman, "Tony Hogan m'a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman" (même éditeur, 2014), Kerry Hudson imagine ici l'histoire d'amour tumultueuse entre Dave, un vigile dans un luxueux magasin londonien, et Alena, une jeune voleuse venue de Russie qu'il a choisi de ne pas dénoncer. Le jury du prix Femina a fait part de son admiration pour "cette histoire très émouvante qui se penche sur le destin de deux exclus".


Enfin, le prix Femina du meilleur essai est revenu à Emmanuelle Loyer pour sa biographie monumentale de l'anthropologue français plus que centenaire Claude "Lévi-Strauss" (1908-2009) (Flammarion, 944 pages) qui a obtenu sept voix.


Les trois lauréats 2015.




Les sélections et prix
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mardi 3 novembre 2015

Le prix Renaudot à Delphine de Vigan


Livre le plus vendu de la rentrée littéraire (déjà plus de cent mille exemplaires), "D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan (JC Lattès) a été récompensé par le prix Renaudot 2015 ce mardi 3 novembre. Au cinquième tour de scrutin, il est vrai. Bon, je ne vais pas revenir sur ce roman dont j'ai déjà dit tout ce que je pensais ici.
Avec ces ventes foudroyantes, le prix Renaudot dépassera peut-être cette année le prix Goncourt de Mathias Enard (lire ici).

Hasard de calendrier, c'est aussi ce 3 novembre que sort la version audio de "D'après une histoire vraie" (Audiolib, 9 heures de lecture). Le roman est lu par Marianne Epin, interprète fétiche de Delphine de Vigan et complété d'un entretien entre la romancière et l'actrice. Un extrait audio à écouter ici.

Choix nettement plus intéressant, le Prix Renaudot Essais qui  a été attribué à Didier Blonde pour "Leïlah Mahi 1932" (Gallimard, 123 pages). Une passionnante enquête littéraire menée après une découverte lors d'une visite au cimetière du Père-Lachaise à Paris, qui s'ouvre sur un bel hommage à JB Pontalis (1924-2013). Qui est cette femme morte en 1932? Didier Blonde nous entraîne dans ses investigations et ses réflexions. Enfin une reconnaissance pour un écrivain de talent.

Quant au Prix Renaudot Poche, il a été attribué à "La fiancée était à dos d'âne" de Vénus Khoury-Ghata (Folio, 2014) qui avait été initialement publié au Mercure de France (2013). L'histoire de Yudah, une jeune fille juive du désert algérien, choisie par le rabbin Haïm pour être la nouvelle épouse de l'Émir Abdelkader.


Les sélections et prix
Jean Giono (remis), ici, ici et ici 
Grand Prix du roman de l'Académie française (remis), ici,  ici et ici
Décembre (remis), iciici  et ici
Goncourt (remis) et Goncourt des lycéens, ici, iciici et ici
Wepler, ici
Renaudot, ici,  ici et ici
Médicis, ici,  ici et ici
Flore, ici et ici
Femina, iciici et ici 
Interallié, ici et ici
Grand Prix de littérature américaine, ici et ici