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vendredi 29 mai 2020

Décès de l'écrivain jeunesse Franck Prévot

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque44

Franck Prévot.


Les éditions HongFei nous apprennent le décès, à l'âge de 52 ans, de l'auteur de littérature jeunesse Franck Prévot.Né le 10 mai 1968 à Bourg-en-Bresse, il est mort le 27 mai 2020 à Valence dans la Drôme.

"Endeuillées,
Frappées de stupeur,
Attristées,
Démunies,
Unies dans la douleur avec son épouse, ses trois enfants, ses proches et amis,
Les éditions HongFei ont le grand regret d'avoir appris le décès de Franck Prévot, auteur de plusieurs albums publiés par notre maison depuis 2016, un ami.

Franck écrivait des histoires et de la poésie.
Ses textes lus par mille gens, ceux-là voulurent le rencontrer. Il aima ces gens et ces rencontres.
Elles lui donnèrent mille occasions d'inviter qui le voulait à écrire sa poésie. Et chacun devenait poète en sa présence.
Mais aujourd'hui est vide.
Jusque-là, Franck faisait vivre ses textes auprès des lecteurs petits, grands ou vieux et autres émerveillés. Désormais, c'est à ses textes de faire vivre sa voix.Franck a choisi sa manière de donner. Avec la même liberté, nous recevons, reconnaissants.
Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh, éditeurs

Le 29 mai 2020."


Franck Prévot a beaucoup écrit en littérature de jeunesse, des albums, des romans, de la poésie.

Il a collaboré avec HongFei pour trois titres, "Je serai cet humain qui aime et qui navigue", illustré par Stéphane Girel, un complice de longue date (2016), "Dix ans tout juste", avec Yu Liqiong et un collectif d'illustrateurs pour les dix ans de la maison d'édition en 2017 (lire ici) et "Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes" illustré par Régis Lejonc en 2018.



Franck Prévot avait commencé à publier en 2003. Deux titres, "Tout allait bien..." (Editions Le buveur d'encre) et "Un amour de verre", illustré par Stéphane Girel (Editions du Rouergue, 2003). Il travaillera souvent avec Stéphane Girel ou Régis Lejonc, dans de petites maisons, Grandir, Le Baron Perché, L'Édune, Editions La Maison est en carton. On trouve également son nom au catalogue des romans de Thierry Magnier, d'albums chez Hatier et Nathan.































En ultime hommage, les éditions HongFei ont adapté un extrait de l'album "Je serai cet humain qui aime et qui navigue".
"Au matin il avait disparu.
Je suis sorti et j’ai regardé notre océan.
Un albatros a dessiné quelques boucles pour me saluer dans l'azur,avant de s'envoiler au vent du large, vers son poème à lui peut-être.

Bien sûr je voyagerai, comme toi l'ami Franck
En bateau, à pied ou en poésie, peu m'importe.Et je traduirai le mondeen cent mille milliards de poèmes
à chanter cent mille milliards de fois,pour les humains qui aiment et qui naviguent.

Je ne me lasserai jamais."







mercredi 27 mai 2020

Qui habite chez qui?

#confinothèque43
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.

Séance de musique. (c) Albin Michel Jeunesse.


Quand on partage son lieu de vie avec un ou des chats, on ne sait jamais trop bien qui habite chez qui. Ou plutôt si, on le sait. C'est l'humain qui habite chez le(s) chat(s). C'est dire si le nouvel album jeunesse de Pauline Martin, découverte avec l'exquis "Mon amour" (lire ici), "Mon gros chat" (Albin Michel Jeunesse, 32 pages), nous parle. On y découvre une petite fille et son gros chat. Sa finale mène sur un autre chemin, festif, et rend cet album délicieux pour les jeunes enfants, dès 3 ans, comme pour les adultes vivant avec un ou des chats.

Lever. (c) Albin Michel Jeunesse.

On ne regarde jamais assez les couvertures. La preuve encore ici puisque tout y est dit et qu'on n'en tient pas compte. On suit dans ces exquises illustrations sur simple ou double page la journée de la narratrice et de son chat depuis leur lever. Chaque moment est ponctué d'une phrase ritournelle, "Mon gros chat n'aime pas" chaque fois complétée... Quand il n'aime pas "le matin", on le voit ouvrir un œil mauvais affalé sur un coussin posé sur le lit de la petite fille. Quand il n'aime pas "les nuages", il trône sur le bord de la baignoire, de la mousse sur la tête. Quand il n'aime pas "le vent", il se place en plein souffle du sèche-cheveux! Impossible de ne pas sourire devant ses mimiques.

Ablutions. (c) Albin Michel Jeunesse.

La séquence du petit déjeuner est également exquise. De page en page, le gros chat est partout et prend toute la place quand il n'empêche pas les activités de la petite fille. Comment lire, un gros chat sur les genoux? Comment répéter son piano quand le matou se promène sur les touches? La journée avance dans ces "désamours" en simples ou doubles pages. Dedans, dehors, dans une maison d'apparence classique, dont la déco presque désuète, papiers-peints, meubles, cadres au mur, se savoure et incite au calme.

Petit déjeuner. (c) Albin Michel Jeunesse.

Imperturbable, la narratrice poursuit ses activités, cueillir des fleurs, cuire un gâteau, chercher des cotillons, toujours ponctuées du refrain "Mon gros chat n'aime pas...", indifférente aux caprices félins. Qui n'a pas vécu avec un chat? Mention spéciale pour la double page "Mon gros chat n'aime pas monter l'escalier ni le descendre". Et impeccable finale en pirouette où on comprend que la fillette a organisé une fête d'anniversaire pour son gros chat (revoyons la couverture) et que si ce dernier déteste tout, c'est tout simplement parce qu'il n'aime qu'elle!

Avec ses couleurs tendres posées en aplats et ses illustrations délicates, "Mon gros chat" transforme formidablement le quotidien en une histoire à hauteur d'enfant.





mardi 26 mai 2020

L'été de l'entrée dans le clan secret

#confinothèque42
Aujourd'hui, un de ces albums jeunesse qui ont croisé la covid19 et sont arrivés en librairies juste avant ou en même temps que la fermeture de ces dernières à cause des mesures de confinement.


La fête des âmes. (c) HongFei.


"Il y a des choses qu'on peut admirer sans comprendre."

Cette phrase magnifique est la clé du nouvel album pour enfants (à partir de 6 ans), "Le secret du clan", de Gilles Baum et Thierry Dedieu (HongFei, 44 pages) qui collaborent ici pour la dixième fois. Une phrase qui, si on y réfléchit, dépasse évidemment largement le cadre de cette touchante histoire de transmission entre un grand-père et sa petite-fille. Mené comme une enquête, le récit est illustré de papiers déchirés collés, sobres et expressifs. Le lieu n'est pas clairement nommé mais la coiffure de l'héroïne, aussi narratrice de l'histoire, en dit long. Et plusieurs allusions au Japon sont glissées dans le récit.

On suit avec beaucoup de plaisir la fillette qui vient passer ses vacances estivales chez son grand-père. Ce dernier habite une île de pêcheurs qu'on rejoint en bateau. Une île si petite qu'on en fait le tour en bicyclette en une journée. L'unique village abrite différents commerces, boulanger, poissonnier, épicier, couturière. S'y trouvent aussi une capitainerie, une école avec un instituteur qui, se croyant très savant, s'avère très bavard ainsi qu'un poste de police.

L'arrivée. (c) HongFei.

Cette année, la vacancière a grandi. Elle remarque que certains des adultes qu'elle croise portent un petit tatouage à l'avant-bras. Intriguée, elle n'a de cesse d'en savoir davantage. Elle va mener son enquête, faisant même des listes des tatoués et des non tatoués. Fameux mystère! Bien sûr, elle pourrait interroger son grand-père. Mais pour cela, il lui faut trouver le bon moment. Il va se présenter avec la fête des âmes, festive, douce et inspirée. Et le grand-père répondra à sa petite-fille de la plus magnifique des façons. En l'emmenant découvrir une créature géante secrète. Réservée à ceux qui peuvent "admirer sans comprendre". Si la demoiselle est encore trop petite pour faire partie du clan physiquement, elle y est déjà admise moralement. Son grand-père le lui rappellera par son cadeau de départ à la fin des vacances.

Il est très agréable de découvrir un album comme "Le secret du clan" qui pose une véritable histoire, une intrigue bien amenée et bien menée, avec une pointe d'humour, beaucoup de tendresse et de complicité.Elle permet en même temps de découvrir les autres et de se découvrir soi. Sans oublier que le plaisir qu'on éprouve à admirer les illustrations qui, très dépouillées, soutiennent remarquablement le récit.

En route pour la rencontre. (c) HongFei.











lundi 25 mai 2020

Une nouvelle fable sociale d'Anna Rozen

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque41


Le poète Germain Nouveau (Pourrières1851- Pourrières 1920).


Observation fine de ses contemporains, plume pétillante et humour grinçant, telle est la romancière Anna Rozen qui publie l'excellent "Loin des querelles du monde" (Le Dilettante, 254 pages). Un roman savoureux, son septième chez cet éditeur, sur un écrivain parisien auteur de best-sellers qui décide tout d'un coup d'en finir avec ce genre et d'écrire SON grand roman. Non commercial évidemment. Voilà pour l'ossature. Car ce qui compte chez Anna Rozen, dans tous ses livres, c'est ce qu'il y a autour de cette structure. Et tant les ingrédients qu'elle choisit que leur arrangement sont savoureux. Ils réjouissent, font sourire et réfléchir.

Difficile de ne pas penser à tous ceux et celles qui se sont senti pousser des ailes d'écrivain durant le confinement en faisant connaissance de Germain Pourrières, écrivain bien établi, lui, qui va passer aux rayons Rozen. Pour mieux savourer encore ce nouveau livre, qui oscille constamment entre écriture du nouveau roman et quotidien des protagonistes, il n'est pas inutile de parcourir l'auto-présentation de l'auteure sur le site de son éditeur.

Anna Rozen 
Je suis née en 1960 – je ne sais pas tout, mais je crois que c'est assez important de dire son âge, parce que quand on lit, on aime bien avoir quelques repères et il faut bien reconnaître que comme point de repère, un âge, une génération, donc une culture, des références, ça se pose un peu là. Dans le même ordre d'idée – pour que les gens sachent un peu à qui ils ont affaire – dire que j'ai beau être née "ailleurs" (l'Algérie, en l'occurrence), je n'ai vécu (à part les deux premières années) qu'en France… Lorient, à peine, Toulouse, beaucoup, Paris, énormément.
Je crois qu'on se moque un peu des études que j'ai pu faire.
Il semble que j'en ai assez dit sur ma vie privée et que ce que je n'ai pas dit, je ne devais pas avoir envie de le dire. J'imagine qu'on s'intéresse éventuellement à la manière dont je subviens à mes besoins matériels, donc je précise que j'ai travaillé dans la publicité, et maintenant pour la télévision, comme rédactrice. Ce qui prouve à quel point je suis obstinée, ou maniaque: mon boulot, c'est écrire, mon plaisir c'est écrire, et avec ça je tiens un journal depuis l’âge de 15 ans…
Vaguement monomaniaque donc.
Et puis?
Ah si, les livres que j'aime, ceux que je relis chaque année – presque – quand ils me coulent des yeux jusqu'à la gorge et au ventre, je sens que je ne serai jamais perdue sur la terre:
La Deltheillerie, de Joseph Delteil
Mon amie Nane, de Paul Jean Toulet
Mitsou, de Colette (mais aussi Mes apprentissages, que je confonds avec Le pur et l'impur, L'envers du music hall, Sido et quasi tous les autres en fait! Mais Mitsou, c'est le petit bijou, la fleur à l'épaule, toute l'ivresse dans un minuscule flacon …)
Penses-tu réussir!, de Jean de TinanLes aventures du Roi Pausole de Pierre Louÿs
A l'étranger, Mary Frances Kennedy Fisher, Martin Amis et Philip Roth (ben oui c'est le seul contemporain et il est loin – il fut un temps où je ne lisais, exprès, que des auteurs morts, je me suis calmée, je veux dire ma jalousie l'est… j'en lis d'autres maintenant, mais ma liste c'est la crème de la crème. Qui j'aime d'ici et maintenant? Jaenada (tous les charmes), Dustan (généreux, encourageant), Ernaux (obstinée, chercheuse), Berroyer.
Evidemment, j'espère que je pourrai me remettre à jour de temps en temps, parce que, quelle merveille, je change.

On va donc découvrir Germain Pourrières, le parfait cliché de l'écrivain de Saint-Germain-des-Prés, adulé du public, surveillé comme du lait sur le feu par son agent compréhensif, en plein travail de création. Une satire de la société contemporaine, qui portera le titre de "Plus rien ne sera comme avant", car ses succès le lassent. Un texte inspiré et hanté par un tableau de Toulouse-Lautrec. Pourrières a plein de manies. Quand il coupe une baguette tradition, quand il utilise sa machine à café, quand il se nourrit de boîtes de thon et de sucrines... Pourrières a aussi ses contradictions. Il n'hésite ainsi jamais à se faire inviter à un dîner chic et plutôt bien servi. Bien servi en nourriture et boisson, mais aussi en femmes car l'écrivain en est amateur, on le verra très vite.

L'homme du monde est maniaque et infernal. Il n'hésite pas à malmener ses proches. Dont son neveu Joseph, végane envoyé chez lui par sa sœur cadette Bergère, réfugiée en pleine cambrousse entre élevage de chèvres et potier fougueux. Ce garçon bien de notre temps qui discute de tout, se fait remonter les bretelles par son oncle égocentré mais n'ose pas dire à sa mère qu'il part en Inde. Et quand il est accompagné de sa petite amie Julie, sculptrice et militante, Germain écume. Pour le reste, il écrit, drague dur, pas toujours avec succès. Il profite de ce qui passe. Oublie ce qui rate.

"Quel dur métier que celui d'auteur à succès."

On compatit en souriant en suivant Germain dans ses aventures avec les mots, avec les femmes, avec les humains. En parallèle, Anna Rozen nous glisse un portrait plein de verve mais bien tranchant de la société d'aujourd'hui et du monde de l'édition en particulier. Fable sociale et plaisant marivaudage, "Loin des querelles du monde" avance inexorablement vers les questions essentielles de la vie et de la mort. Le décès de son agent sert de révélateur à Germain qui s'autorise enfin à être lui-même. En est-il encore temps quand sa maison d'édition ne vise plus que le profit?



Pour lire en ligne le début de "Loin des querelles du monde", c'est ici.


Les autres romans d'Anna Rozen parus au Dilettante.








dimanche 24 mai 2020

Décès de l'artiste et académicien, Jean-Loup Dabadie, "l'homme amical" dont rêvait Moinot

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque40

Jean-Loup Dabadie.


On a appris ce dimanche 24 mai, le décès ce même jour à 13 heures à Paris, de l'artiste et académicien Jean-Loup Dabadie. Il avait 81 ans et est mort d'une maladie autre que le Covid-19, a précisé son agent.

Né le 27 septembre 1938 à Paris, Jean-Loup Dabadie a exercé ses talents dans des domaines variés, littérature, journalisme, cinéma et chanson. "Femmes je vous aime", "Ma préférence", de Julien Clerc, c'était lui, "Lettre à France" et "Tous les bateaux, tous les oiseaux" de Michel Polnareff, c'était lui aussi. Ainsi que de nombreux textes écrits pour Guy Bedos dont évidemment LE sketch "La drague". Il venait de terminer l'adaptation pour le cinéma d'un roman de Georges Simenon, "Les volets verts".

Son élection au fauteuil 19 de l'Académie française le jeudi 10 avril 2008 avait fait grincer bien des dents (vraies ou fausses) sous la Coupole. La preuve: les vingt-cinq académiciens français avaient élu le romancier-parolier par 14 voix pour et 2 voix contre 2 mais aussi 9 bulletins blancs signifiant le rejet du candidat. Il n'empêche que Jean-Loup Dabadie s'était bien rattrapé un an après, lors de sa réception officielle sous la Coupole.

Portant avec élégance l'épée et l'habit vert de rigueur, "de drap noir, brodé d'un feuillage d'olivier", mais signé Cerruti, son couturier habituel, Jean-Loup Dabadie avait fait le jeudi 12 mars 2009 son entrée officielle à l'Académie française, devant plusieurs de ses interprètes (dont Guy Bedos et Julien Clerc) et des personnalités des médias, Philippe Bouvard, Philippe Labro, Patrick Poivre d'Arvor ou encore Michel Drucker.

Après avoir été reçu par Frédéric Vitoux, le scénariste et parolier avait fait résonner un ton inhabituel sous la Coupole quand il a fait l'éloge chaleureux et charmant de son prédécesseur, l'écrivain un peu oublié Pierre Moinot – qui fut aussi procureur général de la Cour des comptes et conseiller d'André Malraux quand ce dernier était ministre de la Culture.

Décédé en 2007, l'ancien occupant du fauteuil 19 avait répondu naguère à la question "N'aimeriez-vous pas savoir qui va vous succéder et faire votre éloge?", par la phrase suivante "A la réflexion, j'aimerais qu'il soit fait par un homme amical, un esprit de la même famille que le mien". "Eh bien, c'est fait", s'était exclamé Jean-Loup Dabadie, en finale de son discours, clôturant son intervention ainsi: "Et pour m'avoir donné cette chance, pour m'avoir accordé l'honneur d'être cet homme amical, Mesdames et Messieurs de l'Académie, pour la vie, en tout cas pour la mienne, je vous remercie."

Si Hélène Carrère d'Encausse s'était montrée ravie et émue, Guy Bedos avait commenté la prestation plus simplement: "Il m'épate, ce con."


Guy Bedos et Jean-Loup Dabadie en 2012,
aux funérailles de Félicien Marceau.