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mercredi 5 août 2026

La triste nouvelle du décès de Didier Decoin

EDIT: Témoignage de Manuel Carcassonne, directeur des Editions Stock (en fin de note).

Didier Decoin. (c) Académie Goncourt.

Avant de le rencontrer, je passais lui choisir une fleur dans mon jardin afin de la lui offrir. Didier Decoin, dont on apprend le décès à l'âge de 81 ans ce 5 août, adorait les fleurs et les jardins qu'il visitait régulièrement avec un couple d'amis versaillais. Quand il ne s'occupait pas des siens en Normandie et dans le Cotentin. Au moins autant que les livres, ceux à lire et ceux à écrire. Sans oublier les faits divers, la presse, le cinéma, la mer, les chats, autres centres d'intérêt de ce profond croyant. Sans oublier non plus son art de converser, d'écouter aussi. Un atout dans les conflits qu'il a permis d'apaiser. Sans oublier enfin son art de vivre et son implication dans les actualités du monde. Car Didier Decoin, c'est évidemment l'Académie Goncourt. Une assemblée où il a passé près de trente ans et qu'il a traînée ici et là, bravant les dangers, pour annoncer une sélection et résister.
 
Le communiqué de l'Académie Goncourt rappelle élégamment tout cela. 
"L'Académie Goncourt a l'immense tristesse de faire part du décès de Didier Decoin à l'âge de 81 ans. Succédant à Jean Cayrol au troisième couvert en 1995, il fut le secrétaire général de l'Académie pendant de longues années avant d'en devenir le Président de 2020 à 2024. Lauréat du prix Goncourt en 1977 pour son roman "John l'Enfer", Didier Decoin était un romancier qui avait une haute idée de la langue comme son œuvre en témoigne. Passionné par les faits divers, la mer, les jardins, homme de cinéma et de télévision, animé d'une foi profonde, il était au sein de l'Académie un lecteur attentif et un camarade d'une noble humanité. Par-dessus tout, il n'avait de cesse de faire partager sa passion pour les livres, allant à la rencontre de tous les publics, en France comme à l'étranger, se faisant ambassadeur de la littérature française dans sa riche diversité. Il était surtout un homme d'une grande bonté, généreux, attentif aux autres, convivial, avec lequel nous avons eu la chance de partager les mots, les idées, les moments, le pain et le vin."
Né le 13 mars 1945 à Boulogne-Billancourt, Didier Decoin est le fils du cinéaste Henri Decoin (1890-1969). Après ses études secondaires, il commence une carrière de journaliste à "France Soir". Il collaborera à plusieurs journaux comme "Le Figaro", "Les Nouvelles littéraires", participera à Europe 1 et à la création du magazine VSD. Féru de navigation, il a longtemps été chroniqueur à la revue "Neptune Moteur". En parallèle, il entame à vingt ans une carrière de romancier avec "Le Procès à l'amour". Le premier d'une trentaine de titres où il voyagera dans le monde et dans le temps. Il sera également essayiste (une douzaine de titres) et scénariste pour le cinéma et la télévision.
 
Son fils, l'écrivain Julien Decoin, a déclaré à l'AFP:
"Didier Decoin est mort mercredi matin à l’hôpital de Villejuif (Val-de-Marne), après s'être battu avec force et courage contre le cancer depuis plusieurs années. Il sera enterré face à la mer, qu'il aimait tant, à Auderville (Manche), une commune du cap de la Hague, dans le Cotentin, où il possédait une maison. La maladie ne l'a pas empêché de travailler jusqu'au bout. Il était 'encore, il y a quelques jours, en train de lire les livres de la rentrée littéraire.Il aimait tellement lire. Soit il lisait, soit il écrivait." 
Il y a treize ans, Didier Decoin m'avait écrit: "Je déteste les retours de vacances: il y a toujours des mauvaises surprises qui guettent, embusquées sous le ciel gris." Au mitan de l'été, je lui retourne la pareille aujourd'hui. Tristesse.
 
Pour retrouver les articles de Didier Decoin sur mon blog, c'est ici (d'autres sur le site du "Soir"). 
 
Bibliographie complète
 
Romans
  • 1966    "Le Procès à l'amour" (Seuil)
  • 1967    "La Mise au monde" (Seuil)
  • 1969    "Laurence" (Seuil)
  • 1970    "Élisabeth ou Dieu seul le sait" (Seuil)
  • 1971    "Abraham de Brooklyn" (Seuil)
  • 1973    "Ceux qui vont s'aimer" (Seuil)
  • 1973    "D'Amour et de flammes" (Hachette)
  • 1975    "Un policeman" (Seuil)
  • 1976    "La Dernière Troïka" (Hachette)
  • 1977    "John l'Enfer" (Seuil)
  • 1978    "La Dernière Nuit" (Balland)
  • 1981    "L'Enfant de la mer de Chine" (Seuil)
  • 1983    "Les Trois Vies de Babe Ozouf" (Seuil)
  • 1987    "Autopsie d'une étoile" (Seuil)
  • 1988    "Meurtre à l'anglaise" (Mercure de France)
  • 1991    "La Femme de chambre du Titanic" (Seuil)
  • 1992    "Lewis et Alice" (Robert Laffont)
  • 1994    "Docile" (Seuil)
  • 1996    "La Promeneuse d'oiseaux" (Seuil)
  • 1997    "La Route de l'aéroport" (Fayard)
  • 1998    "Louise" (Seuil)
  • 2002    "Madame Seyerling" (Seuil)
  • 2005    "Avec vue sur la mer" (Nil Éditions)
  • 2006    "Henri ou Henry, le roman de mon père" (Stock)
  • 2009    "Est-ce ainsi que les femmes meurent?" (Grasset)
  • 2011    "Une Anglaise à bicyclette" (Stock)
  • 2013    "La Pendue de Londres" (Grasset)
  • 2017    "Le Bureau des jardins et des étangs" (Stock)
  • 2023    "Le Nageur de Bizerte" (Stock)
  • 2026    "Maypops" (Stock)

Essais, récits et ouvrages religieux
  • 1975   " Il fait Dieu" (Julliard (rééd. Fayard en 1997)
  • 1979    "La Nuit de l'été" (Balland)
  • 1982    "Il était une joie... Andersen" (Ramsay)
  • 1984    "Béatrice en enfer" (Lieu Commun)
  • 1989    "L'Enfant de Nazareth" (avec Marie-Hélène About, Nouvelle Cité)
  • 1991    "Élisabeth Catez ou l'Obsession de Dieu" (Balland)
  • 1994    "La Bible racontée aux enfants" (Calmann-Lévy)
  • 1999    "Jésus, le Dieu qui riait" (Stock)
  • 2009    "Dictionnaire amoureux de la Bible" (Plon)
  • 2012    "Je vois des jardins partout" (JC Lattès)
  • 2014    "Dictionnaire amoureux des faits divers" (Plon)

Jeunesse

Collection"Mademoiselle Âge tendre"
  • 1970    "Il suffit d'un nuage" (Filipacchi-Odege)
  • 1970    "Un amour à l'américaine" ( Filipacchi-Odege)
  • 1972    "Anne et la punition" (Filipacchi)
Série "Le Clan du Chien bleu"
  • 1983    "La Ville aux ours" (Hachette)
  • 1983    "Le Lac de la louve" (Hachette)
  • 1983    "Pour dix petits pandas" (Hachette)
  • 1984    "Les Éléphants de Rabindra" (Hachette)
  • 1984    "Le Rendez-vous du monstre" (Hachette)

Albums illustrés
  • 1991    "La Hague" (Isoète)
  • 1992    "Cherbourg" (Isoète)
  • 1996    "Presqu'île de lumière" (Isoète)
  • 1997    "Sentinelles de lumière" (Desclée de Brouwer)

Théâtre

  • 1980     "Une chambre pour enfant sage" (créée au Théâtre Tristan-Bernard)

Bande dessinée

  • 2021    "Le Sang des Valois", tome 1 (avec Jérôme Clément et Marc Jailloux, Glénat)
  • 2023    " Le Sang des Valois", tome 2 (avec Jérôme Clément et Marc Jailloux, Glénat)
 
 
 
 
(c) Benjamin Decoin.
"Triste, je le suis amicalement à plus d'un titre.
C'est il y a une vingtaine d'années autour de la collection "Ceci n’est pas un fait divers" chez Grasset, que j'avais fait mieux connaissance avec Didier: il y a une boucle naturelle entre "Est-ce ainsi que les femmes meurent ?" (2009), ce livre étincelant consacré à d'affreux meurtres à New York et le dernier roman de Didier, merveille de cruauté suave, de candeur dans la description du crime d'être né différent, ce roman intitulé "Maypops" qui vient de paraître chez Stock.
Ils sont de la même trempe qui explore la noirceur de l'âme humaine comme sa possible rédemption. Un chrétien ne pouvait pas ne pas penser au salut de ses personnages.
Didier était un capitaine et un styliste hors pair. Je suis fier d'avoir été à ses côtés toutes ses années d'édition et de complicité.
Capitaine parce que l'ancien secrétaire général, puis président du Jury Goncourt possédait le don rare d'une autorité naturelle, douce, alerte, favorisant la littérature de l'imaginaire mais ouverte à d'autres genres, avec une curiosité toujours en éveil, une boussole le menant vers d'autres rives, lui le capitaine, le marin, qui tenait son cap.
Styliste, depuis le début, dans la volupté des mots, la moisson des sens qu'il fauchait à chaque page, les goûts, les odeurs, les gestes, parvenant à reconstituer en détails le Japon médiéval autant que le Sud humide et raciste des États-Unis, l'Amérique l'une de ses passions, dans son dernier roman qu'on lira comme son testament d’écrivain.
Nous perdons un précieux défenseur de la langue, de l'imaginaire, mais qui fut aussi un ami généreux attentif aux sujets des confrères écrivains, à tous les autres.
Toute la maison Stock qui appréciait tant sa gentillesse et sa bonne humeur lors des multiples rencontres, se joint à moi ici. Nous sommes tous en deuil de Didier. J'ai une pensée d'affection et de tendresse pour Chantal, qui fut en permanence à ses côtés, et pour ses enfants dont il était à juste titre si fier.
So long, Capitaine Didier."  
Manuel Carcassonne, Directeur Général des éditions Stock


vendredi 3 avril 2026

Une Belge en sélection du Prix du Livre Inter 2026


 
La sélection 2026.
Distinction appréciée pour son palmarès qui constitue une excellente bibliothèque, le prix du Livre Inter vient de révéler les dix titres de fiction choisis pour l'édition 2026. Distinction appréciée aussi parce qu'elle est le choix de lecteurs. Ce sont vingt-quatre auditeurs, douze hommes et douze femmes, qui ont auront la tâche de choisir le ou la gagnante le 31 mai sous la présidence cette année de Laurent Mauvignier, prix Goncourt 2025. Le lauréat (deux possibilités)  ou la lauréate (huit possibilités) de cette 52e édition du prix sera annoncé(e) le 1er juin dans la matinale de France Inter. Ces jurés ont été choisis dans les plus de 2500 lettres reçues à France Inter, notamment par la grande organisatrice Eva Bettan.
 

La littérature belge a souvent été présente dans les sélections du prix du Livre Inter. Elle en a même été lauréate à deux reprises: Henry Bauchau (2008) et Antoine Wauters (2022). On connaît l'adage, "jamais deux sans trois". Ce sera peut-être le cas puisque apparaît dans la sélection le magnifique roman de Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil), qui alla jusqu'en finale du Goncourt 2025.






La sélection
  • Jakuta Alikavazovic, "Au grand jamais" (Gallimard)
  • Sarah Chiche, "Aimer" (Julliard)
  • Cécile Coulon, "Le visage de la nuit" (L'Iconoclaste)
  • Constance Debré, "Protocoles" (Flammarion)
  • Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'enfer" (Actes Sud)
  • Ramsès Kefi, "Quatre jours sans ma mère" (Éditions Philippe Rey)
  • Marie-Hélène Lafon, "Hors Champ" (Buchet-Chastel)
  • Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil)
  • Pauline Peyrade, "Les Habitantes" (Éditions de Minuit)
  • Julie Wolkenstein, "Chimère" (P.O.L.)
Pour lire quelques pages des livres en compétition, c'est ici.


Le jury 2026
  • Charline Allard - Enseignante - 46 ans - Aubusson, Creuse (23)
  • Thomas Astier - Chargé de mission dans le secteur du patrimoine - 29 ans - Pantin, Seine-Saint-Denis (93)
  • Delphine Bouzy - Responsable de service dans une mutuelle - 51 ans - Le Perreux-sur-Marne, Val-de-Marne (94)
  • Thibault Boyer - En recherche d'emploi - 28 ans - Nîmes
  • Patrick Brault - Artificier - 60 ans - Galluis, Yvelines (78)
  • Rachel Choukroun - Enseignante retraitée - 85 ans - Marseille
  • José Cosse - Délégué départemental Haute-Garonne pour l'association Le Refuge - Toulouse
  • Nicole Crochet - Cheffe de projet budget participatif - 50 ans - Bourg-en-Bresse, Ain (01)
  • Florence Delpal - Psychologue - 50 ans - Valence, Drôme (26)
  • Timothée Dupont - Paysan bio - 41 ans - Ercé-en-Lamée, Ille-et-Vilaine (35)
  • Charlotte Durand - Responsable des affaires réglementaires de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans un grand groupe bancaire - 47 ans - Paris
  • Brice Duthion - Fondateur d'une agence de conseil - 54 ans - Le Cannet, Alpes-Maritimes (06)
  • Richard Francis - Retraité - 73 ans - Sanceray, Saône-et-Loire (71)
  • Sylvia François - Régisseuse d'extérieur - 55 ans - Lieu-dit : Le Clémence, Orne (61)
  • Tom Grandgeorge - Maçon - 25 ans - Lyon
  • Catherine Hardoin - Retraitée de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie - 64 ans - Parigné-L'Évêque, Sarthe (72)
  • David Langlois - Infirmier - 48 ans - Couddes, Loir-et-Cher (41)
  • Didier Laulom - Carreleur - 58 ans - Lescar, Pyrénées-Atlantiques (64)
  • Raphaëlle Leriche - Infirmière - 55 ans - Cessières-Suzy, Aisne (02)
  • Philippe Mathieu - Directeur adjoint de Segpa - 60 ans - Fains-Véel, Meuse (55)
  • Jean-Charles Ravion - Retraité du champ médico-social - 65 ans - Saint-Just-Luzac, Charente-Maritime (17)
  • Kareen Rispal - Diplomate - 65 ans - Madrid
  • Delphine Staquet - Professeur des écoles - 45 ans - Villeneuve d'Ascq, Nord (59)
  • Nadia Strzelecki - Assistante de direction dans le secteur social - 42 ans - Paris
 

 
 

mardi 7 octobre 2025

La Belge Caroline Lamarche toujours en piste pour le prix Goncourt


L'Académie Goncourt vient de communiquer sa deuxième sélection pour son prix qui sera remis le 4 novembre. Gros écrémage, les quinze titres du début (lire ici) sont passés à huit. La Belge Caroline Lamarche s'y trouve toujours avec "Le bel obscur" (Seuil).
 
Prochaine étape: le 28 octobre pour le troisième sélection de quatre titres.
 
Deuxième sélection (par ordre alphabétique) 
  • Nathacha Appanah, "La nuit au cœur" (Gallimard)
  • Emmanuel Carrère, "Kolkhoze" (P.O.L)
  • Paul Gasnier, "La collision" (Gallimard, premier roman)
  • Yanick Lahens, "Passagères de nuit" (Sabine Wespieser)
  • Caroline Lamarche, "Le bel obscur" (Seuil)
  • Charif Majdalani, "Le nom des rois" (Stock)
  • Laurent Mauvignier, "La maison vide" (Minuit)
  • Alfred de Montesquiou, "Le crépuscule des hommes" (Robert Laffont)

Pour lire en ligne le début de "Le bel obscur", c'est ici. 

 

 

 

lundi 15 septembre 2025

Alain Mabanckou, poète et romancier, à Bruxelles

Alain Mabanckou. (c) Joël Saget/AFP.

Quelle chance! Il reste des places pour le Midi Poésie dédié à Alain Mabanckou. Cela se passera demain, mardi 16 septembre à 12h40 à la Maison poème.
Une séance exceptionnelle avec un auteur aussi passionnant à lire qu'à écouter.

Figure majeure de la littérature francophone, l'écrivain franco-congolais évoquera le rôle qu'il tient depuis février 2021 à la tête de la collection Points Poésie (éditions Points), confirmant sa place de grand passeur de voix francophones. Il présentera également son nouveau roman, "Ramsès de Paris" (Seuil, 2025), sorti en cette rentrée littéraire, dans lequel Paris et Pointe-Noire s’entrelacent dans un récit drôle, profond et captivant. La rencontre sera animée par la journaliste culturelle Gia Abrassart et ponctuée de lectures par l'auteur lui-même.

Pour lire en ligne le début de "Ramsès de Paris", c'est ici.
 
Pratique
Où? Maison poème (Rue d'Écosse 30, 1060 Bruxelles)
Quand? Le mardi 16 septembre
A quelle heure? 12h40
Combien? Tarir normal 15 euros (réduction possible, article 27 accepté)
Réservation? Ici ou sur le site

mercredi 3 septembre 2025

Une Belge sélectionnée pour le Goncourt 2025


Divine surprise!
Une Belge, Caroline Lamarche, apparaît dans la première liste des titres sélectionnés pour le prix Goncourt 2025, le 123e, qui sera décerné le 4 novembre. Bien sûr, cette liste de quinze livres sera réduite à huit et puis quatre avant le choix final. Mais c'est aussi elle qui, amputée de David Diop, lauréat 2018, servira au choix du Goncourt des lycéens. Quinze livres dans cette première sélection, écrits par six femmes et neuf hommes, publiés dans treize maisons d'édition. Quinze livres, dont deux premiers romans et les deux poids lourds de la rentrée, Carrère et Mauvignier.
 
La première sélection (par ordre alphabétique)
 
Nathacha Appanah, "La nuit au cœur" (Gallimard)
Emmanuel Carrère, "Kolkhoze" (P.O.L)
David Deneufgermain, "L'adieu au visage" (Marchialy, premier roman)
David Diop, "Où s'adosse le ciel" (Julliard)
Ghislaine Dunant, "Un amour infini" (Albin Michel)
Paul Gasnier, "La collision" (Gallimard, premier roman)
Yanick Lahens, "Passagères de nuit" (Sabine Wespieser)
Caroline Lamarche, "Le bel obscur" (Seuil)
Hélène Laurain, "Tambora" (Verdier)
Charif Majdalani, "Le nom des rois" (Stock)
Laurent Mauvignier, "La maison vide" (Minuit)
Alfred de Montesquiou, "Le crépuscule des hommes" (Robert Laffont)
Guillaume Poix, "Perpétuité" (Verticales)
Maria Pourchet, "Tressaillir" (Stock)
David Thomas, "Un frère" (L'Olivier) 
 
Les académiciens Goncourt 2025
 

Didier Decoin, Françoise Chandernagor, Tahar Ben Jelloun, Paule Constant, Philippe Claudel,
Pierre Assouline, Eric-Emmanuel Schmidt, Camille Laurens, Pascal Bruckner, Christine Angot.
 






 
 
 


mardi 24 décembre 2024

Sous le sapin, un trio féminin


Trois romans de femmes, trois récits romancés, trois bonheurs de lecture.


Amélie Nothomb. (c) Charlotte Abramow.
Évoquer Amélie Nothomb, c'est illico penser champagne. Ou Japon, pays qui pulse dans les veines de la romancière belge qui y a passé sa petite enfance, dans le sillage de son père diplomate, et s'est longtemps considérée comme Japonaise. En raison de ses premiers succès littéraires sans doute et de son attrait pour Paris, elle y est finalement peu retournée. Une fois en 1987, jeune adulte de 21 ans, pour y travailler. Une expérience qui donnera deux romans, "Stupeur et Tremblements" (1999) et "Ni d'Ève ni d'Adam" (2007). Elle s'y rendra encore en 2012 pour un tournage avec une équipe de télévision, évoquée dans "La nostalgie heureuse" (2013,  lire ici). Elle reviendra sur son enfance en Asie dans "Psychopompe" (2023).
 
Le grand saut, elle le fait cette année avec "L'impossible retour" (Albin Michel, 162 pages), le récit romancé d'un voyage au Japon qu'elle a effectué du 20 au 31 mai 2023 avec son amie photographe Peb Beni, à la demande de celle-ci. Il s'agit de son trente-troisième livre publié (bibliographie en fin de note) même si elle a terminé d'écrire le cent-dixième - on sait qu'elle écrit trois romans par an mais n'en propose qu'un à son éditeur, Francis Esménard, celui qui a fait d'elle en 1992 une primo-romancière.
 
"L'impossible retour", dont la quatrième de couverture annonce crânement "Tout retour est impossible, l'amour le plus absolu n'en donne pas la clef". Alors? Alors, on fait un magnifique voyage-découverte du Japon en compagnie des deux amies dont les dialogues s'avèrent extrêmement savoureux. Qu'elles discutent, se disputent, se promènent, boivent, mangent, sortent. Surtout, on plonge dans le cerveau et le cœur de la narratrice dans ce texte touchant écrit à la première personne. Ce retour au pays, non pas natal, elle est née à Bruxelles, mais presque, et bien sûr idéalisé, vibre de toutes les émotions qu'il déclenche, ravive tant de souvenirs. La langue japonaise, les endroits visités en compagnie de son père, les usages des lieux... Il est aussi la source de mille questions auxquelles il est répondu. Il y a de la nostalgie bien entendu mais aussi une folle énergie dans ce prenant roman au ton enlevé et au vocabulaire choisi, comme toujours chez Amélie Nothomb.

Pour lire en ligne le début de "L'impossible retour", c'est ici. 


Le selfie de la cinquantaine.
Dès le titre, "Mes enfants sont partis" (Grasset, 162 pages), Julie Bonnie annonce la couleur. Son récit romancé débute toutefois quelques mois plus tôt, le soir de la fête de ses cinquante ans qui a réuni famille et amis. "Je me suis couchée soûle et heureuse, contre Nicolas, prête à en découdre avec la cinquantaine. (...) Puis je me suis réveillée." 
 
Et puis, celle qui a mené de front, et tambour battant, sa carrière de rockeuse et de jeune maman, de travailleuse en maternité et de chanteuse, plus récemment, de romancière - elle en est à son septième livre en littérature générale (lire ici), toujours épaulée par son amoureux Nicolas, doit affronter l'inimaginable pour elle, le départ du nid pour leurs études de ses deux enfants. Très vite l'un après l'autre. La même semaine. Emile en grande banlieue, Rose, 28 ans, à Bruxelles. "Depuis que je sais qu'ils doivent partir, je suis affolée. Je ne me reconnais plus. Les nuits sont blanches, emplies de cauchemars [ménagers]. Je n'ai pas eu le temps de me préparer à ce moment, je ne l'ai pas vu venir. Ou plutôt, je n'en avais pas du tout mesuré l'importance."

Avec une sincérité totale, l'auteure rapporte cette nouvelle situation, comment les détails pratiques, dont ce fameux paillasson, menacent de l'égarer, elle que sa gynécologue a déjà ébranlée par ses propos sur sa prochaine ménopause. C'est à la fois déchirant et drôle, dramatiquement drôle. Jamais pleurnichard ou mièvre. Au contraire, à l'occasion de cet événement majeur de la vie des femmes, des "vieilles", Julie Bonnie parcourt son chemin de vie personnel, entre la musique, le couple et la maternité. Elle détaille minutieusement ces premiers mois sans enfants à la maison. D'une écriture variée. Avec leurs hauts et leurs bas, mais toujours avec Nicolas. On s'y reconnaît bien entendu. Quel miroir empathique. Mais la romancière enlève le jeu et fait œuvre littéraire en parsemant son récit d'inattendus portraits de femmes du même âge.

Pour lire en ligne le début de "Mes enfants sont partis", c'est ici. 


Julia Deck. (c) Hélène Bamberger.
Avec son sixième roman,  le très prenant "Ann d'Angleterre" (Seuil, 252 pages), Julia Deck ose se lancer dans le roman autobiographique. A la première personne mais à sa manière. Percutante. Après s'être sûrement interrogée mille fois. En réussissant à faire une histoire universelle de la vie peu commune de sa mère. Une jeune Anglaise qui a bourlingué et s'est installée en France. Qui élèvera sa fille dans les deux langues. Qui n'en fera jamais qu'à sa tête, avec une incroyable exigence pour elle et pour les autres. Une force de la nature.

C'est cette femme forte que la narratrice retrouvera à terre dans son appartement parisien en avril 2022, victime d'un accident cérébral. Premiers remords: pourquoi l'a-t-elle quittée si vite la veille? Le premier miracle est qu'Ann, 85 ans, soit toujours vivante, le deuxième qu'elle survive dans les conditions qui lui sont imposées par la médecine d'urgence française. Par la médecine d'urgence pour les personnes âgées, devrait-on dire. Le troisième que la patiente déjoue petit à petit tous les diagnostics. Non, elle ne mourra pas là. Même si elle l'exige, elle ne pourra toutefois plus vivre seule. Et sa fille unique d'entamer un long slalom entre divers établissements de soins. Avec la lumière en bout de piste.

Ce pourrait être un récit glauque, ce ne l'est pas du tout même si on est ébranlé par ce qu'on lit. Mais Julia Deck manie habilement l'humour british à propos de ses inquiétudes, de ses questionnements et de ses colères légitimes. Elle fait le choix de la vérité, de la sincérité. Elle ne cache rien de ses regrets ou de ses interrogations. Elle se montre à nu, ennuyée parfois, fort dévouée et très lucide. L'air de rien, elle témoigne de l'état inquiétant de la santé publique hexagonale. En filigrane constant se glisse son amour pour sa mère, son admiration pour celle qui lui a donné la vie. 
 
Les étapes du parcours médical d'Ann sont ponctuées d'éléments de son histoire, petite fille née dans une famille ouvrière anglaise. Jeune femme passionnée de littérature qui s'est élevée socialement, à la joie de sa propre mère, et est venue habiter en France. Une femme volontaire qui n'a peut-être jamais tout dit d'elle-même. Quand Julia décèle une étrangeté dans les rapports qu'Ann entretient avec sa famille d'Angleterre, elle comprend qu'elle a toujours vécu à côté d'un secret. Un énorme secret peut-être, au sujet duquel sa mère grandement atteinte par son AVC lui glisse cependant certains indices. Quel destin et quelle force dans cette "Ann d'Angleterre" que Julia Deck nous présente dans un texte splendidement construit qui suscite l'admiration et ravit.

Pour lire en ligne un extrait de "Ann d'Angleterre", c'est ici.




La bibliographie d'Amélie Nothomb 

  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes" (lire ici)
  • 2019 "Soif"
  • 2020 "Les aérostats" (lire ici)
  • 2021 "Premier sang", prix Renaudot (lire ici)
  • 2022 "Le livre des sœurs" (lire ici)
  • 2023 "Psychopompe"

mercredi 6 novembre 2024

Le prix Médicis à Julia Deck

Premier prix littéraire de l'automne attribué à une femme, le prix Médicis a été remis décerné ce mercredi 6 novembre à Julia Deck, 50 ans, pour le roman autobiographique que, fille unique, elle a consacré à sa mère, "Ann d'Angleterre" (Seuil, 256 pages). Elle l'a emporté au troisième tour par cinq voix contre quatre à Thomas Clerc ("Paris, musée du XXIe siècle", Minuit).
 
Présentation de l'éditeur.
En avril 2022, la mère de Julia Deck est victime d’un accident cérébral. Selon les médecins, ses chances de survie sont infimes. Mais la patiente déjoue les diagnostics. Commence alors un long cheminement, dans l'espoir d'une convalescence, à travers le dédale des établissements de soins. En parallèle, Julia Deck raconte, sur un rythme vif et non dénué d’humour british, la vie de cette femme issue d'une famille ouvrière anglaise, passionnée de littérature, qui s'est élevée socialement, est venue habiter en France, tout en continuant d'entretenir un rapport complexe avec sa famille d'Angleterre. Car au milieu de son histoire, Julia décèle une étrangeté, peut-être un secret – un point aveugle dans le récit de sa filiation. Mais à cette interrogation, seule sa mère, précisément, pourrait répondre. Ce texte splendide, qui questionne les liens entre l’écriture et la vie, est aussi un geste d’amour bouleversant d'une fille envers sa mère.
 
 Pour lire en ligne le début d'"Ann d'Angleterre", c'est ici.
 
 
Le prix Médicis du roman étranger est allé au Guatémaltèque Eduardo Halfon, pour "Tarentule" (traduit de l'espagnol (Guatemala) par David Fauquemberg, Quai Voltaire, 208 pages), au huitième tour par quatre voix contre deux à l'Autrichien Josef Winkler ("Le champ", traduit de l'allemand (Autriche) par Bernard Banoun, Verdier).
 
Présentation de l'éditeur.
 En 1984, deux jeunes frères exilés aux États-Unis retournent au Guatemala, au cœur de la forêt de l'Altiplano, participer à un camp de survie pour enfants juifs où les envoient leurs parents afin qu'ils n’oublient pas leurs racines. Mais un matin, les enfants, réveillés par des cris, découvrent que le camp s'est transformé en une chose bien plus sombre.
Les raisons et les ramifications de cet épisode de l'enfance du narrateur ne commenceront à s'éclaircir que des années plus tard au fil de rencontres fortuites – à Paris avec une lectrice de Salinger devenue avocate, ou à Berlin avec un ancien instructeur en chef du camp, aux yeux d'un bleu changeant, qui se promenait avec un serpent dans la poche et une énorme tarentule sur le bras.
Entrelaçant passé et présent, réalité et fiction, Eduardo Halfon tisse un récit foisonnant de symboles pour toucher du doigt les fondements de son identité: le cadre strict et rigoureux de la religion juive et le giron enveloppant et maternel du Guatemala.


Le prix Médicis de l'essai a été attribué au premier tour par six voix à l'Allemand Reiner Stach pour le troisième tome de sa biographie de Franz Kafka, "Les années de jeunesse" (traduit de l'allemand par Régis Quatresous, Editions du Cherche Midi, 800 pages).
 
Présentation de l'éditeur.
Le dernier tome de la monumentale biographie de Reiner Stach: les années de jeunesse et de formation, ou comment Franz devient Kafka.
Conclusion de la vaste enquête biographique de Reiner Stach, ce troisième tome est consacré aux années 1883 à 1911, de la naissance de Kafka à la veille de sa grande percée créatrice. Années d'enfance et de silence, années de balbutiements, de premières tentatives littéraires et de lente maturation.
 
Autant qu'un récit de formation, ce volume est le portrait d'une ville et d'une époque. La ville: Prague, avec son conflit historique de plus en plus brûlant entre Allemands et Tchèques, qui place les Juifs entre le marteau et l’enclume. L'époque: le tournant du XXe siècle, où la montée des conflits sociaux, des idéologies et de l'antisémitisme, les bouleversements intellectuels, scientifiques et technologiques font peu à peu tomber les structures sociales anciennes.
 
C'est au milieu de ces ruptures que naît et grandit Franz Kafka, enfant isolé pris entre le conflit avec son père et la pression de l'autorité scolaire. Il trouve bientôt dans l'écriture une échappatoire qui, à terme, le ramènera au monde et lui permettra de dénuder la vérité de son époque et de la nôtre. De son premier projet de roman à l'ouverture décisive de son journal, on voit ici, au fil d'une narration virtuose, Franz devenir Kafka.
 
 
Jury:  Anne F. Garréta (présidente), Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieussecq, Patrick Grainville, Dominique Fernandez, Andreï Makine, Pascale Roze et Alain Veinstein.

mardi 2 avril 2024

2 avril, journée mondiale du livre pour enfants

Les quatre albums 2023 primés.


En ce jour de naissance du conteur Hans Christian Andersen, à Odense (Danemark), le 2 avril 1805, retour sur les prix IBBY Belgique francophone 2023: prix de l'album, prix de l'album traduit, prix de l'album belge et prix de l'album drôle. Ils ont été remis le 12 février au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles et sont soutenus par la Fondation Monique Martin - Gabrielle Vincent.

REMBOBINAGE

- Zut, je suis calée au lit avec un lumbago.
- Désolé, je suis malade, mais je regarderai en ligne.
- Raaaah, je suis coincée dans les embouteillages.
- J'ai raté mon train à cause d'un problème de RER.
- Je vais être un peu en retard...
Ah, elle commençait bien, cette remise des prix IBBY Belgique francophone 2023. Et puis, les planètes se sont alignées. Les invité.e.s sont arrivé.e.s. La technique a super bien fonctionné. Le palmarès a été apprécié, tout comme les échanges de bonne tenue, en direct ou en vidéo.

Ainsi qu'annoncé en bref ici, les quatre prix IBBY Belgique francophone 2023 ont été remis en public et en ligne le lundi 12 février 2024 dans les locaux du Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles (CLJBxl). Au total, un lauréat et cinq lauréates, ainsi qu'une traductrice, deux des quatre prix ayant été attribués à des duos. Les Françaises Elis Wilk, Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray remportent le prix de l'album et le prix de l'album drôle pour, respectivement, "Au loin, les lumières" (Versant Sud) et "Le vilain petit machin" (Seuil Jeunesse). La Française assimilée belge Sarah Cheveau reçoit le prix de l'album belge pour "Nuit de chance" (La Partie). Les Espagnols Fran Pintadera et Raquel Catalina décrochent le prix de l'album traduit pour "Le plus beau match de Madani" (traduction de Chloé Marquaire, Les Éditions des Éléphants).

Célestine.
(c) Fondation Monique Martin.
Les lauréat.e.s ont eu la surprise d'être drôlement gâté.e.s par la Fondation Monique Martin - Gabrielle Vincent (sa sublime série "Ernest et Célestine" fut publiée entre 1981 et 2001 chez Duculot d'abord, chez Casterman ensuite). En son nom, Emeline Attout leur a offert un tirage certifié numéroté d'un dessin de l'artiste décédée en 2000 et une belle série d'albums signés Monique Martin ou Gabrielle Vincent.



Le palmarès en détail

Prix de l'album



Le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album (finalistes ici) est attribué à Elis Wilk pour "Au loin, les lumières", publié chez Versant Sud, maison d'édition belge.

L'auteure-illustratrice s'’est inspirée de sa propre vie, le déménagement à la campagne de sa famille quand elle avait 8 ans. Un grand chamboulement porté par un excellent rapport texte-images, et ce, dès les pages de garde. Les illustrations sont des photographies extraites de l'album familial qui ont été retravaillées à l'ordinateur. Quant au texte, il aborde en courtes séquences introduites chaque fois par un haïku, différents aspects de ce changement de vie. Un autre monde à apprivoiser, la nature omniprésente, découverte magnifique mais qui peut se montrer sauvage au point de permettre de nouvelles expériences dont celle d'aller à l'école en tracteur un jour de crue. Les souvenirs de la ville, les aventures à la campagne, la gémellité et la petite sœur… Des propos personnels dans ce travail tout en nuances, portés par un très bel imaginaire dans lesquels chacun peut se glisser.

"Au loin, les lumières". (c) Versant Sud.

Elis Wilk nous a fait parvenir une superbe vidéo où elle explique sa démarche. Comment plein de thèmes se sont ajoutés à son idée initiale, donnant lieu à autant de brefs chapitres. Comment elle a retravaillé les photos de l'album familial.
 
 

 

Fanny Deschamps, son éditrice, l'avait déjà publiée : "Au départ, Elis voulait travailler sur la gémellité. Et puis, en tirant le fil de cette histoire très liée à son enfance, plein d'autres éléments sont venus. Le projet est devenu plus ample, plus littéraire. C'est super de voir le livre se construire. Ce n'est certainement pas le projet le plus simple à placer en librairie, mais on avait envie de se lancer."

 

 

Prix de l'album traduit


Le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album traduit (finalistes ici) va à un livre qui nous vient d'Espagne, "Le plus beau match de Madani", de Fran Pintadera et Raquel Catalina (traduit de l'espagnol par Chloé Marquaire, Les Éditions des Éléphants).

On y découvre un gamin qui joue au foot de manière exceptionnelle même s'il est pieds nus. Et quand il marque un but, c'est tout le quartier qui s'enflamme de joie. Un bruit tel qu'il atteint la maman de Madani, occupée à travailler chez elle, obligée de travailler. L'air de rien, ménageant tout un suspense auprès de ses copains, le jeune footballeur va trouver une solution pour que sa maman puisse venir le voir jouer et marquer. Un album sur un sport populaire qui évoque avec sensibilité les inégalités sociales et l'amour filial.
 

Madani le champion. (c) Éditions des Éléphants.


L'auteur et l'illustratrice étant Espagnols, ils n'ont pas pu venir recevoir leur prix à Bruxelles. Mais Fran Pintadera nous a fait parvenir une très touchante vidéo où il explique pourquoi et comment il a écrit cet album qui a figuré dans l'estimée sélection de la bibliothèque de New York 2021. Les sous-titres en français sont générés automatiquement et ne donnent pas une traduction parfaite mais on comprend parfaitement ses lumineux propos.


Madani.
c) Editions des Eléphants.
Restées à Paris où elles accueillaient des invités chinois, Caroline Drouault et Ilona Meyer, les éditrices des éditions des Eléphants ont répondu en zoom à quelques questions. Elles ont expliqué comment elles avaient déniché cette pépite d'album à la Foire du livre pour enfants de Bologne 2021 entre les milliers de parutions annuelles et comment "Madani" est devenu leur coup de cœur. Parce que l'album est une célébration du football, sport pour tous, "et aussi une magnifique histoire d’amour entre un gamin et sa maman. Une émotion qui est celle qu’on retrouve dans la plupart de nos albums".
 
 
La maman de Madani. (c) Éditions des Éléphants.
 

Prix de l'album belge



Les dix albums finalistes étaient de genres très différents (lire ici). Le choix du jury s'est finalement porté pour le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album belge sur "Nuit de chance" de l'auteure-illustratrice Sarah Cheveau (La Partie).
 
Un livre tout en hauteur dans des tons fumés, brûlés car entièrement réalisé aux fusains et autres bois brûlés "maison". "Un livre très coloré", selon son éditrice, Béatrice Vincent. Un album quasi sans texte, un album plein de mystère, s'assombrissant de page en page au fur et à mesure que la petite héroïne s'avance dans la forêt. On partage ses découvertes, les arbres, leurs branches, les feuilles, divers animaux qui filent devant elle, et aussi ses peurs dans l'obscurité, jusqu'à la merveilleuse finale où un de ses rêves est exaucé: elle chevauche un sanglier. Un graphisme sobre, exigeant et accessible au service d'une histoire qui laisse rêveur. En finale, quelques pages invitent les enfants à réaliser leurs propres fusains.
 
 
 
"Nuit de chance". (c) La Partie.

 
Sarah Cheveau lit son album au public du CLJBxl.
Présente au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles, Sarah Cheveau a souhaité faire une lecture complète de son album qui a enchanté le public sur place et en ligne.

 

 

 

 

La lauréate a ensuite répondu à quelques questions. "Ce livre est né de ma découverte du fusain, qui est une essence de bois, ce que peu de gens savent, même dans le monde de l'art. J'ai eu envie d'en fabriquer moi-même et de partager cette connaissance avec des enfants. Je voulais raconter mon histoire dans la forêt avec cet outil qui en provenait." La forêt, tellement liée à la littérature de jeunesse. Une résidence lui a permis des recherches: "Elles ont donné plein de découvertes, connaissance de l'outil, dessin au fusain, partage de ce graphisme avec des enfants." Si Sarah Cheveau est partie de son envie de base pour l'histoire, la forêt, la narration s'est étoffée grâce à l'outil. Le choix de la nuit par exemple, la course aussi. Volonté depuis le début de mettre la recette de manière poétique. "Le nuancier est apparu au tout début" - une partie en avait été vue au Picture Festival 2022.

Le nuancier. (c) La partie.
 

Prix de l'album drôle



Le prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album drôle (finalistes ici) consacre le duo complice composé de Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray pour "Le vilain petit machin" (Seuil Jeunesse), une adaptation en texte et en images du célébrissime "Vilain petit canard" d'Andersen. Les deux auteures ont transposé le conte à notre époque dont sont pointés divers travers. Merveille que ce texte plein d'imagination, scandé en alexandrins, très travaillé, parfois même rimé, à lire à voix haute pour en savourer tout le sel. Quant aux illustrations, difficile de ne pas rire tant elles sont expressives dans une nervosité en traits de crayon noir, la marque de l'illustratrice, rehaussés de quelques points de rouge et de jaune.
 
Le dessin de Marjolaine Leray pour l'IBBY.

Marie-Sabine Roger et Marjolaine Leray, les deux lauréates habitant loin, elles avaient délégué à Bruxelles leur éditrice, Angèle Cambournac. Cette dernière a lu une lettre de remerciements de Marie-Sabine Roger, en alexandrins s'il vous plaît bien, tandis qu'était projeté un dessin de circonstance dû à Marjolaine Leray.




Angèle Cambournac : "C'est la deuxième expérience de ce genre après une chèvre de M. Seguin que Marie-Sabine avait réécrite à son goût sur le même principe. Très écrit, très oral, un texte assez long. On a adoré cette expérience et on l'a réitérée avec le Vilain petit machin. C'est le Vilain petit canard au goût d'aujourd'hui. Assez casse-gueule, mais elle fait de manière admirable avec énormément d'intelligence, il y a un respect du conte, ce bonheur de l'oralité propre au conte et, en même temps, elle égratigne notre société entre les lignes, sans être moralisatrice ou didactique.
On sent qu'elle a pris beaucoup de plaisir à écrire son texte. Elle forme un duo merveilleux avec Marjolaine qui vient en contre-point du texte avec son dessin brouillonnant."
 

 

 
Tous les remerciements de la Section belge francophone de l'IBBY vont au Centre de littérature de jeunesse de Bruxelles, sans lequel rien ne serait possible. Il nous accueille chaleureusement, nous offre son soutien graphique et logistique et réussit à régler tous les problèmes techniques! Merci, merci.


Pour voir ou revoir la vidéo complète de la remise des prix du 12 février, agrémentée de divers suppléments graphiques par le CLJBXL, il suffit de se rendre sur la chaîne Youtube de la Section belge francophone de l'IBBY (ici).