Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Noir sur Blanc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Noir sur Blanc. Afficher tous les articles

mercredi 5 novembre 2025

Le prix Médicis à Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère. (c) Hélène Bamberger/P.O.L.

On pouvait s'en douter après son échec au prix Goncourt hier (lire ici). Emmanuel Carrère a reçu ce mercredi 5 novembre le prix Médicis pour "Kolkhoze" (P.O.L., 560 pages, 538 grammes), l'autre poids lourd de la rentrée littéraire. Un prix de consolation? Il été choisi au premier tour de scrutin, par cinq voix contre deux à Laura Vazquez ("Les Forces", éditions du Sous-Sol), déjà lauréate du prix Décembre (lire ici) et une pour Kevin Orr ("Laure", Seuil). Les autres finalistes étaient Laurent Mauvignier ("La Maison vide", Minuit), Goncourt 2025 (lire ici), Marie Richeux ("Officier radio", Sabine Wespieser), Anne Serre ("Vertu et Rosalinde", Mercure de France) et Julia Sintzen ("Sporen" Corti).

Avec "Kolkhoze", Emmanuel Carrère signe un livre hommage à sa mère Hélène Carrère d'Encausse, décédée le 5 août 2023 et brasse l'Histoire sur quatre générations.
 
Présentation de l'éditeur: "Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, un jeune bourgeois bordelais rencontre une jeune fille pauvre, apatride, fille d'une aristocrate germano-russe ruinée et d'un Géorgien bipolaire, disparu et certainement fusillé à la Libération. Il devine, en l'épousant, qu'il s'engage dans tout autre chose que l'union paisible avec la jeune bourgeoise bordelaise à laquelle il était promis. Mais il n'imagine pas à quel point, ni quel destin romanesque et quelle somme d'épreuves l'attendent au cours des soixante-et-onze ans de son mariage avec Hélène Zourabichvili, qui deviendra sous son nom à lui, Carrère d'Encausse, spécialiste internationalement reconnue de la Russie (mais aussi de l'épizootie du mouton en Ouzbékistan), familière du Kremlin et de ses maîtres successifs, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, ni qu'avant de mourir lui-même - "147 jours après elle et, à mon avis, de chagrin", écrit Emmanuel Carrère - il assistera, dans la cour des Invalides, à ses funérailles nationales.

"Kolkhoze" est le roman vrai d'une famille sur quatre générations, qui couvre plus d'un siècle d'histoire, russe et française, jusqu'à la guerre en Ukraine. Emmanuel Carrère s'en empare personnellement, avec un art consommé de la narration qui parvient à faire de leur histoire notre histoire. Tout en plongeant dans les archives de son père, passionné par la généalogie familiale. On traverse la révolution bolchévique, l'exil en Europe des Russes blancs, deux guerres mondiales, l'effondrement du bloc soviétique, la Russie impériale de Poutine et ses guerres, tout en pénétrant dans une saga familiale à la fois follement romanesque, tragique, aux destins prestigieux ou plus modestes, parfois sombres et tourmentés. Ce grand récit familial et historique, qui mêle souvenirs poignants, rebondissements, secrets de famille, anecdotes inattendues et géopolitique, est aussi un texte intime sur la vie et la mort des siens, et sur l'amour filial. Jusqu'à cet aveu: "Vient un moment, toujours, où on ne sait plus qui on a devant soi – et je ne le sais pas moi-même. Ou plutôt si, je le sais, je le sais très bien: je suis le visage de ma mère qui se détourne sans appel, je suis la détresse sans fond de mon père.""
 
C'est la Britannique Nina Allan qui reçoit le prix Médicis étranger pour "Les Bons Voisins" (traduit de l'anglais (UK) par Bernard Sigaud, Tristram). Un roman noir d'investigation où l'on suit l'enquête menée par Shirley pour éclairer, dans l'île de Bute, l'assassinat, vingt ans auparavant de son amie Susan Craigie et de sa famille.
 
 
Un prix spécial du jury  a été attribué au Hongrois Péter Nádas pour "Ce qui luit dans les ténèbres, Souvenirs de la vie d’un narrateur" (traduit du hongrois par Sophie Aude, Noir sur Blanc, 1178 pages, 1.245 grammes). Un livre autobiographique.


Quant au prix Médicis essai, il va à Fabrice Gabriel pour "Au cinéma Central" (Mercure de France, 160 pages). 
Présentation par l'auteur: "Le centre du monde s'appelle le Central: c'est à cette place que je m'installe, une place en corbeille, au deuxième rang derrière la petite rambarde de fer forgé marquant la frontière avec le parquet, dans cette salle aujourd'hui disparue. J'y ai vécu, et continue peut-être d'y vivre, l'imagination n'en étant pas morte, les moments les plus heureux de mon enfance, de mon adolescence aussi."



Jury: Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieusecq, Dominique Fernandez, Anne Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine, Pascale Roze et Alain Veinstein.

vendredi 24 décembre 2021

Frédéric Pajak, merveilleux passeur

LU & approuvé

L'attachement mélancolique à l'enfance de Frédéric Pajak.
(c) Noir sur Blanc.

Comment présenter Frédéric Pajak? Voyageur, écrivain, dessinateur, éditeur, commissaire d'exposition, réalisateur? Insuffisant. Frédéric Pajak est ce gars dont la culture, historique, littéraire, philosophique, est aussi immense que son incroyable don pour la partager sans compter. Et sans nous assommer. Il a le talent  fou d'emporter ses lecteurs à sa suite, croisant les disciplines où il excelle, à l'occasion d'épais récits écrits et dessinés.

L'auteur du "Manifeste incertain" (lire ici) nous entraîne cette fois avec l'épais volume illustré titré selon Rimbaud  "J'irai sur les sentiers" (Noir sur Blanc, 296 pages) à la rencontre de trois poètes, Isidore Ducasse, mieux connu sous le nom de comte de Lautréamont, Arthur Rimbaud et Germain Nouveau. Trois figures du genre poétique qui vécurent à Paris à la fin du XIXe siècle. Trois poètes précoces qui furent à leur meilleur à leurs dix-sept ans. Dix-sept ans, c'est également l'âge qu'avait Frédéric Pajak quand il découvrit la poésie et en fut renversé. Envoûté à vie.

L'auteur a eu l'excellente idée pour ce nouveau livre, conçu comme ses précédents en textes et en dessins jouant tellement bien sur le noir, de se pencher sur cette partie de sa vie, quasiment cinquante ans après, et de placer ses souvenirs personnels en ouverture et en fermeture de ce carnet magnifique relatant évidemment principalement les destins des trois jeunes poètes. Une merveille que ces biographies documentées et virevoltantes, riches de mille faits, illuminées de réflexions et de croisements judicieux, abondamment illustrées. Le noir et le format unique créent un épatant tempo. La patte Pajak.

Fin connaisseur de ses sujets, il est aussi un conteur chevronné qui sait tenir ses lecteurs en haleine, les combler de son savoir et à qui il dépose son vivifiant rapport texte-images. Qui imaginerait trouver tout un bestiaire, pélicans, rhinocéros, renard, etc., dans un traité de poésie? Des animaux qui ont autant leur place que les portraits des trois poètes et de leurs familles ou les lieux où ils ont vécu/sont passés ou les scènes croquées sur l'instant. Sans oublier les dessins liés aux dix-sept ans de l'auteur. 

Parfois nostalgique, "J'irai sur les sentiers" est un livre qui nous entraîne surtout dans le formidable appétit de vivre, même à la folie, de ses protagonistes, donnés ici dans toute leur vérité et qui ont fait écho chez Frédéric Pajak grand ado.





Une belle diversité de dessins magnifiques.
(c) Noir sur Blanc.





mercredi 3 février 2021

Clara de 2006 à 2018

Gaëlle Josse. (c) Louise Oligny.

A 35 ans, Clara a tout pour elle. Un boulot bien rémunéré dans une société de crédit, qui lui plaît et où elle est appréciée pour ses compétences et sa personnalité. Un amoureux attentif. Des amis et des amies, parfois de longue  date. Des parents avec lesquels elle s'entend, un frère qui se soucie d'elle. Un appartement où elle se sent bien. Des activités sociales, d'autres culturelles, du sport.  A 35 ans, Clara croque la vie à pleines dents. Et pourtant, "Ce matin-là", titre du nouveau roman de Gaëlle Josse, d'une douceur lumineuse, ce matin d'octobre, Clara craque. Bêtement. A cause de sa voiture qui ne veut pas démarrer.

Ce qui devrait n'être qu'un incident minime va se transformer en tsunami et emporter Clara dans un profond burn-out. La jeune femme ne veut plus, ne peut plus. Elle glisse. Elle tombe. La romancière chemine à ses côtés avec précaution, sans jamais la juger, en consignant en petites phrases courtes cette descente en solo. Personne ne peut aider Clara en ces instants, ni Thomas, l'amoureux, ni les amis, ni la famille, ni les collègues.

Un entourage plein de bonnes intentions mais qui ne comprend pas ce qui se passe chez Clara. Le comprend-elle elle-même? Insomnies, pertes de repères, interrogations sans réponse. Quel est ce profond malaise qui tout d'un coup a renversé Clara? A-t-elle un secret enfoui?
"Il [Thomas] tente, puis il se lasse. Il découvre un continent inconnu, des recoins, des angles morts, des grottes, des effondrements, et il ne veut pas entrer là."
Gaëlle Josse montre avec précision ce qu'est un burn-out. Cette espèce de ouate asphyxiante  qui vous tombe dessus, vous étouffe, vous mange jusqu'à ce que, un jour, les forces s'inversent et que vous repreniez le contrôle de votre existence.
"C'est un maillage invisible d'ondes et de réseaux qui l'enserre chaque jour un peu plus, comme cette torture qui consiste à ligoter la victime d'une manière telle qu'à chaque effort pour se libérer, elle resserre un peu les liens, jusqu'à l'étranglement final."
Ce que Clara fera, quand elle en sera capable, quand elle se souviendra de ce qui s'est passé douze ans plus tôt, ce qu'elle a mis de côté parce qu'elle pensait que c'était ce qu'elle devait faire alors. Ce que Clara fera quand, grâce à son amie Cécile, elle reprendra pied dans sa vie, se relèvera et pourra envisager son avenir.
"Retrouver sa vie. Oui, mais pas celle-ci, une autre, une neuve, régénérée, une nouvelle, une qui sortirait d'une chrysalide, dans une mue éclatante."
Avec une douceur lumineuse, la romancière consigne cette existence qui s'effrite et dont les pièces vont ensuite se réassembler autrement. Aucun pathos mais une bienveillance qui autorise la chute, la reconnaît et accompagne le tournant pris. En cinq mouvements et un avant-propos, elle accompagne Clara. "Ce matin-là" est celui où la petite goutte d'eau qui glissait peu à peu dans la fissure de la pierre a fait éclater celle-ci. Roman sensible, le huitième, en phrases courtes, précises et justes, qui sonnent agréablement à l'oreille, qu'on lit et quitte, remué par ce destin qui pourrait être celui de chacun. Gaëlle Josse est arrivée au roman par la poésie, et ceci explique peut-être le choix merveilleux de ses mots.





jeudi 17 décembre 2020

Frédéric Pajak clôt son "Manifeste incertain"

New York. (c) Noir sur Blanc.

En huit ans, Frédérik Pajak a publié les neuf épisodes de son sensationnel "Manifeste incertain" qui s'achève avec "Manifeste incertain 9. Avec Pessoa. L'Horizon des événements. Souvenirs. Fin du Manifeste" (Noir sur Blanc, 352 pages). "Fin de l'histoire", en dit-il, à la fois dessinateur et écrivain. Mais quelle histoire! Un paysage de l'incertitude inouï où il nous a fait découvrir des écrivains, des peintres, des penseurs, leurs destins, leurs cheminements et aussi le sien, assorti de sa pensée bouillonnante - y compris sur les gilets jaunes et le coronavirus. Des êtres dont les destins ont été incertains, notamment parce qu'ils n'ont été reconnus qu'après leur mort. Des "ratés magnifiques", en dit-il.

Frédéric Pajak. (c) Louise Oligny.
Travailleur acharné, en guerre perpétuelle contre la bêtise, même s'il dit aussi rêver et "fermenter", Frédéric Pajak achève ici un cycle d'une valeur inestimable pour nous, lecteurs. Neuf épais volumes de format moyen, en noir et blanc sur un beau papier crème. Neuf exigeantes expéditions en littérature, neuf voyages labyrinthiques dont il est le guide lumineux, neuf escapades peu communes à la rencontre de ces destins croisés avec le sien, neuf randonnées superbement illustrées de son trait vigoureux et expressif. Une œuvre unique et magistrale.

Fernando Pessoa. (c) Noir sur Blanc.

Entamé par une réflexion sur l'actualité récente, un hommage à ses chats, la défense des animaux maltraités, l'évocation de la poésie et de ses voyages, "Manifeste incertain 9" rappelle tout de suite qui est Pajak: "La plupart de ceux qui épousent une cause, au mieux m'indiffèrent, au pire me répugnent. Plus la cause est honorable, plus ils aggravent leur cas. (...) Dès que j'aperçois un homme - ou une femme - pétri de convictions, je m'enfuis. Je vais boire un verre dans les vignes, chez l'ami Gilles. Nous prenons soin de ne pas refaire le monde."

On passe ensuite au sujet annoncé en couverture, Pessoa. Frédéric Pajak nous le fait rencontrer, découvrir depuis son enfance, lors de ses voyages, à sa mode si particulière, tellement pleine d'énergie et d'intelligence, balançant entre textes et dessins (plus de deux cents),  Des épisodes de vie qu'il entrecoupe par trois fois de souvenirs personnels, glanés aux quatre coins du monde et dans l'intimité de son cœur. Un deuxième pas de danse avec ses années récentes et l'auteur nous mène à l'épilogue, consacré à... Jésus-Christ.

Les sommaires du "Manifeste incertain"

  1.  Avec Walter Benjamin, rêveur abîmé dans le paysage (2012)
  2. Avec Nadja. André Breton et Walter Benjamin sous le ciel de Paris (2013)
  3. La mort de Walter Benjamin. Ezra Pound mis en cage (2014)
  4. La liberté obligatoire. Gobineau l'irrécupérable (2015)
  5. Van Gogh, l'étincellement (2017)
  6. Blessures (2017)
  7. Emily Dickinson, Marina Tsvetaieva. L'immense poésie (2018, lire ici)
  8. Cartographie du souvenir (2019)
  9. Avec Pessoa. L'horizon des événements, Souvenirs, Fin du manifeste (2020)              


jeudi 20 août 2020

Entre force, humour et délicatesse, un week-end entier dédié aux lectures à Namur


L'Intime Festival est désormais LE rendez-vous littéraire belge de la fin des vacances d'été, faisant le pont entre livres d'hier et nouveautés de la rentrée. En sept éditions, il a démontré sa force et sa raison d'être, drainant des milliers de personnes dans les salles du Théâtre de Namur, alléchées par son programme exigeant et la qualité des interventions. Au programme habituel: de longues lectures par des comédiens ou une bonne pinte de lecture par un professionnel suivie d'un entretien avec l'auteur du livre, des rencontres et des dédicaces.

Il en sera évidemment autrement pour la huitième édition de l'Intime Festival, le Chapitre 8 qui se déroulera du vendredi 28 août au dimanche 30 août, crise sanitaire et jauges limitées à cent personnes obligent. Changement de lieu d'abord, ce sont deux églises namuroises, la Cathédrale Saint-Aubain et l'Eglise Saint-Loup, ainsi que la Cour de l'Athénée qui prêteront leurs murs à la manifestation littéraire, permettant la distance physique entre spectateurs. Changement de braquet ensuite, les auteurs des livres choisis ne seront pas présents, sauf exception. Mais maintien du thème,  vies ordinaires, liens avec la nature et les animaux, voix de la jeunesse, décliné en grandes lectures (GL), petites lectures (PL) et discussions. Sans oublier un concert et un exercice d'admiration. Et maintien du niveau littéraire.

Des décisions qui ont été dures à prendre par l'équipe du festival qui voulait absolument, et à raison, maintenir la manifestation. Chloé Colpé, directrice de l'Intime Festival, s'en explique sur le site.
"Nous avons décidé de maintenir le chapitre 8 de l'intime festival en l'adaptant aux dernières mesures imposées par la crise sanitaire:
• les jauges sont réduites à 100 personnes
• chaque événement demande un ticket pour vous assurer d'avoir une place dans le confort et en toute sécurité.

Plutôt que de faire la liste de ce à quoi nous avons dû renoncer: la présence des auteur.es, les salles du théâtre bondées, une exposition photographique, les projections cinéma le matin, l'insouciance d'être ensemble… Regardons ce que nous avons pu conquérir: une cathédrale et une église. Regardons ce que nous avons pu préserver: seize lectures, un concert et trois discussions, en gardant intact… notre enthousiasme à partager les textes, à proposer le débat, à questionner le monde.

Par la force des choses et dans un dépouillement qui frise l'ascèse, nous revenons à l'essentiel: un livre, une table, un.e comédien.ne qui nous embarque dans un récit. Les histoires de ce chapitre singulier racontent les vies ordinaires, interrogent nos liens visibles et invisibles avec la nature et les animaux, donnent voix à la jeunesse. Il s'en dégage de la force, de l'humour et de la délicatesse.

Si vous saviez comme on se réjouit de vous retrouver!"


Programme

Vendredi 28 août


Cathédrale Saint-Aubain, GL, 20:00-21:00
"Avant que j'oublie" d'Anne Pauly (Verdier, 2019), lu par Catherine Salée (lire ici).

Samedi 29 août


Cour de l'Athénée, 11:00-12:00
Discussion avec l'écrivain nord-irlandais Robert McLiam Wilson, francophone et francophile, en résidence à Namur (ses romans sont édités chez Christian Bourgois, traduits par Brice Matthieussent).

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 12:15-13:15 (aussi dimanche)
"Le mur invisible" de Marlène Haushofer (traduit par Liselotte Bodo, Actes Sud, 2014), lu par Dominique Reymond.

Eglise Saint-Loup, PL, 13:30-14:00
"Papa" de Régis Jauffret (Seuil, 2020), lu par Philippe Jeusette.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 14:00-15:00
"La petite femelle" de Philippe Jaenada (Julliard, 2015), projection de Valentine Fournier, lu par l'auteur (lire ici).

Eglise Saint-Loup, PL, 15:15-15:45
"Une bête aux aguets" de Florence Seyvos (L'Olivier, 2020, en librairie aujourd'hui), lu par Adeline Vesse.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 16:00-17:00 et 20:30-21:30
"Entre eux" de Richard Ford (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, L'Olivier, 2017), lu par Reda Kateb.

Eglise Saint-Loup, 17:00-18:00
"Penser le trouble", discussion avec le Professeur Éric Caumes et Guillaume Lachenal, historien des sciences.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 18:00-18:30
"Elmet" de Fiona Mozley (traduit de l'anglais par Laeticia Devaux, Joëlle Losfeld, 2017), lu par Emile Falk.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 19:15-19:45
"Chroniques d'une station-service" d'Alexandre Labruffe (Verticales, 2019), lu par Fabrice Murgia (lire ici).

Eglise Saint-Loup, PL, 19:30-20:00
"Les enfants des autres"  de Pierric Bailly (P.O.L., 2020), lu par Yoann Blanc.



Dimanche 30 août


Eglise Saint-Loup, 12:30-13:30
Autour d'Olga Tokarczuk ("Les Pérégrins", traduit du polonais par Grazyna Erhard, Editions Noir sur Blanc, 2010), prix Nobel de littérature 2018, exercice d'admiration par Philippe Vauchel.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 13:00-14:00
"Un mal qui répand la terreur" de Stewart O'Nan (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-François Ménard, L'Olivier, 2001, lu par Jean-Benoît Ugeux.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 15:00-15:30
"Il est des hommes qui se perdront toujours" de Rebecca Lighieri (P.O.L, 2020), lu par Félix Vannoorenberghe.

Eglise Saint-Loup, 15:30-16:30
Concert, le premier post-confinement, avec Fabrizio Cassol, Tcha Limberger et Philippe Thuriot.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 16:30 — 17:30
"Le mur invisible" de Marlène Haushofer (traduit par Liselotte Bodo, Actes Sud, 2014), lu par Dominique Reymond.

Eglise Saint-Loup, 17:30-18:30
Discussion avec François Gemenne, chercheur en sciences politiques et (à venir).

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 19:00-20:00
"Croire aux fauves" de Nastassja Martin (Verticales, 2019), lu par Anne-Cécile Vandalem.


Autant de rendez-vous alléchants qui célèbrent la littérature telle que je l'aime.

Renseignements et réservations ici.


jeudi 10 octobre 2019

Deux Nobel de littérature pour le prix d’un

C'était donc sur Twitter qu'il fallait être et non sur YouTube pour découvrir avant la proclamation des  lauréats pour les prix Nobel de littérature 2018 et 2019, attribués conjointement ce jeudi 10 octobre.
En effet à 13 heures locales pile, l'info était lâchée par un tweet de l'organisation même du prix Nobel et reprise par la presse, France 24 notamment. Avant que le secrétaire de ladite Académie suédoise, légèrement en en retard sur l'horaire,  n'ait eu le temps d'annoncer les deux lauréats, la Polonaise Olga Tokarczuk, publiée en français aux Éditions Noir sur Blanc, et l'Autrichien Peter Handke, traduit par Gallimard et Verdier. 




Une quinzième femme au palmarès qui affiche 116 noms depuis 1901.
Olga Tokarczuk a été l'invitée du Passa Porta Festival de Bruxelles en mars de cette année (lire ici).
Elle est l'aussi l'auteur du texte d'un très bel album jeunesse (bons lecteurs) illustré par Joanna Concejo, "Une âme égarée" (traduit du polonais par Margot Carlier, Editions Format).



Mats Malm, secrétaire perpétuel de l'Académie suédoise, à 14h06.


lundi 10 juin 2019

Frédéric Pajak, Goncourt de la biographie 2019

Frédéric Pajak. (c) Léa Lund/Noir sur Blanc.

Joie immense. Aussi immense que la poésie d'Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva, si bien mises en lumière dans les mots choisis et les somptueux dessins en noir et blanc et gris, à l'encre, de Frédéric Pajak dans "Manifeste incertain, volume 7" (Noir sur Blanc, Les cahiers dessinés, 2018, 320 pages). Cet ouvrage magnifique, dont la lecture emporte, vient de recevoir le prix Goncourt de la biographie Edmonde Charles-Roux 2019, nouvelle appellation du prix Goncourt de la biographie, existant depuis 1980, en hommage à la présidente de l'Académie Goncourt (1920-2016), elle-même biographe.

"La plupart des gens se défient de la poésie, quand ils ne l'ignorent pas tout à fait", écrit Frédéric Pajak dans l'introduction à l'épais ouvrage de bon format. Lui-même est tombé dedans tout petit, composant chansons et poèmes, en récitant à l'école, et surtout en en lisant un chaque matin, au réveil. Il se souvient des "scintillements", des "étourdissements", que lui procurent les poètes. Et puis, il y a une trentaine d'années, il a découvert Emily Dickinson et Marina Tsvetaieva, deux femmes poètes qui l'ont renversé. "J'ai alors éprouvé une sensation inconnue, comme si j'étais happé de l'autre côté du miroir, derrière ma maigre réalité visible", poursuit-il. Il nous partage son amour, son admiration, son élan, vers ces deux femmes qui s'attachent à tout, révèlent l'être, scrutent l'âme. Chacune dans son continent, l'une en Amérique, l'autre en Russie. Chacune dans son époque, le XIXe siècle pour la première, la première moitié du XXe pour la seconde. En commun, elles ont leurs certitudes sur leur art, au-delà de toutes les embûches qui les entourent, sur leur féminité. "Quelque chose d'existentiellement féminin s'exprime dans leurs poèmes. Formellement, rythmiquement, métaphoriquement, elles bousculent l'ordre littéraire établi et révolutionnent l'art poétique." Elles partagent l'usage du tiret, remarque encore Pajak, et le fait d'écrire sur une table, principalement de nuit.

Le premier dessin du "Manifeste incertain 7". (c) Noir sur Blanc.

Son "essai dessiné", la forme littéraire que Frédéric Pajak affectionne le plus (lire ici), est une fois de plus une merveille, conduisant le lecteur dans une vie et une œuvre. Dans deux vies et dans deux œuvres ici. Emily Dickinson prend forme dans un texte vivant et lumineux, qu'accompagnent de nombreux dessins d'apiculture. Elle, qui ne vit que pour sa poésie, révélation qu'elle a eue très tôt, et qui entretient de magnifiques relations épistolières desquelles s'échappent aussi des bribes de la femme qu'elle est, se dessine peu à peu dans cette biographie hommage basée sur ses écrits, poèmes, lettres, correspondances, notes diverses. C'est un bonheur de la (re)découvrir.

"Manifeste incertain 7". (c) Noir sur Blanc.


Les deux autres tiers du livre sont consacrés à Marina Tsvetaieva, le texte établissant sa biographie se situant au milieu du journal qu'a tenu Frédéric Pajak quand il s'est rendu en Russie en mai 2018. La forme est aussi enchanteresse, avec ces allers-retours entre présent et passé, entre écrits et épisodes de vie. Noirs, gris et blancs, les dessins renforcent terriblement les émotions qui naissent à la lecture de l'incroyable parcours de cette femme née poète. Née femme dans un monde d'hommes. Née rebelle et restée rebelle jusqu'à la fin de sa vie. Poète et non poétesse comme elle se définissait, elle a parcouru l'Europe, entre autres à cause des guerres, rencontré tout le milieu artistique et politique du temps. Elle a aimé, sans se soucier du qu'en dira-t-on. Et elle a écrit. Des vers d'une beauté et d'une force stupéfiantes que Pajak nous partage avec générosité. Quel régal que ce "Manifeste incertain 7"!

Marina Tsvetaieva et sa fille Alia. (c) Noir sur Blanc.


























jeudi 13 décembre 2018

Déjà, des noms d'invités au Passa Porta Festival


Quels écrivains seront à Bruxelles fin mars? On apprend aujourd'hui la participation de Jonathan Coe, Adeline Dieudonné, Jenny Erpenbeck, Rachida Lamrabet, Marie Ndiaye, Ilja Leonard Pfeijffer, Olga Tokarczuk et Ali Smith à la septième édition du Passa Porta Festival. Et on remarque avec plaisir l'abondance de noms féminins. Le PPF19 se tiendra du vendredi 28 mars au dimanche 31 mars, dans trois gros mois à peine.

Sortez vos agendas car une centaine d'auteurs et d'artistes seront à Bruxelles pour ce désormais traditionnel week-end d'entretiens, de débats, de dialogues et de rencontres. Plus de 70 rencontres se tiendront dans une dizaine de lieux du cœur de Bruxelles (Passa Porta, Beursschouwburg, KVS, Espace Magh, la Bellone, etc).

Le programme complet du festival sera publié le jeudi 28 février.

Les premiers noms

Jonathan Coe
Jonathan Coe. (c) Alexandra Cool.
L'écrivain britannique a signé des romans satiriques tels que "Testament à l'anglaise" (traduit de l'anglais par Jean Pavans, Gallimard, 1995) et "Bienvenue au club" (traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin , Gallimard, 2003). Dans son douzième roman, "Middle England", il a récemment proposé le portrait tranchant d'un pays traversant une profonde crise identitaire, le Royaume-Uni.
A Bruxelles, Jonathan Coe évoquera l’écriture à l'ombre du Brexit. Le vendredi 29 mars, jour officiel du Brexit, il sera également sur scène lors de la "conférence-concert" Goodbye Hello.

Adeline Dieudonné 
Adeline Dieudonné. (c) St. Remael.
Le "phénomène" de la littérature francophone 2018 avec son premier roman, "La Vraie Vie" (L'iconoclaste), recueille un immense succès critique et public. Il a reçu les prix Rossel, du roman Fnac, Filigranes, Choix Goncourt de la Belgique, Renaudot des lycéens (lire ici). L'histoire de cette jeune adolescente qui refuse de devenir une proie a déjà touché des dizaines de milliers de lecteurs et s'apprête à être traduite en une dizaine de langues.

Jenny Erpenbeck
Jenny Erpenbeck. (c)Nina Subin.
Une des grandes voix littéraires allemandes actuelles a remporté l'Europese Literatuurprijs avec son roman "Aller Tage Abend" (2012). Pour son roman "Gehen, ging, gegangen" (2015), elle s'est longuement entretenue avec des réfugiés tentant leur chance en Allemagne. Ce livre, qui entremêle la question des réfugiés et la complexité de l'histoire allemande, a notamment été récompensé par le Premio Strega Europeo.

Rachida Lamrabet
Rachida Lamrabet. (c) Koen Broos.
L'écrivaine et juriste  a remporté le Vlaamse Debuutprijs il y a plus de dix ans avec son roman "Vrouwland". Récemment, elle a publié un essai tranchant, "Zwijg, allochtoon!", ainsi que le roman historique "Vertel het iemand". Lors du Passa Porta Festival, elle donnera la parole à quatre jeunes auteures flamandes issues de l'immigration. Dans de nouveaux textes écrits à l'occasion du tricentenaire de Robinson Crusoé, elles uniront leurs réflexions sur le racisme et la décolonisation, sur le silence imposé et la faculté de prise de parole.

Marie NDiaye
Marie NDiaye.
Elle a commencé à écrire très jeune. Elle n'a que 18 ans quand paraît son premier roman, "Quant au riche avenir" (Minuit, 1985). La consécration viendra avec "Rosie Carpe" (Gallimard, 2001, prix Femina) puis "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009, Prix Goncourt). Au festival, cette auteure majeure reviendra sur son œuvre multiple (romans, jeunesse, théâtre, nouvelles) et sur "La Cheffe" (Gallimard, 2016), roman d'une cuisinière.

Ilja Leonard Pfeijffer
Ilja Leonard Pfeijffer.
L'écrivain et poète néerlandophone a remporté le Jan Campertprijs pour son recueil de poèmes "Idyllen" et le Libris Literatuur Prijs pour son roman "La Superba". Ce mois-ci sort son nouveau roman "Grand Hotel Europa".



Olga Tokarczuk
Olga Tokarczuk. (c) J. Kołodziejski.
Polonaise, l'auteure du roman "Les Pérégrins" (traduit du polonais par Grazyna Erhard, Noir sur Blanc, 2012) a été récompensée en 2018 par le Man Booker International Prize pour la traduction anglaise de son roman. Son dernier roman, "Les Livres de Jakób" (traduit du polonais par Maryna Laurent, 2018), sur les Juifs d’Europe centrale au dix-huitième siècle, a lui aussi raflé les prix, tout en entraînant dans son sillage brûlant d’actualité son lot de controverses… et même des menaces de mort.

Ali Smith
Ali Smith. (c) Christian Sinibaldi.
Sebastian Barry l'appelle le "futur Prix Nobel écossais". La romancière a parcouru un chemin parsemé de romans à thèse cinglants, dont le primé "Comment être double" (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux, L'Olivier, 2017). Lors du Passa Porta Festival, elle présentera son nouveau roman "Spring", troisième volet d’un cycle débuté avec "Autumn" et "Winter".
Ali Smith rejoindra Jonathan Coe, l'Aurora Orchestra britannique et le grand ténor Ian Bostridge lors de la "conférence-concert" "Goodbye Hello" le vendredi 29 mars.


Les tickets pour le Passa Porta Festival 2019 sont en vente à tarif réduit d'aujourd'hui au dimanche 6 janvier sur passaporta.be.


mercredi 24 janvier 2018

Les dix finalistes du prix Prem1ère 2018


Qui sera le lauréat du prix Prem1ère 2018 (RTBF), prix récompensant chaque année un premier roman écrit en langue française (lire ici)? Verdict le 22 février.
Les titres finalistes ont été choisis par un comité de professionnels du livre (Deborah Danblon, libraire et chroniqueuse littéraire, Régis Delcourt, libraire, Kerenn Elkaïm, journaliste, Emmanuelle Jowa, journaliste,  Christine Pinchart, journaliste et Laurent Dehossay, journaliste) avant d'être soumis à un jury de dix auditeurs de la Première.

Les dix finalistes
  • "Ces rêves qu'on piétine", Sébastien Spitzer (L'Observatoire)
  • "Le Presbytère", Ariane Monnier (JC Lattès)
  • "Surface de réparation", Olivier El Khoury  (Noir sur Blanc, collection Notabilia)
  • "Un élément perturbateur", Olivier Chantraine (Gallimard)
  • "Ma reine", Jean-Baptiste Andréa (L'Iconoclaste)
  • "Grand frère", Mahir Guven (Philippe Rey)
  • "Bouche creusée", Valérie Cibot (Inculte)
  • "Il ne portait pas de chandail", Annick Walachniewicz (L'Arbre à paroles)
  • "Aux noces de nos petites vertus", Adrien Gygax (Cherche-Midi)
  • "Belle merveille", James Noël (Zulma)

Présentation des livres dans "Jour Première" (RTBF, La Prem1ère) entre le 5 et 16 février).

vendredi 12 janvier 2018

L'amour à mort d'une mère face à la mer

Gaëlle Josse (c) Héloïse Jouanad/Libella

Le vent, la mer, le froid, l'espoir, l'attente, il y a tout cela dans le nouveau roman de Gaëlle Josse, son sixième, le superbe "Une longue impatience" (Noir sur Blanc, Notabilia, 192 pages). Il y a surtout l'amour, immense, d'une mère pour son fils de seize ans qui a quitté la maison et a pris la mer. Un amour de mère, éternel, inaltérable, patient, infini, silencieux. Un amour de mère tout simplement. Un amour à mort. Excellente pioche que ce premier livre lu dans l'abondante rentrée de janvier.

On est dans la Bretagne de l'immédiat après-guerre. Quand l'éducation ne s'occupe pas de psychologie, que les coups sont monnaie courante dans les familles. Quand on se remet d'années noires, dures, éprouvantes physiquement et moralement, de deuils immérités. Quand le quotidien est encore difficile, qu'on se lance dans l'inconnu avec l'infime espoir d'une revanche sur les chagrins passés. Quand on veut avoir confiance. Quand on pense avoir le droit d'être plus heureuse malgré d'autres renoncements. C'est tout cela qu'Anne Quémeneur nous fait sentir dans ce texte sans gras, extrêmement délicat, dont les mots sont comme une marée montante ou descendante. La jeune femme est la narratrice de ce roman qui touche profondément, remue et bouleverse. L'histoire d'un fils qui part et d'une mère, fragile et forte, qui attend.

"Une longue impatience" commence le soir d'avril 1950 où Louis, seize ans, le fils qu'Anne a eu avec le pêcheur Yvon Le Floch, son grand amour mort en mer, ne rentre pas à la maison. Qu'expliquer à Gabriel et à Jeanne, les enfants qu'elle a eus ensuite avec Etienne, le pharmacien du village, avec qui elle s'est remariée après son veuvage? Peut-on aimer l'enfant d'un autre lit? Changer de classe sociale? On va côtoyer Anne dans ses interrogations, ses souvenirs, ses chagrins, ses désirs de toujours faire au mieux, ses déceptions. On va la suivre dans son attente de plus en plus longue de son fils aîné. Petit à petit s'assemble le puzzle de la vie dans ce petit coin de Bretagne d'hier, avec ses rites et ses habitudes, bien avant les moyens de communication actuels. Le silence, l'espoir, le guet font partie de la vie de tous les jours.

Qu'est devenu Louis? Pourquoi ne donne-t-il pas de ses nouvelles? Comment tenir, résister, avancer, ne pas devenir folle? Anne a trouvé sa voie: donner de l'amour, remballer sa tristesse, sauf aux moments où elle est seule et où elle peut trouver une consolation. Année après année, elle tente tout, dans la modeste mesure de ses moyens,  pour retrouver son fils. Pour tromper son angoisse, elle fait de très beaux projets pour son retour et les concrétise en secret. Faibles béquilles à cet amour infini, mieux compris par les lecteurs que par le mari d'Anne. Dans un texte extrêmement sensible, la romancière raconte le quotidien de cette femme généreuse, débordante d'amour, ses questions, sa souffrance dans l'attente. Quelle beauté que ces mots fins et précis qui ne cherchent pas l'effet mais touchent à l'âme. Des larmes me coulaient en terminant cette lecture magnifique. D'où venaient-elles? Peut-être de l'empathie, réelle ou rêvée, entre mères. Merci à Gaëlle Josse et à son Anne Quémeneur pour cet incroyable moment de grâce.











mardi 22 novembre 2016

Le legs à ses filles de l'immense Maya Angelou

Maya Angelou.

Comme elle nous manque, Maya Angelou, l'immense poétesse américaine aimée par Barack Obama, décédée le 28 mai 2014 à l'âge de 86 ans, chez elle, à Winston-Salem (Caroline du Nord). Née dans le Missouri  le 4 avril 1928 mais ayant passé son enfance et sa jeunesse entre l'Arkansas et la Californie, l'écrivaine, de son vrai nom Marguerite Johnson, était aussi une importante figure de la cause noire, en Amérique comme en Afrique. Elle a milité avec Malcolm X et avec Martin Luther King. Qu'aurait-elle dit aujourd'hui devant la marche du monde?

2013, Literarian award.
Mais l'oiseau s'est envolé et nous devons nous contenter de réécouter sa voix, de plonger dans ses livres, de nous nourrir ainsi de son énergie sans faille et de sa force communicative. N'a-t-elle pas reçu en 2013, en tant que militante des droits civiques américains, le prestigieux Literarian Award, décerné par le National Book Award pour "services exceptionnels rendus à la communauté littéraire américaine" (lire ici)?

2011, Médaille de la liberté.
Jusqu'à la fin de sa vie, Maya Angelou aura parcouru le monde pour monter sur scène, lire, parler, chanter et enseigner. Toute sa vie, elle a écrit aussi, de la poésie, du théâtre, des scénarios, des livres pour la jeunesse, des essais, des autobiographies - qui nous parviennent peu à peu en traduction française. Elle était devenue une institution nationale aux U.S.A. Ses livres figurent au programme des écoles américaines, au grand dam des conservateurs. Du temps où Barack Obama nous informait de ses lectures, elle y figurait en bonne place. Comme le président avait raison! Le 15 février 2011, il lui avait remis la prestigieuse médaille de la Liberté! Se souvient-on par ailleurs que Bill Clinton l'avait invitée à lire un de ses poèmes, "On the pulse of morning", lors de son investiture en janvier 1993?


Pour retrouver Maya Angelou, on plongera avec délices dans le magnifique "Lettre à ma fille" ("Letter to my daughter", traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Anne-Emmanuelle Robicquet, Editions Noir sur Blanc/Notabilia, 140 pages). Dédié à la fille qu'elle n'a jamais eue - elle n'a eu qu'un fils, Guy -, ce livre paru aux Etats-Unis en 2009 est à la fois une autobiographie et un livre de mémoires. Il se compose de vingt-neuf textes bouleversants, autant de souvenirs d'événements qui ont marqué sa vie.

Il est préfacé par Dinaw Mengestu, écrivain américain d'origine éthiopienne, né un-demi-siècle après Maya Angelou. Il nous livre un beau témoignage de jeune qui a grandi dans "la banlieue racialement divisée de Chicago dans les années 1980" et qui, bien avant de la lire, avait perçu "le rôle complexe et diffus qu'elle  jouait dans la vie culturelle et littéraire américaine, jusque dans le paysage moral et politique du pays".

Il poursuit: "Avec le recul, on comprend mieux comment l'œuvre de Maya Angelou, qui n'a jamais cédé sur son engagement militant, sans rien cacher des traumatismes physiques et psychologiques subis par la femme afro-américaine, compte parmi les plus importantes sur la scène littéraire aujourd'hui élargie".

Avec ses courts billets, "Lettre à ma fille" montre combien Maya Angelou a eu besoin de persévérance pour tenir et avancer. La "Lettre" elle-même qui ouvre le livre, est particulièrement touchante. Une dame âgée choisit de raconter ce qu'elle a osé tenter, en tremblant parfois. On verra donc une enfant grandir. On lira des histoires drôles et des histoires graves. On découvrira quelqu'un qui endosse ses responsabilités, qui déploie à l'autre le chemin des possibles. La "Lettre" se termine ainsi:
"J'ai donné naissance à un seul enfant, un garçon, mais j'ai des milliers de filles. Des Noires, Blanches, juives, musulmanes, Asiatiques, latinas, Indiennes d'Amérique, Aléoutes. Qu'elles soient obèses, maigres, jolies, ordinaires, homos, hétéros, éduquées, illettrées, je m'adresse à elles toutes. Ceci est mon legs."
Maya Angelou raconte alors des éléments de sa vie, à la première personne. Son enfance, ses difficultés, ses drames, ses joies, tout cela d'un ton léger qui ne s'appesantit pas sur les nombreux malheurs qui lui sont arrivés. En même temps, toujours cette confiance que lui a manifestée son entourage et qu'elle a transmise elle-même à ses proches. Et cette force de caractère qui transpire dans tout ce que cette femme respectueuse des autres entreprend. Une merveille que ce livre. Un cadeau.

Pour lire le début de "Lettre à ma fille", c'est ici.


Pour encore mieux connaître Maya Angelou et encore plus l'aimer, on plongera dans les quatre volumes disponibles en français de son autobiographie en six volumes plus un, publiés aux Etats-Unis entre 1969 et 2013.
  • "I know why the caged bird sings" (1969), de sa naissance à 1944 - "Je sais pourquoi chante l'oiseau en cage" (traduit de l’américain par Christiane Besse, Les Allusifs, 2008, Le Livre de Poche, 2009)
  • "Gather together in my name" (1974),  de 1944 à 1948
  • "Singin' and swingin' and gettin' Merry like Christmas" (1976),  de 1949 à 1955
  • "The heart of a woman" (1981), 1957-62 - "Tant que je serai noire" (traduit de l'américain par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Les Allusifs, 2008, Le Livre de Poche, 2009)
  • "All God's children need traveling shoes" (1986), de 1962 à 1965 - "Un billet d'avion pour l'Afrique" (traduit de l'américain par Lori Saint-Martin et Paul Gagné, Les Allusifs, 2011, Le Livre de Poche, 2012)
  • "A song flung up to heaven" (2002), de 1965 à 1968
  • "Mom & Me & Mom" (2013), panorama de sa relation à sa mère - "Lady B" (traduit de l'américain par Claire Chabalier et Louise Chabalier, Buchet-Chastel, 2014, Le Livre de Poche, 2016)