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vendredi 22 juin 2018

Catel, la Schtroumpfette 2.0

(c) CBBD.

Kiki de Montparnasse, Olympe de Gouges, Joséphine Baker
Lucie
Lucrèce, Marion, Linotte, Loulou, Philomène

Quel est le point commun entre ces héroïnes féminines, dont on découvre les destins ou les aventures dans des bandes dessinées ou des albums jeunesse?
C'est simple, elles sont toutes sorties des pinceaux et des crayons de Catel, parfois en duo avec un(e) scénariste.
Ah booooon? Ben oui, selon qu'on se situe BD ou jeunesse, on connaît plutôt l'une ou l'autre Catel. Alors qu'il s'agit d'une seule et même personne, volubile et dynamique, brassant à merveille les genres littéraires, et réjouissant d'autant plus de lecteurs. Avec toujours l'idée de militer, à sa manière, pour les droits des femmes.

Un des atouts de la magnifique exposition "Catel, héroïnes au bout du crayon" qui vient de s'ouvrir au Centre Belge de la Bande Dessinée est d'ailleurs de montrer l'ensemble du travail graphique de Catel et d'en faire percevoir la cohérence. Installée à l'étage, extrêmement riche, elle présente dans son mini-labyrinthe les différentes facettes de l'artiste née à Strasbourg le 27 août 1964.

Une scénographie réussie. (c) Daniel Fouss/CBBD.

"Des héroïnes féminines dégourdies, plutôt impertinentes, qui ont du caractère, dans lesquelles j'ai envie de me retrouver et que mes lectrices se retrouvent"
, en dit-elle.
L'expo est immense et remarquablement scénographiée dans l'ordre chronologique du travail de Catel. On y trouve évidemment des planches complètes en noir et blanc et en couleurs de la plupart de ses albums en bande dessinée et en littérature de jeunesse, des croquis de ses repérages au crayon ou à l'aquarelle extraits de ses célèbres carnets, de somptueux portraits (féminins en général), la manière dont elle travaille par étapes, ses projets en cours et même un mini-atelier (table, documentation, crayon noir (porte-mine), pinceaux, encre de Chine, boîte d'aquarelles, crayons de couleurs, carnets). Un écran proposant seize sujets en projection complète cette riche visite que Catel nous a commentée.


Aquarelle de Kiki de Montparnasse sur scène. (c) CBBD.

Bécassine revue. (c) CBBD.
Il est touchant de découvrir ses premières aquarelles. Et frappant de voir comme son style s'est immédiatement défini, avec sa force qui frappe alors que le dessin est épuré, ce noir qui a de la souplesse, cette organisation de la page qui séduit le regard. En suivant les cimaises, on découvre son travail, "rangé" par chapitres évidents: premiers pas, la BD affaire d'hommes, droits des femmes, l'épisode Benoîte Groult, dans ses maisons Beg Roudou à Doëlan et à Hyères, dont le "Libé" y consacré, un dessin rendant sa bouche à Bécassine, un hommage à Claire Brétecher, le Prix Artemisia de la bande dessinée féminine en 2014, les albums "RoseValland" et "Adieu Kharkov", nés de rencontres, les projets collectifs dont "Quatuor" et les dessins de presse dont celui pour Florence Aubenas et Hussein Hanoun, à propos de Tomi Ungerer, sur l'actualité, pourfendant la bêtise humaine, sans oublier ceux qui illustrent les "Chroniques Burlesques d'une journaliste".

Carnet de repérage de la maison de Doëlan composant la planche 25
de "Ainsi soit Benoîte Groult" (Grasset, 2013). (c) CBBD.


Catel dans son expo. (c) Daniel Fouss/CBBD.
"J'ai adoré mon exposition", déclare tout de go Catel, à peine revenue d'une première visite rapide. "Redécouvrir aux cimaises ce que j'ai fait indique ma cohérence, synthétise mon travail et en fait ressortir l’essentiel." En effet, trente ans de travail sont exposés et Catel a raison d'être fière et contente: "Il s'agit de ma première exposition rétrospective, en plus en un lieu aussi prestigieux que le CBBD!" Visite surprise pour l'artiste qui ne savait rien de ce qui allait être montré, même si les deux commissaires de l'exposition,  Mélanie Andrieu et Jean-Claude De la Royère, sont allés plusieurs fois chez elle pour emporter des originaux. Ensuite ils ont dû choisir, puis scénographier avec Jean Serneels les éléments exposés. Une réussite que leur aventure au pays de Catel qui en dit: "Cette exposition reflète ma personnalité et l'ouverture de mon travail."

Philomène chez Epigones. (c) CBBD.
En pratique, on commence par les premiers pas, quand Catel (Muller de son vrai nom), dont le talent a été décelé dès l'école, termine les Arts Décos à Strasbourg et est sélectionnée à l'exposition des illustrateurs de Bologne en 1989. Cette sélection lui permet de travailler avec les maisons d'édition jeunesse, Bayard, Dupuis, Casterman, Nathan, Epigones, Hachette, Gallimard... Elle crée Bob et son ami Blop l'extraterrestre, les petits Papooses, les jumeaux Léo et Léa, Lune, Philomène la sorcière, Linotte, Loulou, Marion et cette année, Lucrèce.


Lucie, chez Casterman. (c) CBBD.
Catel travaille avec Blutch avec qui elle était à l’école à Strasbourg. Elle découvre que la BD est un monde d'hommes: "Mon modèle a été Claire Brétécher avec qui j’ai une super relation." Elle se réfugie dans le monde de la jeunesse puis rencontre Véronique Grisseaux avec qui elle créera la trentenaire "Lucie" dont elle racontera les aventures. Désormais elle a mis le pied à l'étrier de la BD. "Mais après trois tomes de Lucie, j’avais fait le tour du sujet", dit-elle. "Je me suis tournée vers l'histoire. J’ai eu envie de parler d'héroïnes de la vie, de les faire sortir de l’ombre et de revisiter l'histoire. Ce sont des femmes qui ont laissé une trace indélébile dans l'histoire mais que l’histoire n'a pas retenues."



Catel, ce sont évidemment les biographies graphiques, les formidables "biographiques" "Kiki de Montparnasse",  "Olympe de Gouges" et "Joséphine Baker" (Casterman, collection "Ecritures", 2007, 2012 et 2016), en duo avec José-Louis Bocquet. Des romans graphiques passionnants, documentés et terriblement agréables à lire. Son "Liberté (Kiki), Egalité (Olympe), Fraternité (Joséphine)" à elle.

"Après "Kiki de Montparnasse", mon premier grand succès, j'ai subi beaucoup d'agressivité de la part des hommes. Mon deuxième succès a été "Quatuor". Olympe m'a donné mes galons ainsi que le livre avec Benoîte Groult qui a été très bien reçu. Aujourd'hui, cela va tout seul. Je suis présidente de la commission BD du CNL."

Catel, c'est aussi une petite entreprise familiale qui tourne bien. "Mes enfants sont présents dans mes livres. Ma fille Line m’a servi pour le personnage de Linotte, ma seconde fille Julie pour celui de Juliette dans "Quatuor". Par contre, c'est Salomé, la fille d’Anne Goscinny, qui a inspiré le personnage de Lucrèce." Cette "matière première en direct!" et un appétit féroce pour le travail ("J'accepte plus de travail que je ne peux en faire et je le répartis") ont conduit à la création d'un "studio Catel". "Je suis boulimique. C'est merveilleux de pouvoir choisir. Je suis dans un entonnoir où le temps m'est compté. Ainsi, Lucrèce, c'est 120 dessins par livre. Du coup, j'ai des stagiaires, dont une a fait mon blog et avec qui je travaille toujours, une qui refait mes "bulles" dans les planches, des coloristes. J'ai un atelier à Fécamp, au bord de la mer, où travaille mon équipe, 80 % de filles, 20 % de gars, tous payés au mieux que je peux."

Lucrèce chez Gallimard. (c) CBBD.
Catel, ce sont encore des projets qui commencent mal (*). "Quand Anne Goscinny m'a demandé de faire le portrait de son père, j'ai dit: non, je ne fais que des portraits de femmes. Ça commençait mal! Puis le projet a évolué vers le portrait de la fille et du père, le roman des Goscinny en quelque sorte (à paraître chez Grasset en 2019) et nous sommes devenues très amies, Anne et moi. Dans la vie, elle me fait rire, même si ses livres sont plutôt sombres. Je lui ai demandé si elle n’avait pas songé à écrire pour la jeunesse. Elle m'a dit non. Trois mois après, elle m'apportait Lucrèce dont il y aura trois tomes. Le premier est sorti il y a trois mois et est en tête des ventes. Anne avait peur d'être dans les pieds de son père et moi dans ceux de Sempé."

(*) Quand Catel a abordé Benoîte Groult pour faire son portrait, cette dernière lui a répondu qu'elle détestait la bande dessinée (lire ici).

Catel, c'est évidemment la mise en valeur d'héroïnes féminines qui manquaient à la bande dessinée. Combien de temps n'a-t-elle pas attendu que Peyo crée une Schtroumpfette? "La Schtroumpfette est LE personnage que j’ai attendu en tant que femme." Un personnage qui l'a réjouie, "inspiré de Mylène Demongeot et non de Brigitte Bardot comme on le croit souvent." Mylène Demongeot avec qui elle a abordé la relation mère-fille. 

Catel, ce sont enfin des projets à la pelle. "Je ne fais pas de livre sans rencontre. Je choisis toujours des choses intimes et personnelles. J'ai toujours au moins cinq chantiers en même temps. Pour le moment, Lucrèce, Goscinny, la cinéaste Alice Guy sans oublier les dessins de presse et un projet en animation. Les choses n'arrivent pas forcément les unes après les autres."

En projet, le roman des Goscinny. (c) CBBD.

En projet, la cinéaste Alice Guy. (c) CBBD.

Pratique
"Héroïnes au bout du crayon": Centre belge de la Bande dessinée, 20, rue des Sables, 1000 Bruxelles, tous les jours de 10 à 18 heures, jusqu'au 25 novembre.


Devinettes
Différents livres de Catel sont réunis dans ces montages. Saurez-vous les reconnaître?


















vendredi 15 juin 2018

Albums appréciés et romans fameux de retour

"Deux petits ours". (c) MeMo.

Rééditions bienvenues, nous revoilà encore une fois. Sans oublier celles déjà signalées, les albums "J'aime..." de Natali Fortier (Albin Michel Jeunesse, lire ici) et "Le lion heureux" de Roger Duvoisin et Louise Fatio (Gallimard Jeunesse, lire ici).

L'amie des animaux


"Deux petits ours"
Ylla
texte traduit depuis la première version américaine "Two little Bears" (1954) et retravaillé
postface de Laurence Le Guen
MeMo, 40 pages

Soixante ans après la première version française due à Paulette Falconnet (La Guilde du livre, 1954, l'école des loisirs, 1978), revoici les "Deux petits ours" d'Ylla (1911-1955) dans une traduction nouvelle qui n'hésite pas à retravailler le texte original pour être plus en phase aujourd'hui. Les photographies sont celles de l'édition originale américaine, reproduites avec soin pour rencontrer la volonté et la préoccupation de l'auteur. Un livre rétro qui a toujours son charme.

Les deux petits ours jouent à qui mieux mieux. (c) MeMo.

"Deux petits ours" est l'histoire toute simple de deux oursons jumeaux qui profitent de l'absence de leur mère, partie leur chercher à manger, pour visiter les environs de leur tanière, jouer, explorer le vaste monde, rencontrer d'autres animaux, grimper tout en haut d'un arbre et s'apercevoir qu'ils se sont perdus. Evidemment, leur maman va vite les retrouver. "Two Little Bears" (Harper & Brothers, 1954) fut un succès mondial avec de nombreuses traductions simultanées en Allemagne, au Danemark, en Grande-Bretagne, Israël, Italie, Suède et Suisse, à la Guilde du livre.


Différentes couvertures.

Tout son attrait provient des photos extrêmement bien cadrées et mises en scène. Sait-on que pour cet album photographique, le seul qu'Ylla réalisa en solo, elle acheta un ourson, puis deux? Nourris au biberon par elle, ils la suivaient comme une mère dans la forêt du Connecticut.

Ylla.
Après cet album, Ylla partit saisir la vie des animaux sauvages dans leur habitat naturel en Afrique et en Inde. Elle trouva la mort dans ce dernier pays, en tombant d'une jeep lors d'un reportage, en 1955.

Quelle globe-trotter que cette femme née en Autriche, en 1911, d'une mère serbe et d'un père roumain! Après une enfance à Budapest, elle entame sa carrière artistique à Belgrade par la sculpture. Dans les années 30, elle s'initie à la photographie à Paris, auprès de la photographe Ergy Landau, qui l'introduit dans le cercle des artistes hongrois émigrés à Paris.

Les portraits de célébrités la lassent et Ylla se lance dans ceux d'animaux domestiques et ouvre son propre studio. Ses clichés d'animaux facétieux et expressifs lui apportent rapidement la notoriété. Elle rejoint alors le groupe des "Dix", aux côtés de Brassaï et Kertész. Elle rejoint les Etats-Unis en 1942, à bord du dernier bateau affrété par le gouvernement américain pour sauver des artistes européens du nazisme. Sous la protection du MoMa, elle poursuit sa carrière aux outre-Atlantique où ses photographies illustrent de nombreux articles. En 1954, Ylla est considérée comme la plus grande photographe animalière.


Un tout grand classique


"La belle lisse poire
du prince de Motordu"
Pef
Gallimard Jeunesse
44 pages

Se souvient-on que ce classique de la littérature de jeunesse - il est né en 1980 et a été vendu à 1,5 million d'exemplaires - mérite aussi le grand format de l'album? Toute notre reconnaissance aux Editions Gallimard qui sortent le Prince de Motordu de son habituel format de poche.

Motordu et son troupeau de boutons. (c) Gallimard Jeunesse.

"Que diriez-vous d'une balade dans ce petit pois?" (c) Gallimard Jeunesse.

Faut-il rappeler ce jeune prince qui invente une langue à lui, incapable de parler complètement la nôtre? Les enfants se sont sentis reconnus et ont adoré cet album plein de rires, de jeux de mots et de motordus, illustré avec un humour désopilant, flirtant allègrement avec la logique et la réalité. Le prince habite un chapeau  dont les crapauds flottent au vent. Il fait des poules de neige et du râteau à voiles quand il n'est pas occupé par son troupeau de boutons.

"Vous souffrez de mots de tête". (c) Gallimard Jeunesse.

Tout change le jour où ses parents l'invitent à se marier et où, monté sur sa toiture de course, il se met en quête d'une fiancée. Le voilà qui rencontre la princesse Dézécolle, institutrice de son état. Elle qui parle parfaitement la langue française emmène le prince qui souffre de "mots de tête" dans son école. C'est évidemment l'hilarité générale dans la classe devant les prestations du nouveau. La princesse ne lâche rien et le nouvel élève s'améliore. Il travaille tellement qu'il en oublie son projet de mariage. Mais la princesse Dézécolle veille...

Les détournements de mots sont toujours aussi appréciés aujourd'hui, tout comme la personnalité féministe de la princesse. Quel âge a le Prince? Presque quarante ans? Il ne les fait vraiment pas! Il est toujours aussi réjouissant A partir de 4/5 ans.

Bonus: la famille Motordu
Grand-père: duc S. Thomas de Motordu (père du prince)
Grand-mère: comtesse Carreau-Ligne de Motordu (mère du prince)
Père: le prince de Motordu
Mère: la princesse Dézécolle, traîtresse d'école
Enfants: un petit glaçon, Nid-de-Koala, et une petite bille, Marie-Parlotte
Signe particulier: mélangent les mots en parlant
Domicile: le chapeau de Motordu


Un héros pain d'épices


Les dix "Petites bêtes" en petitPOL.


"La chanson de la Petite Bête"
Antonin Louchard
Saltimbanque Editions
26 pages

Entre 2004 et 2006 ont paru dans la collection petitPOL des éditions P.O.L. dix albums de "La Petite Bête" d'Antonin Louchard, un héros pain d'épices - pas "La planète de la Petite Bête", ce titre était déjà chez Bayard et vient d'y être réédité aussi. En voici déjà une réédition, d'autres devraient suivre dans l'année. Elle est assortie d'un inédit, "Pin Pon la petite bête" (Saltimbanque Editions) où, installé dans son beau camion rouge avec sa sirène hurlante, le héros se transforme en pompier.

Dans "La chanson de la Petite Bête", on joue du tambour, on chante, on fredonne, on fait du bruit. Quelle excitation mais quel plaisir de découvrir les sons et les instruments de musique quand on est tout-petit. En voici un aperçu animé (ici). Dès 2 ans.


Un fermier et son chat farceur


"Le gâteau d'anniversaire"
Sven Nordqvist
traduit du suédois par Paul Paludis
Plume de carotte
32 pages

"Le jour où Picpus a disparu"
Sven Nordqvist
traduit du suédois par Paul Paludis
Plume de carotte
32 pages
à lire en ligne ici


Lors du prix Bernard Versele 2008, celui où Mario Ramos remporta deux prix en catégories 1 et 2 chouettes, le Suédois Sven Nordqvist remportait deux labels (deuxièmes prix). En catégorie 2 chouettes avec "Le gâteau d'anniversaire", en catégorie 3 chouettes avec "Le jour où Picpus a disparu", deux albums qui, publiés chez Autrement jeunesse, avaient disparu. Les revoici tous les deux en format légèrement réduit chez un autre éditeur, Plume de carotte, qui en annonce d'autres à l'automne. Toujours aussi joyeux et aventureux. Vivent le fermier Pettson et son chat farceur Picpus (Pettson et Findus en version originale) qui vivent dans leur fermette rouge au milieu des champs, sans se soucier de ce que les villageois pensent d'eux.

Roue crevée, un premier ennui. (c) Plume de carotte.

"Le gâteau d'anniversaire"
est une joyeuse farce. Pour fêter un des trois anniversaires annuels de son chat Picpus, le charmant fermier Pettson décide de lui préparer un magnifique gâteau. Il réunit les ingrédients tout en dialoguant de façon très amusante avec Picpus. Diantre! La farine lui manque. Qu'à cela ne tienne. Le fermier décide d'aller en chercher au village. Et c'est ici que les ennuis s'enchaînent, roue du vélo crevée, porte de l'atelier fermée, clés perdues au fond du puits… Cette chaîne de contrariétés n'est pas pour arrêter Pettson. Aventures à rebondissements et amitié éternelle sur fond d'animaux joyeux et de voisins commères. A partir de 4/5 ans.

L'arrivée de Picpus chez Pettson. (c) Plume de carotte.


"Le jour où Picpus a disparu" est plus dramatique puisqu'il met en scène le jour où le jeune chaton a disparu. Mais il est rassurant car c'est Picpus qui demande à Pettson de lui raconter le jour de sa disparition, quand il était encore tout petit. Comme une histoire de famille qu'on se répète inlassablement! Une histoire drôlement bien menée, faite d'angoisses, de débrouillardise et de solidarité entre animaux et qui explique aussi l'arrivée du chaton chez le fermier. A partir de 5/6 ans.


Qui est donc Vincent?


"Qui suis-je ?"
Thomas Gornet
Rouergue, 88 pages

Paru en 2006 à l'école des loisirs, ce roman nous revient dans une nouvelle version au Rouergue, là où Thomas Gornet avait publié l'excellent "Sept jours à l'envers" (2013).

Vincent ne sait pas trop qui il est. Comme tant d'autres ados, il a du mal à trouver sa place parmi les autres collégiens et à comprendre ses émotions. Notamment quand débarque un nouveau, Cédric, un sportif, lui. Il va lui falloir une année pour prendre conscience de son homosexualité. Un bref roman qui touche par sa profondeur, son humour, sa finesse, et évite tous les clichés.

Extrait: "Il faudrait que je dise à Aziz ce que j'ai sur le cœur. Lui, quand il était amoureux de Claire l'année dernière, il m'en parlait tous les jours. Je pourrais faire pareil. Mais là, c'est pas pareil. Enfin si, c'est pareil. Pas complètement. Malheureusement. Pour moi c'est pareil, mais pour les autres je sens bien que ça sera différent." A partir de 12 ans.


Des réfugiés d'hier


"Quand Hitler s'empara du lapin rose"
Judith Kerr
"When Hitler stole pink rabbit"
traduit de l'anglais par Boris Moissard
Albin Michel Jeunesse
320 pages

Ce classique incontournable de la littérature anglaise avait été traduit en français en 1987 à l'école des loisirs, publication originale en 1971 chez HarperCollins), mais était manquant depuis longtemps . Revoici chez Albin Michel Jeunesse qui s'intéresse à l'auteure (lire ici) ce roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l'exil et de la montée du nazisme à travers les yeux d'une enfant.
 "Quand Hitler s'empara du lapin rose" raconte l'histoire d'Anna, Allemande, 9 ans, qui vit à Berlin avec ses parents et son grand frère Max. Brusquement tout change. Son père disparaît. Elle-même et le reste de sa famille s'exilent pour le rejoindre en Suisse. Commence une vie de réfugiés. A Zurich, Paris, et enfin Londres. Chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.
A partir de 13 ans.

Pour lire un extrait de "Quand Hitler s'empara du lapin rose", c'est ici.




jeudi 14 juin 2018

Pauline Kalioujny est la lauréate 2018 du Grand prix de l'illustration de Moulins

Pauline Kalioujny.

Promenons-nous à Moulins. Nous y rencontrerons peut-être Pauline Kalioujny qui vient d'être proclamée à l'unanimité du jury Grand prix de l'illustration 2018 pour son album "Promenons-nous dans les bois" (Editions Thierry Magnier, 56 pages, 2017). La jeune femme s'y trouvait en septembre dernier lors de la quatrième édition de la Biennale des illustrateurs (lire ici) pour une exposition aux Imprimeries réunies des originaux de cet album. Elle y retournera le 5 juillet pour recevoir son prix au MIJ (Musée de l'illustration jeunesse) et en vernir la nouvelle exposition, "C'est pas du jeu!" Le jury de Moulins a été séduit par ces images issues d'un travail de gravure, par la force d'expressivité des visages et par le jeu sur trois couleurs d’éveil incroyables.

Il s'agit de la deuxième récompense pour ce livre-objet, un leporello qui se déploie sur cinq mètres. Il avait reçu en janvier le prix Pitchou 2018, à la Fête du Livre Jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux.

"Promenons-nous dans les bois" se déplie. (c) Pauline Kalioujny.

Avec ses teintes chaudes de rouge et d'orange faisant bien ressortir la large place du noir, l'album "Promenons-nous dans les bois" revisite évidemment la célèbre comptine enfantine. Il lui ajoute toutefois des surprises et aborde avec espièglerie le sujet préoccupant de la déforestation. On retrouve certes dans ce leporello (frise) de plus de cinq mètres le chaperon, les animaux et le loup, mais pas toujours dans les formules qu'on leur connaît.


(c) Ed. Thierry Magnier.

Le texte est celui de la version originelle, parfois légèrement complétée ("Je mets mes poils", "Je mets mes dents", "Je mets mes griffes").  Pauline Kalioujny lui joint des illustrations, réalisées à la plume et à l'encre, qui envoient le lecteur dans une forêt vivante et fourmillante. Jusqu'à la chute où une enfant à califourchon sur un loup chasse les bûcherons venus couper les arbres de la forêt!

(c) Ed. Thierry Magnier.

La jeune artiste dit avoir eu besoin de "plusieurs mètres de papier aquarelle pour illustrer les pérégrinations d'un chaperon dans une forêt de petits traits à l'encre noire, grouillante d'animaux, de lutins, et de surprises parfois plus inquiétantes que ce bon vieux Loup…."


En cours de travail.


Les lauréats précédents du Grand prix
  • 2017 Beatrice Alemagna pour "Un grand jour de rien" (lire ici)
  • 2016 Emmanuelle Houdart pour "Ma mère" (lire ici)
  • 2015 Michel Galvin (lire ici)
  • 2014 Delphine Jacquot (lire ici)
  • 2013 May Angeli (lire ici)
  • 2012 Jean-François Martin
  • 2011 Zaü
  • 2010 Régis Lejonc
  • 2009 Anne Herbauts
  • 2008 Juliette Binet



lundi 11 juin 2018

Se souvenir de l'écrivain Alain Nadaud et le découvrir encore et encore

Alain Nadaud et deux de ses amours, Sadika et la mer.

Demain 12 juin, il y aura trois ans que l'écrivain Alain Nadaud décédait sur son bateau, au large d'une île grecque (lire ici). L'immense homme de mots qu'il a été nous manque toujours autant, d'autant que son œuvre littéraire tarde à être rééditée et que le riche site personnel qu'il s'était créé est inaccessible pour le moment. Restent ses livres qui sont encore dans le circuit des librairies, les plus récents principalement, certains titres anciens en format de poche. Et ceux qui sont à l'abri des bibliothèques.

Les Nadaldiens et les Nadaldiennes de tous pays découvriront avec joie et intérêt la publication, au format de la revue "Triages", des Actes du Colloque "Autour de Alain Nadaud" (Editions Tarabuste, 210 pages) qui s'est tenu à l'Université de Paris Nanterre les 19 et 20 octobre derniers sous la direction de Djamel Meskache et Dominique Viart (lire ici).
Deux jours de réflexion et de témoignages dont les textes sont enrichis d'autres contributions pour cette publication bienvenue.

Illustrés par Daniel Nadaud, un homonyme, les Actes sont organisés selon plusieurs thématiques: introduction, instantanés/mémoire, vacillements... l'écrire, confrontations et rapports: l'exigence d'une écriture, ici-bas comédie et un jour un ami.

Ils réunissent les interventions des participants au colloque mais aussi de grandes parts du journal inédit que tenait Alain Nadaud, une cinquantaine de pages en grand format allant de 2000 à 2012, ainsi que le texte "L'Iconolâtre" qu'il avait écrit,  récit datant des années 1990 et dont la diffusion fut confidentielle.

On trouve successivement dans ces pages brillantes et variées dont l'alpha et l'oméga sont le couple Colette Fellous et Jean-Baptiste Malartre, des amis proches d'Alain Nadaud et Sadika Keskes, son épouse,

  • l'extrait du roman de Colette Fellous "Pièces détachées" (Gallimard, 2017) consacré à Alain Nadaud,
  • des extraits du journal d'Alain Nadaud,
  • l'intégrale de la conversation-interview que j'avais eue à Bruxelles avec Alain Nadaud à l'occasion de la sortie du "Passage du col" (Albin Michel)
  • la France des années 50, années d'enfance d'Alain, par Pierre Bergounioux,
  • les souvenirs de François Bon,
  • la rencontre entre Djamel Meskache et Alain Nadaud, 
  • les extraits du journal de Serge Safran concernant Alain Nadaud,
  • les silences d'Alain Nadaud par Jean-Claude Villain,
  • la passerelle entre "La fonte des glaces" et "D'écrire j'arrête" jetée par Hédia Abdelkéfi
  • la quête de l'écriture selon Alain Nadaud par Laurent Demanze,
  • Nadaud lecteur de Flaubert par Silvia Disegni
  • les enjeux de la littérature selon Alain Nadaud par Paolo Tamassia
  • le choix du non-écrire pour écrire par François Berquin
  • les cinq livres fondateurs d'Alain Nadaud par Jean-Claude Lebrun
  • jouer du vrai et du faux par Dominique Rabaté
  • les romans d'aventures métaphysiques d'Alain Nadaud par Dominique Viart,
  • la postérité d'Alain Nadaud par Belinda Cannone
  • la revue "Quai Voltaire" par Jean-Philippe Domecq,
  • Alain Nadaud, auteur "mal positionné" par Alain Nicolas,
  • la cessation de l'écriture comme sujet et projet littéraires par Samir Marzouki
  • témoignage du compagnon d'université Jacques Gysin,
  • les derniers jours d'Alain Nadaud par Jean-Baptiste Malartre.

Autant d'éléments qui permettent de mieux connaître l'écrivain et l'homme, deux états intimement liés chez Alain Nadaud.


Dans la galerie qui porte désormais son nom.







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vendredi 8 juin 2018

A lire, un gros kilo d'"Histoires européennes"


Le bébé vient d'arriver, tout beau, tout gros, tout lumineux, tout bien fait, avec une reliure toilée et un signet. Il pèse 1,311 kg en version papier, beaucoup moins en version électronique (PDF ou EPUB). Il est aussi accessible aux mal voyants (lire ici). Il se nomme "European stories" et consacre les dix ans du Prix européen de littérature. Le recueil réunit les contributions de 36 lauréats du prix, en provenance de 26 pays, sur le thème de l'Europe. Dans la langue de chacun et en traduction anglaise.

Voilà une occasion unique de découvrir les plumes européennes émergentes. De pénétrer dans d'autres imaginaires européens. Voilà une occasion rare d'apprécier d'autres langues, d'admirer d'autres alphabets. Pour fêter les dix ans du Prix de littérature de l'Union européenne, il avait été proposé à l'ensemble des lauréats, soit 108 écrivains honorés depuis 2009, d'écrire une nouvelle sur le thème "Histoire européenne". Trente-six ont répondu à l'appel. Il s'agit de

  1. Myrto Azina Chronides – Chypre (2010)
  2. Gabriela Babnik – Slovénie (2013)
  3. Jean Back – Luxembourg (2010)
  4. Aleksandar Bečanović – Monténégro (2017)
  5. Lidija Dimkovska – FYROM (2013)
  6. Rudi Erebara – Albanie (2017)
  7. Claudiu Florian – Roumanie (2016)
  8. Adam Foulds – Grande-Bretagne (2011)
  9. Jasmin B. Frelih – Slovénie (2016)
  10. Meelis Friedenthal – Estonie (2013)
  11. Antonis Georgiou – Chypre (2016)
  12. Gast Groeber – Luxembourg (2016)
  13. Çiler İlhan – Turquie (2011)
  14. Jānis Joņevs – Lettonie (2014)
  15. Jelena Lengold – Serbie (2011)
  16. Sara Mannheimer – Suède (2012)
  17. Raquel Martínez Gómez – Espagne (2010)
  18. Immanuel Mifsud – Malte (2011)
  19. Walid Nabhan – Malte (2017)
  20. Andrej Nikolaidis – Monténégro (2011)
  21. Armin Öhri – Liechtenstein (2014)
  22. Emmanuelle Pagano – France (2009)
  23. Kallia Papadaki – Grèce (2017)
  24. Ioana Pârvulescu – Roumanie (2013)
  25. Magdalena Parys  – Pologne (2015)
  26. Giedra Radvilavičiūtė – Lituanie (2012)
  27. Carolina Schutti – Autriche (2015)
  28. Faruk Šehić – Bosnie Herzégovine (2013)
  29. Ófeigur Sigurðsson– Islande (2011)
  30. Emilios Solomou – Chypre (2013)
  31. Tanja Stupar Trifunović – Bosnie Herzégovine (2016)
  32. Noémi Szécsi – Hongrie (2009)
  33. Kalin Terziyski – Bulgarie (2011)
  34. Darko Tuševljaković – Serbie (2017)
  35. Isabelle Wéry – Belgique (2013)
  36. Osvalds Zebris – Lettonie (2017)

Tous ces textes nous offrent un kaléidoscope de ce que les auteurs peuvent concocter quand on leur demande d'écrire une nouvelle de fiction sur une thème "Une histoire européenne: les auteurs EUPL écrivent leur Europe". Leurs réponses apparaissent variées, complémentaires, surprenantes parfois, célébrant toujours la littérature. Leurs textes se présentent dans l'ordre alphabétique de leurs noms, précédés d'une notice bio-bibliographique illustrée en anglais, dans la langue originale de l'auteur puis en traduction anglaise.

Voici ce que cela donne pour Isabelle Wéry.

La présentation de l'auteur.

Le début du texte d'Isabelle Wéry.


Evidemment, chacun réagira plus ou moins fort à ces "European stories". En aimera une beaucoup plus que toutes les autres. Pour discerner laquelle est la préférée des lecteurs, les organisateurs du prix européen de littérature ont créé un scrutin en ligne, invitant chacun à voter en ligne (ici) pour son œuvre préférée avant le 21 octobre 2018, au terme de ses lectures.

Dix lecteurs seront invités à assister à Vienne en novembre 2018 à la cérémonie qui récompensera l'auteur préféré par le public, l'auteur préféré par un jury professionnel composé de Maria-João Costa (Portugal), Nina George (Allemagne), Juancho Pons (Espagne), Cathy Rentzenbrink (Royaume-Uni), Liana Sakelliou (Grèce) et Marnix Verplancke (Belgique). D'autres récompenses littéraires seront également remises à cette occasion. Lisons donc européen!

Souvenirs

Rappelez-vous. En 2009 naissait un nouveau prix littéraire, le Prix de littérature de l'Union européenne (European Union Prize for Literature, UEPL), destiné à récompenser les nouveaux talents de la littérature contemporaine dans le domaine de la fiction. Choisi par un jury national, chaque lauréat reçoit 5.000 euros et bénéficie de l'aide de l'Union européenne pour traduire ses œuvres. L'ensemble est organisé par la Commission européenne, la Fédération européenne et internationale des libraires (EIBF), la Fédération des associations européennes des écrivains (FAEE) et la FEE (Fédération des éditeurs européens). Comme il est évidemment difficile de faire concourir tous les états membres de l'Union européenne en même temps, il a été décidé de procéder par trois tranches successives d'une douzaine de pays par édition. Le premier cycle est allé de 2009 à 2011, le deuxième de 2012 à 2014, le troisième de 2015 à 2017.

La Française Emmanuelle Pagano figurait parmi les lauréats 2009 pour son roman "Les adolescents troglodytes" (P.O.L., 2007). Une cérémonie présidée par Henning Mankell et qui s'est déroulée à Bruxelles. Le Belge néerlandophone Peter Terrin apparaît au palmarès 2010, la Française Laurence Plazenet à celui de 2012, pour "L'amour seul" (Albin Michel), la Belge francophone Isabelle Wéry à celui de 2013 pour "Marilyn désossée" (Maelström), la Française Gaëlle Josse  à celui de 2015 pour "Le dernier gardien d'Ellis Island" (Noir sur Blanc/Notabilia), le Belge néerlandophone Christophe Van Gerrewey à celui de 2016.
Tous les textes des auteurs lauréats, dans leur langue originale et en traduction anglaise, figurent dans neuf recueils annuels et trois recueils par langue, disponibles en ligne ici.