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jeudi 26 février 2026

Le deuxième Prix des librairies indépendantes

En France comme en Belgique, des associations de libraires indépendants décernent des prix. Dans notre royaume, on a le Prix des Librairies indépendantes. Créé l'an dernier par le Syndicat des Libraires francophones de Belgique (SLFB, lire ici), il a dévoilé les cinq ouvrages en lice pour sa seconde édition. Rappelons son fonctionnement. La sélection est établie par un comité de douze libraires, le vote final est confié au public de la cinquantaine de librairies participantes. Les votes sont ouverts jusqu'au 29 mars 2026, date de clôture  de la Foire du Livre de Bruxelles.  La remise du prix aura lieu fin  avril 2026.
 
Le but du prix est d'offrir une visibilité accrue aux livres, notamment à une production éditoriale indépendante, dans un marché particulièrement dense. La première édition avait récompensé "La Petite Bonne" de Bérénice Pichat  (Les Avrils). 
 
Ci-dessous les cinq titres proposés aux votes des lecteurs cette année et la liste des librairies participantes. J'y ajoute les noms des traducteurs-trices si nécessaire. 
  • "En finir avec les jours noirs", d'Effie Black (Le Gospel), traduction de l'anglais par Adrien Durand
  • "Et brûlent les enfances", de Virginie Noar (Les Pérégrines)
  • "Lequel de nous portera l'autre?", de la Belge Violaine Lison (Esperluète)
  • "L'histoire de Mother Naked", de Glen James Brown (Les Editions du Typhon), traduction de l'anglais par Claire Charrier
  • "Nous sommes faits d'orage", de Marie Charrel (Les Léonides) 


 
Curiosité, l'association française de libraires Libr'à Nous vient de dévoiler son palmarès, décliné en sept récompenses pour des livres parus entre le 1er janvier et la fin novembre de l'année précédente. Et le roman lauréat francophone figure dans la sélection belge!
 
Palmarès
  • Littérature francophone: Marie Charrel pour "Nous sommes faits d'orage" (Les Léonides)
  • Littérature étrangère: Sierra Greer pour "Mademoiselle robot" (traduit de l'anglais par Hélène Cohen, Gallimard)
  • Polar: Vera Buck pour "La cabane dans les arbres" (traduit de l'anglais par Brice Germain, Gallmeister)
  • Imaginaire: Cassandra Khaw pour "Briser les os" (traduit par Marie Koullen, Argyll)
  • Bande dessinée: Mathieu Babletles pour "Silent Jenny" (Rue de Sèvres)
  • Littérature jeunesse: Marie Pavlenko por "Le jour où le monde est devenu bizarre" (Flammarion jeunesse)
  • Album jeunesse: Christopher Denise pour "Chevalier Chouette et petite oiselle" (traduit de l'anglais par Claire Billaud, Kaléidoscope) 

 

* *

A ne pas confondre avec le prix des Libraires (français), organisé par les libraires indépendants de France depuis 70 ans, qui vient de dévoiler  sa première sélection. Soit dix romans français et six romans étrangers sont en lice. Le vote sera ouvert du 9 mars au 11 avril. Chaque libraire (mille l'an dernier) pourra voter, à titre individuel, pour cinq titres maximum dans la catégorie roman français et pour trois titres maximum dans la catégorie roman étranger. Les finalistes seront annoncés le 15 avril et la remise de prix est prévue le 6 mai au Centre national du livre. 

Sélection dans la catégorie roman français
  • "L'homme qui lisait des livres" de Rachid Benzine (Julliard)
  • "Nourrices" de Séverine Cressan (Dalva)
  • "Quitter la vallée" de Renaud de Chaumaray (Gallimard)
  • "La Bonne Mère" de Mathilda Di Matteo (L'Iconoclaste)
  • "On l'appelait Bennie Diamond" de Michaël Dichter (Les Léonides)
  • "Quatre jours sans ma mère" de Ramsès Kefi (Philippe Rey)
  • "Les Courants d'arrachement" d'Élise Lépine (Grasset)
  • "Le ciel l'a mauvaise" d'Éléa Marini (L'Olivier)
  • "Trois fois la colère" de Laurine Roux (Le Sonneur)
  • "Chimère" de Julie Wolkenstein (P.O.L.)
Sélection dans la catégorie roman étranger
  • "La Correspondante" de Virginia Evans (La Table Ronde, Quai Voltaire), traduit de l'anglais (États-Unis) par Leïla Colombier
  • "Le Gardien du camphrier" de Keigo Higashino (Actes Sud), traduit du japonais par Liza Thetiot
  • "La Guérisseuse de Catane" de Simona Lo Iacono (Métailié), traduit de l'italien par Serge Quadruppani
  • "Les Fantômes de Shearwater" de Charlotte McConaghy (Gaïa/Actes Sud), traduit de l'anglais (Australie) par Marie Chabin
  • "Lundi, c'est loin" d'Oisín McKenna (L'Olivier), traduit de l'anglais (Irlande) par Olivier Deparis
  • "Les Fleuves du ciel" d'Elif Shafak (Flammarion), traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet
 
Les lauréats 2025 étaient Bérénice Pichat dans la catégorie roman français pour "La petite bonne" (Les Avrils), comme les libraires indépendants belges, et l'Irlandais Paul Lynch dans la catégorie roman étranger pour "Le chant du prophète" (Albin Michel).
 
 
 

lundi 23 février 2026

De vrais anchois en tutus roses

"Retirer, tirer, retirer, tirer..." (c) CotCotCot éditions.

Quiconque a déjà décortiqué en famille des crevettes grises, spécialité belge, se retrouvera immédiatement dans le savoureux album jeunesse "Préparer le bouillon" de Lee Sang-kyo au texte et Bamco aux illustrations (traduit du coréen par Charlotte Gryson, CotCotCot éditions, 48 pages). Un format à l'italienne venu de Corée qui figurait dans la liste des "100 Outstanding picture books dPictus 2025" (lire ici).
 
Pas de crevettes à décortiquer ici mais des anchois pour une opération quasi similaire, retirer la tête, tirer sur le filament noir, retirer, tirer (cfr illustration ci-dessus). Une double page au sobre graphisme qui répond aux gardes avant et conduit délicatement au sujet de l'album: la joie de cuisiner en famille et de se pourlécher ensemble. 
 
Les anchois dansent à l'Opéra de Paris. (c) CotCotCot éditions.

L'excellent rapport texte-images de l'album permet au lecteur de se régaler des images, de déguster les textes et de quasiment agir dans l'histoire. En même temps qu'il apprend à préparer les anchois pour le bouillon du soir, il devinera qui est à la manœuvre grâce à la taille des mains représentées. Il se glissera dans l'imaginaire du décortiqueur junior pour suivre les exquises variations sur les occupations des anchois. Occupations imaginaires pleines de fantaisie, d'autant plus goûteuses. Il tirera et retirera jusqu'à se tromper, se rattraper et réparer. Il tirera et retirera jusqu'à la phrase qui libère le duo: "Ça y est! On a fini!"
 
Préparation intergénérationnelle. (c) CotCotCot éditions.
  
Entre en scène celle qui va cuisiner le "myeolchi guksu" dont la prononciation est précisée. Un bouillon qui nécessite encore divers autres ingrédients avant d'arriver, bien mijoté, dans les bols de la famille attablée. Des bols qui seront vite vidés et feront apparaître des sourires de gourmandise apaisée.
 
Cuisiner en famille. (c) CotCotCot éditions.

Excellent album que ce "Préparer le bouillon" qui joue sur le registre du réel, on prépare le plat en famille, toutes générations confondues, comme sur celui de l'imaginaire avec les occupations des anchois. Les deux dans de charmantes et illustrations. Les étapes de la recette apparaissent sous la forme de dessins aussi épurés qu'efficaces sur fond blanc. A noter le jeu très subtil dans la représentation du duo acteur dans les doubles pages. En simple, en double, en simple, en double, puis immensément multiplié pour mieux donner l'impression du temps nécessaire, avec autant de micro-événements associés. A part la découpe des légumes, la cuisson et la dégustation du bouillon se font, elles, en vues non multipliées de la famille, ralentissant le tempo des pages jusqu'à la finale. Contraste avec les pages qui racontent les anchois: à bords perdus et sur fond gris, elles sont hyper remplies: dessins,  textes, collages, slogans, extraits de journaux, dialogues, autant de saynètes vitaminées. Un contraste entre le vide et le plein très réussi qui donne rythme et surprises. L'album se termine avec un poème coréen sur les anchois et quelques explications de traduction.
 
 
Un album à la lecture extrêmement réjouissante. En résumé: mashitta! - 맛있다! (délicieux). 
 
Pour faire soi-même un tel bouillon, quelques idées ici
 
Pour mieux se rendre compte du dynamisme de l'album, une vidéo Youtube (ici). 
 
 

 
 
 

 
 
 
 
 
 

samedi 21 février 2026

L'auteure-illustratrice jeunesse Gerda Muller a 100 ans aujourd'hui

La couverture de "Ça pousse comment?"
  
Tout le monde connaît les dessins de l'"imagière", comme elle aime se présenter. Mais pas toujours son nom. Parce qu'on ne sait pas trop comment le prononcer? Peut-être. Son nom, c'est Gerda (à dire comme si c'était un "j") Muller. Elle est née le 21 février1926 à Naarden aux Pays-Bas et a créé de très nombreux albums pour les enfants. Au moins 120. Au Père Castor et à l'école des loisirs qui lui a consacré un livret "Mon auteur préféré" (2019, à télécharger ici).

 
 
On lui doit les "Turlutins" évidemment, ressortis en intégrale il y a un an. Mais aussi des contes classiques, "L'Apprenti sorcier", "Les quatre musiciens de Brème", "Boucles d'or et les trois ours", des albums sans texte, "Devine qui fait quoi" et "Devine, qui a retrouvé Teddy", d'autres célébrant la nature, "Mon arbre", "La fête des fruits", "Ça pousse comment?", "Où vont-ils quand il pleut?",.. Aisément reconnaissables et qui se passent de génération en génération. Sans oublier les historiques "Marlaguette" et "Perlette goutte d'eau" (textes de Marie Colmont).
 
     
 




Gerda Muller.
(c) Vincent Tessier.
"Quand je travaille seule dans mon atelier", dit Gerda Muller, "je ressens la présence d'un enfant qui regarde et souvent me guide. C'est pour lui que je travaille (pas pour les parents ou pour les éditeurs)."
 
Bon anniversaire, Gerda!
 
Gerda Muller vit actuellement à la Maison nationale des artistes, EHPAD où se retrouvent depuis 1945 de nombreux artistes (lire ici). Une exposition lui a été consacrée en 2021, joliment titrée "Célébrer la vie" et dont il existe une vidéo (ici).
 
 
 

 
 
"Les turlutins". (c) l'école des loisirs.


vendredi 13 février 2026

Gammes graphiques sur l'amour

"Nos accords imparfaits" (c) Casterman.


C'est un bel album, une bande dessinée
C'est une romance d'aujourd'hui
Il vivait chez lui, quelque part à Paris
Elle n'était pas loin non plus de Paris, de Paris
Ils se sont trouvés dans un salon du livre
A Quiberon exactement
C'était sans doute un jour de chance
Ils avaient l'histoire à portée de main
Un cadeau de la providence
Alors pourquoi ne pas la réaliser

 

Cette bande dessinée, c'est l'excellent "Nos accords imparfaits", écrit par Gilles Marchand et dessiné par Cécile Dupuis (Casterman, 160 pages), une première expérience pour l'auteur de "Une bouche sans personne" et "Un funambule sur le sable" (Aux forges de Vulcain tous les deux), une seconde pour la dessinatrice de "L'ombre des pins", son projet d'études (Virages graphiques). L'album est né de la rencontre des deux artistes dans un salon du livre à Quiberon. "J'ai montré mes carnets à Gilles", me confie Cécile Dupuis, de passage à Bruxelles. "Il m'a montré ses poèmes. Nous avons immédiatement eu une connivence artistique. Et l'envie de faire un livre ensemble."
 
Un livre qui raconterait une errance, où la musique serait présente, avec un personnage dans une ville labyrinthique. Les deux artistes, musiciens par ailleurs, elle joue de la flûte traversière, lui de la batterie et de la guitare, se sont rapidement accordés sur la colonne vertébrale. Ils ont commencé par ce qui est la face B de la BD. Restait à construire la face A. Cécile Dupuis a fait des recherches graphiques, Gilles Marchand en a écrit une nouvelle.
 
Hélène. (c) Casterman.
 
Résultat, ces "Accords imparfaits", qui disent avec douceur et dans d'exquises variations graphiques puisant dans le registre musical les difficultés d'un couple et comment il en a triomphé. Fusionnels au départ, Anton et Hélène voient le silence s'installer entre eux. Que s'est-il passé entre le livreur et la violoncelliste? Il va falloir à Antoine retrouver ses mots. Et Hélène en finale au prix d'un étonnant voyage dans une ville étrange.
 
(c) Casterman.

L'histoire est prenante car bien moins convenue qu'on ne peut l'imaginer. On croit tout de suite aux personnages. En ligne claire, le dessin est, lui, d'une folle liberté graphique, terriblement réjouissante. On pense à l'audacieuse page avec le poisson rouge. "Je me suis fait plaisir graphiquement", explique Cécile Dupuis qui pataugeait dans le projet jusqu'à ce que Nathalie Van Campenhoudt, son éditrice, regarde ses carnets et lui dise: "Cela peut être cela aussi, ton album." Une phrase magique qui a tout débloqué. "La ligne claire est propre à mon style. A chaque idée, je tente de ne pas la traiter par l'évidence, mais de choisir un angle original." Entre les faces A et B, les couleurs changent, transposition des atmosphères réelle ou étrange. Mais les idées fusent, surprenantes, adéquates, et enchantent. On passe un excellent moment en compagnie d'Anton et Hélène, Cécile et Gilles. 
 
 
 
 



mercredi 11 février 2026

La Foire du livre de Bruxelles va "défier le futur"

L'affiche est due à l'artiste Julie Hoyas.

Quelques noms d'auteurs présents à la 55e Foire du livre de Bruxelles (du 26 au 29 mars à Tour & Taxis) avaient été lancés en apéritif il y a quelques jours: Amélie Nothomb (pas vraiment une surprise, elle est là chaque année), Christine Ockrent, Sorj Chalandon (un habitué), Grégoire Solotareff (en jeunesse), Brecht Evens (en BD), et évidemment d'autres Belges, Adeline Dieudonné, Antoine Wauters, Caroline Lamarche, Barbara Abel, Philippe Boxho, Philippe Geluck...
 
Le plat de résistance a été présenté ce mercredi par l'ensemble de l'équipe de la Foire, placée sous la houlette de Grégory Laurent, commissaire général depuis 2016, année où l'entrée à la FLB est devenue gratuite: beaucoup plus de noms d'invités, des espaces rebaptisés, un programme décliné en plusieurs axes, des expositions, des rencontres et une liste d'exposants quasiment bouclée. Le thème 2026? Défier le futur.
 
Parmi les auteurs qui viendront aussi à Bruxelles, David Diop, Etienne Klein, Nancy Huston, Paul Gasnier, Alain Mabanckou, Susie Morgenstern (jeunesse), Enki Bilal (BD), Emma Green (romance). Des auteurs de polar aussi car l'ambition de la manifestation est de rassembler tous les publics. 
 
Les attendront plus de 300 exposants dont une petite septantaine présents pour la première fois et la moitié sont belges. Ils occuperont 3.800 m² de stands, un chiffre stable. L'espace Place de l'Europe deviendra la Place à l'Europe, la scène des savoirs sera rebaptisée Scène des Lumières. Un Théâtre de l'imaginaire apparaîtra comme un espace #Love&Whispers (romance). Les rencontres seront organisées par la Foire elle-même ou, avec le Label Editions par les exposants. Divers prix seront remis, dont les 3 prix Prem1ère (littérature, Victor du livre jeunesse, roman graphique). Les journées professionnelles jeunesse se dérouleront durant les quatre jours au Square Educa.
 
On trouvera donc de la littérature générale et de l'essai, du polar et du roman noir, de la romance, du manga et de la BD, de la jeunesse et de l'éducation. On découvrira le programme Objectif Lire qui se déroule toute l'année et appelle aux dons. On pourra participer à des clubs de lecture, à des Drink & Draw, au Carnaval du livre, à la Bibliothèque du futur à laquelle est associée Enki Bilal.
 
Le programme complet sera annoncé le 12 février sur le site de la Foire (ici). La billetterie y est déjà ouverte, passage obligé pour obtenir les tickets d'entrée. L'accès est toujours gratuit mais il est proposé à chaque visiteur de "soutenir la Foire du livre de Bruxelles" par un don de 5, 10 ou montant libre d'euros.