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mercredi 11 mars 2020

E1P2FDL 3 Deux auteurs belges flamands, un sujet commun et sans concertation

Encore un peu de Foire du Livre de Bruxelles, E1P2FDL

Au hasard de mes pérégrinations, entre rendez-vous fixés et rencontres de hasard.

L'édition 2020, la cinquantième, la cinquième où l'entrée est gratuite, a été suspendue à l'avancée du coronavirus. Mais le Covid-19 n'a eu raison ni de la Foire, ni de l'enthousiasme des lecteurs. On a dénombré 60.000 visiteurs dans les allées de Tour & Taxis au cours des quatre jours (du jeudi 5 au dimanche 8 mars), 12.000 de moins que l'an dernier, mais l'on sait pourquoi.
Cap sur la Suisse l'an prochain, du 25 au 28 février 2021.

Stefan Hertmans et Tom Lanoye à la FLB 2020. (c) V.V.

Ils s'apprécient beaucoup mais ne doivent pas se croiser assez souvent à leur goût à voir l'énergie avec laquelle ils se sautent littéralement dans les bras quand ils se retrouvent samedi à la Foire du livre de Bruxelles, en présence de leur éditeur du Castor astral, Richard Bégault. Ils sont un peu en retard mais on leur pardonne volontiers. Stefan Hertmans venait de chez lui, à Dworp, aux environs de Bruxelles, Tom Lanoye d'Amsterdam où il avait participé à la grande fête des auteurs hollandais. Ils sont tous les deux romanciers, auteurs de nouvelles et de pièces de théâtre, poètes et essayistes. Le premier est né à Gand en 1951, le second à Saint-Nicolas en 1958.

Ils étaient là pour participer à une rencontre autour du passage en poche de leurs derniers livres respectifs, écrits à peu près au même moment, sans se concerter, mais traitant du même sujet, la perte d'un jeune homme radicalisé et terroriste. "Le deuil d'une mère est-il différent de celui d'une sœur?", interrogent-ils.

Deux monologues de femmes, une mère pleurant son fils dans "Gaz – Plaidoyer d'une mère damnée" de Tom Lanoye (traduit du néerlandais par Alain van Crugten, Le Castor astral, 2019, 1243e titre de la maison, 88 pages, initialement paru aux défuntes Editions de la Différence en 2016),

une sœur réclamant le corps de son frère dans "Antigone à Molenbeek" de Stefan Hertmans (traduit du néerlandais par Emmanuelle Tardif, Le Castor astral, 2019, 1242e titre de la maison, 88 pages).






Tom Lanoye.
C'est une femme bien habillée, d'âge moyen mais marchant avec difficulté qui prend la parole dans "Gaz - Plaidoyer d'une mère damnée". Elle est la mère du jeune homme qui a commis une tuerie de masse sur un quai de métro. Au gaz et par d'autres moyens. Une horreur. Elle se raconte sous la plume de Tom Lanoye, ne se pardonne rien, dit ce gamin né par césarienne qui a toujours été différent, ce gamin qui l'a fait atrocement souffrir, qui a commis l’innommable et dont elle est la mère, aimante malgré tout. Un partage vertigineux de sentiments et d'émotions qui fouille l'humain et le dit sans fausse honte ni masque. Un texte bouleversant.



Stefan Hertmans.
Dans "Antigone à Molenbeek", sorti en 2017, un an après les attentats meurtriers de Bruxelles, Stefan Hertmans réécrit au mode contemporain le mythe de cette jeune femme, fille d'Œdipe et de Jocaste, qui tenta jusqu'à la mort, et contre son oncle Créon, d'enterrer son frère Polynice. Ici, Nouria réclame en vain à la police, à l'agent de quartier Crénom précisément, la dépouille de son frère radicalisé, mort dans l'attentat à la bombe qu'il a perpétré. Un terroriste a-t-il le droit d'être inhumé, questionne l'auteur. La mort d'un kamikaze peut-elle être humaine en même temps que politique? Le parcours de Nouria face à l'administration, son idée folle d'entrer en cachette dans l'institut médico-légal avec les découvertes que cela suppose, nous font réfléchir au fait que les attentats-suicides ne font pas que des victimes innocentes mais d'autres dans leurs propres familles, écartelées entre le besoin d'ensevelir un mort et l'horreur d'avoir un meurtrier parmi les siens. L'écriture extrêmement dépouillée de Stefan Hertmans, renforcée par les sauts de ligne constants, nous oblige à regarder ce qu'on ne veut pas voir.


Rappel

E1P2FDL 1 Prix 1ère, premier prix pour "Sœur" (ici)
E1P2FDL 2 Prendre un thé avec Gaya (ici)



vendredi 8 mars 2019

Vivre d'humour et d'eau fraîche


Prunelle.
(c) 2000 Marsu.
Pour ceux qui ont un certain âge, Prunelle, Léon de son prénom, est l'irascible secrétaire de rédaction aux grandes lunettes rondes qui remplace en 1969 Fantasio au journal "Spirou" où travaille un certain Gaston Lagaffe. Angoissé congénital, grand jureur devant l'Eternel, énervé total, on a vu le fumeur de pipe au collier de barbe pester dans toutes les positions contre le merveilleux gaffeur créé par André Franquin. Leur duo a permis mille collisions de tempéraments et a fait pleurer de rire les fans de la bande dessinée apparue au sein du groupe Dupuis.





Prunelle de Mézieux. (c) Le Castor Astral.
Mais aujourd'hui, Prunelle est aussi le prénom de Mademoiselle de Mézieux qui signe l'épatant recueil illustré "Les consonnes toujours 2 fois" (Le Castor Astral, 128 pages). Dès l'abord, on décèle chez elle une certaine parenté avec l'auteur Auguste Derrière qui apprivoisait des animaux, des amis-mots, moustiques, fourmis, mites, girafes (lire ici et ici). Normal, puisqu'on apprend que Prunelle de Mézieux est sa "demi-sœur jumelle", née comme lui le 29 février 1892. Pourquoi ne pas lui rendre femmage aujourd'hui?

Un texte d'intro qui est une merveille de jeux de mots, contrepèteries et autres plaisanteries verbales. On y lit notamment: "Féministe d'avant-garde, Prunelle se targuait d'être une femme de méninges et menait une lutte constante contre toutes les formes d'esclavage de cerveau. (...) On la nommait dans le milieu littéraire: la vipère au point..."

(c) Le Castor Astral.

Bref, nous voilà avertis et prêts à prendre connaissance de ce livre d'art et d'essais, illustré à l'ancienne (typos vintage et gravures du début du XXe siècle), présentant une somme astronomique de dictons, maximes, pensées, jeux de mots, réclames publicitaires absurdes et saillies drolatiques diverses. Il y en a dans tous les genres, de "Quand Cézanne peint, ses ânes rient" à "La fin justifie les doyens" en passant par une brochette de trouvailles à afficher en ce 8 mars: "Militer contre l'IVG, ça fécond", "Conne, nettoie toi-même!" ou "Dans la vie conjugale, la concordance détend". Ou d'autres qu'on peut lire à la lumière des actualités: "Devant la porte de l'église père sonna, nonne gratta."

(c) Le Castor Astral.

Comme l'appétit, le plaisir vient en chemin. Plus on lit, plus on rit. Plus on regarde, plus on s'esclaffe. Bien sûr, c'est parfois un peu lourd. Mais cette gymnastique pour le cerveau est surtout très jouissive, et particulièrement inventive. La langue française est triturée dans tous les sens et cela fait du bien d'un peu jouer avec l'ancêtre.

(c) Le Castor Astral.
 
Chère Prunelle de Mézieux qui peut écrire en toute pseudo-innocence "Ecrire délivre!" et prouve grâce à ce livre qu'en 2019, "on peut être une femme et vivre de sa plume. Tout dépend de là où on la met."


Pour feuilleter en ligne "Les consonnes toujours 2 fois", c'est ici.


(c) Le Castor Astral.







jeudi 4 octobre 2018

"L'espoir à l'arraché" du poète Abdellatif Laâbi

Abdellatif Laâbi à la villa Empain. (c) Jérôme Hubert.

Hier soir, mercredi 3 octobre, les Midis de la poésie se déplaçaient à la Villa Empain où la Fondation Boghossian inaugurait son tout nouveau salon littéraire, consacré aux littératures arabes. En invité de Soraya Amrani (La Charge du Rhinocéros), le poète Abdellatif Laâbi, né à Fès (Maroc) en 1942 mais résidant en France depuis 1985. Une excellente soirée, lumineuse, qui n'avait rien de redondant par rapport à sa précédente venue à Bruxelles il y a un an (lire ici). Une conversation riche avec un poète délicat et ironique, ponctuée de lecture de poèmes.

"J'atteste qu'il n'y a d'Etre humain
que Celui dont le cœur tremble d'amour
pour tous ses frères en humanité
Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité
Celui qui considère que la Vie
est en encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités…"

Abdellatif Lâabi

Extraits de la soirée.

"Je suis un migrant professionnel."

"Le désespoir ne sert à rien, il est stérile."

"Les religions sont en train de nous dévorer de l'intérieur."

"La poésie ne s'entend pas beaucoup avec la lâcheté."

"J'utilise la dérision pour exorciser le drame de la tragédie."

"Le français est une langue machiste".



Abdellatif Laâbi vient de publier "L'Espoir à l'arraché" (Le Castor Astral, 144 pages), un recueil de poèmes où il livre une nouvelle bataille contre ce "règne de barbarie" qu'il ne cesse de pourfendre depuis son premier livre, écrit au milieu des années 60. Il le fait avec des "armes miraculeuses" qui lui appartiennent: le cri qu'il dit être inscrit dans ses gênes, la célébration inconditionnelle de la vie et, plus toniques encore, l'ironie et l'autodérision. Il en résulte un paradoxe: alors que des accents tragiques résonnent fortement ici d'un poème à l'autre, on en ressort à la fois ragaillardi et la tête un peu dans les étoiles.


mercredi 11 juillet 2018

DTPE 6 Un peu de tout et beaucoup de rien

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

La bibliothèque de Fulbert Chiffert lui joue des tours.


Marre du foot? Marre de la politique? Marre du monde? Marre de rien? Pareil! Il faut vite se réfugier dans les quatorze nouvelles qui composent aujourd'hui l'"Encyclopædia Inutilis" (132 pages) de Hervé Le Tellier (lire ici et ici) que Le Castor Astral a la bonne idée de rééditer pareille à la version de 2002 mais complétée de trois textes, dont un imaginé pour l'occasion. Le recueil de nouvelles paraît dans la collection "Galaxie" destinée, selon l'éditeur, aux amateurs de littérature agitée.

Pas du tout inutile, cette encyclopédie réunit les vies imaginaires de quatorze individus que l'amour des lettres, des mathématiques ou d'un art particulier a fait basculer dans la folie. Pas vraiment des fous, plutôt de doux dingues dont on fait la connaissance, le sourire aux lèvres. Les textes sont aussi drôles qu'érudits et captivants, s'amusent de tout et n'importe quoi tout en suivant habilement leur cap.

Comment ne pas craquer quand on découvre que la bibliothèque de Fulbert Chiffert lui joue des tours, abritant désormais des livres tels que "L'Aigle à trois têtes", "Le Tour du monde en 81 jours" ou "Vingt-cinq heures dans la vie d'une femme"? La rencontre avec le bruiteur professionnel Hans Schweiger vaut également son pesant de silences. Tout comme celle de Karl von Bryar, ami du mathématicien Alan Turing, celui qui perça les secrets du chiffrement allemand pendant la Deuxième Guerre mondial. Il en est de même pour toutes les autres nouvelles, ciselées, mêlant imagination et érudition, jouant avec les codes et les mots, tellement finement tressées qu'on est complètement immergé dans les univers qu'elles nous ouvrent.

Un livre pour tous les esprits curieux car comme le signale Hervé Le Tellier, membre de l'OuLiPo: "Les lecteurs attentifs qui reconnaîtront ici ou là des références, voire des hommages, de Boris Vian à Marcel Gotlib ou Georges Perec n'auront pas tort. Que ceux qui ne les verraient pas ne s'inquiètent pas outre mesure, car l'on peut largement s'en passer".


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)



samedi 30 décembre 2017

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Hervé, ses questions et ses pensées

En bref pour ne pas les perdre, dix livres qui ont aussi fait 2017.


Hervé Le Tellier.

Vingt ans après sa première édition et quelques rééditions, revoici l'impeccable recueil d'Hervé Le Tellier, "Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable" (Le Castor Astral, collection "Galaxie", 208 pages), très légèrement modifié et complété d'un "avertissement au lecteur" par l'auteur lui-même! Se rappelle-t-on que ce petit bijou est parachevé d'un second titre particulièrement clair: "Mille réponses à la question "A quoi tu penses?""

Tout serait donc dit? Je pourrais aller danser, ou penser à ce que je pense? Juste rappeler que Hervé Le Tellier a publié un très beau roman en cette rentrée, "Toutes les familles heureuses" (JC Lattès, lire ici). Oui, je pourrais faire ça. Mais ce serait passer à côté du kaléidoscope flamboyant qu'est ce recueil agréablement présenté où se répète un bon millier de fois et en lettres anglaises la question "A quoi tu penses?"



Poliment, les réponses commencent toutes par "Je pense que..." Place ensuite à un festival de pensées fugitives, graves, anecdotiques, sincères, bêtes, inventives. Les thèmes? Infiniment variés et sautant de l'un à l'autre pour mieux raconter notre quotidien, sa réalité et ses rêves. Un vrai traité de sociologie contemporaine que ces "Amnésiques" particulièrement observateurs et sans pitié mais pas sans tendresse. Indispensables donc.

Quelques exemples au hasard des pages.

Le premier.
"Je pense à toi."


Le dernier, avec une question légèrement modifiée.

"Je pense à moi. Et toi?"


D'autres.
"Je pense que je ne saurais pas faire la différence entre un hermaphrodite et une hermaphrodite."

"Je pense que, souvent, la pluie vient après la pluie."

"Je pense que les Q majuscules ont une petite queue, alors que les petits q en ont une grande."

"Je pense que si j'avais un peu plus d'humour, la vie serait encore plus désespérante."

"Je pense que je suis né trop tôt dans un monde trop jeune."

"Je pense que je t'ai surprise hier matin à sentir tes chaussettes pour savoir si tu pourrais les remettre."


Et ainsi de suite encore plus de 990 fois!


Et aussi
1. "Tout un monde lointain", Célia Houdart, P.O.L.
2. "Madone", Bertrand Visage, Seuil
3. "Point Cardinal", Léonor de Récondo, Sabine Wespieser Editeur
4. "Mon autopsie", Jean-Louis Fournier, Stock
5. "La beauté des jours", Claudie Gallay, Actes Sud
6. "Traité des gestes", Charles Dantzig, Grasset
7. "Une autre Aurélia", Jean François Billeter, Allia
8. "La nuit des enfants qui dansent", Franck Pavloff, Albin Michel





mercredi 19 juillet 2017

DTPE 6: les voyages de Martha

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire aussi.

Comment ne pas craquer pour la nouvelle héroïne de papier de Francis Dannemark, qui donne son prénom au nouveau roman de l'auteur, "Martha ou la plus grande joie" (Le Castor Astral, 128 pages). On la découvre originale et pétillante, mais la mémoire malmenée par un accident et la santé hésitante. On va la voir renaître lors de ce voyage en voiture qu'elle effectue en compagnie de son frère, Martin, son ange gardien. Retrouver son passé, découvrir en compagnie de son jumeau celui de leur père, s'autoriser un présent radieux.

Enfin, le voyage en voiture, c'est une façon de dire. Car leur auto refuse de redémarrer après une halte près de l'Yonne. Comment les voyageurs se rendront-ils chez Jeanne qui les a invités chez elle du haut de ses 87 ans? Grâce à Septime, le garagiste du coin, qui passe par là. De rencontre en échange, on entre dans ce petit monde qui vit un peu hors du monde. C'est Martin qui raconte mais c'est Martha qui voit tout, qui ressent tout. Septime le solidaire qui se repose sur son mécano Youssef et leur sert de chauffeur et de guide. Jeanne qui finira par conter son passé secret en faisant découvrir le leur à ses invités. Martin qui essaie de faire au mieux pour sa sœur alors qu'une accusation de plagiat tombe sur l'auteur irlandais dont il est le traducteur. Martha dont on découvre la fille bienveillante et le fils carré-coincé qui veut reprendre sa vire. Et tous les autres qui apparaissent lors de conversations vécues ou d'anecdotes rapportées.

Au fond, la seule certitude qu'on a en lisant "Martha ou la plus grande joie", c'est qu'on va vagabonder dans une nature omniprésente. Pour le reste, Francis Dannemark nous mène à sa guise, à gauche à droite, en France, en Afrique, en Irlande, dans le passé et dans le présent. Et c'est très bien comme ça. Car sa plume légère célèbre ses personnages avides d'amour, généreux et bienveillants. Les caresse et nous les rend terriblement attachants.

"J'ai écrit ces pages pour partager le sourire de Martha et sa joie", affirme l'auteur. "C'est une histoire de rencontres et de renaissance. C'est une histoire d'amour." La fragile Martha y rayonne de chaleur humaine, sourit aux siens comme on a l'impression qu'elle nous sourit à nous.  Sa joie communicative illumine ce beau et bref roman.


Les premières lignes de "Martha ou la plus grande joie"
"Après avoir traversé la forêt en multipliant tours et détours, comme si la ligne droite n’était jamais qu’une vue de l’esprit sans grand intérêt, la route venait de se transformer en une douce courbe à flanc de coteau pour longer une vaste étendue de champs de blé et de prairies où des vaches, rares et lointaines, avaient pris des poses paisibles. Dans le ciel de ce début de juillet, quelques nuages se laissaient faire par le vent. L’un d’entre eux se penchait pour ramasser son chapeau. Léger, celui-ci lui avait déjà échappé deux fois. Je n’ai rien dit. Martha dormait, j’ai ralenti un peu pour profiter du spectacle.
"Tu as vu? s'est-elle soudain animée en désignant le ciel. Le bonhomme a attrapé son chapeau."
J'ai souri et je me suis dit: voilà bien Martha..."

Le premier chapitre du roman peut se lire en ligne ici.


Rappel
DTPE 1: "La fissure", Carlos Spottorno et Guillermo Abril (Gallimard bande dessinée).
DTPE 2: "Pour une poignée de degrés", collectif de photographes, Marie Desplechin, Thierry Salomon (Light Motiv).
DTPE 3: "La lecture", Jan Baetens et Milan Chlumsky  (Les Impressions Nouvelles).
DTPE 4: "Troisième Personne", Valérie Mréjen (P.O.L.).
DTPE 5: "Un passant incertain", Jean-Yves Laurichesse (Le temps qu'il fait).





jeudi 30 mars 2017

106 mots pour saluer la prose de Bruno Coppens

Un selfie de Bruno Coppens et ??? 

Bruno Coppens est le roi du calembour improbable et du jeu de mots parfois pourri, on le sait. Il se montre royalissime dans son nouvel ouvrage, "106 façons simples de supporter ces temps assommants" (Le Castor Astral, 152 pages). 105 conseils en réalité puisqu'il détourne en finale la consigne éditoriale.

Le recueil est plein d'histoires dingues et de bons mots tordant joyeusement la langue française, alignant des idées plus loufoques les unes que les autres, quoique efficaces, l'ensemble étant illustré par un apprenti nageur. En filigrane, une épatante sociologie de notre assommante société. Mais de piquants conseils pour y échapper. Dont l'aide d'une boulangère. Résistez! Plongez-y! Apaisement garanti.


Sept conseils en résumé.


Le conseil 45 complet.



Réponse à la question: un selfie de Bruno Coppens et Emilie Dequenne.










vendredi 1 juillet 2016

DTPE 2: cinq femmes et un soutien-gorge

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Pilar Pujadas.


"Cœur Croisé"... Pas étonnant que j'aie l'impression d'avoir toujours connu ce mot: le célèbre soutien-gorge à élastiques croisés a été créé il y a plus de soixante ans... Il donne aujourd'hui son nom à un beau petit roman de Pilar Pujadas (Mercure de France, 135 pages), née à Barcelone en 1960 mais résidant à Bruxelles depuis de nombreuses années. Ce premier roman est son second livre, après l'abécédaire illustré par Mélanie Rutten "J'aime trop l'amour" dans la collection "Soit dit entre nous..." des Escales des lettres du Castor Astral (2014).

Statique, abandonné sur la table de nuit de la chambre à coucher, le "Cœur Croisé" rouge est néanmoins au centre de l'intrique. Cinq femmes vont successivement l'y voir, s'en étonner ou pas, et raconter leur histoire. Au début, on pourrait croire qu'il s'agit de cinq nouvelles car la romancière n'en dit pas trop. Mais le livre achevé, le lecteur réalise qu'il s'agit bien d'un roman unique qu'il aura pris plaisir à reconstituer. Il aura alors asssemblé l'histoire de ces femmes autour de Laurent et entendu ce dernier terminer le récit.

On rencontre donc successivement Déborah la femme de ménage, Marie-France la mère, Muriel la voisine, Eve l'ex et Béatrice la nouvelle. Elles se connaissent de près ou de loin. Chacune se rend dans l'appartement qui devrait être inoccupé pour une bonne ou une mauvaise raison. Chacune raconte un bout de son passé en relation avec le soutien-gorge écarlate, en lien ou non avec Laurent. Chacune incite le lecteur à aller dans une voie alors que la suivante lui fait revoir son jugement. Pilar Pujadas raconte des petits bouts de vies de femmes, croise leurs histoires d'amour, tresse leurs rêves et leurs espoirs avec la réalité. C'est joliment assemblé, bien écrit et plein de surprises à découvrir. Un beau petit roman qui donne du glamour à ces soutiens-gorges forcément datés.

Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).



lundi 1 février 2016

Le vingtième livre d'Eva Kavian

"Voici donc mon vingtième livre (oups), un roman jeunesse", m'écrit Eva Kavian en me faisant parvenir "Le frère de Simone" (Oskar éditeur, 177 pages). Vingt livres! Alors que la Namuroise d'origine a commencé en 2000 avec "Le voisin sur les rails" (Le Castor astral), un recueil de nouvelles, poursuivi l'année suivante avec son premier roman, le remarqué "Après vous" (Le Hêtre pourpre). Depuis, elle tâte de la poésie (Esperluète et Dessert de lune), publie des manuels d'écriture (De Boeck), écrit des romans jeunesse dont un très beau premier, "La dernière licorne" (Mijade, 2008). Et poursuit bien entendu dans la veine du roman pour adultes. "Autour de Rita", "Le rôle de Bart", "Le square des héros" (les trois au Castor Astral), "L'art de conjuguer des hommes mariés" (Dessert de lune) sont autant de titres qui ont marqué les lecteurs. Quelle force de travail! Sans oublier les ateliers d'écriture qu'elle anime dans divers réseaux.

"Le frère de Simone" est un roman jeunesse certes, mais plutôt pour grands ados (l'éditeur le place en collection "jeunes adultes"). Pas à cause du thème, une grossesse précoce, mais à cause de sa composition complexe. En marge de l'histoire principale de Simone, 18 ans, dont on comprend petit à petit, en de courts chapitres, les nombreux éléments laissés au départ dans le vague, s'intercalent des pages en caractères italiques: les rêves éveillés et les suppositions de Fred, petit bout de presque 4 ans.

Le livre s'ouvre sur l'arrivée de Simone dans un lycée chic. Elle a donc 18 ans, deux de plus que les autres élèves. Elle n'est fille de personne si ce n'est de parents morts. Elle l'annonce tout de suite et complète sa présentation du fait qu'elle vit avec son frère. Si on comprend vite dans le roman que le petit bout est son enfant à elle, le puzzle de l'itinéraire de Simone est savamment construit et ne se révèle que peu à peu.

Pourquoi ses parents sont-ils morts? Pourquoi s'occupe-t-elle seule de son enfant? Pourquoi veut-elle absolument retourner à l'école? Pourquoi ces deux années d'écart avec ses condisciples? Le lecteur apprend à la connaître et à l'apprécier, à frissonner aussi devant son itinéraire de vie, tout comme les élèves qui s'étonnent de cette fille différente, préoccupée par d'autres sujets qu'eux, empathique mais qui n'hésite pas à tricher pour réussir ses contrôles.

Eva Kavian.
C'est bien écrit comme toujours chez Eva Kavian, avec sensibilité mais sans en rajouter, et imagination. Où je me suis un peu perdue, c'est dans la multitude des personnages du roman, cousin, voisin, élèves et leurs familles, personnel du centre et du lycée... D'autant que passé et présent se mélangent souvent. Que de prénoms à retenir alors qu'ils ont tous leur rôle à jouer dans ce livre qui embrasse beaucoup de sujets de société annexes, maladie, séparation, amour, mutilation, travail, vieillesse, trahisons... Autant de solitudes qui finissent par se rencontrer dans ce beau texte discrètement situé à Namur! Les épreuves les ouvrent les uns aux autres et à eux-mêmes. Le personnage de Simone est très attachant par son tempérament, sa franchise, sa volonté et sa force de vie. Sa résilience aussi bien entendu. Peut-être faut-il lire le le roman une seconde fois pour s'y retrouver plus facilement et l'apprécier alors totalement?









mercredi 16 décembre 2015

Des images pour les grands aussi (bis)

Hier, je vous présentais la magnifique fresque historico-graphique de Lamia Ziadé, "Ô nuit ô mes yeux" (P.O.L., lire ici). Aujourd'hui d'autres albums pour les grands.

A Baltimore, il y a la série "The Wire" et il y a l'illustrateur David Plunkert. Plus réputé de son côté de l'océan que du nôtre. L'Américain né en 1965 a beau collaborer depuis belle lurette avec les journaux et les magazines les plus prestigieux, d'"Esquire" au "New Yorker", en passant par "Forbes" ,"Time", "Playboy", "Rolling Stone magazine" sans oublier le "New York Times" et le "Wall Street Journal", on ne le connaît guère ici. Dommage parce que cet adepte des collages, dans la plus pure inspiration dadaïste mais résolument contemporain, gagne à être connu. C'est désormais possible avec la parution de la version française des "Histoires extraordinaires et poèmes" d'Edgar Poe (Textuel, 208 pages) qu'il a largement illustrée. Un beau livre en moyen format offrant une sélection des textes de l'écrivain et poète américain, né à Boston en 1809 et mort à... Baltimore en 1849. Sont réunis ici douze "Histoires extraordinaires" et douze "Poèmes", dans les traductions françaises de Charles Baudelaire, Emile Hennequin, Stéphane Mallarmé, Brice Matthieussent et Félix Rabbe.

Les images pleine page (sauf une sur double page) ponctuent les récits au rythme d'une toutes les quatre ou cinq pages de texte; elles sont parfois complétées de vignettes en noir et blanc. Ce qui fait de cet ouvrage un vrai beau livre bien illustré. De quoi lire ou relire certains textes classiques de Poe, comme "Le corbeau" qui termine l'alnum et aussi en découvrir d'autres, plus confidentiels, tous ayant été choisis et réunis pour leur ambiance inquiétante et leur humour glaçant.

Dernier texte du recueil, "Le corbeau". (c) Textuel.


Toujours dans le thème de l'inquiétude, une nouvelle inédite de Haruki Murakami, écrite en 2005, qui paraît en version illustrée par l'Allemande Kat Menschik - c'est la troisième fois que la Berlinoise illustre un texte du Japonais, elle l'avait déjà fait pour "Sommeil" (2010) et "Les attaques de la boulangerie" (2012). J'ai nommé "L'Etrange Bibliothèque" (traduit du japonais par Hélène Morita, Belfond, 72 pages). Parce que oui, le lieu inquiétant est une bibliothèque, habituel havre de paix.

On y suit un jeune garçon curieux et consciencieux, grand adepte de la bibliothèque municipale. Non seulement, il s'y rend régulièrement pour trouver des livres répondant à ses questions, mais en plus il remet toujours les livres empruntés à l'heure. Il ne se doute de rien ce soir-là. Découvre seulement qu'une femme étrange occupe l'espace de prêt. Mais, il ne se méfie pas et suit ses instructions: "Descendez l'escalier, et puis à droite. Avancez tout droit jusqu'à la salle 107."

Le tortionnaire. (c) Belfond.

Pauvre de lui! Il a mis le pied dans un engrenage dont il aura bien de la peine à se sortir. C'est ce que nous raconte avec un plaisir non dissimulé Haruki Murakami en tressant cette histoire de jeune usager de bibliothèque séquestré par un vieil homme terriblement inquiétant qui se nourrit de cervelles bien faites. Le vieillard violent est aidé par un étrange homme-mouton, obéissant en apparence et excellent cuisinier.

Le narrateur va vivre de curieuses aventures durant sa captivité. Il va notamment rencontrer une fillette muette, terriblement jolie et porteuse de nourritures exquises. Cela va apporter quelques diversions aux inquiétudes que le gamin se fait pour sa mère qui l'attend chez eux. Mais l'essentiel est qu'il est prisonnier d'un fou, attaché à son lit et que sa cellule se trouve au bout d'un labyrinthe compliqué. L'auteur ne va toutefois pas laisser son héros là et il nous fait suivre sa tentative haletante d'évasion.

Une nouvelle plaisante qui pose, l'air de rien, les questions du danger du savoir et de la résistance à l'autorité bête, en les transposant dans un univers onirique où le Japonais évolue comme un poisson dans l'eau.

Le début de "L'étrange bibliothèque" peut se lire ici.

A noter enfin qu'après trente-sept ans, Haruki Murakami autorise la publication de ses deux premiers romans, "Ecoute le chant du vent" (1979) et "Flipper, 1973" (1980). Traduits par Hélène Morita, ils seront en librairie le 14 janvier 2016, en un seul volume (Belfond). Ecrits et publiés au Japon en 1979 et 1980, puis dans une unique traduction anglaise, ils composent les deux premiers tomes de la "Trilogie du Rat", que clôt "La Course au mouton sauvage" (Seuil, 1990, 2009; Points, 2002, 2013). Ces œuvres étaient jusqu'ici interdites de publication par l'auteur lui-même, qui en explique la genèse dans sa préface: ces deux courts romans "écrits sur une table de cuisine" sont  à l'origine de sa décision de devenir écrivain. Le premier, "Ecoute le chant du vent", avait remporté le prix Gunzo au Japon et apporté un succès immédiat à Murakami.


Retour sur terre avec "La Pasionaria", le surnom bien porté par l'Espagnole Dolorès Ibárruri, dont le destin extraordinaire de force et de courage nous est conté sous forme de bande dessinée par Michèle Gazier au scénario Bernard Ciccolini aux dessins (Naïve, collection "Grands destins de femmes, 98 pages). Cette femme fabuleuse fut une figure légendaire de la guerre d'Espagne et une leader communiste.

Retour à Madrid. (c) Naïve.
Dolorès Ibárruri est née en 1895 dans le pays basque espagnol. Elle mourra à Madrid en 1989, douze ans après son retour d'un exil de trente ans  en URSS à la suite de la victoire de Franco. L'album s'ouvre sur cette scène de retour, le 13 mai 1977. Le vol régulier Moscou-Madrid est retardé. Une dame âgée, solidement encadrée, s'engage résolument sur la passerelle. Dans l'avion, les hôtesses jacassent. Elles ignorent sans doute tout de la vie de leur passagère qui se la remémore au cours de ce voyage. A ses premiers souvenirs, elle a sept ans.

On voit se dérouler la vie de cette petite fille douée à l'école, mais née fille, à la huitième place d'une famille pauvre de onze enfants dont le père travaille à la mine, comme tous les hommes du coin. Dolorès aime l'école, elle aime apprendre, fait la part entre réalité et religion et souhaite devenir institutrice. Raté, à quinze ans, on la force à apprendre la couture.

Elle va travailler, et surtout découvrir les conditions du travail. Pour avoir son indépendance, elle deviendra servante. En parallèle, elle lit et soutient les ouvriers qui commencent à s'organiser contre les conditions inhumaines de travail que les patrons leur imposent. On la marie, une liberté qui est une autre prison. Les fenêtres de sa vie sont alors Marx et Victor Hugo.

L'album déroule chronologiquement l'itinéraire engagé de la Pasionaria, qui subira la prison parce que communiste. Ce qui ne diminue pas ses combats. Durant la guerre d'Espagne, elle est sur tous les fronts. "No Pasarán", répète-t-elle malgré les défaites des Républicains. L'antifasciste devra toutefois prendre le chemin de l'exil à Moscou.

La dernière partie du livre reprend à l'arrivée de l'avion à Madrid. Malgré son âge, la militante a encore beaucoup de travail à faire dans son pays et pour son pays... L'atout du livre, bien écrit et dessiné, est de présenter toutes les facettes, publiques et privées, d'une femme extraordinaire, confrontée à l'histoire en marche de son pays.

La Pasionaria a connu la prison. (c) Naïve.


Je termine sur une note humoristique avec la sortie du quatrième tome des bons mots, maximes, dictons et réclames d'Auguste Derrière, "Les girafes n'aiment pas les tunnels" (préface de Hervé Le Tellier, Le castor astral, 160 pages).
Deux ans déjà qu'on attendait une nouveauté d'Auguste Derrière, né en 1891 à Bordeaux comme on le sait (lire ici). Même si on sait que ces recueils sortent une année sur deux, en novembre. Quand on aime, on ne compte pas.

Les voilà donc, ces quatre centaines et plus de pensées, maximes, dictons et autres réclames, parfois illustrés mais toujours fort agréablement typographiés,  qui vont vous faire vous gondoler grave. Quand le mauvais jeu de mots est décliné avec une telle vélocité, on ne peut qu'applaudir. Sept exemples pris au hasard, ou presque.
"Les végétariens ne vont jamais à la pêche, ils s'en fish!"
"Les salades romaines ne sont pas légion."
"Vous êtes trop gai, vous êtes drogué?"
"Ne dites pas "Je dévore Tchékov" mais "Je bouffe chez Jean-Pierre"."
"Peut-on ouvrir une maison close avec une clé à pipe?"
"Les homosexuels ne sont jamais trop aidés. (Liaison dangereuse)"
"Amsterdam n'est pas la femelle du hamster."

Et puis, ces girafes nous apprennent plein de choses. Comment voir le pape à Noël, qui fête la Saint-Ignace, la fonction du tibia de curé ou encore ce qu'est l'acarien. De quoi se lubrifier les neurones, les axones et même les dendrites. Sans oublier les très nombreuses réclames sur pleine page, illustrées. Graphisme à l'ancienne mais sujets de tous temps. Bref, "Les girafes n'aiment (peut-être) pas les tunnels" (la page de titre montre pourquoi et on les comprend) mais moi j'adore ces jeux de mots innombrables, tordus, étourdissants à haute dose mais puissamment addictifs.

Auguste Derrière s'adresse aux Français en ce 13 décembre. (c) Castor astral.


Pour feuilleter le début de l'ouvrage, c'est ici.





lundi 15 juin 2015

A Saint-Sulpice, la poésie belge, mais pas que...

Cétait donc le 33e Marché de la poésie à la place Saint-Sulpice de Paris ce week-end qui commença le mercredi 10 juin. Dont la Belgique, Wallonie-Bruxelles et Flandre réunies, était l'invitée d'honneur.
Cinq jours qui ont rassemblé cinq cents éditeurs et trois cents auteurs sous l’œil bienveillant de William Cliff, lauréat le 5 mai dernier du Goncourt de la poésie Robert Sabatier.
Ç'aurait été bien d'y être.  Cela n'a pas été possible.
Pas trop grave, les livres sont toujours disponibles, ambassadeurs parfaits.


Quelques propositions parmi les parutions récentes
 - et pardon si certains des titres n'étaient pas présentés dans le sixième arrondissement.


"Belgium Bordelio"
"Structure/Structuur"
anthologie bilingue
30 auteurs belges
l'Arbre à Paroles & Poëziecentrum
454 pages

Quinze auteurs néerlandophones et quinze auteurs francophones, tous belges évidemment, se partagent les 450 pages de ce recueil entièrement bilingue (traductions en face à face, bordées par une mini-bio dans les deux langues). C'est dire s'ils ont chacun bien de la place pour leurs textes.

"Belgium Bordelio"... le titre prête à rire, au moins à sourire. Qu'est le bordel belge? Celui de l'Etat? Celui de sa culture? Il tend encore plus les zygomatiques quand il s'assortit de son sous-titre: structure! Ah bon? Le désordre de l'ordre peut-être? Ou l'inverse?

Toujours est-il que se succèdent dans cette brique de 560 grammes de joyeux poètes, plus ou moins connus, plus ou moins jeunes, plus ou moins des deux sexes. Les flamands ont été choisis par Jan H. Mysjkin, les francophones par Antoine Wauters. Les deux directeurs de l'ouvrage ont organisé un tirage au sort pour mélanger leurs ouailles ayant publié soit dans "Poëziekrant", soit aux Editions Maelström ou de l'Arbre à paroles. Puis, ils ont revu le choix du sort pour faire en sorte qu'alternent un auteur flamand et un auteur francophone.

Les élus sont, selon leur ordre d'apparition dans le livre:
Christophe Vekeman - Laurence Vielle - Peter Ghyssaert - Milady Renoir - Roger de Neef - Antoine Wauters - Jan H. Mysjkin - Julie Remacle - Renaat Ramon - Antoine Boute - Claude van de Berge - Alexis Alvarez Barbosa - Paul Bogaert - Anne Versailles - Frank Pollet - Tom Nisse - Michaël Vandebril - Véronique Daine - Johan de Boose - Olivier Dombret - Peter Theunynck - Jacques Izoard - Stefan Hertmans - Dominique Massaut - Lies Van Gasse - Serge Delaive - Hilde Keteleer - Karel Logist - Delphine Lecompte - Vincent Tholomé
Un panorama bien complet de ce qu'est la poésie belge et des formes multiples qu'elle emprunte.

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"La Poésie française de Belgique,
une lecture parmi d'autres"
Yves Namur
Editions numériques Recours au poème
380 pages
ebook uniquement

Cet autre ouvrage collectif réunit, lui, 89 poètes francophones de Belgique, choisis par Yves Namur. Il n'est disponible qu'en version numérique puisqu'il paraît aux Editions numériques Recours au poème que dirige Matthieu Baumier.

Pas un cadastre de la poésie française mais des choix posés par Yves Namur qui s'en explique:
"Le présent travail entendait réserver une place particulière aux voix nouvelles sans pour autant oublier ceux qui sont les représentants majeurs de notre poésie à l'étranger. Ils sont d'ailleurs quasi tous (à une exception près, je pense) à la table des matières de ce livre comme aux catalogues des grands éditeurs. J'ai souhaité par ailleurs donner une place de choix à ces voix de femmes trop souvent écartées, on se demande bien pourquoi. J'aurais pu, je l'avoue, en ajouter bien d'autres.
Une remarque encore: seuls sont ici présents les poètes vivants au moment de la rédaction de ce livre. Ainsi (et ce sont les seuls noms que je citerai ici) sont absents Jean-Claude Pirotte ou André Balthazar qui nous ont quittés voici peu de temps.
Autre remarque sur ce travail et ses contraintes: j'ai ici répondu aux souhaits de l'éditeur me demandant d'insérer a priori des textes inédits. Ce qui ne fut pas toujours simple, certains auteurs restant injoignables, d'autres n’ayant guère ou pas d'inédits sous la main, j'ai cru utile de choisir dans l'œuvre publiée."

Voilà les 89 femmes et hommes poètes choisis, dans l'ordre de leur apparition dans le recueil, c'est-à-dire selon l'année de leur naissance, de l'aîné au plus jeune.
Georges Thinès, Philippe Jones, André Romus, André Schmitz, Liliane Wouters, André Doms, Jacques Demaude, Claire-Anne Magnès, Gaspard Hons, Anne-Marie Derèse, Jacques Sojcher, Véra Feyder, Rose-Marie François, Colette Nys-Mazure, William Cliff, Jacques Crickillon, Michel Voiturier, Anne Bonhomme, Werner Lambersy, Christian Hubin, Françis Chenot, Geneviève Bauloye, Jean-Pierre Verheggen, Jacques Vandenschrick, Anne Rothschild, Robert Gérard, Marc Dugardin, Corinne Hoex, Serge Meurant, Guy Goffette, Daniel Fano, Frans de Haes, Pierre-Jean Foulon, Roland Ladrière, Pierre-Yves Soucy, Pierre Gilman, Jean-Marie Corbusier, Jacques Goorma, Jean-Luc Wauthier, Françoise-Lison Leroy, François Emmanuel, Daniel Simon, Béatrice Libert, Jean-Michel Aubebert, Daniel de Bruycker, Philippe Lekeuche, Thierry-Pierre Clément, Véronique Wautier, Francis Dannemark, Caroline Lamarche, Philippe Leuckx, Eric Brogniet, Philippe Mathy, Sabine Lavaux-Michaëlis, Jacques Keguenne, Lucien Noullez, Pierre Schroven, Claude Donnay, Denys-Louis Colaux, Carl Norac, Serge Núnez Tolin, Karel Logist, Véronique Bergen, Paul Mathieu, Pierre Warrant, Véronique Daine, Vincent Tholomé, Serge Delaive, Cathy Leyder, Laurent Demoulin, Laurence Vielle, Yves Collet, Piet Lincken, Christophe van Rossom, Ben Arès, Marie-Clotilde Roose, Otto Ganz, Hubert Antoine, Fabien Abrassart, Pascal Leclercq, Laurent Fadanni, Harry Szpilmann, Antoine Wauters, Kathleen Lore, Raphaël Miccoli, Eric Piette, Nicolas Grégoire, Maxime Coton.
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L'asbl L'arbre de Diane a pour but de promouvoir la littérature et la poésie, à travers différents médias, dont des livres numériques et papier. D'explorer aussi les aspects sonores et radiophoniques de la littérature, ainsi que son rapport avec les technologies et les sciences. Dirigée par Mélanie Godin et Renaud Lambiotte, sa collection "La Tortue de Zénon" réunit les mondes de la littérature, des sciences et des mathématiques. Impossible? Non! Les deux premiers livres viennent de sortir, dont les titres sont déjà tout un programme...

"Les mathématiques
sont la poésie des sciences"
Cédric Villani
L'arbre de Diane
"La tortue de Zénon"
68 pages

Cédric Villani est un mathématicien français qui s'intéresse à la théorie cinétique et au transport optimal. Le directeur de l'Institut Henri Poincaré à Paris, aussi professeur d'université à Lyon, a reçu la célèbre médaille Fields en 2010 pour ses recherches. Il a étendu sa notoriété du domaine des mathématiques à celui de la littérature en publiant un premier roman particulièrement original, "Théorème vivant" (Grasset, 2012, Le livre de poche, 2013) où il est bien sûr question d'un mathématicien. On entend aussi en été sur les ondes de France Inter celui  qui est devenu l'ambassadeur des maths françaises.

Pas étonnant que Cédric Villani déclare que les mathématiques sont la poésie des sciences.
"Si les mathématiques étaient un genre littéraire, ce serait certainement la poésie. L'élément poétique peut venir par l'apparition d'éléments étrangers et inattendus dans un texte. On peut trouver une certaine beauté aux mots qui surgissent avec leur charge de mystère dans un dialogue où ils n’ont rien à faire. Ils appartiennent à une autre langue. C'est un peu comme quand vous écoutez une chanson dans une langue étrangère à laquelle vous ne comprenez rien et que vous y percevez une force tout à fait mélodieuse et mystérieuse."
Dessin d'Etienne Lécroart. (c) L'arbre de Diane.
Comment développe-t-il davantage sa pensée? C'est à retrouver dans le livre qui retranscrit une conférence donnée en mars 2013 à la Maison de la culture de Namur, organisée par le département de maths de l'université du lieu et les Midis de la Poésie. Avec la participation d'Elisa Brune en préfacière et de l'auteur de bande dessinée Etienne Lécroart, membre de l'OuBaPo (Ouvroir de bande dessinée potentielle) pour accompagner les réflexions de Villani.



"Dix rencontres entre science et littérature"
Géodésiques
L'arbre de Diane
"La tortue de Zénon"
144 pages

Dans ce livre se succèdent dix paires improbables, un scientifique et un auteur de littérature qui, ensemble, parlent de science. Le premier lance la discussion à propos de ses recherches, de ses théories, le second s'approprie ces concepts et ces questions et les traite avec sa sensibilité personnelle. Des passerelles qui ont abouti à ce livre et illustrent l'idée de la géodésique, à savoir "le chemin le plus court entre deux points d'un espace métrique". Voilà qu'on ferait des maths sans le savoir, pour la prose, on était prévenu depuis longtemps.

Voici les paires, qui sont illustrées par Nathalie Garot.
André Füzfa .................... Nicole Roland
Jean-Pierre Boon ............ Caroline De Mulder
Petra Vertes .................... Jan Baetens
Philippe Toint ................. Nicolas Marchal
Hugues Bersini ............... Jacques Darras
Vincent Blondel ............. Caroline Lamarche
Mustapha Tlidi ............... Laurence Vielle
Jean-Charles Delvenne .. Vincent Engel
Michel Tytgat ................. Geneviève Damas
Renaud Lambiotte .......... Christine Van Acker

Dessin de Nathalie Garot. (c) L'arbre de Diane.

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"La Trilogie Lunus"
Serge Delaive
l'Arbre à paroles
Anthologies
296 pages

Serge Delaive, c'est aujourd’hui douze recueils de poèmes, quatre romans, dont "Argentine" (La Différence) qui reçut le Prix Rossel en 2009, un essai et deux ouvrages illustrés.

"La Trilogie Lunus" regroupe trois recueils de poèmes, "Légendaire" (1995), "Monde jumeau" (1996) et "Le livre canoë" (2001). Trois livres qui avaient été imaginés dès le départ comme une trilogie, centrée sur le personnage de Lunus, le double fantasmé de l'auteur. Un voyageur bien entendu, attentif au monde et à ce qu'il voit.

Une réédition soigneusement revue par l'auteur: certains textes ont été retouchés, des poèmes éliminés, d'autres déplacés, deux ont été réécrits en prose... Tous les poèmes ont reçu un titre. Un travail approfondi dont le dernier poème cligne de l’œil au premier et qui a été menée pour les cinquante ans du poète-romancier-essayste-photographe.

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"Ce monde"
Jan Baetens
Les Impressions nouvelles
96 pages

Dernier poète flamand d'expression française, Jan Baetens explique ce nouveau projet: un texte plus long, une poésie pouvant se lire à haute voix. Sa découverte de "The last World", un poème de jeunesse de John Ashbery, affine encore son choix.

Tout comme une résidence à Venise en 2013 et sa participation à une rencontre autour de Pierre Joris. Double nomadique de "The last World", poème épique évitant le récit, poème à lire par les yeux comme la bouche, entreprise à risques qui devrait connaître plusieurs prolongements.

En sept parties, "Ce monde" aborde aussi en finale la ville de Venise que le poète examine sous toutes ces facettes, malaxe de toutes les façons.

Un extrait du livre à lire ici.

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"Ostende"
Christiane Levêque
Illustrations de Garène
Les Carnets du Dessert de lune

Deux ans après nous avoir entraînés au "Mokafé" (même éditeur), célèbre établissement de la Galerie du Roi à Bruxelles, Christiane Levêque nous emmène cette fois à Ostende.

Ses mots se posent avec la même fraîcheur et la même bienveillance sur tout ce que son regard déniche et nous transmet. Des portraits, des ambiances, des lieux, finement observés et tellement joliment racontés.
Quelques illustrations de Garène se glissent harmonieusement entre les textes.

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"8 ans"
Julie Remacle
l'Arbre à paroles
128 pages

C'était quoi la Belgique des années 1980? Réponse dans ces courts textes, rapides comme une mitraillette, précis comme une lunette de visée, directs comme un tir bien ajusté. Le tout dans une écriture complètement poétique, sans illusion sur l'état d'enfance.

Elle est super, cette héroïne âgée de 8 ans. Et on la remercie de partager ainsi avec nous ses choix, ses opinions, ses résistances et ses enthousiasmes.

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Bien sûr, le Marché de la poésie accueillait aussi des auteurs français. Heureusement!
En voici deux, l'un avec des poèmes de table, l'autre avec un manège érotique. Que demander d'autre?

"Le Bel Appétit"
Paul Fournel
P.O.L., 215 pages

Il est prouvé que lire des recettes fait grossir. Et lire les "poèmes de table" de Paul Fournel? Je crains le pire, tant on se régale devant ces recettes, ces cuisiniers qui les exécutent, au sens propre ou au sens figuré, ces évocations de fruits, de légumes, de fromages, sans oublier les petits beurres LU. Le poète nous raconte tout cela avec fougue, mêlant l'ancien et le nouveau, imaginant d'autres façons tout en rappelant les anciennes.

Lire les titres des poèmes provoque des gargouillis à l'estomac. Lire les textes caresse l'esprit épicurien, amateur de mets et de mots. Chaque sujet est un départ vers des contrées revisitées pour le plus grand plaisir du lecteur. Et sans doute celui de l'auteur.

Pour déguster un peu du livre en ligne, c'est ici.

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"La Chapelle Sextine"
Hervé Le Tellier
Le Castor Astral
"Escales des lettres"
96 pages

Quelle bonne idée de republier ce "roman circulaire" paru en 2005 à L'estuaire!
On y circule en effet beaucoup, entre les treize femmes et les treize hommes, d'Anna à Yolande, de Ben à Zach, vous voyez l'astuce?, qui sont les sujets de ces 78 nouvelles érotiques aux nombreuses contraintes oulipiennes.

Sexe, vie, amour sont au centre de toutes les questions auxquelles l'auteur ne répond jamais, tout occupé à nous entraîner dans son "marabout-boutdeficelle" entre ses ardents héros: "Anna et Ben", "Ben et Chloé", "Chloé et Dennis", et encore 75 autres combinaisons. Nylon, latex, échanges, tout est bon dans cette chapelle célébrant le sexe avant tout. Ironie et intelligence dans ces micro-nouvelles où les scènes sexuelles décrites sont ponctuées d'un commentaire italique ramenant les choses au niveau zéro du désir.