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jeudi 16 août 2018

DTPE 20 Lisez jeunesse, correspondez jeunesse

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Les correspondances sont-elles réservées aux lecteurs adultes? Mais non, bien sûr. La preuve par ces quatre albums.

Ode à la nature


Je t'ai écrit un message
Lizi Boyd
adapté de l'américain par Françoise de Guibert
Albin Michel Jeunesse, 32 pages

"Je t'ai écrit un message. L'as-tu trouvé?" Des couleurs douces dans les tons verts, gris et bleus et un graphisme délicat tout en aplats illuminent cette histoire de message. Il passe d'une petite fille expéditrice à toute une succession d'animaux, une tortue, une cane, une araignée, un oiseau, six autres avant que le vent ne l'emporte et ne le fasse tomber, qui utilisent chacun à leur mode la feuille de papier, avant de parvenir en finale à son destinataire.

Au passage de cet album plein de grâce, tout en doubles pages, on découvre des tas de vues différentes d'un paysage bucolique près de la rivière, entre herbes, fleurs et rochers. Les yeux attentifs remarqueront que chaque animal est annoncé dans l'illustration précédent son arrivée. Bien entendu, le contenu du message baladeur arrivera en dernière page, charmant. A partir de 3 ans.

"Je t'ai écrit un message. L'as-tu trouvé?" (c) Albin Michel Jeunesse.


Hymne à la tolérance


Olive et Léandre
Alex Cousseau et Janik Coat
Les fourmis rouges, 32 pages

Un superbe très grand format en papier mat aux couleurs du bleu profond de l'océan, là où ondulent des algues de toutes les formes, là où évoluent des crevettes et des petits poissons de toutes les couleurs, là où surtout on va rencontrer l'ours du nord, Léandre, et le poulpe du sud, Olive.

Que font dans la mer ces deux créatures si différentes? Chacune avait envie de compagnie et s'était mis en route vers la destination de l'autre, mais sans rien savoir du voyage de ce dernier. Ne se connaissant pas, Léandre et Olive se sont donc croisés au milieu de leurs périples respectifs. Par hasard aussi, ils aboutissent chacun pile à l'endroit où habite l'autre. Et une lettre les y attend: "Cher(e) inconnu(e),/ Je m'appelle Léandre, je m'appelle Olive,/ et je pars aujourd'hui vers le sud, vers le nord,/ en espérant rencontrer quelqu'un./ Si tu trouves cette lettre, rejoins-moi..."

Aussitôt le message lu, chacun repart dans l'autre sens, entre sardines et crabes... Les allers-retours et les courriers vont se multiplier, au grand amusement des lecteurs qui, eux, voient très bien quand l'ours et le poulpe se croisent. Alex Cousseau a eu l'excellente idée d'organiser les actions du duo en parallèle, qu'ils bougent ou qu'ils restent sur place, rendant ainsi toute rencontre impossible. C'est à la fois loufoque mais aussi terriblement poétique et même romantique. Les voyages se font de plus en plus aventureux dans les fonds marins dont les habitants nous sont présentés de plus en plus en détail. Et l'océan paraît si grand en face de ces deux qui se cherchent. Janik Coat rythme superbement l'album, faisant alterner les séquences sur une page chacune, bordée de blanc, quand Olive et Léandre sont séparés, et sur une double page à bords perdus quand ils se croisent. Elle rend admirablement les épisodes de cette quête têtue qui trouvera une issue positive. Ses couleurs denses, imprimées en tons directs, rendent le poulpe et l'ours terriblement attachants. Son océan est de toute beauté sur le plan graphique, en surface ou dans les profondeurs.

"Olive et Léandre" est une merveilleuse histoire d'amour comme on en voit peu en jeunesse, pleine de poésie et de fantaisie tout en usant des codes du genre, amoureux que tout oppose, échanges épistolaires... Un hymne à la tolérance car ici l'amour n'a ni âge, ni couleur, ni sexe, ni espèce animale. A partir de 4 ans.

La première double page. (c) Les fourmis rouges. 

La deuxième double page. (c) Les fourmis rouges.


Farandole de bisous


Bon voyage, petit bisou!
Manuela Monari et Evelyn Daviddi
adapté de l'italien par Corinne Giardi et Alain Serres
Rue du Monde, 32 pages

L'histoire commence en page de titre quand une petite fille ouvre une enveloppe contenant un bisou. Tout de suite, elle se rend sur le balcon et l'envoie d'un souffle. De page en page, on va suivre le parcours de ce bisou. Reçu par Mamie qui le passe à Papy qui le donne à son frère qui le transmet à une cousine qui l'attribue à son fils qui l'envoie à un oiseau qui l'expédie dans les étoiles d'où il revient chez un marin qui en vise son amoureuse qui le partage avec son chien où se trouvait une puce qui se l'approprie avant de le lancer dans le vent...

Un album rafraîchissant, fort agréablement illustré, qui fait voyager dans les paysages de ses pages en suivant ce plaisant petit bisou qui reviendra en finale à sa première destinataire après avoir décliné toutes les formes d'amour et d'amitié et emprunté divers moyens de locomotion. A partir de 4 ans.

Un petit bisou prêt à voyager. (c) Rue du monde.


Eloge de l'été


Les vacances de la souris qui n'existait pas
Giovanna Zoboli et Lisa D'Andrea
traduit de l'italien par Béatrice Didiot
Albin Michel Jeunesse, 40 pages

C'est un échange de lettres initial qui permet au chat tigré et à la mystérieuse souris qui n'existait pas de décider de partir en vacances ensemble. On va alors suivre leurs préparatifs respectifs, valise et destination, divergents bien entendu. Puis leurs vacances ensemble. A la montagne d'abord, mais la montagne l'été, est-ce bien la montagne? A la mer ensuite, mais sans nuage dans le ciel car c'est un jour de beau temps.

Chaque fois, de très nombreux cousins font la fête aux nouveaux arrivants et leur font découvrir mille choses à travers des pages en rébus. Un joli album entre imaginaire et réalité, au dessin proche de la ligne claire, qui se clôture comme il a commencé, par un échange de lettres, et un amour commun pour la lune, présente en tous lieux. A partir de 5 ans.


Les arrivées chez les cousins respectifs. (c) Albin Michel Jeunesse.


Et bien sûr aussi, "Cher Bill" d'Alexandra Pichard (Gallimard Jeunesse, lire ici).

Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)
DTPE 16: Partir en vacances avec le Muz
DTPE 17: "La poule Germaine" pour les sept ans de mon blog (texte, Lucien Noullez)
DTPE 18: "Ta vie ou la mienne" de Guillaume Para (premier roman, Anne Carrière)

lundi 13 août 2018

Instantané de Tunisie. A Sidi Bouzid, la danse contemporaine contre le désespoir

Lors d'un stage MOUVMA.

En Tunisie, prononcez le mot Sidi Bou Saïd et vous verrez les visages s'illuminer, la petite cité côtière aux portes bleues et cloutées suscitant l’enthousiasme. Par contre, si vous prononcez celui de Sidi Bouzid, vous verrez les mêmes visages s'éteindre. Comme si une seule syllabe faisait toute la différence. Sidi Bouzid, cité maudite? Pas du tout, même s'il faut admettre que ce gouvernorat du centre de la Tunisie paie un lourd tribut social à la révolution de janvier 2011. Mais il ne faut pas le limiter à sa misère économique, l'isoler dans sa pauvreté ou sa violence. Des choses s'y passent, de toute beauté et porteuses d’un espoir inouï. Dont des ateliers de danse contemporaine destinés à la population, mis en place par le chorégraphe Achref Hammouda sous le nom de MOUVMA et soutenus par le ministère des affaires culturelles.

Lors d'un stage de MOUVMA.

De tous temps, Sidi Bouzid, qui  a donné son nom à la région qui l'entoure, souffre d'une situation d'enclavement géographique qui a limité son développement. Depuis le 17 décembre 2010, la ville de Sidi Bouzid a acquis une réputation internationale. Déjà marquée par un taux de chômage élevé, elle a en effet été le théâtre, ce jour-là,  d'affrontements entre des habitants et les forces de police suite au suicide, la veille, de Mohamed Bouazizi, un commerçant ambulant, chômeur, qui s'était immolé par le feu en réaction à la saisie de sa marchandise par les autorités - il mourra des suites de ses blessures le 4 janvier 2011. Ces manifestations de décembre 2010 marqueront le début de la révolution tunisienne, ce soulèvement populaire à dimension nationale qui provoqua la fuite, le 14 janvier 2011, du président Zine el-Abidine Ben Ali vers l'Arabie saoudite, après 23 ans de pouvoir particulièrement autoritaire.

(c) MOUVMA.

A Sidi Bouzid, la situation économique ne s'est pas améliorée durant les sept dernières années, comme ailleurs dans le pays, et a considérablement noirci l'image de la région. Si la démocratie peine à s'installer en Tunisie, les régions pauvres se sont encore appauvries et les populations délaissées par les autorités ont glissé en partie vers la drogue et le terrorisme. Et c'est là que le formidable projet MOUVMA intervient. Il s'agit d'un programme de formation en danse contemporaine et en création chorégraphique long de cinq jours chaque fois. Il s'étend sur trois mois et se déroule dans huit municipalités du gouvernorat de Sidi Bouzid. Il a débuté de 2 juillet et se terminera le 30 septembre. "Nous travaillons dur pour sauver nos enfants", explique Achref Hammouda qui pilote ce projet, le premier du genre dans une région culturellement défavorisée. "Nous voulons leur montrer la bonne manière de vivre et les inciter à prendre de la distance par rapport à leurs problèmes."

Le projet MOUVMA vise à encourager ces populations marginalisées et culturellement défavorisées à investir dans  la danse contemporaine et à en faire une forme pacifique de défense de leur droit à l'expression et à la participation dans toutes les sphères de la vie. Le chorégraphe Achref Hammouda et les cinq membres de sa compagnie (Iheb Raddaoui, Assem Tlili, Mohamed Ghabri, Amir Kaddachy et Mazen Tahri) ont reçu le soutien du ministère des affaires culturelles.




Quelques participants. (c) MOUVMA.

Les quatre premiers stages de formation en danse contemporaine et en création de danse ont déjà eu lieu et donnent des résultats résolument positifs. Chaque semaine, un atelier MOUVMA se déroule dans un endroit différent du gouvernorat, durant cinq jours, à raison de huit heures de danse par jour. "Les participants sont entre 17 et 22 par atelier", précise le chorégraphe. "Ils ont entre 8 et 32 ans. On trouve des garçons, des filles et aussi des femmes mariées.
80 % des participants ne connaissent rien à la danse contemporaine et nous les y initions. L'objectif premier et fondamental est de créer de nouveaux noyaux de danse dans tout le gouvernorat de Sidi Bouzid. Chaque noyau met en place le club de danse dans sa localité. On veut attirer autant de jeunes que possible et les impliquer dans la vie culturelle. On veut combattre toutes les formes de terrorisme en créant une génération instruite. On veut apporter à ces jeunes talents un professionnalisme technique."



Lors d'un stage MOUVMA.

Achref Hammouda et son équipe, Iheb Raddaoui, Assem Tlili, Mohamed Ghabri, Amir Kaddachy et Mazen Tahri, organisent trois types d’ateliers, danse, talk show, atelier de vie.
"Lors du premier atelier", explique le danseur, "on leur enseigne comment libérer leur corps de l'emprise de l'esprit, comment faire passer ses idées et ses émotions par la danse.
Durant le deuxième atelier, quand ils sont danseurs, nous leur expliquons comment faire le test du professionnalisme. Comment contacter le ministère? Comment utiliser la danse comme un mode de vie?
Au troisième atelier, nous abordons les différences entre garçons et filles. Nous invitons les jeunes et les vieux à constituer une seule famille, sans haine, sans colère, sans racisme. Comme une vraie famille.
Dans nos ateliers, on rencontre aussi bien des personnes honnêtes malades du cancer que des illettrés qui ne sont jamais allés à l’école ou des gens fumant de la marijuana. Et nous travaillons énormément pour les sauver tous.
Les familles ont été terriblement heureuses de ce que nous faisions. Elles ont encouragé leurs enfants à participer aux ateliers. Et elles espèrent que nous allons organiser ces ateliers encore et encore.
A l'issue de chaque atelier, deux danseurs sont choisis."

Ces stages d’une semaine permettent à des personnes de créer de la culture dans les lieux où elles vivent. MOUVMA va clôturer ce programme courant sur trois mois par un spectacle de chorégraphie long d’une heure, qui sera dansé par 15 danseurs et danseuses de Sidi Bouzid, repérés dans les huit lieux des ateliers.


Pour voir des images du projet MOUVMA, c'est ici, ici,  ici et ici.









Pour suivre les activités de MOUVMA, c'est ici.



vendredi 10 août 2018

Chic, MAM écrit la saison 5 de "Sauveur & Fils"

La page 43, la dernière de la première semaine des cinq qui composeront la saison 5.

Est-ce mon intuition dite féminine?
J'écrivais ici en mars:
"Combien de parts pour faire un quatre-quarts? Quatre, me direz-vous. N'y aurait-il toutefois pas place pour une cinquième? Même petite? C'est l'idée qui surgit en achevant la "Saison 4" de la formidable saga romanesque "Sauveur & Fils" de  Marie-Aude Murail (l'école des loisirs, Médium, 302 pages). Question que je m'étais posée à la sortie de la saison 3, moment où la 4 était déjà annoncée: "Bonne nouvelle que ce tome 4, même si le problème de la fin se reposera peut-être à sa sortie." Hahaha."
Est-ce un alignement des planètes?

Est-ce la sensation chez l'auteur de ne pas avoir tout dit?

Ou les trois? Toujours est-il que la bonne nouvelle du jour est que Marie-Aude Murail est en train d'écrire la saison 5 de son remarquable feuilleton en x épisodes "Sauveur & Fils"(l'école des loisirs), destiné aux ados mais que les adultes découvrent avec un plaisir identique. Elle a déjà terminé la rédaction de la première des cinq semaines du roman en chantier.

En attendant la fin de son travail et la date de la sortie du livre, l'occasion est excellente de (re)lire les quatre saisons précédentes!

Pour mémoire,
la "Saison 1" (lire ici) court sur six semaines, du 19 janvier 2015 au 1er mars 2015,
la "Saison 2" (lire ici) sur six semaines également, du 7 septembre au dimanche 18 octobre 2015,
la "Saison 3" (lire ici) embraie directement sur la deux et court sur deux gros mois, du dimanche 18 octobre 2015 au vendredi 25 décembre 2015,
la "Saison 4" (lire ici) est la plus réduite en durée de temps, cinq semaines seulement, du 4 janvier au 7 février 2016. Mais quelles semaines!





mardi 7 août 2018

DTPE 19 Lisez jeunesse, riez jeunesse

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Rien de tel que de rire en lisant aux enfants. Sélection.


Parler le plutonien. (c) l'école des loisirs.

Apprendre le plutonien


Le plein de Blorg
Matthieu Sylvander
Perceval Barrier
l'école des loisirs
Mouche, 56 pages

Misère! Alors que la jeune Ninon garde la ferme de ses grands-parents partis faire les courses, un vaisseau spatial y atterrit... Ce qui donne lieu à mille discussions entre les animaux. Les choses se compliquent lorsque le module s'ouvre et que des créatures en sortent et se mettent à parler en plutonien (alphabet en postface). Que veulent-ils dire? Que demandent-ils? Quoi? Ils veulent détruire la Terre dans une heure et ils ont besoin de faire le plein de blorg? Ce serait facile si on savait ce qu'est le blorg.
Un petit roman hilarant avec des animaux qui parlent bien, une Ninon qui ne s'en laisse pas compter, de savoureux dialogues avec ces Plutoniens qui s'appellent tous Jean-quelque chose et une finale totalement inattendue. Encore une merveille de livre signée du duo gagnant Matthieu Sylvander et Perceval Barrier (lire ici, ici et ici). Pour lecteurs débutants.

Le début du roman. (c) l'école des loisirs.


La bande à Coco


Mimi commande
Christophe Nicolas
Anouk Ricard
Les fourmis rouges
32 pages
Ouin-ouin Chagrin
Christophe Nicolas
Anouk Ricard
Les fourmis rouges
32 pages



Membre de la Douzou team au Rouergue, Anouk Ricard fait aussi partie du top 25 des Françaises les plus drôles décerné par le magazine GQ. C'est dire si elle s'y connaît en matière de poilade. Avec Christophe Nicolas, elle crée la "Bande à Coco", dont voici les créatures trois et quatre (après "Coco Bagarre" et "Princesse Caca").

"Mimi commande". (c) Les fourmis rouges.
"Mimi commande" donne le ton dès la couverture: avec Mimi, on ne rigole pas, c'est la demoiselle qui commande! Enfin, c'est ce qu'elle voudrait bien. Car ni Jojo, ni Princesse, ni Coco ne semblent prêts à l'écouter, ce qui déclenche des torrents de larmes chez Mimi. Le trio est de bonne volonté mais Mimi est trop carrée pour ne pas susciter l'hilarité, y compris celle du lecteur et de la lectrice régulièrement pris à partie dans cette histoire hilarante.

"Ouin-Ouin chagrin". (c) Les fourmis rouges.
"Ouin-Ouin chagrin" est tout aussi explicite dès la couverture: le rose personnage va pleurer beaucoup, se montrer inconsolable, user des centaines de mouchoirs, enchaîner les expériences plus attristantes les unes que les autres mais se laissera en finale consoler par ses potes et par ses lecteurs-lectrices.

L'impertinence de la Bande à Coco est une merveille d'observation fine de l'enfance, sans aucune moquerie mais avec un sens certain de la réalité. Les dessins malicieux et le texte joliment tourné et sonnant agréablement à l'oreille se conjuguent à merveille pour nous faire rire. Dès 3 ans.


Farceuse, cette langue rouge


J'ai perdu ma langue
Michaël Escoffier
Sébastien Mourrain
Seuil Jeunesse
28 pages carton

Variation sur un thème connu: as-tu perdu ta langue? Où est donc passée la langue de l'enfant qui raconte l'histoire? Elle a disparu subitement quand, la veille, il mangeait tout simplement une glace.

L'aide du policier. (c) Seuil Jeunesse.
Cet album tout carton conte avec une très amusante fantaisie sa longue recherche. Chaque double page comporte une étape que détaille un texte écrit en grandes lettres cursives bleues, prolongé par une image dépouillée, elle aussi, dans laquelle se détache la petite langue égarée, toute rouge. A chacun de comprendre, sans donner sa langue au chat, car la fofolle prend mille allures: casque de policier, gâteau, baignoire, fleur... Une fantaisie sympathique et très drôle dont la chute inattendue fera rire les petits tout en leur ayant offert une agréable promenade entre les formes et les mots. Dès 2 ans.


Qui cherche-t-on, au fond?


Don Romualdo
Margarita Del Mazo
Natascha Rosenberg
traduit de l'espagnol par Laura Ciezar
P"titGlénat
36 pages

L'album commence de façon classique: il nous présente Don Romuldo chez lui et puis durant sa journée dont chaque épisode nous est présenté. Il sort de chez lui, traverse la rue, prend l'autobus, travaille, mange un peu parce qu'il est nerveux. Il a en effet rendez-vous avec une demoiselle! Tout cela est bien mignon mais qui est Don Romualdo?

En réalité, il est caché dans les images qui débordent de personnages, et ce n'est qu'en lisant l'histoire jusqu'au bout qu'on parviendra à l'identifier!  Il faudra alors vite relire tout le livre pour le débusquer partout où il se trouvait et retrouver tous les indices qui l'indiquaient! L'idée est très amusante et les illustrations fort agréables à regarder. Dès 3 ans.

Pour lire les premières pages de l'album, c'est ici.

Où est Don Romualdo? (c) p'titGlénat.


Etre super heureux


Mon feel good book
Françoize Boucher
Casterman
120 pages

Loin des livres de "développement personnel" tellement à la mode, une série de "90 trucs pour être super heureux et trop zen" particulièrement bien trouvés et drôlement encourageants.
L'humour et la perspicacité de Françoize Boucher (les "Foufous", lire ici) font mouche et font beaucoup rire. Un style direct dans le texte, des illustrations efficaces qui font relativiser et amusent. Pour bons lecteurs.

Pour feuilleter le livre en ligne, c'est ici.

(c) Casterman.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)
DTPE 16: Partir en vacances avec le Muz
DTPE 17: "La poule Germaine" pour les sept ans de mon blog (texte, Lucien Noullez)
DTPE 18: "Ta vie ou la mienne" de Guillaume Para (premier roman, Anne Carrière)



lundi 6 août 2018

DTPE 18 Le satané virus de la violence

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.




Bonne surprise que "Ta vie ou la mienne", le premier roman de Guillaume Para (Anne Carrière, 195 pages), journaliste politique français passionné de culture et de football, car, vu son sujet, ses sujets plutôt, il aurait très bien pu s'écrouler platement. Il y est question en effet de l'histoire d'amour née au lycée entre Hamed, orphelin né à Sevran, et Léa, bourgeoise de Saint-Cloud, de l'agression du père de Léa et du passage par la case prison de Hamed.

Mais Guillaume Para tient remarquablement le fil de son histoire, fort bien construite. Elle commence par un premier chapitre qui ne trouvera son explication que beaucoup plus loin. On suit donc l'itinéraire de Hamed Boutaleb, un ado peu gâté par la vie. Un cabossé du cœur, des gros bras mais un bon fond, un dingue de foot qui verra son avenir bouleversé le jour où il défend François, un de ses copains de classe, injustement bousculé. Désormais, il va pouvoir apprendre à être un excellent joueur de foot. Mais il a chopé le virus de la violence, petit, dans la cité, et entend se faire respecter.

A seize ans, son chemin croisera celui de Léa que tout éloigne de lui. Sans doute parce qu'il a perçu une détresse chez cette fille de bourgeois, de la violence également. Leur histoire d'amour se moque des préjugés et se déroule bien, contre toute attente. Jusqu'au drame. Hamed est accusé de l'agression dont a été victime le père de Léa. Comment poursuivre une relation dans ces conditions? L'un comme l'autre vont s'y perdre. Mais le bon François veille.

En prison, Hamed est de nouveau confronté à la violence. A la haine. A la colère. Il rencontre toutefois Jean-Louis, un compagnon de cellule qui va lui servir de tuteur. Au propre comme au figuré. La fin du roman ménage pas mal de surprises et tient le lecteur en haleine grâce à de nombreux rebondissements qui vont faire le lien avec le chapitre initial.

Un style direct, de nombreux dialogues et une intrigue très bien ficelée donnent de la profondeur à ce premier roman qui nous entraîne à la rencontre de ses personnages et de leurs émotions tout en suscitant notre empathie. Une plongée directe et réussie dans le monde dur du foot, du lycée, de la tôle. Dans la vie.



Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)
DTPE 16: Partir en vacances avec le Muz
DTPE 17: "La poule Germaine" pour les sept ans de mon blog (texte, Lucien Noullez)

mardi 31 juillet 2018

DTPE 17 La poule Germaine pour mes sept ans!

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Exception aujourd'hui, jour anniversaire de la création de ce blog il y a sept ans.
En cette festive occasion, j'ai le plaisir de partager avec vous un texte récent du poète et diariste belge Lucien Noullez sur une poule dénommée Germaine, texte qu'il m'a autorisée très aimablement à reproduire à cette occasion.
Pour info, son dernier livre en date est "Les travaux de la nuit" (poèmes, Bruxelles, éditions du Pairy, 2018l.

La visiteuse du matin.

"Mercredi 25 juillet 2018
Marie-Françoise, qui déjeune avec moi, ce matin à 7h30, sur la terrasse, en face du jardin, fronce soudain les sourcils. Elle aperçoit une poule qui dodeline dans l'herbe rendue rare par la sécheresse, en contrebas. Certes, il y a bien un petit poulailler dans l'entourage, mais comment ce gallinacé a-t-il pu franchir nos hauts murs, et où retrouver les propriétaires de la volaille? La question, à vrai dire, gâche un peu ma journée. Je descends plusieurs fois les marches, pour prendre des nouvelles de Germaine. Mais Germaine est ombrageuse. Quand elle m'aperçoit, elle va se fourrer dans des fourrés imprenables, avec des gloussements indignés. Je lui apporte une cupule avec un peu d'eau. Je reviens la voir. Elle parait prostrée, cette fois. Je donne alors plusieurs coups de téléphone à des organismes censés protéger les oiseaux. Tout ce que j'obtiens, c'est le conseil de m'adresser à la police pour qu'ils dressent "un réquisitoire". Cela me fait sourire, mais j'appelle tout de même les policiers, qui déboulent vers 15h30. "Un réquisitoire? Pour une poule?"  Le grand poulet a vraiment l'air de me prendre pour un imbécile. Sous l'œil complice de son collègue, il escalade le muret qui nous sépare de nos voisins. Il met sa main en visière, et là, oui, là, il croit voir une soupente qui abriterait bien un poulailler. "On revient!", m'assurent-ils. Ils reviennent en effet, quelque vingt minutes plus tard, accompagnés de deux jeunes gens (je connais bien l'un d'entre eux), qui sont les propriétaires de Germaine, et qui ne la nomment certainement pas comme ça. Le plus comique est à venir, car les deux policiers et moi sommes désormais au balcon, à observer la traque de la poule, décidément imprenable, par les deux frères. Le grand flic me dit alors: "J'ai eu 70 sur 70 aux examens de tir. Une petite balle, et on se la partage pour souper!" Heureusement, les frérots ont fini par coincer la dame dodue. Ils s'en vont. Les agents s'en vont, eux aussi "Au revoir". Mais j'en ai eu la chair de poule."


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)









lundi 30 juillet 2018

DTPE 16 Partir en vacances avec le Muz

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Aujourd'hui, pas de livre au sens propre mais un petit point estival sur le Muz, le musée des œuvres des enfants créé par Claude Ponti (lire ici).

Une des dernières œuvres entrées au Muz. (c) Le Muz.

Suggestion 1: se balader dans la collection du Muz avec les enfants (techniquement possible sur ordi, tablette ou smartphone). Actuellement, 3.357 œuvres n'attendent que d'être regardées (il y a moyen de filtrer l'affichage par thème).

Suggestion 2: jouer avec le Muz. Les jeux (memory et puzzles) ont été actualisés aux couleurs des vacances.

Suggestion 3: découvrir les nouvelles œuvres intégrées dans la collection du Muz et les collections particulières (ici)

Suggestion 4: proposer des œuvres de vos enfants. Il suffit de les envoyer au Muz en s'inscrivant sur le site et en allant dans l'onglet "proposer une œuvre" (à droite de la page d'accueil) et de se laisser guider.

Suggestion 5: organiser l'agenda de la rentrée car beaucoup de nouveautés sont alors prévues au Muz. Une programmation annuelle avec trois grandes expositions thématiques, deux nouvelles expositions de l'artothèque, l'accueil d'une grande partie de la collection de dessins d'enfants que l'association Germaine Tortel a léguée au Muz et qui sera exposée sur le site, une nouvelle participation au congrès de l'ANDEV à St-Etienne, l'annuelle vente aux enchères en novembre d’œuvres d'artistes amis du Muz , des créations de l'artiste Sara pour la E-boutique (en plus des sérigraphies de Claude Ponti et May Angeli).


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)
DTPE 15: "Je vous embrasse" de Pascale Pujol (roman, Lunatique)





dimanche 29 juillet 2018

DTPE 15 Un "Je vous emm..." fort élégant

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.



L'annonce sur le site des éditions Lunatique, basées en Bretagne, est claire:

" Si vous êtes...
trublion, grondant, insane, scélérat, factieux, indocile, intense, druide, idiot, muscadin, têtu, émeutier, mutin, séditieux, athée, mirliflore, débauché, insomniaque, coléreux, cruel, farouche, furieux, agressif, emporté, poignant, frénétique, terrible, élégant, torrentiel, détraqué, véhément, virulent, acharné, ardent, exalté, fulgurant, bourreau émérite, azimuté, enragé, abîmé, auvergnat, obnubilé, désarçonné, généreux, corrompu, gandin, érudit, bénédictin, dépouillé, somptueux, si vous aimez les carottes ou les chiens, ou les deux, si vous êtes égaré, terrien, lunatique mais poli avec le comité... alors nous vous lirons.
Mais seulement si nous sommes dans un bon jour."

Auquel de ces qualificatifs l'écrivaine française, ex-journaliste, Pascale Pujol correspond-elle? A avoir lu ses ouvrages précédents, on a bien quelques idées (lire ici). Peu importe finalement puisque nous avons le plaisir de découvrir un très court et très mordant roman d'elle, titré comme par dérision, on le verra, "Je vous embrasse" (Lunatique, 44 pages). Une petite bombe insolente et raffinée pour dire à un homme qu'il n'est qu'un mufle égoïste.

Paris. Un homme et une femme, mais pas de chabadabada. Plutôt une histoire d'amour bancale. Lui promet, elle attend. Lui séduit, elle est amoureuse. Entre eux, cette formule qu'il utilise sans cesse, "Je vous embrasse", sans jamais la concrétiser. D'illusions en espoirs déçus, les trois mots vont donner à la narratrice la force de prendre le large place de l'Alma et de donner congé à l'homme trop occupé.

Bien sûr, elle aurait pu dire tout simplement "Je vous emm...". C'est mal connaître Pascale Pujol. Aujourd'hui consultante en analyse économique et financière, elle n'en a pas perdu son talent d'écrire. Elle fait du cheminement vers une rupture de cette femme une version moderne des amours galantes. D'une écriture raffinée et vengeresse, sans rage ni excès, sa lucide narratrice met un terme à cette histoire en laquelle elle a plus cru que lui. Elle s'en sort la tête haute, sans s'être jamais abaissée. "Je suis la rédemption du séducteur", décrète-t-elle, blessée mais déterminée à en rester là à ce moment-là. Le sujet n'est pas neuf mais les mots choisis pour le traiter lui donnent un statut romanesque particulièrement agréable à découvrir et partager.

Pour lire quelques extraits de "Je vous embrasse", c'est ici.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)
DTPE 14: "Le chagrin d'aimer" de Geneviève Brisac (roman, Grasset)




samedi 28 juillet 2018

DTPE 14 A la recherche de la secrète Mélini

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Les maîtres du mystère, pièces radiophoniques policières
adaptées à la fin des années 50 par Hélène Misserly. 


Il est des livres qui, malgré l'immense envie de les lire qu'on a, nous échappent pendant tout un temps. Rendez-vous raté, manque de temps, esprit indisponible,.. ils se dérobent, ou nous nous dérobons. Et puis, tout un coup, les planètes semblent s'aligner et la rencontre avec le livre a enfin lieu, fulgurante, plus forte encore que les espoirs qui avaient été placés sur cette lecture. Cela a été mon cas avec le superbe roman "Le chagrin d'aimer", de Geneviève Brisac (Grasset, 160 pages).

"On écrit pour comprendre ce que l'on ne comprend pas", explique Geneviève Brisac en quatrième de couverture de ce nouveau livre. "Quand j'écrivais "Vie de ma voisine" (NDLR, lire ici), mon héroïne, Jenny Plocki, me parlait de sa mère, la magnifique Rifka. Elle me racontait ses mots, elle évoquait ses gestes. L'amour d'une mère. Je mesurais mon ignorance dans ce domaine. Ma mère ne savait pas ces mots, ni ces gestes. Impuissante à m'aimer. Je suis partie sur ses traces. Celles d'une petite fille apatride et de sa mère danseuse, théâtreuse des années 20, connue sous le nom de Lina de Varennes.
Je suis partie sur ses traces de petite fille grecque et arménienne. Ma mère ne voulait rien savoir de son passé. Il a fallu que j'enquête et que je l'invente. Que je trouve les mots pour la retrouver. C'est ce livre, "Le Chagrin d'aimer". J'ai tissé une toile pour y prendre ma mère, cette insaisissable libellule. Chaque scène ici renvoie à un lieu, une époque, un objet (...)
Faisant ce portrait, j'ai tenté d'en savoir un peu plus sur elle, sur moi. Chemin faisant, j'ai compris que ce n'était qu'un début".

Chacun cherche sa mère à un moment. Même si celle-ci n'a jamais rien dit d'elle, a voulu effacer son passé, s'est abritée derrière une personnalité certes forte et complètement fantasque comme pour encore plus brouiller les pistes. C'est cette enquête que mène Geneviève Brisac dans ce très beau roman, qui n'a rien, disons-le tout de suite, d'une autobiographie. De son écriture légère, pétillante, fine et taquine parfois pour ne pas dire moqueuse, elle dresse un portrait en de multiples tableaux d'une ou deux pages en général, parfois plus quand le sujet l'impose, tous titrés, de cette femme dont elle est née. Cette mère avec qui sa relation a tenu souvent du malentendu malgré ses efforts de fille aimante. Comment aimer, dorloter, chouchouter, partager avec quelqu'un qui se dérobe, qui se ferme, qui vous remballe régulièrement? C'est tout cela que Geneviève Brisac consigne et organise, dans un texte vif qui fait régulièrement sourire, sans accusations ni reproches. Sans plainte exprimée non plus. Avec en filigrane la consolation de l'avoir peut-être enfin trouvée.

La romancière nous fait découvrir cette Jacqueline, dite "Hélène" dans la vie, "Mélini" dans le livre, de son enfance à son décès il y a onze ans déjà. Une personne qui semble avoir concentré sur sa personne la moitié des destins de l'Europe du siècle dernier, la Grèce, l'Arménie, la Turquie, les guerres, l'extermination, l'exil... Quel héritage! Ce qui n'a pas empêché, peut-être explique, sa personnalité extravagante. Fumeuse de cigarettes brunes, conductrice intrépide, lectrice de polars vorace, auteure assidue, opposée à Beauvoir et Sagan, séductrice et provocatrice à l'occasion, voleuse par idéal politique et épouse ayant besoin de se rassurer sur l'amour de son mari en même temps qu'elle a confiance en lui. Fine perceptrice de la détresse des autres plutôt que des siens comme le montre la scène de l'atelier d'écriture. Sensible derrière les barrières de protection qu'elle a érigées autour d'elle mais fermée à l'amour maternel. Méchante à l'occasion, manipulatrice à ses heures et en finale, terriblement attachante.

En livrant les fruits de son enquête familiale sans commentaire, Geneviève Brisac nous laisse libres d'aimer sa mère et de ressentir son chagrin à elle, sa fille. Son texte magnifique qui dit une terrible envie de vivre au-delà de tout le reste est un bonheur de lecture et une incitation à s'interroger sur le destin de nos voisines.

Pour lire en ligne le début du "Chagrin d'aimer", c'est ici.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)
DTPE 9: "N'essuie jamais de larmes sans gants" de Jonas Gardell (roman, Gaïa)
DTPE 10: "Terres promises" de Milena Agus (roman, Liana Levi)
DTPE 11: "Peut-être pas immortelle" de Frédéric Boyer et "Deuil" de Dominique Fourcade (poésie et récit, P.O.L.)
DTPE 12: "Maria" d'Angélique Villeneuve (roman, Grasset)
DTPE 13: "Les étrangers" d'Eric Pessan et Olivier de Solminihac (roman, l'école des loisirs)