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vendredi 13 janvier 2023

Rétro 2022 en bourri, bourra, bourrasque

L'île de Hekla et Laki. (c) Albin Michel Jeunesse.

Quel joli mot que celui de "bourrasque"! Il claque bien. Tellement mieux que son synonyme "coup de vent violent". Est-il difficile pour les enfants? Peut-être. Mais les enfants aiment apprendre des mots difficiles. Surtout quand ils claquent bien. Hasard des sorties, "bourrasque" apparaît dans trois albums pour les enfants à partir de 5-6 ans, sans limité d'âge, de toute grande qualité. Pour l'un, c'est facile, il est dans le titre. Pour les deux autres, on le trouve dans le texte.

En début d'histoire


Pépite d'or au dernier salon de Montreuil (lire ici), "Hekla et Laki" de la Belge Marine Schneider (Albin Michel Jeunesse, 64 pages) a illuminé la fin de l'année 2022. Par ses peintures aux couleurs magnifiques, renforcées par l'emploi d'un orange fluo pour le mini personnage de Hekla, posées sur des pages en grand format, par son propos de transmission entre un Laki géant, sage et âgé, qui accepte que sa solitude soit bousculée par un minuscule Hekla qui a tout à apprendre, par son évocation poétique de deux volcans islandais.

"Depuis ce jour, Laki s'attendait à ce que la prochaine bourrasque de vent emporte Hekla."  Ni insecte, ni oiseau, Hekla était arrivé un jour chez Laki, en virevoltant comme la samare d'un érable sycomore - plaisir de découvrir des mots choisis. Une allure tempétueuse qui sera désormais celle du vieux solitaire. Si sa vie est à présent sens dessus dessous, il apprend à faire de la place à son visiteur. Et oublie sa vie d'avant.

Protection. (c) Albin Michel Jeunesse.

Les années et les apprentissages passent. Hekla ne grandit guère et Laki se sent de plus en plus vieillir. Il éduque, veille et alerte: "Pas le lac, Hekla." Ni l'hiver quand il est gelé, ni au printemps quand il redevient une étendue d'eau. Hekla respecte la consigne jusqu'au jour où, non, il ne tient plus et rapporte ses découvertes à Laki. Rassuré par les ressources du petit, le géant peut mourir.

Emancipation. (c) Albin Michel Jeunesse.

Dans la deuxième partie de l'album, on va voir Hekla explorer son île, découvrir la parole, éprouver la peur, s'en affranchir grâce à ce que Laki lui a enseigné, s'ouvrir au monde et aux autres. Porté par des illustrations de toute beauté, libres, imaginatives, totalement en harmonie avec les émotions du jeune héros, et un texte précis, juste, allégorique, "Hekla et Laki" raconte merveilleusement un enfant qui grandit sereinement, rassuré par son géant et protégé par ce que Laki lui a transmis. Invité du coup à vivre sa propre vie. 

Ouverture au monde. (c) Albin Michel Jeunesse.

A signaler aussi, mais pour les tout-petits, le délicieux album cartonné "Maman tambour" de Pauline Delabroy-Allard, illustré par Marine Schneider (Editions Thierry Magnier, 24 pages). Dans les doubles pages qui sont autant de paysages, un bébé explore le corps de sa maman. Les pieds, les genoux, les cuisses, les seins... Des lieux connus qui sont évoqués en mots inventifs et poétiques, d'une infinie tendresse, et en images fantaisistes aux teintes douces. 



Tout à la fin


Comment parler du nouvel album du français Blexbolex (lire ici), "Les magiciens" (La Partie, 210 pages)? Un bon format époustouflant, qui affiche 1.130 grammes sous sa couverture souple et ses quasi 200 illustrations soulignées de quatre lignes de texte apparaissant sur de fines pages doubles (non découpées sur la tranche) en couleur crème, selon une technique de reliure aussi rare qu'appropriée et réjouissante. Les images sont des pochoirs retravaillés à l'ordinateur. L'histoire menée tambour battant. Le tout est prodigieux.

Les magiciens du titre sont au nombre de trois. On les rencontre dans une maison au toit rouge qui semble abandonnée. Pas tout à fait. Une théière en libère un premier qui a l'apparence d'un éléphant. D'une gravure au mur en surgit un deuxième, sous forme d'oiseau. Tout cela réveille la troisième comparse, une magicienne. Tout de suite, le trio est poursuivi par un impressionnant mâchefer et une redoutable chasseresse. Une traque infernale commence.

Les trois magiciens sont traqués. (c) La Partie.

Lors des diverses péripéties, narrées en brefs chapitres, on va découvrir que les trois magiciens ont des caractères bien trempés et sont résolus à ne pas se laisser attraper par celle qui chevauche un lion mécanique. Le lecteur parcourt du chemin, en ville ou à la montagne. Il parcourt le temps jusqu'à une cité futuriste. Il rencontre diverses personnes, des bonnes et des moins bonnes. Il se découvre, comme les héros, dans ce conte d'aujourd'hui, ouvert par la formule "Il est une fois, encore..." Son chemin initiatique le fait côtoyer métamorphoses, émotions et sentiments, dans des images d'une beauté époustouflante et à l'incroyable foisonnement. 

La chasseresse et le mâchefer les assaillent. (c) La Partie.

Récit d'aventures palpitant aux nombreuses références littéraires et graphiques, "Les magiciens" joue de différents registres comme la peur ou l'humour, l'imaginaire ou la magie. Sans jamais perdre ses lecteurs car Blexbolex les connaît et sait comment les réjouir et les enchanter jusqu'à la magistrale finale ouverte. 
Quant à la bourrasque, elle est bien présente, mais aux trois quarts de l'album (page 147):  "Alors une bourrasque de vent balaie la place déserte avec rage, soulevant un torrent de poussière et de boue."

Un texte qui fait la place belle à l'humour. (c) La Partie.


Le mot le plus visible


Prix Nobel de littérature 2012, l'écrivain chinois Mo Yan s'adresse magnifiquement aux enfants à partir de 6-7 ans dans l'album "La bourrasque", magistralement illustré par Zhu Chengliang (traduit et adapté du chinois par Chun-Liang Yeh, éditions HongFei, 44 pages). Dans ce format à l'italienne, il raconte un épisode de sa propre enfance et s'en explique.
"Chers amis lecteurs, 
je suis heureux que mon récit "La Bourrasque" puisse désormais vous être présenté, en France. Je l'ai écrit il y a trente-huit ans en me rappelant une expérience réellement vécue. Ce texte, inspiré par de beaux souvenirs de la nature, est également imprégné du regard attendri que je porte sur le temps de l'enfance. 
Mon grand-père et moi-même avons eu à affronter un petit ouragan qui nous a entièrement dépouillés, n'abandonnant qu'un unique brin d'herbe sur notre charrette. Cependant, le goût que nous a laissé cette épreuve ne fut ni celui de la défaite ni celui de la peur. On peut dire que nous avons mené bataille dans ce duel improvisé avec ce grand vent; mon grand-père n'a pas plié, lui tenant tête, et moi en m'agrippant fermement à l'herbe du talus je ne me suis pas laissé emporter. De ce point de vue, nous sommes sortis victorieux de ce face-à-face. 
Je commence à avoir des lecteurs en France grâce à mes livres traduits en français. Parmi ceux qui liront "La Bourrasque", beaucoup seront des enfants. Cela confère à cette publication un caractère tout particulier pour moi. Je souhaite à mes petits lecteurs le courage de faire face à l'adversité. Le vent passera, et nous serons toujours debout." 
Le 6 mai 2022, Mo Yan
Sur le chemin du retour. (c) Editions HongFei.

De facture classique, les magnifiques peintures se centrent sur l'humain, sur les deux humains, le narrateur de sept ans et son grand-père en route pour faucher l'herbe d'une prairie sauvage, dans l'immensité de la nature. La luxuriance du vert aux abords de la maison refuge glisse vers une brume grise du début de l'excursion, vite dissipée par un soleil radieux. Une lumière splendide mais silencieuse qui inspire à l'aïeul une chanson plutôt guerrière. Arrivé à son but, le duo entreprend le fauchage de l'herbe, déjeune, fait la sieste.

Mais le temps a tourné. Un gris menaçant a envahi le ciel. Les deux fermiers doivent charger la charrette et se dépêcher de rentrer. Arriveront-ils à temps? Les éléments vont se déchaîner, terrorisant l'enfant. Ce vent! Jusqu'à la rupture de la corde de la charrette, représentée dans une image tout en hauteur, à découvrir en tournant l'album de 90°. Le vent! Affreux. Qui emporte tout, choses comme humains. Une bourrasque qui a disséminé la fenaison mais a permis au grand-père et à son petit-fils de lutter ensemble contre l'adversité. Un magnifique récit de résistance, de courage et de complicité, remarquablement illustré par l'auteur de l'album "Flamme" (lire ici).

La bourrasque emporte tout. (c) Editions HongFei.





jeudi 26 septembre 2019

En autruche, en licorne, en escargot, en chat, en soucoupe volante, tous à Moulins

(c) Gilles Bachelet.



Sur Facebook, Gilles Bachelet écrit il y a quelques jours en légende de ce dessin: "L'auteur, dans son écurie-garage, s'interroge sur le moyen de transport le plus approprié pour se rendre à la 5e Biennale des Illustrateurs de Moulins..."

Il ne sera pas le seul à rallier l'Auvergne ces prochains jours pour des expositions et des rencontres, professionnelles et informelles, rivalisant d'intelligence et de légèreté, alliant qualité, passion et générosité. Vraiment, la littérature de jeunesse a de la chance que l'association des Malcoiffés qui organise la biennale existe. Et ceux et celles qui apprécient la littérature de jeunesse de qualité encore plus.

L'affiche 2019 est une fois de plus régalante. Beaucoup d'artistes et des meilleurs. D'hier, d'aujourd'hui et de demain. Les reconnaissez-vous par certains de leurs livres? Voici un titre par invité. Regardez bien.


Vous avez raison, il en manque car ils sont en réalité douze artistes à se rendre à Moulins à la fin de cette semaine (voir ici des images de leur travail). Par ordre alphabétique,



  • Gilles Bachelet (exposition du 26 septembre au 6 octobre à la Salle des fêtes)
  • Blexbolex, alias Bernard Granger (exposition du 26 septembre au 6 octobre aux Imprimeries Réunies)
  • Anne Brouillard (exposition du 21 septembre au 6 octobre à l'Hôtel du Département)
  • Joanna Concejo (exposition du 21 septembre au 6 octobre à la librairie Devaux)
  • Laurent Corvaisier (exposition du 21 septembre au 6 octobre à la chapelle de la Visitation)
  • Fanette Mellier (création originale et éphémère du 15 septembre au 31 décembre 2019 sur les douze panneaux du Cours Jean Jaurès)
  • Nikolaus Heidelbach (exposition du 26 septembre au 6 octobre à l'Hôtel de Ville)
  • Katy Couprie & Antonin Louchard (exposition du 21 septembre au 5 janvier 2020 au Musée de l'Illustration Jeunesse)
  • Junko Nakamura (exposition du 26 septembre au 5 janvier 2020 à la Médiathèque)
  • Adrien Parlange (exposition du 21 septembre au 6 octobre à la Galerie des Bourbons)
  • Roland Topor (exposition du 21 septembre au 5 janvier 2020 au Musée de l’Illustration Jeunesse)



Mais la Biennale (du 26 septembre au 6 octobre), ce sont aussi les rencontres professionnelles du vendredi 27 et du samedi 28 (programme ici) auxquelles j'aurai le plaisir de participer. Plein d'événements et de lectures, des performances et des séances de signatures (lire ici).

Finalement, Gilles Bachelet a choisi son moyen de transport: Poufy!

(c) Gilles Bachelet.


Pour rappel

Programme 2017
Serge Bloch, Anthony Browne, Carll Cneut, Jérémie Fischer, Pauline Kalioujny, Malika Doray, Philippe UG et Tomi Ungerer (lire ici)

Programme 2015
Claude Ponti, Marion Fayolle, Susanne Janssen, Nicole Claveloux, Mélanie Rutten, Ingrid Godon et Claire Dé (lire ici)

Programme 2013
Sara, Lorenzo Mattotti, Květa Pacovskà, Lionel Koechlin, Albertine, Roberto Innocenti, Emmanuelle Houdart, Christian Lacroix, Elzbieta, François Roca, Joëlle Jolivet et une expo d'André François (lire ici)

Programme 2011
Frédéric Clément, Benoît Jacques, Natali Fortier, Loren Capelli, Kitty Crowther, Henri Galeron, Les Chats Pelés et Georges Lemoine.



mercredi 9 mai 2018

Lauriers new-yorkais pour 4 albums français


Qu'ont en commun Aurélien Débat, Blexbolex, Marion Duval et Dominique Ehrhard? Ils figurent tous les quatre parmi les lauréats de "Talking Pictures", récompensant les meilleurs livres illustrés (deux prix et deux mentions). Ils seront proclamés à la fin du mois à New York dans le cadre de la toute nouvelle New York Rights Fair. Une reconnaissance de plus pour deux excellentes maisons d'édition de littérature de jeunesse françaises, Les Grandes Personnes et Albin Michel Jeunesse. Pour leurs éditrices, Brigitte Morel et Béatrice Vincent. Et pour leurs auteur(e)s.

La création de la New York Rights Fair, en partenariat avec "Publishers Weekly" et "The Combined Book Exhibit", est une émanation de la dernière Foire de Bologne (lire ici).Dès cette année, la NYRF devient la "Foire officielle des droits" de BookExpo, la foire américaine du livre organisée par Reed Exhibition.

Sa première édition va se tenir les jeudi 30 et vendredi 31 mai 2018, en collaboration avec la Parsons School of Design et l'association culturelle italienne Hamelin.

Au programme: deux jours de conférences et de rencontres, précédés le mardi 29 mai d'un symposium gratuit intitulé "Talking Pictures: The Visual Book Now" qui se tiendra à la Parsons School of Design. Il sera aussi l'occasion de s'intéresser aux "best visual books" de l'année, ceux qui mettent en valeur l'ingéniosité graphique et la créativité des livres illustrés,  dans les cinq catégories définies, art & photographie, livres de cuisine, albums jeunesse, bande dessinée & romans graphiques, architecture & design.

Belle consécration, on trouve trois albums jeunesse français dans la catégorie qui nous intéresse, celle des "Children's Picture Books". Et un en "Architecture & Graphic Design".

En "Top honorees for 2017" apparaissent

"Cabanes" d'Aurélien Débat (Les Grandes Personnes, 24 grandes pages et deux planches de stickers), déjà lauréat de la catégorie Art, architecture et design à la foire de Bologne 2018 (lire ici et ici)






et "Nos Vacances" de Blexbolex (Albin Michel Jeunesse, collection "Trapèze", 128 pages), Pépite d'or au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (lire ici)









et en "Honorable mentions for 2017"

"Toi-même" de Marion Duval (Albin Michel Jeunesse, collection "Trapèze", 48 pages), l'histoire de deux jumelles et de leur lien télépathique.






tandis que "5 Maisons" de Dominique Ehrhard (Les Grandes Personnes) reçoit la mention en catégorie "Architecture & Graphic Design".







mardi 5 décembre 2017

Le Salon de Montreuil 2017, c'est fini. Bilan et textes glanés dans l'expo "Face à face"

L'affiche 2017.

Le 33e Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis qui avait pour thème "Les représentations de l'enfance dans la littérature jeunesses" s'est achevé hier, lundi 4 décembre, sur un bilan satisfaisant. La fréquentation de 175.000 visiteurs pour les six jours est identique à celle de l'an dernier. La gratuité d'accès a permis la présence de nombreux ados. La programmation ouverte aux artistes étrangers, dont Isol, a été appréciée. Les éditeurs semblent satisfaits de leurs ventes et ont goûté les longues queues pour certains de leurs auteurs en dédicace, dont les lauréats des Pépites 2017 (lire ici).


Voilà pour les étages. Au sous-sol se tenait la grande exposition "Face à face",  qui a permis d'admirer les œuvres de treize illustrateurs européens, des confirmés comme Beatrice Alemagna, Blexbolex et Benjamin Chaud, de nouveaux talents comme Delphine Bournay, Mara Cerri, Audrey Calleja ou Carmen Segovia, de jouer avec les miroirs, de tester l'atelier interactif de  Gwen Le Gac ou la réalité virtuelle de l'album "Nos vacances", de Blexbolex, Pépite d'or.

Audrey Calleja.
Beatrice Alemagna.



Carmen Segovia.
Blexbolex.

Gwen Le Gac.
Annabelle Buxton.












Benjamin Chaud.

Une belle scénographie en labyrinthe, difficile à reproduire ici. Mais les différents artistes avaient signé pour "Face à face" de petits textes sur "Dessiner l'enfant, dessiner l'enfance". En voici quelques-uns.












Leurs derniers nouveaux titres parus



Annabelle Buxton
"Tom & Tow"
Albin Michel Jeunesse

Audrey Calleja
"L'alphabet magique"
Avec une loupe pour découvrir les mots cachés
Nathan

Beatrice Alemagna
"Un grand jour de rien"
Albin Michel Jeunesse
lire ici

Benjamin Chaud
"Les petits Marsus"
Little Urban
lire ici

Blexbolex
"Nos vacances"
Albin Michel Jeunesse
lire ici



Gwen Le Gac
Christophe Honoré
"Un enfant de pauvres"
Actes Sud

Mara Cerri
Elena Ferrante
"La plage dans la nuit"
traduit de l'italien par Elsa Damien
Gallimard Jeunesse







Quant à la 34e édition, elle se tiendra du 28 novembre au 3 décembre 2018.

mercredi 29 novembre 2017

La Pépite d'or à "Nos vacances" de Blexbolex

Blexbolex remporte la Pépite d'Or 2017. (c) Albin Michel Jeunesse.

Fin du suspense à propos des Pépites 2017. Elles viennent d'être décernées ce mercredi 29 novembre en ouverture de la cérémonie d'ouverture du Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Il restait vingt titres en lice, pour les quatre catégories définies cette année, les Pépites BD, Livre illustré et Roman étant attribuées par des jurys de jeunes lecteurs France-Télévisions (8-12 ans) et la Pépite d’Or étant  décernée par un jury de journalistes. Quels vingt titres encore, me direz-vous? Ben oui, la liste avait été établie il y a plus d'un mois. On peut la retrouver ici.

Palmarès 2017

Pépite d'or

"Nos vacances"
Blexbolex
Albin Michel Jeunesse
collection "Trapèze"
128 pages
en librairie le 1er décembre

Pépite Roman

"Des poings dans le ventre"
Benjamin Desmares
Rouergue
collection DoAdo noir
77 pages
sorti en janvier 2017





Pépite BD

"Momo" t.1
Jonathan Garnier
Rony Hotin
Casterman
92 pages





Pépite Livre illustré

"Colorama"
Cruschiform
Gallimard jeunesse Giboulées
280 pages








En détail

Dans "Nos vacances", épais livre sans texte, Blexbolex (lire ici) raconte uniquement par l'image les vacances de l'enfance. Quand on joue, quand on rêve, quand on est content, quand on est mécontent. Quand on est fâché même. Un livre inventif et drôle dont le "nos" du titre ouvre mille perspectives.

La trame est simple. Une petite fille passe des vacances chez son grand-père quand débarque un invité bizarre, un éléphanteau équipé d'un sac de golf! Elle boude, râle, fait la vie dure à l'invité. Elle n'a pas du tout envie de partager son grand-père. Les deux enfants se chamaillent autant qu'ils peuvent. Un soir, le vieil homme les conduit à la fête du village. La petite fille endormie devant un grand feu entame un "voyage céleste" et rencontre un bel enfant. Le lendemain, l'invité à quatre pattes repart avec son dresseur. La petite fille épie le train depuis un arbre. A une fenêtre, le petit éléphant lui fait signe. Et il n'est pas seul...

Le nouvel invité arrive. (c) Albin Michel Jeunesse.

Voilà un album aux magnifiques illustrations sur doubles pages, très construites mais limpides et loquaces, qui invite son lecteur à s'inventer et se raconter l'histoire. Pour cela, il devra regarder les images de près. Quel bonheur d'y voir s'y dessiner cette aventure peu commune. Quelle joie de repérer ici un détail de la complicité entre la petite fille et son aïeul, là une réplique de l'éléphanteau, là encore un comportement inhabituel chez les gens de l'âge du grand-père. L'histoire avance en créant en parallèle cent saynètes délicieuses, jusqu'à ce détour par le rêve.

Grand-Père ne ménage pas sa peine. (c) Albin Michel Jeunesse.

Un merveilleux album, porté par l'immense talent de Blexbolex, à regarder à l'infini et qui convoquera sûrement des souvenirs personnels de ceux qui le parcourent. A partir de 6 ans.



"Des poings dans le ventre" est un très bref roman avec lequel Benjamin Desmares a marqué la rentrée de janvier. Ecrit à la deuxième personne du singulier, il parle de façon magistrale de la violence à l'école, celle qui cache la fragilité. Un texte implacable.
Cette pépite confirme l'excellence de la collection DoAdo ou son pendant DoAdo noir.

Le début du roman peut être lu ici.




"Momo" est la première bande dessinée de l'illustrateur Rony Hotin, pas la première du scénariste Jonathan Garnier.
Il y est aussi question du parfum de l'enfance. Le temps des copains, des découvertes, des petites bêtises, des grands bonheurs et des gros chagrins. Le temps aussi d'un émerveillement constant que contrarient parfois les réalités du monde adulte.






Dans "Colorama", Cruschiform, pseudonyme d'une jeune illustratrice, propose son imagier personnel des nuances de couleurs. Si la couverture est un peu sévère, l'intérieur est beaucoup plus chaleureux. L'artiste a choisi 133 nuances qu'elle détaille par gammes chromatiques en autant de doubles pages. A droite, un aplat du ton, à gauche, une qualification de la couleur, une explication et un dessin en rapport. C'est souvent sérieux, parfois fantaisiste, toujours intéressant et extrêmement attrayant.

Si on passe les pages de droite à l'épreuve du flipbook, on y voit un défilé de couleurs passant de ton en ton. Quand on détaille les pages, on admire l'imagination de l'auteure et l'étendue de son nuancier qu'elle propose ici en rapportant des tas d'informations qu'elle partage d'un beau brin de plume et en d'attrayants dessins.

On peut feuilleter le début de l'album ici.




Trois de la vingtaine de tons de vert présentés dans "Colorama". (c) Gallimard.