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jeudi 2 mars 2023

La Partie s'est vraiment installée

Adrien Parlange égrène les souvenirs d'une vie. (c) La Partie.

Plusieurs milliers d'albums jeunesse
sont publiés chaque année et curieusement, une petite maison de quatre personnes ayant une grande expérience professionnelle et sachant ce qu'elles veulent (lire ici et ici) revient régulièrement dans les sélections des prix. Pépites de Montreuil (lire ici), Prix IBBY Belgique francophone (lire ici), Bologna Ragazzi Awards (lire ici), Prix Sorcières (lire ici)...  Les livres illustrés publiés par les éditions La Partie trustent les sélections des palmarès et n'en repartent pas perdants. Et on s'en réjouit tant chaque album publié présente originalité et exigence tout en offrant un immense plaisir de lecture. Des bijoux dont certains ont été présentés ici

Coup d'œil à reculons sur 2022

Souvenirs d'une vie


Les printemps
Adrien Parlange
La Partie, 78 pages
dès 4 ans
octobre

Merveille d'album en moyen format bien épais, toilé de jaune, sur la couverture duquel dort un bébé croqué en quelques traits ronds et tendres. Fort original avec son dispositif d'onglets découpés dans les pages en carton épais que les jeunes lecteurs comprennent immédiatement, puissamment poétique dans son évocation d'une existence. Un livre écrit à la première personne, splendidement illustré de croquis en plusieurs couleurs, qui touche au cœur, ravit les yeux et les oreilles et flotte longtemps dans la mémoire.

Ce nouveau-né endormi, on va le suivre durant 85 ans. De page en page, il nous confie les souvenirs qu'il a depuis ses 3 ans. Pas avant: "Des deux premières années de ma vie, je ne garde aucun souvenir." Mais "A 3 ans, je fais quelques pas dans la mer. L'image de mes deux pieds dans l'écume est la première que je garde en mémoire". Un croquis sur fond jaune le montre, la main dans celle de sa maman. L'onglet découpé dans la page de droite trouve sa raison d'être tout de suite après. "A 4 ans, mon père me fait goûter un minuscule fruit rouge ramassé au bord d'un fossé. Le souvenir de cette première fraise des bois m'accompagne depuis." Sur la page de gauche à fond mauve apparaît la douce scène familiale, complétée des pieds du souvenir précédent, visibles grâce à la découpe (image du haut).

Il en sera ainsi dans tout l'album où le narrateur raconte, se raconte, bébé, enfant, gamin, ado, jeune homme, adulte, père, grand-père, personne âgée. A chaque âge, un souvenir, petit ou grand, durable ou plus fugitif. On visualise chacun dans une scène campée en quelques traits de couleur sur différents papiers teintés, complétée d'extraits de souvenirs antérieurs visibles grâce aux découpes. Un procédé qui reflète combien la vie est composée d'allers-retours constants. Trente-trois souvenirs se succèdent, en effaçant certains, en réactivant d'autres. Chef-d'œuvre de créativité et de beauté, "Les printemps" est aussi complètement à hauteur d'enfant.

Que de souvenirs lors d'un déménagement. (c) La Partie.



Une forêt au cœur de la ville


On va au parc
Sara Stridsberg
Beatrice Alemagna
traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud
La Partie, 72 pages
pour tous à partir de 3 ans
octobre

De temps en temps, un album naît de dessins sur lesquels un auteur pose des textes. Beatrice Alemagna l'avait déjà fait dans son magnifique "Adieu Blanche Neige" (La Partie, 2021, lire ici). Elle reprend le procédé dans cet album où elle a composé une série d'images montrant des aires de jeux pour enfants, étonnantes architectures de plein air établies dans les parcs. Ces images tellement représentatives de l'art de Beatrice Alemagna ont été confiées à la grande auteure suédoise Sara Stridsberg qui a composé, sur elles, des textes en forme de déclaration poétique. On se rappellera que l'album avait fait l'objet d'une fresque peinte par Beatrice Alemagna sur les murs de l'Institut suédois de Paris en novembre 2021.

Entre les deux créatrices est née une alchimie narrative et esthétique, perceptible dans l'album. On y suit des enfants, joueurs, explorateurs, admirateurs des arbres et lucides par rapport au peu de place que leur laisse la ville, imaginatifs et un brin philosophes. Marelles, balançoires, portiques à escalader, toboggans et autres engins sont autant de tremplins pour leur imagination. "On ne rentrera plus jamais à la maison!"

Textes et illustrations nous emmènent au cœur de ce parc tant aimé d'eux, si finement observé, nature, habitants, visiteurs, jour, nuit, à la fois refuge et paradis pour les jeunes citadins avides d'espace et d'amitiés.

Un  album magnifique par ses images évocatrices qui vous happent illico et par son texte sobre racontant avec poésie ces enfants et leurs aventures vécues ou rêvées.

Une des aires du jeu du parc. (c) La Partie.



Un lundi buissonnier


Le détour
Rozenn Brécard
La Partie, 72 pages
dès 5 ans
septembre

Dans ce premier album en solo, la Française Rozenn Brécard met en scène les aventures riches et palpitantes tout au long d'un lundi de deux enfants qui ont raté le car de ramassage scolaire. On a bien besoin des 72 pages de cet album bien épais pour suivre les moments successifs de cette journée en dehors de l'école. L'originalité de ce travail est que la narration se déroule principalement dans les images, de très belles gouaches construites avec originalité, présentant par exemple différentes séquences d'une scène dans la même image, complétées de brefs textes.

Dans ce "Détour" bien nommé, on va suivre le frère et la sœur tout au long de la journée. Ils marchent, ils marchent vraiment beaucoup. Ils explorent de tout près leur coin de Bretagne. Ils font des choses extraordinaires comme emprunter une barque, d'autres très ordinaires comme se disputer et se réconcilier. Ecole buissonnière mais journée inoubliable où ils font des rencontres avec des travailleurs et des animaux, où ils s'amusent, où ils goûtent la nature. Une journée de liberté, incroyablement riche d'aventures à l'heure où les enfants sont constamment sous surveillance.

Une journée d'aventures en liberté. (c) La Partie.



Un imagier tout en ronds


Les animaux
Bastien Contraire
La Partie, 24 pages
dès 2 ans
septembre

Crânement intitulé "Les animaux", cet album n'en présente aucun! Enfin, pas de la façon classique, plus ou moins réaliste. Mais il fait mieux. Il les propose de manière symbolique, par un rond de leur couleur légendé de l'espèce animale en question dans une jolie typographie: "le poussin" sous un rond jaune, "le dauphin" sous un rond bleu, "le cochon" sous un rond rose...

Bastien Contraire établit ainsi immédiatement un rapport ludique et complice avec ses jeunes lecteurs. N'a-t-on pas seriné à ces derniers "le cochon rose", "le dauphin bleu", "le poussin jaune"? Ils l'ont bien retenu et, en champions de l'abstraction, deviennent dans cet album inventif, graphique et rigolo, des passeurs de savoir. Ce sont eux qui dégainent des noms d'animaux selon les couleurs. Bien sûr, ils peuvent hésiter entre le cochon et le flamant rose, entre le dauphin et la baleine. Mais comme il n'y a pas de compétition, tout le monde en rigole tout de suite. Epuré et graphique, "Les animaux" est un formidable album de plaisirs à partager entre petits et grands.

Joliment calligraphiés, deux animaux. (c) La Partie.



Choix multiples


Un matin
Jérôme Dubois
Laurie Agusti
La Partie, 96 pages
dès 7 ans
septembre

Inspiré des lectures d'enfance des deux auteurs, cet autre album sur la mémoire, souvenirs de jeux, de peurs, de plaisirs, propose au lecteur des choix  multiples. Par exemple: "visiter le reste de la maison: aller page 6/ aller voir ce qui se passe dehors: aller page 8" et ainsi de suite. Des invitations à avancer ou à reculer dans les pages. Pour que le lecteur s'y sente bien et autonome, il paraît préférable que la lecture soit acquise. 

Dans son lit, un enfant ne reconnaît plus le monde un matin où il se réveille car les couleurs ont disparu, non seulement de sa chambre mais de la ville entière! Il va sortir pour tenter de retrouver ses repères. Ce sont ses souvenirs qu'il va croiser, représentés par des bulles colorées qui vont le guider. Si plusieurs parcours, fort variés, sont possibles dans les pages, ils mènent tous à la même destination, la chambre. Et à une ultime question: rêve ou réalité?

Extrêmement pensé, super bien construit, très agréablement illustré, "Un matin" réjouira les lecteurs capables d'une bonne dose de concentration, indispensable pour circuler entre les consignes proposées.

Première double page, en noir et blanc forcément. (c) La Partie.



Une femme artiste en Suède


L'oiseau en moi vole où il veut
Sara Lundberg
postface d'Alexandra Sundqvist
traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud 
La Partie, 128 pages
dès 6 ans
avril

"Un récit inspiré des peintures, lettres et journaux intimes de Berta Hansson", glisse l'auteure-illustratrice Sara Lundberg en ouverture de cette superbe fresque biographique consacrée à la peintre suédoise méconnue (1910-1994) et posant toutes les questions relatives à la condition d'artiste pour une femme, et surtout pour une femme née au début du siècle dernier.

Un texte magnifique, vibrant, terriblement émouvant, porté par de superbes illustrations dans différentes gammes chromatiques, nous confie l'itinéraire de l'artiste, enfant résolue à devenir peintre alors qu'elle est fille de fermiers et que la famille est mise à rude épreuve à cause de la tuberculose finalement fatale de la mère. Si Berta est sûre de ses choix de vie, elle a aussi l'espoir que les oiseaux qu'elle sculpte dans la glaise soient magiques et sauvent sa maman à qui elle les offre.

Insensible aux moqueries des enfants à l'école, décidée à ne pas devenir une "femme au foyer" comme ses deux sœurs, la jeune fille trouve un certain soutien chez le médecin, féru d'art, qui soigne sa maman jusqu'à son décès. Sauf que cette disparition le force à s'occuper en priorité des siens. Jusqu'au jour où elle trouvera la force de se révolter, pour ne pas mourir. Déjà comprise par ses sœurs, elle le sera aussi finalement par son père. A ce moment, elle pourra déployer ses ailes de peintre comme les oiseaux qu'elle aime sculpter.

Berta est comprise par sa mère. (c) La Partie.



Amitié et jardinage


Hermelin, Lapin et le potager
Elle van Lieshout
Erik van Os 
Marije Tolman
adapté du néerlandais par Emmanuèle Sandron
La Partie, 40 pages
dès 4 ans
avril 

Album de saison que cette installation d'un potager par les deux amis Hermelin et Lapin. Album ironique quand on voit la répartition des tâches entre les deux voisins et amis. C'est simple, l'hermine Hermelin fait presque tout et Lapin le lapin presque rien. Par exemple, l'un bêche, l'autre sème. La situation deviendra encore plus cocasse à l'arrivée des premières récoltes, très longtemps espérées. Le patient Hermelin attend le lendemain pour en profiter et quand il arrive, tout ce qui était mûr a disparu. La faute à qui? A un coupable gourmand qui ne se dénonce pas. Lapin est vraiment culotté dans cette histoire questionnant les notions de justice et de partage tandis que Hermelin apparaît altruiste et généreux. Un album piquant servi par de charmantes illustrations où les deux héros évoluent sur des décors finement représentés.


Avant, après... (c) La Partie.



Errance dans un port islandais


Une histoire que Saga m'a racontée
Suzanne Arhex
La Partie, 48 pages
dès 4 ans
mars

Dans un port islandais, une petite fille du coin interpelle le lecteur. Saga et lui vont discuter, dialoguer, échanger, s'apprendre des choses. Saga raconte sa vie sur la côte, sa maman qui travaille à l'usine de filets pour la pêche, les découvertes dans les filets, les baleines, hier et aujourd'hui, les icebergs, hier et aujourd'hui... L'air de rien, tout en sautant d'un sujet à un autre comme les enfants excellent à le faire, elle interroge le lecteur sur le choc entre les traditions et le progrès, le réchauffement climatique et les inquiétudes qu'il suscite. Une très belle histoire, présentée de façon originale et pertinente.

L'auteure-illustratrice a imaginé ces conversations pétillantes, posées sur de très belles illustrations en couleurs, riches en détails, lors d'une résidence dans un village de pêcheurs à l'est de l'Islande. 

Voici Saga. (c) La Partie.


Suzanne Arhex a répondu aux questions de sa maison d'édition.

Quel est le point de départ du livre?
J'ai été étudiante Erasmus à Reykjavik. Depuis, je suis régulièrement retournée en Islande pour voyager ou pour des résidences artistiques. Par ces voyages, j'ai écrit et dessiné deux premières sortes de fables, dont le lien est notre relation à l’eau. La première raconte les gestes quotidiens d'une femme de pêcheur dont le mari noyé revient sous la forme d'une vague qui inonde la cabane. Dans la seconde, un enfant collectionne des cailloux piochés près d'un lac où il n'a pas le droit d’aller, parce qu'habité par un monstre – c'est une vraie croyance à l’Est du pays.
"Saga", c'est le dernier volet de cette "trilogie de l'eau". En retournant à l'Est en 2019, je savais que je voulais parler d'un·e enfant qui croit voir une baleine échouée dans un bout d'iceberg. Le reste, c'est venu en traînant dans le fjord et l'usine de filets de pêche du village.

Qui est Saga? Est-ce une petite fille que tu as vraiment rencontrée?
Saga n'existe pas vraiment, mais ses habits, si. "Saga", ça veut dire "histoire" en islandais. Elle est le prétexte à une narration. Elle raconte un tas de choses qui ne sont pas vraiment vraies, on ne sait pas trop où commence le mensonge mais ce n'est pas si important. Elle traine et contemple, elle accueille la personne qui voyage, et la personne qui va lire, tout en vaquant à ses occupations. Elle guette l'horizon à la recherche des baleines dont on lui a tant parlé mais qu'elle n’a jamais vues, dont on ne sait même plus si elles existent vraiment. Pour Saga, la baleine est quasiment un animal fantastique, comme une licorne.

Est-ce que c'était important pour toi d'évoquer le réchauffement climatique à travers le récit de Saga?
Je sais que c'est un sujet omniprésent pour tous, parce que l'Islande fait partie de ces lieux où le changement est déjà visible d'année en année, par la fonte des glaciers qui s'accélère, la neige qui disparait trop tôt des montagnes, l'agriculture qui évolue, la disparition de certaines espèces animales. Ce n'est ni abstrait, ni lointain, c'est un sujet, et pour certains une lutte de chaque instant. Le film "Woman at war" de Benedikt Erlingsson raconte bien cela. C'est une île qui est constamment confrontée à l'incompatibilité entre certaines coutumes ou activités économiques nuisibles pour l'environnement et questionnements écologiques. La chasse à la baleine, par exemple, fait partie de ces sujets qui déchirent le pays.

Moi je voulais parler de l'eau, de la pêche, de cette île, et ça ne pouvait pas aller sans considérer ce sujet je crois, même si le point de départ de mon histoire, c'est vraiment une errance sur un port. 

La question que tout le monde se pose: est-ce que tu en as vu, toi, des baleines?
Des baleines, je n'en ai pas vues. Et tu sais, j'ai cherché! Au prochain voyage, si elles veulent bien, peut-être?
Le port. (c) La Partie.



mardi 17 juillet 2018

DTPE 9 Rasmus, Benjamin et l'élan blanc

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Jonas Gardell.


2018.
2016.
Derrière ce titre intrigant, "N'essuie jamais de larmes sans gants" de l'écrivain star en Suède Jonas Gardell ("Torka aldrig tårar utan handskar", traduit du suédois par Jean-Baptiste Coursaud et Lena Grumbach, Gaïa, 592 pages, 2016, Gaïa Kayak, 848 pages, 2018), dont l'explication est fournie dès les premières pages, se cache un roman exceptionnel qui vient de paraître en format semi-poche. Prodigieux par son format, son sujet, sa force, son atmosphère, sa manière et son style.

C'est une brique magnifique et puissante qu'on ne lâche pas une minute mais qui nécessite un long temps de lecture tant elle est dense et bouleversante. On ne saurait résumer le roman en disant que c'est l'histoire de Rasmus et Benjamin, l'un fils unique, l'autre témoin de Jéhovah, qui savent très tôt qu'ils ne sont pas comme les autres garçons. Mais nous sommes à la fin des années 70 et l'homosexualité n'est pas appréciée dans les campagnes de Suède et carrément interdite chez les Témoins. Ils feront tous les deux, comme plein d'autres jeunes hommes gays, le choix de quitter leur milieu et leur famille et de déménager à Stockholm pour pouvoir être eux-mêmes. Rasmus et Benjamin finiront par se rencontrer et connaître un très grand amour.  "Je veux dans ma vie pouvoir aimer quelqu'un qui m'aime"  est leur souhait. A ce moment, on est au début des années 80 et une maladie inconnue, une épidémie mortelle, ravage les homos. On ne sait pas encore que c'est le sida, on ignore comment s'en prémunir et comment la soigner et les réactions sont terrifiantes.

"N'essuie pas de larmes sans gants" est bien plus qu'un roman sur le sida et l'homosexualité en Suède il y a quarante ans. C'est une écriture souvent syncopée qui va et vient entre les époques et les personnages et nous hypnotise - chapeau aux traducteurs pour leur excellent travail - tout en ménageant une grande place à des dialogues remarquables ou à une poésie opportune. Ce sont des phrases qui saisissent au plus près de leur corps et de leur âme tous ceux et toutes celles qu'on va croiser. Ce sont des moments d'émotion par exemple quand on suit les garçons petits, avec cet élan aussi blanc que rare qui intervient régulièrement dans l'histoire jusqu'aux terribles dernières pages. De rage quand on voit le sort réservé à ceux qui sont atteints de LA maladie, d'admiration pour le rare personnel médical qui les accompagne. D'incompréhension devant cette société fermée qui n'accepte pas les évidences, et pas seulement chez les témoins de Jéhovah. On oublie vite ce qui a précédé.

Partagé en trois parties, "L'amour", "La maladie" et "La mort", le livre nous fait connaître de l'intérieur une foule d'homosexuels extrêmement attachants, dont un groupe qu'on suit de près, chacun passant à son tour à un moment du roman sous les feux du projecteur de l'auteur. Ils sont comme ils sont, mais jamais caricaturés. On les voit s'aimer, se perdre, se trahir, avoir peur, être en rage et aussi lutter pour leurs droits, et se défendre les uns les autres. Souvent avec humour, parfois avec sarcasme.

Jonas Gardell signe un livre de désespoir, de mémoire et d'amour, une tragédie où il glisse sans cesse du romanesque aux éléments sociologiques, politiques ou médicaux. Il nous emmène dans une lecture prodigieuse, dont on sort bouleversé et qu'on quitte à regret tant il a été bon d'être en compagnie de Rasmus, Benjamin, Paul, Lars-Ake, Reine, Bengt, Seppo, ces gays qui ont changé l'Histoire, l'ont payé cher et à qui il offre un extraordinaire tombeau.

Pour lire le début de "N'essuie jamais de larmes sans gants", c'est ici.


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)
DTPE 6: "Encyclopædia Inutilis" de Hervé Le Tellier (nouvelles, Le Castor Astral)
DTPE 7: "Poisson dans l'eau" d'Albane Gellé et Séverine Bérard (jeunesse) et "Trente cette mère - maintenant" de Marcella et Pépée (poésie, Editions Les Carnets du Dessert de Lune)
DTPE 8: "Christian Bérard clochard magnifique" de Jean Pierre Pastori (biographie, Séguier)

vendredi 3 février 2017

Petit bestiaire d'hiver

Rouge, bleu, jaune, vert,  les couvertures en aplats de couleur claquent en cette saison. Qui abritent-elles? Des animaux! Des animaux qui ressemblent souvent à des humains Sélection d'albums pour enfants de tous âges.


Des chats tellement humains


On connaissait Dorothée de Monfreid experte en éléphants, les "Coco", et en toutous: "Toutous tous fous" (2013), "Pas envie" (2013), "Dodo" (2014), "Attendez-moi" (2015), "Tout tout tout sur les toutous" (2015, lire ici), "Le plus gros cadeau du monde" (2016, lire ici), "Ma photo" (2016), autant d'albums pour enfants publiés à l'école des loisirs.

La voici qui s'intéresse aux chats avec l'impeccable petit format presque carré, à couverture rouge vif, "Tendance chat" (Hélium, collection "Humour", 64 pages). Un catalogue tout public d'attitudes félines croquées avec délicatesse et humour par le dessin, la bulle de texte et le mot de titre. A moins que ce ne soient des attitudes humaines. Rassurons-nous, un chien se glisse discrètement dans ces pages plus craquantes que des croquettes.

Mes deux filles, adultes aujourd'hui, ont coutume de dire que j'ai pris deux bébés chats l'an dernier pour avoir "de nouveaux enfants". J'en rigole parce que depuis que mes "nouveaux enfants" sont arrivés, je vois en eux plein d'attitudes que j'avais repérées chez mes "anciens enfants". C'est dire si le nouvel album de Dorothée de Monfreid m'a enchantée.  Elle aussi débusque chez ses félins des attitudes qu'on a déjà vues ailleurs. Sur deux jambes en général. Elle les attrape, leur donne plutôt un coup de patte qu'un coup de griffe et nous laisse méditer sur cette question œuf-poule: d'abord le chat ou d'abord l'humain? Ses saynètes à deux chats en général sont impayables, justes et drôles, un brin déconcertantes parfois. Comme le sont les chats et les humains. Tout y passe, les contes de fées, le fitness, les assuétudes, la gourmandise, le sommeil, la télé, la mode, le téléphone portable...

Trois exemples de doubles pages.



"Tendance chat" de Dorothée de Monfreid. (c) Hélium.


Un autre album échangeant chats et humains, pour enfants celui-ci, le très beau "La visite", de Junko Nakamura (MeMo, lire ici).

Une couleur par animal, mais dix fois


Changeons de tranche d'âge pour aller des tout-petits qui sont bien gâtés avec la nouvelle série de Janik Coat. Il s'agit de dix petits livres cartonnés, en format à l'italienne, associant chaque fois une couleur et un animal: "Bleu éléphant", "Jaune chameau", "Rouge hippopotame", "Vert tamanoir", "Rose poulpe", "Marron mammouth", "Orange sanglier", "Violet chat", "Blanc chouette" et "Noir rhinocéros".  Les quatre premiers sont déjà en librairie. Les autres suivront durant l'année.


Bleu éléphant
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton

Jaune chameau
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton

Rouge hippopotame
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton

Vert tamanoir
Janik Coat
MeMo, 12 pages tout carton





Quel enchantement que cette série, plastiquement de toute beauté. C'est qu'elle est forte en dessin, Janik Coat. Elle est aussi forte en textes. Même courts, ils suscitent l'intérêt et la curiosité. On pourrait dire tout simplement que Janik Coat est forte en livres (lire ici, ici et ici).

Chacun des titres suit la même idée: mon (animal) est (couleur) comme... (quatre suggestions allant de l'évidence à l’excentricité). La dernière double page permet d'identifier l'animal par sa couleur et son prénom au milieu de deux douzaines de compères de la même espèce.

Voilà des petits cartonnés extrêmement joyeux, pleins de couleurs et de devinettes. La sobriété que leur confère la technique des aplats de couleur leur donne une dimension artistique hautement appréciable. Et les propos en font de vrais livres pour les tout-petits. Bien entendu, on retrouve Popov, l'hippopotame déjà croisé à plusieurs reprises et tant aimé.


"Mon éléphant est bleu comme... le ciel." (c) MeMo.
















"Mon chameau est jaune comme... les tournesols." (c) MeMo.

"Mon hippopotame est rouge comme... les coquelicots." (c) MeMo.

















"Mon tamanoir est vert comme... les cactus." (c) MeMo.


















Deux lapins qui s'aiment



Le tunnel
Hege Siri
Mari Kanstad Johnsen
traduit du norvégien
par Jean-Baptiste Coursaud
Albin Michel Jeunesse
collection "Trapèze", 40 pages

Encore des aplats de couleur pour ce très beau et très intéressant album venu de Norvège. A la fois narratif et poétique par sa façon d'évoquer les choses. Il met en scène deux lapins qui s'aiment. Lui est blanc, elle est brune. Ils n'ont qu'eux pour jouer, se laver, et travailler. Travailler, c'est-à-dire creuser le tunnel qui leur permettra de passer sous la route. D'aller de l'autre côté, là où l'herbe semble verte et délicieuse. On les voit à l'ouvrage, peiner, écouter, creuser encore, détaler devant les éboulis. Se comparer aux lièvres qui courent plus vite mais creusent moins bien.

Lui est blanc, elle est brune. (c) Albin Michel Jeunesse.

Leurs conversations sont aussi touchantes que leur entêtement à avancer dans leur travail. Que d'amour aussi dans les mots qu'ils échangent, dans les gestes qu'ils partagent. En parallèle, on en apprend beaucoup sur leur technique et leur quotidien.

Même tenaces, les lapins peuvent cependant avoir des moments de découragement. Et s'ils traversaient la route en courant? Noooooooooooon! Tant d'autres animaux s'y sont essayés et n'ont pas réussi, ils s'en rappellent dans des scènes éloquentes.
"- Et c'est pour cette raison qu'on creuse, dit-il.
- Alors, continuons de creuser, dit-elle.
- Oui, on va continuer de creuser. Jusqu'à ce qu'on soit arrivés de l'autre côté."

Deux lapins qui s'aiment et veulent rester ensemble, même si c'est dans leur tunnel.

Danger? Il faut filer! (c) Albin Michel Jeunesse.

L'album est splendide par son traitement graphique qui mélange les pages multicolores et celles en quelques teintes seulement, par sa manière de montrer le lieu en coupe, avec les racines de plantes, les voitures et les autres animaux souterrains, par son alternance de plans larges et de plans rapprochés. Son propos, rare, est une autre raison de s'enthousiasmer. Dès 5 ans.

Un très beau travail graphique. (c) Albin Michel Jeunesse.


"Le tunnel" est aussi le titre d'un excellent album d'Anthony Browne (Kaléidoscope, 1989) où un frère et une sœur complètement différents apprennent à  s'aimer à l'occasion d'une épreuve dépassée ensemble.


Et aussi


Elmer et la course
David McKee
traduit de l'anglais par Elisabeth Duval
Kaléidoscope, 32 pages

Elmer, l'éléphant bariolé qui prend toujours la vie du bon côté, et Walter, son cousin noir et blanc, vont être les arbitres de la course de vitesse entre neuf jeunes éléphants gris. Comment les identifier? Tout simplement en les peignant chacun d'une couleur différente. Quand le départ est donné, les deux juges surveillent la course tout en la commentant. Pas facile pour les concurrents de galoper entre les embûches naturelles, les blagues des singes, les tentatives de tricherie... Elmer et Walter ont fort à faire avant de parvenir à distribuer les médailles personnalisées. Notamment faire comprendre que l'important, c'est de participer. Et surtout de bien s'amuser. Dès 4 ans. Sans oublier le recueil de cinq histoires d'Elmer, "Elmer, Walter, Rose et les autres" (lire ici).


Manchots au chaud
Andrée Poulin
Oussama Mezher
Isatis, 32 pages

On est d'accord, les illustrations ne sont vraiment pas terribles. Mais l'histoire, inspirée d'un fait réel, est charmante, enthousiasmante même, et vaut le détour. C'est celle d'une marée noire qui, en 2011, englua des milliers de manchots des côtes de Nouvelle-Zélande. Sauf que des milliers de personnes se sont mobilisées afin de tricoter des chandails pour réchauffer les manchots touchés par le mazout avant qu'ils ne puissent être nettoyés un par un par les secouristes. Cette belle histoire nous est contée par Matéo, un petit garçon qui demande à sa grand-mère de lui apprendre à tricoter afin de venir en aide aux manchots prisonniers de pétrole. Créé au Québec, cet album a aussi un parler vrai qui fait plaisir. Pas d'angélisme pour "préserver" les bambins: oui des manchots vont mourir, mais comme dit le chef secouriste: "On ne réussira pas à les sauver tous. Il y avait trop de pétrole. Trop de dégâts. Mais ne sois pas triste, fiston, tu as bien travaillé. Souviens-toi: chaque petite action est importante." Dès 4 ans.


L'araignée gypsie
Jean-François Dumont
Andrée Prigent
Kaléidoscope, 32 pages

Ode à la Normandie et à son climat marin souvent pluvieux avec cette araignée qui ne s'en laisse pas compter. On suit Gypsie qui grimpe sur le toit via la gouttière mais retombe systématiquement par terre à cause de pluies incessantes. Où est le soleil? Elle va même déménager pour le trouver et s'en trouvera tellement marrie qu'elle reviendra sous ses pluies finalement bienfaisantes. Des illustrations originales et pleines d'humour accompagnent un propos peu commun. Dès 4 ans. De la même l'illustratrice, un autre album avec une drôle de bête, "Gérard le bousier" (lire ici).





jeudi 8 mai 2014

LA dmire infiniment le travail de Stian Hole


Toujours aussi graphiquement éblouissant, le nouvel album de Stian Hole, le merveilleux "Le Ciel d'Anna" (traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Albin Michel Jeunesse, 48 pages), commence par une réflexion sur les palindromes, ces mots qui se lisent à l'endroit comme à l'envers. "Rêver" et "ressasser", propose Anna. "Anna", réplique son père.On ne le sait pas encore, mais tout est dit avec ces trois mots. Elle rêve, lui ressasse. Anna le ramènera à la vie.

Tout au long des pages, Stian Hole sème plein d'indices et de repères dans son texte et dans ses somptueuses illustrations. A chacun d'y être attentif et de se régaler de son dessin hyperréaliste. Les illustrations sont toujours d'une virtuosité éblouissante et d'une beauté soufflante. Très réfléchies, très mises en scène, elles sont accessibles à tous les enfants. Mélange de photos, de collages, de dessin et de peinture, elles lancent leurs belles couleurs posées sur papier mat.

Tout de suite, on append qu'Anna et son père vont à un rendez-vous. Lui est vêtu de noir et porte un gros bouquet de fleurs, des roses rouges. Il est nerveux, fébrile même. Sa fille le ressent. Comme lui, elle a les cheveux électriques. Mais elle, c'est une incroyable longue chevelure rousse qu'elle arbore, mise en valeur par sa robe jaune à pois blancs. L'air de rien, Anna fait tout pour arrêter le temps, pour ne pas entendre les cloches de l'église qui sonnent, appel venu de l'autre côté du fjord.

C'est à la quatrième double page de l'album que l'auteur-illustrateur norvégien révèle le sujet du livre. "Maman disait que les oiseaux sont des fleurs qui volent et que le tournesol est le petit frère du soleil. Regarde, papa! Les hirondelles..." Cet imparfait qui dit l'absence, qui dit la mort.

Le père se montre triste, désespéré. Sa fille va renverser ses sentiments en le faisant pénétrer à sa suite dans un monde où ils interrogeront Dieu, où l'imaginaire fera claquer ses couleurs, où le quotidien se transformera avec féerie en scènes somptueuses.

"Si seulement maman pouvait revenir pour me faire des tresses...", dit Anna. "Oui, si seulement...", répond papa.
Tant de douleur, et pas une once de sentimentalisme.

Père et fille décident alors d'aller voir de l'autre côté du miroir. Ils sautent dans l'eau du fjord, Anna la première.

Les chaussures ont été laissées au bord de l'eau. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ils suivent les poissons volants, écoutent les voix de l'océan.

Flottant sur l'eau, des roses rouges. (c) Albin Michel Jeunesse.

Ils découvrent où habitent les invisibles, reconnaissent certains de leurs disparus. Pas maman. Mais Anna trouve vite des raisons à son absence des lieux qu'ils ont visités... Elle doit revivre ailleurs là-bas les bons moments de son existence sur terre.

Maman aiderait-elle Dieu à faire son jardin? (c) Albin Michel Jeunesse.

Une formidable complicité unit la fille et le père durant ce voyage où ils volent et nagent. "Je n'étais jamais allé dans les endroits que tu viens de me montrer", dit le père. "Merci de m'y avoir emmené", ajoute-t-il.

Une nouvelle réplique d'Anne le fait enfin sourire. Moment où elle est à son tour prête à se rendre à l'église... et où son père se laisse aller à être lui-même. Et quelle superbe image finale en écho à celle qui a ouvert l'album!

Stian Hole est un merveilleux artiste, on le savait déjà grâce à ses précédents titres. On ne peut que le remercier pour ce qu'il nous donne dans "Le Ciel d'Anna", un album sur la mort sensible, poétique, et finalement optimiste, dont l'atmosphère rappelle celle créée par Kitty Crowther dans "Moi et Rien" (L'école des loisirs, Pastel, 2000). Le rythme en doubles pages, prodigieusement illustrées, permet de partager réellement cette histoire de deuil sans tristesse ni sensiblerie. Un ouvrage qui mérite immédiatement l'appellation d'indispensable et qu'il est urgent de partager au maximum tant il est beau et qu'il fait du bien.

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Stian Hole.
Stian Hole, né en Norvège en 1969, on le connaît chez nous depuis 2007, quand il a reçu le Bologna Ragazzi Award (meilleur album) pour l'éblouissant album "L'été de Garmann", son premier album jeunesse, qui sera traduit en français en 2008. Deux autres titres complètent la série, "La rue de Garmann" et "Le secret de Garmann".


En couverture de "L'été de Garmann", le premier album pour enfants de Stian Hole, (traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Albin Michel Jeunesse, 2008, 40 pages),  un blondinet à taches de rousseur, un pansement collé sur le torse, des bouées de natation orange enfilées aux bras, regarde le lecteur depuis la mer immense où il est plongé jusqu'à la taille.
Son regard impressionne.
Qu'a cet enfant dans la tête?

"L'été de Garmann" est un album en dehors de l'ordinaire, tant sur le plan littéraire que graphique, vivifiant, étonnant et terriblement intéressant. En un mot, rare. Il est construit autour des trouilles qui vous prennent au ventre, ces "papillons noirs" qui ne vous laissent pas en paix. Des peurs, grandes ou petites, raisonnées ou non, indéfectiblement liées à la vie. La vie d'un petit garçon de six ans comme Garmann qui s'apprête à rentrer à la grande école. Celle de Papa ou de Maman. Celle des trois vieilles tantes du gamin, qui, l'âge avançant, craignent, de ne plus pouvoir marcher, de mourir bientôt, ou rien du tout tant elle oublie les choses.

"L'été de Garmann", c'est plutôt une saison qui s'achève pour laisser la place à une autre. Le héros fait le compte des indices de ce changement. L'arrivée d'Augusta, Ruth et Iseline, les trois vieilles tantes, notamment, qui rendent visite plusieurs fois par an à sa famille, débarquant d'un bateau avec leurs rides et leur arthrose.

Augusta, Ruth et Iseline. (c) Albin Michel Jeunesse.

Scènes illustrées de façon hyperréaliste, détails amusants comme un jeu de croquet en décor, des bonnets tricotés équivalents au nombre de taches noires d'une coccinelle ou la tante montée sur un skate, les propos vont et viennent au fil de l'imagination, des conversations, des suppositions. L'album parle de la chute des dents de lait et des problèmes de dentier, du un futur métier et d'une enfance vécue il y a belle lurette, des prénoms anciens, de la confection d'un herbier, de la crainte de la mort ou du partage d'un gâteau meringué.

Entre ces divers épisodes relatifs aux peurs qui naissent ou s'estompent, c'est la vie, la vraie, qui bat dans cet album original et de toute beauté.


Dans "La rue de Garmann" de Stian Hole (traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Albin Michel Jeunesse, 48 pages, 2009), on retrouve le petit garçon. Il est aux prises avec Roy, un gamin qui fait la loi dans le quartier mais règne plus par la terreur et le mensonge que par autre chose.
Garmann saura dépasser ses peurs, on sait qu'il en le spécialiste, et prendre contact avec un mystérieux vieil homme, l'Homme aux timbres. A nouveau, Stian Hole nous offre un très beau travail, original et dehors de tous les courants artistiques, à la fois par son sujet et par son traitement du graphisme.

L'Homme aux timbres et Garmann. (c) Albin Michel Jeunesse.


"Le secret de Garmann", troisième épisode de la série due au Norvégien Stian Hole (traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Albin Michel Jeunesse, 48 pages, 2011), présente toujours la même puissance graphique. L'histoire commence dans la cour de l'école, avec les jumelles Hanne et Johanne. Parfaitement identiques en apparence, totalement différentes en réalité. En tout cas, selon Garmann qui raconte leurs démêlés.

Jusqu'au soir où Johanne entraîne le blondinet avec elle, dans le parc, pour lui montrer un secret.

La rêveuse y a repéré une sorte de capsule spatiale abandonnée. L'engin devient vite l'endroit où les deux enfants se retrouvent, en secret de tous. Ils ont tant de choses à se raconter, tant d'histoires à imaginer ensemble, tant d'aventures à rêver côte à côte, tant d'expériences à tenter sans personne d'autre. Garmann et Johanne partagent une imagination débridée et le goût de la nature.

Garmann et Johanna rêvent ensemble. (c) Albin Michel Jeunesse.


Leurs cachotteries n'ont pourtant échappé ni à la maman du garçon, qui y trouve une occasion de réfléchir avec lui aux secrets, ni à Hanne qui se fait alors enfin remettre à sa place par sa jumelle. Quant à eux-mêmes, ils s'y sentent bien.

Les illustrations du Norvégien, mêlant dessin, photos et collages, sont savamment composées, très remplies à une exception près. Elles nourrissent cet album à lire plusieurs fois, en le laissant doucement infuser, pour en apprécier toute la richesse.