Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Philonimo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Philonimo. Afficher tous les articles

samedi 5 février 2022

Grands philosophes pour petits lecteurs


Ils sont petits. Mais à six (et bientôt huit), avec leur couverture en tons francs, ils se repèrent vite sur le rayon de la bibliothèque. Et se distinguent par le grand rond qui découpe leur couverture laissant entrevoir un animal. C'est que les petits volumes illustrés de la collection "Philonimo" (Editions 3œil), dont le titre n'apparaît qu'en quatrième de couverture, ont pour défi de rendre les grands philosophes accessibles aux enfants par le biais d'animaux. Et ce dès les classes maternelles. Défi remporté. Tous écrits avec justesse par Alice Brière-Haquet, ils sont magnifiquement illustrés par des artistes chaque fois différents. La crème de l'illustration jeunesse.

On a déjà eu "Le Porc-épic de Schopenhauer", illustré par Olivier Philipponneau, et "Le Corbeau d'Epictète", illustré par Csil (lire ici). Quatre autres ont suivi l'an dernier, toujours dans l'alternance Antiquité-XXe siècle, donnant une véritable cohérence à la collection. 2022 verra la sortie le 7 juin du "Cygne de Popper", illustré par Janik Coat, et le 2 septembre de "La Colombe de Kant", illustré par Emilie Vast.

Le quarté 2021


Le Papillon de Tchouang-Tseu
Alice Brière-Haquet
illustré par Raphaële Enjary
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 24 pages

Tout jaune et illustré de gravures aussi sobres que délicates, l'album le plus mince de la série met en scène un homme, Tchouang, qui s'est endormi et qui rêve qu'il est un papillon. Un vrai papillon à la vie de papillon. Est-il encore humain à ce moment? Et quand il se réveille? Et le papillon rêve-t-il alors de lui? Autant de questions subtilement posées, venues d'un philosophe de l'Antiquité, qui font réfléchir à l'imagination et à ses pouvoirs.

"Le Papillon de Tchouang-Tseu". (c) Editions 3œil.



Le Lézard de Heidegger
Alice Brière-Haquet
illustré par Sophie Vissière
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 32 pages

"Le Lézard de Heidegger".
(c) Editions 3œil.
Couleur vert d'eau pour cet album en pochoirs expressifs parlant de soleil et de chaleur. Qui de la pierre, du lézard ou du jeune Pierre est conscient de leurs interactions dont l'ensemble compose notre galaxie? On suit le lézard, qui recherche la chaleur de la pierre sans savoir d'où elle vient mais fuit lorsqu'il est dérangé par l'enfant. Les niveaux de conscience, selon Heidegger, abordés avec finesse.


Le Chien de Diogène
Alice Brière-Haquet
illustré par Kazuko Matt
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 32 pages

"Le Chien de Diogène".
(c) Editions 3œil.
Quelle est la richesse qui compte sur terre? L'or et la puissance du Roi ou la liberté et les réjouissances qu'elle offre au chien? Les illustrations en bleu nuit et rouge détaillent cette "vie de chien", une vie de bonheurs incessamment renouvelés pourvu qu'on leur prête attention. N'est-ce pas là, la vie d'un roi, glisse Epictète, philosophe stoïcien qu'on nie depuis près de deux millénaires.




Le Canard de Wittgenstein
Alice Brière-Haquet
illustré par Loïc Gaume
Editions 3œil, "Philonimo"
2021, 32 pages

Merveilleuse interprétation graphique en orange et bleu vif de ce jeu sur la double perception. Canard ou lapin? Le bec de l'un et les oreilles de l'autre ont les mêmes traits. Selon l'inclinaison du sujet, la perspective adoptée, le lecteur comme le chasseur de l'histoire, a l'un ou l'autre. Vertigineux. La question immédiate étant alors, l'un peut-il être l'autre? Oui et non, comme le montre Wittgenstein. Comment entrer dans un terrier quand on est canard, s'envoler quand on est lapin? Et quid du chasseur? Discussions à prévoir.

"Le Canard de Wittgenstein". (c) Editions 3œil.










dimanche 27 septembre 2020

Chaud-froid de porcs-épics



"Au plus froid de l'hiver les porcs-épics se serrent.
Ils cherchent à se réchauffer.
Mais finissent par se piquer.
Alors ils s'éloignent jusqu'à ce qu'ils aient froid.
Alors ils se serrent et à nouveau s'éloignent.
Se serrent, s'éloignent, se piquent, ont froid.
Ils passent la saison à vivre en accordéon.
Les hommes sont pareils et pas seulement l'hiver."

Ces huit phrases, chaque fois illustrées d'une gravure en vis-à-vis, constituent le début de l'album petit format cartonné "Le Porc-épic de Schopenhauer" d'Alice Brière-Hacquet et Olivier Philipponneau qui y a utilisé le procédé de l'estampe japonaise (Editions 3œil, collection "Philonimo", 32 pages). L'histoire, inspirée du philosophe du XIXe siècle, se poursuit chez les humains et présente la solution trouvée pour "aimer sans se piquer". Un plaisant et élégant papier crème, un minimum de texte faisant germer un maximum d'idées et de sobres illustrations en parfaite adéquation.


"Le Porc-épic de Schopenhauer". (c) Editions 3œil.


Démarche similaire dans "Le Corbeau d'Epictète" de la même Alice Brière-Haquet mais illustré cette fois par les gravures, ses premières, de  Csil (Editions 3œil, collection "Philonimo", 32 pages), aussi bleu que le précédent était rouge, toujours des tons pantone. Fameux défi: il nous fait réfléchir au bonheur et aux influences possibles du chant d'un corbeau sur nos vies en se référant à un philosophe grec d'il y a vingt siècles. Pourquoi un chant de corbeau est-il nécessairement un mauvais présage? On peut aussi y chercher le beau.


"Le Corbeau d'Epictète". (c) Editions 3œil.


Ces deux albums cartonnés mais en format de poche inaugurent la collection "Philonimo", pour "philosophie" et "animaux", reconnaissable à sa découpe ronde dans la couverture en ton vif. Une collection qui veut mettre les grands noms de la philosophie et surtout leur pensée entre les mains des enfants des classes maternelles. Et ceci grâce aux métaphores animalières qu'utilisent les penseurs, résumées pour le jeune public. Quatre volumes sont en préparation, qui seront consacrés à Tchouang-Tseu, Wittgenstein, Diogène et Heidegger.

D'une belle sobriété tant dans le texte que dans l'image en noir, blanc et une couleur franche, laissant de la place au lecteur, ces deux albums permettent peut-être une première approche de la philosophie. Ils ouvrent surtout le chemin de la réflexion aux jeunes enfants confrontés, comme tout le monde, aux questions de la distance entre humains et du bonheur par une approche à leur niveau et donc à leur portée.