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vendredi 17 juin 2022

Voyager en couvertures imaginaires

Lionel Koechlin pour l'expo "The Traveler".

Très belle exposition
intitulée "The Traveler" à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 27 août à la galerie Huberty & Breyne au 33 de la place du Châtelain (Bruxelles). Une cinquantaine d'artistes, dessinateurs, illustrateurs jeunesse, affichistes et auteurs de bande dessinée, ont été invités à créer la couverture d'un magazine imaginaire intitulé "The Traveler", où ils proposent un voyage dans un lieu qui leur est cher. Bien entendu dans l'esprit et dans la forme du célèbre magazine américain "The New Yorker", fondé en 1925 et qui sort actuellement 46 fois par an. Une formule déclinée déjà à plusieurs reprises avec succès ("The Parisianer", "The Tōkyōiter", "Le Montréaler", "The Londoner", "The Brusseler", etc.).

Le moins qu'on puisse dire de cette exposition, considérable par la qualité des artistes comme par le nombre d'œuvres exposées, c'est qu'elle en jette, ravit et enchante! En effet, la galerie expose les couvertures des différents artistes, ainsi que l'œuvre originale qui en a permis la réalisation. En supplément aux cimaises, une centaine de "unes" inédites, non publiées.



Rébecca Dautremer. (c) The Traveler.

Si Bruxelles, Paris, New York et Berlin sont des villes très aimées et donc très présentes, on voyage aussi un peu partout dans le monde dans ces merveilles de dessins. Et ce sans aucune empreinte carbone. L'Italie, la Grande-Bretagne, l'Ecosse, l'Asie, l'Ukraine figurent aussi parmi les destinations appréciées, proposant le lien de cœur de l'artiste avec l'une ou l'autre ville.

New York, Christophe Chabouté. (c) The Traveler.

New York, Laurent Durieux. (c) The Traveler.

New York, Louis Joos. (c) The Traveler.

Localisation bruxelloise oblige, on tombe à l'entrée de la galerie sur les contributions de Philippe Geluck et Jannin & Liberski. Mais ils ne sont pas les seuls Belges à avoir été sollicités. On croise plus loin les noms de Louis Joos, Josse Goffin, Eric Lambé, David Merveille ainsi que ceux de Tom Schamp, Ever Meulen ou Brecht Vandenbroucke. On notera toutefois que plusieurs des couvertures sur Bruxelles avaient déjà été présentées lors de l'exposition "The Brusseler" en mars 2021.

Bruxelles: Beppe Stasi, Philippe Geluck, Josse Goffin, Régis Lejonc, David Merveille.
(c) The Traveler.

Ce qui est très amusant et intéressant dans l'exposition "The Traveler", c'est de confronter ses connaissances graphiques aux œuvres exposées, que l'on soit proche de la bande dessinée ou de la littérature de jeunesse. Les représentants des deux genres sont bien présents et on est enchanté de découvrir leurs rêves de voyage. Pour la littérature de jeunesse par exemple, Rébecca Dautremer rafraîchit Paris avec un Paname à la montagne, Olivier Balez se reconnaît à ses couleurs posées sur l'île de Pâques tout comme Nathalie Novi qui nous invite à Arezzo en Toscane. On identifie Carole Chaix à ses traits, Jeanne Macaigne à ses couleurs, Lionel Koechlin à son tremblé coloré, François Roca à ses portraits de femmes. La bande dessinée est bien présente aussi avec la regrettée Dominique Corbasson, Nicolas de Crécy, Miles Hyman, Jean-Claude Götting, Loustal, Alain Lachartre pour les plus anciens, de nombreux artistes plus jeunes étant également présents.

Miles Hyman. (c) The Traveler.

Nathalie Novi. (c) The Traveler.

Tom Schamp. (c) The Traveler.


Participent à "The Traveler", par ordre alphabétique

  • Alfred
  • François Avril
  • Benjamin Bachelier
  • Olivier Balez
  • Théo Bouvier
  • Brüno
  • Christophe Chabouté
  • Carole Chaix
  • Jérémie Claeys
  • Dominique Corbasson
  • Rébecca Dautremer
  • Dominique David
  • Nicolas de Crécy
  • Laurent Durieux
  • Manuele Fior
  • Filippo Fontana
  • Philippe Geluck
  • Jean-Claude Götting
  • Josse Goffin
  • Jorge Gonzalez
  • Maran Hrachyan
  • Miles Hyman
  • Alexandra Huard
  • Jannin & Liberski
  • Martin Jarrie
  • Mickael Jourdan
  • Louis Joos
  • Lionel Koechlin
  • Alain Lachartre
  • Eric Lambé
  • Régis Lejonc
  • Loustal
  • Jeanne Macaigne
  • Manara
  • Jean-François Martin
  • Matteo
  • David Merveille
  • Ever Meulen
  • Hugues Micol
  • Nathalie Novi
  • Nylso
  • François Roca
  • Tom Schamp
  • Andrea Serio
  • Beppe Stasi
  • Brecht Vandenbroucke
  • Danijel Zezelj

Trois des huit couvertures proposées pour le catalogue.

Un catalogue de l'exposition "The Traveler" est en vente à la galerie, proposant huit images de couverture différentes.


Pratique
Galerie Huberty & Breyne Bruxelles Châtelain
33 place du Châtelain
1050 Bruxelles
+32 (0)2 893 90 30
Du mardi au samedi de 11 à 18 heures.

dimanche 28 novembre 2021

Ne pas oublier les enfants de Syrie

LU & approuvé

En avril 2018, Nathalie Novi a commencé à peindre un enfant syrien par jour, contre la guerre, pour rappeler qu'ils sont enfants. Elle a publié ces portraits sur Facebook, reliés entre eux par un fil rouge, tellement émouvants, tellement prenants, assortis d'une brève légende et d'une phrase devenue un mantra: "Enfant de Syrie, je te peindrai chaque jour pour te dire que je ne t'oublie pas" (lire ici). Une bonne quarantaine de portraits d'enfants réalisés à partir de clichés de reporters de guerre ont ainsi été publiés durant l'année 2018, quotidiennement jusqu'en mai, moins régulièrement ensuite. Confirmation de sa déclaration: "Enfant, je voulais être peintre, aujourd'hui, je suis peintre habitée par l'enfance et la littérature."


Cette magnifique série de portraits intitulée "Enfant de Syrie, enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas" s'est aujourd'hui dédoublée en un album de poésie illustrée, "Immenses sont leurs ailes" (Editions Bruno Doucey, collection "Poés'Histoires", 80 pages). Sur base des dessins de Nathalie Novi, Murielle Szac a composé des poèmes. Plutôt un long poème narratif autour de deux enfants syriens, Hala et Haïssam, entre rires, larmes et jasmin. Dans l'acrostiche initial, il invite le lecteur à attraper le fil rouge de l'imagination: "Ensemble nous tricoterons un nid/ pour l'oiseau de leur vie"

Sans gras, les poèmes disent l'avant, l'école, le pain, l'arrivée d'un bébé, les sorties du vendredi. Ils disent ensuite le présent, la guerre, les bombes, les explosions et le silence, le rationnement alimentaire, les coupures d'électricité, le bonbon d'avant les bombardements, le projet d'exil, les souvenirs à lister, la traversée sur la mer, la condition d'étranger. Beaucoup d'émotion mais aussi le rappel de l'enfance, avec ses émerveillements, ses rires et ses sourires et un fieffé espoir.



Les dernières pages d'"Immenses sont leurs ailes". (c) Ed. Bruno Doucey.


Nathalie Novi vient de créer un nouveau dessin à la mi-novembre, pour appeler aux dons pour la Syrie. Un enfant coiffé d'un bonnet, le premier sauf erreur, car l'hiver est là aussi.
"Enfant de Syrie, 
ce matin, je te dessine dans l'eau du ciel
À l'ombre du nénuphar se niche l'oiseau
Dans ton cœur pousse un coquelicot 
Sur ton épaule un pin parasol s'étire 
Le bleu, c'est le vent,  l'air dont tu as besoin.
Enfant de Syrie, enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
L’UOSSM, l'association du docteur Raphaël Pitti, a besoin de nos dons. Le peuple syrien manque cruellement d'air, dans tous les sens du terme. MERCI."

jeudi 3 mai 2018

Quand Nathalie Novi peint les Enfants de Syrie

Enfants de Syrie. (c) Nathalie Novi.

Le monde de la littérature de jeunesse se mobilise beaucoup à propos des réfugiés politiques, appelés aujourd'hui migrants, de leurs enfants et des enfants des pays en guerre en général. Que ce soit par l'engagement personnel aux côtés de ces gamins arrivés en Europe qui souffrent, ballottés entre des règlements auxquelles ils ne comprennent rien. Que ce soit en organisant des ateliers de dessins pour les enfants et les adultes. Que ce soit en mettant en place des ventes de leurs dessins.

Chacun fait comme il veut, chacun fait comme il peut, contre ce monde de guerre qu'on nous impose. Nathalie Novi, elle, a choisi de peindre des portraits d'Enfants de Syrie, ce pays en guerreS depuis sept ans. Depuis le 10 avril, elle a publié chaque jour sur Facebook un portrait d'Enfant de Syrie, elle l'a légendé. Elle a donné une humanité à ces enfants noyés dans les flots des statistiques. Elle les a rendus vivants. Par ses tableaux d'enfants reliés par un fil rouge, son cri de douleur et de colère transformé en geste artistique, elle nous a touchés, émus, bouleversés. Aujourd'hui, elle baisse un peu le rythme de ses parutions mais encourage chacun à diffuser ses portraits.

Nathalie Novi:
"Voilà, depuis quelque temps, je peins chaque jour un Enfant de Syrie, déjà 23 portraits je crois, une goutte d'eau comparée aux sept années de guerre qu'ils subissent. Un petit rien qui sert si peu. Je n'abandonne pas ma quête, je "rêve toujours à l'impossible étoile". Cependant, je dois réduire ma cadence, faire quelques pas de côté. Je me limiterai donc à un rendez-vous hebdomadaire, ou presque, avec ces enfants de nos guerres. Je ne les oublie pas mais (...) 
Ces portraits feront peut-être l'objet d'un album, ils seront exposés ici et là, pourquoi pas? En attendant, emparez-vous d'eux pour les afficher dans vos médiathèques, dans vos écoles ou vos librairies, vos boutiques, je vous fais confiance pour imaginer comment les porter haut. Retrouvons-nous très bientôt pour ne jamais les oublier, ni eux, ni les enfants de toutes les guerres. Merci aux courageux photographes à qui j'emprunte les clichés pour être au plus près de ces enfants. Merci M. Raphaël Pitti qui me donnez sans le savoir les ailes pour réaliser ces peintures."

Voici donc les 23 portraits déjà réalisés, beaux, forts, infiniment humains.



Enfant de Syrie, enfant de nos guerres, chaque matin je peindrai ton portrait, celui de la terreur que tu ne devrais pas connaître, celui de la tristesse qui trouble ton regard , ton cri muet, notre abandon, ton beau visage de douleur que je ne parviens pas même à dessiner tellement ta peur est au cœur. Tu ne veux pas mourir, nous ne le voulons pas non plus. Nous non plus ne comprenons pas de quel rouge plus sanglant pourrait être ce fil depuis trop longtemps rompu.
Enfant de Syrie, je te peindrai chaque jour pour te dire que je ne t'oublie pas.
10-04-18


Enfant de Syrie, je ne t'oublie pas. Tes yeux d'ombre sont comme une supplique et mes pinceaux tentent de faire résonner ton appel silencieux.
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque jour.
11-04-18


Enfant de Syrie, tu murmures "ne m'oublie pas".
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque jour, grâce aux photographies des reporters qui impriment la poussière qui trouble ton regard.
Enfant de Syrie je ne t'oublie pas.
12-04-18


Enfant de Syrie, tu as peur mais tu souris, tu regardes le monde qui n'est que guerre,
ton enfance est une grande partie de cache-cache depuis que tu es né-e mais tu te caches pour ne pas mourir. Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque matin.
Enfant, je ne t'oublie pas.
13-04-18


Enfant de Syrie, tu sembles ne pas comprendre notre monde, moi non plus.
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque jour pour te dire que je ne t'oublie pas.
14-04-18 


Enfant de Syrie, tu me regardes, tu m'intimides, tu sembles en colère, contre nous, contre la guerre, je te comprends.
Enfant de nos guerres, je te peindrai chaque matin, je ne t'oublie pas.
15-04-18

Enfant de Syrie, tu croises tes bras, pas vraiment pour te protéger, plutôt comme si tu n'attendais plus rien. J'espère me tromper.
Enfant de nos guerres, chaque jour je te peindrai.
16-04-18 


Enfant de Syrie, depuis huit jours, chaque matin je te peins, tu ne le sais pas, ça n'est pas grave. Toi, voici sept années que tu vis dans l'enfer de la guerre.
Enfant de Syrie, je ne t'oublie pas.
17-04-18


Enfant de Syrie, où vas-tu avec ton seau, pars-tu repeindre le Monde?
Non, enfant de nos guerres, tu vas juste chercher de l'eau.
Enfants, je ne vous oublie pas.
18-04-18


Enfant de Syrie, ton regard est sombre, profond, on s'y perdrait, mais dedans, on y verrait peur, tristesse et toute la guerre.
Enfant, je te peindrai, je ne t'oublie pas.
19-04-18


Enfant de Syrie, que regardes-tu? L'oiseau qui chante dans le jardin?
Non, à la guerre, il n'y a plus d'oiseaux, plus de jardins.
À toi, enfant, je peindrai des fleurs, des arbres et des oiseaux, je ne t'oublie pas.
20-04-18


Enfant de Syrie, tu penches, comme la terre autour de toi.
Je te peins et tu sembles tomber, je voudrais tant te rattraper.
Je ne t'oublie pas.
21-04-18


Enfant de Syrie, est-ce le bruit de l'avion dans le ciel que tu refuses d'entendre ou le silence assourdissant du Monde qui tourne sans ton rire?
C'est dimanche ici et je ne t'oublie pas.
22-04-18 


Enfant de Syrie, aujourd'hui, je t'esquisse, je m'esquive, je file apprendre quelques pas de danse. Et toi, enfant de nos guerres, danses-tu encore?
Je ne t'oublie pas.
23-04-18


Enfant de Syrie, je trace cette ligne rouge, mon dessin est fini, je pars le semer. Comme toi, enfant de nos guerres, tu plantes ton sourire ici, dans la poussière, là, dans notre conscience.
Enfant, je ne t'oublie pas.
24-04-18


Enfant de Syrie, qu'écrirais-tu si tu pouvais aller à l'école?
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
25-04-18 


Enfant de Syrie, ce soir, je t'offre un oiseau, pour rêver, un peu.
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
26-04-18


Enfant de Syrie, je te dessine tard, tu me regardes, tu me mets au défi mais je continue à te peindre, chaque jour, comme une promesse.
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
27-04-18


Enfant de Syrie, je t'assois sur ton territoire, une terre dessinée par les hommes, à coups de guerres, à coût de vies. Et pourtant, cette terre est vierge de tout Homme.
Enfant, je ne t'oublie pas, cette feuille sera ton royaume.
28-04-18


Enfant de Syrie, je t'ai promis un arbre pour rêver, le voici.
Enfant de nos guerres, je voudrais tant que tu respires de nouveau cet air de liberté.
Je ne t'oublie pas.
29-04-18


Enfant de Syrie, un arbre et un oiseau poussent sur mon dessin, c'est pour décrire toute l'émotion que j'éprouve à te peindre chaque jour depuis trois semaines. Sans les photographies des reporters de guerre, aucun de ces portraits ne serait possible, merci.
Enfants, je ne vous oublie pas.
30-04-18


Enfant de Syrie, je te dessine et tu deviens forêt, une forêt triste, sombre, profonde. J'aimerais tant éclairer tes ombres, mais je ne le peux pas.
Je ne sais que peindre, alors, je te peins.
Enfants de nos guerres, chaque matin, chaque soir, je ne t'oublie pas.
01-05-18


Enfant de Syrie, tu es en cage, je pense au poème de Prévert
 "Pour faire le portrait d'un oiseau" et te peins dans un champ d'herbes folles.
Enfant de nos guerres, je ne t'oublie pas.
02-05-18


D'autres initiatives en faveur des réfugiés:

  • Vente de dessins originaux d'illustrateurs jeunesse (ici et ici)
  • Ateliers de dessin (ici)
  • Publication, albums et romans (lire ici)