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mercredi 20 septembre 2017

S'évader pour aimer plus fort la vie

Hervé Le Tellier.

Dès qu'on lit le titre du nouveau livre de Hervé Le Tellier, même sans rien connaître de la vie de l'écrivain, même sans lire le sous-titre, "J'ai toujours su que ma mère était folle", on se doute que c'est un fake. Un oxymore pour le dire en mode plus littéraire. "Toutes les familles heureuses" (JC Lattès, 224 pages), il fallait l'oser. Le titre vient d'une phrase de Tolstoï dans "Anna Karénine". La version complète est pire: "Toutes les familles heureuses se ressem-blent; chaque famille malheureuse l'est à sa façon."

C'est l'histoire d'une famille non heureuse, la sienne, que déroule l'écrivain dans cet ouvrage terriblement attachant. Rien de larmoyant, de revanchard ou de plaintif, mais de l'autodérision. Une succession de faits ancrés dans l'histoire d'un pays, un récit ouvert qui accueille le lecteur, suscite l'empathie, accompagnera peut-être ceux et celles qui souffrent d'un parent toxique. Hervé Le Tellier se donne aujourd'hui le droit d'écrire ce livre, de raconter sa vie d'enfant à part. Son père et son beau-père sont morts, sa mère placée sous tutelle ne le lira pas. Les faits sont souvent glaçants mais perce constamment la petite flamme d'un enfant qui veut vivre, aimer la vie, qui a compris sans savoir l'identifier que quelque chose n'était pas normal et qui a su fuir et s'en sortir. Rarement l'expression "folle de jalousie" aura mieux été portée que par la mère du narrateur. Une jalousie qui ne s'explique pas vraiment, due sans doute à la trahison des hommes et au désir de vengeance qui est en né. Une vengeance aveugle, prenant pour cible principale son propre enfant. Ce qu'elle ignorait, c'est qu'elle n'allait pas réussir.

"Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé", explique l'auteur. "Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti. Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l'écrire enfin. Cette étrange famille, j'espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie."

C'est aussi l'histoire d'une génération dans la France d'alors que ce très beau récit extrêmement bien documenté. Hervé Le Tellier a l'art de placer des digressions intéressantes, comme cet avion sans train d'atterrissage non mobile, l'art de faire des affaires avec les assurances ou la place des Noirs dans la famille. S'il critique l'attitude maternelle, il montre aussi que le petit garçon qu'il était a trouvé des appuis. On se plait en compagnie de ce texte qui distille ses surprises et ses portraits.

"Ecrire "Toutes les familles heureuses" est une idée récente", me dit Hervé Le Tellier, de passage à Bruxelles. "Je l'ai commencé il y a deux ans et demi. Avec le premier chapitre qui n'a pas bougé. L'OuLiPo (NDLR: Ouvroir de Littérature Potentielle dont il est membre) organise des lectures publiques. Ce texte a été écrit pour qu'il soit oral, avec de l'humour, pour faire sourire un public de 300 personnes. Le feuilleton a duré pendant un an et demi. J'avais réduit les chapitres à sept ou huit minutes de lecture. J'ai conservé l'idée générale pour le livre, que le public découvre mon histoire familiale."

Le livre est toutefois plus intime, plus ironique aussi. Il se déroule de manière chronologique tout en étant parsemé de portraits thématiques. "C'est un livre binaire. La charnière est venue avec l'écriture. Au début, j'avais l'idée d'un livre ironique de bout en bout. Mais j'aurais été incapable de tout continuer sur le même ton. J'ai retrouvé l'ironie dans l'avant-dernier chapitre, pour le portrait de ma mère."

Chaque chapitre est titré, donnant une idée de ce qu'on va y trouver, les prénoms de la famille, mais aussi "Ma sœur la pute" ou "La mort de Piette". "Au début de l’écriture",  se rappelle Hervé Le Tellier, "j'avais fait des résumés en tête des chapitres, mais je les ai supprimés pour que le texte soit plus fluide. Par contre, j'ai gardé les exergues, que j'ai trouvés après. Je voulais un extrait de "L'Eglise" de Céline pour Guy, la phrase de Tolstoï pour le dernier chapitre."

Le cours de la famille Le Tellier aurait-il été différent si Hervé était né garçon? "Si j'avais été une fille, je n'aurais pas été investi du rôle qui consistait à venger mon père et mon grand-père. Je n'aurais pas fait Polytechnique. Mais ça ne se serait pas forcément mieux passé. Peut-être mon père aurait-il eu un rapport différent avec moi? En réalité, j'ai été sauvé par mes grands-parents. En écrivant le livre, j'ai calculé que je n'avais pas vu ma mère entre un an et quatre ans. Le lien avec ma mère ne s'est pas construit. Chez nous, on n'avait pas de salle à manger parce qu'on mangeait toujours à la table de ma grand-mère. Ma mère avait comme rêve de réunir trois générations, un rêve paysan, incompatible avec la société dans laquelle on était. Elle avait un rapport très fort avec ses parents dont elle était incapable de se séparer. Elle était une femme fragile et blessée, elle avait besoin de ce lien permanent. Pour elle, il était inconcevable que son fils rompe le lien."


Et aussi

Jamais deux sans trois
Deux des potes belges de l'auteur apparaissent au début de "Toutes les familles heureuses", Jean-Pierre Verheggen et Jean-Claude Pirotte. Le troisième larron, Thomas Gunzig, Hervé Le Tellier se le réserve pour la vraie vie.

Dix-huit chapitres
"Parce que 18 ans est l'âge de la majorité,
parce que le chiffre 18 signifie "en vie" dans la kabbale
et pour une raison personnelle."

L'amnésie d'une génération
Durant la guerre, deux institutrices parisiennes ont caché chez elles des élèves juives, ce qui n'a pas empêché que vingt-quatre d'entre elles soient déportées, des condisciples de la mère et de la tante de l'écrivain. Sans leur en laisser aucun souvenir. "L'amnésie d'une génération a entraîné la révolte de la jeunesse. Il est frappant de voir qu'elles ont des prénoms français." Hervé Le Tellier leur rend justice et publie leurs noms: Mira Adler, Nicole Alexandre, Jacqueline Berschtein, Alexandra Cheykhode, Fortunée Choel, Paulette Cohen, Renée Cohen, Paulette Goldblatt, Thérèse Gradsztajn, Rosette Heyem, Marceline Kleiner, Janine Lubetzki, Estelle Moufflarge, Colette Navarro, Huguette Navarro, Ethel Orloff, Gilberte Rabinowitz, Rose Rosenkrantz, Françoise Roth, Jacqueline Rotszyld, Jacqueline Rozenbaum, Marguerite Margot Scapa, Rose-Claire Waissman, Olga Zimmermann.

Le retour de Piette
Piette est apparue dans un roman précédent, "Assez parlé d'amour" (JC Lattès, 2009). La revoilà dans "Toutes les familles heureuses". "Je suis passé du "il" au "je". Du coup, j'ai pu faire plus de choses, ajouter des éléments psychologiques plus intimes. Le chapitre a augmenté. Piette a été une fulgurance, six ou sept mois de ma vraie vie. Avec le recul, cela me paraît presque irréel d'autant que c'était caché. A vingt ans, soit on bascule dans le noir, soit on oublie."

Une nouvelle à l'OuLiPo
Clémentine Mélois, qui a dessiné l'arbre généalogique de la famille Le Tellier, vient d'entrer à l'Ouvroir de Littérature Potentielle.

Les Le Tellier & co par Clémentine Mélois. (c) JC Lattès.

Poudlard
Extrait: "Non je ne trouve pas très sympathique l'atmosphère de Poudlard, dans "Harry Potter".
Explication: "J"ai des problèmes avec Harry Potter parce qu'il est tellement british. J'ai tellement détesté mon enfance british."


Pour lire en ligne le début de "Toutes les familles heureuses", c'est ici.



mardi 19 septembre 2017

Le vaste monde selon Björn, ours bienheureux

Björn et sa tortue. (c) Fourmis rouges.

L'an dernier, Delphine Perret nous avait réjouis avec son album "Björn, six histoires d'ours" (lire ici). Un album bonheur. Bien, très bien même, apprécié unanimement. Laissant sans doute un petit goût de trop peu. C'est qu'on en aurait volontiers repris quelques-unes en plus, de ces merveilleuses histoires d'ours. Un souhait aujourd'hui largement exaucé avec la sortie de "Björn et le vaste monde" (Les fourmis rouges, 64 pages), tout aussi réussi et enchanteur. A l'inverse du précédent, les pages sont cette fois jaune pâle et la couverture d'un bleu léger. On retrouve le trait précis et expressif de Delphine Perret, le caractère enjoué de Björn et ses amis, la jolie typo et l'excellent rapport texte-images. On savoure ce nouvel album et on jubile à nouveau de connaître Björn et Delphine Perret.

Dès "Réveil", on retrouve le ton enchanteur des "Six histoires d'ours". C'est le printemps dans ce deuxième volume. L'ours se réveille en douceur d'une longue sieste et croise plusieurs amis qui ont fait pareil que lui, la tortue, une nouvelle venue, le blaireau... D'autres copains leur racontent la neige, les petits faits de l'hiver. Mais c'est tous ensemble qu'ils prennent une pluie de pétales de cerisier.

La fantaisie, le don pour le bonheur et les réjouissances, le mélange entre des choses actuelles comme un téléphone portable et la vie dans la forêt sont à nouveau là, la cohabitation entre animaux et humains aussi. Tout ça se tricote harmonieusement dans les cinq histoires suivantes. "Téléphone" permet à chacun des animaux de commander la pizza de son choix avant de tout oublier pour des prunes bien mûres. "Pique-nique" célèbre la nature de façon absolument charmante. "L'invitation" réinvite Ramona pour une séance de piscine peu commune. "Bus 43" est une balade à hauteur d'enfants voyageurs. Quant à "La lettre", ce chapitre un rien philosophique traite entre autres de l'amitié et fait la boucle avec la nouvelle amie rencontrée dans "Réveil".

Pas facile de réussir un second volume aussi séduisant et délicat que le premier. Delphine Perret le fait haut la main, avec toujours ce souci des détails et dans le texte et dans l'image. Björn, son ours qui cultive le bonheur, est là, à ne pas rater. A partir de 4 ans.




"Réveil" dans "Björn et le vaste monde". (c) Les fourmis rouges.




lundi 18 septembre 2017

Les "Repères" de Jochen Gerner, faut le faire!

Vasco de Gama, en couverture de "Repères". (c) Jochen Gerner.


Depuis avril 2014, "Le 1" décrypte chaque semaine un sujet d'actualité. Un seul, et pas que d'actualité française, avec des journalistes, des écrivains, des chercheurs et des artistes.
Particularité de l'hebdomadaire fondé par Eric Fottorino, Laurent Greilsamer, Henry Hermand et Nathalie Thiriez, il est publié sur une seule grande feuille de papier pliée en trois. Il paraît en France le mercredi, en Belgique le jeudi.

Dès le premier numéro, et dès même le numéro zéro, le dessinateur Jochen Gerner (presse, bande dessinée, expositions) a été associé à l'affaire. Il est en charge de la rubrique "Repères", série de données qu'il met lumineusement en images. Sur le principe de l'infographie mais avec de vrais dessins, faits à la main par un humain. De loin, on reconnaît son style synthétique et minimaliste, terriblement attractif. De passage à Bruxelles, il m'explique: "Faire les "Repères" pour le "1" me plaît beaucoup. Je travaille avec eux depuis le premier numéro, le numéro 0. Ils m'avaient contacté sur la suggestion d'Antoine Ricardou, le concepteur de l'identité visuelle et graphique du journal."

Aujourd'hui, les lecteurs du "1" et les autres ont de la chance. Les "Repères" de Jochen Gerner sortent en un épatant recueil qui en rassemble 117, présentés de façon chronologique (Casterman, 240 pages). L'épais ouvrage, en noir et blanc comme dans le journal, à l'exception des couvertures, est sous-titré "2.000 dessins pour comprendre le monde". J'ignore s'il y a  2.000 dessins mais je sais que ces "Repères" constituent une formidable documentation. Une mine d'informations. Un travail de titan alliant art et connaissances.

"Chaque semaine", précise Jochen Gerner, "la rédaction du "1" choisit le sujet du "Repères" et m'en fournit les textes. A moi de chercher la documentation et l'iconographie. Je trouve principalement ma documentation sur internet mais je la vérifie beaucoup. Il me faut trois ou quatre images pour avoir une idée de "Repères". Il doit y avoir du rythme entre les personnages et les éléments. J'adore utiliser les pictogrammes et les logos. Je fais une première esquisse que je soumets à la rédaction. Quand elle est validée, je passe à l'encrage. Cela me prend deux jours pleins en travaillant tard le soir, chaque semaine, en général en début de semaine. Maintenant, le mouvement est bien installé. J'ai aussi appris à faire des portraits, tout en restant toujours dans mon style. Il y a des sujets plus faciles pour moi comme l'art ou la géographie et puis d'autres qui sont plus ardus, comme l'économie ou la politique. Je veux à tout prix conserver mon style de dessin, créer un ping-pong entre les textes et les images. Des contraintes qui plaisent bien à l'OuBaPien (NDLR: OuBaPo, Ouvroir de bande dessinée potentielle, créé en 1992, sur le modèle de l'OuLiPo, Ouvroir de Littérature Potentielle) que je suis.

"Repères" propose les planches selon la chronologie où elles ont été publiées. On commence le 1er avril 2014 avec le projet proposé par le "1". On s'arrête le 10 mai 2017 avec "Un trentenaire à l'Elysée". Entre les deux, une multitude de sujets français et internationaux, liés à l'actualité ou davantage dans le domaine des idées. Les réfugiés, les drones, les droits civiques, les musulmans dans le monde, la gauche, Poutine, Trump, Merkel... Les planches sont complétées d'un bref texte, en haut à droite, contextualisant leur sujet. Les voir défiler rappelle les titres des journaux d'hier. Mais surtout, le format de la double page illustrée incite à plonger dans ces données utiles si bien présentées. Jochen Gerner sait y faire pour capter l'attention! Ses "Repères" concis tout en étant bourrés d'infos pourraient utilement remplacer Wikipédia. Sauf qu'on a beau chercher un index des sujets traités, il n'y en a pas. Et c'est vraiment dommage, parce que son absence empêche la consultation et la recherche. Une seule solution, tout lire.

Les curieux apprendront avec intérêt que les prochains sujets traités sont "Les suprémacistes blancs aux USA" dans le numéro du 20 septembre, et ensuite les dictionnaires.

Les amateurs de cuisine de dessinateur seront surpris d'apprendre que Jochen Gerner dessine ses "Repères" à l'horizontale, comme ce qui en est devenu le recueil, non par prémonition ou pour forcer le destin mais par confort de dessinateur et que le "1" les publie en format vertical!

Le dessin original de Jochen Gerner.


Sa publication dans le "1".

La double page du "Repères" tout juste paru. (c) Casterman.


samedi 16 septembre 2017

Une quasi septuagénaire à mieux respecter

Une couverture sobre, trois silhouettes qui se tiennent sur ce qui pourrait être notre Terre. Un petit format, mais épais. On comprend tout de suite pourquoi en tournant les pages: elles sont animées. Il y en a sept, doubles, frappantes par la force de leur contenu et leur mise en images. Quelques mots et une composition en volume pour illustrer des fondamentaux universels. Il s'agit de "La déclaration universelle des droits de l'homme" qu'illustre ici Jean-Marc Fiess (Albin Michel Jeunesse, collection "Trapèze", 9 doubles pages). La version simplifiée de la déclaration complète, accessible aux plus jeunes, complète l'astucieux pop-up. Dès 4 ans.

Impossible évidemment d'aborder les trente articles de la Déclaration dans ce projet jeunesse. Aussi Jean-Marc Fiess a-t-il préféré y puiser sept grands thèmes qu'il a symbolisés en autant d'images animées légendées chaque fois d'une phrase simple la résumant. Par contre, il reprend en deux doubles pages à la fin du livre la version simplifiée pour enfants, validée par l'ONU, des trente articles.

Première double page. (c) Albin Michel Jeunesse.

"Naître libres et égaux", lit-on et une silhouette humaine apparaît au cœur d'un parallélépipède en miroir. "Etre respectés et protégés et respectés" et la même silhouette marche entre des chaînes brisées. Les sept idées de scénographie sont formidables et redoutablement efficaces. L'auteur de l'album "9 mois", notamment (lire ici), s'est surpassé graphiquement pour créer un message fort et simple, accessible aux plus jeunes. Une belle économie de moyens, l'usage de trois couleurs, un bleu européen, un jaune solaire et le noir en complément du blanc des pages. Bravo et chapeau!

La dernière animation de papier. (c) Albin Michel Jeunesse.

Il est urgent de reparler des droits de l'homme. La Déclaration Universelle des droits de l'homme date de 1948. Quasi septuagénaire, elle est constamment bafouée de par le monde. Puisse-t-elle être mieux respectée.


D'autres versions illustrées

Ce n'est pas la première version illustrée de la "Déclaration universelle des droits de l'homme" qui paraît. Le texte ou sa déclinaison junior, la "Déclaration des droits de l'enfant" ont déjà souvent été à l'honneur. En général, à l'occasion de dates anniversaires, reconnaissons-le, et souvent chez le même éditeur.

En vrac, et parfois épuisés:

Le livre des droits de l'homme
préface de Robert Badinter
illustrations de Jacqueline Duhême
Gallimard jeunesse (plusieurs éditions)
2005
lire ici



Déclaration universelle
des droits de l'homme
images de William Wilson
Mango
2003


Nous naissons tous libres...
La déclaration universelle des droits de l'homme en images
adapté par Félix Cornec
Circonflexe/Amnesty International
2008





Tous les humains ont les mêmes droits
 La Déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 racontée aux enfants
Marie-Agnès Combesque
illustrations de Clotilde Perrin
Rue du Monde
72 pages
2008



Le grand livre des droits de l'enfant
Alain Serres
illustrations de Pef
Rue du Monde
1997 et 2008



Déclaration universelle des droits de l'homme
collectif d'illustrateurs
Editions du Chêne
2015





Déclaration universelle
des droits de l'homme
illustrations d'Eric Puybaret
Gautier-Languereau
48 pages
2008





La Déclaration des droits de l'enfant
Dix illustrateurs
Grasset
1989

Le chaperon voit rouge
Joanna Olech
illustrations de Edgar Bak
traduit et adapté du polonais
par Lydia Waleryszak
La joie de lire, 96 pages
2016
lire ici


Les droits de l'enfant
illustré par Charlotte Roederer
Gallimard Jeunesse
Mes premières découvertes
24 pages
2009


J'ai le droit d'être un enfant
AlainSerres
illustrations d'Aurélia Fronty
Rue du Monde
48 pages
2009

Le premier livre
de mes droits d'enfant
Alain Serres
illustrations de Pef
Rue du Monde
96 pages
2009

Vive la convention
des droits de l'enfant!
Claire Brisset
illustrations de Zaü
Rue du Monde
72 pages
2009









vendredi 15 septembre 2017

Hans Christian Andersen Literature Prize ou Hans Christian Andersen Award ou bien encore Premio Andersen?

Hans Christian Andersen en 1850.

Si vous entendez ou voyez l'appellation Prix Hans Christian Andersen, attention!, pas op!, achtung!, look out!, advarsel!, attenzione! Car il y en a trois, des prix littéraires de ce nom, complètement différents, mais que les commentateurs mélangent allègrement.

Encore ce matin, France Inter, suivant sans doute une publication du site Actualitté, mentionnait la remise du Prix Hans Christian Andersen à la romancière britannique AS Byatt. Pas de problème, sauf que s'y ajoutait sur les ondes un commentaire erroné, "considéré comme le Nobel de la littérature jeunesse".

Erreur, c'est un autre prix Andersen, le Hans Christian Andersen Award, décerné  par l'organisation internationale IBBY (International Board on Books for Young people), qui est considéré ainsi. Tous les deux ans depuis 1956 pour les auteurs, depuis 1966 pour les illustrateurs, le jury de l'association remet ses lauriers durant la Foire du livre pour enfants de Bologne qui se tient au printemps (lire ici). On parle souvent de Prix Andersen tout court.

Il est vrai que depuis la création en 2003 en Suède du Prix Astrid Lindgren (lire ici), annuel, allant à un auteur, un illustrateur ou une association œuvrant pour la lecture dans le monde entier,  l'appellation de "Nobel de la littérature jeunesse" tend à glisser vers celui-ci.


Récapitulons


1. Le Hans Christian Andersen Award est décerné tous les deux ans par l'IBBY à un auteur et à un illustrateur de littérature de jeunesse.



2. Le Hans Christian Andersen Literature Award comme celui qu'a reçu AS Byatt le 11 septembre dernier pour l'édition 2018, récompensé de 500.000 couronnes et d'une sculpture en bronze est un prix danois, non spécifiquement jeunesse, attribué à un auteur dont l'œuvre peut être considérée comme influencée par le conteur d'Odense. Ont déjà été récompensés: Haruki Murakami (2016), Salman Rushdie (2014),  Isabel Allende (2012),  JK Rowling (2010, année où le prix est devenu bisannuel), Paulo Coelho en ayant été le premier lauréat en 2007.



3. Le troisième prix Andersen est italien et concerne à nouveau la littérature de jeunesse. C'est le Premio Andersen, décerné à Gênes au début de l'été depuis 1982, et récompensant albums, romans, documentaires, BD, œuvres digitales, en dix-huit catégories, parus en italien ou traduits en italien.





jeudi 14 septembre 2017

Ruby, six ans, héroïne malgré elle

Norman Rockwell, "The Problem We All Live With" (1963).

Premiers jours à l'école blanche de Ruby en 1960. (c)  AP.
Avec ce tableau, peint en 1963, l'Américain Norman Rockwell a dénoncé à sa manière la ségrégation raciale alors encore en pleine vigueur dans son pays. Il faisait allusion à l'expérience de Ruby Bridges, six ans, qui fut une des premières enfants noires à entrer dans une école de Blancs en 1960. A quel prix! Escortée par des agents fédéraux pour la protéger de la folie raciste de la population, comme le rappellent les photos d'époque.


Une rencontre entre ce tableau célèbre, que Barack Obama demanda d'exposer à la Maison-Blanche à l'occasion des cinquante ans de Ruby Bridges, et l'auteure Irène Cohen-Janca a donné naissance au magnifique album jeunesse "Ruby, tête haute" (Editions des Eléphants, collection "Mémoire d'éléphant", 40 pages), autant porté par le texte que par les somptueuses images pleine page de Marc Daniau. Quelle claque! Une claque salutaire. Une claque nécessaire.

La collection "Mémoire d'éléphant" œuvre contre l'oubli et la résignation. Par le biais de récits, de témoignages ou de biographies, elle rapporte des histoires vraies ou des fictions qui permettent de décrypter le monde d'hier pour mieux comprendre celui dans lequel nous vivons. Parce que l'éléphant n'oublie jamais. Trois titres en ont déjà le label, celui-ci, "Avec trois brins de laine, on peut refaire le monde", de Henriqueta Cristina et Yara Kono (2016) et "Le dernier voyage, le Docteur Korczak et ses enfants", d'Irène Cohen-Janca et Maurizio A.C. Quarello (2015).

L'album "Ruby, tête haute" commence de façon originale. Un texte d'une page, non illustré, présente une séance dans une classe d'aujourd'hui. La maîtresse a posé le tableau de Norman Rockwell sur un chevalet et demande aux enfants de l'interpréter. Les versions sont assez farfelues. Seule Nora ressent le tableau en elle, elle est bouleversée - l'album s'achèvera sur les commentaires de Nora, victime d'un autre racisme même si elle est blanche. Le lendemain, la maîtresse raconte à sa classe "l'histoire de Ruby Bridges, la petite fille du tableau".

La double page suivante est sans texte, et soufflante. Elle présente l'interprétation par Marc Daniau du tableau "The Problem We All Live With". De quoi plonger le lecteur au cœur des événements relatés.

Commence alors le récit proprement dit. La voix de Ruby Bridges est portée par la plume d'Irène Cohen-Janca, sobre, fine, documentée et à hauteur d'enfant. Le racisme anti-noir, même anti-enfant noir, la lutte, la volonté d'avancer, d'enterrer la ségrégation, le courage de ceux et celles qui ont osé, celui de ceux et celles qui les ont défendus, mais aussi l'infinie solitude scolaire d'une petite fille de six ans, retirée à son établissement noir où elle était heureuse, pour intégrer seule la William Frantz Public School, jusque-là réservée aux Blancs. Elle y sera seule en classe, élève assidue, contente d'apprendre, soutenue par Madame Henry, sa magnifique institutrice dont le sourire l'accompagnera dans d'autres épreuves. Elle y sera seule à la récré, les autres enfants ayant reçu de leurs parents l'ordre de l'éviter. Heureusement, les pires imbéciles finissent toujours par se calmer un jour et Ruby, héroïne malgré elle d'une cause qu'elle comprend mais qui la dépasse, aura finalement une scolarité normale. Quel tempérament que cette petite, sans oublier celui de sa maman.


L'arrivée à l'école de Ruby et sa maman. (c) Editions des Eléphants.

Le comité d'accueil! (c) Ed. des Eléphants.
Le texte nous transmet son histoire comme de l'intérieur d'elle-même, ne cachant ni les difficultés qu'elle endure ni les joies que son histoire procure. Marc Daniau campe de magnifiques tableaux qui suivent le récit, saisissent Ruby dans sa qualité d'enfant, un regard ici, un jeu là, une vue de la classe, la représentation de ses cauchemars. Mais quels sourires et quels yeux! Autant de scènes de vie et d'espoir qui s'opposent aux manifestations engendrées par l'annonce de la mixité raciale à l'école. Quelle violence, quelle hostilité, quelle bêtise. Et c'était il y a moins de soixante ans!

"Ruby, tête haute" est un grand format formidable, soutenu par Amnesty International. L'album deviendra vite un indispensable de l'anti-racisme, de l'anti-discrimination, du respect et de la tolérance des différences de l'autre. A partir de 9 ans en lecture seule (sans limite supérieure), plus tôt en lecture accompagnée.

Ruby et Madame Henry qui lui donnera confiance en elle. (c) Editions des Eléphants.












mercredi 13 septembre 2017

Les superbes acrostiches visuels d’Henri Galeron

C'est marrant, quand on évoque l'alphabet, on parle d'ABC ou d'abécédaire. Henri Galeron, lui, préfère titrer son nouvel album "ABCD" (Les Grandes Personnes, 60 pages). Quatre lettres qui occupent la couverture de ce superbe ouvrage carré de bon format (25 cm de côté). Et qui donnent quelques indices sur les pages qui vont suivre. Aigle, ballon, clown, dragon pour les plus faciles à reconnaître.

Un ancien dictionnaire Larousse du XIXe siècle.
En effet, l'artiste s'est inspiré des anciens dictionnaires, Larousse par exemple, qui entamaient chaque lettre de l'alphabet par une succession de lettrines et une composition illustrée de mots commençant par ladite lettre.



Gros plan.

Mais Henri Galeron le fait à sa manière, composant de superbes planches paysagères pour chaque lettre de l'alphabet. Ses acrostiches visuels réunissent autour de la lettre en noir des personnages, des animaux, des objets et des éléments commençant par elle. La plupart du temps, en page simple, parfois en double.

Les doubles pages des lettres A et Z de "ABCD". (c) Les Grandes Personnes.
La double page du "M", le nombre de noms à trouver est en page précédente.

Hors du commun, "ABCD" est graphiquement magnifique, d'une minutie absolue, avec un art de la mise en scène parfait et un sens des couleurs enchanteur. L'acrobate en équilibre sur la pointe de la lettre A, il fallait y penser. Comme à poser l'arlequin sur la barre transversale de la même lettre ou à glisser un arc-en-ciel derrière elle. Mais j'arrête de spoiler, car c'est au lecteur de travailler. Pour chaque lettre de l'alphabet, il lui est indiqué combien de mots à trouver. Autour de la trentaine en général - une liste récapitulative figure en dernières pages.

On imagine le travail préparatoire de cet album exceptionnel! Non seulement dresser la liste des mots pour chacune des lettres, mais trouver la documentation pour les représenter. Heureusement qu'Henri Galeron a bénéficié d'une petite main amie. Ensuite, c'est lui qui a travaillé, composant ses décors, mettant les éléments en scène, se jouant de la réalité, le tout dans un esprit de joie et d'humour proche des surréalistes.

"ABCD" est un concentré d'énergie pour animer et réjouir les cellules grises de tout âge. A parcourir toutes générations confondues pour découvrir les interprétations respectives.