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vendredi 14 décembre 2018

La revue FiXXIon a interviewé Fantômette


Qui ne connaît pas la "Revue critique de fiXXIon française contemporaine", que j'abrège par facilité en la nommant "FiXXIon"?
Trop de monde sans doute car qui lit une revue scientifique bilingue (français-anglais) associant universitaires et écrivains dans une réflexion sur les formes que prend aujourd'hui la création littéraire française?
Erreur car "FiXXIon" est tout à fait accessible à l'amateur de littérature. Certains thèmes lui parleront évidemment plus que d'autres. Mais comme tout est en ligne et en libre accès (ici), il est facile de s'y retrouver.

Cette revue électronique a été fondée en 2010 par Pierre Schoentjes, professeur de littérature française à l'université de Gand. Elle a la particularité de s'intéresser à la littérature française (France et francophonie) contemporaine, ultra-contemporaine même, celle d'après 1980! Une époque charnière entre le XXe et le XXIe siècle qui apparaît bien visuellement dans son nom. "FiXXIon" accepte les contributions rédigées en français ou en anglais et entend s'ouvrir à un vaste champ d'écrivains et d'approches.

La preuve sans doute dans sa dix-septième livraison qui vient d'être mise en ligne (ici) et a choisi comme thème "Enfances Childhoods". Le numéro a été dirigé par les Françaises Déborah Lévy-Bertherat et Mathilde Lévêque, bien connues en littérature de jeunesse. On y trouve des contributions de Alexandre Seurat, Marie-Odile Ogier-Fares, Bérengère Moricheau-Airaud, Emilie Drouin, Eléonore Hamaide-Jager, Christiane Connan-Pintado, Florence Gaiotti, Michel Bertrand, Jean-Benoit Cormier Landry, Aline Lebel, Louis-Daniel Godin-Ouimet, Laurianne Perzo, Kim Thúy, Antoine Wauters et l'interview de Fantômette par Anne Larue (sommaire complet ici).

Fantômette. (c) Hachette.
Excellente idée que cette interview et la preuve, si elle était nécessaire, que les universitaires savent aussi s'amuser. Je la reproduis ci-dessous, tout en rappelant que tout le numéro, comme tous les précédents, est en accès libre.

Fantômette, créée par Georges Chaulet, a eu 50 ans en 2011. Le premier livre de ses aventures a été publié en 1961, dans la Bibliothèque rose des Editions Hachette, le dernier, le cinquante-deuxième en 2011 (lire ici).








jeudi 13 décembre 2018

Déjà, des noms d'invités au Passa Porta Festival


Quels écrivains seront à Bruxelles fin mars? On apprend aujourd'hui la participation de Jonathan Coe, Adeline Dieudonné, Jenny Erpenbeck, Rachida Lamrabet, Marie Ndiaye, Ilja Leonard Pfeijffer, Olga Tokarczuk et Ali Smith à la septième édition du Passa Porta Festival. Et on remarque avec plaisir l'abondance de noms féminins. Le PPF19 se tiendra du vendredi 28 mars au dimanche 31 mars, dans trois gros mois à peine.

Sortez vos agendas car une centaine d'auteurs et d'artistes seront à Bruxelles pour ce désormais traditionnel week-end d'entretiens, de débats, de dialogues et de rencontres. Plus de 70 rencontres se tiendront dans une dizaine de lieux du cœur de Bruxelles (Passa Porta, Beursschouwburg, KVS, Espace Magh, la Bellone, etc).

Le programme complet du festival sera publié le jeudi 28 février.

Les premiers noms

Jonathan Coe
Jonathan Coe. (c) Alexandra Cool.
L'écrivain britannique a signé des romans satiriques tels que "Testament à l'anglaise" (traduit de l'anglais par Jean Pavans, Gallimard, 1995) et "Bienvenue au club" (traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin , Gallimard, 2003). Dans son douzième roman, "Middle England", il a récemment proposé le portrait tranchant d'un pays traversant une profonde crise identitaire, le Royaume-Uni.
A Bruxelles, Jonathan Coe évoquera l’écriture à l'ombre du Brexit. Le vendredi 29 mars, jour officiel du Brexit, il sera également sur scène lors de la "conférence-concert" Goodbye Hello.

Adeline Dieudonné 
Adeline Dieudonné. (c) St. Remael.
Le "phénomène" de la littérature francophone 2018 avec son premier roman, "La Vraie Vie" (L'iconocalste), recueille un immense succès critique et public. Il a reçu les prix Rossel, du roman Fnac, Filigranes, Choix Goncourt de la Belgique, Renaudot des lycéens (lire ici). L'histoire de cette jeune adolescente qui refuse de devenir une proie a déjà touché des dizaines de milliers de lecteurs et s'apprête à être traduite en une dizaine de langues.

Jenny Erpenbeck
Jenny Erpenbeck. (c)Nina Subin.
Une des grandes voix littéraires allemandes actuelles a remporté l'Europese Literatuurprijs avec son roman "Aller Tage Abend" (2012). Pour son roman "Gehen, ging, gegangen" (2015), elle s'est longuement entretenue avec des réfugiés tentant leur chance en Allemagne. Ce livre, qui entremêle la question des réfugiés et la complexité de l'histoire allemande, a notamment été récompensé par le Premio Strega Europeo.

Rachida Lamrabet
Rachida Lamrabet. (c) Koen Broos.
L'écrivaine et juriste  a remporté le Vlaamse Debuutprijs il y a plus de dix ans avec son roman "Vrouwland". Récemment, elle a publié un essai tranchant, "Zwijg, allochtoon!", ainsi que le roman historique "Vertel het iemand". Lors du Passa Porta Festival, elle donnera la parole à quatre jeunes auteures flamandes issues de l'immigration. Dans de nouveaux textes écrits à l'occasion du tricentenaire de Robinson Crusoé, elles uniront leurs réflexions sur le racisme et la décolonisation, sur le silence imposé et la faculté de prise de parole.

Marie NDiaye
Marie NDiaye.
Elle a commencé à écrire très jeune. Elle n'a que 18 ans quand paraît son premier roman, "Quant au riche avenir" (Minuit, 1985). La consécration viendra avec "Rosie Carpe" (Gallimard, 2001, prix Femina) puis "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009, Prix Goncourt). Au festival, cette auteure majeure reviendra sur son œuvre multiple (romans, jeunesse, théâtre, nouvelles) et sur "La Cheffe" (Gallimard, 2016), roman d'une cuisinière.

Ilja Leonard Pfeijffer
Ilja Leonard Pfeijffer.
L'écrivain et poète néerlandophone a remporté le Jan Campertprijs pour son recueil de poèmes "Idyllen" et le Libris Literatuur Prijs pour son roman "La Superba". Ce mois-ci sort son nouveau roman "Grand Hotel Europa".



Olga Tokarczuk
Olga Tokarczuk. (c) J. Kołodziejski.
Polonaise, l'auteure du roman "Les Pérégrins" (traduit du polonais par Grazyna Erhard, Noir sur Blanc, 2012) a été récompensée en 2018 par le Man Booker International Prize pour la traduction anglaise de son roman. Son dernier roman, "Les Livres de Jakób" (traduit du polonais par Maryna Laurent, 2018), sur les Juifs d’Europe centrale au dix-huitième siècle, a lui aussi raflé les prix, tout en entraînant dans son sillage brûlant d’actualité son lot de controverses… et même des menaces de mort.

Ali Smith
Ali Smith. (c) Christian Sinibaldi.
Sebastian Barry l'appelle le "futur Prix Nobel écossais". La romancière a parcouru un chemin parsemé de romans à thèse cinglants, dont le primé "Comment être double" (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux, L'Olivier, 2017). Lors du Passa Porta Festival, elle présentera son nouveau roman "Spring", troisième volet d’un cycle débuté avec "Autumn" et "Winter".
Ali Smith rejoindra Jonathan Coe, l'Aurora Orchestra britannique et le grand ténor Ian Bostridge lors de la "conférence-concert" "Goodbye Hello" le vendredi 29 mars.


Les tickets pour le Passa Porta Festival 2019 sont en vente à tarif réduit d'aujourd'hui au dimanche 6 janvier sur passaporta.be.


mardi 11 décembre 2018

Adeline Dieudonné, choix Goncourt de la Belgique

Adeline Dieudonné a marqué la rentrée littéraire.

Bingo! Encore des lauriers pour Adeline Dieudonné et son premier roman "La Vraie Vie" (L'iconoclaste, 266 pages, lire ici), les seconds en terre natale en une semaine, le prix Victor Rossel lui ayant été décerné jeudi dernier (lire ici). Ce mardi 11 décembre,  cent étudiants universitaires ont couronné la primo-romancière belge Choix Goncourt de la Belgique, par six voix contre quatre à Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Minuit), au sixième tour de vote, après trois heures de délibération. Les étudiants belges sont les premiers des "Choix Goncourt à l'étranger" à honorer Adeline Dieudonné.

Le jury des étudiants belges délibère.

Pour la troisième année, les délibérations de la centaine d'étudiants volontaires appartenant à des universités belges, francophones et néerlandophones, se sont tenues à la Résidence de France à Bruxelles. Là où ont été également proclamés les résultats des votes, en présence de Madame l'Ambassadeur de France en Belgique, Claude-France Arnould, d'Alda Greoli, Ministre de la Culture, de l'Enfance et de l'Éducation permanente au sein du Gouvernement de la Communauté française, de Philippe Claudel, membre de l'Académie Goncourt ainsi que de représentants des partenaires, Passa Porta, maison internationale des littératures à Bruxelles, l'Agence universitaire de la Francophonie en Europe de l'Ouest et l'Alliance Française de Bruxelles-Europe.

Les quinze livres en compétition.

Rappelons que les étudiants établissent le choix belge du prix Goncourt sur base de la première liste établie par l'Académie Goncourt en septembre, soit quinze romans qu'ils ont dû lire en moins de dix semaines (lire ici).

Adeline Dieudonné succède à Alice Zeniter récompensée l'an dernier pour "L'Art de perdre" (Flammarion, lire ici) et Catherine Cusset en 2016 pour "L'Autre qu'on adorait" (Gallimard, lire ici).

Echos de la remise du prix

  • Alda Greoli avoue n'avoir lu que deux livres des quinze figurant sur la liste Goncourt, sans préciser lesquels. Elle se réjouit de battre en brèche une rumeur en constatant que "oui, il y a beaucoup de jeunes qui s'intéressent à des livres, à des auteurs", des jeunes "qui conseillent à d'autres d'ouvrir un livre". Un livre de papier, bien entendu, on la connaît, notre ministre. "Un livre qui permet l'émotion de toucher un bel objet, une belle histoire, un bel auteur."
  • Philosophe de formation, Ciprian Mihali, directeur pour l'Europe de l'Ouest de l'Agence universitaire de la Francophonie, a estimé que "la littérature est le plus beau mensonge".
  • Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l'ARLLFB (Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique) a disserté sur la possibilité pour le prix Goncourt de devenir un second Nobel, celui-ci étant actuellement empêtré dans divers scandales. Il a rappelé que Paul Claudel avait exercé son dernier mandat d'ambassadeur dans la maison du Boulevard du Régent (1933-1936). Pour lui, "la littérature est un prisme exceptionnel sur le réel".
  • Philippe Claudel, écrivain, assis au couvert numéro 9 de l'Académie Goncourt, après Hervé Bazin et Jorge Semprun, docteur honoris causa de la KUL en 2015, membre de l'ARLLFB depuis 2016, écrivain très apprécié par les néerlandophones parlant le français, ignore visiblement que Jacques De Decker se fait appeler "patron" à l'Académie et non "chef " comme il l'a interpellé. Pour l'écrivain et cinéaste, "la littérature est résolument anti-tweet. Elle est un objet qui permet de penser un monde complexe, et donc essentielle. Elle fait réfléchir à ce qu'est un homme, une société, l'humanité."
  • Adrienne Nizet, directrice adjointe de Passa Porta, a lu un message de la lauréate, Adeline Dieudonné, dans l'impossibilité de se libérer: "Je suis ravie et honorée de recevoir ce prix". Comme c'est la deuxième fois qu'un jury de jeunes la récompense, elle se sent "un peu moins vieille" - elle a 36 ans. Et elle ajoute son plaisir de "recevoir un nouveau prix à la maison, comme le Rossel jeudi dernier".
  • Adeline Dieudonné sera présente au Festival Passa Porta qui se tiendra du 28 au 31  mars 2019.


Lauriers Goncourt 2018
  • Nicolas Mathieu, pour "Leurs enfants après eux" (Actes Sud, lire ici)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Pologne (existe depuis 1998)
  • David Diop, pour "Frère d'âme" (Seuil), choix Goncourt de l'Orient (existe depuis 2012)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Roumanie (existe depuis 2013)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Suisse (existe depuis 2015)
  • David Diop, pour "Frère d'âme" (Seuil), choix Goncourt de la Chine (existe depuis 2018)


lundi 10 décembre 2018

La Grande Librairie passe en mode jeunesse le mercredi 19 décembre

Le mercredi 19 décembre, François Busnel consacrera pour la troisième fois son émission "La Grande Librairie" à la littérature de jeunesse (France 5, 20h50). Il invitera divers auteurs à réfléchir ensemble à un grand sujet: comment faire lire les jeunes?  

Seront les invités de l'émission

  • Daniel Pennac, "Le tour du ciel" (RMN/Calmann-Lévy)
  • Anne Sylvestre, "Coquelicot et autres mots que j'aime" (Points)
  • Benoît Minville, "Héros" (Sarbacane)
  • Timothée de Fombelle, "Capitaine Rosalie" (Gallimard Jeunesse)
  • Catel et Anne Goscinny, "Le monde de Lucrèce" (Casterman Jeunesse)
  • Benjamin Lacombe, "Le magicien d'Oz" (Albin Michel Jeunesse)
  • Wassim et Eloïse (1er et 2e prix des Petits Champions de la lecture)     





vendredi 7 décembre 2018

La douceur forte et enveloppante de Sara Donati

"Parler avec les arbres". (c) Rouergue.

Il y a ceux qui parlent avec les anges, ceux qui parlent avec les morts, ceux qui parlent avec les animaux. Et puis en littérature de jeunesse, il y a un petit bonhomme, créé  par l'Italienne Sara Donati ("Voici l'histoire", 2015, lire ici), qui parle avec les arbres. Avec les arbres, pas aux arbres. On suit sa réjouissante promenade dans le magnifique album à l'aquarelle "Parler avec les arbres" (traduit de l'italien par Mariefanny Fornasari, Rouergue, 40 pages), dans des tons de verts et de bruns relevés ici de blanc, là de jaune ou encore de rouge. Un livre enveloppant qui fait un bien fou par ces temps de grisaille.

L'album s'ouvre sur une mini-silhouette dans un décor forestier. Coiffé d'un grand bonnet, à la manière d'un lutin, le petit bonhomme va à la rencontre de l'arbre. Le narrateur le salue. La double page qui ponctue ce salut nous aspire déjà entre les arbres dont les écorces dessinent joliment les troncs. Qu'il fait bon être dans les illustrations de l'hyper-douée Sara Donati.

"Je suis tout contre son tronc". (c) Rouergue.

Toujours à la première personne du singulier, le héros poursuit sa conversation grâce à ses sens. Nous découvrons ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il sent, ce qu'il mesure, ce qu'il touche. Autant d'expériences partagées entre simplicité du quotidien et force poétique. On pose l'oreille sur l'écorce. On découvre l'odeur des mousses et du vent. On remarque le parallèle entre empreintes digitales et sinuosités ligneuses.

"J'ai des racines". (c) Rouergue.

La rencontre humain-arbre se poursuit. Puisque ce dernier ne répond pas en français, le petit personnage s'adresse à lui par des gestes. Il l'imite dans ses poses, s'imagine des branches et des racines, ce qui nous vaut des illustrations stylisées de toute beauté. Il voit les similitudes entre l'arbre et lui, un enfant qui aime rigoler. Qui aime courir. Qui aime jouer. A être par exemple différents animaux qu'on trouve près des arbres, une chenille, un ours, un écureuil. Le mini-héros entre dans l'arbre, sans même franchir une porte, et se fond en lui comme deux amis qui s'entendent et s'apprécient. Un nid délicieux, chaleureux, joyeux qu'il quittera à un moment, mais pas tout de suite, appelé par son propre nid familial, le soir tombant.

"Je suis entré dans l'arbre". (c) Rouergue.

Porté par un texte simple, épuré, et des images magnifiques, en simples ou doubles pages ou en vignettes, jouant sur les couleurs et leur luminosité, "Parler avec les arbres" est une merveille d'album dans lequel se glisser pour bénéficier de la force tranquille que représente l'arbre. Sara Donati a un splendide talent, un travail exigeant mais complètement perméable aux enfants. Ses dessins qui dépassent souvent le simple aspect figuratif, tendent parfois vers l'abstrait, établissent une superbe atmosphère et rythment avec justesse la lecture. A la fois, elles racontent, rassurent, éblouissent et ouvrent mille pistes. Pour tous à partir de 5 ans.

Les merveilleuses illustrations de Sara Donati. (c) Rouergue.

Pour feuilleter en ligne "Parler avec les arbres", c'est ici.

Pour rappel, d'autres notes en vert ici.