Nombre total de pages vues

Affichage des articles dont le libellé est Leïla Slimani. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Leïla Slimani. Afficher tous les articles

jeudi 6 février 2020

Le Maroc à la Foire du livre de Bruxelles 2020


La cinquantième édition de la Foire du livre de Bruxelles commencera pile dans quatre semaines, le jeudi 5 mars. Et elle durera jusqu'au dimanche 8 mars. Quatre jours dans le magnifique lieu que sont les magasins alloués à la Foire à Tour & Taxis (17.500 m²). Au programme, des rencontres et des débats (300), des auteurs (1.000) et des dédicaces (235 exposants) et des livres, bien entendu.

Des découvertes aussi comme cette foisonnante littérature marocaine qui sera présentée sur un large pavillon dédié. Paul Dahan, le fondateur et conservateur du Musée d'art juif marocain de Bruxelles, en est le commissaire et nous fait visite en mots ce lieu vaste de 260 m², à la scénographie logiquement marocaine. Un pavillon ouvert, où il est facile de rentrer, de regarder, et qui accueillera cent invités (57 femmes et 43 hommes) de nationalité marocaine (40), belge (40), française (10), espagnole (4), hollandaise (2) dans une librairie multilingue. A l'image des langues parlées dans ce pays. Le Maroc est en effet multilingue, comme la Belgique. S'y côtoient arabe, amazigh (berbère), français, espagnol, néerlandais, encore aujourd'hui. Une quarantaine d'activités sont prévues, dans la Foire et hors les murs.

Logiquement, une des trois invité(e)s d'honneur de l'année est la Franco-Marocaine Leïla Slimani, Goncourt 2016 pour "Chanson douce" (Gallimard); elle sera présente le week-end. Les autres invités sont l'Italien Alessandro Baricco, auteur de "Soie", découverte 1997 (Gallimard) et aujourd'hui de "The game" (Gallimard), présent le samedi à la Foire et le vendredi soir à Bozar, et Liao Yiwu, auteur, poète, musicien chinois exilé en Allemagne depuis 2011; il sera présent le week-end.

Thème 2020? Livre-ensemble afin de mieux vivre ensemble, explique Grégory Laurent, Commissaire général sortant (il a dirigé les éditions 2016 à 2020). #livreensemble

Pour le reste, on retrouvera la Place de l'Europe avec ses 40 rencontres, le Flirt flamand qui sera "à la p(l)age" tout au long du samedi 7 mars et un peu à d'autres moments, les animations jeunesse (scolaires et familiales), la BD et le Palais des Imaginaires, le polar et la nocturne du vendredi, les remises de prix et les expos. Ainsi que des activités plus professionnelles (Assises européennes du Livre, Marché de droits, Journée de la traduction, Colloque sur la lecture des 0-6 ans).

Marie Noble.
A Commissaire sortant, Commissaire entrant, entrante dans ce cas puisque Marie Noble reprend le poste, en binôme depuis le 1er février, en solo, à partir du 1er mai. Celle qui fut Commissaire culturel de Mons 2015, qui a mis en place le Picture Festival fin de l'an dernier (lire ici), a œuvré à Bozar en tant que coordinatrice littérature, théâtre, danse et projets transversaux, fourmille d'énergie et de projets: "J'ai envie de créer des liens par le livre, par la lecture, par les lecteurs, de tisser des liens avec les bibliothèques et ceux qui les fréquentent, avec nos voisins de Tour & Taxis dont Kanal et par un programme hors-les-murs..." Elle est la première à me dire que 2030 sera l'année du bicentenaire de la Belgique et que Bruxelles pourrait alors être capitale culturelle européenne. Elle a du talent, des idées et vise le long terme, idéal quand on est à la manœuvre d'un navire amiral de la culture comme celui de la lecture.

Infos et réservations (entrée gratuite): www.flb.be

Un peu plus proche de l'événement, mon parcours à la FLB 2020.




lundi 1 octobre 2018

"Liberté, égalité, féminité", le Manifeste du Parlement des écrivaines francophones

La première session du Parlement des écrivaines francophones.

Soixante-six écrivaines issues de vingt-sept pays différents se sont réunies durant trois jours à Orléans (du mercredi 26 septembre au vendredi 28 septembre) à l'initiative de l'écrivaine tunisienne Fawzia Zouari et ont clôturé la première session du Parlement des écrivaines francophones en publiant un Manifeste qui équivaut à un acte de naissance.


Le Parlement des écrivaines francophones est né d'une proposition de Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne, et est appuyé par Leïla Slimani et Sedef Ecer. Il vise à offrir aux
femmes un espace de rencontre, de prise de parole et de débat sur l'écriture, la langue française et les sujets qui agitent nos sociétés.

Fawzia Zouari.


Voici le Manifeste, tel qu'il a été publié sur le site du journal "Le Monde".
"Nous, écrivaines francophones, réunies ce 28 septembre à Orléans pour notre première session parlementaire, avons décidé de parler ensemble, d'une seule voix et dans la même langue. Parce que nous sommes souvent questionnées et que nous n'arrivons pas à répondre, parce que d'autres parlent à notre place, parce que nous avons envie d'être écoutées, sur nous-mêmes, sur notre propre sort, sur le monde où nous vivons et qui n'est pas si tendre avec nous. Nous voulons sortir du silence, et puisque nous disposons du pouvoir des mots, nous nous arrogeons cette parole collective et ce droit de regard sur une histoire qui continue de se faire sans nous.
Ecrire est notre passion, notre métier, mais cela ne peut être le lieu de nos solitudes, de notre enfermement. Ecrire est une demeure dont nous ouvrons les fenêtres sur la planète entière. Nous voulons sortir de la nuit de Shéhérazade pour nous affirmer à la lumière du jour.
Notre littérature n'est pas, comme on l'insinue souvent, une littérature qui se complaît dans le subjectivisme et les larmes, même si elle répugne à être une politique ou une idéologie. Notre littérature est notre voix du monde. Notre choix du monde. Combative et sereine. Décidée et généreuse. Qui se joue des imaginaires. Une littérature de toutes les enfances et de toutes les filiations, une littérature qui se réclame rarement de la norme spécifique. L'Humain et sa mesure.
Oui, il y a bien une littérature réinventée au féminin, qui entend être au rendez-vous de l'Histoire et engagée dans les batailles, toutes les batailles. Celle qui consiste d'abord à affirmer la solidarité des écrivaines entre elles et ne craint pas de parler de "sororité".
Nous voulons créer un réseau d'écrivaines, encourager et marrainer les plus jeunes d'entre nous. Tout tenter pour pousser à lire et à écrire.
Nous voulons aussi faire en sorte que toute femme ou homme de plume puisse ne pas subir la répression, les intimidations, les fatwas en tout genre. L'impossibilité de traverser les frontières.
Nous voulons nous opposer aux guerres. Toutes les guerres. A commencer par celles visibles ou insidieuses, voilées ou à découvert, dirigées contre les femmes: le patriarcat sous toutes ses formes, le viol, le harcèlement, les mutilations génitales, les féminicides, les violences conjugales (sept femmes en meurent chaque jour au Mexique, deux en Argentine et une tous les trois jours en France). Preuve que le corps des femmes reste, au Nord comme au Sud, un enjeu de pouvoir et un théâtre de conflit. Preuve que le contrôle de la sexualité féminine reste le mot d'ordre de toutes les religions. Quand il ne s'agit pas de l'assigner à la marchandisation et aux usages publicitaires dégradants.
Guerre contre la guerre. Celle dont les civils sont les premières cibles. Motivée par des luttes de pouvoir et des idéologies assassines. Nous combattrons le terrorisme, le djihadisme, les populismes, les discours de haine, les extrémismes religieux et le rejet de l'autre. Et tout ce qui s'en suit: ces populations errantes, perdues, accrochées aux fils de barbelé, entassées sur des bateaux de fortune parce que leurs pays leur ont refusé la perspective d'un avenir, parce que l'Europe ne leur a laissé pour perspective que d'échouer sur ses côtes comme des poissons morts.
N'oublions pas cette phrase d'Aristophane: "Quand la guerre sera l'affaire des femmes, elle s'appellera la paix!" Pourquoi? Parce que chaque femme consciente et libre est un danger pour les dictatures. Parce que chaque femme qui traverse une frontière réhabilite la parole sur l'altérité.
Ces temps de violences et de replis ont lieu sur fond d'une planète qui s'affole et d'une nature à l'épreuve de la globalisation, de l'industrialisation à outrance, du consumérisme et de la pollution. Nous disons, nous les femmes, que le combat de l'environnement est notre combat. Que la Terre est notre seul véritable pays. Celui que nous voulons transmettre à nos enfants.
Nous disons tout cela, ensemble, dans une seule langue: le français. Nous n'en avons pas honte. Nous n'avons pas de complexe à nous exprimer dans ce qui n'est plus seulement la langue de Molière. Au contraire: nous voulons renouveler voire refonder le discours sur le français. Rompre avec la terminologie de guerre - "butins" et "langue du colonisateur" - et nous débarrasser des litiges du passé. Nous faisons de cette langue notre enfant légitime.
Nous lui apprendrons à dire nos origines, nos parcours, les causes qui nous tiennent à cœur. Nous lui apprendrons à moduler le chant de ses phrases sur les berceuses de nos mères, et cette langue dont nous userons en ce qu'elle a de plus noble et de plus juste et de plus universel nous dira. Elle en profitera pour rester en mouvement, pour élargir son territoire d'hospitalité, pour rajeunir à la source de nos métissages.
Mais nous ne serons pas là que pour pointer les déséquilibres et détecter les tragédies. Nous voulons redonner au monde sa belle voix, ancrée dans l'espoir et soucieuse des générations futures. Retisser ses liens sociaux et réhabiliter ses traditions de convivialité. Impulser une modernité qui aurait cet attribut féminin de savoir réguler les différences et les différends.
Nous rêvons? Eh bien tant mieux! Parce que le jour où les femmes ne rêveront plus, ce sera le plus grand cauchemar pour les Hommes. Rêvons! Et faisons en sorte que nos rêves s'achèvent dans une raison du monde. Par notre voix s'édifie la seule civilisation qui vaille à nos yeux: la civilisation universelle."

Les signataires (par ordre alphabétique)

  • Marie-Rose Abomo-Maurin
  • Maram Al-Massri
  • Marie-José Alie-Monthieux
  • Ysiaka Anam
  • Dalila Azzi Messabih
  • Safiatou Ba
  • Linda Maria Baros
  • Emna Bel Haj Yahia
  • Nassira Belloula
  • Maïssa Bey
  • Lila Benzaza,
  • Lamia Berrada-Berca
  • Sophie Bessis
  • Tanella Boni
  • Hemley Boum
  • Dora Carpenter-Latiri
  • Nadia Chafik
  • Chahla Chafiq
  • Sonia Chamkhi
  • Miniya Chatterji
  • Aya Cissoko
  • Catherine Cusset
  • Geneviève Damas
  • Zakiya Daoud
  • Bettina de Cosnac
  • Nafissatou Dia Diouf
  • Eva Doumbia
  • Suzanne Dracius
  • Alicia Dujovne Ortiz
  • Sedef Ecer
  • Charline Effah
  • Lise Gauvin
  • Laurence Gavron
  • Khadi Hane
  • Flore Hazoumé
  • Monique Ilboudo
  • Françoise James Ousénié
  • Fabienne Kanor
  • Fatoumata Keïta
  • Liliana Lazar
  • Sylvie Le Clech
  • Catherine Le Pelletier
  • Tchisseka Lobelt
  • Kettly Mars
  • Marie-Sœurette Mathieu
  • Madeleine Monette
  • Hala Moughanie
  • Cécile Oumhani
  • Emeline Pierre
  • Gisèle Pineau
  • Emmelie Prophète
  • Michèle Rakotoson
  • Edith Serotte
  • Leïla Slimani
  • Aminata Sow Fall
  • Elizabeth Tchoungui
  • Audrée Wilhelmy
  • Hyam Yared
  • Olfa Youssef
  • Fawzia Zouari



jeudi 3 novembre 2016

Ne cherchez plus les femmes...

... elles sont les lauréates des prix littéraires du jour. Est-ce l'effet de la journée de la gentillesse, décrétée en ce mercredi 3 novembre? Les deux jurys opérant aujourd'hui, Goncourt et Renaudot, réunis chacun dans leur salle du restaurant Drouant comme à l'habitude, n'ont récompensé que des femmes! Quatre femmes à l'honneur en un jour, on croit défaillir. Dont deux qui mettent en scène des meurtres, pas très gentil ça.



Leïla Slimani a remporté le Prix Goncourt 2016 au premier tour de scrutin pour son deuxième roman "Chanson douce" (Gallimard, 240 pages). Elle a obtenu six voix contre deux à Gaël Faye, une à Catherine Cusset et une à Régis Jauffret.

Le jury de l'Académie Goncourt (Bernard Pivot (président), Pierre Assouline, Tahar Ben Jelloun, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel, Paule Constant, Didier Decoin, Virginie Despentes, Patrick Rambaud et Eric-Emmanuel Schmitt) dit avoir été séduit par ce drame tendu qui, en creux, pose un regard acéré sur les rapports de domination dans le monde contemporain. A partir d'un prologue digne d'un thriller, la romancière relate l'histoire de Myriam et Paul, couple du Xe arrondissement parisien, qui engagent une nounou si parfaite qu'ils en deviennent dépendants. Une tragédie parfaite.

Leïla Slimane est la douzième femme à recevoir le Prix Goncourt - en plus de cent ans. Elle offre un 37e trophée à la maison Gallimard.

Pour lire le début de "Chanson douce", c'est ici.

Les quatre finalistes du Goncourt
  • Catherine Cusset, "L’autre qu'on adorait" (Gallimard)
  • Gaël Faye, "Petit pays" (Grasset)
  • Régis Jauffret, "Cannibales" (Seuil)
  • Leïla Slimani, "Chanson douce (Gallimard)

* *
*









Yasmina Reza
a reçu le Prix Renaudot 2016 au deuxième tour de scrutin pour "Babylone" (Flammarion) par six voix contre quatre pour Gaël Faye ("Petit Pays", Grasset), qui n'était pas parmi les romans finalistes du prix. Une autre récompense pour le groupe Madrigall.
Cet incorrigible jury qui s'amuse à ne pas suivre les règles qu'il édicte est composé de Christian Giudicelli, Dominique Bona, Franz-Olivier Giesbert, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Jean-Noël Pancrazi, Louis Gardel, Patrick Besson, Jérôme Garcin et Frédéric Beigbeder.

Dans ce roman, l'auteure fond son petit théâtre de la cruauté dans un dispositif romanesque mettant en scène Elisabeth qui décide d'aider son voisin qui vient de tuer sa femme pour une obscure histoire de chat.



Après dix tours de scrutin, ce qui en fait rigoler plus d'un, Aude Lancelin a reçu le Prix Renaudot Essai 2016 pour "Le monde libre" (Les Liens qui libèrent, 240 pages).  La journaliste brutalement écartée en mai dernier de la direction adjointe de "L'Obs" y pointe les failles du système médiatique français, dénonçant la décadence d'un métier et l'instauration d'une police intellectuelle. Une analyse qui peut être étendue à bien d'autres pays...





Stéphanie Janicot reçoit enfin le Prix Renaudot  Poche 2016 pour "La mémoire du monde: intégrale" (Le Livre de poche, 1.600 pages, préface inédite de J.M.G. Le Clézio), sorti hier, qui suit Mérit, née en Égypte en 1360 avant J.-C. et devenue éternelle grâce à un philtre d'immortalité.  En quête de sagesse et de bonheur, forte de sa foi dans le sens de l'Histoire, elle va traverser les siècles, désireuse de comprendre la marche du monde, d'en être le témoin, la mémoire. Veillant au destin de ses filles et des illustres personnages que la vie lui fait rencontrer, elle s'engage auprès de ceux et de celles qui se battent pour la liberté et l'égalité. Parfois mélancolique, souvent passionnée, Mérit nous entraîne dans un vertigineux et inoubliable voyage dans le temps.

Les dernières sélections des Renaudot

Romans
  • Adélaïde de Clermont-Tonnerre, "Le Dernier des nôtres" (Grasset)
  • Régis Jauffret, "Cannibales" (Seuil)
  • Simon Liberati, "California girls" (Grasset)
  • Yasmina Reza, "Babylone" (Flammarion)
  • Leïla Slimani, "Chanson douce" (Gallimard)

Essais
  • Aude Lancelin, "Le monde libre" (Les liens qui libèrent)
  • François Cérésa, "Poupe" (Le Rocher)
  • Marie-Dominique Lelièvre, "Sans oublier d'être heureux" (Stock)