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vendredi 16 avril 2021

Une master class en ligne avec Benoît Jacques

(c) Benoît Jacques.

Ce ne sera pas la semaine des quatre jeudis, mais le jeudi 22 avril de la semaine prochaine sera tout comme. En tout cas pour tous ceux et celles qui s'intéressent à la littérature de jeunesse, au graphisme, à la bande dessinée, à l'affiche, à l'édition. Car à 11 heures sera organisée une master class en ligne avec l'auteur-illustrateur belge et artiste polymorphe Benoît Jacques! Celui qui marie l'art et l'humour, surgit souvent, et avec quel talent, là où on l'attend pas (lire ici, ici et ici). La séance est intitulée "Les 30 ans du monocycliste", une appellation qui convient bien à l'artiste qui a choisi d'éditer lui-même son travail dès la fin des années 80. Les célèbres Benoît Jacques Books, aussi variés qu'inventifs et réjouissants, des livres en papier et deux saisons d'un feuilleton sur "internette" comme il dit (ici).

Benoît Jacques a par ailleurs reçu carte blanche pour inviter des personnalités du monde du livre et du graphisme familières avec sa démarche. Ces "spécialistes" pourront l'interroger, intervenir, interagir, pour enrichir le moment. Mystère et surprises.

La master class peut être suivie en ligne par toutes et tous, avec possibilité de tchat. Elle est dédiée en premier lieu aux étudiants et étudiantes des hautes écoles. Elle restera accessible sur les sites, pour que le plus grand nombre puisse la visionner à sa meilleure convenance. A suivre sur le portail des littératures belges, Objectif Plumes (ici) ou sur sa page Facebook (ici).













jeudi 15 avril 2021

Le Louis de la maison, le Louis de la ville

David Fortems. (c) Astrid di Crollalanza.


On a appris cette semaine que le sixième prix Régine Deforges (lire plus bas) avait été attribué à David Fortems pour son premier roman "Louis veut partir" (Robert Laffont, 186 pages, septembre 2020). Un lauréat qui a aujourd'hui vingt-quatre ans, ce qui laisse deviner l'âge qu'il avait quand il a composé ce texte dont on perçoit qu'il est né dans une urgence, dans une rage d'écrire. Un roman rude et prenant où un père part à la recherche de son fils. A la différence que Louis, tout juste dix-huit ans, n'est plus là. Il s'est suicidé à la confluence de la Semoy et de la Meuse, un lieu aimé, un lieu signifiant. On l'y a retrouvé une plaquette de médicaments dans la main.

Tout de suite, on perçoit bien entendu la tristesse du père endeuillé, mais surtout son désarroi. Qui était Louis, ce garçon un peu rond, calme et aimable, qui brillait à l'école et adorait la lecture plus que tout? Qui était promis à un bel avenir? Science Po à Lille et puis... Pascal, ouvrier dans la quarantaine, nous emmène dans son coin, à Bogny-sur-Meuse, une petite ville des Ardennes françaises, au nord de Charleville-Mézières. Il nous fait partager sa détresse. Il pensait, lui, le taiseux, peu porté à exprimer ses sentiments, qu'il avait tout son temps pour parler d'autres choses que du quotidien avec Louis. Il l'observait du coin de l'œil. Il en était fier, de son garçon, qu'il élevait seul depuis le départ de Nathalie quand Louis était encore tout petit.

Ce n'est pas que ces deux-là ne s'entendaient pas. Au contraire. Mais ils ne communiquaient pas. Ils avaient une vie sans histoire. Avec le geste définitif de Louis, qui n'a laissé aucune explication, Pascal va tenter de comprendre pourquoi. Il va mener une véritable enquête, commençant par scruter les appels sur le portable de Louis, chaque témoin le renvoyant vers un autre. On suit, halluciné, les découvertes du père. On mesure avec lui le fossé qui existait entre lui et son fils. Chaque nouveau témoignage est une claque, pour Pascal comme pour le lecteur. David Fortems n'élude rien et son schéma narratif tient remarquablement la route jusqu'à la finale qui permet de comprendre pourquoi il nous paraissait parfois charger un peu la barque. Car le jeune écrivain, originaire des Ardennes et issu d'un quartier populaire de la banlieue parisienne sait ce qu'est le déterminisme de classe, sait ce que pèse le milieu social et sait combien les blessés pansent là seuls leurs blessures.


Le prix Régine Deforges
Porté conjointement par la Ville de Limoges et les enfants de l'auteure aussi co-présidents du jury, le prix Régine Deforges (1935-2014) récompense un premier roman écrit par un auteur francophone qui a publié à la rentrée littéraire de septembre. Une soixantaine de romans avaient été proposés, huit ont été retenus par le comité de lecture.

Les huit romans en lice pour l'édition 2021
  • "Un jour ce sera vide" d’Hugo Lindenberg (Christian Bourgois Editeur)
  • "Louis veut partir" de David Fortems (Robert-Laffont)
  • "Le lièvre d’Amérique" de Mireille Gagné (La Peuplade)
  • "Bénie soit Sixtine" de Maylis Adhémar (Julliard)
  • "Les orageuses" de Marcia Burnier (Cambourakis)
  • "Sale bourge" de Nicolas Rodier (Flammarion)
  • "On ne touche pas" de Ketty Rouf (Albin-Michel)
  • "Que sur toi se lamente le Tigre" d’Emilienne Malfatto (Elyzad)

Jury
Les trois enfants de l'auteure (co-présidents), Camille Deforges-Pauvert, Léa Wiazemsky, Franck Spengler, ainsi que de Marina Carrère d'Encausse, Julien Cendres, Noëlle Châtelet, David Foenkinos, Serge Joncour, Gilles Marchand, Daniel Picouly et Éric Portais.

Palmarès
  • 2020 Salomé Berlemont-Gilles pour "Le premier qui tombera" (Grasset, 2020)
  • 2019 Joseph Ponthus pour "À la ligne" (La Table Ronde, 2019)
  • 2018 Mahir Guven pour "Grand frère" (Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Élisa Shua Dusapin pour "Hiver à Sokcho" (Zoé, 2016)
  • 2016 Astrid Manfredi pour "La Petite Barbare" (Belfond, 2015)




Tous à Saint-Malo à la Pentecôte!



Traditionnellement, le week-end de Pentecôte voit affluer des foules d'auteurs et de lecteurs à Saint-Malo, la ville bretonne fortifiée accueillant pendant trois jours le festival littéraire Etonnants Voyageurs. Créée en 1990 par Michel Le Bris - décédé le 30 janvier dernier - et une poignée d'amis, la manifestation célèbre les écrivains voyageurs. Elle a même donné ses lettres de noblesse à ce type de littérature. Si l'édition 2020 a été purement et simplement annulée en raison du coronavirus, il n'en est pas de même pour celle de cette année, celle des trente ans - et non la trentième édition comme annoncé, il suffit de compter les affiches (cette vieille histoire mathématique d'intervalles bornés ou non).

Du 22 au 24 mai, le week-end de la Pentecôte 2021, le festival Etonnants Voyageurs se tiendra en ligne et en accès gratuit. Ce sera presque comme d'habitude, lectures, débats d'auteurs, interviews, sauf qu'il ne faudra pas faire la file dans les couloirs du Palais des festivals mais choisir entre les quatre canaux de la télévision dédiée.

Cinquante auteurs se déplaceront, eux, physiquement à Saint-Malo pour les trois jours de rencontres retransmises gratuitement sur etonnants-voyageurs.com. De 10 heures à 18 heures, en direct et en replay, les quatre chaînes diffuseront les grands débats, le café littéraire, les grands entretiens, les rencontres poétiques, les projection de films. Les débats porteront bien entendu sur les épreuves actuelles, climat qui s'emballe, démocraties mises à l'épreuve, virus planétaire, monde confiné, rétrécissement des libertés individuelles. Le festival posera la question suivante: une occasion nous serait-elle offerte de nous redéfinir, tout au moins de redéfinir ce que nous voulons être?

Hommage sera rendu à Michel Le Bris dans chacune des rencontres du festival, à travers des thèmes qui lui étaient chers ou des lectures d'extraits de ses textes.

Quelques-uns des invités
Simone Schwarz-Bart, Mathias Enard, Franck Bouysse, Georges-Olivier Chateaureynaud, Cédric Herrou, Dany Laferrière, Rachel Kahn, Serge Joncour, Céline Curiol, Colin Niel, Scholastique Mukasonga, Etienne Klein, Judith Perrignon, Carole Martinez, Diane Meur, Pierre Cassou-Nogues, Bruno Latour, Trinh Xuan Thuan, Sylvain Prudhomme, Kaouther Adimi...

Le programme complet sera annoncé début mai.

Les trente affiches de 1990 à 2019.






mercredi 14 avril 2021

La stupéfaction d'un deuil familial

Une gravure datée de 1875.

"Disaster Falls", le lieu qui donne son titre au terrible récit de Stéphane Gerson (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Thomas Grillot, Alma Editeur, octobre 2020, 240 pages) résonne comme une menace. C'est le nom que porte depuis belle lurette un passage de rapides sur la Green River, entre l'Utah et le Colorado. Un nom sur lequel on ne s'interroge pas, sauf quand survient un drame. Une tragédie dans le cas de la famille Gerson. Partie faire du rafting en voyage organisé à l'été 2008, elle y a perdu, le premier jour de l'excursion, Owen, 8 ans, le fils cadet, installé avec son père dans un kayak qui s'est retourné. Julian, 11 ans, était sur une autre embarcation avec la maman.
"Ce que nous avons appelé l'accident eut lieu sur la rivière Green, non loin de la frontière séparant l'Utah du Colorado. Jusqu'à ce moment, notre vie avait suivi son cours ordinaire, avec ses moments de bonheur et ses désirs insatisfaits. Mais Owen a disparu ce jour-là, et nous nous sommes retrouvés à trois, sans lui."
Ainsi débute le prologue qui introduit le livre bouleversant de Stéphane Gerson. Publié aux Etats-Unis en 2017, il nous est parvenu en traduction française en octobre 2020. "Disaster falls" scrute sous toutes les coutures la douleur inouïe d'un père, d'une mère, d'un frère, d'une famille, d'une communauté d'amis. La culpabilité, l'anéantissement, l'incompréhension, le manque, le refus de la réalité et les rêves les plus fous, les réactions tellement différentes de l'un à l'autre, le livre dit tout. L'accident, le retour à la maison, les jours après, la vie avant, le temps après, infiniment long, la voix d'Owen qui s'oublie, le vide laissé, qui semble ne jamais pouvoir être comblé, le mur invisible qui s'érige entre les Gerson et les autres, les conseils et les recommandations. Le lecteur entre dans l'intimité de la famille Gerson. Il participe à son désespoir car il est impossible de ne pas se projeter dans cet épouvantable accident. Mais il n'en est pas pour autant le voyeur de ce drame.

Stéphane Gerson est parvenu à rendre son texte universel, convoquant de nombreux écrivains confrontés au même drame que lui, invitant chacun à méditer sur cette mort, cette absence soudaine engendrant tant de réaménagements. En vingt-quatre chapitres merveilleusement titrés de questions d'enfants et un épilogue, "Disaster Falls" est certes le tombeau d'Owen, l'histoire d'une famille à ce moment-là mais est aussi un livre de deuil et le livre d'un historien. Celui qui fouille le passé du lieu maudit, celui qui, quand son propre père devient gravement malade et envisage sa fin, remonte le cours de sa propre histoire familiale. Un parcours compliqué qui démarre en Europe centrale mais que les persécutions contre les Juifs et la guerre poussent à l'exil en Belgique, en France ou aux Etats-Unis.

"Disaster Falls" est un livre qui émeut profondément. Par le chagrin et la douleur qu'il dépeint mais aussi par la sincérité du narrateur, son honnêteté face à sa façon de réagir, son empathie envers son épouse et son fils aîné dont les comportements sont si différents du sien, sa lucidité par rapport aux relations entre les humains, sa franchise d'un bout à l'autre. Si Stéphane Gerson dépose d'abord son cœur brisé dans son texte, il arrive à faire de son livre un objet littéraire dépassant la plainte, inscrivant Owen dans une histoire qui n'aurait pas dû être la sienne. Ce petit garçon qui aura toujours huit ans aura profondément marqué les siens par son décès, parfois silencieusement, ce que Stéphane Gerson analyse très bien dans la dernière partie de son ouvrage où il est confronté à la demande d'euthanasie de son père. "Disaster Falls" est un récit immensément riche, entrant en résonnance avec le lecteur, lui suggérant des questions et des réflexions. Je crois qu'il n'y a pas une seule page de mon exemplaire où je n'ai souligné ou coché plusieurs lignes.

Neuf questions à Stéphane Gerson

Stéphane Gerson. (c) Nina Subin.
Historien de profession, historien culturel de la France contemporaine plus précisément, Stéphane Gerson dirige l'Institute of French Studies à la New York University. Il a dirigé l'édition américaine de l'"Histoire mondiale de la France" de Patrick Boucheron. Ayant les nationalités belge et américaine, parlant français et anglais, il était à Bruxelles l'autre jour. L'occasion de lui poser quelques questions.


Vous êtes Belge et Américain, vous parlez anglais et français.
Mon père est Américain, ma mère est Belge. J'ai passé mon enfance à Groenendael, près de Bruxelles. Mes grands-parents maternels habitaient à la Bascule, à Uccle. J'ai grandi hors de la ville mais j'ai toujours aimé la ville.
L'anglais est ma langue dominante mais le français est ma langue maternelle. Je suis allé à l’école Decroly, puis à Catteau, puis à l'Ecole internationale. A treize ans, j'ai fait mes études aux Etats-Unis mais je suis revenu ensuite un an en Belgique faire mon service militaire à Vilvorde.

Pourquoi avoir écrit le livre en anglais?
J'ai écrit le livre en anglais parce que j'ai vécu l'accident en anglais et que l'anglais est la langue du deuil. C'est cohérent avec ce que je voulais dire, ancré dans un moment historique particulier.
Après l'accident, nous avons passé vingt-quatre heures dans la tente, sans téléphone, à trois. Cela a créé un attachement très fort entre nous, une communication, un désir très fort de ne pas se couper les uns des autres.

Quand avez-vous décidé de l'écrire?
J'ai commencé à l'écrire en 2012, quatre ans après la mort d'Owen. J'ai beaucoup travaillé avec mon éditrice, elle m'a beaucoup aidé, j'ai beaucoup appris. Ecrire le livre s'imposait à moi. J'avais tenu en 2008 un journal intime obsessionnel, une chronique détaillée de ces jours. J'en ai fait la mise en récit quelques années plus tard. Je sentais que je devais le faire. J'ai eu beaucoup de réactions de lecteurs, avec de fortes émotions. J'ai ressenti en parent endeuillé combien on projette ses propres craintes. J'ai fait œuvre de sincérité en ne me censurant pas. J'ai voulu parler de choses qui me faisaient honte, que j'aurais préféré ne pas divulguer. J'ai usé d’une écriture simple sans pathos.

C'est le livre d'un historien mais aussi d'un père, d'un mari et d'un fils.
C'est une histoire vraie mais le lecteur s'y projette. Je voulais cette distance. Moi, je suis historien. Ce livre marque une rupture dans mon écriture. J'ai été intéressé par le "je". L'historien en moi a estimé, pour répondre à l'horreur de ce décès, devoir devenir l'historien de ce drame, du monde social. J'ai été parfaitement honnête. Je mets tout et tout ce que je mets est vrai, sans m'épancher. Au plus j'allais en moi, au plus je m'éloignais de moi. Je transformais ma propre vie en spécimen. Je devenais l’historien chroniquant cet homme confronté à la mort de son fils. L'ironie tragique est que ce désastre a libéré en moi une autre forme d'écriture, celle d'un historien ouvert à l'émotion, dont l'écriture a une forme, est le façonnement d'un savoir. La littérature et l'histoire peuvent se répondre.

Vous tenez une chronique familiale.
Le "je" est intime, non seulement personnel mais social et familial, comme le dit le titre en anglais, "A Family Story". Ce qui s'est passe sous la "tente" a scellé la famille. Je suis un père endeuillé, mais je suis aussi un mari et aussi le père de Julian. La mort d'Owen a tout transformé.
C'est une épreuve pour le couple. Il y a tant de différences entre Alison et moi. Je voulais rendre compte de ces différences et interroger mon statut de père par rapport à Julian. Ce dernier a été le protecteur de ses parents, peut-être pour se protéger lui-même.
Et c'est une injonction à tenir bon, à rester ensemble.
Je pose aussi un regard rétrospectif sur la responsabilité à notre égard, sur les responsabilités dans tous les sens. Le procès que nous avons intenté n'apparaissait pas dans la première version de mon manuscrit. Mais vu les fautes commises par la société qui organisait le voyage, j'ai jugé nécessaire de l'ajouter. C'était une colère nécessaire.

Les questions des enfants en titre des chapitres (*) sont une magnifique idée.
Les phrases d'enfants qui ouvrent les chapitres ont été récoltées en novembre 2008 à l'école d'Owen. Mon épouse Alison et moi y étions allés pour maintenir les liens sociaux. Personne ne pouvait comprendre ce qui était arrivé. Moi, à ce moment, je voulais me séparer du monde, vivre avec d'autres gens qui ont connu la même chose. Après un moment, je me suis ravisé.
Nous nous demandions comment des enfants de huit ans allaient réagir. Nous leur avons donné les livres qu'Owen avait aimé lire. Ils avaient écrit leurs questions et nous en ont remis les fiches. Ce livre porte sur des questions. Les enfants ont exprimé tout ce que les adultes n'osent pas toujours dire. Les questions ont aussi une autre fonction, inscrire le livre dans le temps, en novembre 2008.

Alison et vous-même avez eu des perceptions différentes d'Owen disparu.
Alison ressent la présence d'Owen. Un medium a communiqué avec lui. Cela lui a procuré du réconfort. Pas à moi. Si c'est faux, c'est une arnaque. Mais si c'est vrai, je me suis demandé pourquoi je n'entre pas moi en communication avec mon fils alors qu'une voyante le fait? Mais j'ai accepté son récit. Alison m'a autorisé à écrire ce livre, Julian aussi. Cela m'a sauvé.

Vous faites beaucoup référence à des livres et à leurs auteurs.
En lisant, on apprend des choses sur soi-même. J'étais moins seul. La littérature m'a beaucoup apporté, l'écriture des autres. Mon moi de père, mon moi de prof, mon moi d'historien s'étaient dissous. J'ai trouvé une nouvelle forme d'interaction avec les morts de l'histoire, pour inscrire aussi Owen dans l'histoire.

Avez-vous modifié votre maison?
Owen est toujours chez nous aujourd'hui en photos. Nous avons gardé sa chambre, non comme un mausolée mais comme un lieu de présence positive. On parle beaucoup d'Owen. On est entourés de gens qui parlent de lui. Julian qui est maintenant un jeune adulte, en parle peu, lui. Est-ce son deuil du frère? Après, comme je l'évoque dans le livre, nous avons eu un autre enfant. Elliott a maintenant sept ans. Il a deux frères, un vivant et un mort. Il pose des questions, plus sur l'accident que sur Owen lui-même. Mais il est encore petit. Il n'a pas de tabou.


(*) Quelques-unes des 25 questions des enfants.

  1. Drew: Une petite question: comment cela se passe à la maison?
  2. Michaël: J'aimerais savoir en quoi Owen était un gentil garçon.
  3. Amanda: Je suis teeeellement désolée. Owen et moi étions amis en CE1.
  4. June: Est-ce que vous vous sentez vraiment tristes ou mal à l'aise?
  5. Zack: Pour que vous sachiez, je suis vraiment triste pour vous et Owen était un garçon formidable.
  6. Natalie: Ça s'est passé le matin ou l'après-midi?
  7. Tessa: Je me souviens, à la ferme, un poulet a fait caca sur Owen!
  8. Matthew: Quelle était l'activité préférée d'Owen?
  9. Meghan: Je suis désolée qu'Owen soit mort et puis vous devez être si tristes de ce qui s'est passé.
  10. Blake: Owen était-il le meilleur à la Playstation?
  11. Fiona
  12. Delia
  13. Claire
  14. Ella
  15. Henry
  16. Iris
  17. Zara
  18. Julie
  19. Kara
  20. Sarah
  21. Cory
  22. Thomas
  23. Nicky
  24. Ryan
  25. Samantha






Une "vie de merde" désamorcée

#belgicothèque 4

Anne-Sophie Vandevoorde.


Quelles sont les fées qui se sont penchées sur le berceau de Léa? La jeune femme est née à Bruxelles, ses parents sont sales, elle ne sait rien ou pas grand chose. Le jour où elle rencontre Boris, plutôt mauvais garçon, son destin est tracé. Léa termine l'école secondaire enceinte et découvre l'amour en donnant naissance à Clément. Au fond des tripes, Léa a la volonté, le désir absolu, de sortir de cette "vie de merde". Un fait divers lui en donne l'occasion. La petite famille s'installe à Masbourg, à 120 kilomètres de Bruxelles. Une nouvelle vie commence pour Léa et Clément tandis que Boris se laisse aller chaque jour davantage à ses démons. Jusqu'à la violence de trop. Car Léa est prête à tout pour son bonheur et celui de son fils. Avec "Une petite ambition" (Lamiroy éditions, Opuscule #174, 40 pages), Anne-Sophie Vandevoorde cisèle une nouvelle noire et lumineuse à la fois.

Infos et renseignements ici.






La nature, cette force surnaturelle

#belgicothèque 3

Patrick Delperdange.


Dans cette campagne, il n'y a plus de champs de blé. A peine y pousse-t-il péniblement de l'orge ou du sarrasin. Dans cette campagne, il n'y a plus de vaches aux prés. Mais dans cette campagne, il y a un natif, le Champenois, qui contemple le désastre. Il y a aussi sa femme, Catherine, qui fait les comptes. Quand il y a des comptes à faire, vu le désastre économique annoncé. Et puis il y a ce Thierry Chastain, spécialisé dans les subventions à demander à l'Europe, moyennant un petit dédommagement. Au début de l'opuscule, tout le monde a l'air plus ou moins content. Mais en chemin...

Patrick Delperdange nous déroule une impeccable et implacable nouvelle: "Nous n'irons plus au bois" (Editions Lamiroy, Opuscule #173, 36 pages) est acide à souhait, avec juste ce qu'il faut de mots.

Infos et renseignements ici.

mardi 13 avril 2021

Un nouveau roman jeunesse de JK Rowling annoncé à l'automne

JK Rowling. (c) Debra Hurford Brown/JK Rowling 2018.

En ce mardi 13 avril, Gallimard Jeunesse annonce la parution du nouveau roman jeunesse de JK Rowling le mardi 12 octobre 2021. Comment un jeune garçon et son jouet vont tout changer, nous dit-on...
"Les éditions Gallimard Jeunesse publient avec fierté J.K. Rowling depuis son premier livre, "Harry Potter à l'école des sorciers", il y a plus de vingt ans. Nous sommes heureux de pouvoir proposer le 12 octobre prochain la version française de "The Christmas Pig". Les lecteurs y découvriront une merveilleuse et trépidante aventure de Noël, et reconnaîtront l'art extraordinaire de J.K. Rowling."
Hedwige Pasquet, directrice de Gallimard Jeunesse.
Le nouveau roman jeunesse de JK Rowling, "The Christmas Pig" (titre français à venir, littéralement "Le cochon de Noël") paraîtra simultanément en langue anglaise ainsi que dans plus de vingt pays: Brésil, Catalogne, Danemark, Finlande, France, Québec, Suisse, Belgique, Allemagne, Grèce, Hongrie, Israël, Italie, Japon, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Russie, Espagne & Amérique latine, Suède, Taiwan, Thaïlande, Turquie, Royaume-Uni, Australie, Nouvelle-Zélande, Irlande et Inde, États-Unis et Canada. Une sortie mondiale donc. Gallimard n'a pas encore choisi le/la traducteur/trice.

"The Christmas Pig", nous dit-on chez Gallimard, raconte les aventures d'un jeune garçon prêt à tout pour retrouver son jouet préféré. Jack est très attaché à son cochon en peluche, avec lequel il partage tout depuis toujours, les bons comme les mauvais moments. Jusqu'à cette veille de Noël où se produit la catastrophe: le cochon est perdu. Mais la nuit de Noël n'est pas une nuit comme les autres. C'est la nuit des miracles et des causes désespérées, où tous les objets peuvent prendre vie – même les jouets. La toute nouvelle peluche de Jack – le Cochon de Noël, vulgaire remplaçant – imagine alors un plan des plus audacieux... Ensemble, ils embarquent pour une aventure magique, afin de retrouver ce qui a été perdu – et sauver le meilleur ami que Jack ait jamais eu.

Sans lien avec les œuvres précédentes de JK Rowling, les sept tomes de la saga Harry Potter et tous les livres en relation avec son univers, l'ouvrage est destiné aux enfants à partir de 8 ans mais pourrait émerveiller toute la famille. "The Christmas Pig" est le premier roman jeunesse de la créatrice de Harry Potter depuis "L'Ickabog", sorti gratuitement en feuilleton en ligne pendant le confinement (lire ici) avant sa publication. Le livre sera illustré de neuf doubles pages en noir et blanc et d’enluminures signées Jim Field ("La lettre de mon grand-père" de Michael Morpurgo, Gallimard Jeunesse; "Ourse et Lapin " de Julian Gough, Père Castor Flammarion). La couverture sera dévoilée dans quelques mois.




vendredi 9 avril 2021

La Foire du livre pour enfants de Bologne ne se tiendra qu'en digital cette année aussi

Et voilà, on s'y attendait un peu, vu le nombre de manifestations autour du livre annulées ces dernières semaines. La Foire du livre pour enfants de Bologne vient d'annoncer qu'elle renonçait à son édition 2021 en live. Une édition qui avait été repoussée d'avril à juin dans l'espoir de meilleures conditions sanitaires. Annulation du présentiel donc, comme l'an dernier.
"C'est avec grand regret que la BCBF annonce l'annulation de l'édition 2021 "live" de la Foire du livre, ainsi que du Marché des licences de Bologne et du tout nouveau BolognaBookPlus. Malheureusement, le report de l'événement à juin n'a été d'aucune utilité puisque la pandémie mondiale ne s'est pas améliorée autant que nous l'avions espéré."

"Nous sommes donc à nouveau obligés de remettre à plus tard les rencontres à Bologne avec nos exposants et la splendide communauté de professionnels qui affluent chaque année au salon. Mais nous continuerons de nous rencontrer en ligne!"
La Foire se tiendra donc pour la deuxième fois en ligne, aux dates annoncées, soit du 14 au 17 juin.




Baudelaire, de "Fleurs" en Polaroïd Flowers

Edition illustrée par Mathieu Trautmann. (c) Folio.


Le 9 avril 2021 pourrait être une date comme un autre. Ce n'est pas le cas. C'est celle du bicentenaire de la naissance de Charles Baudelaire (9 avril 1821). On avait oublié, pas pensé... On se rattrape en plongeant dans une luxueuse édition illustrée en tirage limité des "Fleurs du Mal". Face aux textes, les sublimes polaroïds de fleurs du photographe contemporain Mathieu Trautmann. Une formidable idée de l'éditrice de la collection "Folio Classique" Blanche Cerquiglini. Des arums bien entendu, fleur érotique par excellence, mais aussi des roses, des tulipes, des camélias, des jacinthes. Même des chrysanthèmes car le photographe dit avoir souvent ramassé ses fleurs dans les cimetières ... Toujours des vanités, pratique aujourd'hui oubliée, datant de la Renaissance, mettant en avant la décadence à laquelle l'homme est promis. Ces "Polaroïd Flowers" sont donc des fleurs déjà fanées, des fleurs abandonnées, des fleurs qui ont vécu mais encore tellement belles sous l'objectif de l'appareil Polaroïd 600 SE datant de 1978.

Les pages de garde. (c) Folio.

"Nous avons choisi de donner ces poèmes sans commentaires"
, explique Blanche Cerquiglini en introduction du recueil, "tels que les ont découverts les contemporains de Baudelaire, ces hommes et des femmes des années 1860. Nous souhaitons recréer le même choc - esthétique, intellectuel, visuel -, selon le principe de la confrontation ou de la correspondance, qui est celui du poète. Ce choc esthétique est renforcé par les natures mortes contemporaines de Mathieu Trautmann. Sorties de leur environnement naturel, détachées de leur contexte végétal, les fleurs sont transfigurées par le regard du photographe. Tantôt épanouies, tantôt fanées, inquiétantes toujours, c'est à peine si, parfois, on les reconnaît. L'alchimie a lieu sous nos yeux."


Les sublimes "Flowers Polaroïds" de Mathieu Trautmann,
mariées avec les "Fleurs du Mal" de Baudelaire. (c) Folio.

Le lecteur contemporain sera sans doute moins choqué par les textes que celui du temps de Baudelaire. Il n'en sera pas moins fasciné par ces poèmes qui disent l'amour et l'érotisme, le temps qui file, le corps qui se dégrade, la jeunesse qui s'enfuit, le monde qui s'échappe. La relation entre les textes et les images, à fond perdu, crée un choc esthétique et poétique inouï et renouvelle la perception qu'on pouvait avoir des "Fleurs du Mal"

"Les Fleurs du Mal", de Charles Baudelaire, illustrées par les polaroïds de Mathieu Trautmann (Gallimard, Folio, 272 pages dont 20 de photos).



jeudi 8 avril 2021

Le jubilatoire sergent-chef de Jean-Louis Sbille

#belgicothèque 2

Jean-Louis Sbille en pleine lecture.


Les romans en librairie ne vous tentent pas? Trop tristes, trop lourds, trop dramatiques, trop longs, trop légers, trop gnangnan, trop... Optez alors franchement  pour "Sergent-Chef Massamba", le dernier-né de Jean-Louis Sbille (Editions Lamiroy, 124 pages). Vous serez étonné, amusé, dépaysé, bousculé, bref comblé à tous points de vue, littéraire compris. Une intrigue complètement improbable, des rebondissements incroyables, une écriture déjantée et une maîtrise telle pour enchevêtrer tout ça qu'on ne lâche pas le bouquin une seule seconde. Au contraire! Ce sont des "oh, comme il ose" et des "ah, il nous emballe".

"Sergent-Chef Massamba", c'est un texte qui dépote et un écrivain qui cache bien son jeu. Quand Sbille nous fait rencontrer son narrateur, Alexandre, 40 ans, bon vivant, amateur de femmes, producteur de son état, homme pressé, un peu raté, et un vieillard africain qui a été tirailleur sénégalais pendant la guerre, n'a rien oublié de la sagesse prophétique de son pays, on ne sait pas où il va nous emmener. Du premier au dernier chapitre, son texte apparaît complètement imprévisible. Pas tant que ça sans doute car on y mord. Et pas qu'un peu. La rencontre des deux personnages principaux a lieu pas loin de l'aéroport. Le premier a crevé un pneu, le second arrive à pied, une petit valise à la main. Le premier ne sait réparer que les pneus de vélo, le second s'occupe de tout en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

Le temps du roman, Jean-Louis Sbille entretiendra ses lecteurs de quelques dizaines de digressions et d'incises. On rit beaucoup, on s'émeut un peu. Et on accompagne le duo dans une enquête familiale urgente qui va le mener chez le commandant Robert à Bruxelles d'abord jusqu'à une fermette en Alsace. Abandonnées, les galipettes avec Miss Kisskiss. Mais le narrateur a de quoi les remplacer avec des lettres vieilles d'un demi-siècle, des conversations sur mille sujets, des aveux et des secrets. Déjanté et jubilatoire, ce roman cache une approche originale de l'histoire récente et révèle une belle histoire d'amour. A lui seul, "Sergent-Chef Massamba" conjugue un road-movie, un polar, une satire de la société, une caricature de l'économie actuelle et glisse de multiples sujets de réflexion sur la vie, l'amour, l'amitié et la mort. OK OK Go, on y fonce.




mercredi 7 avril 2021

Blanc comme...

Blanc comme neige, évidemment. Quelques albums jeunesse qui abordent le thème. Début avril 2021, il est encore de saison.


Là où tout est blanc
Giulia Vetri
Les Grandes Personnes
44 pages dont 20 en papier calque
novembre 2020
à partir de 3 ans

Auteure-illustratrice italienne installée à Bruxelles depuis 2016 après des études artistiques à Urbino avec l'artiste américain Steven Guarnaccia et un passage à l'école Saint-Luc (Bruxelles), collaboratrice du collectif bruxellois "Cuistax", Giulia Vetri revient ici à un sujet qu'elle a déjà exploré, pour les adultes dans son livre "90° Sud" et de façon plus documentaire pour les enfants dans "Antarctique, Expéditions en terre inconnue" (La Martinière Jeunesse, 2018).

"J'habite là-bas, vers le blanc..." (c) Les Grandes Personnes.

Dans "Là où tout est blanc", une merveille d'album tant plastiquement que sur le plan de la conception, l'artiste crée un véritable jeu de cache-cache à la découverte des animaux du Pôle sud grâce aux pages en papier calque et aux découpes des pages - d'où la reliure spirale. Le jeu est d'autant plus subtil qu'il ne se repère pas tout de suite. Au départ, on voit surtout des formes de couleurs, blanc, bleu pâle, bleu foncé. Et comme le titre est en lettres blanches, en relief sur fond blanc... Tout cela crée une ambiance particulière, un rien mystérieuse, hautement addictive, propice à raconter la beauté de l'Antarctique. 

Jeux de forme et jeux de papier. (c) Les Grandes Personnes.

L'album nous emmène à la découverte du pétrel des neiges, des manchots ou encore de l'impressionnante orque et évoque la première expédition à avoir atteint le Pôle sud en 1911. Mais il le fait dans des pages d'une esthétique impressionnante, sobre et de toute beauté. Un voyage poétique pour rêver et se rappeler la nécessité de préserver cette terre immaculée, menacée par les activités humaines. 

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Vent d'hiver
Carl Norac
Gerda Dendooven
La joie de lire
96 pages, janvier 2020
à partir de 7 ans


L'épais livre illustré porte le sous-titre "Petites histoires pour réchauffer les jours froids". On ne peut mieux caractériser cet excellent album né du mariage des dessins de Gerda Dendooven et des textes poétiques en prose de Carl Norac, chacun ayant pu interagir sur le travail de l'autre afin que le livre soit en finale une création commune (comme l'expliquait le Salon de Montreuil 2020, voir ici). Les petites histoires annoncées se trouvent autant dans les images, parfois sur double page, que dans les textes illustrés. Particularité des illustrations: elle n'utilisent que le bleu du froid et le rouge de la chaleur du feu et bien sûr le blanc pour tout le reste. Un fameux défi, relevé haut la main, qui se prolonge dans les textes imprimés en bleu après une entame en rouge. 

"Des quatre saisons, l'hiver est celle qui raconte le plus d'histoires", lit-on. Et de fait! On sourit, on rêve, on imagine, on savoure, on s'amuse, en découvrant les amours contrariées de Madame Hiver et Monsieur Printemps, les histoires de bonshommes de neige et de vrais hommes tout seuls dans le froid, de bonnets et de sports d'hiver, de bords de mer et de nez gelé... La plume de Carl Norac virevolte comme une chute de flocons de neige aériens, les collages peints de Gerda Dendooven marient l'absurde et l'exagération, la douceur et les tremblés, les superpositions, les bizarreries et les envolées. Merveille de lecture que ce "Vent d'hiver" dont on espère qu'il sera suivi par les trois autres saisons.



Autrefois, Madame Hiver et Monsieur Printemps étaient mariés. (c) La joie de lire.

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L'imagier de l'hiver
Anne Bertier
MeMo
32 pages, novembre 2020
pour les tout-petits

Après "L'imagier de l'été" (MeMo, 2018), Anne Bertier explore l'hiver. Le froid à l'extérieur bien entendu avec les jeux dédiés, la chaleur de l'intérieur et ses activités spécifiques. En noir et blanc ou en bleu clair, blanc et rouge coquelicot, les papiers découpés dessinent des scènes complètes ou multiplient des vignettes, composant un original imagier où les enfants retrouveront avec plaisir leurs propres expériences de l'hiver, dehors ou dedans.


Les deux premières doubles pages. (c) MeMo.

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L'attente
Stéphanie Demasse-Pottier
Eunjin Oh
Editions des Eléphants
48 pages, octobre 2020
pour tous

Karl et Léa sont un couple d'ours. Ils sont pêcheurs. L'hiver, ils font des provisions. Mais cette année, Karl part seul car Léa attend leur premier enfant et doit se montrer prudente. Dans des images en aplats d'une grande douceur, on voit l'ourse attendre, penser au bébé, préparer son arrivée, la maison, les conserves. Léa se sent un peu seule dans ces préparatifs. De son côté, Karl est aussi en manque, de Léa, de l'attente commune du bébé à venir, des poèmes qu'il pourrait lui lire. Ils s'écrivent de belles lettres, partageant leurs solitudes. Les mois passent, Karl revient, son camion bien chargé. L'hiver touche à sa fin. "Cet hiver qui ne ressemblerait à aucun autre, celui où ils feraient connaissance de leur premier enfant."  Un album d'attente plein d'amour, de confiance et de douceur au texte plein de justesse et aux illustrations expressives.

Léa prépare l'arrivée de son bébé. (c) Editions des Eléphants.

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Vite, vite, vite, Ours nous invite!
Brian Lies
traduit et adapté de l'américain par Gaël Renan
Le Genévrier
40 pages, octobre 2020
dès 3/4 ans

"Chère Izzy, viens chez moi dès que possible!" La missive d'Ours inquiète la petite souris car Ours ne demande jamais rien. Malgré la neige qui tombe en abondance, elle décide de se mettre en route. Le chemin s'avère vite impraticable pour la toute petite voyageuse. Heureusement, elle croise en chemin différents amis animaux, de plus en plus grands qui, tous, lui viendront en aide. Tous les moyens de transport sont bons pour amener Izzy à sa destination. Sous forme de conte-randonnée, une plaisante histoire d'entraide et de célébration de l'amitié, pas toujours très bien dessinée mais fort bien pensée, éloquente et efficace jusqu'à la surprise finale.

Izzy la décidée. (c) Le Genévrier.








mardi 6 avril 2021

La bande dessinée belge contemporaine au CBBD

Les 27 artistes de l'expo "United Comics of Belgium". (c) CBBD


Prenez neuf figures de la bande dessinée belge, des deux côtés de la frontière linguistique. Nommez-les commissaires. Demandez à chacun des neuf de choisir deux invités "coup de cœur". Vous avez vingt-sept artistes dont les œuvres sont à voir au Centre Belge de la Bande Dessinée (CBBD) jusqu'au 26 septembre (infos et réservations ici). L'exposition "United comics of Belgium" croise très agréablement les hommes et les femmes, les jeunes et les aînés, la BD classique et la BD numérique, le dessin de presse et le récit graphique, la Flandre, Bruxelles et la Wallonie. Elle a été conçue avec l'AKA (Akademie des Auteurs de BD belge) et l'ABDIL (Auteur.trice.s de Bande Dessinée et de l'Illustration Réuni.e.s). Les cimaises labyrinthiques et quelques vitrines permettent tant un dialogue entre auteurs qu'entre œuvres. Particularité de cette expo: elle ne propose que des œuvres récentes, de 2019 ou 2020 même. On devine donc que le coronavirus y a sa place.

2020, année covid. (c) CBBD/Daniel Fouss.


Les 27 auteurs

Johan de Moor

Marec

Kim Duchateau

Séraphine

Jean-Claire Lacroix

Ephameron

Noémie Marsily

Mathilde Vangheluwe

Aurélie William Levaux

Marc Hardy

Hermann

Benoît Feroumont

Mobidic

Ptiluc

Léonie Bischoff

Exaheva

Chariospirale

Thijs Desmet

Judith Vanistendael  

Wide Vercnocke

Romain Renard

Jana Vasiljevic

Valentine Gallardo

Elodie Shanta

Olivier Grenson

José Parrondo

Max de Radiguès


United comics of Belgium, CBBD.(c) Daniel Fouss.

L'expo

United comics of Belgium, CBBD. (c) Daniel Fouss.
La visite commence par les dessins de presse de Johan de Moor, tableaux et films célèbres  détournés par le covid entre autres, ceux de Marec sur le même sujet et plus politiques sur Charlie et Léopold II. On passe à une BD de facture plus classique, puis à la BD numérique interactive de Exaheva. Souvent des crayonnés, des chemins de fer, des secrets de fabrication. Aux cimaises en face, des originaux, des croquis et des études de Léonie Bischoff tandis qu'une vitrine abrite les restes de ses crayons "magiques" multicolores utilisés pour son Anaïs Nin (lire ici). On arrive aux étonnantes couleurs à la fois vives et délavées d'Aurélie William Levaux, au travail classique d'Olivier Grenson, aux très belles planches d'Ephameron. On retrouve avec plaisir Jean-Claire (Lacroix) et les vieux potes que sont José Parrondo ("I am the Eggman") et Max de Radiguès ("Ketje"). Judith Vanistendael propose la touchante amitié entre un facteur et une baleine de bibliothèque, Romain Renard ses noirs, Jana Vasiljevic ses vues de Zomergen confinée, en grand format et tons francs. On découvre les céramiques de Thijs Desmet, les petits dessins de Noémie Marsily, les broderies d'Elodie Shanta. Une belle diversité, très belge finalement, réunie au même endroit. Un témoignage à chaud sur cette année 2020 qui ne nous avait pas prévenus des surprises qu'elle allait nous réserver. "United comics of Belgium" offre une diversité de styles qui titille l'œil et permet de belles découvertes, les aînés se révélant aux plus jeunes et vice-versa, l'illustration jeunesse croisant la bande dessinée, les langues d'origine se mélangeant allègrement au profit du trait et de la recherche graphique.

Quelques-unes des originaux exposés.

Aurélie William Levaux.
Elodie Shanta.
Ephameron.
Jean-Claire Lacroix.
Johan de Moor.
José Parrondo.
Judith Vanistendael.
Léonie Bischoff.
Marec.
Max de Radiguès.
Noémie Marsily.
Romain Renard.
















Et ici, le site de l'exposition "United comics of Belgium", fort complet et bien illustré où chacun des 27 artistes invités est présenté dans sa langue et invité à répondre aux trois questions suivantes:
  1. lorsqu'on parle de la Bande dessinée belge, qu'est-ce que cela évoque pour vous? 
  2. pourriez-vous décrire en quelques mots les œuvres qui seront exposées dans "United comics of Belgium"?
  3. quelle place accordez-vous au travail exposé dans votre parcours créatif?