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mardi 4 novembre 2025

Le Renaudot à Milady de Clermont-Tonnerre


La romancière Adélaïde de Clermont-Tonnerre reçoit le prix Renaudot 2025 pour "Je voulais vivre" (Grasset, 480 pages). Son roman revisite "Les trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas d'un point de vue féminin, celui de Milady. Elle l'a emporté devant Feurat Alani pour "Le ciel est immense" (JC Lattès), Anne Berest pour "Finistère" (Albin Michel), Justine Lévy pour "Une drôle de peine" (Stock) et Louis-Henri de La Rochefoucauld pour "L'amour moderne" (Robert Laffont). 
 
"Je voulais vivre"
est l'histoire de cette fillette de six ans recueillie par le père Lamandre. Pieds en sang dans ses souliers à boucles d'argent, elle refuse de répondre aux questions sauf celle de son prénom, Anne. Vingt ans plus tard, elle est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l'oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l'ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature: elle se nomme Milady. Quelle est la femme au-delà de la légende? Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Le roman rend vie à Milady et nous offre son histoire. Celle d'une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux et se battant – jusqu'à la transgression ultime – pour son pays, son idéal et sa liberté.
 
Pour lire en ligne le début de "Je voulais vivre", c'est ici
 
 
Fidèle à ses habitudes, le jury a choisi de donner le prix Renaudot essai à Alfred de Montesquiou pour "Le crépuscule des hommes" (Robert Laffont), un livre qui ne figurait pas dans la sélection finale. Celle-ci comportait Fabrice Gaignault pour "Un livre" (Arléa), Agnès Michaux pour "Huysmans vivant" (Le Cherche Midi), Jean-Claude Perrier pour "La mystification indienne" (Cerf) et Marc Weitzmann pour "La Part sauvage" (Grasset) qui a reçu le prix Femina essai (lire ici). 

Avec précision historique et tension romanesque, l'auteur ressuscite des hommes et des femmes de l'ombre, qui ont été les témoins du procès le plus retentissant du XXe siècle, celui de Nuremberg. Göring et vingt autres nazis y sont jugés à partir de novembre 1945. Hors de la salle d'audience, Joseph Kessel, Elsa Triolet, Martha Gellhorn, John Dos Passos, sont là. Ils sont venus assister à ces dix mois où doit œuvrer la justice. Alfred de Montesquiou les a retrouvés. 


Enfin, le jury a attribué le prix Renaudot Poche à Boualem Sansal pour son dernier roman, "Vivre, Le compte à rebours" (Gallimard, Folio). Rappelons que l'écrivain, âgé aujourd'hui de 80 ans, a été élu en octobre dernier à l'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB)
 
Présentation de l'éditeur: Paolo fait partie des rares "Appelés". Il a été choisi par une puissance mystérieuse pour diffuser un message terrible: dans 780 jours, la Terre disparaîtra. Seule une minorité d'habitants sera sauvée et conduite en lieu sûr, sur une autre planète. Les Appelés ont peu de temps pour recruter ces êtres dignes de confiance, qui participeront à la fondation d'une humanité nouvelle. Mais comment faire pour écarter de la sélection ceux qui ont manifesté leur nocivité: les puissants, les politiciens, les mafieux, les religieux de toutes obédiences? Paolo et les Appelés parviendront-ils, le jour venu, à les empêcher d'embarquer à bord de l'immense vaisseau spatial venu sauver les Élus ? 
 
Communiqué des Editions Gallimard: 
"Nous sommes très heureux d'annoncer que les jurés du Prix Renaudot ont choisi de décerner le Prix Renaudot poche à Boualem Sansal pour son roman "Vivre" en Folio. L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrêté à Alger le 16 novembre 2024 par les autorités algériennes, est hélas toujours incarcéré. Ce qu'on lui reproche? Sa liberté d'expression, ses prises de position, ses écrits. La place d'un écrivain n’est pas en prison. 
Puisse l'annonce de ce Prix lui parvenir là où il est retenu.
Tous les bénéfices liés à la vente du livre sont reversés à la Société de soutien international 
 
Jury: Jean-Marie Gustave Le Clézio, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Noël Pancrazi, Franz-Olivier Giesbert, Dominique Bona, Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Cécile Guilbert, Stéphanie Janicot et Mohammed Aissaoui.
 
 

lundi 3 novembre 2025

Superbe tiercé du prix Femina


La romancière mauricienne Nathacha Appanah
a remporté ce lundi 3 novembre le prix Femina 2025 pour "La nuit au cœur" (Gallimard, 288 pages). Comme je l'avais parié. Rappelons que ce prix plus que centenaire est porté par un jury exclusivement féminin. Il a été créé en 1904 en réaction à la perception de misogynie entourant le jury du Goncourt.
 
Son treizième roman tresse trois histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon, dont la sienne, la seule survivante. Trois fois, Nathacha Appanah scrute le féminicide conjugal, quand la nuit noire prend la place de l'amour. Trois femmes, jeunes, entre vingt-cinq et trente-cinq ans, courent pour tenter de survivre, pour échapper à leur compagnon. Elle-même, en 1998, qui vivait sous l'emprise d'un homme de trente ans son aîné, celle de sa cousine, Emma, tuée par son époux à l'île Maurice en 2000, celle de Chahinez Daoud, assassinée en 2021 par son mari à Mérignac. Trois hommes, un ouvrier, un employé et un poète apparaissent sous leurs seules initiales. La romancière les réunit dans une pièce avant de raconter leurs histoires. Elle ne leur laissera pas la parole.
"De ces nuits et de ces vies, de ces femmes qui courent, de ces cœurs qui luttent, de ces instants qui sont si accablants qu'ils ne rentrent pas dans la mesure du temps, il a fallu faire quelque chose. Il y a l'impossibilité de la vérité entière à chaque page mais la quête désespérée d'une justesse au plus près de la vie, de la nuit, du cœur, du corps, de l'esprit.
De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d'avoir vingt-cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd'hui.
Cette femme, c'est moi."
Pour lire en ligne le début de "La nuit au cœur", c'est ici.
 
"La nuit au cœur" de Nathacha Appanah a été préféré à "Au grand jamais" de Jakuta Alikavazovic (Gallimard), "Un mal irréparable" de Lionel Duroy (Mialet-Barrault), "Le monde est fatigué" de Joseph Incardona (Finitude) et "La Maison vide" de Laurent Mauvignier (Minuit).

 
 
L'Irlandais John Boyne remporte quant à lui le prix Femina du roman étranger pour "Les Éléments" (traduit de l'anglais par Sophie Aslanides, 512 pages, JC Lattès), déjà lauréat du prix du roman Fnac (lire ici).
 
Pour lire en ligne le début de "Les Éléments", c'est ici.
 
 
"Les Éléments" de John Boyne a été préféré à "Les bons voisins" de Nina Allan (traduit de l'anglais par Bernard Sigaud, Tristram), "Le Fou de Dieu au bout du monde" de Javier Cercas (traduit de l'espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon, Actes Sud), "Éclaircie" de Carys Davies (traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Table Ronde), "Les vulnérables" de Sigrid Nunez (traduit de l'anglais par Mathilde Bach, Stock) et "Les fleuves du ciel" d'Elif Shafak (traduit de l'anglais par Dominique Goy-Blanquet, Flammarion).


 
L'écrivain français Marc Weitzmann
, enfin, reçoit le prix Femina de l'essai pour "La part sauvage" (384 pages, Grasset), le portrait de son ami Philip Roth.

"Philip Roth est mort le 22 mai 2018", écrit-il dans sa présentation. "J'avais fait sa connaissance presque vingt ans plus tôt, en 1999 – vingt années qui de Jérusalem à New York et Paris, avaient vu le monde global exploser, la haine et le populisme tout submerger et ma propre vie basculer, mais durant lesquelles nous étions devenus amis. Il avait tenu dans ma vie comme dans celle de ses lecteurs le rôle de refuge mental et de boussole. Et maintenant qu'il était en train de mourir, le pays qui lui avait fourni la matière première de ses livres était détricoté par Donald Trump.
Le choc intime de sa mort a alors pris un autre sens: celui de la fin d'un monde au profit de la violence, de la montée de l'antisémitisme, du retour en force des idéologies.
Depuis l'Amérique telle qu'elle aurait pu être, ce livre révèle les Etats-Unis tels qu'ils sont." 
 
Pour lire en ligne le début de "La part sauvage", c'est ici.
 
"La part sauvage" de Marc Weitzmann a été préféré à "Klaus" de Gilles Collard (Flammarion), "Un livre" de Fabrice Gaignault (Arléa), "Tocqueville" de Françoise Melonio (Gallimard), "Huysmans" d'Agnès Michaux (Cherche Midi) et "Les verbes de l'écriture" de Wajdi Mouawad (Seuil).

Jury: Isabelle Desesquelles, Oriane Jeancourt Galignani, Nathalie Azoulai, Evelyne Bloch-Dano, Brigitte Giraud, Paula Jacques, Christine Jordis, Mona Ozouf, Patricia Reznikov, Josyane Savigneau et Julie Wolkenstein.

 
 

vendredi 7 février 2025

Un alléchant Festival Passa Porta 2025

Diantre! Ce sera déjà la dixième édition du Passa Porta Festival - il est né en 2007.Tous les deux ans, il rassemble une belle brochette d'écrivain.e.s et d'artistes multilingues à Bruxelles. Cette fois, ce sera du 28 au 30 mars, et une centaine d'entre eux sont attendus. "Ghosts" est le thème retenu pour cette édition. Bigre! Une septantaine de rendez-vous, plus ou moins fantomatiques, proposeront lectures, conférences augmentées, entretiens, projections, performances poétiques en une vingtaine de lieux du centre de Bruxelles. Sont déjà annoncés, Jeanette Winterson, Erri De Luca, Eléonore de Duve, In Koli Jean Bofane, Merethe Lindstrøm, Eduardo Halfon, Bregje Hofstede, Abdellah Taïa, Jón Kalman Stefánsson et Solvej Balle (en résidence en mars à Passa porta). Du bien beau monde! La liste des autres écrivain·es et artistes du festival sera dévoilée en même temps que sa programmation complète, le 24 février.

On sait déjà que le festival s'ouvrira le vendredi soir (28 mars) avec des "Ghost Stories", soit une soirée littéraire et musicale à La Monnaie. Répondront à la question "Par qui ou par quoi vous sentez-vous hanté?" cinq écrivain·es: le Guatémaltèque Eduardo Halfon ("Tarentule", traduit par David Fauquemberg, prix Médicis étranger 2024 (lire ici), Éditions de la Table Ronde, 2024), la Néerlandaise Bregje Hofstede (non traduite en français), la Norvégienne Merethe Lindstrøm ("Quelques jours dans l'histoire du silence", traduit par Marina Heide, Cambourakis, 2023), la Belge Eléonore de Duve ("Donato", Éditions José Corti, 2023 (lire ici) et "Sophia" Éditions José Corti, 2025) et l'Islandais Jón Kalman Stefánsson ("Ton absence n'est que ténèbres", traduit par Eric Boury, Grasset, 2022, Prix Jean Monnet de Littérature Européenne). Ils liront aussi chacun un texte inédit sur scène, dans leur langue maternelle (sous-titres simultanés en français et en néerlandais).

Le samedi, la formidable Britannique Jeanette Winterson ("Pourquoi être heureux quand on peut être normal?", traduit par Céline Leroy, L'Olivier, 2012 et "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", traduit par Kim Tran et Hélène Cohen, L'Olivier, 2012) donnera une conférence sur les fantômes en littérature, le thème de son formidable dernier recueil de nouvelles, "Histoire de fantômes" (traduit par Céline Leroy, Buchet-Chastel, 2024). Inoubliable dans chacune de ses interventions, le grand écrivain italien Erri De Luca ("Montedidio" évidemment, traduit par Danièle Valin, Gallimard 2002, prix Femina étranger 2003, mais aussi "Les règles du Mikado",  traduit par Danièle Valin, Gallimard 2024) sera également présent le samedi pour un grand entretien en français.

Le dimanche, nous accueillerons entre autres le romancier congolais In Koli Jean Bofane pour "Nation Cannibale" (Denoël, 2025) ainsi qu'Abdellah Taïa ("Le bastion des larmes, Julliard, 2024, prix Décembre 2024, lire ici), écrivain et cinéaste marocain qui brise le silence de l'homosexualité au Maroc.


Infos pratiques et réservations ici.

 

 

mardi 24 décembre 2024

Sous le sapin, un trio féminin


Trois romans de femmes, trois récits romancés, trois bonheurs de lecture.


Amélie Nothomb. (c) Charlotte Abramow.
Évoquer Amélie Nothomb, c'est illico penser champagne. Ou Japon, pays qui pulse dans les veines de la romancière belge qui y a passé sa petite enfance, dans le sillage de son père diplomate, et s'est longtemps considérée comme Japonaise. En raison de ses premiers succès littéraires sans doute et de son attrait pour Paris, elle y est finalement peu retournée. Une fois en 1987, jeune adulte de 21 ans, pour y travailler. Une expérience qui donnera deux romans, "Stupeur et Tremblements" (1999) et "Ni d'Ève ni d'Adam" (2007). Elle s'y rendra encore en 2012 pour un tournage avec une équipe de télévision, évoquée dans "La nostalgie heureuse" (2013,  lire ici). Elle reviendra sur son enfance en Asie dans "Psychopompe" (2023).
 
Le grand saut, elle le fait cette année avec "L'impossible retour" (Albin Michel, 162 pages), le récit romancé d'un voyage au Japon qu'elle a effectué du 20 au 31 mai 2023 avec son amie photographe Peb Beni, à la demande de celle-ci. Il s'agit de son trente-troisième livre publié (bibliographie en fin de note) même si elle a terminé d'écrire le cent-dixième - on sait qu'elle écrit trois romans par an mais n'en propose qu'un à son éditeur, Francis Esménard, celui qui a fait d'elle en 1992 une primo-romancière.
 
"L'impossible retour", dont la quatrième de couverture annonce crânement "Tout retour est impossible, l'amour le plus absolu n'en donne pas la clef". Alors? Alors, on fait un magnifique voyage-découverte du Japon en compagnie des deux amies dont les dialogues s'avèrent extrêmement savoureux. Qu'elles discutent, se disputent, se promènent, boivent, mangent, sortent. Surtout, on plonge dans le cerveau et le cœur de la narratrice dans ce texte touchant écrit à la première personne. Ce retour au pays, non pas natal, elle est née à Bruxelles, mais presque, et bien sûr idéalisé, vibre de toutes les émotions qu'il déclenche, ravive tant de souvenirs. La langue japonaise, les endroits visités en compagnie de son père, les usages des lieux... Il est aussi la source de mille questions auxquelles il est répondu. Il y a de la nostalgie bien entendu mais aussi une folle énergie dans ce prenant roman au ton enlevé et au vocabulaire choisi, comme toujours chez Amélie Nothomb.

Pour lire en ligne le début de "L'impossible retour", c'est ici


Le selfie de la cinquantaine.
Dès le titre, "Mes enfants sont partis" (Grasset, 162 pages), Julie Bonnie annonce la couleur. Son récit romancé débute toutefois quelques mois plus tôt, le soir de la fête de ses cinquante ans qui a réuni famille et amis. "Je me suis couchée soûle et heureuse, contre Nicolas, prête à en découdre avec la cinquantaine. (...) Puis je me suis réveillée." 
 
Et puis, celle qui a mené de front, et tambour battant, sa carrière de rockeuse et de jeune maman, de travailleuse en maternité et de chanteuse, plus récemment, de romancière - elle en est à son septième livre en littérature générale (lire ici), toujours épaulée par son amoureux Nicolas, doit affronter l'inimaginable pour elle, le départ du nid pour leurs études de ses deux enfants. Très vite l'un après l'autre. La même semaine. Emile en grande banlieue, Rose, 28 ans, à Bruxelles. "Depuis que je sais qu'ils doivent partir, je suis affolée. Je ne me reconnais plus. Les nuits sont blanches, emplies de cauchemars [ménagers]. Je n'ai pas eu le temps de me préparer à ce moment, je ne l'ai pas vu venir. Ou plutôt, je n'en avais pas du tout mesuré l'importance."

Avec une sincérité totale, l'auteure rapporte cette nouvelle situation, comment les détails pratiques, dont ce fameux paillasson, menacent de l'égarer, elle que sa gynécologue a déjà ébranlée par ses propos sur sa prochaine ménopause. C'est à la fois déchirant et drôle, dramatiquement drôle. Jamais pleurnichard ou mièvre. Au contraire, à l'occasion de cet événement majeur de la vie des femmes, des "vieilles", Julie Bonnie parcourt son chemin de vie personnel, entre la musique, le couple et la maternité. Elle détaille minutieusement ces premiers mois sans enfants à la maison. D'une écriture variée. Avec leurs hauts et leurs bas, mais toujours avec Nicolas. On s'y reconnaît bien entendu. Quel miroir empathique. Mais la romancière enlève le jeu et fait œuvre littéraire en parsemant son récit d'inattendus portraits de femmes du même âge.

Pour lire en ligne le début de "Mes enfants sont partis", c'est ici. 


Julia Deck. (c) Hélène Bamberger.
Avec son sixième roman,  le très prenant "Ann d'Angleterre" (Seuil, 252 pages), Julia Deck ose se lancer dans le roman autobiographique. A la première personne mais à sa manière. Percutante. Après s'être sûrement interrogée mille fois. En réussissant à faire une histoire universelle de la vie peu commune de sa mère. Une jeune Anglaise qui a bourlingué et s'est installée en France. Qui élèvera sa fille dans les deux langues. Qui n'en fera jamais qu'à sa tête, avec une incroyable exigence pour elle et pour les autres. Une force de la nature.

C'est cette femme forte que la narratrice retrouvera à terre dans son appartement parisien en avril 2022, victime d'un accident cérébral. Premiers remords: pourquoi l'a-t-elle quittée si vite la veille? Le premier miracle est qu'Ann, 85 ans, soit toujours vivante, le deuxième qu'elle survive dans les conditions qui lui sont imposées par la médecine d'urgence française. Par la médecine d'urgence pour les personnes âgées, devrait-on dire. Le troisième que la patiente déjoue petit à petit tous les diagnostics. Non, elle ne mourra pas là. Même si elle l'exige, elle ne pourra toutefois plus vivre seule. Et sa fille unique d'entamer un long slalom entre divers établissements de soins. Avec la lumière en bout de piste.

Ce pourrait être un récit glauque, ce ne l'est pas du tout même si on est ébranlé par ce qu'on lit. Mais Julia Deck manie habilement l'humour british à propos de ses inquiétudes, de ses questionnements et de ses colères légitimes. Elle fait le choix de la vérité, de la sincérité. Elle ne cache rien de ses regrets ou de ses interrogations. Elle se montre à nu, ennuyée parfois, fort dévouée et très lucide. L'air de rien, elle témoigne de l'état inquiétant de la santé publique hexagonale. En filigrane constant se glisse son amour pour sa mère, son admiration pour celle qui lui a donné la vie. 
 
Les étapes du parcours médical d'Ann sont ponctuées d'éléments de son histoire, petite fille née dans une famille ouvrière anglaise. Jeune femme passionnée de littérature qui s'est élevée socialement, à la joie de sa propre mère, et est venue habiter en France. Une femme volontaire qui n'a peut-être jamais tout dit d'elle-même. Quand Julia décèle une étrangeté dans les rapports qu'Ann entretient avec sa famille d'Angleterre, elle comprend qu'elle a toujours vécu à côté d'un secret. Un énorme secret peut-être, au sujet duquel sa mère grandement atteinte par son AVC lui glisse cependant certains indices. Quel destin et quelle force dans cette "Ann d'Angleterre" que Julia Deck nous présente dans un texte splendidement construit qui suscite l'admiration et ravit.

Pour lire en ligne un extrait de "Ann d'Angleterre", c'est ici.




La bibliographie d'Amélie Nothomb 

  • 1992 "Hygiène de l'assassin", Prix René Fallet
  • 1993 "Le Sabotage amoureux", Prix de la Vocation / Prix Alain-Fournier / Prix Chardonne
  • 1994 "Les Combustibles"
  • 1995 "Les Catilinaires", Prix du Jury Jean Giono
  • 1996 "Péplum"
  • 1997 "Attentat"
  • 1998 "Mercure"
  • 1999 "Stupeur et tremblements", Grand Prix du roman de l'Académie française
  • 2000 "Métaphysique des tubes"
  • 2001 "Cosmétique de l'ennemi"
  • 2002 "Robert des noms propres"
  • 2003" Antéchrista"
  • 2004 "Biographie de la faim" 
  • 2005 "Acide sulfurique"
  • 2006 "Journal d'Hirondelle"
  • 2007 "Ni d'Ève ni d'Adam", Prix de Flore
  • 2008  "Le Fait du prince", Grand Prix Jean Giono pour l'ensemble de son œuvre
  • 2009 "Le Voyage d'hiver"
  • 2010 "Une forme de vie"
  • 2011 "Tuer le père"
  • 2012 "Barbe Bleue"
  • 2013 "La nostalgie heureuse" (lire ici)
  • 2014 "Pétronille" (lire ici)
  • 2015 "Le crime du Comte Neville" (lire ici)
  • 2016 "Riquet à la houppe"
  • 2017 "Frappe-toi le cœur" (lire ici)
  • 2018 "Les prénoms épicènes" (lire ici)
  • 2019 "Soif"
  • 2020 "Les aérostats" (lire ici)
  • 2021 "Premier sang", prix Renaudot (lire ici)
  • 2022 "Le livre des sœurs" (lire ici)
  • 2023 "Psychopompe"

mercredi 13 novembre 2024

Parité aux prix Rossel 2024


Léonie Bischoff, Romain Renard, Nathalie Skowronek et Velibor Čolić.
(c) Dominique Duchesnes/Le Soir.
 
Selon le journal "LE SOIR" qui l'organise, "C'est "le" moment littéraire belge de l'année: la proclamation des prix Victor Rossel." Elle s'est tenue à la rédaction du Soir, ce mercredi 13 novembre à 13 heures, en présence des lauréats. Voici le palmarès.

Prix Victor Rossel de littérature
Créé en 1938, en souvenir de Victor Rossel, le fils du fondateur du Soir en 1897, Emile Rossel. Le fils aimait la littérature et tenait salon chez lui, rue Gachard à Ixelles, chaque jeudi.

Velibor Čolić

"Guerre et Pluie"
Gallimard, 288 pages

Le dernier volet de la trilogie sur la guerre en Bosnie par le romancier installé à Bruxelles depuis plusieurs années.

Pour lire en ligne le début de "Guerre et pluie", c'est ici.




Prix Victor Rossel des lecteurs et des lectrices
Créé en 2023, à l'occasion de la 80e édition des prix Rossel.
 
Nathalie Skowronek
"La voix des saules"
Grasset, 176 pages

L'expérience de l'autrice qui a animé un atelier d'écriture en milieu psychiatrique.

Pour lire en ligne le début de "Le voix des Saules", c'est ici.




 
Prix Victor Rossel de la bande dessinée
Créé en 2021.

Romain Renard
"Revoir Comanche"
Le Lombard

Roman graphique en hommage à Comanche, série mythique du journal "Tintin" créée dans les années 1970

Pour lire en ligne le début de "Revoir Comanche", c'est ici.




Grand Prix de l'Académie Victor Rossel de bande dessinée
Créé en 2021.

Léonie Bischoff pour l'ensemble de son œuvre.
 
Magnifique pour celle qui vient de recevoir le 6 septembre dernier le Prix Atomium de la Fédération Wallonie-Bruxelles en bande dessinée/Espiègle de la Bande dessinée (lire ici) une nouvelle distinction pour l'ensemble de son œuvre.
 
Une œuvre qui est loin d'être achevée, comme elle le dit elle-même. On y pointera deux albums. "Anaïs Nin, sur la mer des mensonges" (Casterman, 2020), qui l'a révélée au monde et a été primé à Angoulême (lire ici) et, pour la jeunesse, "La longue marche des dindes" (texte de Kathleen Karr, Rue de Sèvres, 2022), également multi-récompensé (lire ici).
 
Voici quelques pages de chacun des deux.
 


"Anaïs Nin, sur la mer des mensonges". (c) Casterman.
 
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"La longue marche des dindes". (c) Rue de Sèvres.




mercredi 6 novembre 2024

Le prix Femina décerné à Miguel Bonnefoy

Miguel Bonnefoy. (c) AFP.

On aurait pu croire que les jurées du prix Femina se soient accordées sur un troisième choix, faute de départager leurs deux préférés, tant a été grande la surprise d'entendre que le prix Femina 2024 allait à Miguel Bonnefoy, 37 ans, pour "Le Rêve du jaguar" (Rivages), récompensé à juste titre il y a moins d'une semaine par le Grand prix du roman de l'Académie française (lire ici). Il semble qu'il n'en soit rien. En plusieurs tours, il l'aurait tout simplement emporté par cinq voix contre quatre à Emma Becker dont "Le mal joli" (Albin Michel) était favori. Dommage qu'un autre roman francophone n'ait pas été mis à l'honneur ce mardi 5 novembre

Les dames se sont montrées plus pertinentes et audacieuses dans l'attribution de leurs autres récompenses.
 
Le prix Femina de l'essai va à "Tenir tête", de Paul Audi (Stock, 328 pages).
Présentation de l'éditeur:  Choqués par le pogrom perpétré par le Hamas dans le sud d'Israël le 7 octobre 2023, et désemparés devant la riposte de l'armée israélienne à Gaza, deux amis français s'échangent des lettres dans lesquelles ils s'inquiètent de la recrudescence des actes et des discours antisémites partout dans le monde.
 
 
 
 
Le prix Femina du roman étranger va à "Propre" d'Alia Trabucco Zerán (traduit de l'espagnol par Anne Plantagenet, Robert Laffont, collection "Pavillons", 272 pages).
Présentation de l'éditeur: Le monologue d'une domestique qui retrace, dans un récit lucide, impitoyable et brutal, les étapes menant au drame qui fera s'effondrer le décor d'une vie "propre"
 

 
 
 
Quant à l'écrivain irlandais Colm Tóibín, il a reçu le prix spécial du jury Femina a attribué pour l'ensemble de son œuvre. Auteur de dix romans, finaliste du Booker Prize pour "Le Maître", son roman biographique consacré à Henry James, le grand public le découvre avec la publication de "Brooklyn". L'adaptation cinématographique de ce dernier livre connut un grand succès en 2015 et fut nommé aux Oscars. Il est également l'auteur de plusieurs livres d'essais, de recueils de nouvelles et du best-seller sur Thomas Mann, publié en 2022 chez Grasset, "Le Magicien".
"Long Island" (traduit de l'anglais (Irlande par Anna Gibson, Grasset, 400 pages) se situe à l'interstice entre deux mondes. Il offre des retrouvailles bouleversantes avec Eilis Lacey dont les lecteurs de "Brooklyn" se souviennent encore. Quinze après la publication de ce best-seller, Colm Tóibín fait la démonstration magistrale de ses talents de romancier avec un inoubliable portrait de femme.

 

lundi 4 novembre 2024

Les favoris primés aux prix Goncourt et Renaudot

(c) Gallimard.

Kamel Daoud. (c) Francesca Mantovani/Gallimard.
Les derniers pronostics établis en France depuis l'attribution du Grand prix du roman de l'Académie française (lire ici) et du prix Décembre (lire ici) ont eu raison. Le plus prestigieux des prix littéraires d'automne, le prix Goncourt a été attribué ce lundi 4 novembre à Kamel Daoud, 54 ans, pour son troisième roman, "Houris" (Gallimard). Un livre interdit en Algérie.
 
Le romancier franco-algérien a été choisi par le jury au premier tour de scrutin, par six voix, contre deux pour Hélène Gaudy ("Archipels", L'Olivier), une pour Gaël Faye ("Jacaranda", Grasset),  et une pour Sandrine Collette ("Madelaine avant l'aube", JC Lattès). Ce qui a dû réjouir Philippe Claudel, le président de l'Académie Goncourt, qui ne souhaitait pas devoir faire usage de sa double voix en cas d'ex-aequo. "L'Académie Goncourt couronne un livre où le lyrisme le dispute au tragique, et qui donne voix aux souffrances liées à une période noire de l'Algérie, celle des femmes en particulier. Ce roman montre combien la littérature, dans sa haute liberté d'auscultation du réel, sa densité émotionnelle, trace aux côtés du récit historique d'un peuple, un autre chemin de mémoire", a-t-il salué.
 
"Ce livre est né parce que je suis en France. C'est un pays qui me donne la liberté d'écrire. Ce n'est pas facile de parler de guerre, il faut du temps, du deuil, de la distance. C'est un livre qui va dans le sens de l'espoir", a réagi Kamel Daoud après avoir un fait un tour de table pour remercier les jurés.
 
Présentation de l'éditeur

"Je suis la véritable trace, le plus solide des indices attestant de tout ce que nous avons vécu en dix ans en Algérie. Je cache l'histoire d'une guerre entière, inscrite sur ma peau depuis que je suis enfant."


Aube est une jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d'indépendance, qu'elle n'a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu'elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps: une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette, elle rêve de retrouver sa voix.
Son histoire, elle ne peut la raconter qu'à la fille qu'elle porte dans son ventre. Mais a-t-elle le droit de garder cette enfant? Peut-on donner la vie quand on vous l'a presque arrachée? Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être
Kamel Daoud avait été révélé au public grâce à son premier roman, " Meursault, contre-enquête" (Actes Sud, 2014), qui avait figuré dans les sélections des prix Goncourt et Renaudot, figurant même dans la sélection finale du Goncourt. "Meursault, contre-enquête" a finalement reçu le Goncourt du premier roman 2015 et le prix des Cinq continents de la Francophonie 2014.
Pour lire en ligne le début de "Houris", c'est ici.
 
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Dans la pièce voisine du restaurant Drouant, le jury du prix Renaudot choisissait de récompense   Gaël Faye pour son second roman, "Jacaranda" (Grasset). Un prix annoncé par Jean-Marie Gustave Le Clézio, président du jury cette année, tout juste à la suite de l'annonce Goncourt. Pas de précision sur les votes. C'est "beaucoup de joie, une grande surprise", a réagi le lauréat.
 
Gaël Faye était également en lice pour le prix Goncourt 2024. Il l'avait été en 2016 pour son premier roman "Petit pays" (Grasset) qui obtint finalement le prix Goncourt des lycéens. 

Français par son père, Rwandais du côté de sa mère, Gaël Faye, 42 ans, a un profil atypique dans le paysage littéraire français: entre slam, musique et littérature, il multiplie les talents, dont la plume est aussi alerte que les thèmes sont graves. Actuellement résident au Rwanda, l'artiste a grandi au Burundi avant de fuir la guerre à l'âge de 13 ans et de s'installer en France.
 
Jury: Jean-Marie Gustave Le Clézio, président 2024, Georges-Olivier Châteaureynaud, secrétaire général, Jean-Noël Pancrazi, Franz-Olivier Giesbert, Dominique Bona, Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Cécile Guilbert, Stéphanie Janicot et Mohammed Aïssaoui. 

Présentation de l'éditeur
 
Quels secrets cache l'ombre du jacaranda, l'arbre fétiche de Stella? Il faudra à son ami Milan des années pour le découvrir. Des années pour percer les silences du Rwanda, dévasté après le génocide des Tutsi. En rendant leur parole aux disparus, les jeunes gens échapperont à la solitude. Et trouveront la paix près des rivages magnifiques du lac Kivu.
Sur quatre générations, avec sa douceur unique, Gaël Faye nous raconte l'histoire terrible d'un pays qui s'essaie malgré tout au dialogue et au pardon. Comme un arbre se dresse entre ténèbres et lumière, "Jacaranda" célèbre l'humanité, paradoxale, aimante, vivante.
 
Pour lire en ligne le début de "Jacaranda", c'est ici.



 
 
Prix Renaudot essai 
"Échec et mat au paradis"
Sébastien Lapaque 
Actes Sud
 
La rencontre au Brésil, début 1942, entre l'écrivain autrichien Stefan Zweig, peu avant son suicide, et le romancier français Georges Bernanos.
Pour ligne en ligne le début d'"Echec et mat au paradis", c'est ici.
 

 
Prix Renaudot du livre de poche
"Les années-lumière"
 
Serge Rezvani
Philippe Rey

Une "tentative d'autobiographie romancée" de l'artiste français d'origine iranienne, publiée initialement en 1967, au moment où il est passé de la peinture à l'écriture. L'auteur avait 39 ans, il en a 96 aujourd'hui.


jeudi 10 octobre 2024

Le Nobel de littérature 2024 à Han Kang

Han Kang. Ill. Niklas Elmehed. (c) Nobel Prize Outreach.

 
Serait-ce un galop de rattrapage? Depuis une vingtaine d'années, le prix Nobel de littérature est attribué une fois sur deux ou sur trois à une femme. C'est encore le cas en ce 10 octobre 2024 puisque, deux ans après Annie Ernaux (lire ici), le jury de l'Académie suédoise a sacré l'autrice sud-coréenne Han Kang, 53 ans, romancière, nouvelliste et poète, pour l'ensemble de son œuvre, écrite en coréen: "pour sa prose poétique intense qui confronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine." Elle est la dix-huitième femme à recevoir la récompense littéraire suprême. Sur 117 éditions. Joyce Carol Oates dans deux ans? 
 

 Han Kang. (c) Roberto Ricciuti/Getty Images/ Nobel Prize.

Han Kang, nous dit l'académie suédoise, est née en 1970 dans la ville sud-coréenne de Gwangju avant, à l'âge de neuf ans, de déménager avec sa famille à Séoul. Elle vient d'un milieu littéraire, son père étant un romancier réputé. En plus de son écriture, elle s'est également consacrée à l'art et à la musique, ce qui se reflète tout au long de sa production littéraire.

Elle a commencé sa carrière en 1993 avec la publication de poèmes dans un magazine. Ses débuts en prose, nouvelles et romans, datent de 1995. La grande percée internationale de Han Kang est venue avec son roman "La Végétarienne" publié en Corée en 2007 et à l'international en 2015. Écrit en trois parties, le livre dépeint les conséquences violentes qui en découlent lorsque son protagoniste Yeong-hye refuse de se soumettre aux normes de la consommation alimentaire. 
 
Le travail de Han Kang est caractérisé par une double exposition de douleur, une correspondance entre tourments mentaux et physiques avec des liens étroits avec la pensée orientale. Dans son œuvre, Han Kang fait face à des traumatismes historiques et à des ensembles invisibles de règles et, dans chacune de ses œuvres, expose la fragilité de la vie humaine. Elle a une conscience unique des liens entre corps et âme, vivants et morts, et dans son style poétique et expérimental est devenue une innovatrice en prose contemporaine.
 
Voilà donc une nouvelle et une sacrée récompense pour Han Kang qui en a déjà obtenu beaucoup dans son pays ainsi qu'à l'international: Man-Booker Prize 2016  pour "La Végétarienne" (traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes 2015), le livre qui la fait connaître au monde, prix Émile-Guimet 2024 de littérature asiatique pour "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023), qui avait été récompensé par le prix Médicis étranger 2023. Elle y évoque les souvenirs laissés par le soulèvement de Jeju de 1948.

Pour lire en ligne un extrait de "Impossibles adieux", c'est ici.
 
La lauréate a été traduite en français de 2015 à 2019 au Serpent à plumes, soit jusqu'à la cessation d'activités de la maison d'édition. Ce qui explique que plusieurs de ses romans ne sont plus disponibles. On en trouve toutefois certains en format de poche ou en format numérique. L'an dernier, c'est Grasset qui publiait la traduction de son nouveau titre. Le prix Nobel de littérature verra sans doute arriver quelques réédition. Pour savoir quels sont ses livres qui ont été traduits en français et en autres langues, on se référera à son site (ici), fort bien fait.
 
Bibliographie en français
  • "Les Chiens au soleil couchant", traduit par Jean-Noël Juttet, Mikyung Choi, Zulma, 2013, épuisé.
  • "La Végétarienne", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2015, Le livre de poche, 2016.
  • "Pars, le vent se lève", traduit par Lee Tae-yeon et Geneviève Roux-Faucard, Decrescenzo, 2014, épuisé.
  • "Leçons de grec", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2017, Points, 2019, épuisé.
  • "Celui qui revient, traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes (2016), Points, 2017.
  • " Les Chiens au soleil couchant", nouvelle publiée dans "Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée", éd. Zulma, traduction sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (2011)
  • "Blanc", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à plumes, 2019, épuisé.
  • "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023
 


Les femmes ayant reçu le Nobel de littérature

  1. Selma Lagerlöf (1909)
  2. Grazia Deledda (1926)
  3. Sigrid Undset (1928)
  4. Pearl Buck (1938)
  5. Gabriela Mistral (1945)
  6. Nelly Sachs (1966)
  7. Nadine Gordimer (1991)
  8. Toni Morrison (1993)
  9. Wisława Szymborska (1996)
  10. Elfriede Jelinek (2004)
  11. Doris Lessing (2007)
  12. Herta Müller (2009)
  13. Alice Munro (2013)
  14. Svetlana Alexievitch (2015)
  15. Olga Tokarczuk (2018)
  16. Louise Glück (2020)
  17. Annie Ernaux (2022)
  18. Han Kang (2024) 

Le palmarès complet du Nobel de littérature se trouve ici.

 

 

 


dimanche 26 mars 2023

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2023


C'est à 14 heures le jeudi 30 mars, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé et remis le prix Prem1ère 2023. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? Je le sais, mais je ne dirai rien. Cinq des livres datent de la rentrée littéraire d'août 2022, cinq de celle de janvier 2023. 

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF, et qu'ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires. 

Les finalistes par ordre alphabétique

Philippe Alauzet
"Dans les murmures de la forêt ravie"
Le Rouergue, 2023

(c) Laurent Parson.

Agnès n'a jamais quitté la ferme de Jean, son père. Sa mère a disparu quand elle était adolescente et elle a peu à peu pris sa place. Elle rejette les avances des hommes mais accepte les caresses de Pàl, l'ouvrier étranger qui travaille chez eux. Quand vient de la forêt une bête présumée disparue, décimant les troupeaux, Jean prend un fusil et, suivi de son chien Pentecôte, passe l'orée du bois, les limites du monde.

Un conte noir que l'histoire de la libération d'une enfant blessée, dans un monde clos sur ses silences et ses secrets, où les fantômes rendent l'amour impossible.


Isabelle Blochet
"Descendre vers la mer"
Christian Bourgois, 2023

(c) Gilles Lasselin.

A la lisière d'une forêt de l'Oise, dans les années 70, deux adolescentes et leur jeune sœur se délectent des chansons de Sheila, Claude François et Mike Brandt, le préféré de la benjamine. Le plus souvent, ce sont le "Requiem" de Mozart, "Le Vaisseau fantôme" de Wagner ou "La Tempête"  de Tchaïkovski qui résonnent dans la maison. Le père les écoute à longueur de journée, allongé sur le canapé. Il place la musique au-dessus de tout et refuse qu'une de ses filles abandonne les leçons de piano.

Ce sont les vacances. Le temps des plongeons et de la nage. Le temps du bateau offert par sa femme qui permet de retarder la défense des grands hommes, Mozart et Beethoven. Mais la mer s'agite à nouveau, le père creuse une vague qui s'abat sur sa famille, le ton monte. La plus jeune observe, et tente de cerner cet homme fantasque et colérique. D'où viennent cette tristesse et cette solitude qui l'éloignent irrémédiablement des siens?


Quentin Charrier
"La mémoire de nos rêves"
Grasset, 2023

(c) JF Paga.

Simon, la trentaine, prof en banlieue parisienne comme l'auteur, reçoit un appel de la morgue. Franck Aubert est mort, il faut identifier le corps. Vingt ans d'une amitié étrange défilent soudain: celle qui, depuis l'enfance, l'aura tenu lié à ce gamin frondeur, demi-gitan et orphelin de père devenu délinquant puis caïd. Franck, auquel tout l'opposait, lui, le fils de médecin à l'avenir serein. En même temps que remontent les souvenirs, reviennent les sentiments. Notamment ceux qu'il garde pour Clarisse, son premier amour et ultime pièce de cet impossible trio amical. Les funérailles de Franck lui permettent de la revoir. Ensemble, ils partent dans le centre de la France prévenir la fille et l'ex-compagne de leur ami. Un voyage au coeur de leur mémoire et des rêves qu'ils avaient.


Rémi David
"Mourir avant que d'apparaître"
Gallimard, 2022

(c) Francesca Mantovani.

Lorsque Jean Genet rencontre Abdallah, qui sera un jour la figure centrale de son magnifique texte "Le Funambule", le jeune homme a dix-huit ans à peine et vit à Paris. Genet, quarante-quatre ans, est déjà un écrivain consacré. Il est aussitôt ébloui par le charme de cet acrobate, qui a travaillé plusieurs années au cirque Pinder. Il entreprend le projet fou de le hisser jusqu'à la gloire: son agilité, son expérience du cirque devraient lui permettre de devenir un artiste hors pair. Mais comment, après la chute, demeurer le funambule qui danse dans la lumière, le prodige que le poète a forgé de ses mains? Une histoire d'amour et de fascination réciproques.


Anthony Passeron
"Les enfants endormis"
Globe, 2022

(c) Jessica Jager.

Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d'interroger le passé familial. Évoquant l'ascension de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé grandissant apparu entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux histoires: celle de l'apparition du sida dans une famille de l'arrière-pays niçois – la sienne – et celle de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains. En mêlant enquête sociologique et histoire intime, le primo-romancier évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et le malade considéré comme un paria.

 
Laura Poggioli
"Trois sœurs"
L'Iconoclaste, 2022

(c) Céline Nieszawer.

Les trois sœurs du titre sont assises côte à côte dans l'entrée d'un appartement moscovite. Elles ont dix-sept, dix-huit et dix-neuf ans. Elles attendent l'arrivée de la police, à quelques mètres du corps inerte de leur père, Mikhaïl Khatchatourian, qu'elles ont tué. Depuis des années, après avoir terrorisé leur mère, il s'en prenait à elles, les insultait, les frappait, nuit et jour. La presse s'empare de leur histoire.

Les visages insouciants des trois gamines, dissimulant les supplices endurés si longtemps, questionnent l'autrice. Elle se souvient de sa jeunesse moscovite où elle rencontra Marina, son amie la plus chère, et Mitia, son amour violent. Il lui donnait parfois des coups, mais elle pensait que c'était peut-être aussi de sa faute. Alors que Laura Poggioli reconstitue la vie de ces trois sœurs, son histoire personnelle ressurgit.


Polina Panassenko
"Tenir sa langue"
L'Olivier, 2022

(c) Patrice Normand.

"Ce que je veux, moi, c'est porter le prénom que j'ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur. " Elle est née Polina mais la France l'a appelée Pauline. Quelques lettres et tout change. À son arrivée enfant à Saint-Étienne, au lendemain de la chute de l'URSS, elle se dédouble: Polina à la maison, Pauline à l'école. Vingt ans plus tard, elle vit à Montreuil. Elle a rendez-vous au tribunal de Bobigny pour tenter de récupérer son prénom.

Ce premier roman est construit autour d'une vie entre deux langues et deux pays. D'un côté, la Russie de l'enfance, celle de la datcha, de l'appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de Tiotia Nina. De l'autre, la France, celle de la materneltchik, des mots qu'il faut conquérir et des Minikeums.


Neïla Romeyssa
"Brûleurs"
JC Lattès/La Grenade, 2023

(c) Patrice Normand.

De sa fenêtre, Salim regarde la mer, le mouvement des vagues et, enfin, il se sent vivre. Ici, à Alger, le soleil brille mais le quotidien est gris. Pas de boulot. Pas de perspective ni d'espoir. Il n'y a que de mauvaises cigarettes, de mauvaises bières et de mauvaises nuits. C'est la désillusion, et Salim ne veut pas être un désillusionnaire de plus. Il va partir, prendre la mer et rejoindre l'Europe, pour y libérer son énergie et réaliser son envie d'avenir. Mais comment faire? 


Alexandre Valassidis
"Au moins nous aurons vu la nuit"
Gallimard/Scribes, 2022

(c) Francesca Mantovani.

"Toute cette époque, c'était des jours comme aujourd'hui. Des jours du ventre mou de l'été. Où le ciel s'affaisse. En se couvrant de longues traînées mauve et noir. De grandes fleurs tristes." Dans une ville où règnent la langueur et l'ennui, où des immeubles sombres barrent l'horizon, un jeune homme, Dylan, disparaît dans des circonstances propres à susciter toutes les interrogations. Fuite, fugue, meurtre? Pour combler cette absence, le narrateur retrace ce qu'il sait de Dylan, approfondit son mystère, raconte les heures passées à errer tous les deux au cœur de la nuit et qui ont scellé leur amitié. Ces nuits à ne rien se dire, à observer. Jusqu'au jour où les deux jeunes hommes se surprennent à faire un détour dans leur itinéraire…


Daphné Vanel
"Jusqu'à la mer"
Mialet-Barrault, 2023

(c) Maxime Reychman.

Un jeune homme déambule dans un monde semblable au nôtre et pourtant subtilement différent. D'où lui vient cet étrange détachement qui le fait affronter sans broncher les situations les plus imprévues et les personnages les plus inattendus? Chaque chapitre est une surprise, chaque rencontre un étonnement. Avec sa phrase toujours juste et terriblement efficace, Daphné Vanel nous offre un texte remarquable où chaque trouvaille est un enchantement.