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jeudi 16 janvier 2020

Victoire de la mémoire

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Santiago H. Amigorena. (c) Sarah Trillet.


Le dixième roman de Santiago H. Amigorena, "Le Ghetto intérieur" (P.O.L., 191 pages) vient s'imbriquer dans la vaste entreprise autobiographique du romancier né à Buenos Aires le 15 févier 1962, qu'il a nommée "Le Dernier Livre" et révèle un nouveau pan de son histoire. Evoquant la tragédie de la Shoah sous un angle original, il démontre de façon sublime la mécanique d'une transmission transgénérationnelle.

La narration se concentre sur le poids de l'exil du grand-père maternel du romancier. Vicente Rosenberg quitte la Pologne en 1928 pour s'installer en Argentine. Un exil qui lui permet, quinze ans plus tard, d'échapper au destin tragique des juifs restés au pays mais qui, dans le même temps, le précipite dans un abîme où tous ses repères volent en éclat.

Dès 1940, il assiste, impuissant, à la dégradation de la situation en Europe, voit les murs du ghetto de Varsovie se refermer sur sa mère, l'arrière-grand-mère de l'auteur. A mesure que les lettres de cette dernière disent et révèlent l'horreur, la conscience de Vicente, marié à Rosita et père de trois enfants désormais, se paralyse. Il se vide de ses mots.

Le silence est désormais la seule traduction possible de l'irreprésentable, de la culpabilité et de son identité rétrécie. Vicente devient incapable de se situer, de faire "un" et de trouver du sens à ses différentes appartenances, mari, père, fils, et sa judéité.  Avec force et une délicate pudeur, Santiago H. Amigorena nous fait entrer au plus près de l'intimité de Vicente. Il redonne une voix et des mots à son silence. On en perçoit la densité et ce qui se débat derrière ses murs intérieurs, et le processus - terrible - de l'effondrement de soi qui est en cours.

"(...) il allait éprouver une double haine de lui-même que jamais le fait de se sentir juif n'allait soulager. “Pourquoi jusqu'aujourd'hui j'ai été enfant, adulte, polonais, soldat, officier, étudiant, marié, père, argentin vendeur de meuble, mais jamais juif? Pourquoi je n'ai jamais été juif comme je le suis aujourd'hui - aujourd'hui où je ne suis plus que ça."

"(...) C'est comme si maintenant il pouvait tout exprimer sans le moindre mouvement de ses lèvres (...) son regard est devenu beaucoup plus bavard que ne l'était sa bouche du temps où il parlait encore. C'est comme s'il y avait une quantité très grande et en même temps très définie de choses à dire et qu'elles avaient juste trouvé une autre forme d'expression, un nouveau langage qui leur convenait à merveille."

Nous suivons, tout aussi impuissants, le quotidien de Vicente et de sa famille, quasi caméra à l'épaule, jusqu'aux dernières pages, poignantes, où le romancier réapparaît et reconnecte l'histoire de Vicente à la sienne. Nous sommes alors les témoins du lien ultime qu'il établit entre le silence de son grand-père et celui qu'il a reçu en héritage. Et par là-même, qui réinscrit ce roman au sein d'une histoire tenant de l'universel.

"J'ai souvent affirmé, en écrivant, que j'écrivais seulement pour survivre à mon passé. J'ai souvent écrit que l'oubli était plus important que la mémoire (...) Aujourd'hui pourtant (...) j'aime penser que Vicente et Rosita vivent en moi, et qu'ils vivront toujours lorsque moi-même je ne vivrai plus - qu'ils vivront dans le souvenir de mes enfants qui ne les ont jamais connus, et dans ces mots, que grâce à mon cousin aîné, j'ai pu leur adresser."

Santiago H. Amigorena.
(c) H Bamberger/P.O.L.
Avec "Le Ghetto intérieur", Santiago H. Amigorena a remporté les choix Goncourt 2019 de la Belgique et de la Roumanie.

Pour lire le début du "Ghetto intérieur", c'est ici.

Santiago H. Amigorena sera à Passa Porta (46 rue Dansaert, 1000 Bruxelles) pour une conversation avec Georges Didi-Huberman (infos ici).






mercredi 11 décembre 2019

Enfin, un Goncourt pour Amigorena, le Belge!


Hier, 10 décembre 2019, centenaire du Prix Goncourt à Marcel Proust, le Choix Goncourt de la Belgique 2019 était attribué à Santiago H. Amigorena pour "Le Ghetto intérieur", son dixième roman chez P.O.L. Un deuxième choix étranger pour l'auteur déjà choisi en Roumanie, mais candidat malheureux des prix littéraires puisque ses nombreuses sélections ne lui ont pas valu de prix.

Le jury était composé de quarante jeunes, représentants de dix universités (UCLouvain, Université Libre de Bruxelles, Université de Liège, Université de Mons, Université de Namur, Université Saint-Louis, KU Leuven, Université d'Anvers, Université de Gand, Vrije Universiteit Brussel) et dix hautes écoles (Odissee Hogeschool, Karel de Grote Hogeschool, Arteveldehogeschool , HENALLUX, HoGent, HEPL (Haute-Ecole de la Province de Liège), HELMO (Haute Ecole Libre Mosane), HEL (Haute Ecole Liège), HEPHC (Haute Ecole Provinciale de Hainaut Condorcet), HEG (Haute Ecole Galilée))  belges, francophones et néerlandophones.

La deuxième sélection du Goncourt attend les jurés à la Résidence de France.

Ils étaient les porte-voix de plus de deux cent cinquante étudiants qui ont participé à l’opération en lisant les neuf romans de la deuxième sélection Goncourt en neuf semaines. Dans chaque université et haute école, les étudiants volontaires, encadrés par un professeur référent, ont créé un groupe de lecture et désigné deux délégués.

Les jurés délibèrent à la Résidence de France à Bruxelles.

Les étudiants ont plébiscité le récit de l'auteur pour son originalité dans le traitement d'un sujet historique souvent évoqué mais raconté ici du point de vue d'un personnage qui se situe hors d'Europe. Ils ont relevé l'actualité de ce sujet historique, dans une période marquée par les conflits de par le monde, qui voit aussi des populations fuir leur pays et s'inquiéter du sort de leurs proches dont ils restent sans nouvelles. Les étudiants ont beaucoup apprécié l'évocation du thème de l'identité par l'auteur et le style accessible du livre.

Santiago H. Amigorena est ainsi le quatrième lauréat du Choix Goncourt de la Belgique. Une deuxième place a été attribuée à Nathacha Appanah pour "Le ciel par-dessus le toit" (Gallimard).

Reconnu officiellement par l'Académie Goncourt comme un des vingt Choix Goncourt à l'étranger, ce prix littéraire étudiant a été créé en 2016 par l'Ambassade de France en Belgique, Passa Porta (la maison internationale des littératures à Bruxelles), l'Agence universitaire de la Francophonie en Europe de l'Ouest et l’Alliance Française Bruxelles-Europe. Santiago H. Amigorena sera invité au printemps 2020 à Passa Porta (Bruxelles) pour recevoir son prix et rencontrer les étudiants.

Pour lire le début du livre "Le ghetto intérieur", c'est ici.

Présentation de l'éditeur: "Buenos-Aires, 1940. Des amis juifs, exilés, se retrouvent au café. Une question: que se passe-t-il dans cette Europe qu'ils ont fuie en bateau quelques années plus tôt? Difficile d'interpréter les rares nouvelles. Vicente Rosenberg est l'un d’entre eux, il a épousé Rosita en Argentine. Ils auront trois enfants. Mais Vicente pense surtout à sa mère qui est restée en Pologne, à Varsovie. Que devient-elle? Elle lui écrit une dizaine de lettres auxquelles il ne répond pas toujours. Dans l'une d'elles, il peut lire : "Tu as peut-être entendu parler du grand mur que les Allemands ont construit. Heureusement la rue Sienna est restée à l'intérieur, ce qui est une chance, car sinon on aurait été obligés de déménager." Ce sera le ghetto de Varsovie. Elle mourra déportée dans le camp de Treblinka II. C'était l'arrière-grand-mère de l'auteur.
Santiago H. Amigorena raconte le "ghetto intérieur" de l'exil. La vie mélancolique d'un homme qui s'invente une vie à l'étranger, tout en devinant puis comprenant la destruction de sa famille en cours, et de millions de personnes. Vicente et Rosita étaient les grands-parents de l'auteur qui écrit aujourd'hui: "Il y a vingt-cinq ans, j'ai commencé un livre pour combattre le silence qui m'étouffe depuis que je suis né". Ce roman est l'histoire de l'origine de ce silence.


Pour lire le début du livre "Le ciel par-dessus le toit", c'est ici.


Choix des autres Goncourt à l'étranger 2019 
Les choix étrangers portant sur les sélections 2018 ne figurent pas ici, pas plus que ceux qui, basés sur les livres 2019, seront établis au printemps 2020 (on peut les trouver ici).
Pour les autres, les voici.

  • Pologne: Louis-Philippe Dalembert, "Mur Méditerranée" (Sabine Wespieser)
  • Roumanie: Santiago H. Amigorena, "Le ghetto intérieur" (P.O.L)
  • Suisse: Louis-Philippe Dalembert, "Mur Méditerranée" (Sabine Wespieser)
  • Espagne: Jean-Paul Dubois, "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier) 
  • Royaume-Uni: Jean-Paul Dubois, "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" (L'Olivier) 
  • Orient: verdict le 17 décembre



lundi 25 novembre 2019

Thomas Gunzig lance un haro sur le désespoir

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Thomas Gunzig. (c) Dominique Duchesnes-Le Soir.

Le nouveau roman de Thomas Gunzig, son huitième (en dehors de ses  nombreux autres travaux littéraires, nouvelles, scénarios, théâtre, etc.), "Feel good" (Au diable vauvert, 399 pages), nous propose de participer à rien de moins qu'un braquage. Vous avez bien lu: un braquage. Un braquage révolutionnaire, piqué d'audace, qui sidère les logiques, bouscule le cours convenu des choses et tire à vue sur l'essoreuse du "grand capital" qui rejette aux marges les mal-nés de la société. Ce braquage, sans effusion de sang ni terreur, nous exhorte le temps d'une lecture à savourer la revanche de l'imaginaire.
"Ce qu’on va faire, c'est un braquage. Mais un braquage sans violence, sans arme, sans otage et sans victime. (...) On ne va rien voler, mais on aura quand même pris quelque chose qui va changer notre vie une bonne fois pour toutes."
Telle est la réplique foutraque et sublime que lance l'auteur comme un coup de bélier sur l'appareil des injustices sociales qui polluent l'existence de tous ceux qui se retrouvent chaque mois pris dans le piège du "tout juste".

Le roman met en scène Alice et Tom. Ils s'approchent tous deux de la cinquantaine et s'enfoncent lentement dans les eaux molles de la résignation.

Alice, envahie par l'obsession des chiffres sur un compte en banque désespérément vide, est terrorisée par le spectre de la précarité qui menace son petit garçon. Elle a tout tenté, jusqu'à la prostitution, pour s'en sortir. En désespoir de cause, elle enlève un bébé aux abords d'une crèche dans l'espoir d'une rançon. Rien ne se passera comme prévu et ce sera l'occasion de rencontrer Tom, un écrivain sans succès dont l'enthousiasme et l'espoir ont fini par ployer sous le poids d'années d'efforts acharnés suivis de désillusions.

Ils sont tous deux sur le point de capituler, en proie à une crispation qui paralyse toute velléité de rêverie. Et pourtant, leur rencontre improbable agira comme deux métaux qui entrent en fusion, provoquant une sorte de déflagration chimique aux résultats aussi flamboyants qu’inattendus.

Ce surgissement leur redonne une contenance, pulvérise la chape qui plombait leurs rêves, ravive le désir et tous deux rebattent les cartes. Nous sommes alors emportés avec les personnages par la puissance de la création, cet état de fébrilité un peu étrange dans laquelle plonge tout artiste en action.

Au cours de ce périple, nous approchons le monde de l’édition, soumis lui aussi aux logiques marchandes; on entrevoit la solitude que peut vivre un auteur à la notoriété moyenne, le parcours du combattant que peut représenter le quotidien des écrivains qui, pour survivre, doivent parfois mener de front plusieurs projets dont une bonne proportion n'aboutira jamais ou sera insuffisamment reconnue.

On retrouve avec toujours autant de plaisir les ingrédients typiques de la plume de Thomas Gunzig, qui nous ravit par son intelligence, sa sensibilité acérée et son humour qui a toujours l’éclat de la surprise, sans jamais verser dans le pur cynisme. Il explore dans ce roman sans tabou, en s'enfonçant au plus profond de l'intime de ses personnages, l'onde de choc qui frappe les plus faibles, dans une société dominée par les logiques néocapitalistes, qui rétrécissent toujours plus notre humanité.

A la lecture de ce "Feel good" très touchant, on ne peut s'empêcher de penser au parcours de l'auteur, aux interrogations qui ont nourri son œuvre. On y reconnaît aussi l'allusion à une jeune auteure belge récemment propulsée dans ce métier, ce qui fait aussi office d'un bel hommage.


samedi 23 novembre 2019

En attendant le belge prix Victor Rossel 2019, le tableau des prix littéraires français

Les finalistes 2019 du prix Victor Rossel. (c) Le Soir.


Et voilà, la saison des prix littéraires 2019 se termine.

Il en reste un dernier, le prix Victor Rossel, belge, qui sera décerné le 3 décembre. Ce prix est réservé à des auteurs belges ou des auteurs étrangers vivant en Belgique depuis cinq ans.

Les cinq finalistes 2019 sont connus:
  • "Baïkonour", Odile d'Oultremont (L'Observatoire, lire ici)
  • "Blues pour trois tombes et un fantôme", Philippe Marczewski (Inculte)
  • "Trois incendies", Vinciane Moeschler (Stock)
  • "D'innombrables soleils", d’Emmanuelle Pirotte (Cherche Midi)
  • "Poney flottant", Isabelle Wéry (Onlit)


Palmarès général des prix français

Prix Maison rouge
  • "Chroniques d'une station-service", Alexandre Labruffe (Verticales/Gallimard, lire ici)


Prix Première plume
  • "Le bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel)


Prix Envoyé par la poste
  • "Avant que j'oublie", Anne Pauly (Verdier)


Prix Stanislas
  • "Le bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel)


Prix littéraire du "Monde"
  • "Une bête au Paradis", Cécile Coulon (L'Iconoclaste)


Prix Blù-Jean-Marc Roberts
  • "La maison", Emma Becker (Flammarion)


Prix du RomanNews
  • "La maison", Emma Becker (Flammarion)


Prix Sade
  • "Querelle", Kévin Lambert (Le Nouvel Attila)
  • "Métaphysique de la viande", Christophe Siébert (Au Diable Vauvert)


Prix de la vocation
  • Roman "La chaleur", Victor Jestin (Flammarion)
  • Poésie "Sortie de route", Flora Souchier (Cheyne)


Prix Paris-Liège
  • "Les Enfants du vide", Raphaël Glücksmann  (Allary)


Prix Patrimoines
  • "Le bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel)


Prix du roman Fnac
  • "De pierre et d'os", Bérengère Cournut (Le Tripode, lire ici)


Prix littéraire Prince Pierre de Monaco,
  • Linda Lê pour l'ensemble de son œuvre


Prix de la langue française
  • "Mur Méditerranée", Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)


Prix Albert Londres du livre
  • "Le parfum d'Irak", Feurat Alani (Nova & Arte Editions)


Grand prix du roman de l'Académie française
  • "Civilizations", Laurent Binet (Grasset)


Prix Goncourt
  • "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon", Jean-Paul Dubois (L'Olivier, lire ici)


Prix Renaudot
  • Roman "La panthère des neiges", Sylvain Tesson (Gallimard)
  • Essai "(Très) cher cinéma français", Eric Neuhoff (Albin Michel)


Prix Femina
  • Roman français "Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard, lire ici)
  • Roman étranger "Ordesa", Manuel Vilas (traduit par Isabelle Gugnon, Sous-Sol)
  • Pour l'ensemble de son œuvre "Girl", Edna O'Brien (traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser)  
  • Essai "Giono, Furioso", Emmanuelle Lambert (Stock)

Prix du Premier roman
  • Roman français "On ne meurt pas d'amour", Géraldine Dalban-Moreynas (Plon)
  • Roman étranger "Les Patriotes", San Krasikov (traduit de l'américain par Sarah Gurcel, Albin Michel)


Prix Décembre
  • "Les grands cerfs", Claudie Hunzinger (Grasset)


Prix Médicis
  • Roman français "La tentation", Luc Lang (Stock)
  • Romans étranger "Miss Islande", Auður Ava Olafsdottir (traduit par Eric Boury, Zulma)
  • Essai et document "J'ai oublié", Bulle Ogier et Anne Diatkine (Seuil)


Grand Prix de littérature américaine
  • "L'écho du temps", Kevin Powers (traduit par Carole d'Yvoire, Delcourt)


Prix Wepler-Fondation la Poste 
  • Prix "Les Échappées", Lucie Taïeb (Editions de l'Ogre)
  • Mention "Le Monde horizontal", Bruno Remaury (José Corti)


Prix de Flore
  • "Rhapsodie des oubliés", Sofia Aouine (La Martinière)


Prix des Cinq continents de la francophonie
  • "Le tranquille affligé", Gilles Jobidon, (Leméac)


Prix du livre européen
  • Roman "Le cœur de l'Angleterre", Jonathan Coe (traduit de l'anglais par Josée Kamoun, Gallimard)
  • Essai "Nous l'Europe, banquet des peuples", Laurent Gaudé (Actes Sud)


Prix Interallié
  • "Les choses humaines", Karine Tuil (Gallimard)


Prix Goncourt des lycéens
  • "Les choses humaines", Karine Tuil (Gallimard)


Prix Renaudot des lycéens
  • "Le bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel)


Prix du style
  • "Journal de L. : 1947-1952", Christophe Tison (Editions Goutte-d'Or)


Prix Jean Giono
  • "La part du fils", Jean-Luc Coatalem (Stock)














mercredi 20 novembre 2019

Jean-Luc Coatalem, prix Jean Giono 2019

Jean-Luc Coatalem.

Le jury du prix Jean Giono a récompensé, ce mardi 19 novembre, Jean-Luc Coatalem pour "La part du fils" (Stock).
L'écrivain a été élu au premier tour pour cinq voix contre trois à Akira Mizubayashi ("Ame brisée", Gallimard) et une à Louis-Philippe Dalembert ("Mur Méditerranée", Sabine Wespieser, prix de la Langue française 2019). Le prix (10.000 euros) lui sera officiellement remis le 11 décembre.

Avec ce dix-neuvième livre, Jean-Luc Coatalem rompt avec le récit d'aventures. Ici, il s'intéresse aux destinées de trois hommes de sa famille: Paol, son grand-père, poilu puis résistant, son fils Ronan, membre des Forces françaises libres, et Pierre, le père du narrateur, agent dans l'administration coloniale.

Parrainé par la Fondation Jan Michalski, le prix Jean Giono est décerné chaque année "au meilleur ‘raconteur d'histoires’, il récompense un ouvrage en français laissant une large place à l'imagination".

Jury: Tahar Ben Jelloun, Paule Constant (présidente), Metin Arditi, David Foenkinos, Franz-Olivier Giesbert, Sylvie Giono, Robert Kopp, Gilles Lapouge, Vera Michalski, Marianne Payot et Yves Simon. 

Pour lire un extrait de "La part du fils", c'est ici.



jeudi 14 novembre 2019

Karine Tuil doublement à l'honneur, prix Interallié hier, Goncourt des lycéens aujourd'hui



Karine Tuil - Les choses humaines.On voit doucement arriver la fin de la saison des prix 2019. Karine Tuil a remporté hier, mercredi 13 novembre, l'estimé prix Interallié, et aujourd'hui, jeudi 14 novembre, le Goncourt des lycéens, avec "Les Choses humaines" (Gallimard, 348 pages), son onzième roman. Un texte puissant, haletant, qui démonte la mécanique d'un procès pour viol, le viol lui-même, les rapports entre les hommes et les femmes aujourd'hui et le milieu médiatique. Bref, le monde contemporain avec le sexe au milieu et la machine judiciaire autour.

Pour lire le début des "Choses humaines", c'est ici.


Quel est le bilan hommes/femmes au moment où les grands prix littéraires d'automne touchent à leur fin? Voyons voir les palmarès, en incluant toutes leurs catégories...

Hommes
  • Grand prix du roman de l'Académie française: Laurent Binet (Grasset)
  • Prix Goncourt: Jean-Paul Dubois (L'Olivier)
  • Prix Renaudot: Sylvain Tesson (Gallimard)
  • Prix Renaudot essai: Eric Neuhoff (Albin Michel)
  • Prix Femina: Sylvain Prudhomme (Gallimard, L'arbalète)
  • Prix Femina étranger: Manuel Vilas (Sous-Sol)
  • Prix du Premier roman étranger: Sana Krasikov (Albin Michel)
  • Prix Médicis: Luc Lang (Stock)
  • Grand prix de littérature américaine: Kevin Powers (Delcourt)

Femmes
  • Prix Femina pour l'ensemble de son œuvre: Edna O'Brien (Sabine Wespieser)
  • Prix Femina essai: Emmanuelle Lambert (Stock) 
  • Prix du Premier roman français: Géraldine Dalban-Moreynas (Plon)
  • Prix Décembre: Claudie Hunzinger (Grasset)
  • Prix Médicis étranger: Auður Ava Olafsdottir (Zulma)
  • Prix Médicis essai: Bulle Ogier et Anne Diatkine (Seuil)
  • Prix Wepler: Lucie Taïeb (L'Ogre)
  • Prix de Flore: Sofia Aouine (De La Martinière)
  • Prix Interallié: Karine Tuil (Gallimard)
  • Prix Goncourt des lycéens: Karine Tuil (Gallimard)
  • Prix Renaudot des lycéens: Victoria Mas (Albin Michel)

Pas mal pour 2019 alors qu'on n'attend plus que le prix du Style et le prix Giono. Mais il n'est pas question de chanter victoire sans dénombrer le nombre de lauréates dans le palmarès des années précédentes de chaque prix. Et là, ce n'est pas la gloire. Et également tenir compte du poids de chaque prix.

On peut néanmoins saluer Gallimard qui rafle cette année Renaudot, Femina, Interallié et Goncourt des lycéens.

La littérature écrite par des femmes a aussi connu une bonne semaine en octobre quand deux d'entre elles ont été honorées conjointement par le Booker Prize 2019, la Canadienne Margaret Atwood et l'Anglo-Nigérienne Bernardine Evaristo et qu'une femme a reçu le prix Nobel de littérature 2018, la Polonaise Olga Tokarczuk.

Néanmoins, pour réfléchir plus en profondeur sur cette question, on se référera à l'essai de Geneviève Brisac, "Sisyphe est une femme" (L'Olivier, 207 pages). Une nouvelle édition plus exactement, révisée et augmentée, de son lumineux "La Marche du cavalier" (L'Olivier, 2002). "Un essai littéraire", m'avait-elle dit à sa sortie, il y a dix-sept ans, "sur les femmes écrivains qu'on ne trouve jamais en librairie. Ma question est: pourquoi les femmes n'accèdent-elles pas à la reconnaissance littéraire profonde, à une légitimité littéraire égale à celle des hommes, malgré le succès qu'elles peuvent avoir?"

Une nouvelle édition mais une colère intacte contre cette différence de traitement entre écrivains hommes et femmes. Les deux genres sont lus, aimés mais seuls les mâles résistent au temps.  La première édition explorait onze manières d'écrire féminines, c'est-à-dire onze manières de penser et de sentir le monde. De Karen Blixen à Virginia Woolf en passant par Jean Rhys. "Sisyphe est une femme" met également à l'honneur d'autres grandes écrivaines, Christiane Rochefort, Doris Lessing, Natalia Ginzburg, Vivian Gornick, tout en tentant encore et toujours de cerner l'énigme de la création. Car les préjugés contre les femmes auteures sont toujours aussi forts aujourd'hui.


mercredi 13 novembre 2019

Sylvain Prudhomme lance un hymne à la liberté

Par Sarah Trillet, invitée de LU cie & co


Sylvain Prudhomme. (c) Christophe Archambault/AFP

Avec son huitième roman en douze ans, le somptueux "Par les routes" (Gallimard, L'Arbalète, 304 pages), qui vient de recevoir le prix Femina 2019 (lire ici),  Sylvain Prudhomme,  nous embarque dans un périple aux mille escales à travers l'Hexagone.



Le narrateur, Sacha, a la quarantaine – Sylvain Prudhomme est né en 1979. L'écrivain lassé de l'effervescence parisienne aspire à un changement de rythme et à vivre sa vie de manière plus attentive et profonde. Il déménage dans un petit appartement dans le sud-est de la France, dépouillé de tout superflu, à la recherche d'inspiration, de calme et de sérénité.
"(...) J'ai pensé: on voit mieux dans le peu. On vit mieux. On se déplace mieux, on conçoit mieux, on décide mieux. J'ai savouré la pensée que ma vie était là désormais. Le fatras de mes quarante années d'existence réduit à cette somme d'objets sur une étagère."
Par le jeu d'un hasard qui a l'allure prophétique des mythes où le destin rattrape ses personnages, il recroise "l'autostoppeur", avec qui il a, dans sa jeunesse, partagé un bout de vie tumultueuse et parcouru toute la France en stop. L'autostoppeur vit en couple dans le même village et a un jeune enfant.

Ce surgissement remet l'un et l'autre en face de ses aspirations et désirs, cette part de soi si puissamment agissante. Ils s'enchantent de l'intelligence qui se rétablit immédiatement entre eux. Mais Sacha, assagi, se trouble de retrouver l'autostoppeur toujours animé par cette urgence, intacte, à fuir et explorer les possibles. Un nomadisme qui le conduit  inlassablement vers de nouvelles rencontres, à rechercher cette proximité exclusive, presque érotique, avec des inconnus le temps d'un trajet entre deux points sur une carte routière.
"(...) tout à l'heure, dans quelques minutes à peine, nous serons assis côte à côte dans le même habitacle, nous nous parlerons, nous nous raconterons mutuellement nos journées, échangerons nos vues sur la vie, en saurons plus l'un sur l'autre que n'en savent certains de nos amis les plus proches."
L'autostoppeur s'absente de plus en plus souvent. Les disparitions s'étirent et autorisent peu à peu Sacha à se rapprocher et reprendre les rôles de conjoint et de père auprès de Marie et Agustin. Chacun finit ainsi par investir la vie de l'autre par une sorte de procuration.

Ce très beau roman introspectif traite d'attachement, de couple, d'amitié et d'amour, sur fond de quête de liberté, de place à trouver. Il soulève la question du choix face à nos mille vies possibles et amène inévitablement celle du renoncement.  Sylvain Prudhomme nous parle du refus de choisir et explore la possibilité de maintenir le lien dans un mouvement où il s'agit à la fois de rester et de partir. Une gageure.

Chaque personnage traverse l'épreuve - suprême et sublime - de l'acceptation de la liberté de l'être aimé: l'ami, l'amant, le père. Grandir, c'est parfois accepter de partir et de laisser partir, se confronter à cette part de l'autre qui nous échappe et renouveler la survivance du lien et du don de soi.

Evoquant les paroles d'une chanson de Leonard Cohen: "(...) et il lui fait cette déclaration dont je ne pense pas que beaucoup de longs poèmes l'égalent en beauté, en justesse, en conscience de l'impermanence des choses en ce bas monde: ‘Je suis heureux que tu te sois trouvé sur ma route.’ Parole de voyageur. Parole d'habitué des routes, des carrefours, des rencontres. Parole de vrai amoureux de la vie, reconnaissant aux surprises qu'elle réserve."

D'une écriture sobre et efficace, Sylvain Prudhomme dépeint l'intime avec brio et justesse. L'absence de ponctuation expressive offre au lecteur une dimension participative, il est libre de choisir le ton des dialogues et dès lors d'y mettre une part de lui. Le romancier nous fait entrer au plus près de l'intimité du narrateur, on ressent avec lui les émotions qui le traversent, on contemple avec lui le vert tendre de la nature qui s'éveille, on respire avec lui la fraîcheur humide des matins engourdis et on reconnaît le plaisir et le goût du premier café de la journée, une journée gorgée de lumière et pleine de la promesse de tous les possibles.

Pour lire le début de "Sur les routes", c'est ici.




mardi 12 novembre 2019

Kevin Powers, Grand prix de littérature américaine 2019

Kevin Powers. (c) Hannah Assouline - Ed Delcourt.

Les jurés du Grand Prix de littérature américaine, créé en 2015, se sont réunis le vendredi 8 novembre à Paris mais n'ont rendu leur palmarès public que ce mardi 12 novembre. Ils ont choisi pour cette cinquième édition le deuxième roman de Kevin Powers, "L'Écho du temps" ("A Shout in the Ruins", traduit de l'anglais (États-Unis) par Carole d'Yvoire, Delcourt): "Avec ce roman superbe et terrible, Powers nous dit que l'Amérique n'a pas perdu son innocence au Vietnam mais depuis bien plus longtemps."




Kevin Powers est né le 11 juin 1980 à Richmond, en Virginie. A dix-sept ans, il s'est engagé dans l'armée et a combattu en Irak en 2004 et 2005. À son retour, il obtient une bourse d'études en poésie à l'Université d'Austin, au Texas. Il a été révélé aux États-Unis en 2012 par son premier roman, "Yellow Birds" (Stock, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson, 2013, Livre de poche, 2014), sur la guerre d'Irak, avec lequel il a été finaliste du National Book Award. Ce qui frappe dans l'œuvre de ce nouvel écrivain, c'est la continuité dans son propos. Il dit et répète que la guerre brise les hommes, qu'elle les transforme en zombies, en machines à tuer, qu'elle fait ressortir le pire en eux. Que malgré cela,  quand elle s'achève, il faut continuer d'avancer, même avec la tête farcie d'images, de souvenirs horribles, qu'il faut continuer d'avancer pour laisser une trace. Laquelle? C'est toute la question.

Le jury du prix se compose de neuf membres comprenant trois critiques littéraires, Philippe Chevilley (Les Échos), Bruno Corty (Le Figaro), Oriane Jeancourt (Transfuge), trois éditeurs, Alice Déon (La Table ronde), Francis Geffard (Albin Michel), Emmanuelle Heurtebize (Delcourt Littérature) et trois libraires, Sylvie Loricquer (L'Attrape-Cœurs, Paris), Jean-Christophe Millois (Librairie de Paris) et Pascal Thuot (Millepages, Vincennes).

Pour lire le début de "L'écho du temps", c'est ici.




Le prix de Flore 2019 à Sofia Aouine

Sofia Aouine.

Etonnamment, les jurés du prix de Flore dont c'était la 25e édition, ont préféré, au premier tour, par sept voix contre cinq, "La rhapsodie des oubliés", le premier roman de Sofia Aouine (De La Martinière), racontant avec verve le quotidien tumultueux et épique à Barbès d'Abab, 13 ans, à "La maison" d'Emma Becker (Flammarion), le récit des deux années de prostitution de l'auteure dans un bordel berlinois.
En plus des 6.100 euros du prix, Sofia Aouine gagne, comme tous les lauréats du Flore, un verre de Pouilly-Fuissé gravé à nom, à consommer toute l'année au café de Flore.

Le jury du prix de Flore est composé de Frédéric Beigbeder (président), Jacques Braunstein, Manuel Carcassonne, Carole Chrétiennot, Michèle Fitoussi, Jean-René Van Der Plaetsen, François Reynaert, Jean-Pierre Saccani, Bertrand de Saint-Vincent, Christophe Tison, Philippe Vandel et Arnaud Viviant.
 
L'ensemble des sélections et des prix actualisés se trouve ici.

vendredi 8 novembre 2019

Le prix Médicis révèle ses lauréats, excellents

Luc Lang, prix Médicis 2019.

Le jury du prix Médicis 2019 a fait connaître, ce vendredi 8 novembre, son palmarès. Luc Lang est choisi en littérature française pour "La tentation" (Stock), Audur Ava Olafsdottir est le prix Médicis du roman étranger pour "Miss Islande" (traduit par Eric Boury, Zulma) et le prix Médicis de l'essai va à "J'ai oublié" de Bulle Ogier et Anne Diatkine (Seuil).

"La tentation" est encore une histoire de cerfs, comme au prix Décembre (lire ici), puisque Luc Lang compose un thriller familial autour de François, un chirurgien orthopédiste lyonnais quinquagénaire, qui blesse un cerf à la cuisse durant une partie de chasse. Au moment de l'achever, il se ravise, l'endort et l'emmène dans son pick-up pour le soigner. Ses deux enfants le rejoignent dans son relais de chasse en montagne. Le conflit n'est pas loin.

Pour lire le début de "La tentation", c'est ici.


Audir Ava Olafsdottir.

"Miss Islande" est un magnifique roman d'Audur Ava Olafsdottir qui se passe en Islande en 1963. Hekla, 21 ans, quitte la ferme familiale pour Reykjavik afin d'accomplir son rêve de devenir écrivain. Mais de nombreux habitants de la capitale lui conseillent plutôt de tenter sa chance au concours de Miss Islande.

Pour lire le début de "Miss Islande", c'est ici.



"J'ai oublié" de Bulle Ogier et Anne Diatkine est une (auto)biographie. La comédienne revient sur son parcours, ses rencontres amoureuses, amicales et artistiques et le drame de la perte de sa fille Pascale.
Le jury et ses lauréats 2019.

Le jury du prix Médicis réunit Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Dominique Fernandez, Anne Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine Frédéric Mitterrand, Pascale Roze et Alain Veinstein.

Les sélections et le palmarès actualisé des prix littéraires 2019 se trouve ici.


jeudi 7 novembre 2019

Claudie Hunzinger lauréate du prix Décembre

Claudie Hunzinger.

Le prix Décembre (15.000 euros grâce à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint Laurent) a été remis, ce jeudi 7 novembre, à Claudie Hunzinger pour "Les grands cerfs" (Grasset), son douzième livre et le cinquième chez Grasset, à l'hôtel Lutetia. La lauréate a obtenu la majorité des voix au premier tour pour ce très beau roman qui célèbre la nature, sa nature, notre nature.
Les deux autres finalistes étaient Noël Herpe pour "Souvenirs-écran: voyage en France 2017-2018" (Bartillat) et Sofia Aouine pour "Rhapsodie des oubliés" (La Martinière).

"Les grands cerfs" raconte l'histoire de Pamina, quasiment le double de l'auteure, et de son compagnon Nils à la montagne. Ils savent qu'un clan de cerfs rode dans les parages sans avoir jamais réussi à les apercevoir, jusqu'à ce que Léo, un photographe animalier, construise une cabane d'affût à proximité et propose à Pamina de guetter avec lui. Au cours de l'une de ces séances d'observation, ils découvrent qu'un massacre se prépare. Un polar écologique et un livre engagé.

Née en 1940, Claudie Hunzinger est écrivaine et plasticienne. Elle a participé à de nombreuses expositions. Elle vit depuis 1964 dans une ferme isolée des Vosges, en pleine nature, là où les réseaux de téléphonie portable ne passent pas. En plus de ses activités artistiques, elle y élève notamment des moutons avec son compagnon.

Pour lire le début des "Grands cerfs", c'est ici.



mercredi 6 novembre 2019

L'écrivain turc Ahmet Altan revoit le monde

EDIT Ahmet Altan a été de nouveau arrêté le mardi 12 novembre, sur une décision de justice. Il avait été libéré le 4 novembre après trois ans de détention.

Ahmet Altan à sa sortie de prison. (c) Bülent Kilic - AFP. 

Un tribunal turc a ordonné ce lundi 4 novembre la remise en liberté, mais sous contrôle judiciaire, du journaliste et écrivain Ahmet Altan. Incarcéré depuis septembre 2016, condamné à la prison à perpétuité le 16 février 2018, peine confirmée en appel le 3 mai 2019 mais condamnation annulée par la Cour de Cassation en juillet 2019, l'homme âgé de 69 ans a passé 1.138 jours derrière les barreaux (lire ici).

Si la cour a condamné l'esprit critique de la société turque à une lourde peine (dix ans et demi de prison), en l'accusant d'avoir aidé une organisation terroriste (sans en faire partie), elle a statué sur sa libération, eu égard au temps qu'il a déjà passé derrière les barreaux (et sans doute aux possibilités qui lui sont ouvertes de faire appel du jugement).

L'ancienne journaliste et auteure Nazlı Ilıcak, 74 ans, a été libérée en même temps que lui, ayant été pour sa part condamnée à une peine un peu moins lourde, huit ans et neuf mois de prison.

Quant à Mehmet Altan, le frère d'Ahmet Altan qui avait été libéré en juin 2018, il est définitivement acquitté et libéré des mesures de contrôle judiciaire.

A sa sortie de prison, Ahmet Altan, ancien rédacteur en chef du quotidien "Taraf", a déclaré:
"Ils essaient de faire en sorte que les intellectuels évitent de poser des questions. Nous allons les interroger. Nous avons vu ce qu'est la prison. Si nécessaire, nous y retournerons. Ils doivent revenir à l'Etat de droit. Nous n'avons pas peur."
Largement soutenu en France, notamment par son éditeur, Ahmet Altan a publié en septembre un récit de sa vie en prison, "Je ne reverrai plus le monde" (textes de prison traduits du turc par Julien Lapyre de Cabanes, Actes Sud, 224 pages). Un titre qui vient heureusement d'être démenti. Un livre de résistance qui réunit dix-neuf textes allant de son arrestation le 10 septembre 2016 à 5h42, le jour de l'Aïd, à la force illimitée de l'écrivain passe-muraille. Dans le premier texte, la phrase banale prononcée sans réfléchir dans la voiture de police qui l'emmène vers le cachot mais qui partage Ahmet Altan entre son corps et son esprit. Résistance envers et contre tout.

Le livre se termine par ces mots:
"J'écris cela dans une cellule de prison.
Mais je ne suis pas en prison.
Je suis écrivain.
Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas.
Vous pouvez me jeter en prison, vous ne m'enfermerez jamais.
Car comme tous les écrivains, j'ai un pouvoir magique: je passe sans encombre les murailles."

Les lettres sont des merveilles à lire. Bien sûr, elles racontent l'arrestation, la prison, les souvenirs, l'audition, le verdict. Mais ce ne sont que les filigranes car on découvre surtout la formidable pensée, les débats d'idées, les émotions, les espoirs et les moments de découragement d'un homme qui n'a jamais rien lâché d'aucune de ses valeurs. Un recueil sans pathos qui n'en est que plus glaçant dans la description d'une prison turque, telle que voulue par le régime en place.









mardi 5 novembre 2019

Splendide palmarès du prix Femina


Décerné par un jury exclusivement féminin, le prix Femina a dévoilé ses différents lauréats ce mardi 5 novembre.

En catégorie "romans français", le prix Femina a choisi au premier tour  Sylvain Prudhomme pour "Par les routes" (Gallimard, L'Arbalète, lire ici). Un roman qui traite de la force de l'amitié et du désir ainsi que du vertige devant la multitude des existences possibles, du désir de liberté qu'on a tous, des équilibres à constamment réinventer.



Le Femina étranger a élu dès le premier tour aussi Manuel Vilas pour "Ordesa" (traduit par Isabelle Gugnon, Sous-Sol). Une histoire universelle autour des liens de filiation.



Un prix Femina spécial a été remis pour l'ensemble de son œuvre à Edna O'Brien, dont le livre "Girl" (traduit de l'anglais par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser) figurait dans la dernière sélection étrangère. L'écrivaine irlandaise de 88 ans raconte l'arrivée d'une adolescente dans un camp de Boko Haram en Afrique, son évasion avec l'enfant qu'elle a eu de l'un de ses bourreaux, et son retour chez elle où elle doit affronter sa propre famille.



Le Femina essai a récompensé Emmanuelle Lambert pour "Giono, Furioso" (Stock). L'auteure, devenue intime de la vie de l'écrivain, imagine une rencontre entre la narratrice et l'écrivain, mort en 1970.


Une mention spéciale distingue "La fabrique du crétin digital: les dangers des écrans pour nos enfants" de Michel Desmurget (Seuil).






Le jury du prix Femina réunit Evelyne Bloch-Dano, Claire Gallois, Anne-Marie Garat, Paula Jacques, Christine Jordis, Camille Laurens présidente cette année, Mona Ozouf, Josyane Savigneau et Chantal Thomas.

lundi 4 novembre 2019

Jean-Paul Dubois lauréat du prix Goncourt 2019


Fin du suspense à propos du prix littéraire français le plus attendu de l'année (les dernières sélections sont ici).

12h45. Un tweet de l'Académie Goncourt annonce: "Jean-Paul Dubois remporte le 117e prix Goncourt au 2e tour de scrutin par 6 voix contre 4 à Amélie Nothomb."

Une récompense méritée pour un très beau roman que mon invitée, Sarah Trillet, avait chroniqué ici.

Une première palme Goncourt pour les Editions de l'Olivier. "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon" est le vingt-deuxième ouvrage de Jean-Paul Dubois.



Le prix Renaudot a, lui, été attribué à Sylvain Tesson pour "La Panthère des neiges" (Gallimard) au 2e tour par 6 voix contre 2 pour "La part du fils" de Jean Luc Coatalem (Stock) et 2 voix pour "Pourquoi tu danses quand tu marches?" de Abdourahman A. Waberi (JC Lattès); à noter que le livre lauréat ne figurait pas dans la sélection finale des jurés (une manie au Renaudot).
Le prix Renaudot essai va à Eric Neuhoff  pour "(Très) cher cinéma français" (Albin Michel).






jeudi 31 octobre 2019

Le Grand prix du roman de l'Académie française 2019 à l'uchronie de Laurent Binet

Laurent Binet. (c) Jean-François Paga/Grasset.

Ce n'est qu'au quatrième tour de scrutin, ce jeudi 31 octobre, que les Académiciens français du quai Conti ont choisi le troisième roman de Laurent Binet, "Civilizations" (Grasset, 384 pages) comme lauréat du Grand prix du roman 2019 (10.000 euros). Par dix voix contre huit à "L'Ile du dernier homme" de Bruno de Cessole (Albin Michel). Pas beaucoup de votants sous la coupole donc pour la séance annoncée à 15 heures. Il faut savoir que l''Académie compte actuellement trente-cinq membres dont cinq femmes, cinq fauteuils étant vacants. On peut ainsi considérer que la moitié des effectifs s'est exprimée.

Les présents ont choisi Laurent Binet dont l'uchronie rebat les cartes de l'histoire. Chez lui, il y a mille ans environ, la fille d'Erik le Rouge met cap au sud, cinq siècles plus tard, Christophe Colomb ne découvre pas l'Amérique et en 1531, les Incas envahissent l'Europe. Atahualpa débarque dans l'Europe de Charles Quint. Qu'y trouve-t-il? L'Inquisition espagnole, la Réforme de Luther, le capitalisme naissant. Mais aussi le prodige de l'imprimerie. Des monarchies exténuées par leurs guerres sans fin, sous la menace constante des Turcs. Une mer infestée de pirates. Un continent déchiré par les querelles religieuses et dynastiques. Surtout, des populations brimées, affamées, au bord du soulèvement, juifs de Tolède, maures de Grenade, paysans allemands, qui seront leurs alliés.

De Cuzco à Aix-la-Chapelle, et jusqu'à la bataille de Lépante, Binet campe le récit de la mondialisation renversée, telle qu'elle aurait pu l'être. Un projet ambitieux et séduisant mais parfois obscur.

Pour lire le début de "Civilizations", c'est ici.

A noter que Laurent Binet a déjà reçu le prix Goncourt du  premier roman pour "HHhH" (Grasset, 2010) et le prix du roman Fnac ainsi que le prix Interallié pour "La septième fonction du langage"  (Grasset, 2015).




lundi 28 octobre 2019

Dernière ligne droite pour les prix littéraires


Les jurys ont fait connaître leurs dernières sélections. Il y aura du suspense jusqu'à la proclamation des palmarès. Trois titres à l'Académie française dont celui d'une femme, quatre au Goncourt (Amélie Nothomb enfin?, un premier Goncourt pour Stock ou L'Olivier?), qui chez les dames du Femina?

L'Académie française ouvre le bal, comme souvent, ce jeudi 31 octobre. Puis, ce sera le peloton des autres grands prix, en tir groupé à partir du lundi 4 novembre.

C'est le moment de se lancer dans les pronostics.
Onze prix, onze chances de viser juste ou de se tromper ou de mélanger les colonnes.

Pour moi
  • Grand prix du roman de l'Académie française: Bruno de Cessole
  • Prix Goncourt: Jean-Paul Dubois
  • Prix Renaudot: Jean-Luc Coatalem
  • Prix Femina: Michael Ferrier
  • Prix du Premier roman: Victoria Mas
  • Prix Décembre: Claudie Hunzinger
  • Prix Médicis: Santiago H. Amigorena 
  • Grand prix de littérature américaine: Kevin Powers
  • Prix Wepler: Anne Pauly
  • Prix de Flore: Emma Becker
  • Prix Interallié: Karine Tuil
  • Prix Giono: Hubert Mingarelli

Et pour vous?


Sélections 

Grand prix du roman de l'Académie française (31 octobre)

  • "Civilizations", Laurent Binet (Grasset) LAURÉAT 
  • "L'Ile du dernier homme", Bruno de Cessole (Albin Michel)
  • "Jour de courage", Brigitte Giraud (Flammarion)

"Cent millions d'années et un jour", Jean-Baptiste Andrea (L'Iconoclaste)
"La part du fils", Jean-Luc Coatalem (Stock)
"Une bête au Paradis", Cécile Coulon (L'Iconoclaste)
"Les jungles rouges", de Jean-Noël Orengo, Grasset)
"Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard)
"Nuit d'épine", Christiane Taubira (Plon)
"Les choses humaines", Karine Tuil (Gallimard)


Prix Goncourt (4 novembre)

  • "Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon", Jean-Paul Dubois (L'Olivier) LAURÉAT
  • "La part du fils", Jean-Luc Coatalem (Stock)
  • "Soif", Amélie Nothomb (Albin Michel)
  • "Extérieur monde", Olivier Rolin (Gallimard)
"Le ghetto intérieur", Santiago H. Amigorena (P.O.L)
"Le ciel par-dessus le toit", Nathacha Appanah (Gallimard)
"Un dimanche à Ville-d'Avray", Dominique Barbéris (Arléa)
"Rouge impératrice", Léonora Miano (Grasset)
"La terre invisible", Hubert Mingarelli (Buchet Chastel)
"Mur Méditerranée", Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
"Un monde sans rivage", Hélène Gaudy (Actes Sud)
"Avant que j'oublie", Anne Pauly (Verdier)
"Sœur", Abel Quentin (L'Observatoire)
"Le cœur battant du monde", Sébastien Spitzer (Albin Michel)
"Les choses humaines", Karine Tuil (Gallimard)


Prix Renaudot (4 novembre)


Romans

"La panthère des neiges", Sylvain Tesson (Gallimard)  LAURÉAT
  • "La Maison", Emma Becker (Flammarion)
  • "La part du fils", Jean-Luc Coatalem (Stock)
  • "Le bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel) 
  • "Les jungles rouges", Jean-Noël Orengo (Grasset)
  • "Pourquoi tu danses quand tu marches?", Abdourahman A. Waberi (J-C. Lattès)
Essais
  • "(Très) cher cinéma français", Eric Neuhoff (Albin Michel) LAURÉAT
  • "A l'absente", Martine de Rabaudy (Gallimard)
  • "La Bruyère, portrait de nous-mêmes", Jean-Michel Delacomptée (Robert Laffont)
Romans
"Les petits de décembre", Kaouther Adimi (Seuil)
"Le ghetto intérieur", Santiago H. Amigorena (P.O.L)
"Le continent de la douceur", Aurélien Bellanger (Gallimard)
"Scrabble", Michael Ferrier (Mercure de France)
"Un monstre et un chaos",Hubert Haddad (Zulma)
"La chaleur",Victor Jestin (Flammarion) 
"Cora dans la spirale", Vincent Message (Seuil)
"Loin", Alexis Michalik (Albin Michel)
"Le ciel par-dessus le toit", Nathacha Appanah (Gallimard)
"La symphonie du nouveau monde", Lenka Hornakova-Civade (Alma)
"Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard)


Essais
"Le dernier roi soleil", Sophie Des Deserts (Grasset/Fayard)
"Alexandria: Les pionniers oubliés du web", Quentin Jardon (Gallimard)
"Giono, furioso", Emmanuelle Lambert (Stock)
"Au pays des rêves noirs: Antonin Artaud au Mexique", Félix
 Macherez (Equateurs)"Art vaincra! 
"Je suis le carnet de Dora Maar", Brigitte Benkemoun (Stock)
"Dictionnaire égoïste de la littérature mondiale", Charles Dantzig (Grasset)
Louise Michel: l'artiste en révolution et le dégoût du politique", Claude Rétat (Bleu autour)


Prix Femina (5 novembre)


Romans français
  • "Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard) LAURÉAT 
  • "Un dimanche à Ville-d'Avray", Dominique Barbéris (Arléa)
  • "Scrabble", Michael Ferrier (Mercure de France)
  • "La tentation", Luc Lang (Stock)
  • "Opus 77", Alexis Ragougneau (Viviane Hamy)
  • "Eden", Monica Sabolo (Gallimard)
Romans étrangers
  • "Girl", Edna O'Brien (traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser)  LAURÉATE POUR L'ENSEMBLE DE L'ŒUVRE 
  • "Ordesa", Manuel Vilas (traduit par Isabelle Gugnon, Sous-Sol) LAURÉAT
  • "Borgo Vecchio", Giosuè Calaciura (traduit par Lise Chapuis, Notabilia)
  • "Le cœur de l'Angleterre", Jonathan Coe (traduit par Josée Kamoun, Gallimard)
  • "Le grand royaume des ombres", Arno Geiger (traduit par Olivier Le Lay, Gallimard)
Essais
  • "Giono, Furioso", Emmanuelle Lambert (Stock)  LAURÉATE
  • "La Bruyère, portrait de nous-mêmes", Jean-Michel Delacomptée (Robert Laffont)
  • "La fabrique du crétin digital: les dangers des écrans pour nos enfants", Michel Desmurget (Seuil)
  • "L'usage du vide: essai sur l'intelligence de l'action, de l'Europe à la Chine", Romain Graziani (Gallimard)
  • "La langue confisquée: lire Victor Klemperer aujourd'hui", Frédéric Joly (Premier Parallèle)
  • "Débuter, comment c'est: entrer en littérature", Bertrand Leclair ("Agora", Pocket)
  • "J'ai oublié", Bulle Ogier avec Anne Diatkine (Seuil)
  • "Arpenter le paysage: poètes, géographes et montagnards", Martin de la Soudière (Anamosa)
  • "La fabrique de l'écrivain national: entre littérature et politique", Anne-Marie Thiesse (Gallimard)

Romans français
"Quand la parole attend la nuit", Patrick Autréaux (Verdier)
"Un autre Eden", Bernard Chambaz (Seuil)
"Un pur", Isabelle Desesquelles (Belfond)
"Chronique d'une station-service", Alexandre Labruffe (Verticales)
"Avant que j'oublie", Anne Pauly (Verdier)
"Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard)
"Le ciel par-dessus le toit", Nathacha Appanah (Gallimard)
"Les grands cerfs", Claudie Hunzinger (Grasset)
"La chaleur", Victor Jestin (Flammarion)
"Le bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel)
"Les choses humaines", Karine Tuil (Gallimard)
Romans étrangers
"La fracture de Nina Allan", traduit par Bernard Sigaud (Tristram)
"Les hommes d'août", Sergueï Lebedev traduit par Luba Jurgenson (Verdier)
"Bleuets", Maggie Nelson, traduit par Céline Leroy (Sous-Sol)
"Je ne reverrai plus le monde", Ahmet Altan (traduit par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
"Ordinary people", Diana Evans (traduit par Karine Guerre, Globe)
"La fabrique des salauds", Chris Kraus (traduit par Rose Labourie, Belfond)
"L'ami", Sigrid Nunez (traduit par Mathilde Bach, Stock)
"Appia", Paolo Rumiz (traduit par Béatrice Vierne, Arthaud)
"Ordesa", Manuel Vilas (traduit par Isabelle Gugnon, Sous-Sol)
Essais
"Vagabondes, voleuses, vicieuses: adolescentes sous contrôle, de la Libération à la libération sexuelle",  Véronique Blanchard (François Bourin)
"La solitude Caravage", Yannick Haenel (Fayard)
"De cendres et de braises: voix et histoires d'une banlieue populaire", Manon Ott (Anamosa)
"Sur la route du Danube", Emmanuel Ruben (Rivages)


Prix du Premier roman (6 novembre)


Romans français
  • "On ne meurt pas d'amour", Géraldine Dalban-Moreynas (Plon)  LAURÉATE
  • "Suiza", Bénédicte Belpois (Gallimard)
  • "L'âme du violon", Marie Charvet (Grasset)
  • "Baudelaire et Apolline", Céline Debayle (Arléa)
  • "Un cheval dans la tête", Sylvie Krier (Safran)
  • "Le Bal des folles", Victoria Mas (Albin Michel)
  • "Une histoire italienne", Laura Ulonatti (Gallimard)
Romans étrangers
  • "Les Patriotes", Sana Krasikov (traduit de l'américain par Sarah Gurcel, Albin Michel)  LAURÉAT
  • "Tangerine", Christine Mangan (traduit de l'américain par Laure Manceau, HarperCollins)
  • "Cendrillon et moi: la belle-mère parle enfin", Danielle Teller (traduit de l'anglais par Audrey Coussy, Denoël)

Prix Décembre (7 novembre)

  • "Les grands cerfs", Claudie Hunzinger (Grasset) LAURÉATE
  • "Souvenirs-écran: voyage en France 2017-2018", Noël Herpe (Bartillat)
  • "Rhapsodie des oubliés", Sofia Aouine (La Martinière)

"Quand la parole attend la nuit", Patrick Autréaux (Verdier)
"L’homme qui brûle", Alban Lefranc (Rivages)
"Le monde horizontal", Bruno Remaury (Corti)
"Le chagrin des origines", Laurence Nobécourt (Albin Michel)
"Les jungles rouges", Jean-Noël Orengo (Grasset)
"Le ghetto intérieur", Santiago H Amigorena (POL)
"L'arbre d'obéissance", Joël Baqué (POL)
"Parking Péguy", Charles Coustille (Flammarion)


Prix Médicis (8 novembre)


Romans français
  • "La tentation", Luc Lang (Stock) LAURÉAT
  • "Le ghetto intérieur", Santiago H. Amigorena (P.O.L)
  • "Jour de courage", Brigitte Giraud (Flammarion)
  • "Les grands cerfs", Claudie Hunzinger (Grasset)
  • "La chaleur", Victor Jestin (Flammarion)
  • "Protocole gouvernante", Guillaume Lavenant (Rivages)
  • "Cora dans la spirale", Vincent Message (Seuil)
  • "Mon ancêtre Poisson", Christine Montalbetti (P.O.L)
Romans étrangers
  • "Miss Islande", Auður Ava Olafsdottir (traduit par Eric Boury, Zulma)  LAURÉATE
  • "La fracture", Nina Allan (traduit par Bernard Sigaud, Tristram)
  • "Solénoïde", Mircea Cartarescu (traduit par Laure Hinckel, Noir sur Blanc)
  • "Le grand royaume des ombres", Arno Geiger (traduit par Olivier Le Lay, Gallimard)
  • "Kintu", Jennifer Nansubuga Makumbi (traduit par Céline Schwaller, Métailié)
  • "Un livre de martyrs américains", Joyce Carol Oates (traduit par Claude Seban, Philippe Rey)
  • "Girl", Edna O'Brien (traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, Sabine Wespieser)
  • "Ordesa", Manuel Vilas (traduit par Isabelle Gugnon, Sous-Sol)
Essais et documents
  • "J'ai oublié", Bulle Ogier et Anne Diatkine (Seuil)  LAURÉATES
  • "Le Roman noir de l’Histoire", Didier Daeninckx (Verdier)
  • "Scrabble", Michaël Ferrier (Mercure de France)
  • "Récidive", Michaël Foessel (PUF)
  • "Le Greco – un grand sommeil noir", Jean-Paul Marcheschi (éditions Art3)
  • "Ruptures", Claire Marin (L’Observatoire)
  • "Bleuets", Maggie Nelson (Sous-sol)
  • "Avant que j'oublie", Anne Pauly (Verdier)
  • "Le Monde horizontal", Bruno Remaury (Corti)
  • "Appia", Paolo Rumiz (Arthaud)
  • "Carré de ciel", Jean-Louis Schefer (P.O.L)
  • "Icebergs", Tanguy Viel (Minuit)
  • "Le Livret du pupille Jean Genet", Josef Winkler (Verdier)
  • "Des balles et de l'opium", Liao Yiwu (Globe)

Grand Prix de littérature américaine (10 novembre)


  • "L'écho du temps", Kevin Powers (traduit par Carole d'Yvoire, Delcourt) LAURÉAT
  • "Archives des enfants perdus",Valeria Luiselli (traduit par Nicolas Richard, L'Olivier)
  • "Ici n'est plus ici", Tommy Orange (traduit par Stéphane Roques, Albin Michel)
  • "Mécanique de la chute", Seth Greenland (traduit par Jean Esch, Liana Levi)
"Souvenirs de l'avenir", Siri Hustvedt (traduit par Christine Le Bœuf, Actes Sud)
"Les femmes de Heart Spring Mountain", Robin MacArthur (traduit par France Camus-Pichon, Albin Michel)
"Le sport des rois", C. E. Morgan (traduit par Mathilde Bach, Gallimard)
"Mon année de repos et de détente", Ottessa Moshfegh (traduit par Clément Baude, Fayard)
"Ce que l'on sème", Regina Porter (traduit par Laura Derajinski, Gallimard)


Prix Wepler-Fondation la Poste (11 novembre)

  • "Les Échappées", Lucie Taïeb (Editions de l'Ogre) LAURÉATE
  • "Le Monde horizontal", Bruno Remaury (José Corti) MENTION SPÉCIALE
  • "L'arbre d'obéissance", Joël Baqué  (P.O.L)
  • "Les grands cerfs", Claudie Hunzinger (Grasset)
  • "Chroniques d'une station-service", Alexandre Labruffe (Verticales)
  • "Querelle", Kevin Lambert (Le Nouvel Attila)
  • "La Tentation", Luc Lang (Stock)
  • "Francis Rissin", Martin Mongin (Tusitala)
  • "Forêt-Furieuse," Sylvain Pattieu (Rouergue/La Brune)
  • "Avant que j'oublie" Anne Pauly (Verdier, premier roman)
  • "Trismus", Matthieu Peck (Bartillat)
  • "Et l'ombre emporte ses voyageurs", Marin Tince (Seuil)
  • "Tous tes enfants dispersés", Beata Umubyeyi Mairesse (Autrement)

Prix de Flore  (12 novembre)

  • "Rhapsodie des oublié"s, Sofia Aouine (La Martinière) LAURÉATE
  • "La maison", Emma Becker (Flammarion)
  • "Nino dans la nuit", Simon et Capucine Johannin (Allia)
  • "Chroniques d'une station-service", Alexandre Labruffe (Verticales)

"Rien n'est noir", Claire Berest (Stock)
"Francis Rissin", Martin Mongin (Tusitala)
"Protocole gouvernante", Guillaume Lavenant (Rivages)
"L'île introuvable", Jean Le Gall (Robert Laffont)
"Le nom secret des choses", Blandine Rinkel (Fayard)


Prix Interallié (13 novembre)

  • "Les choses humaines", Karine Tuil (Gallimard) LAURÉATE
  • "L'île du dernier homme", Bruno de Cessole (Albin Michel)
  • "Où vont les fils ?", Olivier Frébourg (Mercure de France)
"La vraie vie de Vinteuil", Jérôme Bastianelli (Grasset)
"Le général a disparu", Georges-Marc Benamou (Grasset)
"La tentation", Luc Lang (Stock)
"Une partie de badminton", Olivier Adam (Flammarion)
"Une bête au paradis", Cécile Coulon (L'Iconoclaste)
"La montre d'Errol Flynn", François Cérésa (Ecriture)
"Mise au vert", Philippe Lacoche (Editions du Rocher)
"Par les routes", Sylvain Prudhomme (Gallimard)
"Le cœur battant du monde", Sébastien Spitzer (Albin Michel)
"Les minets", François Armanet (Stock)



Prix du style (19 novembre)

  • "Journal de L. : 1947-1952", Christophe Tison (Editions Goutte-d'Or) LAURÉAT
  • "Sérotonine", Michel Houellebecq (Flammarion)
  • "Un monde sans rivage", Hélène Gaudy (Actes Sud)
  • "Les guerres intérieures", Valérie Tong Cuong (Jean-Claude Lattès)
  • "Bleu blanc Brahms", Youssef Abbas (Jacqueline Chambon)
  • "Vaincre à Rome", Sylvain Coher (Actes Sud)
  • "Feel good", Thomas Gunzig (Au Diable vauvert)
  • "Baïkonour", Odile D'Oultremont (Editions de l'Observatoire)
  • "Rhapsodie des oubliés", Sofia Aouine (Editions de la Martinière)

Prix Jean Giono (19 novembre)

  • "La part du fils", Jean-Luc Coatalem (Stock) LAURÉAT
  • "Les petits de Décembre", Kaouther Adimi (Seuil)
  • "Ame brisée", Akira Mizubayashi (Gallimard)
  • "Mur Méditerranée", Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
"Sœur", Abel Quentin (Editions de l'Observatoire)
"Tous tes enfants dispersés", Beata Umubyeyi-Mairesse (Autrement)
"Le général a disparu", Georges-Marc Benamou (Grasset)
"Eloge des bâtards", Olivia Rosenthal (Verticales/Gallimard)
"La terre invisible", Hubert Mingarelli (Buchet-Chastel)
"La petite sonneuse de cloches", Jérôme Attal (Robert Laffont)


Prix du meilleur livre étranger (remise non fixée)

Romans
  • "Mécanique de la chute", Seth Greenland (traduit de l'anglais par Jean Esch, Liana Levi)
  • "Le livre des reines", Joumana Haddad (traduit de l'anglais par Arnaud Bihel, Jacqueline Chambon)
  • "L'ombre d’un père", Christoph Hein  (traduit de l'allemand par Nicole Bary, Métailié)
  • "Les patriotes", Sana Krasikov  (traduit de l'anglais par Sarah Gurcel, Albin Michel)
  • "La fabrique des salauds", Chris Kraus  (traduit de l'allemand par Rose Labourie, Belfond)
  • "L’été où tout a fondu", Tiffany McDaniel  (traduit de l'anglais par Christophe Mercier), Joelle Losfeld)
  • "Tous, sauf moi", Francesca Melandri  (traduit de l'italien par Danièle Valin, Gallimard)
  • "L'ami", Sigrid Nunez (traduit de l'anglais par Mathilde Bach, Stock)
  • "Ombre sur la Tamise", Michael Ondaatje (traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, L’Olivier)
  • "Ici n'est plus ici", Tommy Orange (traduit de l'anglais par Stéphane Roques, Albin Michel)
  • "Les altruistes", Andrew Ridker (traduit de l'anglais par Olivier Deparis, Rivages)
  • "Ce qu'elles disent", Miriam Toews (traduit de l'anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Buchet Chastel)
  • "Ordesa", Manuel Vilas (traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon, Editions du Sous-Sol)
  • "Le clou", Zhang Yueran (traduit du chinois par Dominique Magny-Roux, Zulma)
  • "Le grand royaume des ombres", Arno Geiger (traduit de l'allemand par Olivier Le Lay, Gallimard)
  • "Marx dans le jardin de Darwin", Ilona Jerger (traduit de l'allemand par Bernard Lortholary, De Fallois)
Essais
  • "Des balles et de l'opium", Yiwu Liao (traduit du chinois par Marie Holzman, Globe)
  • "Soldats de la parole", Frank Westerman (traduit du néerlandais par Mireille Cohendy, Bourgois)
  • "Le temps des magiciens", W. Eilenberger (traduit de l'allemand par Corinna Gepner, Albin Michel)