Nombre total de pages vues

samedi 25 janvier 2020

Cuisine et kung-fu pour le Nouvel an chinois

Crevettes roses, palourdes, calmars dans un bouillon ail, gingembre, cive:
en Chine, manger est un art (c) HongFei


Avec un nom qui signifie "grand oiseau en vol" en chinois et un logo inspiré du dessin à l'origine du caractère chinois "oiseau", les éditions HongFei Cultures donnent résolument le ton. Elles ont été fondées en 2007 par Loïc Jacob et Chun-Liang yeh (lire ici). Leur ligne éditoriale? Valoriser l'altérité et l'interculturalité en lien avec le monde chinois, sans que la Chine ne se réduise à un objet exotique. HongFei publie donc des textes d'auteurs chinois classiques ou contemporains, illustrés en France ou en Chine. Mais aussi des livres sans lien avec la Chine, ayant trait au voyage, à l'intérêt pour l'inconnu et la relation à autrui. Des créations la plupart du temps.

Coronavirus ou pas, le Nouvel an chinois est l'occasion de présenter deux nouveautés, deux créations françaises aux thèmes représentatifs du pays en fête, la nourriture, cet art éternel, et le mystérieux art martial du kung-fu.

On mange!


"Chifan! Manger en Chine" est un très joli album de Nicolas Jolivot, tout en hauteur, à couverture toilée (HongFei, 124 pages), "chifan!" signifiant "on mange!" en chinois. Un carnet de voyage plus que gourmand que l'auteur a réalisé à partir de ses dessins croquant une farandole de repas croisés au long de ses onze voyages en Chine entre 2007 et 2019. Fort agréablement assaisonné d'humour, de souvenirs et d'observations. Sortez vos baguettes - ou vos doigts. On y mange à toutes les pages et c'est rudement tentant. Rudement instructif aussi de découvrir la façon dont l'acte de se nourrir et de se réhydrater est célébré et respecté en Chine.

Dans tous les coins de Chine mais pas partout de la même façon. Une carte finale pointe tous les endroits visités par l'auteur-illustrateur-voyageur, principalement dans le sud néanmoins, mais pas à Wuhan. Pour le reste, les spécialités rencontrées sont regroupées en un menu de six services: manger dans la rue, au restaurant, les serveuses, en tête à tête avec son bol, à deux et à plusieurs. Les ravissants dessins, simples mais expressifs apparaissent sur des pages au fond blanc ou sable, la couleur rouge étant réservée aux têtes de chapitre. Chaque page est l'occasion d'une saynète présentant un plat par le texte et par l'image. Essentiellement des plats salés mais on peut aussi se régaler de fruits découpés et servis parfois en brochettes.

La brochette, un art à part entière, comme le bouillon ou les nouilles. Ou encore les beignets et les pâtes fourrées. Tout cela étant préparé à la vitesse de l'éclair ou mijotant gentiment en attendant le client. Nicolas Jolivot a choisi une manière aussi intéressante que pertinente de nous présenter la population chinoise tant les repas y ont d'importance. Bref, lecture faite et approuvée, comment dit-on "miam" ou "slurp" en chinois, ou plus poliment "gourmandise"? Exquisement composé, "Chifan! Manger en Chine" est à mettre entre les mains de tous les amateurs de bons plats.

Un poisson vivant préparé en cinq minutes (c) HongFei


On se défend!


Autre tradition chinoise, l'art du kung-fu. Loin des clichés véhiculés par les films et les séries télévisées, cet art martial consiste à retourner la force d'un adversaire contre lui lors d'une attaque  afin de se défendre, et cela en gestes coordonnés. Dans l'album "Shaolin, pays de kung-fu" (HongFei, 44 pages), Pierre Cornuel rappelle une histoire ancienne. Dans la Chine d'hier, une bande de brigands attaquait régulièrement le village où vivent la petite Mengmeng et sa tante Lina. L'échoppe de marché de cette dernière est régulièrement pillée comme celles des autres villageois.

Le marché. (c) HongFei.

Dans sa fuite lors d'un nouvel assaut, Mengmeng se blesse. La narratrice nous conte comment, grâce au singe Chichi, elle a été recueillie au monastère de Shaolin où s'enseigne depuis longtemps le kung-fu. Déboussolée au début, elle rencontre Kun-Yi, un jeune en apprentissage auprès de Maître Jong, qui deviendra son ami. La bienveillance générale aidera Mengmeng à s'en sortir et à suivre, elle aussi, le très difficile apprentissage du kung-fu, autant dans sa philosophie que dans sa pratique.

Pierre Cornuel nous fait entrer magnifiquement dans l'univers de cet art martial qu'il explique autant par ses mots que par ses très beaux dessins d'inspiration asiatique, réalisés avec les outils des artistes chinois.

Le jour où la petite fille est complètement guérie, il est temps pour Mengmeng de retourner dans son village qu'elle n'a pas oublié. Sa tante et ses voisins ne l'ont pas oubliée non plus. Les retrouvailles sont joyeuses et se prolongent par l'enseignement du kung-fu à tous là-bas. Les pillards ne sont revenus qu'une fois ensuite. Ils ont été battus et mis en fuite par des villageois sûrs d'eux et maîtres de leurs corps. "Shaolin" est un album qui se contemple avec plaisir pour la beauté de ses illustrations raffinées, judicieusement cadrées, et se lit avec intérêt tant se mêlent aisément les aspects narratifs et documentaires.

Mengmeng observe les jeunes élèves. (c) HongFei.







jeudi 23 janvier 2020

Aucun Belge parmi les illustrateurs sélectionnés pour l’exposition 2020 de la Foire de Bologne

Le jury 2020: Valérie Cussaguet, Enrico Fornaroli, Machiko Wakatsuki,
Lorenzo Mattotti, Cathy Olmedillas.

Après trois jours de rude travail, le jury de l'exposition des illustrateurs de la Foire du livre de Bologne 2020 a rendu son verdict. Il a choisi le travail de 76 illustrateurs provenant de 24 pays sur les 2.574 travaux émanant de 66 pays qui lui avaient été proposés.

Le jury 2020 est composé de Valérie Cussaguet (éditrice, Les fourmis rouges, France), Enrico Fornaroli (Academie des Beaux-Arts de Bologne, Italie), Lorenzo Mattotti (artiste, Italie), Cathy Olmedillas (éditrice, Anorak Magazine, Grande-Bretagne) et Machiko Wakatsuki (éditrice, Bronze Publishing, Japon).

L'exposition des illustrateurs se tiendra durant la 57e Foire du livre pour enfants de Bologne, du 30 mars au 2 avril. Elle ira ensuite dans divers pays dont le Japon, la Corée et la Chine.

Les 76 illustrateurs retenus

Beaucoup de Coréens (15) et d'Italiens (14), pas mal de Chinois (6), de Taïwanais (6), également 4 Japonais, 4 Français, 4 Espagnols, 3 Allemands, 2 Polonais, 2 Britanniques, 2 Argentins, 2 Russes et un représentant unique des Etats-Unis, du Chili, du Pérou, du Portugal, de Pologne, de Lituanie, des Pays-Bas, d'Uruguay, d'Iran, de Finlande, de République tchèque, de Suisse.

Qui connaît-on? Katrin Stangl surtout (elle est traduite chez Albin Michel Jeunesse), Francesca Sanna,  Kate Winter, Nicolas Liguori.

Aucun Belge retenu sur les onze dossiers déposés. Pour info, les Japonais an avaient déposé 497, les Italiens 495, les Taïwanais 195,  les Français 170, les Espagnols 128, les Coréens 109, les Britanniques 107, les Allemands 100, les Argentins 74, les Russes 59, les Chinois 54, les Hollandais 34, les Polonais 31.

  1. Federica Aglietti, Italie
  2. Laurie Agusti, France
  3. Somin Ahn, Corée
  4. Alessio Alcini, Italie
  5. Cynthia Alonso, Argentine
  6. Andrea Antinori, Italie
  7. Michael Bardeggia, Italie
  8. Matteo Berton, Italie
  9. André Bittencourt Ducci, Italie
  10. Joaquin Camp, Argentine
  11. Elisa Cavaliere, Italie
  12. Hsiao-Chi Chang, Taïwan
  13. Chiao-Yu Chen, Taïwan 
  14. Dani Choi,  Corée
  15. Xingru Dong, Chine
  16. Philip Giordano, Italie
  17. Francesco Giustozzi, Italie
  18. Yan He, Chine
  19. Gosia Herba, Pologne
  20. Kike Ibáñez, Espagne
  21. Lina Itagaki, Lituanie
  22. Bora Jin, , Corée
  23. Yoon Kangmi, Corée
  24. Kawon Kim, Corée
  25. Mihwa Kim, Corée
  26. Yukyung Kim, Corée
  27. Anne Roos Kleiss, Pays-Bas
  28. Koichi Konatsu, Japon
  29. Meng-Hsuan Kuan, Taïwan
  30. Gosia Kulik, Pologne
  31. Kin Choi Lam, Chine
  32. Moonyo Lee, Corée
  33. Jieun Lee, Corée
  34. Jinhee Lee, Corée
  35. Jinhwa Lee, Corée
  36. Nicolas Liguori, France
  37. Chien-Yu Lin, Taïwan (Taipei)
  38. Marta Lonardi,  Italie
  39. Jean Mallard, France
  40. Phoolan Matzak, Allemagne
  41. Isabella Mazzanti, Italie
  42. Naida Mazzenga, Italie
  43. Pinja Meretoja, Finlande
  44. Myung-Ye Moon, Corée
  45. Joan Negrescolor, Espagne
  46. Se Na Oh, Corée
  47. Inês Oliveira, Portugal
  48. Tomás Olivos, Chili
  49. Berta Paramo, Espagne
  50. Giulia  Parodi, Italie
  51. Ambre Renault-Faivre d'Arcier, France
  52. Elena Repetur, Russie
  53. André Rösler, Allemagne
  54. Francesca Sanna, Italie
  55. Akiko Sato, Japon
  56. Eduardo Sganga, Uruguay
  57. Amir Shabanipour, Iran
  58. Ami Shin, Corée
  59. Hyejin Shin, Corée
  60. Kori Song, Chine
  61. Junli Song, Etats-Unis
  62. Jan Šrámek
  63.  & Veronika Vlková, République tchèque
  64. Katrin Stangl, Allemagne
  65. Sara Stefanini, Suisse
  66. Rachel Stubbs, Grande-Bretagne
  67. Lu Wen Ting, Taïwan
  68. Ninuki suji, Japon
  69. Juan Cristóbal Vera Gil, Espagne
  70. Katerina Voronina, Russie
  71. Issa Watanabe, Perou
  72. Kate Winter, Grande-Bretagne
  73. Peng Wu, Chine
  74. Wanxin Wu, Chine
  75. Mamoru Yamamoto, Japon
  76. Hsin Wen Yeh, Taïwan





mercredi 22 janvier 2020

Oiseau de bon augure

Florent Oiseau. (c) Olivier Marty-Allary Editions.


A Bruxelles, tapez les mots "Les magnolias" sur Google et vous obtenez successivement


  • un centre de développement personnel à Bruxelles
  • une maison de repos à Bruxelles
  • un prégardiennat à Bruxelles
  • un hôtel en Bulgarie
  • un autre en France
  • une pépinière en France
  • une maison de repos en Brabant wallon
  • un gîte en Somme
  • divers conseils de culture
  • une chanson bien connue
  • un restaurant à Paris
  • et... et... et... une pension pour chevaux et poneys à Halluin

OUF, il y a donc moyen de boucler avec Google la boucle du troisième roman de Florent Oiseau, vingt-neuf ans, fan de foot argentin et collectionneur de petits boulots, intitulé donc... "Les Magnolias" (Allary Editions, 220 pages). L'histoire très plaisante d'un petit-fils rendant régulièrement visite à sa grand-mère à la résidence des Magnolias quand celle-ci lui demande de l'aider à en finir. Gloups, fait Alain qui se lance dans une savoureuse enquête sur les secrets de l'aïeule. Un portrait en miroir de l'acteur quadragénaire dont le seul rôle a été celui d'un cadavre dans une série télé. Et des références régulières aux poneys.

Ce qui vaut surtout ici, ce n'est pas tellement l'intrigue, et surtout pas la manière dont je la résume, mais la manière dont Florent Oiseau nous balade dans son histoire de gentil loser. C'est qu'il a un brin de plume, le joli et sympathique quasi-trentenaire, une sacrée imagination, un solide sens de la narration et une fameuse réserve de notes qui le sauvent en cas de blocage. L'ensemble, bien construit, rend les personnages de ses "Magnolias" bien attachants et sa lecture très agréable.

On ira donc en Dordogne avec Alain, à bord d'une imparable Renault Fuego, on croisera son silencieux et poète oncle Michel, on rencontrera son "agent" Rico avec qui il se nourrit de sandwiches aux flageolets, sa Rosie qui le reçoit moyennant finances dans une caravane, l'ex de ses jeunes années, la directrice de la maison de repos et la jeune femme de l'accueil et bien sûr la grand-mère qui n'avait jamais rien dit à personne de sa vie de femme. Tout ce petit monde va et vient au fil d'épisodes bien orchestrés et discute de tout, donc de la vie, de la mort, de l'amour, des espoirs et des regrets. Quand il ne choisit pas des noms de poneys.

Florent Oiseau était de passage à Bruxelles l'autre jour, l'occasion de lui poser quelques questions.

Trois romans publiés à 29 ans, c'est fou! "Les Magnolias" en  2020, "Paris-Venise" en 2018 et "Je vais m'y mettre" en 2016.
Disons que j'ai eu la chance de trouver un éditeur pour le premier. C'était inespéré. Je n'ai pas de cursus scolaire, juste l'expérience de petits boulots, pompiste, réceptionniste dans un hôtel, accompagnateur de train de nuit, surveillant d’école, crêpier, et de voyages. Mais je rêve d'écrire depuis que je suis ado. Et il est plus facile d'écrire d’autres livres quand on a un éditeur. Mais un livre tous les deux ans, je suis un dilettante. Je n'écris pas tous les jours. Par contre, j'écris dans ma tête avant d'écrire sur le clavier. En réalité, je pense roman tout le temps. Tout autour de moi est une scène potentielle pour mes histoires. Ecrire et penser, voilà ma vie. Mais pour vivre de sa plume, c'est une deuxième loterie. Il faut alors deux tickets de loto, un pour être publié, l'autre pour en vivre.

Pourquoi avoir choisi la Dordogne?
J'habite dans le 93, en Seine-Saint-Denis. J'ai passé quelques étés en Dordogne. Mes parents y ont déménagé. Nous étions avec mes deux frères et mon père dans le camion de déménagement et j'ai écrit un petit texte dans mon téléphone. Je l'ai relu et je l'ai bien aimé. Cela a été le début de ce roman. J'ai fréquenté une maison de retraite pendant trois ou quatre ans. Je ne voulais pas en dénoncer les conditions de vie mais montrer combien c'est un lieu incroyable à tous les égards. La maison de retraite a été mon point de départ et une partie du décor. Alain est le personnage principal. Un acteur qui n'a eu qu'un seul rôle, celui d'un cadavre dans une série télévisée à succès.

Comment s'est mise en place cette histoire?
Quand j'écris, je démarre sans savoir où je vais. Chaque page écrite en amène une autre qui n'est pas toujours prévue. Cela me rassure de ne pas me fier à un plan. Pour moi, écrire c'est comme construire un mur. Si ça bloque, je mets une fenêtre. Il n'y a pas de représentation physique des personnages, ils sont rigolos mais crédibles. J'aime le dialogue mais c'est un exercice compliqué à réussir. Il faut le faire le plus naturellement possible. 

Et vous êtes arrivé à l'idée d'une vie secrète de la grand-mère.
Au tout départ, je me suis demandé s'il ne fallait pas qu'Alain aide vraiment sa grand-mère à mourir. Mais cela n'allait-il pas être burlesque, peu crédible? J'ai viré vers le secret de l'aïeule et le petit-fils qui découvre ce qu'a été sa vie.

D'où viennent ces noms de poneys?
Je ne sais pas. Je prends souvent des notes sur mon téléphone. Quand je bloque dans l'écriture, je regarde mes notes pour voir comment rebondir. Là, je suis tombé sur celle des noms de poney. Cela m'a plu mais bon, cela ne devait pas devenir le ressort principal.







mardi 21 janvier 2020

Du beau monde en lice au prix Andersen 2020

Anne Brouillard.
Bart Moeyaert.













L'IBBY (International Board on Books for Young people) a dévoilé sa sélection finale pour les prix Hans Christian Andersen 2020, illustration (36 nominés) et roman (34 nominés). Du beau monde! On note avec plaisir le choix des Belges Anne Brouillard et Bart Moeyaert pour la Belgique. Ils seront en compétition avec d'autres noms qu'il est plaisant de retrouver à si bel endroit. François Roca, Nikolaus Heidelbach, Beatrice Alemagna, Eva Lindström,Helen Oxenbury, Allen Say pour les illustrateurs. Marie-Aude Murail, Mirjam Pressler, David Grossman, Toon Tellegen, Jacqueline Woodson pour les auteurs. Parmi eux, plusieurs lauréats du prix Astrid Lindgren. Et il y a évidemment aussi ceux dont, faute de traduction, on ne connaît pas l'œuvre.


Nominés pour le prix Andersen illustration

Argentine: Pablo Bernasconi
Arménie: Ruben Grigoryan
Australie: Ann James
Autriche: Linda Wolfsgruber
Belgique: Anne Brouillard
Brésil: Ciça Fittipaldi
Canada: Isabelle Arsenault
Chine: Zhu Chengliang
Croatie: Dubravka Kolanović
Chypre: Sandra Eleftheriou
Danemark: Lilian Brøgger
Estonie: Piret Raud
France: François Roca
Allemagne: Nikolaus Heidelbach
Grèce: illustrator Iris Samartzi
Hongrie: Mari Takács
Iran: Farshid Shafiei
Irlande: Marie-Louise Fitzpatrick
Italie:  Beatrice Alemagna
Japon: Seizo Tashima
Jordanie: Hassan Manasrah
Corée: Lee Uk Bae
Lettonie: Gita Treice
Lituanie: Kestutis Kasparavičius
Mexique: Mauricio Gómez Morin
Pays-Bas: Sylvia Weve
Pologne: Iwona Chmielewska
Russie: Victoria Fomina
Slovénie: Damijan Stepančič
Afrique du Sud: Niki Daly
Espagne: Elena Ordiozola
Suède: Eva Lindström
Suisse: Albertine
Ukraine: Vladyslav Yerko
Grande-Bretgane: Helen Oxenbury
Etats-Unis: Allen Say


Nominés pour le prix Andersen roman

Argentine: Maria Cristina Ramos
Arménie: Nouneh Sarkissian
Australie; Libby Gleeson
Autriche: Renate Welsh
Azerbaïdjan: Gasham Isabayli
Belgique: Bart Moeyaert
Brésil: Marina Colasanti;
Canada: Deborah Ellis
Chine: Huang Beijia
Chypre: Anna Kalogirou-Pavlou
Danemark: Louis Jensen
France: Marie-Aude Murail
Allemagne: Mirjam Pressler
Grèce: Maria Papayanni
Hongrie: Veronika Marék
Iran: Farhad Hassan-Zadeh
Irlande: Siobhán Parkinson
Israël: David Grossman
Italie: Roberto Piumini
Japon: Yoko Tomiyasu
Jordanie:  Taghreed A. Najjar
Corée: Lee Geumyi
Pays-Bas:  Toon Tellegen
Nouvelle-Zélende: Joy Cowley
Pologne: Marcin Szczygielski
Russie: Grigory Oster
Slovénie: Peter Svetina
Afrique du Sud;  Jaco Jacobs
Espagne: Jordi Sierra i Fabra
Suède: Annika Thor
Suisse: Franz Hohler
Ukraine: Ivan Andrusiak
Grande-Bretagne: John Agard
Etats-Unis: Jacqueline Woodson


Verdict le lundi 30 mars.

Le jury est composé de Junko Yokota (Etats-Unis, présidente), Mariella Bertelli (Canada), Denis Beznosov (Russie), Tina Bilban (Slovénie), Yasuko Doi (Japon), Nadia El Kholy (Egypte), Viviane Ezratty (France), Eva Kaliskami (Grèce), Robin Morrow (Australie), Cecilia Ana Repetti (Argentine), Ulla Rhedin (Suède). Elda Nogueira (Brésil) représentait le président de l'IBBY
et Liz Page assumait le secrétariat du jury.


Pour ne pas s'emmêler les pinceaux entre les différents prix Andersen, c'est ici.





lundi 20 janvier 2020

Les grandes batailles d'un petit homme

Anne-Dauphine Julliand (c) Stéphane Remael-Les Arènes.

"Jules-César", le titre claque autant qu'il étonne. Le premier roman d'Anne-Dauphine Julliand (Les Arènes, 382 pages) porte le  prénom du Sénégalais de "presque sept ans" dont on va suivra les combats. Le gamin vit tranquillement à Ziguinchor, en Casamance, entre ses parents, son grand frère, sa grand-mère, ses copains et les voisins. Très tranquillement même, trop, car ses reins ne fonctionnent plus. Seule une greffe peut le sauver et lui éviter les dialyses constantes. Son père est donneur compatible mais ce genre d'opération ne se fait pas dans leur pays. Alors la famille fait un pari fou. Partir en France et bénéficier de l'aide médicale apportée aux enfants sans papiers.

"J'ai eu tout de suite l'idée d'un petit garçon qui s'appelait Jules-César", explique Anne-Dauphine Julliand, de passage à Bruxelles. "Je voulais examiner le rapport d'homme à homme entre le père et le fils". Car dans ce livre attachant, c'est, contrairement à l'habitude où la mère se déplace, le père qui part avec son enfant malade à Paris. Certaines choses sont simples pour eux. Ils sont ainsi accueillis et logés par une parente. Rien du reste ne l'est. Ni les démarches à l'hôpital parisien Robert-Debré qui soigne les enfants sans distinction, ni la confrontation au mode de vie européen. Il leur faudra ruser pour atteindre leur but. Et attendre.

Et se mettre en veilleuse, ce qui n'est du goût de personne. Le père, actif au Sénégal, est condamné par son statut à ne quasi rien faire à Paris et à découvrir son fils cadet. La mère en était déjà à son sixième mois de grossesse lors du départ. Le frère est en manque de son admirateur. La grand-mère attend aussi, elle qui a trouvé les mots pour encourager Jules-César à se lancer dans cette migration médicale. Finalement, c'est sans doute ce dernier qui s'accommode le mieux de cette suspension. Il y croit. Il a la foi. Il va à l'école, aborde le grincheux voisin, socialise avec les infirmières et les autres enfants malades lors de ses dialyses.

Anne-Dauphine Julliand a choisi de faire alterner les points de vue du père et du fils dans ce roman qui aborde beaucoup de sujets en rapport avec la migration. On suit Augustin et Jules-César dans leur découverte mutuelle, dans leur quotidien de migrants d'abord, de sans papiers ensuite. "Quand j'ai commencé à écrire il y a deux ans", se rappelle l'auteure, journaliste et documentariste, "j'avais le début et la fin de mon histoire. Je savais ce que je voulais dire mais la façon dont je l'ai raconté a évolué. En parallèle, en 2017, j'ai réalisé le film documentaire "Et les Mistrals gagnants" sur cinq enfants malades qui parlent de leur vie. Il y avait notamment Imad, qui venait d'Algérie avec son papa. Et je me suis demandé: qu'est-ce qui pousse un homme à tout quitter pour soigner son enfant?"

Mère de quatre enfants, l'auteure a elle-même vécu une terrible expérience avec des enfants malades. Ses deux petites filles, Thaïs et Azylis, souffraient d'une maladie génétique orpheline incurable et sont décédées à trois et dix ans. Epreuves qu'elle a évoquées dans les livres-témoignages "Deux petits pas sur le sable mouillé" et "Une journée particulière" (Les Arènes, 2011 et 2013, J'ai lu, 2013 et 2014). C'est à cette période qu'elle a rencontré Thérèse Sambou, une Sénégalaise qui a alors pris soin de leur famille et à qui le roman est dédié.

Anne-Dauphine Julliand a fait le choix de la fiction "pour gagner en liberté et en contraintes. Je ne voulais pas raconter la vie de gens que je connaissais mais me balader en toute liberté dans ces sujets". Elle s'est aussi beaucoup documentée à l'hôpital Robert-Debré et en Casamance. "Je me suis nourrie de mes visites au Sénégal et de mes conversations avec une Thérèse, cette femme, que j'ai rencontrée il y a 14 ans et qui m'a expliqué le Sénégal. Un pays où on meurt encore de fatalité. Thérèse m'a libérée de cette peur très occidentale de la mort et du mort. Elle m'a permis un apaisement par rapport à la mort."

"Jules-César" met bien en évidence le quotidien de cette famille séparée pour la bonne cause mais pleine d'amour. La culpabilité par rapport à la maladie, l'ambivalence science/croyance, le déracinement, la clandestinité, l'oisiveté, le manque d'argent, la répartition traditionnelle des rôles hommes-femmes, grâce notamment au voisin, à la maîtresse d'école, au camarade de plonge, à l'assistance sociale. "Les personnages secondaires sont très travaillés car ils représentent l'humanité, chacun de nous avec ses zones d'ombre. M. Jeanjean est aigri, bougon, à cause de multiples petites déceptions dans la vie. Il se sent victime de tout. Jules-César lui sert de révélateur. L'institutrice symbolise la peur des différences. Chacun des personnages incarne un peu ce qu’on est et notre capacité à avancer en humanité." Il y a aussi ceux qui aident le petit malade et ceux qui changent de point de vue. On passe de bons moments en leur compagnie, en attendant l'opération espérée. On regrette toutefois l'emballement final. Les drames s'enchaînent à partir du retour d'une escapade réussie à la mer au risque de perdre le lecteur. C'est dommage, "Jules-César" tenait très bien sans ces quelques scènes.