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lundi 15 septembre 2025

Alain Mabanckou, poète et romancier, à Bruxelles

Alain Mabanckou. (c) Joël Saget/AFP.

Quelle chance! Il reste des places pour le Midi Poésie dédié à Alain Mabanckou. Cela se passera demain, mardi 16 septembre à 12h40 à la Maison poème.
Une séance exceptionnelle avec un auteur aussi passionnant à lire qu'à écouter.

Figure majeure de la littérature francophone, l'écrivain franco-congolais évoquera le rôle qu'il tient depuis février 2021 à la tête de la collection Points Poésie (éditions Points), confirmant sa place de grand passeur de voix francophones. Il présentera également son nouveau roman, "Ramsès de Paris" (Seuil, 2025), sorti en cette rentrée littéraire, dans lequel Paris et Pointe-Noire s’entrelacent dans un récit drôle, profond et captivant. La rencontre sera animée par la journaliste culturelle Gia Abrassart et ponctuée de lectures par l'auteur lui-même.

Pour lire en ligne le début de "Ramsès de Paris", c'est ici.
 
Pratique
Où? Maison poème (Rue d'Écosse 30, 1060 Bruxelles)
Quand? Le mardi 16 septembre
A quelle heure? 12h40
Combien? Tarir normal 15 euros (réduction possible, article 27 accepté)
Réservation? Ici ou sur le site

vendredi 23 septembre 2022

Allons au marché, à un marché de poésie!

"C'est le bazar!" Une des expressions favorites du regretté chanteur Arno (1949-2022) se pose naturellement sur une manifestation de trois jours qui débute ce vendredi 23 septembre après-midi à Bruxelles, le Poetik Bazar. Soit un marché bilingue de la poésie qui se déroule jusqu'au dimanche 25 septembre au BE-HERE (Rue Dieudonné Lefèvre 4, au-delà de Tour & Taxis, entrée gratuite). Quasiment aux mêmes dates que la première édition qui s'y était tenue avec succès (3.000 personnes) du 24 au 26 septembre 2021.

Pourquoi ne pas vivre le temps d'un week-end au rythme de la poésie? Ce mot de six lettres qui fait encore souvent peur, surtout si on lui adjoint l'adjectif "contemporaine". On pourrait tenter l'idée "poésie actuelle", peut-être moins rébarbative? Car l'essayer, c'est l'adopter. Comment faire? En farfouillant dans les livres de poésie présents sur les stands, en écoutant les poètes et poétesses lors de lectures, en se promenant avec eux, en tentant l'un ou l'autre atelier. La diversité de la poésie contemporaine est tellement incroyable qu'il est impossible de ne pas y trouver l'un ou l'autre atome qui vous crochera.

Le Poetik Bazar se veut un événement intergénérationnel, un reflet de notre société moderne et de ses multiplicités. Une considérable variété éditoriale est proposée lors de ce marché bilingue, accueillant près de cent maisons d'édition. Rencontres et animations témoigneront aussi de cette diversité. Le public visé? Les petits et les grands lecteurs, les passionnés et les professionnels, les curieux de tout horizon.

Le Poetik Bazar, projet d'un marché de la poésie bilingue, est porté par un collectif d'asbl francophones et néerlandophones: Les éditeurs singuliers, la Foire du livre de Bruxelles, maelstrÖm reEvolution, la Maison de la poésie d'Amay, les Midis de la poésie et VONK & Zonen, en collaboration avec la Maison de la poésie de Namur, le Marché de la poésie de Paris et Passa Porta.

Le marché de la poésie bilingue accueillera 70 maisons d'édition de Belgique, de France et des Pays-Bas. Trois espaces librairies hébergeront une trentaine d'autres maisons: un espace librairie francophone, un espace librairie néerlandophone et un espace librairie Afro-poésie (liste complète ici).

La programmation multilingue vise autant les petits que les grands grâce à des ateliers et des rencontres bilingues, des rencontres en anglais, des lectures en français, en néerlandais, des focus sur la langue arabe, des événements traduits en live, des séances de dédicaces, etc. Dont l'édition bilingue de poésie, la traduction du slam, la place de la poésie en librairie, Henri Michaux (programme complet ici).

Parmi les artistes présents cette année: Antoine Wauters (lire ici), Milady Renoir (une des voix de la Voix des sans-papiers), l'actuel poète national Mustafa Kör, Serge Delaive, la championne d'Europe de slam poésie et formidable lectrice Marie Darah, Anne Provoost.

Divers événements en lien avec le Poetik Bazar ont déjà eu lieu depuis le 17 septembre, d'autres comme des parcours et des promenades poétiques sont toujours en cours (programme détaillé ici). La toute grande majorité des activités indoor et outdoor au cours des trois prochains jours sont gratuites, pas les trois soirées (ici).









lundi 20 décembre 2021

La poésie des Immenses ce jeudi midi à Bruxelles


Comment appelle-t-on les personnes qui vivent dans la rue? Sans-abri? Sans-domicile? Sans-papiers? SDF? Précaires? Mal-logés? Habitants de la rue? On peut dire tout ça. Mais ce sont des dénominations, réductrices au mieux, stigmatisantes au pire. Alors qu'on pourrait aussi les appeler les Immenses (Individu dans une Merde Matérielle Énorme mais Non Sans Exigences). Ils se sont regroupés au sein du Syndicat des Immenses, fondé en mars 2019, groupe de pression et d'action pour lutter contre le mal-logement - à l'instar du syndicat des propriétaires ou de celui des locataires.

Dans le cadre de sa 73e saison, les Midis de la poésie invitent le Syndicat des Immenses à présenter le "Thésaurus de l'immensité", soit plus de 60 mots nouveaux pour dire le vécu des personnes en mal-logement ou en non-logement, à commencer évidemment par le mot "immense". Des mots réunis dans un livret non seulement en tant que révolution sémantique mais également en tant qu'engagement poétique. Des mots pour décrire le quotidien des immenses, largement méconnu des escapés (Non-Immenses). Un recueil conçu comme un dictionnaire pour donner, quand ils font défaut, les mots nécessaires pour parvenir aux causes défendues. Quelques exemples: "Enferdettement: n.m. La spirale infernale de l'endettement." "Étoiler (s'): v. Préférer dormir à la rue tant l'abri proposé est rebutant, sale, bruyant, dangereux ou non-individualisé." "Sparadisme: n.m. Politique privilégiant systématiquement les solutions temporaires, au détriment des solutions structurelles."

La séance des Midis de la poésie dévoilera ces nombreux mots nouveaux mais évoquera également le processus de rédaction collective du thésaurus.


Pratique
Quand?  Le jeudi 23 décembre de 12h40 à 13h30.
Où? La Vénerie – Espace Delvaux, 3 rue Gratès, 1170 Bruxelles (CST exigé à l'entrée).
Avec qui? Laurent d'Ursel (DoucheFlux et Syndicat des Immenses), Marilou Galichet (Syndicat des Immenses), Arshia Azmat (United Stages) et d'autres membres ou sympathisants du syndicat. Lectures: Thierry Hellin. Animation: David Courier, journaliste.
Combien? 8 euros tarif plein (réductions possibles).

mercredi 10 février 2021

14/02 14.00: sieste poétique en musique

Isabelle Wéry entre Dance Divine et Maud Joiret à droite,
préparatifs de la sieste littéraire.

Artiste associée du Théâtre 140 pour y donner diverses formes de vie à diverses littératures (lire ici), l'autrice belge Isabelle Wéry a eu une nouvelle idée en ces temps de mesures sanitaires liées au coronavirus. En ces temps de fermeture des lieux culturels pour le dire autrement. L'idée d'une sieste littéraire qui serait diffusée en ligne! OK, la sieste littéraire avait déjà été pratiquée au théâtre de l'avenue Plasky (Schaerbeek) dans le cadre du Passa Porta Festival 2019. Mais celle-ci sera différente car numérique. Bien obligé, quand le "présentiel", cet horrible mot, n'est pas possible. Longue d'une heure et une chouquette, la sieste des poètes et poétesses en musique sera diffusée en ligne ce dimanche 14 février à 14 heures sur Bx1+ (co-présentation avec les Midis de la poésie, podcast disponible ensuite). Facile à retenir, le 14 à 14 heures par le 14(0).

Ce sera une heure et une chouquette de mots, de sons, de chants, de mélopées, de textes.
Une heure de poésie mise en notes, "Basta qui rime avec pasta".
Des textes qui éveillent tout de suite des images, qui s'écoutent, qui infusent, qui vous emportent au-delà de vous et vous ramènent à vous-même.
Des voix qui coulent dans l'oreille, y glissent des mots susurrés, ou pas, des mots de douceur, des mots de brutalité, des mots qui s'appellent les uns les autres, à la fois ping-pong littéraire et marabout-boutdeficelle.

Isabelle Wéry...

... et ses quatre complices de sieste littéraire,
Maud Vanhauwaert, Simon Johannin, Maud Joiret et Jean d'Amérique.


Une heure à passer en compagnie de cinq poètes et poétesses qui liront leurs textes, accompagnés par la magnifique musique de Dance Divine. On entendra ainsi Isabelle Wéry lire le poème "J'ai cent ans", Jean d'Amérique "Calcul" et "Nul chemin dans la peau que saignante étreinte", Maud Joiret des extraits de "Cobalt", Simon Johannin "Notes sur la ville", sans oublier la néerlandophone  Maud Vanhauwaert.
 
Performance pour ceux et celles qui lisent leurs poèmes, expérience individuelle pour ceux qui les écoutent, de chez eux ou d'où ils préfèrent. Hommage à la littérature en général, à la poésie en particulier. Nuage de mots et de sons pour entrer à pas comptés dans son imaginaire. 


 





mercredi 30 janvier 2019

Carl Norac, fildefériste de la poésie jeunesse

Carl Norac.

Pourquoi sépare-t-on la poésie qui s'adresse aux enfants de celle qui fait partie de la littérature générale? Pourquoi la poésie qui s'adresse aux enfants devrait-elle être fabriquée et sage, pour ne pas dire mièvre? Pourquoi un auteur qui s'adresse aux deux publics est-il d'office considéré comme "un poète aux deux visages"? D'où vient ce grand écart entre poésie pour enfants et poésie tout court?

Poser ces quelques questions suffit à rappeler les clichés qui, bien répandus, ont la vie dure. Pour tenter de les casser, les Midis de la poésie de Mélanie Godin ont invité l'auteur belge Carl Norac à y réfléchir et à nous éclairer. Depuis toujours, il réclame que le genre littéraire qu'est la poésie soit considéré dans son unicité. Il se base notamment sur le fait que les publics eux-mêmes se mélangent. Lui-même présente aux enfants des poètes qui ne sont pas toujours pour la jeunesse et il sait que bien des adultes achètent pour eux des livres de poèmes jeunesse.

Sa réflexion sera entrecoupée de lectures par la comédienne Maya Richa. D'abord, la lecture d'un manuscrit inconnu d'Emile Verhaeren que Carl Norac possède où le grand symboliste définit ce que sera la poésie cent ans plus tard, c'est-à-dire aujourd'hui. Ensuite, divers textes choisis par le poète.

En voici un, de lui.
UN JOUR
Un jour, je me suis réveillé poème et je me suis dit: Ah bon?
Et j'ai pensé: est-ce bien d'être poème, est-ce une nationalité?
Tu es dans un bus, tu es dans la vie, tu es près des gens,
près d'un livre, près des mots, près du sens des mots,
tu te dis: allons-y.
Là, tu entres dans le poème,
tu choisis ton arrêt, le plus proche de chez toi,
mais tu sais qu'être poème t'emmène juste au-delà.

En apéritif à la rencontre, sept questions à Carl Norac

Carl Norac est né à Mons en 1960. Fils de l'écrivain Pierre Coran et de la comédienne Irène Coran, il a choisi un anagramme du nom de son père comme nom de plume. Il a d'abord été professeur de français, bibliothécaire vagabond, journaliste, professeur d'histoire littéraire au Conservatoire Royal de Mons,. Il  vit de sa plume, depuis plus de vingt ans. Il est l'auteur de plus de 80 livres pour enfants, traduits à ce jour dans le monde en 45 langues,  édités essentiellement chez Pastel, branche belge de l'école des loisirs. Il est bien entendu également poète et a aussi publié une dizaine de recueils et de carnets de voyage. Il vit dans le Loiret, à Olivet, près d’Orléans depuis 1998.

Comment es-tu arrivé à la poésie? 
En observant d'abord mon père Pierre Coran en train d'écrire, fascination pour les mots, l’ailleurs dans le regard, aussi le geste lui-même de tracer. Ensuite enfant dans la forêt, sans frère ni sœur, je me suis un peu frotté aux arbres, aux chemins. Pour ne jamais m'ennuyer, je m'inventais des petits mondes, souvent sur l'espace d'une seule page et rimés: des poèmes.
Quels sont les trois poètes qui te plaisent le plus?
Mes poètes préférés sont Apollinaire, Michaux et Wislawa Szymborska. Auprès des enfants, s'ajoutent Norge, Jacques Roubaud et Edward Lear.
Différencies-tu poésie pour enfants et poésie pour adultes?  Si oui, comment les identifier?
Il y a souvent deux conceptions assez tranchées à propos de la poésie de la jeunesse. D'un côté, il y a ceux qui, comme Guy Goffette,  qui dirige la collection de poésie jeunesse chez Gallimard, trouve une poésie adressée aux enfants inutile et qu'il faut directement puiser chez les grands auteurs cette nourriture. D'autres, à l'inverse, insistent sur une poésie bien adaptée à un âge bien défini afin de ne pas dégoûter les apprentis lecteurs du genre tout entier.
Je comprends ces deux regards, mais aucun des deux ne me contente. Bien que Guy Goffette soit un ami, je lui ai dit franchement que son attitude aboutit à ce que les enfants ne découvrent que des poètes d'une autre époque, morts depuis longtemps, essentiels certes, mais fermant l'enfant au contemporain, à la marche du monde, aussi à un langage qui puisse toucher la sensibilité ou la réflexion de l'enfant dans l'instant. L'opinion inverse est également très réductrice, respecter à l'excès le vocabulaire ou la thématique. C'est aussi une aberration par rapport à la définition de la poésie. Dans sa "Lettre au voyant", un adolescent du nom de Rimbaud nous a dit que la poésie serait "en avant", qu'elle nous convoquerait au mystère, à l'inconnu. La limiter au connu est bien la détruire. Cette polémique où chacun choisirait son camp est vaine et ringarde à mes yeux. Déjà parce qu'elle suppose qu'il y ait un grand écart quasi-infranchissable entre poésie en littérature générale et poésie jeunesse, qui autrefois pouvait être défendu (le poème pour enfant étant surtout éducationnel, le vecteur d'une leçon de choses), mais aujourd'hui ne persiste que chez ceux qui n'ont pas pris la peine d'en lire.
Qu'est-ce qu'être poète finalement?
Un poète plie des papiers pour faire des bateaux et espérer qu'ils voguent un peu. Il ne fait pas des maquettes, ni ne suit des plans comme on en trouve dans les magasins de décoration nordique. Ceux qui le feraient, suivant une visée moralisatrice ou trop étroitement didactique, ne produiraient qu'un "objet" aux multiples fonctions, mais incapable de faire ressentir, ni de toucher le mystère de la polysémie, que les enfants explorent autant que nous.
Ce sont les questions des enfants de primaire qui me guident pour chercher les poèmes qu'au fond d'eux-mêmes, ils cherchent. J'oublie souvent de les noter, ces questions. Mais en voici de ce printemps: "Carl, tu vis ta vie, puis tu prends ta vie et tu la mets dans ce que tu écris, c'est ça la poésie?". Ou bien: "Quand tu fais ton poème, tu écris plus avec ton cœur ou avec ta tête?".
Comment caractériser la poésie jeunesse?
Une des complexités de la poésie jeunesse, c'est que si elle peut être comme les autres mélancolique, voire terrorisante, elle ira se frotter un jour ou l'autre à la joie, à la bienveillance, ou même à ces gros mots que sont beauté et bonheur. Là, c'est difficile et périlleux. Le poète est un fildefériste improvisé, un pas de côté et il tombe dans la mièvrerie, le sucre guette sous les mots. C'est néanmoins un beau défi à relever, chercher des portraits de l'autre côté des miroirs, ouvrir la fenêtre, être dans cet émerveillement des grands poètes chinois comme Lu Yu, celles et ceux qui n'en font qu'à leur guise et trouvent, dans la simple contemplation, un aboutissement.
La poésie pour la jeunesse serait dit-on fondamentalement différente car elle vise souvent à une grande simplicité. Oui, c'est bien sa direction la plus naturelle, mais pour le reste, c'est faux. Pourquoi devrait-on penser qu'il faudrait complexifier pour s'approfondir? Beaucoup de grands artistes nous ont expliqué le contraire. Dans mon bureau, j'ai affiché un texte de l'immense peintre Hokusai. Il y décrit le projet de sa vie, décennie par décennie. Optimiste, il y décrivait, à l'ultime ligne le projet de ses 110 ans: enfin un point et une ligne voudront dire quelque chose.
Quel est ce texte de Verhaeren qui sera lu mardi?
J'ai eu la chance, il y a quinze ans, d'acquérir un texte écrit de quatre pages de la main de Verhaeren, manuscrit à l'encre violette assez serré et hachuré qui n'a jamais cessé de me fasciner. Grâce à Michel Décaudin, j'ai appris qu'il a écrit ces mots en 1905 à la demande de deux jeunes critiques. Il y a exactement cent dix ans, il lui est demandé de prédire la poésie du futur! Ce que Verhaeren nous conseille: aller vers l'inconnu où qu'il soit, plonger dans le dedans, se laisser envahir, faire renaître le vers libre, foncer vers l'ivresse d'écrire. La poésie dont parle Verhaeren, celle qu'il appelle de ses vœux, va vers l'inconnu, toujours, mais paradoxalement, elle incarne aussi une unité, elle est totale, elle bat, comme un corps organique aux multiples veines ou sillons. Ses chemins ne sont pas comptés, mais la forêt existe. Sa pensée appuie ce que je voudrais dire, partager: ne plus séparer artificiellement les deux poésies. On sépare tout de nos jours, y compris en art. On se spécialise à l'extrême, ce qui est bon pour la chirurgie, moins pour l'art. Un graveur sur cuivre me disait: "Nous nous connaissons entre graveurs sur pierre, mais nous ne connaissons plus les graveurs sur bois et sur cuivre." Or, qu'on écrive un poème pour enfants ou pas, il a y ce flux qui vient, dont le premier mot est donné, sorti d'on ne sait où, d'un mélange de lucidité et d'inconscience, cet ailleurs qui vient parler d'ici à nos sens, ce départ de feu qui va s'éteindre vite, ce balancement qui fait que le temps patientera, un moment, pour river à nouveau son horloge.
La différence des publics pourrait-elle expliquer le grand écart?
On me dit aussi, et on n'a pas tort, qu'une différence fondamentale entre les prétendues poésies est que, dans un cas, on s'adresse à un public particulier et pas dans l'autre cas. Il ne faut pas trop généraliser cette assertion. Tout d'abord, certains poètes s'adressent parfois ou même toujours à une personne précise, et ce depuis la Renaissance, pour écrire.
Pour ma part, j'imagine toujours un enfant réel au moment de l'écriture, un élève rencontré qui m'a interpellé, ou ma fille en me souvenant d'elle à d’autres âges. J'avoue avoir souvent à l'esprit l'archétype d'une môme espiègle, la Zazie de Queneau, celle du livre mais aussi celle du film, ou d'un Doisnel plus jeune et d'aujourd'hui. De même, un poème qui n'est pas pour enfants peut être écrit pour soi, pour la foule, pour personne, pour l'absolu, mais aussi pour quelqu'un de proche et d'imaginaire précis.
Tu parles d'urgence poétique.
Il y a aujourd'hui une urgence poétique comme on parle d'urgence climatique. Les éditeurs réclament de la poésie pour la jeunesse alors qu'avant ils la fuyaient. Parce que la poésie secoue, ne fait pas que chanter, qu'elle peut aborder tous les sujets, y compris pour les enfants. Dans "Poèmes pour mieux rêver ensemble" (Actes Sud Junior, 2017), j'évoque le Bataclan. Dans le recueil à paraître en mars, "Le livre des beautés minuscules" (Rue du monde), j'évoque une grande marche libre au Brésil qui se veut comme une résistance à l'extrême droite au pouvoir. Il faut dépasser les tabous du thème, oui rester compréhensible, mais faire confiance à l'intelligence de l'enfant. J'appelle des poètes à s'essayer davantage à écrire pour les enfants, à leur offrir cette nourriture que je trouve essentielle, et de le faire sans se brimer.

Un autre texte de Carl Norac.

L' ÂGE D'OR

Plus tard, moi je serai
blanchisseur de nuages ou berger d'oiseaux,
peut-être compteur de gouttes d'eau,
arbitre pour combats d'escargots,
garde du corps pour papillons,
acupuncteur pour hérissons,
clown pour passants fatigués,
imprimeur pour sans-papiers,
décorateur de coccinelles,
empêcheur de tomber du ciel.
Puis, j'inventerai la machine à ne rien faire
qui se tendra en hamac depuis la terre
vers un point très lointain du vaste univers.
Alors, on m'élira comme la plus lente
et la plus douce étoile filante.
Respirant le grand air des galaxies,
à cheval sur l'Ourse, sur la queue de Castor,
employé des affaires privées de l'infini,
je connaîtrai enfin l'âge d'or.



Infos pratiques
Midis de la poésie: "La poésie pour adultes et enfants: le grand écart?"
Date: le mardi 5 février de 12h40 à 13h30
Lieu: Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (Petit auditorium), rue de la Régence, 3, 1000 Bruxelles.
Organisation: Midis de la poésie-Scam
Entrée: 6 € (3 € si réduction).
Réservation: info@midisdelapoesie.be



jeudi 17 janvier 2019

FLB 2019: "Il faut être deux pour flirter"


Qui se rappelle de la première édition de la Foire du livre de Bruxelles? C'était à la salle Arlequin avenue Louise, en 1969, il y a tout juste cinquante ans. Qui s'en rappelle? En tout cas, Hervé Gérard, président du conseil d'administration de la FLB, et Jimmy Jamar, chef de la la Représentation de la Commission européenne en Belgique, deux des orateurs qui ont présenté la Foire du livre de Bruxelles qui fête ses cinquante ans en cette 49e édition. Sven Gatz, notamment ministre de la Culture au sein du Gouvernement flamand, également présent, ne peut en dire autant: il a à peine 51 ans.
Pour rappel, la FLB 2019, se tiendra dans quatre magasins de Tour & Taxis du jeudi 14 février, jour de la Saint-Valentin, au dimanche 17 février (infos pratiques ici).

On le sait, c'est la Flandre qui en est l'invitée d'honneur, par le biais d'une appellation en deux mots, Flirt flamand, l'un anglais, l'autre français (lire ici). Un programme complet et très prometteur (lire ici). Un teasing ici.

Sven Gatz l'a rappelé: "Les francophones connaissent mal la littérature flamande, et l'inverse est vrai également. Il n'y a pas de reproche là-dedans. Notre objectif durant cette Foire est de charmer les lecteurs francophones. Il y a plus de cinquante ans que les auteurs flamands voient leurs œuvres traduites en français." 

Koen Van Bockstal, directeur de Flanders Literature/Vlaams Fonds voor de letteren (FVL), complète: "Flanders Literature contribue en moyenne à la traduction d'environ 125 titres par an, dans plus de trente langues différentes." Il précise: "Au cours des dernières années, plus de soixante livres ont été traduits en français." Et il regrette que "les auteurs flamands rencontrent souvent pour la première fois leurs collègues francophones sur des festivals littéraires en France." Raison pour laquelle il lance un pont entre les deux communautés belges. Il poursuit: "Puisque la Saint-Valentin, cette fête si spéciale, a lieu pendant cette édition,  nous avons décidé de faire plus ample connaissance de la manière la plus séduisante possible. Un rendez-vous galant réussi commence souvent par des préliminaires remarquables, or la littérature flamande regorge de telles entrées en matière. En outre, pour pouvoir flirter, il faut être deux."

Savamment construit en un mélange entre théâtre grec, salle de séjour et bibliothèque, le pavillon flamand fera donc la part belle aux auteurs flamands et à leurs traducteurs. Il sera accessible aussi bien aux lecteurs francophones que néerlandophones, au rythme d'une rencontre toutes les heures pendant les quatre jours de la Foire, sans oublier les sept événements programmés sur les grandes scènes de la Foire. Au menu, fiction, non-fiction, slam, théâtre, poésie, BD, jeunesse, roman graphique... En fil rouge, l'idée de jeter un pont entre littérature flamande et lecteurs francophones et aussi entre secteurs éditoriaux de part et d'autre de la frontière linguistique.

La nouveauté 2019 est que la FLB s'ouvre à un public bilingue ou même néerlandophone via un accord de trois ans avec la BoekenBeurs d'Anvers. La librairie proposera des ouvrages en néerlandais et dans leur traduction française. De nombreux auteurs seront présents pour en parler et les dédicacer. Sont attendus Wauter Mannaert, Aline Sax, Ann De Bode, Tom Schamp, Ingrid Godon, Jolien Janzing, Pieter Gaudesaboos, Sabien Clement, Leo Timmers, Jeroen Olyslaegers, Els Beerten, Annelies Verbeke, Chris De Stoop, Pascal Verbeken, Bart Vonck, Daniel Cunin, Isabel Rosselin, Rokus Hofstede, Marijke Arijs, Carll Cneut, Charlotte Van den Broeck, Kim Andringa, Bram Dehouck, David Van Reybrouck, Jan Baetens, Karel Vanhaesebrouck, Tom Lanoye, Harold Polis, Willem Elsschot, Alain Van Crugten, Brecht Vandenbroucke, Herr Seele, Brecht Evens, Lize Spit, Stefan Hertmans, Bart Moeyaert, Gerda Dendooven, Stefan Brijs…

Autre pavillon remarquable par sa taille et ses dispositifs techniques, la Place de l'Europe. Outre des rencontres, multilangues grâce aux cabines de traduction, il proposera une librairie mettant en avant les littératures européennes et mettra en contact auteurs et éditeurs étrangers. "Plus de quarante rencontres seront organisées sur notre espace", précise Jimmy Lamar, qui se présente comme "le lien entre la Commission européenne et la Belgique".  "L'Europe est dans une phase difficile. Pour en sortir, il faut créer le débat."




Pour le reste, on a appris de la bouche de Grégory Laurent, commissaire général, que le thème de la foire qui s'ouvre dans quatre semaines est "Nos futurS". Et que ses deux invités d'honneur sont l'écrivain algérien Boualem Sansal ("Le train d'Erlingen ou La métamorphose de Dieu", Gallimard, 2018) et l'Américain à multiples facettes Michael Chabon ("Moonglow ", traduit de l'anglais par Isabelle-D Philippe, Robert Laffont, 2018). Un habitué des travées bruxelloises et un nouveau. Le premier à la Foire les vendredi 15 à 19 heures, samedi 16 à 14 heures et dimanche 17 à 14 heures. Le second à Bozar le jeudi 14 à 20 heures, le vendredi 15 à la Foire à 20 heures et le samedi 16 à 16 heures.

"Nos FuturS" se déclinera en différents thèmes, société, dystopie et romans d'anticipation, lecteurs de demain, carnets de route, futurs du livre...

Côté jeunesse, sont annoncés Marie-Aude Murail, Marie Desplechin, Pef, Carl Norac,  François Roca, Kitty Crowther, Bertrand Puard, Thierry Robberecht, Christos... Du beau monde, habitué de la FLB (programme ici).


La Foire du livre de Bruxelles, c'est ce qui se passe au sein de Tour & Taxis et ce qui se passe en dehors, grâce à de multiples partenariats menés avec Passa Porta, Muntpunt, Bozar, Art Basics for Children, le Kaaitheater, le Théâtre Royal Flamand (KVS), les Midis de la Poésie, le Musée de la BD, le Pianofabriek et d'autres.

Au fil du programme du pavillon Flirt flamand

(et sur d'autres scènes si indiqué)

jeudi 14 février
14 heures Paul Verrept et Ingrid Godon (littérature jeunesse)
15 heures slam avec Philip Meersman
15 heures Tom Lanoye (Théâtre des mots)
16 heures poésie en mode Girrrlpower

vendredi 15 février
14 heures poésie
16 heures Chris de Stoop pour "Ceci est ma ferme" (Christian Bourgois), une magnifique évocation de sa jeunesse dans les Polders.
18 heures Jeroen Olyslaegers
19 heures, 20 heures et 21 heures, la traduction littéraire

samedi 16 février
10 heures Alain Verster (dont une exposition d'originaux se tient au Wolf jusqu'au 15 février)
13 heures le classique Willem Elsschot
14 heures Congo avec David Van Reybrouck, Alain Mabanckou et Stefan Brijs (Place de l'Europe)
15 heures BD Flandres (Palais des imaginaires)
17 heures Tom Lanoye

dimanche 17 février
13 heures la ligne claire en BD
14 heures rencontre entre Lieve Spit et Adeline Dieudonné
15 heures Kitty Crowther et Gerda Dendooven dessinent sur un texte de Bart Moeyaert (Théâtre des mots)
16 heures flirter dans les deux langues
16 heures Stefan Hertmans (Théâtre des mots)

Le programme de la FLB 2019 est consultable ici.

Dans le registre littéraire, notons la présence à Tour & Taxis de Sophie Divry, Jean Hagland, Alain Mabanckou, Andreï Kourov, Flore Vasseur, sans oublier les très nombreux écrivains belges qui y participeront aussi.

Ma Foire du livre à moi, ça pourrait être

jeudi 14 février
dès 12 heures Quatrième journée de la traduction (Place de l'Europe, lire ici)
10h30 François Roca (Palais des imaginaires)
17h30 Bruno Coppens, "Loverbooké" (Théâtre des mots)

vendredi 15 février 
17h30 Le roman graphique, avec Jean-Luc Cornette, Sébastien Goethaels, Sébastien Gnaedig et Thomas Gunzig
18 heures  Souvenirs de la fin du monde, avec Antoine Wauters, Sophie Divry et Jean Hegland (Grand-Place du livre)
18 heures Grand entretien avec Andreï Kourkov (Place de l'Europe)
18 heures Marie-Christine Barrault lit Yourcenar (Théâtre des mots)

samedi 16 février
10h15 Jean-Luc Fromental et Joëlle Jolivet (jeunesse, Scène verte)
11 heures présentation du recueil "Des traversées et des mots" (Place de l'Europe)
12 heures Histoires de familles, avec Adeline Dieudonné et Isabelle Spaak (scène Fintro)
13 heures Rencontre croisée entre Amélie Nothomb et Keiichiro Hirano (Théâtre des mots)
14 heures Congo, avec David Van Reybrouck, Alain Mabanckou et Stefan Brijs (Place de l'Europe)
15 heures La bande dessinée néerlandophone, avec Brecht Evens, Herr Seele et Brecht Vandenbroucke
18 heures L'accueil citoyen peut-il changer notre regard sur les migrants, avec Pierre Verbeeren, Adriana Costa Santos, Anouck Van Gestel  et Laure Naïmski (Studio Première)

dimanche 17 février
10h45 Julien Beziat, auteur jeunesse (Palais des imaginaires)
14 heures Trois femmes puissantes,  avec Kim Thuy, Juliana Léveillé-Trudel et Victoire de Changy (Grand Place du livre)
16 heures Le grec, c'est génial, avec Andrea Marcolongo (Place de l'Europe, lire ici)
16 heures Grégoire Delacourt à propos de son nouveau roman (Grand Place du livre)
18 heures Alex Vizorek lit Baudelaire (Théâtre des mots)

et bien sûr tous ces livres et tous ces auteurs qui se découvrent au hasard des pérégrinations dans les allées.







mardi 30 octobre 2018

"Flirt Flamand" à la Foire du livre de Bruxelles



On le savait, mais c'est désormais officiellement lancé. La littérature flamande sera le pays invité, l'hôte d'honneur, à la prochaine Foire du livre de Bruxelles, qui se tiendra du 14 au 17 février 2019, sur le site de Tour & Taxis. Alda Greoli, Ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a officiellement proposé le 28 octobre, lors de l'ouverture du Salon du livre d'Anvers (Boekenbeurs),  à son homologue flamand Sven Gatz de faire de la Flandre l'invitée d'honneur de la Foire du Livre de Bruxelles 2019. Elle l'a fait sous la forme d'un bouquet, symbole de la campagne "Flirt Flamand".


On se rappellera que le thème de la littérature flamande a déjà été à l'honneur du Salon du livre de Paris en 2003 et au Salon du livre de jeunesse de Namur en 2006. On se rappellera aussi que "C'est le bouquet!" est le titre d'un merveilleux album pour enfants de Claude Roy, illustré par Alain Le Foll (Gallimard, 1964)

Il s'agit maintenant pour Sven Gatz de transmettre à un auteur d'expression française le bouquet, un origami composé de pages de traductions françaises d'œuvres flamandes. Le but est de faire voyager les fleurs à travers la Belgique jusqu'à leur arrivée le jeudi 14 février 2019, jour de la Saint-Valentin,  à la Foire du Livre de Bruxelles.
"La littérature flamande n'a jamais été aussi séduisante", peut-on lire sur la page Facebook de la campagne.""Flirt flamand" entend jeter une passerelle entre Belges néerlandophones et Belges francophones qui aiment les livres. Rendez-vous à la Foire du Livre de Bruxelles lors de la prochaine Saint-Valentin."
En ce moment à la Boekenbeurs (jusqu'au 11 novembre sauf les 5, 6 et 7), la Foire du Livre présente un stand de livres en français en vue de promouvoir les auteurs belges francophones mais aussi d'inviter les visiteurs à se rendre, à la mi-février, à Bruxelles. A la FLB, Boek.be disposera d'un stand proposant des ouvrages en néerlandais et des traductions françaises récentes d'œuvres flamandes.

C'est le dynamique organisme Flanders Literature qui a été chargé de mener à bien le projet "La Flandre, invitée d'honneur de la Foire du Livre". L'occasion de collaborer avec, entre autres, Iedereen Leest, deAuteurs et Septentrion ainsi qu'avec de nombreuses organisations littéraires et culturelles bruxelloises, par exemple Passa Porta, Muntpunt, Bozar, Art Basics for Children, le Kaaitheater, le Théâtre Royal Flamand (KVS), les Midis de la Poésie, le Musée de la BD et le Pianofabriek.

"Flirt Flamand" souhaite aussi rapprocher les professionnels du livre des deux parties du pays. En organisant notamment le vendredi 15 février 2019, un après-midi entre professionnels sous l’intitulé B♥B dans le bâtiment Herman Teirlinck du gouvernement flamand (Tour & Taxis).


jeudi 4 octobre 2018

"L'espoir à l'arraché" du poète Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi à la villa Empain. (c) Jérôme Hubert.

Hier soir, mercredi 3 octobre, les Midis de la poésie se déplaçaient à la Villa Empain où la Fondation Boghossian inaugurait son tout nouveau salon littéraire, consacré aux littératures arabes. En invité de Soraya Amrani (La Charge du Rhinocéros), le poète Abdellatif Laâbi, né à Fès (Maroc) en 1942 mais résidant en France depuis 1985. Une excellente soirée, lumineuse, qui n'avait rien de redondant par rapport à sa précédente venue à Bruxelles il y a un an (lire ici). Une conversation riche avec un poète délicat et ironique, ponctuée de lecture de poèmes.

"J'atteste qu'il n'y a d'Etre humain
que Celui dont le cœur tremble d'amour
pour tous ses frères en humanité
Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité
Celui qui considère que la Vie
est en encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités…"

Abdellatif Lâabi

Extraits de la soirée.

"Je suis un migrant professionnel."

"Le désespoir ne sert à rien, il est stérile."

"Les religions sont en train de nous dévorer de l'intérieur."

"La poésie ne s'entend pas beaucoup avec la lâcheté."

"J'utilise la dérision pour exorciser le drame de la tragédie."

"Le français est une langue machiste".



Abdellatif Laâbi vient de publier "L'Espoir à l'arraché" (Le Castor Astral, 144 pages), un recueil de poèmes où il livre une nouvelle bataille contre ce "règne de barbarie" qu'il ne cesse de pourfendre depuis son premier livre, écrit au milieu des années 60. Il le fait avec des "armes miraculeuses" qui lui appartiennent: le cri qu'il dit être inscrit dans ses gênes, la célébration inconditionnelle de la vie et, plus toniques encore, l'ironie et l'autodérision. Il en résulte un paradoxe: alors que des accents tragiques résonnent fortement ici d'un poème à l'autre, on en ressort à la fois ragaillardi et la tête un peu dans les étoiles.


jeudi 18 janvier 2018

Fawzia Zouari à Bruxelles la semaine prochaine

Fawzia Zouari.

C'est bête mais c'est comme ça. Il y a des auteur(e)s formidables à côté desquel(le)s on passe sans trop savoir pourquoi. Question de calendrier, de hasard, de pas de chance. Par exemple, la formidable romancière tunisienne Fawzia Zouari, lauréate du Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2016 pour son superbe récit "Le corps de ma mère" (Joëlle Losfeld, 232 pages, 2016). Pourquoi est-elle si mal connue alors qu'elle a signé une dizaine de livres, vit à Paris depuis près de quarante ans et se déplace régulièrement? On avait ainsi eu l'occasion d'entendre ses mots enflammés lors du Passa Porta Festival 2017. Malgré tout cela, elle n'est pas assez connue, ni pour son parcours littéraire, ni pour son parcours de féministe engagée.

On aura deux occasion de se rattraper, la semaine prochaine à Bruxelles.

Le lundi 22 janvier dès 19 heures à la Maison Autrique où revient le cycle Portées-Portraits organisé par Geneviève Damas et son asbl Albertine, Fawzia Zouari sera présente lors de la lecture à haute voix de son dernier livre.
Portées-Portraits fait découvrir plusieurs fois par an différents auteurs contemporains, le temps d'une lecture-spectacle. Des comédiens donnent à entendre des extraits "coups de cœur" des livres,  accompagnés par des musiciens.
Le texte de Fawzia Zouari sera lu par Hoonaz Ghojallu, accompagnée à la guitare par Benjamin Sauzereau. La mise en voix sera assurée par Ariane Rousseau.

A l'issue de la lecture d'une heure environ, un verre sera offert, occasion de discuter de manière conviviale Fawzia Zouari et les artistes de la soirée. Rappelons qu'une rencontre avec l'auteure est organisée dès 19 heures à la Maison Autrique.

La manifestation est organisée en partenariat avec CEC ONG et les Midis de la Poésie. Elle se déroulera à la Maison Autrique (chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles). Lecture à 20h15, rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Renseignements et réservation par mail à albertineasbl@gmail.com ou par téléphone au 022455187.


Le mardi 23 janvier, de 12h40 à 13h30, dans le cadre des Midis de la poésie, animés par Mélanie Godin et son équipe, Fawzia Zouari échangera avec l'écrivaine belge Geneviève Damas, elle aussi lauréate du Prix des Cinq Continents de la Francophonie ("Si tu passes la rivière", Luce Wilquin, 2012), sur le thème "Poète et Prophète". Cela promet d'être passionnant. Le poète est-il capable de concurrencer le prophète? Il possède le sens de la divination, l'intuition du monde et les mots pour le dire. La tradition islamique a toujours craint les poètes qui, paradoxalement, ont marqué plus que tout autre genre la littérature arabe.

La séance est organisée en collaboration avec Albertine asbl et CEC ONG. Elle se déroulera aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (3 rue de la Régence, 1000 Bruxelles). Réservation par mail à info@midisdelapoesie.be ou par téléphone au 0485325689.



La Tunisie s'est de tout temps fait remarquer par ses femmes, qu'elles soient des personnalités publiques ou tiennent seulement leur foyer. Fawzia Zouari, journaliste et romancière, enrichit cette règle glorieuse. Elle naît - officiellement mais le roman familial donne une autre date - le 10 septembre 1955 à Dahmani, à une trentaine de kilomètres au sud-est du Kef, au sud-ouest de Tunis, au sein d'une fratrie de six sœurs et quatre frères. Son père est un cheikh, propriétaire terrien et juge de paix. Elle est, merci au président Bourguiba qui envoie les garçons ET les filles à l'école,  la première des filles à ne pas être mariée adolescente et à pouvoir mener des études secondaires. Son bac en poche, elle poursuit ses études à la faculté de Tunis, puis à Paris. Docteur en littérature française et comparée de la Sorbonne, elle vit à Paris depuis 1979. Elle a même épousé un Français, autre coup de canif dans les traditions familiales.

Elle travaille durant dix ans à l'Institut du monde arabe - à différents postes dont celui de rédactrice du magazine "Qantara" - avant de devenir journaliste à l'hebdomadaire "Jeune Afrique" en 1996. "La caravane des chimères", publié en 1989 chez Olivier Orban, est consacré au parcours de Valentine de Saint-Point, la petite-nièce de Lamartine qui a voulu réconcilier l'Orient et l'Occident et s'est installée au Caire après s'être convertie à l'islam. C'était son sujet de thèse.

Ses ouvrages suivants évoquent, pour la plupart, la femme maghrébine installée en Europe occidentale. "Ce pays dont je meurs" (Ramsay, 1999) raconte de façon romancée la vie de deux filles d'ouvrier algérien, déracinées, aussi mal à l'aise dans leur société d'origine que dans leur pays d'accueil. "La Retournée", roman publié en 2002, narre sur un ton ironique la vie d'une intellectuelle tunisienne vivant en France et qui ne pourrait plus retourner dans son village natal. En 2006, paraît "La deuxième épouse", mettant en scène trois femmes maghrébines fréquentées simultanément par le même homme. En 2016, elle reçoit le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, pour son livre "Le corps de ma mère".

Fawzia Zouari a écrit "Le corps de ma mère" bien après le printemps 2007 où sa mère s'est éteinte, sa maladie réunissant autour d'elle toute la famille, celle du nord et celle du sud. Comme si elle avait dû attendre avant de se décider à raconter la vie de sa mère et à travers elle, celle des femmes bédouines tunisiennes. Le titre laisse déjà deviner la pudeur de la narratrice. Elle le fait en égrenant des souvenirs, des anecdotes, des conversations glanés tout au long de la vie de sa mère. Ceux qui connaissent la Tunisie vont reconnaître les paysages, les habitudes, les vêtements, les bijoux, les remèdes traditionnels, les conversations sans fin, les discussions à tout bout de champ. Les Tunisien(ne)s qui vont et viennent autour de la vieille matriarche. Ceux qui ne la connaissent pas vont découvrir un pays de l'intérieur.

Avec pudeur, l'auteure relate le parcours de sa famille, principalement celui des femmes de sa famille, Yamna sa mère bien entendu, ses sœurs, elle-même, la nouvelle génération devenue adulte. Mais elle évoque aussi le fils préféré et les autres hommes. La vie à Ebba et à Tunis. "Je ne m'explique pas non plus pourquoi maman semble avoir posé ses valises au milieu de ma vie", écrit-elle. "Pourquoi ai-je hérité, plus que mes frères et mes sœurs, de ses contes, et me suis-je assigné la mission de préserver sa mémoire?"

Dans ce texte vif, à la première personne, elle s'interroge sur les difficultés à sortir des traditions, à les marier à la modernité. Elle traque les secrets de famille longuement tus, soigneusement gardés par sa mère. Elle reprend les histoires racontées depuis toujours aux enfants. Son récit peut se faire dramatique, cocasse ou lyrique. A travers sa famille qu'elle nous confie, entre safsari et pose d'arkous, c'est le chemin de la femme tunisienne qu'elle écrit. Un livre de toute beauté, d'une infinie richesse et qui suscite plein de questions.




mercredi 11 octobre 2017

L'arbre à poèmes d'Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi.

Les Midis de la Poésie ont repris le mardi, en majesté, avec Laurent Gaudé le 3 octobre dernier. Ils se sont poursuivis hier avec Stefan Hertmans et Yannick Renier à propos de l'écriture de W.G. Sebald. Mardi midi prochain, le 17 octobre, on entendra le magnifique poète marocain Abdellatif Laâbi. Il s'entretiendra avec Soraya Amrani (La Charge du Rhinocéros). Il sera question d'un arbre à poèmes.

L'arbre à poèmes.


Apéritif
"Je suis l'arbre à poèmes. On a bien essayé sur moi des manipulations, qui n'ont rien donné. Je suis réfractaire, maître de mes mutations. Je ne m'émeus pas à de simples changements de saison, d'époque. Les fruits que je donne ne sont jamais les mêmes. J'y mets tantôt du nectar, tantôt du fiel. Et quand je vois de loin un prédateur, je les truffe d'épines. 
Parfois je me dis: Suis-je réellement un arbre? Et j'ai peur de me mettre à marcher, parler le triste langage de l'espèce menteuse, m'emparer d'une hache et m'abattre sur le tronc du plus faible de mes voisins. Alors je m'accroche de toutes mes forces à mes racines. Dans leurs veines infinies je remonte le cours de la parole jusqu'au cri primordial. Je défais l'écheveau des langues. J'attrape le bout du fil et je tire pour libérer la musique et la lumière. L'image se rend à moi. J'en fais les bourgeons qui me plaisent et donne rendez-vous aux fleurs. Tout cela nuitamment, avec la complicité des étoiles et des rares oiseaux qui ont choisi la liberté.
Je suis l'arbre à poèmes. Je me ris de l'éphémère et de l'éternel.
Je suis vivant."

Sept questions à Abdellatif Laâbi
Comment vous est venue cette phrase "Je suis l'arbre à poèmes"?
Comme viennent la plupart des images en poésie. Elles surgissent de façon irrationnelle et  prennent forme dans une espèce de rêve éveillé.
Vous représente-t-elle?
En tout cas, elle émane de moi.
Vous évoquez l'importance des racines. Est-ce le cas pour vous?
A la différence des racines de l’arbre, les miennes sont nomades. J’ai d’ailleurs rêvé dans un de mes textes de "libérer les arbres de leur immobilité".
Quelle est la sève qui nourrit le poète que vous êtes?
Deux sources alimentent cette sève: l’indignation et l’amour.
Pouvez-vous expliquer comment les fruits changent en fonction de ceux qui vont les cueillir?
De la même façon que les poèmes changent en fonction de celle ou celui qui va les lire. Si le lecteur  ignore la poésie qu’il y a en lui, il ne captera du poème qu’une prose indigeste.
Vous abordez la question du mensonge et donc celle de la vérité. A qui vous adressez-vous?
Pardonnez-moi de vous répondre avec cette citation de l'un de mes poèmes de jeunesse:  "A tous ceux qui peuvent entendre encore le cri de l’homme".
Votre poésie se nourrit-elle de réalité ou d'imaginaire?
A la place du "ou", je mettrai plutôt un "et".

Extraits






Infos pratiques
Midi de la Poésie: "Abdellatif Laâbi et son arbre à poèmes".
Date: mardi 17 octobre, de 12h40 à 13h30.
Lieu: Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (Petit auditorium), rue de la Régence, 3, 1000 Bruxelles.
Organisation: Midis de la poésie-Alliance Française Bruxelles-Europe.
Entrée: 6 € (3 € si réduction).
Réservation: info@midisdelapoesie.be




dimanche 12 mars 2017

Opération 11 - 11 - 11 à l'Académie de Belgique

Assis de gauche à droite: Pierre Schoentjes, Quentin Volvert,
Pierre Hoffelinck,  Joseph Duhamel, Kenan Gorgun, Gérald Purnelle.
Debout de gauche à droite: Laurent Demoulin, Matthieu Donck,
 Stéphane Bergmans, Benjamin d'Aoust, Grégoire Polet.


A l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, les différents jurys des prix littéraires travaillent chacun de leur côté selon la mission que leur attribuent les fondations qui les dotent. Des prix qui, on le sait, n'ont pas tous la même périodicité (lire ici). Ce samedi 11 mars ont été remis officiellement au Palais des Académies les 11 prix décernés pour l'année 2016. Bingo! 11 hommes récompensés - même 13 puisqu'une des récompenses va à un trio masculin! Pas une femme alors qu'elles figurent en bonne place aux palmarès précédents. Cela a donc à juste titre grincé ici et là lors de l'annonce des lauréats. Très vite, l'Académie a rappelé que les femmes étaient présentes les années précédentes.

Et Jacques De Decker, son secrétaire perpétuel, s'en est aussi expliqué en début de cérémonie: "La question subsidiaire, celle du genre dans son acception issue de la francisation du mot anglais "gender", nous ne nous la posons pas a priori, ce qui a pour conséquence qu'aucune femme ne figure parmi nos lauréats cette année, évidence qui a déjà été remarquée. J'attribue ce manquement, que je regrette, quoique tardivement, au fait que notre Académie a tendance à se draper un peu trop dans sa dignité d'avoir été la première de  langue française à s'être ouverte aux femmes."

Il est vrai que jusqu'aux décès récents de Liliane Wouters, Françoise Mallet-Joris et Claudine Gothot-Mersch, l'Académie belge comptait douze femmes parmi ses quarante membres. "C'est sensiblement supérieur", a poursuivi le maître des lieux et de la cérémonie, "aux huit écrivaines que l'Académie française a admises dans ses rangs depuis plus de trois siècles. Mais ceci, reconnaissons-le, n'est qu'une fragile excuse pour un impair qui ne se reproduira pas. Remarquons que, l'an passé, nous avions, sur ce plan, assuré la parité. Mais répétons que nous déplorons cette évidence, survenue la semaine où la journée de la femme n'a jamais eu autant de retentissement."

Place à ces messieurs, donc. Une séance dans l'assistance de laquelle se trouvaient pour la première fois une bonne série d'enfants de moins de dix ans et même des bébés. Contraste par rapport aux chevelures souvent argentées, si l'on excepte les belles boucles de Grégoire Polet. Plaisir d'entendre les petites jambes galoper dans les allées.


Prix Émile Polak
biennal, destiné à un poète belge de moins de 35 ans.

Nicolas Grégoire
pour son recueil de poésie "s'effondrer sans" (Æncrages)

Déjà lauréat du prix Lockem 2007 pour son premier manuscrit, Nicolas Grégoire poursuit inlassablement son travail d'écriture autour du génocide au Rwanda. "s'effondrer sans" est autant un travail de mémoire sur ce génocide rwandais et un témoignage des atrocités présentes dans le monde entier.

En déplacement au Rwanda, le lauréat n'a pu recevoir personnellement son prix.


Prix Quinot-Cambron
biennal, destinée à un essai.

Gérald Purnelle
pour son essai "Jacques Izoard et François Jacqmin, deux poètes entre les choses et les mots" (Midis de la Poésie/ L'Arbre à paroles)

Un volume modeste par son format, mais riche de la réflexion qu'il contient, où Izoard et François Jacqmin sont rapprochés sous la formule synthétique de "L'Ecriture et la Foudre". L'exposé naquit d'abord sous forme orale aux Midis de la Poésie, bientôt 70 ans. A propos du livre, "Le Carnet et les Instants" écrit que ces deux poètes se rejoignent dans un refus contrasté de l'approche intellectuelle: "là où Izoard entre en contact avec des matières, des étoffes, usant sans vergogne de l'œil, du doigt, de la langue, du sexe, Jacqmin approche  par cercles  concentriques, franchissant par paliers les couches invisibles  qui ceignent l'essence des choses."

"La Belgique est-elle un village gaulois qui continue la pratique de la critique de poésie? En France, il y a moins de critiques en revue mais la critique persiste sur internet. La Belgique a la singularité de continuer à s'intéresser à ce genre qui occupe une place prépondérante dans la Belgique littéraire."


Prix André Gascht de la critique
biennal, attribué à un critique.

Joseph Duhamel
pour l'ensemble de ses critiques

Depuis plus de trente ans, Joseph Duhamel accompagne les lettres belges en tant que témoin et analyste. Il a fait partie de l'équipe de la Promotion des lettres, créée lors du festival Europalia de 1980, et intégrée ensuite au Ministère de la Communauté française, fer de lance de la défense et de l'illustration de notre littérature. Il a été le rédacteur en chef du "Carnet et les instants", et il y a beaucoup publié. Dans des essais monographiques, il a étudié Paul Emond et Xavier Hanotte, chez qui il a surtout détaillé  le thème du double.

"J'essaie de partager ma passion des lettres belges."


Prix Franz De Wever
annuel, destiné à un auteur belge âgé de moins de 40 ans pour un recueil de nouvelles.

Kenan Görgün
pour son recueil de nouvelles "Détecteur de mes songes" (Quadrature)

Un bis pour Kenan Gorgun qui avait déjà reçu ce prix en 2006 pour le recueil de nouvelles "L'Enfer est à nous" (Editions Quadrature, 2005). Écrivain prodige, fort d'une œuvre de fiction multigenre, de la fresque sociologique et visionnaire au thriller, cet écrivain belge d'origine turque, classé dans la fiction spéculative à la mode anglo-saxonne excelle aussi dans la nouvelle. "Détecteur de mes songes" est le deuxième recueil qu'il publie chez Quadrature, éditeur qui défend ce genre.

"Je m'oblige à écrire une nouvelle par mois depuis dix ans. J'en ai une centaine maintenant. C'est un exercice d'autodiscipline. Passer du festin, le texte long, au régime, la nouvelle."


Prix Robert Duterme
quadriennal, destiné à l'auteur d'un recueil de récits touchant au fantastique.

Pierre Hoffelinck
pour son roman "Relation de Karl Götz" (Murmures des soirs)

Un premier roman très abouti mettant en scène Karl Götz, personnage étrange, insaisissable et plutôt narcissique. Archéologie, recherche d'une pierre philosophale en Tunisie, cité antique dans le désert et quête identitaire. Le jury pense qu'il relève du réalisme magique et du roman initiatique, entre Hermann Hesse et Dino Buzzati. Et que, sous des dehors parfois puérils, il est malicieusement subversif, comme le sont les récits de Hermann Hesse et de Dino Buzzati.

"Est-ce du fantastique? Cela m'est confirmé par ce prix. Je ne me suis jamais dit que j'allais écrire du fantastique mais ce que j'écris est du fantastique. Je ne peux pas m'en défaire. Mon style n'est pas spontané. Je me relis beaucoup, même à voix haute."


Prix Georges Lockem
annuel, destiné à un poète belge de moins de 25 ans.

Quentin Volvert
pour son recueil de poésie "Ghettos".

Poète de 19 ans, Quentin Volvert maîtrise tous les rythmes et toutes les cadences, du distique au verset, du lapidaire à l'énumération lyrique, du constat philosophique à la vision surréaliste des environnements urbains. De plus, d'un momentum dont il est le contemporain, le poète fait le socle d'une réflexion qui porte sur l'éternel affrontement de l'homme à ses gouffres.

"Quand j'écris, je compose des mots comme une incantation. Je viens de la chanson."


Prix Emmanuel Vossaert
biennal, destiné à un écrivain belge pour un ouvrage en prose ou en vers, et plus spécialement un essai de caractère littéraire.

Pierre Schoentjes
pour "Ce qui a lieu. Essai d'écopoétique" (Wildproject, 2015).    
                                                 
Le lauréat est un romaniste qui occupe la chaire de littérature française contemporaine à l'université de Gand. Il est un analyste attentif des nouvelles tendances en lettres françaises: "Poétique de l'Ironie" (Seuil, 2001), "Silhouettes de l'ironie" (Droz, 2007), "La Grande Guerre: un siècle de fictions romanesques" (Droz, 2008). Il a synthétisé ses plus récents travaux dans "Ce qui a lieu. Essai d'écopoétique", radicalisant encore le caractère inédit de sa recherche, attentive au rapport de l'écriture à la réalité.

"Venue des Etats-Unis, l'écopoétique se propose d'étudier le rapport entre la littérature et l'environnement naturel."


Prix Félix Denayer
annuel, destiné à un auteur belge pour l'ensemble d'une œuvre ou pour une œuvre en particulier.

Grégoire Polet
pour l'ensemble de son œuvre
à l'occasion de la sortie de son roman "Tous" (Gallimard)

Lauréat du prix Sander Pierron 2008 pour son roman "Chucho", Grégoire Polet est adepte du roman choral et de la fiction ample comme en témoigne son "Barcelona!", sorti en 2015. Un roman ancré dans la ville qu'il a habitée pendant plusieurs années. Revenu à Bruxelles, il publie "Tous", toujours chez Gallimard, un roman où il prend tous les risques, un roman politique. Un récit gigogne, une sorte de triptyque avec une militante belge d'un mouvement alternatif, handicapée à la suite d’un attentat terroriste, un commissaire européen grec et un manifestant polonais qui demande justice.

"C'est un roman historique, une uchronie qui revisite le passé récent dans l'idée d'emprunter des chemins qui n'ont pas été pris. Aujourd'hui on voit que la colère des citoyens n'a servi à rien. Il m'a été en partie inspiré de l'essai "Colère et temps" de Pierre Sloterdijk. En partant de si..., et si... et si... j'ai suivi les conséquences de ce que j'écrivais. C'est de la politique-fiction qui se passe dans les cinq, six dernières années. Ce n'est pas un essai qui propose mais un roman qui imagine. Il est la continuation de mon roman précédent, "Barcelona!" Il est dérangeant car très proche de notre époque. Mais c'est un roman positif, joyeux, ironique, gai, riant."


Prix André Praga
biennal, destiné à une œuvre théâtrale créée à la scène ou à la télévision.

Benjamin d'Aoust, Stéphane Bergmans et Matthieu Donck
pour la série "La Trève"

Couronnement d'un nouveau genre audiovisuel, les séries télévisées qui sont enfin nées du côté francophone de la Belgique avec "La Trêve", coup de foudre du public de la RTBF d'abord, de l'audience internationale ensuite.
Pour bien montrer combien sont importants les dialogues dans un scénario, un extrait est projeté. Et la récompense va collectivement au trio de scénaristes.

"Travailler à plusieurs est très jouissif. C'est aussi moins douloureux. Notre postulat de départ était qu'il y ait un récit dans le récit. Comme quand on part avec deux voitures. Il y a le récit encadré chez la psy et la question de savoir pourquoi on a tué. Nous avons de l'intérêt pour le genre policier, mais aussi pour le réel qui est souvent plus inventif que ce qu'on pourrait imaginer."


Prix Verdikt-Rijdams
annuel, destiné à un ouvrage portant sur le dialogue entre les arts et les sciences

Laurent Demoulin
pour son roman "Robinson" (Gallimard)

Laurent Demoulin a déjà été couronné par l'Académie. Il reçut le prix Émile Polak 2000 pour le manuscrit de son recueil de poèmes "La Terre retournée." "Robinson" est un livre en marge des genres littéraires: ni roman, ni récit, mais un texte fascinant sur un enfant autiste, écrit par son père dans une langue précise, mesurée, maniant l'humour sans donner au lecteur un sentiment de pitié. Extrait: "Robinson, lui, ne ment jamais. Quand il jette un objet mou, qui atterrit à terre en silence sans que je m'en aperçoive, il me le montre avec une honnêteté confondante. Si, par un signe de la main, il m'indique son gobelet, c'est parce qu'il a vraiment soif et non, comme j'ai parfois tendance à le croire, pour attirer l’attention, pour rester dans la pièce que nous sommes sur le point de quitter, etc. Nulle ruse: la transparence de l’immobilité."

"Je n'ai jamais cessé d'écrire pour moi-même à côté de mon travail d'universitaire sur Simenon, Savitzkaia, Baillon, ou Jean-Philippe Toussaint. J'ai toujours écrit de la fiction pour moi-même. En cachette car le travail universitaire est intimidant. Analyser de toutes grandes œuvres amène la question: qui suis-je pour vouloir écrire moi-même? Avec "Robinson", j'ai essayé de ne pas être dans l'ego mais de me centrer sur Robinson. J'ai reçu beaucoup de lettres de parents d'enfant autiste, mais pas seulement. Dès que l'autisme est entré dans ma vie, il y a dix ans, j'ai eu envie d'écrire à ce sujet. En avais-je droit? A-t-on le droit de parler de ses enfants?"


Prix Nessim Habif
Grand prix de la francophonie décerné à un écrivain dont les œuvres sont écrites en langue française.

Patrick Chamoiseau

Ce qui aurait dû être le bouquet final de la proclamation n'a malheureusement pas pu se concrétiser. Le prix international Nessim Habif, la plus prestigieuse des distinctions, n'a pas pu être remise en mains propres à son lauréat. Patrick Chamoiseau a en effet fait savoir, qu'à son grand regret, les moyens de transports ne lui permettaient pas d'être présent à Bruxelles samedi.

Comme si le titre de son dernier roman paru, "La matière de l'absence" (Seuil) et pour lequel il était couronné, se concrétisait par l'absence de l'auteur.