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jeudi 2 avril 2026

Semez des histoires et le monde fleurira


Depuis 1967, l'International Children's Book Day (ICBD), la Journée internationale du livre pour enfants (JILVE) est célébrée dans le monde entier le 2 avril. Le jour anniversaire de l'auteur danois de contes de fées, Hans Christian Andersen. Chaque année, une section différente de l'IBBY parraine l'ICBD en préparant un message et une affiche diffusés à travers le monde. Ces supports visent à susciter l'amour de la lecture, à souligner l'importance des livres pour enfants et à promouvoir la collaboration internationale pour le développement et la diffusion de la littérature jeunesse. 
 
Le 2 avril est une journée pour célébrer dans tous les pays avec les enfants la lecture et ceux qui la rendent possible, auteurs, illustrateurs, traducteurs, bibliothécaires, éditeurs, enseignants.
 
Cette année 2026, c'est IBBY Chypre qui coordonne le 2 avril avec une affiche et un dépliant (ici, en grec et en anglais). L'affiche a été créée par Sandra Elephteriou et nous invite dans un monde où l'imagination prend racine. Le message est d'Elena Perikleous: "Semez des histoires et le monde fleurira" . Il rappelle l'importance des graines que nous semons dans l'esprit des jeunes lecteurs grâce à la lecture.

IBBY rappelle combien la littérature jeunesse continue de combler les fossés et de mettre des livres entre les mains des jeunes lecteurs du monde entier. "Aujourd'hui plus que jamais, nous reconnaissons la valeur intrinsèque des histoires, des livres et de la lecture. Ils ont le potentiel d'améliorer notre monde, à commencer par le droit fondamental de chaque enfant et de chaque jeune à avoir accès à des livres qui l'inspirent et qui nourrissent son respect pour le monde qui l'entoure."

Continuons donc à semer des histoires, sachant qu'avec chaque livre partagé, nous contribuons à faire fleurir le monde.
 
 

lundi 30 mars 2026

Le futur a été défié par 92.000 personnes

(c) Clara Vandenbroucke/HELB/FLB.

La 55e Foire du livre de Bruxelles s'est terminée dimanche soir à la grande satisfaction des organisateurs. Du 26 au 29 mars, 92.000 visiteur·ses ont été décomptés à Tour & Taxis (contre 85.000 l'an dernier). Durant les quatre jours de la manifestation, ils sont venus à la rencontre de 1.100 auteur·ices (1.200 l'an dernier), 528 éditeurs, 306 exposants, 160 stands (chiffres stables).
 
Déployée autour de la thématique "Défier le futur", et la météo belge pourrait-on ajouter, la programmation générale a proposé plus de 350 activités pour tous les publics. La programmation scolaire, elle, a rassemblé 7.500 élèves.
 
Plusieurs prix ont été remis, dont, jeudi le prix Prem1ère à Jeanne Rivière pour "Lorraine brûle" (Gallimard, lire ici), vendredi le Prix Première Victor du livre jeunesse, attribué à Josepha Calcerano pour "Le Grand Test" ( Le Muscadier) et samedi le Prix Première du roman graphique, qui a récompensé "Détroit Roma" d'Elene Usdin et Joseph Boni (Sarbacane).
 
 
La Foire du livre 2027 aura lieu du 18 au 21 mars. 
 
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Et pour passer une année à lire, en cadeau, le texte poétique que Susie Morgenstern, invitée d'honneur 2026 (lire ici) a déclamé lors de l'inauguration de la Foire mercredi soir. Merci à elle. 
 
Susie Morgenstern.
(c) Théodore Renard/HELB/FLB.


Pourquoi je lis

Je lis pour rire
Je lis pour pleurer
Je lis pour pétiller
Je lis pour améliorer mon français
Je lis pour aller dans les librairies
Je lis pour recommander des livres à mes amis
Je lis parce c'est toute ma vie
Je lis pour tomber amoureuse sans tomber
Je lis pour faire du sport sans me fatiguer
Je lis pour faire le tour du monde sans empreinte carbone
Je lis parce que ça me passionne
Je lis pour ne pas manger
Je lis pour m'endormir
Je lis pour me réveiller
Je lis pour me souvenir
Je lis pour oublier
Je lis parce que je n’aime que les lecteurs
Je lis pour me faire peur
Je lis pour me faire surprendre
Je lis pour me faire prendre
Je lis parce que je ne suis pas un homme
    et que je veux les comprendre
Je lis pour mieux me connaître
Je lis pour vous connaître
Je lis parce que j'aime les êtres
Je lis parce que j'écris
Je lis parce que je lis au lit
Je lis pour peupler mon lit
Ceci n'est que le début de ma liste et il y a bien d’autres pistes
Pour justifier ma vie égoïste, à consommer sans modération. 

Et vous, quelles sont vos raisons ?

 
 

mercredi 12 mars 2025

Selon La Libre et la FLB, les 15-25 ans lisent

(c) FLB.

Courant février, un sondage a été publié sur les sites des journaux du groupe de presse IPM ("La Libre", "l'Avenir" et la "DH"), partenaire de la Foire du Livre de Bruxelles qui s'ouvre demain. Le thème? "Que lisent les jeunes en 2025?" Que lisent les jeunes de 15 à 25 ans plus précisément. Ces derniers étaient sollicités par voie de presse sur leurs pratiques de lecture, mais aussi leurs parents – observateurs espions des façons de lire de leurs enfants. Trois cents adolescents ont répondu ainsi que soixante-neuf parents. Cette enquête non scientifique apporte néanmoins un éclairage sur les tendances actuelles dans un secteur en constante évolution.

Les jeunes qui lisent le journal lisent donc aussi des livres.
  • La fiction se taille la part du lion, leurs préférences allant à 89,3 % pour les romans. Au sein de cette catégorie, la romance remporte 57,9 %, la fantasy 46,9 %, le policier 40,1 % et la fiction contemporaine 34,3 %. A l'image des films et séries populaires.
  • Les bandes dessinées séduisent 32,3 % des jeunes interrogés. Surtout les mangas qui attirent 43,7 % des répondants.
  • Les ouvrages de non-fiction et les livres pratiques n'attirent que 20% des répondants.
Le livre papier reste leur support privilégié (91,5 %), loin devant les formats numériques (7,1 %, dont 49 % sur smartphone et 28,3 % sur tablette) et audio (1,3 %). Cette préférence pour le papier semble s'expliquer par un besoin de se connecter à son imaginaire tout en s'éloignant des écrans.

Malgré une forte consommation digitale dans leur quotidien, les jeunes restent attachés aux librairies physiques pour leurs achats (81,2 %).

Les recommandations d'amis (33,5 %) et les réseaux sociaux (35,5 %), en particulier Instagram et TikTok, jouent un rôle important dans leur découverte de nouveaux livres, témoignant de l'influence des plateformes numériques.

Près de la moitié des jeunes qui ont répondu à l'enquête (47,6 %) lisent tous les jours, 34,3 % lisant plusieurs fois par semaine. Où lisent-ils? A la maison (96,1 %), mais aussi dans les transports en commun (54,4 %). Quand? Pendant les vacances pour 48,9 % des répondants.

La durée moyenne des sessions de lecture oscille entre 30 minutes (27,8 %) et une heure (35,6 %). 65% des répondants disent fréquenter des événements littéraires, foires, festivals et dédicaces en librairie. Les verra-t-on à la Foire du livre de Bruxelles qui se déroule du 13 au 16 mars à Tour & Taxis avec "Habiter le monde" comme thème (infos ici)?

Ces bons chiffres, réalisés sur base de réponses volontaires suite à un appel dans des médias, sont à toutefois à relativiser par ceux de l'ADEB (Association des Editeurs belges) qui se montrent plus alarmistes mais ne concernent que la production belge. Un communiqué de l'ADEB et des Editeurs singuliers alertait en novembre 2024: "Le secteur de l'édition en Belgique traverse actuellement une période compliquée. Avec des changements potentiels dans la fiscalité, des réformes encore imprécises du soutien financier et une pression économique grandissante, la filière du livre fait face à des défis importants."
 
Le projet de TVA à 9 % sur le livre en Belgique peut en effet avoir des répercussions économiques considérables en renchérissant le prix final des livres, et impactant donc directement les lecteurs. Quid aussi de la compétitivité sur le marché européen des éditeurs belges, déjà confrontés à des hausses considérables des matières premières? Un repli sur les ventes est à craindre, mettant les petites maisons d'édition en difficulté et, in fine, réduisant l'offre littéraire. Quid du soutien institutionnel et de l'élaboration d'une véritable politique intégrée du livre en Belgique francophone? Actuellement, les instances d'avis sont suspendues et les subventions donc bloquées. La ministre de la Culture Elisabeth Degryse n'a pas encore signé l'arrêté portant exécution du Décret relatif au subventionnement des secteurs professionnels des langues, des lettres et du livre. 
 
EDIT 12 mars 16 heures: Selon Le Soir, le décret serait débloqué mais, modifié, il devra être relu par le gouvernement, passer au Conseil d'Etat, subir une deuxième lecture puis être voté par le Parlement.
 
Attendons donc, que faire d'autre, mais lisons comme les jeunes lecteurs de La Libre.
 
 
 
 
 
 
 

mardi 23 avril 2024

Quand les albums jeunesse jouent avec le livre

Léopold, libraire idéal. (c) Albin Michel Jeunesse.


En cette Journée mondiale du livre, quatre albums jeunesse à destination des enfants des classes maternelles qui parlent de... livres et de leurs usages, qui en jouent et plaident pour la lecture.

A quoi servent les livres? 😏

L'album le plus aventureux car mêlant divers points de vue tout en étant sensible et drôle, est "Interdit de manger les livres!", de Carlie Sorosiak, illustré par Manu Montoya (traduit de l'anglais par Anne Léonard, Albin Michel Jeunesse, 40 pages). Venu de Grande-Bretagne et premier livre illustré en français d'une auteure de romans jeunesse chez Casterman, il met en scène Léopold, un bouc qui tient une librairie à l'ancienne, aux étagères en bois un peu foutraques. Un lecteur enchanté qui se projette dans les histoires qu'il lit avec appétit. Le boutiquier n'est jamais aussi heureux que quand il conseille à ses lecteurs, humains ou animaux, des livres qui les réjouissent. "Chaque livre allait à son lecteur comme un pull chaud et confortable. Cela rendait Léopold heureux."

Les choses se compliquent lorsqu'un autre bouc passe le pas de la porte et demande "un bon livre". Léopold a à peine choisi un titre pour le visiteur que celui-ci en mange les pages. "Non, les livres ne sont pas faits pour être mangés!" Ah non? Voilà le libraire confronté à un fameux défi, répondre à la question de son nouveau client: "A quoi servent les livres si ce n'est pas à être mangés?" Pour lui, il explore tous ses rayonnages, croit faire les meilleurs choix. Raté, le bouc dévore tous les livres qui lui sont proposés. Sans même les payer.

La solution, touchante, viendra de la femme de Léopold. Elle l'invite à se souvenir du premier livre qu'il n'a pas mangé tellement il l'avait enthousiasmé. "Il [le livre] m'a fait réfléchir et grâce à lui, je me suis senti moins seul." Il retrouve le volume et le propose à son jeune client. Et cela marche. Le jeune bouc est pris par l'histoire, à tel point qu'il en réclame plein d'autres.

La révélation. (c) Albin Michel Jeunesse.

Un agréable plaidoyer pour la lecture et ses pouvoirs réconfortants et une célébration des libraires, qui peut être étendue aux bibliothécaires, Léopold n'ayant pas trop l'air d'un manager. De facture classique, les gouaches de Manu Montoya témoignent d'une belle liberté d'interprétation du texte. Dès 5 ans.
 
 
Livre magique 😃
 
Bigre! L'annonce en titre fait frémir, "Le livre qui peut lire dans ton esprit". Qu'a donc concocté l'Italienne Marianna Coppo en convoquant une Madame Loyale répondant au nom de Lady Rabbit (traduit de l'italien par Christian Demilly, Grasset Jeunesse, 48 pages)? Car c'est bien sur une scène de théâtre joliment ornée et agrémentée de détails amusants que se déroule l'histoire. En deux tons doux, un vert plus appuyé que celui de Ladurée à Paris et un rose un peu passé, le spectacle interpelle directement l'enfant lecteur. Lui glisse qu'il sera question de magie, "Prestigieux lecteur"... Il le chambre avec quelques tours simples avant de passer à son véritable propos, lire dans l'esprit de celui ou celle qui lit! Une double page lui présente le public, soit trente-six spectateurs, tous différents. Il s'agit d'en choisir un en secret, de dire à quelle rangée il est assis, de se rendre à la page indiquée, de le repérer à nouveau après l'entracte, de répondre à la même question et de foncer en page finale. Il se trouve là où le livre l'a indiqué! C'est magique, réussi, addictif et terriblement amusant. Et chapeau à l'artiste pour la mise en scène théâtrale de son propos.

Lady Rabbit chauffe la salle, euh, les lecteurs. (c) Grasset Jeunesse.

Bien sûr, le tour est connu depuis longtemps, depuis le XVe siècle, mais il est drôlement efficace et fonctionne parfaitement dans sa version livresque. Le graphisme très délicat de Marianna Coppo ajoute le plaisir de découvrir ces trente-six personnages plus charmants les uns que les autres, permettant de multiples lectures. Dont celle en flip-book qui fait danser une patate en coin de page, à l'endroit et à l'envers. L'album est encore accompagné d'un thaumatrope, ce jouet optique exploitant la persistance rétinienne.

Tous les spectateurs ont changé de place à l'entracte. (c) Grasset Jeunesse.

A noter que "Le livre qui peut lire dans ton esprit" paraît également aux États-Unis chez Chronicle Books, en Allemagne chez Peter Hammer Verlag, en Espagne (espagnol et catalan) chez Andana editorial, en Italie chez Quintoquarto, en Roumanie chez Editura Frontiera, ainsi qu’en Chine (chinois traditionnel). Magique! 
 

Et aussi

 

La meilleure histoire du soir... et au lit
Louise Fitzgerald et Kate Hindley
traduit de l'anglais par Mathilde Colo
Little Urban, 32 pages
 
Il faut bien un grand format presque carré pour accueillir les pitreries, développées sur doubles pages, de ces cinq enfants animaux au moment du coucher. Bain pris et dents brossées, ours, chien, chat, canard et écureuil attendent que leur soit racontée par un adulte la MEILLEURE histoire du soir. Une histoire qui tient en trois phrases seulement! Lesquelles? C'est bien la question car elle va être précédée de nombreux épisodes perturbateurs: promesses des enfants et des adultes, échauffement de la voix, étirements, gonflage des oreillers, ramassage des doudous, fanfare, verre d'eau, pipi... En dessins extrêmement riches et terriblement amusants, voilà tout le rituel du coucher revisité avec humour jusqu'à la fameuse meilleure histoire en trois phrases qui s'accompagne d'une autre, en trois phrases encore plus courtes. Un album de complicité entre parents et enfants.
 

Qui a volé le sommeil?
Anete Melece
traduit du letton par Emmanuèle Sandron
l'école des loisirs/Pastel, 40 pages

De super efficaces dessins aux feutres de couleurs vives, sans serti noir, conférant une belle énergie à cette histoire de sommeil disparu. Que se passe-t-il? Maman doit travailler dans son bureau. C'est donc Papa qui lit l'histoire du soir à Stella. Mais après neuf histoires dont les scénarios apparaissent en dessins, la petite fille ne dort toujours pas. Et pour cause, le sommeil commandé a bien été livré mais il a été volé. Par qui? Avec doudous et peluches, père et fille mènent l'enquête à travers toutes les pièces de l'habitation. Rien. Nulle part. Mais ils n'ont pas visité la dernière pièce... Un cluedo light réjouissant.

A noter le choix des neuf histoires, drôles comme la paire de bas dansant la samba ou la licorne prétentieuse, plus contemporaine quand il s'agit de philosopher avec les arbres ou de voir une Terre sous canicule.

 

 

 

 




jeudi 18 avril 2024

La Slovénie, invitée d'honneur 2024 à Bologne

L'exposition "And then what happens?"


L'exposition slovène.
Être le pays invité d'honneur à la Fiera del Libro per Ragazzi de Bologne signifie monter une exposition, organiser des rencontres, réunir des éditeurs et des agents littéraires, informer les visiteurs, imprimer des guides et des répertoires, proposer le travail d'auteurs et d'illustrateurs, en leur présence si possible.

Hôte 2024, la Slovénie a fait tout cela. Parmi les points forts, l'exposition d'une soixantaine de ses illustrateurs, "And Then What Happens?", titre né de la traditionnelle question d'enfant. Elle était complétée d'un épais catalogue gratuit sous forme de fiches illustrées et surmontée d'un dais imprimé. Autre point fort, la conférence d'une journée "We love reading", le mercredi 10 avril à la très belle bibliothèque Salaborsa, en ville.



Un dais imprimé reprend les originaux exposés.

 


L'exposition "And then what happens?".



Marko Kravos prononçant son texte.
La conférence "We love reading" a proposé à un large public une approche de la littérature jeunesse en Slovénie, avec ses particularités comme la Reading Badge Society, une réflexion sur l'intelligence artificielle, profonde et drôle par le professeur à l'université de Ljubljana Miha Kovac, la place et l'impact des bibliothèques et diverses initiatives de promotion de la lecture. Sans oublier l'intervention de divers auteurs et illustrateurs.
 
La journée a commencé par un fantastique texte de l'écrivain Marko Kravos, un véritable hymne à la lecture, lu en italien avec traduction en anglais projetée, qui sera publié sur le site de la Section belge francophone de l'IBBY (ici).
 
En apéritif, deux extraits:
"Comme vous pouvez le constater, ces dernières années, j'ai personnellement lié ma conscience à la Reading Badge Society, joyeusement dans sa 63e année. Même enfant, j'étais un lecteur accro, en tant qu'étudiant en littérature, j'ai consacré l'essentiel de ma vie à l'édition de livres, puis j'ai également enseigné à l'université et occupé des postes de direction dans des associations d'écrivains: entre-temps, j'ai écrit de la poésie et de la prose pour enfants, traduite, jouée sur les places publiques, dans les écoles et les sociétés. Au fond, il était grand temps que je m'intéresse au lecteur sans qui toute ma vie n'est qu'un château de cartes qui pourrait à tout moment s'effondrer. Avec cette dernière responsabilité, j'ai pris conscience de la richesse de ce patrimoine, mais aussi de son impuissance face aux défis actuels qui, également en raison des réalités virtuelles et des processus informatisés, menacent notre individualité en tant qu'êtres humains, notre liberté, notre sentiment d'appartenance sociale, notre boussole éthique."

"(...)Dans mes activités créatives, en écrivant des livres, je me rends compte que la passion créative et la satisfaction que nous tirons de l'écriture ne suffisent pas. Outre les contacts fréquents avec le public des lecteurs rendus possibles en Slovénie par l'intermédiaire des sociétés susmentionnées et des travailleurs culturels de divers domaines, je suis de plus en plus anxieux. La baisse de concentration de lecteurs, le déclin de la signification sociale du livre sont très apparents. Dans un monde désorienté où la violence et la militarisation augmentent, un livre avec son âme de papier ressemble à un oiseau qui vole sans branche sur laquelle s'asseoir. Sur une planète où les saisons déraillent, où il y a de moins en moins d'air et où la verdure diminue, il n'y a ni temps ni espace pour le livre. Cela  semble ainsi. Et cela me met personnellement au défi d'assumer mes responsabilités, de protéger mon propre objectif créatif. Je dois résister à l'horreur d'une planète désolée qui nous menace d'armes et d'esprits toujours plus pervertis exploités par des centres de pouvoir aliénés aux perceptions à courte vue."

 

mardi 23 janvier 2024

A tous les non-lecteurs

Départ immédiat vers la lecture. (c) CotCotCot éditions.


C'est un tout petit livre, plus petit qu'un format de poche mais équipé d'un rabat arrière qui se transforme facilement en pochette à mots. C'est un tout petit livre en rouge, noir et crème.

On a l'impression d'avoir déjà vu la silhouette féminine en couverture. Mais oui, en bleu, elle illustrait la quatrième campagne "Lisez-vous le belge?", en novembre dernier. Certains reconnaîtront son texte, paru en plaquette lors de "La fureur de lire" 2023.

 

Ce tout petit livre, illustré, c'est "L'art de ne pas lire" d'Elisa Sartori (traduit de l'italien par Anne Brunet, CotCotCot éditions, 52 pages). Un titre qui provoque un peu, des mots qui disent avec légèreté et humour les terribles difficultés à lire qu'a eues une lectrice dyslexique jusqu'à ses dix ans. "Ce livre est une revanche sur tous ces bouquins qu'on m'a offerts dans la vie", écrit celle qui a dédié son texte "à tous les livres non lus". En des énoncés simples et forts, portés par des illustrations qui revoient à la palette graphique des photos détourées, toujours en rouge, noir et crème, l'artiste dit la frustration de celle qui veut mais ne peut, sa colère devant l'obstacle trop ignoré des autres, les excuses pour ne pas y aller. Et puis, un jour, le changement, le tremplin. La "bibliothèque la plus poussiéreuse de Belgique" devient un point de départ, une piscine où plonger, une table où se nourrir. Un livre pour ceci, un autre pour cela, les genres se suivent, très joliment mis en images. Jusqu'à la terrible conclusion, aussi drôle que n'était le titre.

L'idéal format de poche. (c) CotCotCot éditions.

Elisa Sartori n'est pas une inconnue dans notre royaume. Elle a reçu le prix de la Fédération Wallonie-Bruxelles 2021 de la première œuvre en littérature jeunesse pour l'excellent livre-accordéon, "Je connais peu de mots" (CotCotCot éditions, 16 pages en accordéon, lire ici). Elle y questionne notre rapport à la langue, à l'apprentissage d'une langue étrangère et à ce qu'elle nous apporte en plus de la simple grammaire.

Dans ce petit livre bleu et blanc, au format carte postale, fort délicatement illustré, une silhouette de femme déambule dans un décor évolutif. Une eau calme d'abord, puis qui s'agite, jusqu'à devenir une vague géante et se transformer ensuite en une pluie de moins en moins dense. Une très belle manière, expressive et poétique d'aborder le rapport qu'on a à la langue ou à l'apprentissage d'une langue étrangère.

La particularité de ce leporello est qu'il se découvre verticalement, contrairement à l'habitude, et qu'il est sans fin, sa dernière page ramenant à la première pour que le texte reparte ainsi à l'infini. 


Elle fait aussi partie, avec Almudena Pano, du collectif de street art 10eme Arte qu'on avait pu voir à Bozar lors du Picture Festival 2021 (lire ici) et qui vient d'illustrer les superbes textes poétiques de Lisette Lombé dans le recueil "A hauteur d'enfant" (CotCotCot éditions, 2023).




 

Mais revenons-en un instant à "L'art de ne pas lire". Un titre qui étreint aussi, à l'heure où les éditions ONLIT ont annoncé leur fin (lire ici).





samedi 3 décembre 2022

Et pourtant, les enfants lisent!

Une bibliothèque bien composée en ouverture. (c) Gallimard Jeunesse.


En duo, l'explorateur Fombelle et le professeur Chaud ont dressé un très plaisant et original catalogue illustré des jeunes lecteurs. Hommage magnifique à ces gamins et ces gamines d'aujourd'hui qui se débrouillent pour lire partout et tout le temps simplement parce qu'ils adorent la lecture. Invite délicate également à ceux qui n'ont pas encore été pris par le virus de la lecture. "101 façons de lire tout le temps" est un épais et magnifique album dû à Timothée de Fombelle pour les textes et à Benjamin Chaud pour les illustrations. Deux gaillards qui se sont immédiatement entendus et proposent une galerie de jeunes lecteurs joyeuse, fantaisiste, imaginative. Comme sont les enfants quand ils lisent.
"Je prends depuis longtemps des notes, comme un ethnologue ou un collectionneur, sur les postures des enfants qui lisent", explique Timothée de Fombelle. "J'observe ce qu'ils font de leur corps quand ils basculent dans l'imaginaire. Je regarde les ruses des plus passionnés pour glisser de la lecture partout et tout le temps. En écrivant pour eux, en les rencontrant, je crois avoir trouvé le meilleur poste d'observation. Et mes carnets se remplissent d'enfants lisant les pieds en l'air, en boule sous les tables, planqués dans les espaces à bagages des trains. Peu à peu j'ai vu naître dans cette accumulation une célébration des jeunes lecteurs, de leur manière de résister à un monde où on ne cesse de dire qu'ils ne lisent plus, à ce monde où ils auraient en effet toutes les raisons de ne pas le faire... Et pourtant, ils lisent!" 
(c) Gallimard Jeunesse.

Il fallait bien tout le talent de Benjamin Chaud pour s'emparer de ces 101 portraits, en général de quelques mots seulement, leur donner une continuité graphique grâce au choix de teintes chaudes, et ainsi rehausser chacune des situations rapportées par l'auteur. Pas question de redondance entre le texte et l'image. Non, il s'agit d'une vraie belle et grande union générant une dimension supplémentaire.

(c) Gallimard Jeunesse.
Quel régal que tous ces jeunes, lecteurs et lectrices, saisis dans leur passion avec justesse et tendresse tant dans les mots que dans les dessins. Les auteurs préviennent: "le [lecteur] classique est vraiment rare", comprenez un lecteur assis sur une chaise. Mais cet énergumène n'embarrasse absolument les 100 autres postures agréablement mises en page. Il y a ceux qu'on imagine aisément. L'autruche sous sa couette, le chat perché sur une branche d'arbre, l'escargot installé aux toilettes, la déménageuse et sa pile à la bibliothèque, la résistance escaladée par enfants et toutou... Il y a ceux qui apparaissent plus surprenants. Le chihuahua réfugié sous la table, la culturiste au bouquin immense, le zéphyr au livre minuscule, les barbares qui déchirent les pages pour lire le même livre à quatre...


(c) Gallimard Jeunesse.


Bref, que du bonheur à découvrir ces 101 lecteurs enchantés qui se succèdent en un délicat marabout-boutdeficelle, une posture, une idée ou un décor en amenant un autre sans qu'on ne s'en rende compte vraiment. Un album irrésistible pour les lecteurs qui s'y reconnaîtront et pour ceux qui ne le sont pas encore car ils y percevront un bonheur magique qu'ils auront peut-être l'envie d'expérimenter. Vive les lecteurs et vive les livres!

"La cancre n'a pas de temps à perdre". (c) Gallimard Jeunesse.



Pour feuilleter en ligne "101 façons de lire tout le temps", c'est ici.

En voici quelques images.




mardi 19 avril 2022

Tout le monde lit le 23 avril, et avant


En 2018, l'ADEB (Association des éditeurs belges) et les éditeurs jeunesse belges ont choisi la date du 23 avril, journée mondiale du livre et du droit d'auteur, pour promouvoir la lecture des enfants (lire ici). L'année suivante, l'opération a été joliment baptisée "Tout le monde lit" (lire ici et ici). Elle a lieu à date fixe, peu importe le jour de la semaine. Pas de chance, elle tombe un samedi cette année. Enfin, pas de chance pour les écoles qui s'y associent volontiers. Chance sans doute pour les familles qui ont plus de temps le samedi. Qu'à cela ne tienne. Pour sa cinquième édition, l'opération "Tout le monde lit" innove en remettant son premier prix d'écriture et lance un nouveau pari : #partage ton livre!

On sait aujourd'hui, sans doute le savait-on hier, que "lire un quart d'heure tous les jours, c'est bon pour le moral et donc pour la santé!" Même que les Français nous ont copiés (lire ici).

Partant de cette idée, l'opération "Tout le monde lit"  a lancé en 2021 un concours d'écriture à l'intention des classes de troisième, quatrième, cinquième et sixième primaires, pour les enfants de 8 à 12 ans. Il s'agissait d'inventer une suite au texte "Cornelius et le singe", proposé par l'écrivain belge Thomas Lavachery. Quatre cents textes ont été envoyés par soixante-six classes. Le premier prix sera remis par Thomas Lavachery ce jeudi 21 avril. Les classes ayant envoyé les cinq meilleurs textes recevront leur contribution imprimé sous forme de livre et  la visite d'un auteur. Les vingt premières classes gagnent une caisse d'une vingtaine de livres offerts par des éditeurs belges de littérature de jeunesse.

#partage ton livre, un livre que tu as aimé et immortalise un plaisir de lecture est l'appel lancé par "Tout le monde lit" du 18 au 23 avril. L'ADEB souhaite encourager le partage d'un livre de son choix avec son voisin, son collègue, son copain de classe, sa famille, en vrai ou à travers les réseaux sociaux. Les enfants peuvent amener un livre à l'école pour le partager avec leur classe et/ou leurs amis, les adultes au travail pour le partager avec un collègue. Côté réseaux sociaux, l'idée est de poster une photo ou une vidéo illustrant ses meilleurs moments de lecture sur Facebook ou Instagram en taguant la personne avec laquelle on souhaite partager ce moment. Les gagnants seront tirés au sort le 25 avril 2022 parmi les photos les plus originales avec à la clé la possibilité de gagner un livre. Plus d'informations sur www.toutlemondelit.be

Comme chaque année, le 23 avril, tout un chacun (des enfants aux grands-parents en passant par les écoles, les entreprises…) est invité à prendre quinze minutes de son temps pour lire. Le défi est de rendre la lecture virale et pérenne dans toutes les couches de la population.


vendredi 4 février 2022

Un 1/4 d'heure pour une Grande cause nationale


En 1535, l'évêque de Panama Thomas de Berlanga découvrait à cette date les îles Galápagos. En 1933, près de quatre siècles plus tard, les nazis ouvraient à la même date à Dachau leur premier camp de concentration. Ce jour-là, en 1920, naît Boris Vian, tandis que disparaît Moebius (Jean Giraud) en 2012. C'est aussi le jour de la Saint Vivien. Oui mais la date? 

La voici. Le jeudi 10 mars 2022 entrera-t-il dans l'histoire parce que le CNL, le Centre National du Livre en France, l'a choisi pour "sensibiliser tous les Français à l'importance de la lecture, et manifester ensemble notre attachement au livre, en cette année de Grande cause nationale". Selon une déclaration du Président de la République émise le 17 juin 2021.

En collaboration avec l'association "Silence, On Lit!" (ici), l'Education nationale française et divers partenaires, le CNL lance donc le "quart d'heure de lecture" simultanée dans toute la France, le jeudi 10 mars 2022 à 10 heures. "Ce jour-là, la France lit!", indique-t-il. Ce quart d'heure magique est baptisé opération #10marsjelis.

Bien.

Bien?

Plusieurs points de la formulation posent question.
  • Un petit quart d'heure sur toute une année pour une Grande cause nationale? Même si un "quart d'heure lecture" peut se pratiquer depuis 2018 dans les écoles françaises.
  • Pour sensibiliser "les Français"? Et les autres habitants de la République? Même si ceux-ci sont mentionnés dans les textes explicatifs.
  • Pourquoi la date du 10 mars quand on sait qu'existe depuis toujours la journée du livre (et des droits d'auteur) fixée au 23 avril, jour de la San Jordi? Quoi? On me dit dans l'oreillette que des élections présidentielles sont prévues le 10 et le 24 avril. Et que le tout nouveau Festival du livre de Paris se tiendra du 22 au 24 avril 2022.
Pour Régine Hatchondo, présidente du CNL, "il s'agit d'offrir à tous un quart d'heure de plaisir, d'évasion, de silence et d'émotion pour remettre la lecture au cœur de nos vies."  Le projet imagine que ce quart d'heure de lecture simultanée le 10 mars à 10 heures va (re)donner à chacun l'envie de lire quinze minutes au moins chaque jour. En tout cas, il est accompagné d'une foule d'outils, bienfaits de la lecture, mise en place de #10marsjelis (dont ce merveilleux conseil, "La plage horaire de 15 minutes à 10 heures doit être fixée à l'avance pour éviter la programmation de réunions et rendez-vous et ainsi permettre à tous les membres de la communauté d'en profiter"), enregistrement en ligne, partage ensuite sur les réseaux sociaux (infos ici).

Bon, toute initiative en faveur de la lecture, ici de tous, enfants, jeunes, adultes, seniors, et partout, de l'école à la prison en passant par la bibliothèque, le travail et les maisons de retraite, est bonne à prendre. On ne peut que prier San Jordi pour qu'elle porte des fruits.
 
En Belgique, depuis 2018, c'est le 23 avril, journée mondiale du livre et du droit d'auteur, que "tout le monde lit!" Du nom de l'opération de promotion de la lecture organisée par l'ADEB (Association des éditeurs belges) principalement à destination des enfants, les lecteurs de demain (lire ici, en fin de note et ici pour la prochaine édition).




jeudi 20 août 2020

Entre force, humour et délicatesse, un week-end entier dédié aux lectures à Namur


L'Intime Festival est désormais LE rendez-vous littéraire belge de la fin des vacances d'été, faisant le pont entre livres d'hier et nouveautés de la rentrée. En sept éditions, il a démontré sa force et sa raison d'être, drainant des milliers de personnes dans les salles du Théâtre de Namur, alléchées par son programme exigeant et la qualité des interventions. Au programme habituel: de longues lectures par des comédiens ou une bonne pinte de lecture par un professionnel suivie d'un entretien avec l'auteur du livre, des rencontres et des dédicaces.

Il en sera évidemment autrement pour la huitième édition de l'Intime Festival, le Chapitre 8 qui se déroulera du vendredi 28 août au dimanche 30 août, crise sanitaire et jauges limitées à cent personnes obligent. Changement de lieu d'abord, ce sont deux églises namuroises, la Cathédrale Saint-Aubain et l'Eglise Saint-Loup, ainsi que la Cour de l'Athénée qui prêteront leurs murs à la manifestation littéraire, permettant la distance physique entre spectateurs. Changement de braquet ensuite, les auteurs des livres choisis ne seront pas présents, sauf exception. Mais maintien du thème,  vies ordinaires, liens avec la nature et les animaux, voix de la jeunesse, décliné en grandes lectures (GL), petites lectures (PL) et discussions. Sans oublier un concert et un exercice d'admiration. Et maintien du niveau littéraire.

Des décisions qui ont été dures à prendre par l'équipe du festival qui voulait absolument, et à raison, maintenir la manifestation. Chloé Colpé, directrice de l'Intime Festival, s'en explique sur le site.
"Nous avons décidé de maintenir le chapitre 8 de l'intime festival en l'adaptant aux dernières mesures imposées par la crise sanitaire:
• les jauges sont réduites à 100 personnes
• chaque événement demande un ticket pour vous assurer d'avoir une place dans le confort et en toute sécurité.

Plutôt que de faire la liste de ce à quoi nous avons dû renoncer: la présence des auteur.es, les salles du théâtre bondées, une exposition photographique, les projections cinéma le matin, l'insouciance d'être ensemble… Regardons ce que nous avons pu conquérir: une cathédrale et une église. Regardons ce que nous avons pu préserver: seize lectures, un concert et trois discussions, en gardant intact… notre enthousiasme à partager les textes, à proposer le débat, à questionner le monde.

Par la force des choses et dans un dépouillement qui frise l'ascèse, nous revenons à l'essentiel: un livre, une table, un.e comédien.ne qui nous embarque dans un récit. Les histoires de ce chapitre singulier racontent les vies ordinaires, interrogent nos liens visibles et invisibles avec la nature et les animaux, donnent voix à la jeunesse. Il s'en dégage de la force, de l'humour et de la délicatesse.

Si vous saviez comme on se réjouit de vous retrouver!"


Programme

Vendredi 28 août


Cathédrale Saint-Aubain, GL, 20:00-21:00
"Avant que j'oublie" d'Anne Pauly (Verdier, 2019), lu par Catherine Salée (lire ici).

Samedi 29 août


Cour de l'Athénée, 11:00-12:00
Discussion avec l'écrivain nord-irlandais Robert McLiam Wilson, francophone et francophile, en résidence à Namur (ses romans sont édités chez Christian Bourgois, traduits par Brice Matthieussent).

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 12:15-13:15 (aussi dimanche)
"Le mur invisible" de Marlène Haushofer (traduit par Liselotte Bodo, Actes Sud, 2014), lu par Dominique Reymond.

Eglise Saint-Loup, PL, 13:30-14:00
"Papa" de Régis Jauffret (Seuil, 2020), lu par Philippe Jeusette.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 14:00-15:00
"La petite femelle" de Philippe Jaenada (Julliard, 2015), projection de Valentine Fournier, lu par l'auteur (lire ici).

Eglise Saint-Loup, PL, 15:15-15:45
"Une bête aux aguets" de Florence Seyvos (L'Olivier, 2020, en librairie aujourd'hui), lu par Adeline Vesse.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 16:00-17:00 et 20:30-21:30
"Entre eux" de Richard Ford (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Josée Kamoun, L'Olivier, 2017), lu par Reda Kateb.

Eglise Saint-Loup, 17:00-18:00
"Penser le trouble", discussion avec le Professeur Éric Caumes et Guillaume Lachenal, historien des sciences.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 18:00-18:30
"Elmet" de Fiona Mozley (traduit de l'anglais par Laeticia Devaux, Joëlle Losfeld, 2017), lu par Emile Falk.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 19:15-19:45
"Chroniques d'une station-service" d'Alexandre Labruffe (Verticales, 2019), lu par Fabrice Murgia (lire ici).

Eglise Saint-Loup, PL, 19:30-20:00
"Les enfants des autres"  de Pierric Bailly (P.O.L., 2020), lu par Yoann Blanc.



Dimanche 30 août


Eglise Saint-Loup, 12:30-13:30
Autour d'Olga Tokarczuk ("Les Pérégrins", traduit du polonais par Grazyna Erhard, Editions Noir sur Blanc, 2010), prix Nobel de littérature 2018, exercice d'admiration par Philippe Vauchel.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 13:00-14:00
"Un mal qui répand la terreur" de Stewart O'Nan (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean-François Ménard, L'Olivier, 2001, lu par Jean-Benoît Ugeux.

Cathédrale Saint-Aubain, PL, 15:00-15:30
"Il est des hommes qui se perdront toujours" de Rebecca Lighieri (P.O.L, 2020), lu par Félix Vannoorenberghe.

Eglise Saint-Loup, 15:30-16:30
Concert, le premier post-confinement, avec Fabrizio Cassol, Tcha Limberger et Philippe Thuriot.

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 16:30 — 17:30
"Le mur invisible" de Marlène Haushofer (traduit par Liselotte Bodo, Actes Sud, 2014), lu par Dominique Reymond.

Eglise Saint-Loup, 17:30-18:30
Discussion avec François Gemenne, chercheur en sciences politiques et (à venir).

Cathédrale Saint-Aubain, GL, 19:00-20:00
"Croire aux fauves" de Nastassja Martin (Verticales, 2019), lu par Anne-Cécile Vandalem.


Autant de rendez-vous alléchants qui célèbrent la littérature telle que je l'aime.

Renseignements et réservations ici.


jeudi 23 avril 2020

A 15 heures, lire 15 minutes avec les enfants

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque21

Dessin de Anne Herbauts.

Bizarre impression aujourd'hui, 23 avril, jour de la Sant Jordi où la librairie indépendante est en fête - même si la fête est souvent différée en pratique au samedi suivant - (lire ici) et que toutes les librairies sont fermées. Pas d'opération "Un livre, une rose" en 2020. La faute au coronavirus. J'espère qu'on se rattrapera plus tard. Je l'espère surtout pour les librairies.

Demeure, malgré le confinement et dans une version revue,  l'opération "Tout le monde lit!", organisée par les éditeurs jeunesse belges et soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui lance cette invitation:

"En cette période de confinement, voyageons et évadons-nous avec la lecture!
Peut-être le faites-vous déjà tous les jours.
Que ce soit le cas ou pas, nous vous invitons à vous poser 15 minutes avec nous ce jeudi 23 avril à 15 heures pour lire 15 minutes avec votre ou vos enfant(s).
Offrez-vous ce moment d'évasion, de complicité, de calme, de découvertes...
Et partagez avec nous votre lecture: qu'aurez-vous lu, ce 23 avril à 15h?
Dites-le-nous en commentaire!
Le plaisir de lire commence ici!"

A suivre cet après-midi sur la page Facebook de "Tout le monde lit!" (ici) ou sur sa page Instagram (ici), et bien entendu chaque fois qu'il vous plaira. Aussi sur le site de l'opération (ici).



mardi 8 octobre 2019

Tenter la "sororisation" chère à Chloé Delaume

Chloé Delaume.

"Mes bien chers frères", la formule circule depuis des dizaines d'années si pas des siècles. Sans qu'elle ne dérange grand monde. Sauf Chloé Delaume qui la met au féminin, "Mes bien chères sœurs", et en fait le titre d'un essai percutant sur le féminisme (Seuil, 124 pages, mars 2019). Et chance, elle sera au Théâtre 140 ce jeudi 10 octobre pour en faire une lecture (lire ici). Elle présente son livre ainsi: "Ceci est une adresse. Aux femmes en général, autant qu'à leurs alliés. Je vous écris d'où je peux. Le privé est politique, l'intime littérature."

"Mes bien chères sœurs" surprendra peut-être par son ton. Car Chloé Delaume ne mâche pas ses mots. Elle regarde, analyse, décrypte. Puis elle bouscule. Elle secoue. Elle joue d'une prose incisive et envoie quelques boulets de canon. "Le patriarcat bande mou" est sa première phrase - il y en a plein d'autres, tout aussi impitoyables mais sans doute pas définitives. Boum. Ça passe ou ça casse. Mais si ça passe, ça passe rudement bien et on découvre un livre formidable par ses idées, son ton, son énergie, par le fait aussi qu'il s'adresse à tout le monde, femmes et hommes. Car c'est évidemment ensemble qu'on pourra être efficaces pour qu'il n'y ait plus de #metoo par exemple.

Partant d'expériences personnelles et de nombreux exemples, l'écrivaine remet en lumière le concept de "sororité", ancien mais effacé depuis bien trop longtemps. Et on se prend à rêver que cette horizontalité qui évite bien des conflits puisse exister à grande échelle. "Liberté, parité, sororité" pourrait ainsi être une formule très intéressante selon elle.

Elle entend aussi rendre son sens au mot "féministe", mot si souvent raillé, mot qui ne devrait même pas exister si le monde était meilleur. Mais que d'exemples encore de maltraitances contre les femmes, dont elle! Pourtant, on en est actuellement, dit-elle, à la quatrième vague féministe, celle des femmes ordinaires et plus seulement des militantes. L'auteure envisage aussi les raisons pour lesquelles l'espèce humaine n'est pas capable de s'adapter aux changements en cours.

Un espoir clair est toutefois là, permis par les nouvelles technologies et les réseaux sociaux. Pour Chloé Delaume, "Internet a libéré la femme là où Moulinex a échoué", une formule lapidaire mais excellente.

Qui dit femme dit évidemment instinct maternel. Un autre concept pour la sœur de toutes les femmes qui souhaite transmettre plutôt qu'enfanter, une façon de déconstruire les sacro-saintes "connaissances" sur l'instinct maternel.

Et si on essayait la "sororisation" que propose Chloé Delaume? "La sororisation", écrit-elle, "c'est expérimenter l'idée d'une connivence à l'échelle nationale, débouler badaboum, joyeusement foutre en l'air ce qu'il reste des mâles alpha. Pour l'avènement d'un monde qui mérite qu'on soit dedans."


Pour lire le début de "Mes bien chères sœurs", c'est ici.

Théâtre 140, 140 Avenue Eugène Plasky, 1030 Schaerbeek Bruxelles, jeudi 10 octobre à 20 heures (co-présentation de Passa Porta et du 140).