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mardi 20 décembre 2022

Au fond, n'est-ce pas bientôt Noël?

Inégalé Raymond Briggs! (c) Grasset Jeunesse.


Sacrément bonne idée! 


Les deux histoires du Sacré Père Noël du génial Britannique Raymond Briggs, décédé cet été (lire ici), sont rééditées en un seul album, "L'intégrale du Sacré Père Noël" (Grasset Jeunesse, pas de nom de traducteur, 72 pages). On y retrouve avec un plaisir fou ces deux aventures du héros, souvent hors des clous du politiquement correct, très représentatives des années 1970. Tellement libres dans les propos et dans la façon! Jusqu'à déborder les cases du gaufrier BD choisi pour nous présenter le bonhomme dans son quotidien.

En effet, "Sacré Père Noël" date de 1974 en français (1973 en anglais) et "Les vacances du Sacré Père Noël" de 1975. Quasi cinquante ans et on s'amuse toujours autant à découvrir que le Père Noël est un sacré râleur au sacré cœur d'or et un sacrée travailleur qui ne renâcle pas à l'effort pour se glisser de cheminée en cheminée afin d'apporter leurs cadeaux en temps voulu à tous les enfants du monde. Même à ceux qui habitent des logements sans cheminée. Sacrément british, Sacré Père Noël est aussi un vrai humain, avec son chat et son chien, ses poules et ses cerfs qu'il nourrit et chérit quand il ne les morigène pas, et qui, lors de sa tournée, n'hésite pas à faire une pause pique-nique sur un toit enneigé pour reprendre des forces avec son attelage. Tant de détails en marge de l'histoire! On est sous le charme et en plus, on rit beaucoup.

La mise en route. (c) Grasset Jeunesse.

On rit encore davantage dans la deuxième aventure où le Sacré Père Noël décide de prendre des vacances. On le voit parcourir le monde, qu'il arpente avec son traîneau transformé en camping-car, toujours tiré par ses cerfs, jusqu'au moment où des enfants, parfois des adultes, le reconnaissent. On le découvre touriste gourmand, même goinfre, en France, en Ecosse, à Las Vegas... Les clichés sur tous ces lieux sont présentés de façon tellement sincère et amusante qu'on ne peut faire aucun reproche. Juste savourer cet album hilarant jusqu'au retour chez lui du vacancier voyageur. 

Sacré Père Noël est de retour de ses vacances,
fidèle à lui-même. (c) Grasset Jeunesse.


Si Raymond Briggs est dans la veine du Père Noël traditionnel (d'autres titres, plus anciens, ici), les nouveautés 2022 semblent davantage tourner autour de la personne ou de l'idée du 24 décembre.


Un roi de la forêt


Une couverture découpée en forme de sapin, des pages cartonnées bien épaisses, un titre évident, musical. Avec "Mon beau sapin" (Seuil Jeunesse, 14 pages), Pauline Kalioujny revient aux fondamentaux de l'arbre de Noël en un livre pour enfants qui est aussi un livre d'artiste. La simple première page où se dessine en linogravure le sapin tout vert est une merveille. "J'ai voulu ramener les gens à la véritable tradition du Sapin de Noël", explique-t-elle. "Celle que je raconte dans mon album "Mon Beau Sapin": une tradition venue du fond des âges, lorsque les Celtes allaient, au solstice d'hiver, au fond des forêts, pour y décorer un arbre beau et vivace, afin de célébrer le renouveau de la Nature, et la lumière qui va revenir dans le coeur des êtres vivants." Rien à voir avec ce que nous pratiquons aujourd'hui et une splendide occasion d'y réfléchir.

"Mon beau sapin" est un album plein d'agréables surprises. Au fil des paroles de la chanson traditionnelle, la nature se raconte. Le vert merveilleux des rameaux de sapin, l'orangé doré des autres arbres, la parure persistante du sapin, même sous la neige, les interventions solaires des enfants, la recherche de l'arbre à décorer - sans le couper - de pommes de couleur et de marrons ou de tissus multicolores... Plus précisément, la célébration du retour de la lumière et de la paix intérieure. Un sapin qui continuera de grandir et deviendra un havre de paix et un lieu de sagesse.

L'album comporte aussi un sapin à déployer et un calendrier de l'Avent.

Merveilleuse linogravure. (c) Seuil Jeunesse.



Drôles de rencontres


Il commence assez mal l'album "Drôle de Noël", le troisième volume des aventures de "Filippa & compagnie" du couple Juha Virta et Marika Maijala (traduit du finnois par Claire Saint-Germain, Versant Sud Jeunesse, collection "Petites histoires nordiques", 40 pages), après "Piano en fuite" et "Le chat caché" (même éditeur, 2021).

Le soir du réveillon de Noël, les quatre amis, Filippa la petite fille, Roupillon le Chat, Anton l'Ane et Lapin, tombent en panne de chocolats. Vraiment pas de chance. Chacun à son tour va sortir en chercher d'autres et chacun va rencontrer un autre père Noël, bien différent de celui qu'on connaît. L'occasion de côtoyer diverses personnes se réclamant du Père Noël, une marmotte, un opossum enrhumé et une mamie lourdement chargée. Un album farfelu en format à l'italienne, à tenir parfois à la verticale, qui célèbre autant les amis imaginaires que l'amitié et la générosité.

La sortie "chocolats" de Filippa. (c) Versant Sud Jeunesse.


Entre voisins


Couleurs polaires pour cet album qui convoque une belle série d'animaux de la banquise fort expressifs. Dans "24 décembre", du duo fils-mère québécois Arthur Drouin (texte) et Geneviève Després (illustrations), Fanny le lièvre et Montmartre le renne ont appris qu'un gros monsieur barbu habillé de rouge leur apporterait des cadeaux cette  nuit-là "s'ils faisaient tout bien". Mais qu'est-ce que tout bien faire et comment le faire là-bas? 

D'abord avoir une cheminée, ensuite y accrocher des chaussettes et également préparer des biscuits. Et aussi prévoir un sapin pour y déposer les cadeaux. Pas simple en ce lieu. Tous les animaux du coin vont s'entraider pour réaliser le projet en l'adaptant parfois à leur mode. Quand il passe chez eux, vidé et la hotte vide, le père Noël admire leurs efforts et leur dégotte des cadeaux de dernière minute, tout en leur lançant une invitation pour l'année suivante. Après tout, ils sont voisins. Un album original, joyeux, plein de péripéties et joliment illustré.

Les animaux ont suivi les codes comme ils ont pu. (c) D'Eux.



Noël dans la jungle


On connaît bien désormais le chimpanzé grognon Gaston. Dans l'album "Noël, c'est nul" de Suzanne Lang, illustré par Max Lang (traduit de l'anglais par Eva Grynszpan, Casterman, 32 pages), le héros s'en donne à cœur joie de son passe-temps préféré, râler. Il pleut, il a faim, ses copains préparent joyeusement Noël. Oh, que tout cela énerve Gaston grognon! Pire, le singe bougon refuse toutes les aimables propositions festives des autres habitants de la jungle. Si cela lui convient, il a toujours faim. Le repas qu'il se choisit en désespoir de cause lui passe mal et Gaston n'est pas de meilleure humeur. Il sera malgré tout l'objet de la compassion de ses camarades, peu rancuniers mais un brin moralisateurs. La lumière revenant chez le grognon et dans la couleur des pages, le héros se laisse finalement convaincre par l'idée d'une fête de Noël.

Cela commence mal pour Gaston. (c) Casterman Jeunesse.






mercredi 10 août 2022

La triste nouvelle du décès de Raymond Briggs

Il est des auteurs-illustrateurs dont on se sent proche même si on ne les a jamais rencontrés et dont l'annonce du décès vous affecte profondément. Le Britannique Raymond Briggs est de ceux-là. Le créateur des magnifiques albums, de rencontres et d'amitiés, dans des genres différents, très souvent aux crayons de couleurs, "Le bonhomme de neige", "Sacré Père Noël", "UG" pour les enfants, de la superbe bande dessinée pour plus grands "Ethel & Ernest", inspirée de la vie de ses parents. La maison d'édition Penguin Random House a annoncé aujourd'hui le décès de Raymond Briggs, survenu le 9 août, d'une pneumonie, à l'âge de 88 ans. Il était né le 18 janvier 1934 à Wimbledon, pas loin de Londres, d'un père laitier et d'une mère ménagère. Il quitta l'école à quinze ans pour aller au Wimbledon Art College. Il voulait faire des dessins animés. Il a ensuite étudié à la Slade School of Fine Art de Londres et en est reparti, à 23 ans, avec de sérieuses compétences en matière de dessin réaliste.
Cela lui a permis de trouver facilement des travaux d'illustration mais ce n'est pas ce qu'il voulait pour lui. Au début des années 60, Raymond Briggs décide d'écrire et illustrer lui-même une histoire et de la proposer à un éditeur pour qu'il l'éclaire de ses conseils. Son livre est édité en 1961, "The Strange House". Tout de suite après, il réalise 800 illustrations pour une version des "Contes de ma mère l'oie". Il publie d'autres livres jeunesse.

Coup de tonnerre en 1972, alors qu'il vient de perdre ses parents et son épouse Jean, atteinte de schizophrénie et décédée d'une leucémie, avec "Father Christmas", une bande dessinée qui imagine le Père Noël sous la forme d'un vieil homme grincheux, grommelant tout au long de sa journée la plus chargée de l'année: le réveillon de Noël. "Sacré Père Noël" paraîtra la même année chez Grasset-Jeunesse, comme la plupart de ses titres (l'éditeur a entrepris depuis une dizaine d'années la réédition de ses livres, voir ici). Le héros bougon sera au centre de deux autres albums, "Les vacances du Sacré Père Noël" et "Sacré Père Noël prend du bon temps".

Autre révélation, l'album en teintes douces "The Snowman", qui paraît en 1978, l'histoire sans paroles d'un garçon dont le bonhomme de neige prend vie. Une nuit magique pour les deux amis mais ancrée dans le réel: à son réveil le lendemain matin, le garçon ne trouve que le bonnet et l'écharpe du bonhomme de neige sur un tas de neige fondante. "Le bonhomme de neige"  a paru chez Grasset-Jeunesse en 1979 (lire ici) et a fait l'objet d'une édition spéciale pour ses quarante ans. 

Après cela, Raymond Briggs a abordé, toujours en albums, d'autres thèmes, la guerre nucléaire ("When the Wind Blows", 1982, "Quand souffle le vent", 1983), l'invasion britannique des Malouines ("The Tin-Pot Foreign General and the Old Iron Woman", 1984)) ainsi que l'extraordinaire récit en bande dessinée du mariage de ses parents ("Ethel & Ernest", 1998), ce dernier ayant bien entendu été traduit en français, par Alice Marchand. Il était néanmoins aussi revenu à des livres plus imaginatifs comme , "Ug, le petit génie de l'âge de pierre" (1991), "L'homme" (1993), "Lili et l'ours" (1994), "Monsieur Flaque" (2004).



Deux albums de Raymond Briggs avaient été mis à l'honneur à la Foire de Bologne, recevant une une mention au prix Critique en herbe: "The Snowman" ("Le bonhomme de neige") en 1979 et "Fungus the bogeyman" ("Fungus le Bogey") en 1983.



Pourquoi aimions-nous tant Raymond Briggs et son œuvre? Pour ceci, sans doute, extrait d'un entretien à la BBC en 2018: "Le problème avec beaucoup d'illustrateurs, c'est qu'ils ne dessinent pas de l'intérieur. C'est l'essence même d'une bonne illustration si vous pouvez ressentir ce que la personne ressent et dessiner ce qu'elle ressent."


Son denier livre est "Time for Lights Out", un mélange de dessins, de poèmes, de citations de souvenirs publié en novembre 2019, où Briggs regarde la mort en face. 









Hommages

Ses proches (ses beaux-enfants et ses beaux-petits-enfants): "Nous savons que les livres de Raymond ont été aimés et ont touché des millions de personnes à travers le monde, qui seront tristes d'apprendre cette nouvelle. Les dessins de fans - en particulier les dessins d'enfants - inspirés de ses livres ont été chéris par Raymond et épinglés sur le mur de son studio."

Hilary Delamere, son agente littéraire de Briggs: "Raymond aimait jouer le grincheux professionnel, mais nous nous souviendrons de lui pour ses histoires d'amour et de perte. Je sais par les nombreuses lettres qu'il a reçues à quel point ses livres et ses animations ont touché le cœur des gens. Il a gardé sa curiosité et son sens de l'émerveillement jusqu'à la fin."

Francesca Dow, directrice générale des livres pour enfants Penguin Random House: "Raymond était unique. Il a inspiré des générations de créateurs de livres d'images, de romans graphiques et d'animations. Il laisse un héritage extraordinaire, et un grand trou."


dimanche 13 janvier 2013

LS père faire connaître Raymond Briggs

Le bonhomme de neige. (c) Raymond Briggs.



Le bonhomme de neige. (c) Raymond Briggs.

Le bonhomme de neige. (c) Raymond Briggs.
 

Bon, c'est plutôt de circonstance.



Mais "Le bonhomme de neige" de Raymond Briggs est quand même un excellent album.
Un peu ancien (il est sorti en 1978 en Grande-Bretagne, l'année suivante en français chez Grasset-Jeunesse), au point qu'il risquerait bien d'être oublié.
Pauvre trésor de livre
Moi-même je le pensais épuisé mais les sites de libraires ainsi que celui de l'éditeur l'annoncent disponible.
En tout cas cette histoire mêlant réalité et imaginaire n'a rien perdu de son charme. Et quel bonheur que les illustrations aux crayons de couleurs.
Sous forme de bande dessinée, quasi sans texte, le livre raconte le soin que prend un petit garçon du bonhomme de neige qu'il a confectionné au moment de Noël.
C'est doux, beau, sensible et terriblement plaisant.

A noter que l'album du Britannique a donné lieu dès 1982 à un dessin animé de qualité, portant le même titre, "Le bonhomme de neige".





A noter encore que son "Sacré Père Noël" a été réédité chez Grasset-Jeunesse à l'automne dernier.
Une histoire de Père Noël grognon, sortie en Grande-Bretagne en 1973 et traduite en français en 1974. On a toujours autant de plaisir à suivre la longue journée du bonhomme bougon. En bandes dessinées, on piste le râleur au grand cœur les 24 et 25 décembre dans ses multiples péripéties.