Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Bernadette Gervais. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Bernadette Gervais. Afficher tous les articles

mardi 26 novembre 2024

Un palmarès très très féminin aux Espiègles 2024

"1, 2, 3... sommeil!" de Bernadette Gervais. (c) Les Grandes Personnes.
 
Ne dites plus Grand prix triennal de littérature de jeunesse, appellation datant de 2006, dites Espiègle du couronnement de carrière en littérature de jeunesse.
 
Depuis l'an dernier, les prix littéraires en Belgique francophone ont changé d'identité et ont été renommés les Espiègles. En référence à "La légende d'Ulenspiegel", le roman de Charles De Coster paru en 1867, considéré comme l'acte fondateur de la littérature belge francophone. Sait-on que certains de ces prix ont été créés il y a 100 ans, en 1924, récompensant des auteurs en catégories roman, poésie, théâtre et essai. On a parlé ensuite des prix littéraires de la Communauté française, puis de la Fédération Wallonie-Bruxelles. D'autres catégories se sont ajoutées, la littérature de jeunesse en 2006, la bande dessinée en 2017. En 2023, ils ont été renommés Les Espiègles.

La sérigraphie de Laura Simonati.
L'édition 2024 voit la proclamation de dix noms pour neuf prix, tous n'étant pas annuels. Nouveauté, un trophée est offert aux lauréat·e·s. Pour l'édition 2024, c'est l'autrice Laura Simonati, lauréate de l'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse en 2023, qui a été choisie  afin de réaliser une image imprimée inédite autour du mot "Espiègles".

Un palmarès quasiment entièrement féminin, huit lauréates et une association française très féminine, pour un lauréat!


L'Espiègle du couronnement de carrière en littérature de jeunesse (15.000 euros) donc est attribué cette année à l'excellente Bernadette Gervais. Joie immense de voir récompensé un si grand talent qui a mûri tout en restant accessible aux enfants. Créer des livres pour les enfants a toujours été son ambition. Elle en rêvait déjà à quinze ans comme elle nous le confiait dans une interview pour la revue 64_page (lire ici).
 
Depuis une dizaine d'années, la Bruxelloise publie en solo, une petite vingtaine de titres de tous les formats et pour tous les âges. Précédemment, durant un quart de siècle, elle avait imaginé et illustré une centaine d'albums en duo avec Francesco Pittau. Un solo où elle fait des flammes et remporte prix sur prix, à Paris, à Bologne, en Belgique. Pépite d'or 2020 du Salon de Montreuil pour "ABC de la nature" (Les Grandes Personnes, lire ici), mention spéciale Non-fiction 2022 de la Foire du livre jeunesse de Bologne pour son imagier très personnel "Des trucs comme-ci, des trucs comme ça" (Les Grandes Personnes, lire ici), prix IBBY Belgique francophone 2022 de l'album belge pour le magnifique "Petite et Grande Ourses" incitant à ne pas se résigner quand on est maltraité (La Partie, lire ici). Mais Bernadette Gervais peut aussi célébrer le quotidien, ouvrir à la beauté, faire rêver ou découvrir. Avec la particularité que rien n'est jamais gratuit chez elle, qu'elle s'adresse aux bébés ou aux enfants de maternelle ou de début d'école primaire. Avec l'autre particularité que chacun de ses albums est une prouesse technique si ce n'est un défi. On sait que le pochoir est sa manière favorite et qu'elle la maîtrise à la perfection mais elle est aussi une très bonne photographe et a l'art de composer ses pages en jouant admirablement du rapport texte-images.
"Mon public est celui des petits, un créneau que j'apprécie. Mon dessin s'adresse plutôt aux 1 à 6 ans. J'aime les bouquins qui ont du sens mais qui restent des livres pour enfants. Aujourd'hui, on trouve beaucoup de livres graphiques où les auteurs se sont surtout fait plaisir. Moi, en créant un livre, je pense toujours à l'enfant qui va le lire. Je veux que ce que je fais soit lisible par lui, qu'il y prenne du plaisir. Mais que le livre soit très graphique."
In 64_page #14
Beaucoup d'albums de Bernadette Gervais ont déjà été évoqués ici. Pour les retrouver, il suffit de cliquer ici et de les faire défiler.

Attardons-nous sur les deux titres qui ont paru cette année.


Dans "Où est passé le vent?" (La Partie, 56 pages), Bernadette Gervais invite les enfants de classes maternelles à regarder la nature. Que se passe-t-il quand le vent disparaît? Texte ritournelle en page de gauche et image en page de droite posent les questions à propos d'éléments du quotidien: "Petit Nuage,/ Sais-tu où est passé le vent?/ "Il a disparu./ Je ne peux plus atteindre/ la montagne!"" Le jeu de question-réponse se poursuivra onze fois. Sont interrogés Petit Bateau, Petit Oiseau, Petite Carillon, Petite Eolienne, etc. Leur inertie témoigne avec force de la raison d'être du vent. La réponse viendra finalement d'un petit garçon qui va décoincer ce sacré vent... et les onze immobilisés de se mouvoir à nouveau en autant de doubles pages, "Merci le vent!", que clôture une large illustration finale les rassemblant tous en un imagier coloré et muet.
 
"Sais-tu où est passé le vent?" (c) La Partie.

"Merci le vent!" (c) La Partie.
 
 
 
Dans "1, 2, 3... sommeil!" (Les Grandes personnes, 48 pages), Bernadette Gervais aborde le rituel du coucher. A sa façon, douce, poétique et inventive. Texte en page de gauche, image en page de droite encore une fois, on entre tout de suite dans le vif du sujet . "1, 2, 3.../ le soleil/ se couche/ couche/ couche" avec la particularité que les mots pâlissent de ligne en ligne, comme s'ils sombraient dans le sommeil, en face d'un flamboyant coucher de soleil. La nature est très présente dans cet album du soir, le soleil bien entendu, dont on sait qu'il se couche, mais aussi les nuages, les oiseaux, la lune, les papillons qui se cognent à la fenêtre quand la lumière est allumée. Vient ensuite le quotidien, les jouets à ranger, le pyjama à enfiler, les dents à brosser, le doudou à attraper, l'histoire à écouter, les baisers à compter tout comme les étoiles... "1, 2, 3.../ je m'endors/ dors/ dors". Un sommeil paisible, veillé par la lune, célébré par les somptueuses gammes chromatiques des images en pochoir, posées sur des fonds unis qui jouent avec elles.


"1, 2, 3... sommeil!" (c) Les Grandes Personnes.



L'an dernier sortait "Mes saisons" (Les Grandes personnes, 56 pages), où Bernadette Gervais nous emmène en balade au fil des saisons, à la découverte d'une faune et d'une flore changeante et foisonnante. Des pages superbement composées avec de si belles illustrations au pochoir colorées et de superbes photographies en noir et blanc. Des pages dont les assemblages incitent à regarder ce qui est à côté de nous.

"Mes saisons" (c) Les Grandes Personnes.

Quelques titres.



Suite du palmarès

L'Espiègle de la première œuvre de littérature en langue française
(ex Prix de la première œuvre en langue française)
depuis 1997, 5.000 euros
Éléonore de Duve pour "Donato" (José Corti, 2023) 
 
Un premier roman qui fait le portrait d'un grand-père venu des Pouilles travailler dans les mines belges, un aïeul peu bavard qui voit ici son histoire magnifiquement portée par la littérature.
Ce texte a fait l'objet d'une très belle performance de l'autrice, accompagnée de Zen My Nguyen (Radio Hito), à la Maison Poème.

L'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse
(ex  Prix de la première œuvre en littérature de jeunesse)
depuis 2019, 5.000 euros
Charlotte Pollet pour "Tout le monde a un teckel sauf moi" (Biscoto, 2023).
 
Des images toutes en rondeur et très épurées qui font sourire et rire, incitant l'enfant lecteur à les examiner de près pour découvrir le teckel présent à chaque page. Assa, l'héroïne, les voit, ces chiens saucisses, alors lui aussi! Un album qui fut un des dix finalistes du prix IBBY Belgique francophone 2023 de l'album drôle (lire ici et ici)

 
 
 
L'Espiègle de la bande dessinée ou prix Atomium – Fédération Wallonie-Bruxelles
remis dans le cadre du BD Comic Strip Festival (anciennement Fête de la BD), 10.000 euros
Léonie Bischoff, qui, depuis, a aussi reçu le Grand Prix de l'Académie Victor Rossel de bande dessinée (lire ici et ici).
 

L'Espiègle de la première œuvre en bande dessinée
(ex  Prix de la première œuvre en bande dessinée)
depuis 2019, 5.000 euros
Adlynn Fischer pour "L'été du vertige" (La ville brûle, 2023).


L'Espiègle (triennal) de théâtre en langue française
(ex Prix triennal de théâtre)
depuis 1926, tous les trois ans, 8.000 euros
Marie Darah pour "Depuis que tu n'as pas tiré" (MaelstrÖm reEvolution)
et
Céline Delbecq pour "À cheval sur le dos des oiseaux" (Éditions Lansman) 
 

L'Espiègle du rayonnement des littératures francophones à l’étranger
(Prix Léo Beeckman)
(ex Prix du rayonnement des lettres belges à l'étranger)
depuis 1998, désormais triennal, 4.000 euros
L'asbl "Les mal coiffés", créée à l'initiative de Nicole Maymat et Dominique Beaufils, organisatrice de la Biennale des illustrateurs de Moulins (France). La septième édition de ce magnifique festival biannuel aura lieu du 13 au 23 novembre 2025 (lire ici). Des rencontres auxquelles nous avons souvent participé (lire ici).


L'Espiègle de la première œuvre de littérature en langue régionale (œuvre non publiée)
(ex Prix de la première œuvre en langue régionale endogène)
depuis 2017, 1.000 euros
Jean Colot pour "Vîve li progrès!"

L'Espiègle (triennal) de théâtre en langue régionale
(ex Prix triennal de théâtre en langue régionale) 
depuis 2000, tous les trois ans, 8.000 euros
Nicole Goffart pour "Li vwès dès sondjes" 

 
Palmarès de l'ex Grand prix triennal en littérature de jeunesse

2021 Anne Herbauts (lire ici)
2018 Thomas Lavachery (lire ici)
2015 Anne Brouillard (lire ici)
2012 Benoît Jacques (lire ici)
2009 Rascal
2006 Kitty Crowther





mercredi 18 janvier 2023

Rétro 2022 avec des albums belges

Une relation toxique clairement dite. (c) La Partie.


Bien sûr, des albums belges ont déjà été évoqués dans cette rubrique (ici). En voici d'autres. D'artistes belges ou assimilés, c'est-à-dire résidant depuis cinq ans dans notre royaume.


S'insurger, toujours


Petite et Grande Ourses
Bernadette Gervais
La Partie, 40 pages
dès 5 ans

La luxuriance des couleurs s'oppose frontalement aux propos. Petite Ourse qui a été adoptée par Pandora, une panda aussi intelligente que persécutrice, souffre d'être constamment maltraitée. Elle qui fait tout dans la maison et le fait bien est effacée par sa mère abusive qui s'attribue toutes ses réussites, qui dénigre toutes ses activités. De scène en scène, on découvre l'étendue de la malfaisance de Pandora, sa violence même, tant physique que morale, et les dégâts sur Petite Ourse. Complètement isolée, cette dernière trouvera finalement une alliée dans le ciel en la personne de la Grande Ourse. De réconfort en réconfort, cette dernière rendra identité et confiance à sa petite protégée de manière à ce qu'elle trouve la force de partir et de quitter cette mère adoptive nocive. En filigrane ce ce magnifique album rendant hommage à une petite trentaine de fleurs et de plantes, la splendide idée qu'il y a toujours quelqu'un pour nous venir en aide. Avec une infinie délicatesse, "Petite et Grande Ourses" traite des abus dont sont victimes les enfants en leur permettant de se glisser dans ses pages certes violentes mais sans mièvrerie ni pleurnichage. Totalement dans la ligne de la phrase de Gisèle Halimi, posée en exergue: "... ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations qui attentent à votre dignité, ne vous résignez jamais."


Petite Ourse atteint son point de non-retour. (c) La Partie.


Poésie en mots et en images


Pizza 4 saisons
Thomas Vinau
Anne Brouillard
Editions Thierry Magnier, 56 pages
dès 5 ans

Un petit format pour un album jeunesse à la taille d'un roman en littérature générale. Une magnifique liberté dans les mots de Thomas Vinau qui a composé quatre poèmes, un par saison. A chaque page, en écho plutôt qu'en illustration, les merveilleux dessins paysagers d'Anne Brouillard où se distinguent parfois des silhouettes d'humains ou d'animaux. Ils sont d'une extraordinaire lumière, magnifiquement rendue à l'impression, et sont comme protégés par les épaisses couvertures de carton fort. La beauté est là. La satisfaction du lecteur totale et son plaisir immense.

A chaque saison, sa couleur de titre. On découvrira successivement  "Le vilain petit bonhomme (automne)" en brun, "Le miroir cassé (hiver)" en bleu nuit, "Le camion tout pourri (printemps)" en vert, "Le berger (été)" en bleu. Quatre textes de saison qui chatouillent l'imaginaire, relient réel quotidien et élucubré, jouent avec les mots pour créer des sensations. Plusieurs dizaines de dessins plus somptueux les uns que les autres, grandes pages ou vignettes, au tour et à l'alentour d'une maison isolée, dans les bois qui l'entourent, avec ses visiteurs attendus ou pas, pour se repaître les yeux d'émotions, de sensations, d'élégance et de grâce.

Comment est né ce livre improbable? La réponse de son éditrice, Camille Gautier. 
"Il est des livres comme de la vie, ils nous amènent leur lot de surprises, de rencontres et d'instants de grâce. "Pizza 4 saisons" est de ceux-là, car tout dans son histoire relève d'un compagnonnage joyeux.
L'histoire commence en juin 2021, quand, prenant mon courage à deux mains, j'écris à Thomas Vinau pour lui dire combien j'aime son travail et son écriture. (...) Ma proposition fait son chemin chez Thomas, et quelques mois plus tard, j'ai le plaisir de recevoir un texte dans ma boîte mail, une "Pizza 4 saisons" bien étrange dont je mettrai longtemps à apprivoiser le titre alors qu'il me semble maintenant d'une telle évidence. Un mélange de lyrisme et d'espièglerie, de banal et de poésie. Là aussi, comme dans la vie.
Toute la difficulté réside maintenant dans le choix de l'illustrateur ou l'illustratrice qui va s'emparer de ce texte atypique (la poésie contemporaine pour les enfants peut en effrayer certains). C'est très naturellement que le nom d'Anne Brouillard se dessine sur nos lèvres, et quelle chance qu'elle accepte d'embarquer dans l'aventure. Un pont entre la plaine du Nord et la garrigue du Sud se crée, les mois passent, les lumières changent et nous nous régalons des métaphores culinaires pendant que la pâte de cette pizza lève doucement et prend son temps. Au cours de nos échanges il est question de nature, de paysages, d'une maison qui sera le centre névralgique des promenades du livre. Une ombre sur un tronc, un renard caché dans des fourrés, une fillette qui réchauffe ses mains par un jour de grand froid. Là aussi une célébration des petits riens qui font un grand tout, en totale adéquation avec les textes de Thomas, et sans jamais pourtant être redondant l'un avec l'autre.
(...) Une année a passé, quatre saisons se sont succédées, et maintenant que la pizza est prête, quel plaisir que de voir des lecteurs s'en emparer, la déguster, la savourer.
Il est des aventures éditoriales comme de la vie, elles ont un goût de reviens-y!"

Le jeu de la lumière entre les arbres. (c) Ed. Th. Magnier.



On se rappellera aussi qu'avait paru en 1997 sous le titre "Pizza quatre saisons" un album pour les plus jeunes de Jean-Marc Rochette (l'école des loisirs/Pastel).



Un petit chien épicurien


Le grand inventaire des petits plaisirs de Luchien
Frédéric Stehr
l'école des loisirs/Pastel, 36 pages
dès 4 ans

Luchien est peut-être un petit chien, il est surtout un chien qui sait jouir de la vie. Son air heureux en couverture donne une idée de ce qu'on va découvrir dans cet inventaire joyeux et épicurien. Tout ce qui lui arrive est une occasion de plaisir. Jouer, manger, explorer, dormir... Une philosophie de vie à hautement recommander. Luchien est léger et s'envole par grand vent? Aucun problème, surtout s'il atterrit dans une flaque de boue. Il pleut? Excellente nouvelle. Il est sale? Vite, un bain plein de mousse.

De page en page, on suit Luchien dans ses petits plaisirs. Bien sûr, certains ne seront pas du goût des adultes, par exemple quand le petit chien se sent des talents de peintre et barbouille les murs de la maison. Les illustrations traduisent parfaitement les états de satisfaction du jeune héros. Contagieux, ils font sourire et rire, créent du bien-être et de la joie. Stehr croque admirablement son héros, en vignettes ou en pleines pages. Et personne bien entendu ne fera le rapprochement entre l'épicurien Luchien et un enfant.

Voler? Oui, bien sûr. (c) l'école des loisirs/Pastel.


Chouettes histoires


La luciole et autres histoires d'animaux
Carll Cneut
Toon Tellegen
traduit du néerlandais par Charline Peeters
l'école des loisirs/Pastel, 80 pages
dès 8 ans

La luciole du titre, mais aussi le bison, l'hippopotame, la girafe, le ver à bois, le moineau, le crapaud et dix autres animaux sont les héros de ces passionnantes histoires du raconteur hors pair qu'est l'écrivain néerlandais Toon Tellegen, fort bien traduites. Dix-sept histoires animalières convoquant souvent d'autres animaux dans leurs déroulés et qui interagissent parfois entre elles. Empreintes de fantaisie et même de nonsense, elles en disent long sur les travers des humains. De la luciole qui rêve de briller davantage aux résolutions du nouvel an du porc-épic en passant par le moineau qui dispense des cours de tout et même de rien, on déguste ces historiettes pétulantes. Le beau papier crème de l'album sied superbement aux splendides illustrations du Belge néerlandophone Carll Cneut. Riches de mille détails, à la fois baroques et documentaires, elle cultivent une singularité de conception et de réalisation réjouissantes, propre à leur créateur.

Le bison qui a un double. (c) l'école des loisirs/Pastel.


Et aussi


Dagobert
Anne Herbauts
Casterman, 32 pages
dès 4 ans

Le bon roi Dagobert de la chanson se retrouve transformé en chauve-souris par la baguette magique d'Anne Herbauts. Pas facile de porter une couronne ou un simple chapeau quand on vit la tête en bas. Dagobert ne s'en fait pas, il est heureux comme ça. Mais son apparence fait croire aux animaux qui l'entourent qu'il est fâché. Qu'il est même fâché tout le temps. Le roi est tout étonné d'apprendre de sa voisine la reine Pipistrelle de passage qu'il leur fait peur. C'est encore la visiteuse qui donnera la solution pour résoudre ce conflit au fond inexistant: "Il faut regarder les choses de tous les côtés avant de juger."  Un conte plein de sagesse porté par des illustrations et un texte malicieux.


Règlobus
Pierre Alexis
La Partie, 40 pages
dès 4 ans

On ne rigole pas dans le Règlobus conduit par Rainette, la grenouille reine du volant. Ou plutôt, on rigole beaucoup car la chauffeuse édicte toute une série de règles numérotées, dix-huit en tout, qu'elle entend voir appliquées par les usagers. Des animaux de toutes espèces, dont les particularités physiques empêchent l'application du règlement, quand ce ne sont pas tout simplement les comportements. Un excellent rapport texte-images, les secondes contredisant totalement le premier mais permettant de réjouissantes vues en coupe du bus occupé ou des zooms sur les uns et les autres dans un graphisme rarement vu.


Grandir
Valentine Laffitte
Versant Sud, 32 pages
dès 5 ans

Album poétique que cette évocation des saisons qui s'enchaînent autour de la personne de la jeune Freja en de petits événements minuscules. De ceux qu'on n'oublie pas mais qui font grandir. Album plastique par la grâce des illustrations faites de papiers découpés, donnant du volume aux pages grâce à une très bonne qualité d'impression.


Pétille colère
Amélie Carpentier
L'étagère du bas, 40 pages
dès 5 ans

Quand Pétille est en colère, ce n'est pas à moitié. Tout valse lors de ses tempêtes. Mais cela n'empêche pas Pétille d'écouter différents animaux qui l'interpellent et l'aident à transformer sa colère en acte plus positif. Des illustrations de deux forces selon qu'on est dans la colère ou dans les solutions et un texte à la première personne permettant à chacun de se glisser à la place de Pétille.


Mariedl, une histoire gigantesque
Laura Simonati
Versant Sud, 64 pages
dès 5 ans

Bonne idée que cette géante vivant dans un petit village au sommet d'une grande montagne. La vie de Mariedl est compliquée et, en finale, peu agréable. Jusqu'au jour où arrive un petit bonhomme qui dirige un cirque. Il veut faire d'elle le clou de son spectacle. Il veut en fait l'exploiter, comme les autres artistes qu'il a déjà réunis. Mariedl ne se laissera pas longtemps faire, à raison. On suit sa révolte avec intérêt - le livre est basé sur une histoire vraie. Destiné à des enfants qui ne savent pas encore lire, l'album souffre toutefois d'un brouillage au niveau du graphisme, le texte en typo géante envahissant tout l'espace des pages au détriment des dessins.


Le Dehors
Mélanie Rutten
Memo, 40 pages
dès 4 ans

D'expressives scènes animalières dans des sous-bois joliment représentés autour de Coyote et Ours, alertés par un bruit et en recherche du Dehors. Une quête angoissée et une galerie de personnages sonores jusqu'à une finale encore plus sonore où la peur a disparu et où les deux héros se connaissent un peu mieux.


Les lundis de Camille
Sara Gréselle
Versant Sud, 40 pages
dès 6 ans

Si l'école est encore comme la décrit cet album, il y a lieu de grandement s'inquiéter. La toute petite Camille nous raconte son mal être scolaire. Constamment maltraitée par son instituteur, Camille peine durant les heures de classe. Heureusement, il y a le week-end où la petite fille peut donner libre cours à ses talents propres et s'épanouir. Un jour de semaine, l'écolière craquera. En sanglots, elle va être consolée par la prof de musique, humaine, pédagogue, positive. L'adulte lui redonnera confiance en elle, lui permettra de déployer ses talents, même de se tromper, et surtout de contrer son détestable maître. De très jolis dessins aux crayons de couleur portent ce récit qui encouragera sans doute les enfants qui n'entrent pas dans les cases classiques de l'école.

Le revanche de Camille soprano. (c) Versant Sud Jeunesse.






dimanche 27 mars 2022

Un énorme cinquième tour au Picture Festival

Olivier Spinewine, "Le pédiluve".

Bon je l'avoue, le compte-rendu de mes pérégrinations au Picture Festival couvre deux jours, vendredi et samedi. Pour changer, je commence par mon dernier arrêt. Attention, il ne faut plus tarder  car la troisième édition de ce qui est quand même ce qui se fait de plus intéressant dans le domaine de l'illustration à Bruxelles va bientôt se terminer (lire ici).

Arrêt 1 au Clignoteur 
Place de la Vieille Halle aux Blés 30, 1000 Bruxelles

Quel pied dans cette Nike?
Plasticien, enseignant, dessinateur, photographe, écrivain et éditeur, Olivier Spinewine expose deux projets, "Villevue", un travail photographique antérieur, et "Le Pédiluve", tout neuf, entièrement consacré au... pied. "Voir le pied de quelqu'un pour la première fois, c'est quelque chose", me dit-il en souriant. Plus sérieux, il explique que le projet lui est venu après la lecture d'un texte de Georges Bataille à propos du pied, oscillant entre la séduction et l'immonde ("Le gros orteil, 1929). "Après mon récit graphique "Corso à contre-main" (CFC éditions), j'ai eu l'idée de faire une série." Une série de pieds en différentes techniques et sur différents supports dont surtout des papiers de récupération. "Il y a des pieds réels et des pieds de tête, comme celui de Bob et Bobette et celui qui a coulé, celui d'une Nike Super H et celui de sandales tchécoslovaques. Jamais de métaphore. Souvent cinq orteils mais parfois six ou trois." 

Expo Le Pédiluve au Clignioteur.


Aux cimaises, une vingtaine de dessins de pieds, reflétant parfaitement le texte de Bataille, entre séduction et immonde. Seulement une vingtaine? Oui, mais on en trouve environ quatre-vingts dans le beau livre qui vient de sortir, "Le pédiluve, GRA DED EXPO SURE TO FEET" (Editions Lustre, en vente au Clignoteur, bientôt chez Tropismes, chez Peinture fraîche...) Un grand et épais format qui explore formidablement d'un trait léger cette "exposition progressive". Des pieds révélateurs, des pieds cachés, des pieds expressifs, des pieds esquissés ou portraitisés... 

Un album dont il faut saluer la mise en page magnifique, mettant superbement en valeur les dessins, jouant avec les couleurs et les sauts de pages, complétée d'un travail de photogravure magistral. Posées sur des fonds aux tons variables par séquences, les feuilles de papier des dessins y apparaissent comme en relief. Explication: les dessins ont été scannés des deux côtés et figurent parfois en transparence ou en superposition dans les pages. A tourner les pages pleines de surprises, on sourit, on s'interroge, on admire ou on est troublé. On oublierait presque qu'il s'agit d'un livre relié, tant on est pris par ces pieds dessinés qui se succèdent comme si on feuilletait une farde. Entre séduction et immonde.
Attention, l'exposition se tient encore ce dimanche 27 mars de 14 à 19 heures et le vendredi 1er avril de 17 à 20 heures où suivra à 20 heures un concert de Brèche de Roland dont Olivier Spinewine a illustré le premier EP..


Arrêt 2 à la Galerie Bortier
Rue Saint-Jean 17, 1000 Bruxelles

#PrintIsNotDead à la Galerie Bortier.

Simon Roussin.
Un week-end #PrintIsNotDead et toujours RisoZine, Marseille-Bruxelles (Cuistax, Fotokino, Frau Steiner, Harry Studio, Les Ateliers du Toner, Papier Carbone).

Fanzines, livres, revues, affiches… tous les supports et toutes les techniques participent à cette troisième édition du salon de la micro-édition et de l'image imprimée. Avec la Riso à l'honneur cette année.

A rencontrer: Actes Nord, Cuistax, Delphine Panique, Fanzinothèque, Fotokino, Frau Steiner, Gabri Molist, Harry Studio, Image Fantôme, Indekeuken / Chez Rosi, Jango Jim, Les Ateliers du Toner, Les Pinatas, Les Voizines & TMH, Morgane Griffoul, Sanlémo, Signes du Quotidien, Sterput, Ton piquant, Vite ed.
Encore ce dimanche de 11 à 18 heures.



Arrêt 2 bis à la galerie Bortier

Le nuancier de fusains de Sarah Cheveau.

Retour chez Sarah Cheveau ("Faire feu de tout bois") car je n'avais pas repéré l'autre jour (lire ici) son extraordinaire nuanciers de fusains. Quarante-sept essences de bois brûlés - pour le moment car d'autres vont encore compléter le tableau - sont posées sur une feuille, simplement légendées à la main de leur nom. Platane, cognassier, pêcher, ronce, prunier de mirabelles, ébène, gui, lierre, rosier, séquoia, églantier pour ceux qui sont ci-dessus, mais il y en a trente-six autres à découvrir sur place. C'est d'une incroyable beauté, avec des nuances de tons, gris, bruns, bleus même, et de dureté, plus gras ici, plus sec là. Généreuse nature.
Encore ce dimanche de 11 à 18 heures.

Arrêt 3 chez ABC
Place Gaucheret 13, 1030 Schaerbeek

Expo "Cimes" chez ABC.


Le mariage du pochoir et du pliage donne les formidables origamis colorés de Bernadette Gervais et Waii Waii réunis dans l'exposition "Cimes". Posées à hauteur d'enfant, fixées aux cimaises, suspendues au plafond, leurs créations enchantent et font rêver.
Encore ce dimanche de 10 à 17 heures et l'occasion de visiter ABC qui est en portes ouvertes.

Arrêt 4 au Wolf
20 rue de la Violette, 1000 Bruxelles

"On joue à cache-cache?", premier album de Léa Viana Ferreira.

Les originaux de l'excellent premier album jeunesse de Léa Viana Ferreira "On joue à cache-cache?" (CotCotCot Editions) s'offrent au visiteur (jusqu'au 18 juin). La particularité de ce livre en doubles pages est que son texte est en deux temps, un verbe et ensuite sa déclinaison pratique par les enfants de l'histoire. Toutes les étapes du jeu y passent pour le plus grand plaisir dans des images qui sont autant de peintures explosant joyeusement de couleurs, bourrées de détails parfois bien cachés et célébrant merveilleusement la nature, thème de cette troisième édition du Picture Festival.


Pour retrouver mes précédentes pérégrinations, c'est ici.


lundi 7 mars 2022

Picture Festival, clap trois, cap nature

Œuvre de Valfret pour le Picture Festival 2022.


On en connaissait les dates, on avait un avant-goût de son programme, on en avait déjà admiré l'affiche s'inspirant des jacinthes bleuissant le bois de Halle (lire ici), mais voici le programme complet du Picture Festival. Sa troisième édition (lire ici et ici), aussi concoctée par Carole Saturno et son équipe, s'annonce des plus réjouissantes. Il va falloir se multiplier pour tout voir, tout expérimenter tant tout est tentant! Des valeurs sûres et des découvertes à faire, toujours dans l'optique d'une illustration de très grande qualité.

Fil rouge, bien nécessaire en ces temps troublés, le vers de William Blake, "The bird a nest, the spider a web, man friendship" (L'oiseau a un nid, l'araignée une toile, l'homme, l'amitié, en traduction approximative).

Ce Picture Festival 2022 célébrera l'illustration quand elle se nourrit ou s'inspire de la nature. Une vingtaine d'expos, une vingtaine!, trois master classes, des rencontres d'auteurs, quatre performances dessinées, une douzaine d'ateliers. De quoi reconsidérer le Grand Nord, la friche Josaphat, l'univers, la flaque, l'arbre, les récoltes d'enfants, la ville tout simplement, le site de l'Expo 58, le monde organique, le sauvage en ville, les têtes coupées en céramique, les mots fléchés sexistes, les paysages en vrai ou vus dans un miroir, le carnaval, la partie de cache-cache dans le jardin, un échange épistolaire, l'onirisme en noir et blanc, le pied, les travaux d'étudiants...

Le Picture Festival se déroulera aux quatre coins de Bruxelles du 18 au 30 mars, pile au moment du printemps, et en trois langues, comme en témoignent son affiche et son site. A noter que les expositions sont gratuites, la plupart des ateliers aussi, quelques rencontres seulement sont payantes, toutes les infos pratiques figurant sur le site.

Un parterre d'artistes
Anne Brugni, aNNe herbauts, Aurélie Wilmet, Béatrice Vincent, Benoît Guillaume, Bernadette Gervais, Carl Norac, Chloé Horta, Cuistax, Delphine Panique, Diane Philipovitch, Dieter Durinck, Elene Usdin, Émilie Seron, Eric Colonel, Fotokino, Gabri Molist, Jan Srámek, Jana Vasiljevic, Jean-Michel Leclercq, Josse Goffin, Léa Viana Ferreira, Les Ateliers du Toner, Loren Capelli, Marie Mahler, Mariia Timofeeva, McCloud Zicmuse, Nina Cosco, Olivier Spinewine, Ophélie Lhuire, Papier Carbone, Pom Koolen, Sarah Cheveau, Teresa Sdralevich, Thomas Spit, Valfret, Waii Waii.

Une allée d'une vingtaine d'expos
La plupart du temps en binômes belge-français.
Le programme complet est sur le site du Festival (ici), illustré, alléchant et précis, qui se décline selon les propositions, les lieux ou l'agenda.
Allez-y voir, vous serez épatés.

En avant-goût, j'en reprends les illustrations et vous invite à deviner qui est qui. 
Car s'il y a des noms connus, il y a aussi de nouvelles pousses prometteuses.


De gauche à droite et de haut en bas:
Bernadette Gervais/Waii Waii, Léa Viana Ferreira, Diane Philipovitch
Aurélie Wilmet/Elene Usdin, aNNe herbauts/Loren Capelli, Josse Goffin
Eric Colonel/Thomas Spit, Émilie Seron, Manuel Marsol pour Cuistax & co
Loren Capelli/Sarah Cheveau, Marie Mahler, Mariia Timofeeva




De gauche à droite et de haut en bas:
Benoît Guillaume/Valfret, estampe inuit, Jan Srámek/Mariia Timofeeva
Chloé Horta, Ophélie Lhuire, ESA Saint-Luc
Jana Vasiljevic/Nina Cosco


Encore au programme

Trois master classes
  • Elene Usdin
  • Anne Herbauts
  • Béatrice Vincent (Editions La Partie)
Plus d'infos ici.




Quatre performances
  • Conférence dessinée d'Aurélie Wilmet et Carl Norac sur le Grand Nord
  • Performance dessinée d'Aurélie Wilmet et Elene Usdin au cœur d'un conte inuit
  • Saisons avec Anne Brugni et McCloud Zicmuse
  • Live Magazine en clôture du festival
Plus d'infos ici.




De très nombreux ateliers (voir ici)

Et encore des suggestions à découvrir sur le site du Picture Festival.




Les localisations