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dimanche 12 avril 2026

La triste nouvelle du décès de May Angeli

May Angeli en Tunisie, son deuxième pays. (c) Karim Ben Smail.

A l'avant-veille de l'ouverture de la 63e Foire du livre pour enfants de Bologne, on apprend le décès de l'immense artiste May Angeli. Quelle tristesse! L'évoquer, c'est voir tout de suite surgir son sourire malicieux et les merveilleuses gravures sur bois qu'elle utilisait principalement dans ses albums pour enfants. Une technique qui n'allait pas de soi pour les éditeurs à ses débuts - elle me l'a rappelé ici à Moulins quand elle y a reçu le Grand prix de l'illustration - mais ne rebutait pas ses jeunes lecteurs, bien au contraire. Le choix des couleurs et la justesse du trait comme du propos les ont convaincus depuis belle lurette.

"Le chat qui s'en allait tout seul", de Rudyard Kipling. (c) Seuil Jeunesse.


Combien de générations ont-elles été enchantées par la virtuose de la xylographie, elle qui était née le 6 août 1937 à Clichy, d'une mère catholique de noblesse mi-bretonne, mi-gasconne, et d'un père juif ashkénaze tchèque, sous le nom de May Blumenfeld? Sa bibliographie entamée en 1961 à La Farandole après des études à l’École nationale supérieure des arts appliqués est richissime et une petite centaine de ses titres sont toujours disponibles, le dernier ayant été publié il y a un an (voir ici). 
 
C'est ce que rappelle le Seuil Jeunesse en annonçant son décès sur les réseaux sociaux.
"C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de May Angeli, autrice et illustratrice dont l'œuvre a marqué plusieurs générations de lectrices et lecteurs.
May Angeli a grandi au croisement de cultures qui ont façonné son regard sur le monde. Cette richesse d'héritage, on la retrouve dans toute son œuvre: une œuvre habitée par la tolérance, l'ouverture et un profond respect de l'altérité.
Formée aux Métiers d'art à Paris, May Angeli s'est d'abord illustrée par ses travaux à la gouache, à l'encre et à l'aquarelle. Mais c'est en 1980 qu'elle découvre ce qui deviendra sa signature artistique: la gravure sur bois, dont elle deviendra l'une des grandes maîtres. Ses albums, qu'elle crée en tant qu'illustratrice ou autrice-illustratrice, portent cette empreinte unique: la force du trait, la vibration de la couleur, la poésie des matières naturelles.
Son talent l'a menée à collaborer pour le livre, le théâtre, le cinéma, et à transmettre sans compter lors d'ateliers auprès des enfants. Tout au long de sa carrière, elle a su faire de ses images des espaces d'émotion, de dialogue et d'humanité.
Nous souhaitons aujourd'hui saluer une artiste lumineuse, engagée, curieuse, généreuse; mais aussi une femme profondément attachée à la liberté, à la beauté du monde et au partage. Son œuvre continuera longtemps d'accompagner les jeunes lecteurs, d'ouvrir des horizons, et de transmettre cette douceur grave qui lui était propre.
Nos pensées vont à sa famille, à ses proches, et à toutes celles et ceux qui ont été touchés par son travail."
Gravure sur bois, encore et toujours.


L'ancien éditeur tunisien Karim Ben Smail annonce aussi la triste nouvelle.
"May Angeli nous a quittés.
Notre amie May était une immense auteure jeunesse, publiée partout, en Tunisie aussi, son deuxième pays, où elle rejoignait tous les ans pour plusieurs mois son compagnon Hassen Filali, qui nous a quittés il y a quelques années. 
May a laissé beaucoup d’amis, beaucoup d'amour et de respect; une femme rare dont l'appartement parisien a toujours été le refuge, la porte ouverte à tous ses amis tunisiens. May savait accueillir, dans la simplicité. 
Farouche défenseure de toutes les libertés, je me souviens de ce jour à Paris où un policier contrôlait un peu trop brutalement un passant noir, elle s'est approchée, très près. Et quand on lui a dit «Circulez», elle a répondu «Non, j'observe, je témoigne». Sacrée nana.
May, c'était un regard de calme et de bonté. Quand elle nous hébergeait à Paris, dans son salon, il y avait une presse d'impression manuelle sur laquelle elle produisait ses belles gravures, une ambiance de magie créative, lumineuse. 
Quand mon beau-père, très malade, a dû aller se faire soigner à Paris, c'est elle qui l'a accueilli, sans hésiter. Comme pour tant d'autres, May était toujours là, bienveillante, intelligente, courageuse et malicieuse. La Tunisie est très présente dans ses livres, dans son cœur, beaux cadeaux à son pays d'adoption.
Nous lui avons rendu visite il y a une semaine à peine, épuisée par la maladie, douleurs et fatigue. Malgré cela, elle a tenu à se lever, à s'installer dans le fauteuil, parlant difficilement, mais trouvant toujours assez d'énergie pour nous sourire, «Je suis entourée de sauvages», manière de dire «Je veux partir», sans le dire. Puis «Sauf vous!». Je garderai toujours le souvenir de sa main dans la mienne, un geste inhabituel entre nous; elle m'a regardé et a esquissé un rire un peu essoufflé, avec un précieux «la main dans la main!», un petit éclair de malice dans les yeux, une dernière fois. 
Je l'avais appelée il y a quelques jours, elle allait mieux, mais était lucide, «Je ne m’inquiète pas», «Tu vas aller mieux, on t'attend à Tunis!». Hésitation, presque gênée, pudique: «Ça n'est pas possible». Lucide, peu de mots. Et quand je lui ai dit qu'on l’embrassait fort, elle a répondu «Oui, très fort, très fort». 
Une douceur profonde, jusqu'à sa dernière phrase pour l'aide-soignant à ses côtés, lors d'un bref et ultime moment, dans les brumes des calmants: «Vous êtes un très bon ami». De la gentillesse, jusqu'à la fin. 
Nous t'embrassons May, fort, très fort. 
Quel privilège de t'avoir côtoyée! 
Merci pour tout." 
"L'école est fermée". (c) La joie de lire.

Nédra Ben S., une autre de ses amies tunisiennes dit ceci:
"Il existe des femmes qui vous apprend ce que c'est que la liberté. May Angeli était de celles-là. Libre, audacieuse, elle ne renonçait pas à son désir. 
Elle vous apprenait aussi la droiture et l'intégrité, intellectuelle et affective. 
May est une amitié et une leçon. Merci."
L'illustrateur français Mathias Friman témoigne:
"Tellement triste de cette nouvelle. May était talentueuse, drôle. J'étais toujours heureux de la croiser, de rigoler avec elle …
Tu vas me manquer May"
Une autre personne rappelle qu'elle avait une collection de cuillères du monde. 
 
 
May Angeli
était beaucoup plus qu'une artiste créatrice de livres.  Au fil de son chemin, elle avait travaillé avec différents éditeurs, La Farandole et le Sorbier à ses débuts, le Père Castor et Syros ensuite. Très vite, Cérès en Tunisie. Les années 2000 la voient rencontrer Thierry Magnier et suivre Françoise Mateu, ex-Syros, au Seuil Jeunesse. En 2015, le titre "L'école est fermée, vive la révolution!" (lire ici), "un album très important pour moi", m'avait-elle écrit, ne trouve pas preneur chez ses éditeurs habituels et paraît en Suisse à La Joie de lire.
 
En 2018, May Angeli suit Caroline Drouot et Ilona Meyer qui quittent le Seuil pour fonder les Éditions des Éléphants qui deviendront sa maison d'édition principale des dernières années, en parallèle aux rééditions au Seuil Jeunesse et à quelques titres chez Didier Jeunesse (dont un avec le Belge Carl Norac, "Le carnaval des animaux sud-américains").
 
En juillet 2019, May Angeli a fait don à la BnF de plus de 900 planches, dessins et matrices originaux représentatifs de son travail. Bonne fée de la bibliothèque de l'Heure Joyeuse, elle a donné maquettes et gravures de plusieurs de ses livres au Fonds patrimonial. Généreuse, elle a aussi offert chaque année des œuvres pour la vente aux enchères du Muz. Sa carrière de plus soixante ans est d'une foisonnante vitalité. Il faut absolument s'y plonger, le bonheur s'y trouve. Que ses titres, souvent animaliers, soient empreints d'expériences quotidiennes, de contes classiques et de fables modernes, d'engagements. Tendresse, humour, narration, engagement, tout ce qui fait un bon livre pour enfants se trouve dans ses merveilleuses illustrations.
 
Une vaste exposition lui a été consacrée en novembre 2021 à la Bibliothèque François-Mitterrand, donnant à voir son exceptionnelle vitalité picturale. En parallèle, un très beau numéro hors-série de la Revue des livres pour enfants lui a été consacré, "May Angeli, les couleurs de l'enfance" (voir ici, commander ici). 
 
 
 
 
 
 
 
Au fil des ans, j'ai consacré plusieurs notes de blog à May Angeli dont j'ai toujours admiré et apprécié le travail (ici). 
 
 
Les derniers titres de May Angeli, nouveautés et rééditions.

mercredi 24 décembre 2025

Vite, vite, c'est Noël!

Le premier Noël d'Ours. (c) D'Eux.
 
Épineuse question, comment aborder Noël avec les enfants après tant d'albums qui ont déjà creusé cent chemins (lire ici). De manière classique ou non? C'est deux contre deux pour les quatre albums qui me sont parvenus. 
 
 
"Noël"
Cecilia Cavallini
traduit par Christiane Duchesne
D'Eux, 32 pages
dès 3 ans
 
Approche classique du thème de Noël mais dans une version qui évoque discrètement le changement climatique. Il fait doux dans la forêt et Ours n'a pas sommeil. Il se promène ici et là. Tous ses amis animaux lui parlent de Noël. Vu qu'il hiberne habituellement à cette époque, il ne sait pas de quoi il s'agit. Il va donc mener son enquête. Il procède par question-expérimentation, emmagasinant des réponses qui ne sont pas toujours les bonnes. Mais ses amis sont là pour le contredire et l'instruire. Après bien des tâtonnements, Ours va découvrir Noël, le sapin, les décorations et surtout, l'amitié. Un grand format d'une auteure-illustratrice italienne, publié seulement en français, d'une grande douceur. 
 
 
Ours mène son enquête. (c) D'Eux.


 
"Petit Papa Noël"
Thierry Dedieu
Seuil Jeunesse, 12 pages cartonnées
pour les bébés
 
C'est en 2015 que l'auteur-illustrateur français Thierry Dedieu lance sa collection "Bon pour les bébés", soit des très grands formats cartonnés (28 x 38 cm) en noir et blanc, pleins d'humour, destinés aux tout-petits (0-3 ans). Il y revisite comptines et jeux de mots, il y crée poèmes et haïkus. Tous les titres sont illustrés de sa manière caractéristique, expressive et minimaliste mais très efficace, avec des contrastes visuels forts. Proche de la trentaine de volumes, la collection ne pouvait ignorer la célèbre comptine "Petit Papa Noël". La voilà, pour le plus grand plaisir des petits et de leurs parents. A lire, regarder et chantonner.
 
Une version de la comptine pour les bébés. (c) Seuil Jeunesse.

 
 
Le Renard de Noël
Eric Sanvoisin
Delphine Jacquot
L'étagère du bas, 48 pages
dès 6 ans
 
Il est toujours agréable de découvrir les illustrations de Delphine Jacquot. On la retrouve ici en duo avec Eric Sanvoisin ("Marions-les!", lire ici). Un album à deux temps par pages, un sapin et un lutin commentant l'histoire d'un renard amateur de poules devenant un Renard de Noël. On va suivre ses stratagèmes pour entrer dans le poulailler voisin, avec les critiques qui les accompagnent. Les idées de scénario sont bonnes, les images bourrées de détails superbes mais le procédé de la lecture dédoublée est compliqué et un peu lourd. Surtout que les personnages sont nombreux, surtout les poussins. Le Renard arrivera-t-il à ses fins, dévorer les poules pour Noël? Les péripéties se succèdent, toujours commentées par le duo et on finit par s'y perdre un peu, jusqu'à l'impeccable finale qui redynamise l'ensemble.
 
Le Renard de Noël a faim. (c) L'étagère du bas.

 
 
La petite bûche de Noël
Michaël Escoffier
Kris Di Giacomo
D'Eux, 32 pages
dès 4 ans
 
Cet album joue aussi sur les mots, ceux que l'ours Robear écrit de travers quand il tape sa nouvelle histoire à la machine. Cela entraîne plein de confusions, l'ours "gonfle" en dormant, il a peur de se faire "décorer", un "radeau" est déposé au pied d'un "pompier" tout nu... Heureusement l'écureuil veille, remplace "gonfle" par "ronfle", "décorer" par "dévorer", le "radeau" par un "cadeau" et le "pompier" par un "pommier". Pareille aventure avec les cadeaux sauf que ceux-ci vont calmer temporairement les ardeurs littéraires de l'ours. Car la veille de Noël, les animaux se rassemblent pour déguster une "biche" en chocolat. La nature a repris le dessus. Chacun mélange les mots à qui mieux mieux, ce qui n'empêche pas la troupe de faire la fête. Un titre amusant mais pas toujours facile à suivre.
 
Robear a l'imagination fertile. (c) D'Eux.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 22 décembre 2025

Treize albums jeunesse à la douzaine

Le capitaine Brett emmène Hyéronimus. (c) La Partie.
 
Choisis dans ce qui m'est parvenu depuis la rentrée de septembre, des albums de tous les genres mais qui réjouiront les jeunes lecteurs et les plus grands.
 
 

Aventures

Le temps du Capitaine Brett
Blexbolex
La Partie, 168 pages
dès 7 ans
 
Tout de suite, on reconnaît le style. C'est du Blexbolex! Oui c'est du Blexbolex mais dans un genre qui diffère légèrement de ses précédents ouvrages (lire ici). Cette fois-ci, l'inventif et exigeant auteur-illustrateur français s'essaie au roman d'aventures. Illustré bien entendu. Diantrement bien illustré. Et drôlement bien pensé car c'est un souvenir du narrateur qui est déroulé en forme longue. Le lecteur, rassuré sur la finale, va pouvoir embarquer dans les épisodes et craindre pour son héros. L'histoire tient autant du roman d'aventure que du récit initiatique. Un enfant envoyé chez son oncle le temps de l'absence de ses parents, doit triompher seul de diverses épreuves. Hyéronimus va à ces occasions rencontrer un pirate, le Capitaine Brett, à la mystérieuse apparence de mort-vivant, et sa fine équipe - on y reconnaît des personnages apparus dans "Les Magiciens". Alliés ou ennemis? Se pose constamment en sous-texte la question du bien et du mal. Le récit captivant, à la première personne, se déroule en plusieurs chapitres palpitants qu'on dévore avec appétit, pris par l'intrigue et ses rebondissements, amusé par le choix des noms des personnages et des lieux, séduit par l'impeccable qualité graphique des illustrations. Un grand Blexbolex (une fois de plus)! 
D'autres illustrations du livre ici.  
 
Hyéronimus ne se doute pas de ce qui l'attend. (c) La Partie.

 
 

Voix


Le tambour
Jeanne Saboureault
MeMo, 72 pages
dès 4 ans
 
Très beau récit initiatique que ce premier album d'une auteure-illustratrice française passée par Bruxelles. Il met en scène Siméon, un petit garçon qui ne parle pas mais s'exprime par son tambour qu'il ne quitte jamais. C'est dire si la disparition de l'instrument le jour de son sixième anniversaire le bouleverse. Il a perdu son meilleur ami, son doudou, son confident. Après avoir fouillé en vain toute la maison, le petit garçon décide de partir à sa recherche. Cette nuit-là! Il devra dominer ses peurs, écouter des sons différents, apprivoiser des animaux dont un criquet. Siméon découvre le monde en même temps que lui-même. Lors de ces diverses rencontres, il fera celle de sa voix. C'est un gamin grandi et apaisé qui rentre chez lui, invitant ses parents à admirer avec lui la beauté d'un lever de soleil. Un très joli texte rythme les magnifiques illustrations sur double page et nous fait partager avec douceur la quête, les sentiments et les émotions du petit héros. 
 
Là où naquit Siméon. (c) MeMo.
 
 
 

Attente

 
Le baiser du soir
Clémentine Beauvais
Camille Romanetto
Sarbacane, 32 pages
dès 3 ans
 
Qui a écrit "Ma seule consolation, quand je montais me coucher, était que maman viendrait m'embrasser quand je serais dans mon lit. Mais ce bonsoir durait si peu de temps, elle redescendait si vite, que le moment où je l'entendais monter, puis où passait dans le couloir à double porte le bruit léger de sa robe de jardin en mousseline bleue, à laquelle pendaient de petits cordons de paille tressée, était pour moi un moment douloureux." Marcel Proust évidemment, dans "Du côté de chez Swann", le premier volume de sa "Recherche". Faut-il dès lors le proposer aux enfants? Non, bien entendu, sauf si on en prend l'exquise version qu'en donne Clémentine Beauvais. Du fameux "Baiser du soir", elle a fait un "Baiser du soir pour les tout-petits". Soit vingt-quatre courtes phrases où elle exprime à merveille l'attente, le désir, l'accomplissement et le déchirement ensuite. Une scène du quotidien des petits enfants, un drame parfois, un moment parfait aussi. Un magnifique album, philosophique en filigrane, qui interroge le temps, sa puissance et sa force, porté par les délicates images de Camille Romanetto, dans un clair-obscur où joue la lumière d'une bougie, un des indices de ce temps passé.
 
Attendre le baiser du soir. (c) Sarbacane.



 Frissons

 
Histoires du soir
pour enfants très courageux
Nikolaus Heidelbach
Ole Könnecke
traduit de l' allemand
par Svea Winkler-Irigoin
l'école des loisirs, 40 pages
dès 4 ans
 
On connaît bien et on aime beaucoup les illustrateurs allemands Nikolaus Heidelbach (lire ici) et Ole Könnecke (lire ici). Des histoires formidables dans des genres littéraires et graphiques très différents. Alors les retrouver ensemble en auteurs-illustrateurs du même album intrigue. Comment allaient-ils s'appairer? Le plus simplement du monde, chacun gardant son style au profit d'une histoire commune. Celle des enfants Boris et Céleste qui vont rester seuls à la maison ce soir, leurs parents étant de sortie. Le grand frère doit veiller sur sa petite sœur, la faire manger, la coucher et lui raconter une histoire. Justement! Céleste veut une histoire qui fait peur. Boris jubile mais rien de ce qu'il raconte n'impressionne la demoiselle: "C'est ennuyeux", "ça ne fait pas peur du tout, "elle était drôle, cette histoire", etc. A noter que c'est Könnecke qui signe les scènes dialoguées avec les enfants en page de droite alors que Heidelbach s'occupe de représenter dans son style les histoires racontées. De page en page, la situation dégénère entre le frère et la petite sœur insatisfaite, jusqu'à la malicieuse finale.
 

La bonne volonté de l'un, la mauvaise foi de l'autre. (c) l'école des loisirs. 

  
 
 

Devinettes

 
Contes en valise
Emilie Chazerand
Emmanuelle Houdart
Editions Thierry Magnier, 48 pages
dès 5 ans
 
On a beau connaître les contes sur le bout des doigts, quand ils apparaissent déstructurés, c'est plus compliqué. La preuve dans cet exquis livre-jeu de devinettes. Dix-sept personnages de ces récits ont vu leurs valises s'ouvrir et se mélanger. A charge des lecteurs de les identifier en fonction de leur contenu. Une quinzaine d'objets chaque fois, complétés d'un intrus, dessinés en page de droite. La réponse avec la vue de la valise se trouve en page de gauche suivante. Cela a l'air tout simple. Ce l'est au début avec le Petit chaperon rouge dont tout le monde identifie la capeline. Pour recouper ses informations, on voit aussi, entre autres, un panier, un pot de beurre, une galette, un couteau... Et la valise écarlate apparaît sur des pattes de loup! Ce n'est plus aussi facile ensuite mais c'est terriblement amusant de repérer les objets et d'émettre des hypothèses. Dix-sept contes sont passés à cette malicieuse moulinette, joyeuse et splendidement illustrée à la mode Houdart, à la fois détaillée et pleine d'imagination. 
 

Après le Petit chaperon rouge,  une autre devinette
 facile à  résoudre. (c) Ed. Thierry Magnier.

 

Leporello 


Les trésors de petite fourmi
Anouck Boisrobert
Louis Rigaud
Hélium, 24 pages
dès 5 ans
 
Un leporello, on sait ce que c'est, un livre accordéon. Celui-ci a la particularité d'être un leporello animé. Non seulement, on le déplie pour suivre le trajet de la petite fourmi, sur terre dans un sens, sous terre dans l'autre, mais en plus il y a des tas de rabats à manipuler et de découpes pour encore mieux observer l'insecte. On suit la petite fourmi dans sa promenade, elle qui amasse des tas de choses découvertes par hasard et qui peuvent lui être utiles, du grain de sucre à la plume d'oiseau en passant par la graine de pissenlit. Quand un moineau la menace, c'est sauve-qui-peut! La fourmi trouve refuge dans une galerie sous terre où chaque élément ramassé va trouver son utilité. Elle arrivera en finale dans sa fourmilière mais quel parcours! Une merveille d'observation et de conception technique, portée par des illustrations qui accueillent quelques collages d'éléments trouvés dans la nature. De quoi comprendre et admirer ces vies minuscules.
 
Album en leporello. (c) Hélium.
 
Trouvailles sur terre. (c) Hélium.
 

 Trouvailles sous terre. (c) Hélium. 

  
 
 

Arrières

Queues
Olivier Charpentier
Seuil jeunesse
64 pages
dès 6 ans 
 
Entre beau livre, documentaire et imagier, voici un album splendide et fascinant sur la queue des animaux. Drôle de sujet? Sujet parfaitement maîtrisé avec ces 22 animaux dont les appendices sont explicités, à la fois par un texte documentaire plaisant à lire et des portraits peints d'une très grande beauté à observer. Avant de découvrir la surprise du 23e sujet, on aura appris l'utilité de la queue du cochon bien entendu, il est le roi de la catégorie, mais aussi, celle du paon, de la mouffette, du cachalot, du lombric, du panda roux, du lézard et d'autres encore. Une belle preuve de la diversité du vivant et de son évolution comme l'a décrite Charles Darwin.
 
 
La queue du cachalot. (c) Seuil Jeunesse.

 
  

Rencontres

 
Le talisman
Ronald Curchod
Rouergue, 56 pages
dès 6 ans
 
Allongé au pied d'un arbre, un garçon regarde ce qui se passe autour de lui dans la forêt. Ou qui passe. Un pic qu'on découvre dans une des magnifiques  peintures sur double page, un lièvre qui guette et fuit, entraînant le contemplateur sur ses traces. Au sortir du bois, il va voir un lac, une barque, une jeune fille. Le lièvre s'y installe, la barque s'éloigne, la jeune fille rame vers une île. Le garçon attend. Rien. Il reviendra le lendemain, il guettera encore et encore. Une effraie passe au-dessus de lui. Est-ce elle qui le décide à prendre la barque? Il se rend sur l'île à son tour où il fera rencontres et découvertes... Un album mystérieux et énigmatique, terriblement attrayant par son sujet évoqué en petites touches de textes et par ses splendides, lumineuses et riches illustrations. A noter la très belle mise en page alternant double page avec des textes éparpillés et double page illustrée à bord perdu.
 
Vers où le lièvre conduit-il? (c) Rouergue.

 

Regards
 

Qui voit là?
Caroline Gamon
Hélium, 40 pages
dès 4 ans
 
Dès la première page de ce malicieux album en boucle, on retrouve le très beau  graphisme découvert dans l'excellent premier album en solo de l'auteure-illustratrice "Boucle d'or en chemin" (Hélium, 2024). Dans la forêt, toute une série d'animaux admirablement croqués de face - avec de petits trous pour leurs yeux - donnent des éléments qui composent le portrait de la créature étrange qu'ils ont croisée. Ce qui est amusant, c'est que la caractéristique qu'ils mettent en avant est le contraire de ce qu'ils sont eux. Le lecteur est de plus en plus intrigué. Et ce ne sont pas les premiers larges paysages forestiers qui lui donneront la réponse. Jusqu'à ce qu'il arrive à l'image lui donnant la réponse et qu'il soit ainsi ramené à l'animal du début de l'album. Une excellente idée que cet album invitant à se mettre à d'autres places que la sienne.
 
Pour le lièvre, la créature a de toutes petites oreilles. (c) Hélium.
 
 
 

Plongeons

Baleinoïde
Baptiste Gaillard
Sylvie Mermoud et Pierre Bonard
Askip, 76 pages
pour tous

En couverture, l'œil d'une baleine vous fixe. Le cétacé est fréquent en littérature, et même en littérature de jeunesse. Mais plonger dans cet œil-ci ouvre un monde particulier, celui des sensations, celui de la poésie. L'immense mammifère marin est approché par les bribes de texte qui tentent de le cerner au travers des âges et de ses représentations. L'immense mammifère marin est aussi magnifié par les splendides dessins aux crayons de couleur à quatre mains. L'immense mammifère marin se révèle ou se dérobe grâce aux pages de calque, parfois imprimées, qui enrichissent la lecture. Cet univers marin, à la fois connu et étrange, invite à se laisser porter, à se laisser voguer du rivage aux abysses, des croyances à la science. Un ouvrage pour rêver et se découvrir.

Une image reproduite de part et d'autre d'une page. (c) Askip.


 

Échanges

Oh là là, voyez-vous ça!
Michael Rosen
Helen Oxenbury
traduit de l'anglais par Maurice Lomré
l'école des loisirs/Pastel, 40 pages
dès 3 ans
 
Quel plaisir de retrouver le duo britannique aux commandes d'un délicieux album randonnée. On en avait eu l'annonce en juin (lire ici). Le voilà pour de vrai, dans un format un poil plus réduit que leur célèbre "La chasse à l'ours". Le gamin narrateur se rend en sifflotant dans différents magasins avec des tas de projets d'achats. Mais il ne reçoit jamais ce qu'il demande: "A la place, on me donne..." Autant de surprises sous forme d'animaux sont à ces rendez-vous, présentées dans un joli texte aux rimes de mirliton et dans les illustrations. Une joyeuse malice qui n'est pas sans faire penser à cet autre classique qu'est "Préférerais-tu?" de John Burningham (1936-2019, lire ici). Ce que les enfants voient dans les images et que le texte ne dit pas, c'est qu'une cohorte composée de tous ses "achats" suit le protagoniste. Jusqu'à ce que le "chiot tout foufou" y mette un complet bazar! Un désastre interrompu par un "Toc, toc." Qui est à la porte? Une autre cohorte, d'humains bien chargés cette fois, qui mènent à la fête finale et à la sortie de tous les personnages en nouvelles paires en pages de garde arrières. 
 

Pantone

 
Couleurs de ciels
Alexandra Lafitte
Les Grandes Personnes
80 pages
pour tous
 
Regardez le ciel. Regardez-le dix minutes plus tard, il a changé. Regardez-le une heure plus tard, il est encore différent. C'est ce que nous montre superbement cet album de moyen format, un premier livre. Entre ses deux couvertures en gros carton, une exploration des couleurs du ciel au long d'une journée. Des peintures numériques abstraites, imprimées en couleurs Pantone, traduisant des souvenirs, des sensations, des observations. Sous certaines, quelques mots qui racontent aussi le ciel. "Le jour s'éveille là." ou "Le jour s'éveille ici." ou "Temps de pluie..." ou "Temps radieux..." Les couleurs du ciel, miroirs de nos émotions? Certainement. A chacun de se laisser emporter par ce livre d'artiste qui a la particularité d'avoir quatre couvertures différentes.
 
Les quatre couvertures. (c) Les Grandes Personnes.


 
"Le jour fatigue". (c) Les Grandes Personnes.

 
  
 

Personnages


Le casting

Gilles Bachelet
Seuil jeunesse, 72 pages
dès 6 ans
 
En 2019, Gilles Bachelet publiait un coffret réunissant trois de ses albums-culte, "Mon chat le plus bête du monde" (2004), "Quand mon chat était petit" (2006) et "Des nouvelles de mon chat" (2009). On y trouvait aussi un inédit, "Le Casting". C'est précisément cet album extrêmement amusant qui sort maintenant en solo, dans un format légèrement agrandi. L'auteur nous explique doctement, par le texte et l'image, comment vivent ses personnages quand les livres sont terminés, comment ils peuvent aussi l'aider à trouver un nouveau héros. Et ça dépote! Entre réunion de crise, lettres de candidature et évidemment le casting des candidats, tous des animaux - on voit même passer le Pomelo de Benjamin Chaud (lire ici), qu'est-ce qu'on rigole! Ils sont incroyables dans leurs présentations pour séduire ou amadouer un jury où l'on retrouve le chat le plus bête du monde, le singe à Buffon, Champignon Bonaparte, le lapin blanc, l'autruche qui manque aux contes de fées, le chevalier de ventre-à-terre. Et si on examine bien les candidats qui se présentent, certains sont les héros d'albums parus, la licorne Poufy, les gants de vaisselle, les extraterrestres XOX et OXO, le dragon de l'hypermarquête... A part le papillon de "Une histoire qui...", tout le monde est là (lire ici)!
 
Les candidats au casting. (c) Seuil Jeunesse.

Biblio de Gilles Bachelet
  • "Ice Dream" (Crapule Productions, 1984, puis Harlin Quist, 1998)
  • "Hôtel des voyageurs" (Crapule, 1986, puis Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Le singe à Buffon" (Seuil Jeunesse, 2002)
  • "Mon chat le plus bête du monde" (Seuil Jeunesse, 2004)
  • "Champignon Bonaparte" (Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Quand mon chat était petit" (Seuil Jeunesse",2007)
  • "Il n'y a pas d'autruches dans les contes de fées" (Seuil Jeunesse, 2008)
  • "Des nouvelles de mon chat" (Seuil Jeunesse, 2009)
  • "Madame le Lapin Blanc" (Seuil Jeunesse, 2012)
  • "Le Chevalier de Ventre-à-Terre" (Seuil Jeunesse, 2014)
  • "Une histoire qui…" (Seuil Jeunesse, 2016)
  • "Une histoire d'amour" (Seuil Jeunesse, 2017)
  • "XOX et OXO" (Seuil Jeunesse, 2018)
  • "Coffret Tout mon chat" (Seuil Jeunesse, 2019)
  • "Résidence Beau Séjour" (Seuil Jeunesse, 2020)
  • "L'Hypermarquête" (Seuil Jeunesse, 2024)
 

 Et les Belges? Au prochain post. 
 
 
 
 
 

vendredi 5 septembre 2025

Les romans en lice pour le prix Vendredi 2025

La sélection 2025 du prix Vendredi.

 
Créé en 2016 par le groupe des éditeurs jeunesse du Syndicat national de l'édition (SNE) et désigné pour la première fois en 2017, le prix Vendredi (lire ici) récompense chaque année un ouvrage francophone destiné aux plus de 13 ans, et publié entre le 1er octobre de l'année précédente et le 30 septembre de l'édition en cours à compte d'éditeur. Il est choisi par un jury de professionnels. Nous voilà déjà à sa neuvième édition.
 
La Fondation d'entreprise La Poste, partenaire historique du Prix, dote le Prix Vendredi d'une enveloppe globale de 3.000 euros.
 
 
Les dix titres sélectionnés
(par ordre alphabétique des titres) 
  • "A croquer", Anne-Fleur Multon (Ed. Thierry Magnier)
  • "Célèbre à en mourir, Alain Gagnol (Syros)
  • "Dans le ventre de Fianna Sinn", Fanny Chartres (l'école des loisirs)
  • "Francœur", Marie-Aude Murail et Constance Robert-Murail (l'école des loisirs)
  • "La Part du vent", Nathalie Bernard (Ed. Thierry Magnier)
  • "Les Frontières écarlates", Solène Ayangma (Talents Hauts)
  • "Le Silence est à nous", Coline Pierré (Flammarion Jeunesse)
  • "Nina perd le Nord", Céline Gourjault (Seuil jeunesse)
  • "Sainte-Marie-des-Haines-Infinies", Louise Mey (La ville brûle)
  • "Véda s'en va", Sarah Maeght (Albin Michel)
 
 
Jury du prix Vendredi
  • Raphaële Botte, journaliste spécialisée en littérature jeunesse pour "Télérama"
  • Maureen Desmailles, autrice lauréate du Prix Vendredi 2024
  • ​Marie Desplechin, journaliste et autrice de livres jeunesse et adultes
  • Emmanuelle Kabala, responsable des romans au CNLJ.
  • Lucie Kosmala, journaliste et formatrice spécialisée en littérature jeunesse.
  • Tom Lévêque, auteur et spécialiste de la littérature adolescente
  • Cécile Ribault-Caillol, journaliste littéraire
  • Anne Ricou, rédactrice en chef adjointe du magazine "Je Bouquine"
  • Simon Roguet, libraire à la librairie M'Lire, Laval.​
 
Prix Vendredi des lecteurs du pass Culture (3e édition)
Une collaboration entre le Prix Vendredi et le pass Culture a été initiée en 2023 et donne lieu à la création du Prix Vendredi des lecteurs du pass Culture. Ce prix est remis par un jury composé de neuf jeunes lecteurs et lectrices (15 à 19 ans) issus de différentes régions et bénéficiaires du pass Culture.
 
La remise du Prix en présence des auteurs et éditeurs aura lieu le mardi 4 novembre à 11 heures à la médiathèque Françoise Sagan (8 rue Léon Schwartzenberg, 75010 Paris). Deux heures avant l'annonce du prix Goncourt chez Drouant!
 

Palmarès

2024 Maureen Desmailles pour "La chasse" (Ed. Thierry Magnier, lire ici) et Anne Loyer pour "Charbon bleu" illustré par Gérard DuBois (D'eux, lire ici)
2023 Claudine Desmarteau pour "Au nom de Chris" (Gallimard Jeunesse)
et Arnaud Cathrine, prix Vendredi - Jury des jeunes Pass Culture pour "Octave" (Robert Laffont)
2022 Claire Castillon pour "Les Longueurs" (Gallimard Jeunesse, lire ici)
2021 Sylvain Pattieu pour "Amour chrome" (l'école des loisirs, lire ici)
2020 Vincent Mondiot, pour "Les Derniers des Branleurs" (Actes Sud junior, lire ici)
2019 Flore Vesco, pour "L'Estrange Malaventure de Mirella" (l'école des loisirs, lire ici)
2018 Nicolas de Crécy, pour "Les amours d'un fantôme en temps de guerre " (Albin Michel, lire ici)
2017 Anne-Laure Bondoux, pour "L'Aube sera grandiose" (Gallimard, lire ici)