Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Le Taillis Pré. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Taillis Pré. Afficher tous les articles

lundi 16 mars 2026

Les prix 2025 de l'Académie belge

Les lauréats 2025. (c) ARLLFB.

Samedi matin, l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Arllfb)
a remis ses prix littéraires 2025 en son lieu, le Palais des Académies. Un palmarès en huit temps, tous les prix n'étant pas annuels, qui se distingue par ses deux choix féminins,  portés sur deux candidates malheureuses au prix Rossel 2025 (lire ici). 
 
 
Les huit livres mis à l'honneur.


Grand prix de poésie

Le Grand prix de poésie (1.500 €) récompense un poète ou une poétesse belge pour un recueil remarquable.
 
Lauréat
Harry Szpilmann, pour "La vie fragile" (Le Taillis Pré)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Carino Bucciarelli, "Une poignée de secondes" (L'Herbe qui tremble)
  • Françoise Lison-Leroy, "Tu ouvres et c'est le jour" (Rougerie)
  • Marc Quaghebeur, "Labiales" (Lieux-Dits éditions)
  • Martine Rouhart, "En ce lieu clos" (Toi éditions)
  • Laurence Skivée, "Je trace" (La lettre volée)

 

 

Grand prix des arts du spectacle

Le Grand prix des arts du spectacle (1.500 €) récompense l'auteur belge d'une pièce de théâtre, mais éventuellement d'un scénario de cinéma ou de télévision, d'un seul en scène… Il peut également l'être pour l'ensemble d'une œuvre.
 
Lauréat
Jean-Marie Piemme, pour "Cabots mordus" (Edern)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Stanislas Cotton, "Tirésias jette l'éponge" (Edern)
  • Christine Delmotte, "Je voudrais mourir par curiosité" (Les Oiseaux de nuit)
  • Adrien d'Hose, "Collet" (Lansman)
  • Valériane De Maerteleire, "La reine rouge" (Lansman)

 

Grand prix du roman

Ce prix annuel (1.500 €) récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).
 
Lauréate
Emmanuelle Pol, pour "Jan sur un air de jazz" (Finitude)
 
 Étaient aussi finalistes: 
  • Frédérique Dolphijn, "Les oubliés" (Esperluète)
  • Claire Huynen, "Les femmes de Louxor" (Arléa)
  • Patrick Roegiers, "Satie" (Grasset)
  • Giuseppe Santoliquido, "Le don du père" (Gallimard)

 

Grand prix de l'essai

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge d'un essai de philosophie, histoire, sociologie, spiritualité, religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts.
 
Lauréat
Pascal Chabot, pour "Un sens à la vie. Enquête philosophique sur l'essentiel" (PUF)

Étaient aussi finalistes: 
  • Gilles Collard, "Klaus, Une vie antifasciste" (Flammarion)
  • Chantal Deltenre, "Le regard retrouvé" (Esperluète)
  • Laurence Rosier, "La riposte, Femmes, discours et violences" (Payot)
  • Frédéric Saenen, "Léon Degrelle" (Perrin)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)
 
 

Grand prix d'histoire de la littérature

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge ou écrivant en langue française, d'un ouvrage concernant l'histoire de la littérature mais aussi l'histoire des idées, des mentalités et des courants littéraires.
 
Lauréat 
Paolo Tortonese, pour "Remords. Zola, Dostoïevski" (Hermann)

Étaient aussi finalistes:
  • Sara Buekens, "Écologies littéraires africaines. L'imaginaire de l'environnement dans la littérature francophone postcoloniale" (Brill, 2025).
  • Esther Demoulin, "Beauvoir et Sartre. Écrire côte à côte" (Les impressions nouvelles, 2024).
  • Denis Saint-Amand, "Fictions du monde littéraire, Trois enquêtes" (Presses universitaires de Liège, 2025).
  • Myriam Watthee-Delmotte, "La littérature, une réponse au désastre" (Académie royale de Belgique, coll. L'Académie en poche, 2025).

 

 

Prix international de littérature française (catégorie théâtre)

Ce prix international (2.000 €) récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur issu de la francophonie et âgé de moins de 50 ans. L'année 2025 est dédiée au théâtre.

Lauréat
Samuel Gallet, pour "Le Pays innocent" (Éditions Espaces 34)

Étaient aussi finalistes: 
  • Thomas Depryck et Antoine Laubin, "Maria et les oiseaux" (De Facto/CED-WB/E&C)
  • Claire-Marie Lievens, "Qui a tué Patrice Lumumba?" (Les Oiseaux de nuit)
  • Lydie Tamisier, "L'odeur des tissus" (Tapuscrit, Théâtre ouvert)
  • Azilys Tanneau, "Rest/e" (Lansman)

 

 

Prix Verdickt-Rijdams

Le prix Verdickt-Rijdams récompense un auteur ou une autrice belge dont l'ouvrage porte sur le dialogue entre les arts et les sciences.

Lauréat
Jérémie Brugidou, pour "Bestiaire de lumière. Plongée dans les aventures lumineuses du vivant" (Éditions de l'Ogre)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Athane Adrahane, "Des lucioles et des ruines. Quatre récits pour un éveil écologique" (Le pommier)
  • Vinciane Despret et Pierre Kroll, "Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi" (Arènes BD)
  • Paul Jorion, "L'avènement de la Singularité. L'humain ébranlé par l'intelligence artificielle" (Textuel)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)

 

Prix Découverte

Ce prix (1.000 €)  récompense une première œuvre littéraire d'un auteur ou une autrice belge. Il est remis alternativement, sur trois ans, à un recueil de poésie, un roman ou une pièce de théâtre. L'année 2025 est dédiée au roman.
 
Lauréate
Sandra de Vivies, pour "La femme du lac" (Cambourakis)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Rachel. M. Choltz, "Pipeline" (Seuil)
  • Claire Mathot, "La saison du silence" (Actes Sud)
  • Myriam Watthee-Delmotte, "Indemne, Où va Moby-Dick?" (Actes Sud)






mercredi 25 janvier 2023

Il faut sauver le "Journal des poètes"

Premier numéro, daté du 4 avril 1931.

"Lorsque paraissent, le 4 avril 1931, dans une presse bruxelloise, quatre feuilles inédites, en format A3, sommairement agrafées et regroupées sous le nom de "Journal des Poètes", l'historiographie revuiste ne sait pas encore l'importance de ce nouveau périodique pour la diffusion et la promotion de la poésie, belge ou étrangère.

L'époque, en effet, regorgeait de revues qui défendaient et illustraient la littérature contemporaine, belge ou française. Du moderniste "Ça ira!" à l'académique "Thyrse", en passant par la doyenne "Revue générale", le champ littéraire belge foisonnait en périodiques, de tous genres, de tous styles et de tous formats."
Ainsi Primaëlle Vertenoeil entame-t-elle l'histoire du "Journal des Poètes" sur le site qui lui est dédié (ici). Dans le premier comité de rédaction, on trouve, entre autres, les noms de Maurice Carême et de Norge.

Au cours des ans, le "Journal des Poètes" va changer de rythme de parution, de nombre de pages, de personnes qui le portent. Son nom va être associé à des biennales de poésie, à une Maison de la poésie, s'ouvrir au monde... Et puis il va petit à petit s'effacer avant qu'Yves Namur, poète et éditeur, le reprenne en 2014 aux éditions du Taillis Pré. Dans la continuité de ses prédécesseurs mais en modifiant le format, aujourd'hui plus proche du livre que du journal.

Aujourd'hui, en 2023, à huit ans du centenaire, s'il veut passer le cap du nombre à trois chiffres, le "Journal des poètes" a besoin de soutien. Comprenez, il a besoin d'abonnés. Yves Namur, qui en est le directeur, lance un appel aux lecteurs et aux lectrices de poésie.

L'abonnement pour l'année 2023 porte sur quatre numéros (plus de 500 pages).
Différents tarifs sont proposés:
  • Belgique = 40 €
  • Abonnement de soutien = 70 €
  • Abonnement bienfaiteur = 100 €
  • Le numéro: 12.50 €
Pour le paiement: ÉDITIONS LE TAILLIS PRÉ, 23, rue de la Plaine,
B – 6200 Châtelineau (Belgique)
IBAN : BE54 3600 4341 6697

Les envois d'inédits, soumis au comité de lecture, sont à adresser au rédacteur en chef, Jean-Marie Corbusier (j.m.corbusier@outlook.com).

dimanche 28 février 2016

Le décès de l'immense poétesse Liliane Wouters

Liliane Wouters.

Tristesse d'apprendre au réveil, par un post de Jean Jauniaux, le décès de l'immense poétesse belge qu'est Liliane Wouters, à l'âge de 86 ans. Elle était aussi romancière et dramatuge. Voilà quelqu'un qui va cruellement manquer au paysage des lettres françaises. La dernière fois que je l'avais croisée, c'est il y a un peu plus d'un an, à l'anniversaire des trente ans du Taillis Pré, un de ses éditeurs  de poésie. Elle était fidèle à elle-même.

Je m'aperçois que sur ce blog, j'ai parlé d'elle à deux reprises, un désespérée et un joyeux, preuve que la poésie peut toujours nous accompagner. Au lendemain du massacre chez "Charlie-Hebdo" et des autres horreurs qui ont suivi, début janvier 2015, elle était à l'affiche des Midis de la poésie (lire ici). Au quatrième anniversaire de mon blog, un délicieux jour d'été (lire ici).

Pour la biographie et la bibliographie de Liliane Wouters, il est bon de se reporter au site de l'Académie de langue et de littérature françaises de Belgique dont elle était membre depuis 1985 (lire ici)! Il faut compléter la liste de ses livres des titres suivants: "Vie-Poésie" (Lansman, 2011) et, surtout, "Derniers feux sur Terre" (Le Taillis Pré, 2015). A noter la reprise en poche de ses livres chez Espace Nord: "La salle des profs" et "Paysage flamand avec nonnes" sont sortis, "Trois visages de l'écrit" est à paraître dans une semaine (lire ici).

Sans oublier les deux articles de Jacques De Decker qui lui sont consacrés dans son recueil de chroniques parues dans la presse dans "Littérature belge d'aujourd'hui, La Brosse à relire" (Espace Nord, 2015, 336 pages). L'un concerne "Changer d'écorce", l'autre "Paysage flamand avec nonnes".

Chère Liliane Wouters, merci pour tout ce que vous nous avez donné.





lundi 12 janvier 2015

Liliane Wouters demain aux Midis de la poésie


Quand les temps sont troublés, la poésie offre son réconfort, ouvre plus grand et plus fort le monde.

Quelle chance avons-nous que reprennent demain, mardi 13 janvier, les "Midis de la poésie".
Philippe Jones en disait: "La poésie est un passe-partout qui ouvre, par le verbe, images et sons, provoquant le sensible, délivrant les idées, pour connaître le monde dans les ombres du soir, sous la lumière des Midis." 
Les "Midis de la poésie", coordonnés par Mélanie Godin, ce sont vingt-trois séances de septembre 2014 à avril 2015, le mardi entre 12h40 et 13h30, dans le petit auditorium des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (3 rue de la Régence, 1000 Bruxelles). Le ticket d'entrée (6 ou 3 euros) donne accès, le même jour, au Musée d’Art ancien et à la sélection des œuvres d’art moderne dans le patio et au niveau + 1 du patio.

Liliane Wouters.
La première séance de l'année 2015 des "Midis" sera consacrée à notre très chère Liliane Wouters et s'intitule "Au temps où les oranges étaient rares". Demain midi donc.

A propos du dernier livre de Liliane Wouters, "Derniers feux sur terre" (Le Taillis Pré, 2014), Lucien Noullez écrit ceci dans "Recours au poème": "Là où d’autres plongeraient au néant, Liliane Wouters parie sur un sursaut de vie. Car la fin de la vie ouvre peut-être une vie nouvelle. C’est ce que suggère, avec un tact infini, ce très beau livre."


Ici un extrait de "Derniers feux sur terre" (Le Taillis Pré, 2014), son dernier recueil en date.

"Comment le dire simplement
sur les milliards d'instants de notre vie
presque tous sont des bulles
qui crèvent aussitôt.
D'autres - très peu - durent toujours
pris dans le fleuve qui nous porte
ils sont déjà l'éternité."


Et un extrait du "Livre du soufi" (Le Taillis Pré, 2009).

"Il dit à ses disciples: je croyais connaître
Chacun des cercles de l’amour
(dont on ne sait s’ils vont vers l’intérieur
Ou l’extérieur – Là n’est pas la question)
Celui qui fait le centre et la circonférence,
Le dedans, le dehors, celui qui fait
La cime devenir l’abîme et le tréfonds
De celui-ci se changer en sommet,
Celui qui dans le gel sent la brûlure
Et dans l’absence la présence, celui-là
Je viens seulement d’en avoir la mesure,
De me voiler la face à son éclat."


La comédienne Carmela Locantore nous présente son "Midi de la poésie" avec la poétesse.

"Liliane Wouters écrit en français et pourtant sous son tracé ronsardien, transparaît l'âme flamande. Elle a été traduite dans de nombreuses langues. De l'anglais à l’espagnol, de l'islandais à l'italien, de l'arménien au grec, du tchèque au roumain et jusqu'à l'impériale langue chinoise, sa poésie traverse frontières, océans et mers, comme elle transperce aussi le cœur des gens.

J'ai recueilli pour ce récital les écrits qui animaient mon désir de partager avec les spectateurs des "Midis de la poésie" les vers de Liliane Wouters; de les faire miens, par le souffle, l'énergie qui s'en dégagent.

Je lirai quelques passages de son autobiographie, "Paysage flamand avec nonnes". Je tenterai par là de lier poésie et prose dans une continuité afin d'entraîner avec moi l'auditoire dans les souvenirs de jeunesse de Liliane et d'ainsi faire entendre son humour, son verbe de poète, un peu comme si on se promenait ensemble dans un jardin où on aurait tout loisir de cueillir des fleurs pour un bouquet sauvage. Le plus important étant pour moi de faire entendre une voix qui nous transportera pour une cinquantaine de minutes, au cœur même de ce qui est l’obsession poétique de Liliane Wouters: l'existence de l'âme, la disparition de l'homme, son vieillissement, la beauté de la nature, la foi, le goût du voyage, de l'étude, la joie, l'émotion, la sensualité!…qui sont autant de sensations qui me traversent quand je parcours son œuvre."





vendredi 1 août 2014

Parce qu'on n'en a jamais fini avec la poésie

Soleil à peine voilé, jardin jungle, terrasse accueillante.
Qu'y picorer au mitan de l'été?
De la poésie.
Justement, deux anthologies viennent de paraître et permettent cette cueillette itinérante.

"Vivre sa vie et autres poèmes" (Espace Nord, 256 pages), de Jan Baetens, "critique et poète flamand d'expression française" comme le présente l'éditeur, propose un parcours dans ses ouvrages poétiques.

On trouve dans le format poche les recueils "Autres nuages" (2012), illustré par Olivier Deprez, et "Vivre sa vie" (2005), novellisation du film de Godard, ainsi que des fragments de "Cent ans et plus de bande dessinée" (2007) et de "Cent fois sur le métier" (2003). Des livres parus aux Impressions nouvelles.

Jan Baetens.
Les très nombreux poèmes de l'anthologie sont suivis de plusieurs textes de réflexion de l'auteur flamand je le rappelle (il est né à Saint-Nicolas le 5 septembre 1957), sur son choix de la langue française pour l'écriture. Mon cher français qui n'est ni sa langue maternelle, ni sa langue d'adoption, ni sa langue de travail! A découvrir.


"Autres nuages" batifole notamment entre arbres et nuages.
Plutôt que de pérorer, je vous en présente quelques extraits, dont une des seize études de nuage. Ils parlent très bien tout seuls.


Dans "Comment les sujets viennent aux poètes" (page 20)

"Le nuage au ciel:
Mot que le texte
Ne comprend pas.
Et l'arbre au sol:

Phrase restée
A l'état-mot.
Tout nuage est arbre
Qui marche à force
D'être récrit."



Dans "Hommage à Stieglitz, mais léger" (page 51)

"Étude de nuage (I)

Voilà l'avion, voilà l'oiseau, voilà Batman,
Et voici le poète sur sa feuille volante.

Toujours en quête de nuages qui le poursuivent,
Il joue des joues pour imiter le vent.

Ses mots claquent, puis pètent,
Ils sont libres de laisser des traînées.

Vive notre poète. Le voilà qui s'endort.
A son réveil un siècle a passé.

Le soleil est maintenant d'avant-garde.
Il change toutes les nuits telle une lune.

La poésie d'antan est un papier de verre
Qu'on passe sur le nouvel objectif.

S'il savait tomber de son tapis,
Le poète inventerait de nouvelles figures."


Dans "Petit précis d'art et de littérature" (page 86)

"Librement d'après Mattotti, "Feux" (1984)

Il est là depuis le début.
C'est un mot.
Il revient jour et nuit, à l'instar d'une rime on dirait.
Il teint l'eau, couvre toute l'île, étouffe les ciels.
Il se répand, feu follet, brûlure d'âme, prairie en flammes.
Il saigne la langue, condamnée à redire comme poule sans tête qui court à plus mais.

"Le vert", "le vert", "le vert", "le vert".

Le rouge qu'on voit est vert aussi.
Pour le rouge qu'il cherche
Mattotti devra passer au noir et blanc,
Commencer à faire des dessins au bic,
Nus comme des mots,
Blancs comme les mots qui ne sont plus là."

"Vivre sa vie" présente de nouvelles formes poétiques à chaque nouvelle section - dont le détail est donné en fin de texte. Mais je laisse Jan Baetens présenter son travail: "Vivre sa vie n'est pas seulement un essai de transposer en vers le film homonyme de Jean-Luc Godard (1962). Le sujet de cette œuvre (la prostitution) ainsi que sa forme (la prostitution) ainsi que sa forme (le tournage hors studio, le découpage en tableaux ou "chapitres") m'ont finalement moins intéressé que la poésie et l'amour du quotidien que ces images continuent à évoquer en moi. Banalité, grisaille; ennui, par moments un peu de dégoût et quelques illusions d'amour, voilà, faussement habillés d'une musique de fait divers, le thème et le corps de ce recueil).
(...) Ce qui suit est bel et bien une histoire, mais racontée avec des ruptures de ton et de forme systématiques, dont j'espère évidemment qu'elles collent bien aux péripéties du sujet."

Soit quinze poèmes, une note finale et une longue postface.


Dans les fragments de "Cent ans et plus de bande dessinée", on trouve bien sûr des portraits, courts, de maîtres du neuvième art. Et dans ceux de "Cent fois sur le métier", prix triennal de poésie 2007 de la Fédération Wallonie-Bruxelles, différentes professions cernées par le trait poétique de l'auteur.



A noter que paraît aussi l'ouvrage de Jan Baetens "Pour en finir avec la poésie dite minimaliste" (Les Impressions Nouvelles, 158 pages, ou en version numérique). Un de ces livres de combat comme il sait les faire.

Son essai analyse la poésie française contemporaine, en plein renouvellement aujourd'hui  mais qui peine parfois à se défaire de ses historiques contraintes de forme. Il prend appui sur le travail d'auteurs contemporains comme Pierre Alferi, Vincent Tholomé, Virginie Lalucq, Stéphane Bouquet, Philippe Beck, Sophie Loizeau ou Jean-Christophe Cambier.


* *
*



L'autre anthologie qui vient de sortir est "Les poètes du Taillis Pré, une anthologie partisane" (Le Taillis Pré, 300 pages), composée par Yves Namur.
Partisane parce que seuls les auteurs publiés au Taillis Pré y figurent. Une manière de célébrer les trente ans de la maison d'édition que dirige Yves Namur, également médecin et auteur. De sa première profession, il a gardé l'écriture, plutôt difficile à déchiffrer. Pas grave, j'en souris.
.
Cet important travail anthologique reprend donc des fragments des publications de la maison trentenaire, établie à Châtelineau. Le premier titre publié en 1984 avait été  le livre calligraphié "Dans l'autre scène" de Cécile et André Miguel. Il fut alors publié à partir d'une photocopieuse!

Près de quatre-vingts auteurs y ont vu depuis leur nom apparaître au catalogue. Beaucoup de Belges mais aussi des Portugais, des Espagnols, des Français, des Israéliens, des Syriens, des Argentins, des Vénézuéliens, des Suisses, des Italiens, des Libanais, des Américains... On voyage avec les auteurs du Taillis Pré!

Yves Namur.
Comment sont-ils arrivés là? Yves Namur s'en explique: "On le devine: il n'y a pas d'école du Taillis Pré, il y a simplement la curiosité, l'émotion, l'amitié, et je crois, l'enthousiasme d'un éditeur. Mais ne faut-il pas être de ceux-là pour éditer aujourd'hui de la poésie? Et cela dure depuis trente ans!"

Etablir une anthologie au départ d'un catalogue implique de faire des choix. "Dans cette présente anthologie", poursuit joliment Yves Namur (qui n'y figure pas), "la part de chacun ne tient pas toujours compte du nombre de livres publiés au Taillis Pré. Peu importe en soi le nombre de pages des uns ou des autres - certains avec un seul titre nous ont offert un moment unique de poésie - pour d'autres nous avons marché à leurs côtés d'un livre à l'autre, et le Taillis Pré les a suivis, les a aimés." Un moment unique de poésie...

Les poèmes sont titrés du nom de leurs auteurs et organisés selon des thèmes dont les titres sont une œuvre existante, "Ce fragile aujourd'hui", "Figures de l'ouvert", "Le bestiaire insoupçonné", "L'étrange langue", "Mesures de la vie", "La lueur des mots", "L'écart, la distance", "Témoignage du lieu", "Le temps qui bat", "Le corps voisé" et "La chose humaine".

Extraits.

Dans "Figures de l'ouvert"

Roberto Juarroz (page 33)

"Il ne s'agit pas de parler
non plus de se taire:
il s'agit d'ouvrir quelque chose
entre la parole et le silence.

Lorsque tout sera passé,
la parole comme le silence,
restera peut-être cette zone ouverte
comme une espérance à reculons.

Et sans doute ce signe inverse
sera-t-il une marque d'attention
pour ce mutisme illimité
où manifestement nous nous enfonçons."

Onzième poésie verticale, 1992.


Dans "Le bestiaire insoupçonné"

Saleh Diab (pages 77 et 78)

DEUX POISSONS ROUGES

"Je voudrais écrire un livre érotique
le plus beau livre
le meilleur, sans discussion.
il sera traduit dans plusieurs langues.
il aura un titre facile
qui se prononcera aisément
"deux poissons rouges"
même pour ceux qui détestent la lecture
je le remplirai d'histoires torrides
de la première à la dernière page
tout s'unira avec tout

les insectes, les oiseaux, les poissons
les arbres, les fleurs, les légumes avec les herbes
la pluie et les champignons, le tonnerre et les éclairs
les rivières avec les ruisseaux et leurs pierres
les couleurs et les goûts et puis les odeurs
les falaises et les ciels de neige, les nuits avec les jours
et aussi les hommes et les femmes"

J'ai visité ma vie, 2012.


Dans "Mesures de la vie"

Vera Feyder (pages 112 et 113)

FAIRE TRIOMPHER

"Faire triompher la vie
quand en bas meurent les arbres

Le hasard ne peut servie à tout

J'ai peu compris les pierres
mal aimé les hommes
Chaque jour je m'apprête à vivre pour demain
frère de ce jour sans frontière

Survit le bruit du dehors au dedans
et je vais à l'échelle
d'heure en heure montante
dans l'après-midi des maisons
surprenant la tragédie lente des grues

Tandis qu'un cri fait route vers la mémoire
jusqu'à rejoindre loin un train passé
je guette le dernier sifflet de six heures
pour ouvrir la soirée
comme une lettre attendue."

Contre toute absence, 2006.

Dans "Le corps voisé"

Liliane Wouters (page 246)

"Aimer, c'est à travers le corps
Rencontrer l'âme, c'est aussi
Par les sentiers de l'âme aller
A la découverte du corps.
Aimer, c'est mêler l'âme au corps,
Le corps à l'âme, c'est encor
Du bout des doigts, au fond de l'être,
Toucher, sentir et reconnaître
Avec la chair, avec l'esprit,
Sans deviner lequel est pris
Et lequel prend, sans pouvoir dire
Qui se réveille et qui s'endort,
Lequel commence, où finit l'autre,
Quel est le vif, quel est le mort."

Le livre du soufi, 2009.


Voilà, la journée s'achève, la fraîcheur revient.
Deux anthologies m'ont joliment accompagnée.
Je vous souhaite la pareille.