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mercredi 26 janvier 2022

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2022


Fin janvier, quand éclosent les premiers camélias dans les jardins arrive la liste des dix premiers romans retenus pour la nouvelle édition du prix Prem1ère. Cinq datent de la rentrée littéraire d'août 2021, cinq de celle de janvier 2022. Verdict du jury présidé par Laurent Dehossay prévu le jeudi 17 mars.

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF, et qu'ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires. A noter que trois premiers romans belges figurent dans l'édition 2022, ceux de Jeremie Brugidou, Sophie Weverbergh et Charlotte Bourlard.

Les dix membres du jury 2022
Lou Declercq, Sarah-Line Delaey, Mercédès Mauroy, Julie Vandepapelière, Aurélie Maes, Baptiste Boulier, Sébastien Dechamps, Nadeige Renkin, Sonja Schiltz-Kyryk et Cédric Van Walleghem.

Le comité de pré-sélection
Deborah Danblon (chroniqueuse littéraire), Kerenn Elkaïm (journaliste), Régis Delcourt (libraire), Emmanuelle Jowa (journaliste), Christine Pinchart (journaliste) et Laurent Dehossay, président du jury du Prix Première.

Les dix finalistes

Les envolés
Étienne Kern
Gallimard
160 pages
août 2021

Dans le Paris de la Belle-Epoque, les rêves fous d'un tailleur pour dames qui croit avoir inventé le parachute et s'élance depuis la Tour Eiffel, filmé par deux reporters, et le souvenir des disparus de l'auteur.


 

Furies
Julie Ruocco
Actes Sud
282 pages
août 2021

Sondant notre histoire contemporaine à la recherche des Furies antiques, la primo-romancière rend un hommage puissant aux femmes qui ont fait les révolutions arabes, er à leur quête de justice.



Grande couronne
Salomé Kiner
Christian Bourgois Éditeur
287 pages
août 2021

Les apprentissages d'une ado de banlieue française à la fin des années 1990, entre le trivial et le terrible, un tableau impitoyable et drolatique.

 



Le rapport chinois
Pierre Darkanian
Éditions Anne Carrière
304 pages
août 2021
 
Quand la société des Hommes devient une farce, la vérité a besoin d'un bouffon. Un premier roman comme une corde tendue par-dessus l'absurdité du monde moderne. 
 



Ici, la Béringie
Jeremie Brugidou
Les Éditions de l'Ogre
194 pages
septembre 2021

Les codes du récit d'exploration, du carnet de terrain et du roman d'aventures servent à interroger les relations que nous entretenons avec le vivant à l'heure des bouleversements climatiques.

 

 
Précipitations
Sophie Weverbergh
Gallimard/Verticales
272 pages
janvier 2022

Un jour, Pétra, trente-sept ans, décide de suivre les voix qu'elle entend régulièrement et qui lui intiment de s'échapper. 

 


Watergang
Mario Alonso
Le Tripode
221 pages
janvier 2022

Paul, 12 ans, passe ses journées à courir le long des canaux de Middelbourg et à remplir son carnet de notes farfelues sur tout ce qu'il voit. 



 

La femme périphérique
Sophie Pointurier
HarperCollins
368 pages
janvier 2022

De Berlin à New York, une plongée dans le monde de l'art qui pose la question des oubliées de la création.



 

Le duel des grands-mères
Diadié Dembélé
JC Lattès
216 pages
janvier 2022

Envoyé dans un village, le jeune Hamet de Bamako (Mali) va y découvrir bien des choses grâce à ses deux grands-mères.




 
L'apparence du vivant
Charlotte Bourlard
Inculte
129 pages
janvier 2022

Apprendre la taxidermie chez d'anciens croque-morts, une chance pour une jeune photographe fascinée par la mort et en rupture familiale. En apparence, oui. 
 


Les livres seront présentés dans l'émission "Le Mug" (La Prem1ère, de 9 à 10 heures) entre le 3 et le 16 mars.

vendredi 1 octobre 2021

Hubert Antoine de retour à Portées-Portraits

Hubert Antoine.

Oublions le confinement, les reports, les annulations, les jauges et autres mesures sanitaires qui ont fait glisser les derniers dix-huit mois dans un curieux espace temporel, complètement rapetissé. Oublions tout ça car les formidables soirées Portées-Portraits sont de retour en leur lieu habituel, la Maison Autrique. Le thème de cette nouvelle saison est "Ce que je suis, Ce que nous sommes", occasion de mettre en avant ce qui se trouve caché derrière les masques: la singularité, la complexité et l'irréductibilité de l'humain.

Pour inaugurer la saison 2021-2022, ce lundi 4 octobre, la Compagnie Albertine, menée par Geneviève Damas et ses acolytes, ne pouvait dès lors faire un meilleur choix que celui du deuxième roman d'Hubert Antoine, le merveilleux "Les formes d'un soupir" (Verticales, 261 pages) dont seront lus, en musique, plusieurs extraits marquants. L'écrivain belge résidant au Mexique sera présent, tout comme il l'avait été lors de la lecture-spectacle, en mars 2018, de son premier roman, "Danse de la vie brève", prix Rossel 2016 (lire ici). Son texte sera lu par Anaïs Moray et mis en voix par Anne-Pascale Clairembourg, accompagné à la viole de gambe par Anne Bernard.

Dans ce deuxième roman, on retrouve les héros du premier, "Danse de la vie brève", Melitza et ses trois carnets où elle a consigné la dernière année de sa vie, son père veuf qui l'a élevée avec ses frères, Evo, le géant chaman huichol dont la jeune femme de vingt-trois ans est follement amoureuse. On retrouve aussi la manière originale d'Hubert Antoine de faire intervenir les personnages dans les dires ou les réflexions des autres. Toutefois "Les formes d'un soupir" s'ouvre sur un drame. Melitza a été assassinée le 27 octobre 2006 durant l'insurrection d'Oaxaca et Evo transporte son corps vers un lieu de sépulture connu de lui seul. L'écrivain a encore poussé plus loin sa mécanique littéraire et c'est une réussite. Cette fois, les dernières heures de Melitza et les trois mois qui ont suivi nous sont rapportés par elle-même, via son père qui, en 2008, deux ans après sa mort, le jour de son anniversaire, s'est lancé dans une expérience hallucinogène qui lui permet de retrouver sa voix.

Le procédé est magnifique et entraîne le lecteur dans l'âme de la jeune femme, dans les péripéties de son voyage et dans les secrets de son cœur tout en nous permettant de découvrir par cette voie détournée cet homme mystérieux et attirant en compagnie de qui elle aura passé ses neuf derniers mois. Les six premiers en vie et les trois autres, défunte mais tellement présente grâce à son souffle qui a été préservé de la plus curieuse des manières au-delà de son décès et même de l'abandon de son corps dans un lieu paradisiaque.

Histoire d'amour fou et absolu, ce deuxième roman est aussi un road-movie à travers le Mexique et sa violence, Hubert Antoine élargissant son propos à la question des migrants qui tentent d'entrer discrètement aux Etats-Unis avec de percutants personnages secondaires. Roman de deuil ponctué de nombreuses touches d'humour inattendues qui pourraient paraître saugrenues mais sont parfaitement appropriées, "Les formes d'un soupir" réjouit tout du long par la force de la vie, de l'amitié et de la transmission qu'il célèbre. La grâce d'une écriture très personnelle, réaliste ici, romantique là, déroutante dans le bon sens du terme, porte merveilleusement les échanges entre père vivant et fille morte, les réflexions de la jeune Melitza sur ce qui se passe après elle, les adresses aux lecteurs. Elle célèbre l'amour et le sexe, décline en épithètes homériques le bel Evo et glisse de bienvenues références littéraires. Un roman à danser comme y invite l'écrivain: 
"Ma femme voulait qu'on se souvienne d'elle en train de danser. Elle croyait, comme l'héroïne de ce livre, que le mouvement maintient le monde en équilibre:
- Quand tu danses, tes pas font tourner la Terre.
Toi qui lis ces lignes, je te serais infiniment reconnaissant si tu pouvais honorer sa mémoire d'un bref geste de danse, d'une virevolte ou d'un pas de grâce.
Avec ce simple hommage, tu deviendras un instant le cavalier d'une ombre et les limbes s'illumineront du plus beau sourire.
Elle s'appelait Lise et c'était mon amour."

Pour lire en ligne le début des "Formes d'un soupir", c'est ici.


Pratique
Où? A la Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 4 octobre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est  précédée à 19 heures d'une rencontre avec l'auteur.
Durée? Une heure.
Combien? 8 euros (possibilité de visiter tout la maison).
Renseignements et réservation conseillée: 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com



lundi 13 septembre 2021

Les inséparables faux jumeaux Labruffe

Alexandre Labruffe. (c) Francesca Mantovani/Gallimard.


On savait que l'écrivain français Alexandre Labruffe, né à Bordeaux en 1974, découvert il y a deux ans avec "Chroniques d'une station-service" (lire ici), se rendait et séjournait régulièrement en Chine depuis vingt ans. Il a même raconté la ville de Wuhan de l'intérieur dans "Un hiver à Wuhan" (Verticales, 2020). Mais on ne savait pas trop pourquoi il allait si loin de la France. Son troisième roman chez Verticales, le vertigineux et subjuguant "Wonder Landes" (287 pages), donne peut-être quelques clés. Le livre est présenté comme un roman mais il raconte de façon punk et poétique l'itinéraire de la famille Labruffe.

Ecrit à la première personne, "Wonder Landes" commence avec la disparition du frère, Pierre-Henri, dit Pierre ou PH ou PHL ou... Ce frère aux multiples noms et identités à qui est dédié l'ouvrage. Un frère foutraque qui enchaîne les imbécillités et les conneries de plus en plus fâcheuses. La dernière, une incarcération pour des motifs très graves qui a des répercussions sur tous ses proches. Un frère gangster? Un aîné de même pas un an qu'Alexandre Labruffe décide d'essayer de cerner dans ce texte prodigieux dont le titre déploiera vite sa saveur. On se rend en effet régulièrement dans les Landes, à Abrit, berceau de la famille et de ses secrets, et ce qu'on lit est un "wonderland", pays des merveilles ou pays merveilleux. Cette pépite de la rentrée littéraire démontre lumineusement que la réalité peut sans effort dépasser la fiction. Car ce qui se dévoile de page en page est vrai!

Partagé en quatre saisons, ce "requiem pour un frère coffré", porté par une plume sans pareille, magnétique, s'élargit vite aux portraits du narrateur et du père. Les enquêtes se multiplient, avec des résultats hallucinants. "Travestir, trafiquer, embellir" semble être la devise familiale, et pas seulement pour PH. Au final, c'est toute la famille Labruffe qui se révèle dans ces pages sublimes, imbroglio inouï dont seront petit à petit tirés les fils. Des fils qui ont des ramifications plus incroyables les unes que les autres, dont les raisons apparaissent en même temps que se dénoue l'écheveau. Le tout éclairé par les interventions de personnages secondaires dont la très originale compagne coréenne de l'auteur.

Alexandre Labruffe signe avec "Wonder Landes" un roman magistral, allant au plus près de l'humain, de ses secrets, de ses rêves et de ses réalités, plongeant au plus profond de la mémoire familiale, défiant les fantômes d'hier et d'aujourd'hui. On le lit en apnée, émerveillé par les propos et par l'écriture à la fois punk et poétique, dont l'originalité fait sens. On le pose à regret, la dernière page lue, sachant toutefois qu'il va longtemps nous imprégner. La littérature est ici à son meilleur.




Pour lire le début de "Wonder Landes" en ligne, c'est ici.


jeudi 20 août 2020

Entre force, humour et délicatesse, un week-end entier dédié aux lectures à Namur


L'Intime Festival est désormais LE rendez-vous littéraire belge de la fin des vacances d'été, faisant le pont entre livres d'hier et nouveautés de la rentrée. En sept éditions, il a démontré sa force et sa raison d'être, drainant des milliers de personnes dans les salles du Théâtre de Namur, alléchées par son programme exigeant et la qualité des interventions. Au programme habituel: de longues lectures par des comédiens ou une bonne pinte de lecture par un professionnel suivie d'un entretien avec l'auteur du livre, des rencontres et des dédicaces.

Il en sera évidemment autrement pour la huitième édition de l'Intime Festival, le Chapitre 8 qui se déroulera du vendredi 28 août au dimanche 30 août, crise sanitaire et jauges limitées à cent personnes obligent. Changement de lieu d'abord, ce sont deux églises namuroises, la Cathédrale Saint-Aubain et l'Eglise Saint-Loup, ainsi que la Cour de l'Athénée qui prêteront leurs murs à la manifestation littéraire, permettant la distance physique entre spectateurs. Changement de braquet ensuite, les auteurs des livres choisis ne seront pas présents, sauf exception. Mais maintien du thème,  vies ordinaires, liens avec la nature et les animaux, voix de la jeunesse, décliné en grandes lectures (GL), petites lectures (PL) et discussions. Sans oublier un concert et un exercice d'admiration. Et maintien du niveau littéraire.

Des décisions qui ont été dures à prendre par l'équipe du festival qui voulait absolument, et à raison, maintenir la manifestation. Chloé Colpé, directrice de l'Intime Festival, s'en explique sur le site.
"Nous avons décidé de maintenir le chapitre 8 de l'intime festival en l'adaptant aux dernières mesures imposées par la crise sanitaire:
• les jauges sont réduites à 100 personnes
• chaque événement demande un ticket pour vous assurer d'avoir une place dans le confort et en toute sécurité.

Plutôt que de faire la liste de ce à quoi nous avons dû renoncer: la présence des auteur.es, les salles du théâtre bondées, une exposition photographique, les projections cinéma le matin, l'insouciance d'être ensemble… Regardons ce que nous avons pu conquérir: une cathédrale et une église. Regardons ce que nous avons pu préserver: seize lectures, un concert et trois discussions, en gardant intact… notre enthousiasme à partager les textes, à proposer le débat, à questionner le monde.

Par la force des choses et dans un dépouillement qui frise l'ascèse, nous revenons à l'essentiel: un livre, une table, un.e comédien.ne qui nous embarque dans un récit. Les histoires de ce chapitre singulier racontent les vies ordinaires, interrogent nos liens visibles et invisibles avec la nature et les animaux, donnent voix à la jeunesse. Il s'en dégage de la force, de l'humour et de la délicatesse.

Si vous saviez comme on se réjouit de vous retrouver!"


Programme

Vendredi 28 août


Cathédrale Saint-Aubain, GL, 20:00-21:00
"Avant que j'oublie" d'Anne Pauly (Verdier, 2019), lu par Catherine Salée (lire ici).

Samedi 29 août


Cour de l'Athénée, 11:00-12:00
Discussion avec l'écrivain nord-irlandais Robert McLiam Wilson, francophone et francophile, en résidence à Namur (ses romans sont édités chez Christian Bourgois, traduits par Brice Matthieussent).

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 12:15-13:15 (aussi dimanche)
"Le mur invisible" de Marlène Haushofer (traduit par Liselotte Bodo, Actes Sud, 2014), lu par Dominique Reymond.

Eglise Saint-Loup, PL, 13:30-14:00
"Papa" de Régis Jauffret (Seuil, 2020), lu par Philippe Jeusette.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 14:00-15:00
"La petite femelle" de Philippe Jaenada (Julliard, 2015), projection de Valentine Fournier, lu par l'auteur (lire ici).

Eglise Saint-Loup, PL, 15:15-15:45
"Une bête aux aguets" de Florence Seyvos (L'Olivier, 2020, en librairie aujourd'hui), lu par Adeline Vesse.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 16:00-17:00 et 20:30-21:30
"Entre eux" de Richard Ford (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, L'Olivier, 2017), lu par Reda Kateb.

Eglise Saint-Loup, 17:00-18:00
"Penser le trouble", discussion avec le Professeur Éric Caumes et Guillaume Lachenal, historien des sciences.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 18:00-18:30
"Elmet" de Fiona Mozley (traduit de l'anglais par Laeticia Devaux, Joëlle Losfeld, 2017), lu par Emile Falk.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 19:15-19:45
"Chroniques d'une station-service" d'Alexandre Labruffe (Verticales, 2019), lu par Fabrice Murgia (lire ici).

Eglise Saint-Loup, PL, 19:30-20:00
"Les enfants des autres"  de Pierric Bailly (P.O.L., 2020), lu par Yoann Blanc.



Dimanche 30 août


Eglise Saint-Loup, 12:30-13:30
Autour d'Olga Tokarczuk ("Les Pérégrins", traduit du polonais par Grazyna Erhard, Editions Noir sur Blanc, 2010), prix Nobel de littérature 2018, exercice d'admiration par Philippe Vauchel.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 13:00-14:00
"Un mal qui répand la terreur" de Stewart O'Nan (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-François Ménard, L'Olivier, 2001, lu par Jean-Benoît Ugeux.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 15:00-15:30
"Il est des hommes qui se perdront toujours" de Rebecca Lighieri (P.O.L, 2020), lu par Félix Vannoorenberghe.

Eglise Saint-Loup, 15:30-16:30
Concert, le premier post-confinement, avec Fabrizio Cassol, Tcha Limberger et Philippe Thuriot.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 16:30 — 17:30
"Le mur invisible" de Marlène Haushofer (traduit par Liselotte Bodo, Actes Sud, 2014), lu par Dominique Reymond.

Eglise Saint-Loup, 17:30-18:30
Discussion avec François Gemenne, chercheur en sciences politiques et (à venir).

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 19:00-20:00
"Croire aux fauves" de Nastassja Martin (Verticales, 2019), lu par Anne-Cécile Vandalem.


Autant de rendez-vous alléchants qui célèbrent la littérature telle que je l'aime.

Renseignements et réservations ici.


mardi 27 août 2019

De l'essence, des sens et bien des plaisirs

Edward Hopper, "Gas", 1940.

On pensait que le prix du roman Fnac (dont les 4 finalistes seront annoncés demain 28 août) ouvrait le bal annuel des récompenses littéraires. Raté pour 2019.
Un nouveau prix, le "G7 littéraire - Maison rouge" devient en effet le premier prix littéraire de la saison. Décerné à Biarritz le 20 août, juste avant le G7, et peut-être cette récompense sera-t-elle ce qui restera de mieux de ce sommet, il a été attribué au premier roman "Chroniques d'une station-service!", du Français Alexandre Labruffe (Verticales, 141 pages). L'auteur, 45 ans, qui se partage entre littérature et cinéma s'est dit "Emu, honoré, ravi, amusé!"

La Maison Rouge, Biarritz.
Le prix a été créé cet été par sept écrivains et artistes, qui se qualifient eux-mêmes de "G7 littéraire", et par la Maison rouge, un espace de travail et d'événements culturels à Biarritz. Présidé par Philippe Djian, le jury est composé de Frédéric Beigbeder, Frédéric Schiffter, Isabelle Carré, Dominique de Saint Pern, Jean Le Gall, Claude Nori et Diane Ducret. Huit personnes donc. Cherchez l'intrus. "Le Prix Maison Rouge est autant une distinction littéraire qu'un état d'esprit avide de liberté, de spontanéité et de fantaisie", a déclaré Philippe Djian. "Sa vocation est de sortir des circuits parisiens et de s'autoriser à juger et apprécier sans contrainte."


Alors, ce premier roman? Hé bien, "Chroniques d'une station-service" est aussi surprenant que plaisant. Par le choix du sujet (même s'il n'est pas le premier) comme par le ton (même s'il n'est pas le premier non plus). Alexandre Labruffe a opté pour la forme de notules numérotées (de 1 à 189, avec quelques bis, ter et quater, et de A à I comme pour laisser du champ à sa fin ouverte). La plupart sont extrêmement courtes et consignent ce qui se passe ou ne se passe pas dans cette station-service de Pantin, centre du monde à elle toute seule.

Le narrateur nous fait découvrir qui il est, un "pompiste déphasé, qui fait tout sauf gérer sa station-service". Heureusement pour nous car il nous partage son regard aigu, son sens de la formule, sa parole drôle ou acide, son imagination débordante. En résumé, il nous glisse sa vision du monde à travers ses clients et ses habitués, métronomes de cette vie où l'horloge ne semble jamais s'arrêter, une fine analyse de notre société. Entre rêves d'amour et/ou d'érotisme, passages à l'acte ou non, passages à suspense, blancs et trous noirs, ce premier roman procure un grand plaisir de lecture, grâce à une écriture inventive qui a su savamment doser ses effets.

Piles et liste, c'est bien l'heure du service de presse.
En juin pour Alexandre Labruffe.


samedi 24 mars 2018

Du Mexique à la Maison Autrique

Hubert Antoine.

Lauréat du prix Rossel 2016 pour "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici), son fantastique premier roman, Hubert Antoine a délaissé  durant quelques jours le Mexique où il réside depuis vingt ans. Le natif de Namur, il y est né en 1971, se trouve en Belgique où il participe à quelques rencontres littéraires. Dont une, ce lundi 26 mars à 19 heures à la Maison Autrique, dans le cadre du cycle "Portées-Portraits". Une chance pour nous, car ces rendez-vous schaerbeekois mensuels, organisés par Geneviève Damas, associent questions à l'auteur, lecture en musique d'extraits de son livre en sa présence, rencontre informelle avec l'écrivain ensuite. Le tout dans le cadre merveilleux de la Maison Autrique.

Pour résumer en trois mots, "Danse de la vie brève" raconte le destin d'une jeune Mexicaine de vingt-trois ans, Melitza, durant l'année 2006. C'est trop peu, car cet exceptionnel premier roman est bien plus que cela. Il est la transposition en littérature de faits réels avec un romanesque assuré et très réussi. Hubert Antoine a choisi de l'écrire sous forme de journaux intimes posthumes. Trois carnets où Melitza consigne ce qui lui arrive durant cette année. Sa rencontre avec Evo à Guadalajara, géant sage et bienveillant dont elle tombe follement amoureuse. Le drame qu'elle vit quand elle est  arrêtée par la police en compagnie de son père et d'Evo. Leur fuite durant six mois sur une plage du Pacifique pour se faire oublier et se remettre. Leur retour à la vie organisée en compagnie d'Adrian, un ami de son père qui les installe chez un peintre, à Oaxaca, alors en pleine révolution citoyenne.

Dans ces carnets, Melitza dit tout, ce qui va, ce qui ne va pas, elle nous présente ses proches, raconte sa vie d'orpheline, ses frères, et aussi la réalité du Mexique. C'est une jeune femme libre qui s'exprime, qui aime le sexe comme l'y a encouragée son père. Une jeune femme amoureuse, on l'a dit, qui apprend beaucoup de son beau géant. Une jeune femme bien dans ses baskets, bien dans sa relation avec son père. Une jeune femme engagée aussi, qui sera prise dans le tourbillon d'une démocratie qui dérange.

Hubert Antoine a eu la très bonne idée de faire intervenir le père dans les journaux de sa fille. Ses commentaires sont un superbe contrepoint d'un point de vue littéraire. Il interviendra également en finale avec un "Complément au journal de ma fille", écrit deux ans plus tard. L'écrivain reprend ensuite sa place en rendant hommage au journaliste Bradley Roland Wheyler, mort le 27 octobre 2006 dans la commune livre d'Oaxaca, d'une balle tirée dans le cœur par un mercenaire.

Ce premier roman nous plonge à la fois dans l'histoire récente du Mexique, vue du côté de ses habitants, et dans une magnifique histoire d'amour, folle, inouïe, sans doute consolatrice. Violence et séances de chant ou de danse s'y succèdent magnifiquement, permettant de découvrir des personnages extraordinairement humains. Superbe texte que ce roman qui réinvente l'écriture, séduit et emporte.

Ce lundi 26 mars, dès 19 heures, Hubert Antoine sera à la Maison Autrique pour une rencontre avec le public. A 20h15 commencera une lecture-spectacle de "Danse de la vie brève". Claire Tefnin lira des extraits de cet innovant premier roman, accompagnée musicalement par Gilles Masson, dans une mise en voix d'Emmanuel Dekoninck. A l’issue de la lecture en soirée, un verre est offert, occasion de se rencontrer de manière conviviale en présence de l'auteur, rare sous nos latitudes.

La manifestation est organisée par l'asbl Albertine avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles, service de la Promotion des lettres, de la Maison Autrique, de Laïcité-Schaerbeek, des Bibliothèques Communales de Schaerbeek et de Bibla. Elle se déroulera à la Maison Autrique (chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles). Lecture à 20h15, rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Renseignements et réservation par mail à albertineasbl@gmail.com ou par téléphone au 02 245 51 87.

Et pour patienter, quelques éléments sur le nouveau roman qu'Hubert Antoine est en train d'écrire. Il ne faudra pas attendre dix ans entre deux publications comme pour le précédent. "Danse de la vie brève" est sorti en 2016, dix ans après "Introduction à tout autre chose" (Verticales), recueil de textes en prose. Il est vrai qu'Hubert Antoine a aussi publié plusieurs livres de poésie, au Cormier et à La Lettre volée.

Ce nouveau livre se déroulera aussi au Mexique. Nom de code ultra-secret: Rio Bravo. Il aura trois héros qui passeront "six mois de sel, de désirs et d'ennui" pas loin de la Plage de Chacala. Pour l'écrire, Hubert Antoine a suivi le Rio Bravo pendant plus de 3.000 kilomètres:
"3064 kms en 6 jours. La distance entre Luxembourg et Damas. J'aurais pu aller liquider Bashar, hop, rapido, vite fait bien fait. Mais non, en fait de liquide, je me suis juste tapé le Rio Bravo, qui tue pas mal lui aussi. Depuis mon volcan de Tequila jusqu'à Ojinaga, frontière texane, j'ai précédé les traces des personnages de mon roman en cours, rempli de migrants. Voyez-vous, c'est de l’authenticité que je cherchais. Paysages précis, sensations au degré près, peur des policiers en chapeaux de cow-boy, repas gratuit offert par des assistantes sociales, mezcal à Durango, bordel à Chihuahua. Un vrai Blueberry, le routier. Et mon frère Olivier qui m'accompagnait en Jim McClure. Mes héros sont prêts à refaire le chemin en suivant les lignes que je vais rapidement écrire, maintenant."
A suivre donc, non sans avoir répondu à la question: combien de tequilas avant de raconter ça?






jeudi 1 décembre 2016

Le Prix Rossel 2016 décerné à Hubert Antoine

Hubert Antoine.


Dix ans après avoir publié "Introduction à tout autre chose" (Gallimard, Verticales, 144 pages, 2006), un ensemble de soixante textes courts, autoportrait ironique d'un aventurier immobile, d'un rêveur chamanique, d'un monstre de solitude, d'un épicurien contrarié, bref, d'un évadé de la société, Hubert Antoine a publié son premier roman en janvier de cette année. "Danse de la vie brève" (Gallimard, Verticales, 228 pages) se déroule au Mexique, pays où vit depuis vingt ans ce Namurois d'origine. S'il est installé dans la ville de Guadalajara, il a choisi celle de Oaxaca pour sa fiction.

Avec ce premier roman, il remporte le 73e Prix Victor Rossel, parrainé par Jean Dufaux, scénariste de bande dessinée, le jury ayant délibéré près de trois heures.

Voici ce qu'en dit son éditeur.
"C'est à travers son journal intime que nous découvrons Melitza, une jeune Mexicaine de vingt-trois ans. Trois carnets posthumes datant de 2006  - retrouvés et commentés par son père - retracent sa cavale avec Evo, un "bel indigent" au charme énigmatique. Ensemble, ils partageront tout: expérience hallucinogène, barbarie policière, amour fou et insurrection populaire. Dans ce premier roman, qui doit autant au goût de l'aventure qu'à une écriture aux images décalées, chaque événement, du plus sensuel au plus tragique, possède son pas de danse."

Pour lire le début de "Danse la vie brève", c'est ici.

Pour rappel, les quatre autres finalistes de l'édition 2016 du Prix Victor Rossel étaient Claire Huynen ("A ma place", Le cherche-midi),  Emmanuel Régniez ("Notre château", Le Tripode), Giuseppe Santoliquido ("L'inconnu du parvis", Genèse Editions) et Bernard Tirtiaux ("Noël en décembre", JC Lattès).




lundi 9 novembre 2015

Le prix Wepler 2015 à Pierre Senges


Pierre Senges. (c) C. Hélie/Gallimard.
Le jury du prix Wepler (10.000 euros) s'est réuni hier, dimanche 8 novembre, et a couronné Pierre Senges pour "Achab (séquelles)" (Verticales, 624 pages). Ce roman avait également été sélectionné pour le prix Giono.

Le lecteur y trouvera la suite véridique des aventures d'Achab, soi-disant capitaine, rescapé de son dernier combat contre un poisson immense. On verra comment ce retraité à la jambe de bois a tenté de vendre au plus offrant son histoire de baleine - sous forme de comédie musicale à Broadway, puis de scénario à Hollywood. En chemin, on croisera Cole Porter et ses chorus girls, mais aussi Cary Grant, Orson Welles, Joseph von Sternberg ou Scott Fitzgerald, noyé dans son alcool, ainsi qu'une kyrielle de producteurs, louches à divers degrés.
On se souviendra au passage du jeune Achab s'embarquant à dix-sept ans pour Londres dans l'espoir d'y jouer Shakespeare, et des circonstances qui présidèrent à la rencontre du librettiste Da Ponte avec Herman Melville, en 1838. On apprendra, in fine, la meilleure façon de réussir le cocktail Manhattan et avec quelle ténacité l'increvable Moby Dick cherche à se venger de son vengeur.


Le jury du prix Wepler a également décerné une mention spéciale (3.000 euros) à la jeune Lise Charles (elle est née en 1987) pour "Comme Ulysse" (P.O.L., 416 pages), son deuxième roman.

Dans une langue sautillante, le voyage américain d'une Française, entre monde de la peinture et monde de la littérature. Aventures et nostalgie.

Le début de "Comme Ulysse" est à lire ici.



Les sélections et prix
Jean Giono (remis), ici, ici et ici 
Grand Prix du roman de l'Académie française (remis), ici,  ici et ici
Décembre (remis), ici, ici  et ici
Goncourt (remis) et Goncourt des lycéens, ici, ici, ici et ici
Renaudot (remis), ici,  ici, ici et ici
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jeudi 17 septembre 2015

Le prix Giono a aussi publié sa première liste

C'est toujours une jolie sélection que celle du prix Jean Giono qui sera remis le 14 octobre, soutenu par Pierre Bergé comme le prix Décembre (lire ici) notamment.

Le Grand Prix Jean Giono couronne l'ensemble de l'œuvre d'un auteur de langue française ayant défendu ou illustré la cause du roman. Le Prix du Jury, non attribué ces dernières années, distingue un ouvrage de langue française (roman, récit ou recueil de nouvelles) faisant une large place à l'imagination, dans l'esprit de Jean Giono, et révélant un vrai talent de "raconteur d'histoires".

Trois femmes, sur douze auteurs. Trois Gallimard, deux Flammarion, deux Seuil. Quelques nouveaux noms entre des auteurs déjà sélectionnés ailleurs.

Les douze titres sélectionnés
  • Clélia Anfray, "Le Censeur" (Gallimard)
  • Olivier Bleys, "Discours d'un arbre sur la fragilité des hommes"  (Albin Michel)
  • Mathias Enard, "Boussole" (Actes Sud)
  • Hubert Haddad, "Mâ" (Zulma)
  • Isabelle Jarry, "Magique aujourd'hui" (Gallimard)
  • Hédi Kaddour, "Les Prépondérants" (Gallimard)
  • Jean-Yves Laurichesse, "La loge de mer" (Le temps qu'il fait)
  • Alain Mabanckou, "Petit piment" (Seuil)
  • Charif Majdalani, "Villa des femmes" (Seuil)
  • Laurent Seksik, "L'Exercice de la médecine" (Flammarion)
  • Pierre Senges, "Achab (séquelles)" (Verticales)
  • Alice Zeniter, "Juste avant l'oubli" (Flammarion)

Le jury est composé de Sylvie Giono-Durbet et Pierre Bergé (président), Françoise Chandernagor (Académie Goncourt), Paule Constant (Prix Femina), Gilles Lapouge, Claude Mourthé, Erik Orsenna (Académie Française), Pierre Pain, Franco-Maria Ricci, Yves Simon, Frédéric Vitoux (Académie Française).

Prochaine sélection le 8 octobre. Remise du prix le 14 octobre.

Les lauréats précédents
  • 1990 Yves Beauchemin, "Juliette Permerleau" (de Fallois)
  • 1991 Michel Calonne, "Les Enfances" (Viviane Hamy)
  • 1992 Grand Prix: François Nourissier, "Gardien des ruines" (Grasset);  Prix du Jury: François Bontempelli, "L'Arbre du voyageur" (Grasset)
  • 1993 Grand Prix: Félicien Marceau, "La terrasse de Lucrezia" (Gallimard); Prix du Jury: Marc Bressant, "L'Anniversaire" (de Fallois)
  • 1994 Grand Prix: Jacques Laurent, "L'Inconnu du temps qui passe" (Grasset); Prix du Jury: Georges-Olivier Chateauraynaud, "Le Château de verre" (Julliard)
  • 1995 Grand Prix: Vladimir Volkoff, "Le Grand Tsar Blan"c (de Fallois/L'âge d'homme); Prix du Jury: Amélie Nothomb, "Les Catilinaires" (Albin Michel)
  • 1996 Grand Prix: Michel Déon, "La Cour des Grands" (Gallimard); Prix du Jury: Laurence Cossé, "Le coin du voile" (Gallimard)
  • 1997 Grand Prix: Jean-Marie Le Clézio, "Poisson d'Or" (Gallimard); Prix du Jury: Jean-Pierre Milovanoff, "Le Maître des Paons" (Julliard)
  • 1998 Grand Prix: Sylvie Germain, "Tobie des Marais" (Gallimard); Prix du Jury: Dominique Muller, "Les caresses et les baisers" (Seuil)
  • 1999 Grand Prix: Jean d'Ormesson, "Le rapport Gabriel" (Gallimard); Prix du Jury: Michèle Desbordes, "La demande" (Verdier)
  • 2000 Grand Prix: Ahmadou Kourouma, "Allah n'est pas obligé" (Seuil); Prix du Jury: Daniel Arsand, "En silence" (Phébus)
  • 2001 Grand Prix: Jean Raspail, "Adíos, tierra delfuego" (Albin Michel); Prix du Jury: Isabelle Hausser, "La table des enfants" (de Fallois)
  • 2002 Grand Prix: Serge Rezvani, "L'amour en face" (Actes Sud); Prix du Jury: Stéphane Héaume, "Le Clos Lothar" (Zulma)
  • 2003 Grand Prix: Robert Merle, "Le glaive et les amours" (saga Fortune de France)(de Fallois); Prix du Jury: Yasmina Reza, "Adam Haberberg" (Albin Michel)
  • 2004 Grand Prix: Pierre Moinot, "Coup d'État" (Gallimard); Prix du Jury: Laurent Gaudé, "Le Soleil des Scorta" (Actes Sud)
  • 2005 Grand Prix: Danièle Sallenave, "La Fraga" (Gallimard); Prix du Jury: Armel Job, "Les Fausses Innocences" (Robert Laffont)
  • 2006 Grand Prix: Pascal Quignard, "Villa Amalia" (Gallimard); Prix du Jury: François Vallejo, "Ouest" (Viviane-Hamy)
  • 2007 Grand Prix: Jacques Chessex, "Le Vampire de Ropraz" (Grasset); Prix du Jury: David Foenkinos, "Qui se souvient de David Foenkinos?" (Gallimard)
  • 2008 Grand Prix: Amélie Nothomb, "Le Fait du prince" (Albin Michel); Prix du Jury: Jean-Marie Blas de Roblès, "Là où les tigres sont chez eux" (Zulma)
  • 2009 Grand Prix: Dominique Fernandez, "Ramon" (Grasset);  Prix du Jury: Brigitte Giraud, "Une année étrangère" (Stock)
  • 2010 Grand Prix: Charles Dantzig, "Pourquoi lire?" (Grasset); Prix du Jury: Jean-Baptiste Harang, "Nos cœurs vaillants" (Grasset)
  • 2011 Metin Arditi, "Le Turquetto" (Actes Sud)
  • 2012 François Garde, "Ce qu'il advint du sauvage blanc" (Gallimard)
  • 2013 Pierre Jourde, "La Première Pierre" (Gallimard)
  • 2014 Fouad Laroui, "Les tribulations du dernier Sijilmassi" (Julliard)

Autres sélections
Goncourt et Goncourt des lycéens, ici
Renaudot, ici
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lundi 7 septembre 2015

Les douze livres sélectionnés par le prix Wepler


Souvent un peu à côté des lignes des autres prix, épris de liberté et d'inventivité,  le prix Wepler-Fondation la Poste 2015 vient de révéler les douze titres retenus pour sa 18e édition.

Rappelons qu'il a été créé en 1998 par la librairie des Abbesses (Paris 18e), émanation de la librairie indépendante. Il est né de deux constats: le sentiment d'étouffer dans le jeu parfois trop prévisible des rentrées littéraires et l'existence de grands auteurs parfois méconnus, peu lus du public.

Le Prix est doté de 10.000 euros,  une somme de 3.000 euros allant à la mention spéciale accordée à un livre se distinguant par son caractère inclassable.

Il a pour partenaires la Fondation La Poste, mécène français, et la brasserie Wepler, reine de la Place Clichy. Organisé par Marie-Rose Guarniéri, à la tête de la librairie des Abbesses, autour d'un jury tournant composé de professionnels et de lecteurs, il réaffirme "son indépendance, son engagement et son exigence visionnaire qui explore sans limite aucune les territoires de la création romanesque". Il entend remettre la littérature au centre du débat en primant des écrivains qui mettent à l'épreuve la forme romanesque et défrichent la langue: des écrivains qui sortent du marketing.

Le prix Wepler-Fondation La Poste 2015 vient d'annoncer sa première sélection de douze titres dont un tiers écrits par des femmes: deux livres publiés chez P.O.L., un Gallimard, un L'arbalète et un Verticales, un Mercure de France, six chez de petits éditeurs dont les deux nés de l'ancien Attila et un Robert Laffont.

Les voici, par ordre alphabétique d'auteur
  • "Archives du vent", de Pierre Cendors (Le Tripode)
  • "Comme Ulysse", de Lise Charles (P.O.L.)
  • "Une forêt d'arbres creux", d'Antoine Choplin (La Fosse aux ours)
  • "Quand le diable sortit de la salle de bain", de Sophie Divry (Noir sur blanc)
  • "Le présent infini s'arrête", de Mary Dorsan (P.O.L.)
  • "Mémoires d'outre-mer", de Michaël Ferrier (Gallimard)
  • "La sœur", de Pascal Herlem (L'arbalète/Gallimard)
  • "Animarex", de Jean-François Kervéan (Robert Laffont)
  • "L'oragé",de Douna Loup (Mercure de France)
  • "Entre les deux il n'y a rien", de Mathieu Riboulet (Verdier)
  • "Achab (séquelles)", de Pierre Senges (Verticales)
  • "Farigoule B astard", de Benoît Vincent (Le Nouvel Attila).

Le lauréat sera proclamé le lundi 9 novembre et le prix sera décerné, comme d'habitude, à la brasserie parisienne Le Wepler.

Les lauréats précédents, constituant une fort intéressante bibliothèque

  • 2014 Jean-Hubert Gailliot, "Le soleil" (L'Olivier); mention spéciale à Sophie Divry,  "La condition pavillonnaire" (Noir sur Blanc/Notabilia)
  • 2013 Marcel Cohen, "Sur la scène intérieure, Faits" (Gallimard); mention spéciale à Philippe Ramhy, "Béton armé" (La Table Ronde)
  • 2012 Leslie Kaplan, "Millefeuille" (P.O.L); mention spéciale à Jakuta Alikavazovic, "La blonde et le bunker" (L'Olivier)
  • 2011 Eric Laurrent, "Les Découvertes" (Minuit); mention spéciale à François Dominique, "Solène" (Verdier)
  • 2010 Linda Lê, "Cronos" (Christian Bourgois); mention spéciale à Jacques Abeille, "Les jardins statuaires" (Attila)
  • 2009 Lyonel Trouillot, "Yanvalou pour Charlie" (Actes Sud); mention spéciale à Hélène Frappat, (Par effraction" (Allia)
  • 2008 Emanuelle Pagano, "Les mains gamines" (P.O.L); mention spéciale à Céline Minard, "Bastard Battle" (Léo Scheer)
  • 2007 Olivia Rosenthal, "On n'est pas là pour disparaître" (Verticales); mention spéciale à Louise Desbrusses, "Couronnes, boucliers, armures" (P.O.L)
  • 2006 Pavel Hak, "Trans" (Seuil); mention spéciale à Héléna Marienské, "Rhésus" (P.O.L)
  • 2005 Richard Morgiève, "Vertig" (Denoël); mention spéciale à Zahia Rahmani, "Musulman "Roman"" (Sabine Wespieser)
  • 2004 François Bon, "Daewoo" (Fayard); mention spéciale à Jean-Louis Magnan, "Anti-Liban" (Verticales)
  • 2003 Éric Chevillard, "Le vaillant petit tailleur" (Minuit); mention spéciale à Alain Satgé, "Tu n'écriras point" (Seuil)
  • 2002 Marcel Moreau, "Corpus scripti" (Denoël); mention spéciale à Thierry Beinstingel, "Composants" (Fayard)
  • 2001 Yves Pagès, "Le théoriste" (Verticales); mention spéciale à Brigitte Giraud, "À présent" (Stock)
  • 2000 Laurent Mauvignier, "Apprendre à finir" (Minuit); mention spéciale à Richard Morgiève, "Ma vie folle" (Pauvert)
  • 1999 Antoine Volodine, "Des anges mineurs" (Seuil); mention spéciale à Vincent de Swarte, "Requiem pour un sauvage" (Pauvert)
  • 1998 Florence Delaporte, "Je n'ai pas de château" (Gallimard)



dimanche 18 janvier 2015

L'écriture en hors-piste de Maylis de Kerangal


Maylis de Kerangal.
Maylis de Kerangal, Prix Médicis 2010 et Prix Franz Hessel pour "Naissance d’un pont" (Verticales, 2010, Folio, 2012) est à Bruxelles ces jours-ci. Il y a encore une occasion de la rencontrer, demain, lundi 19 janvier, à 20h15, à la Maison Autrique (266, chaussée de Haecht, 1030 Bruxelles), dans le cadre du cycle Portées-Portraits de l'asbl Albertine, pour une lecture musicale de son magnifique roman "Réparer les vivants" (Verticales, 2014), Grand Prix RTL-Lire, qui fait le récit romanesque et sensible d’une transplantation cardiaque. Le début du livre peut être lu ici.

Le texte sera lu par Itsik Elbaz, accompagné au piano par Jean-Philippe Collard-Neven. La mise en voix sera assurée par Geneviève Damas. A l'issue de la lecture, un verre sera offert afin de rencontrer de manière conviviale les artistes de la soirée. Prix des places : 8 € (et l'occasion de visiter toute la maison).
En apéritif et en entrée libre, dès 18h30, une rencontre avec Maylis de Kerangal sera aussi organisée à la Maison Autrique en partenariat avec la librairie-Café 100 Papiers (23 avenue Louis Bertrand à 1030 Bruxelles).
Renseignements et réservations: albertineasbl@gmail.com  ou www.albertine.be

Maylis de Kerangal, c'est bien entendu le superbe "Réparer les vivants" avec des mots comme ceux-ci,  "Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps." Vingt-quatre heures d'aventure collective et intime, d'amour et de fonctionnement cardiaque, de tensions et de relâchements. Un roman dont on sort différent.


Maylis de Kerangal, c'est aussi un magnifique album pour enfants, "Hors-pistes", illustré par Tom Haugomat (Editions Thierry Magnier, collection "Les décadrés", 40 pages).
Les trois jours d'aventure en montagne que partagent Paul, le narrateur âgé de sept ans, et Bruce, un ami de ses parents qui refait surface après trois ans de silence pour honorer une ancienne promesse, "aller chercher la montagne en soi".

Laissons l'album quelques instants pour expliquer le principe de la collection à laquelle il appartient. Dans "Les décadrés" en effet, ce n'est pas un texte qui est donné à un illustrateur comme c’est le cas en général mais les illustrations, laissées à la libre imagination de leur créateur, qui sont proposées terminées à un auteur pour qu'il pose une histoire dessus. L'album se termine sur une visite de l'atelier de l'illustrateur. Ceci naît dans le cadre d'une association entre la Galerie Jeanne Robillard qui expose l'artiste et les Editions Thierry Magnier qui publient le livre.

Paul et Bruce sont prêts à partir. (c) Ed. Th. Magnier.

Ce très beau deuxième titre des "Décadrés" réunit donc Maylis de Kerangal et Tom Haugomat. Ce dernier, sérigraphiste, a choisi le thème de la montagne et limité les couleurs de ses dessins à deux, cyan et magenta, sans oublier le blanc. Leur genre aussi: des cadrages alternant scènes de vies fourmillant de détails,  grands paysages contemplatifs et dessins plus anecdotiques.



Paul a rêvé cette virée.
Des quinze sérigraphies principales proposées - mais pas toujours retenues, placées dans l'ordre qu'elle souhaitait, Maylis de Kerangal fait naître une très belle histoire où vont se rencontrer deux générations d'hommes, partis à la montagne faire du hors-piste.
Chacun sur ses skis dans la blanche immensité suit le cours de ses pensées. Paul, petit bonhomme, se cherche et se fraie un chemin entre ses craintes et ses rêves d'arpenteur de montagne. Bruce l'adulte assure, montre, explique la crevasse, cavité à haut pouvoir attractif. Et c'est l'accident de l'aîné, qui oblige l'enfant à grandir, à sortir de son sillon, à se découvrir.

 "Hors-pistes" est une aussi belle aventure pour celui qui lit l'album que pour ceux qui l'ont conçu.

Paul trouve du secours. (c) Ed. Th. Magnier.