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jeudi 15 décembre 2022

Doudou et bibli, Ariol,George & co


Un doudou, un livre et au lit!


Ce vendredi 16 décembre se déroulera la déjà onzième Nuit des Bibliothèques. Cette opération initiée par la Bibliothèque centrale du Brabant wallon avait pour objectif de sensibiliser les familles aux bienfaits de la lecture pour les tout-petits à travers diverses activités. Dix ans plus tard, la Nuit des Bibliothèques se déroule dans 128 bibliothèques publiques de Bruxelles et de Wallonie.

Le soir du 16 décembre 2022, les enfants et leurs familles sont invités à des lectures d'histoires sur les thèmes de la nuit et des doudous, dans des ambiances pyjama. Ensuite, durant les vacances d'hiver et jusqu'au 31 janvier, les enfants et leurs familles pourront y créer les doudous nés de leur imagination et inspirés par les albums découverts.

L'animation "Au dodo les doudous!" invite par exemple les enfants sont invités à apporter un doudou à la bibliothèque pour qu'il puisse y dormir. En venant le rechercher, ils découvriront, en images, les aventures vécues par leur doudou et pourront emprunter les livres que celui-ci a lus pendant la nuit.

Toutes ces activités sont gratuites. Le programme province par province se trouve ici. 


Ariol super star!


Au centre, Ariol. (c) BD Kids.
Fières, les éditions BD Kids, et à raison! La série bande dessinée jeunesse Ariol d'Emmanuel Guibert (scénario) et Marc Boutavant (dessin) vient de franchir le cap des 2 millions d'exemplaires vendus - tous volumes confondus - depuis la mise en vente du tome 1, en mars 2011 Une série intelligente et hilarante qui touche enfants et adultes.

Rappelons qu'Ariol est un petit âne, espiègle, curieux et sensible, qui interroge en permanence  l'existence depuis son quotidien d'enfant et d'âne. Avec son meilleur copain Ramono, son amoureuse Pétula (qui n'est pas tellement amoureuse de lui), et tous les merveilleux personnages qui gravitent autour de lui (enfants ET adultes), Ariol pose sur la vie et le monde un regard aux airs naïfs mais d'une intelligence redoutable.

Le feuilleton initialement publié par le magazine "J'aime lire" est devenu une série dont le 18e tome, "Vieux sac à puces" vient de paraître. 

Activités avec Chris Haughton


D'après "Bravo, Maman Manchot". (c) Chris Haughton.
Qui ne connaît les formidables albums pour les plus jeunes de l'Irlandais Chris Haughton? "Un peu perdu", "Oh non, George!", "Chut! On a un plan", "Bonne nuit tout le monde", "Pas de panique, petit crabe", "Et si?", "Bravo, Maman Manchot". Très reconnaissables à leurs couvertures design et à leur ton humoristique. Sept existent en français depuis 2011 (Thierry Magnier Editions), à raison d'un par an parfois en nouvelle édition. 
 
A l'approche des vacances, Chris Haughton propose aux enfants diverses activités amusantes à réaliser à partir de téléchargements gratuits de son site (ici). Des posters, des dessins à colorier, des propositions de collages, des objets en 3D papier, même un gâteau, même l'apprentissage de quelques mots d'irlandais.

Quelques-uns des téléchargements gratuits proposés
par Chris Haughton.











dimanche 5 mai 2019

Emmanuel Guibert, cosmonaute festivalier

Exposition "Contes au carré" de Loïc Gaume. (c) Maxence Martens.

Il reste un jour, ce dimanche 5 mai, pour participer au Cosmos Festival (lire ici) proposant aux enfants, à tous les enfants, d'arriver aux livres à travers diverses activités. Il se tient à Bruxelles, à Schaerbeek, à l'AREA42 (rue des Palais, 46), lieu parfait, sur deux niveaux, regorgeant de recoins. L'idéal pour y installer ateliers, expositions, lieux de rencontre, librairies. Tout est tentant et bien pensé  au Cosmos Festival. Mais où le public, pas très nombreux en ce samedi de première édition? Et pourquoi n'est-il pas davantage là?

Atelier bébés. (c) Maxence Martens.

Atelier enfants. (c) Maxence Martens.


Tom Schamp au travail avec des scolaires.
Le festival a bien commencé vendredi avec les animations scolaires, en compagnie de Tom Schamp notamment, et  par deux représentations, les premières en Belgique, devant des publics également enchantés, de l'Ariol' show, une pour les scolaires l'après-midi, une publique en début de soirée. Il faut voir Emmanuel Guibert raconter, chanter et se déhancher au son des musiques que lui et son acolyte Bastien Lallemant (Les Siestes Acoustiques) interprètent à la guitare alors que le troisième compère, Marc Boutavant, dessine en direct sur une table lumineuse et projette les pages des histoires d'Ariol lues par l'auteur.

L'Ariol's show.
Ariol, génial ânon à lunettes, est né dans le mensuel "J'aime lire" en 2000, de l'imagination d'Emmanuel Guibert et des dessins de Marc Boutavant. Du magazine, il est passé aux albums - quinze à ce jour, un million d'exemplaires vendus selon les éditions Bayard -, au dessin animé et depuis septembre 2016, à la chanson (deux disques, un bleu et un rouge, et un spectacle "qui n'est pas destiné à tourner"). "Le spectacle", précise Emmanuel Guibert, "est né quand l'atmosphère était plombée en France, après les attentats. Je me suis demandé ce que je pouvais faire à mon petit niveau. C'est agréable de voir que les enfants, de toutes les couleurs et de toutes les origines, et leurs accompagnateurs ont la banane pendant tout le spectacle."

Le génie d'Ariol, en CM1 c'est-à-dire en quatrième année primaire, c'est qu'il fait rire autant les enfants (> 6 ans) que leurs parents et pas toujours pour les mêmes raison. Il y a bien sûr les scènes propres à l'enfance, fête d'anniversaire ou vacances chez les grands-parents, les interrogations et les remarques au premier degré, mais aussi un humour un rien piquant qui observe la société et son quotidien et dépeint les relations entre générations différentes. Lui et ses potes, son meilleur copain Ramono, Pharamousse, Pétula, Bisbille, sans oublier sa famille, Papa Avoine, Maman Mule, Papi Atole et Mami Annette, donnent lieu à un spectacle impeccable, tellement joyeux, combinant saynètes, dessins et musique.

Merci à Vincent Rif pour son dessin.
La veille, le jeudi donc, avait eu lieu un prologue du Festival à la Bibliothèque Hergé (Etterbeek) où Emmanuel Guibert effectua une balade littéraire. On peut retrouver ses livres ici et ses vingt coups de cœur ici, ainsi que les deux enregistrements qu'il a suggéré d'écouter: "L'autobiographie sonore de Fred Deux" (ici), et "La nuit rêvée d'Emmanuel Guibert" sur France Culture (ici).



Emmanuel Guibert.
Emmanuel Guibert (lire ici et ici) à Bruxelles, ce n'est pas tous les jours. L'occasion de passer ses projets en revue.

Des projets qui n'empêchent pas l'auteur-illustrateur de faire partie d'une association qui soutient Christine Géricot, une femme qui anime des ateliers d'arts plastiques à l'hôpital Gustave Roussy de Villejuif. "Elle a eu le premier poste d'enseignant assigné à un hôpital. Depuis quinze ans, elle mène des ateliers avec des patients en oncologie et aussi en oncologie pédiatrique. Son association a été parrainée par Raymond Devos qui lui a donné son nom, "Sur un lit de couleurs", appellation qui est aussi le titre d'un livre qui reprend les travaux des enfants. Aujourd'hui, six ou sept expériences de ce type sont menées en France. Même avec des malades d'Alzheimer. Il faut voir la surprise des visiteurs quand ils découvrent les expositions de leurs œuvres. Ce sont des personnes qui ont rompu avec le dessin depuis 60, 70 ou 80 ans, et qui retrouvent l'expression artistique pour sauver leur peau. Avoir un atelier artistique dans un hôpital, ce n'est pas une cerise sur un gâteau mais la farine du gâteau. C'est le jour et la nuit entre ceux qui dessinent et ceux qui ne dessinent pas. On voit des miracles, même question motricité. Le cerveau se débrouille pour contourner les obstacles et arriver à ses fins."

Projets
  • Un livre sans images qu'il écrit depuis un an et qui devrait paraître en 2020 chez Gallimard. Raison pour laquelle il dessine beaucoup moins ces derniers temps. Ce qui ne l'empêche pas d'être en retard pour ce livre. "Je veux consacrer aux choses le temps qu'elles requièrent."
  • Un album reprenant la page qu'il avait dans l'"Ebdo" avant l'arrêt de l'hebdomadaire. "Le smartphone et le balayeur" sortira aux Arènes quand cinquante planches seront prêtes.
  • Un album de dessins légendés chez Dupuis, un bel objet attendu pour début 2020.
  • Un volume sur l'adolescence d'Alan Cope (dont il est question depuis 2013, lire ici).
  • Un nouvel épisode des "Sardines de l'espace" avec Mathieu Sapin dont le dernier tome paru date de 2014 et un dessin animé. "Dans cette série abrasive, un album comporte deux histoires. On y commente l'actualité. J'ai une rétention de râlerie non évacuée en l'absence des Sardines. C'est pour cela qu'elles reviennent."
  • Plus tard, un grand livre sur la ville de Rome, "des rencontres avec des Romains au coin des rues", pour lequel existent déjà 80 pages sur les 300 envisagées.







mardi 30 avril 2019

Le Cosmos Festival décolle ce week-end


Rêvé en décembre dernier (lire ici), le Cosmos Festival est devenu une réalité. Il est même sur sa rampe de lancement. Le premier festival dédié aux littératures jeunesse à Bruxelles se déroulera en effet les vendredi 3, samedi 4 et dimanche 5 mai à l'Area 42 de Schaerbeek (rue des Palais 46). Avec un prologue le jeudi 2 mai à 18 heures à la bibliothèque communale Hergé à Etterbeek (avenue de la Chasse, 211): une balade littéraire dans ses rayons avec Emmanuel Guibert, le parrain de la première édition.

Trois jours, le vendredi pour les scolaires, le week-end pour tout le monde.
Une trentaine d'invités, plein d'activités pour tous les âges, des bébés aux adultes, des expos, des spectacles, des rencontres et des tables rondes.
Si l'accès au festival est libre, il faut savoir que différentes activités proposées sont payantes (tarif fixe ou libre).

Les invités
Du beau monde autour d'Emmanuel Guibert, le parrain. Son acolyte pour Ariol, Marc Boutavant. Des gens de la BD comme Fabien Velhlman, de l'illustration comme Sarah Cheveau, Sigrid Baffert, du roman jeunesse comme Emile Cucherousset ou Nastasia Rugani. Eux sont des Français venant de France. Il y aura aussi des Français habitant en Belgique, Marie Chartres (avec un s final à son nom), Elodie Shanta, Emile Plateau, Fanny Dreyer, Thomas Gilbert, Loïc Gaume. Un auteur américain, Gary Schmidt. Et même des Belges, Jean-Luc Englebert, Thomas Lavachery, Abdel de Bruxelles, Léonie Bischoff, Marine Schneider, Mathieu Pierloot, Max de Radiguès, Monsieur Iou, Noémie Favart, Olivier Gorka, Wauter Mannaert, Benoît Féroumont, Philippe Brasseur, Joy, Tiffanie Vande Ghinste. Bref du beau monde dont on trouve les publications chez Bayard, MeMo, Versant Sud, Pastel, Rue de Sèvres, Thierry Magnier, Dupuis, TipToe.


Les invités.

Les spectacles (hors scolaires)

  • Ariol's Show (Spectacle dessiné)  vendredi 18h30-20h  > 6 ans
  • Ici Baba (Concert) dimanche 11h-12h30 > 3 ans
  • Comète (Concert) dimanche 16h-17h30 > 6 ans 

Les expositions

  • Marine Schneider 
  • Noémie Favart
  • Le Château des étoiles
  • "Les Contes au Carré" de Loïc Gaume (montée par la Fédération Wallonie Bruxelles)
  • Travaux d'étudiants Haute École Albert Jacquard - HEAJ - Infographie
  • Fresque en direct samedi 15h30-17h30 

Les ateliers
Il y a l'embarras du choix, et des propositions pour tous les âges, des bébés aux adultes: tatouage en sérigraphie, pochoir, création d'un personnage, lecture de contes, illustration, philosophie, pantin, papier découpé, reliure, fanzine, massage conté, théâtre d'ombres, tampons patates, gravure... Infos complémentaires (heures, public) ici.

Les rencontres
Ici aussi, il faudra choisir entre Faux-tomaton, Salon des premières fois, Live strip avec Fabien Vehlmann et Benoit Feroumont, "Polynies" avec l'éditrice Chloé Mary et ses auteurs Nastasia Rugani, Emile Cucherousset, Sigrid Baffert, Mathieu Pierloot, Des bébés et des livres avec l'auteure Marine Schneider, l'éditrice Isabelle Bézard et la chercheuse Adélaïde de Heering, Editions Tiptoe, Thomas Lavachery , Les enjeux de la représentation en littérature jeunesse avec Fabien Vehlmann, On sait lire, mais laissez-nous les images! avec Thomas Lavachery, Jean-Luc Englebert et Marie Chartres. Infos complémentaires (heures, public) ici.

5, 4, 3, 2, 1, 0
Un programme alléchant, mené par deux jeunes femmes volontaires et énergiques, Sophie Baudry et Anaïs Félix, qui ont découvert que monter un festival demandait un professionnalisme dont elles ne peuvent encore se réclamer. La preuve lors des divers couacs entre les organisatrices, certains invités et certains éditeurs. En espérant que ces ratés servent pour l'avenir.
Allez hop, tous à Schaerbeek ce week-end.






mercredi 25 janvier 2017

Emmanuel Guibert couronné à Angoulême

Emmanuel Guibert.

Emmanuel Guibert est le lauréat du prix René Goscinny 2017, une belle manière d'inaugurer le festival d'Angoulême qui se tient du 26 au 27 janvier.
Prix René Goscinny.

Voilà ce que dit le jury:
"Certains hommes sont des caméléons, d'autres empruntent des identités, d'autres enfin sont des dessinateurs. Emmanuel Guibert, né en 1964, est tout cela à la fois, par la manière amoureuse dont il se glisse dans l'intimité de gens qui lui sont proches pour la sublimer par son geste créateur. Le photographe Didier Lefèvre ou l'ancien soldat américain Alan Ingram Cope sont ainsi devenus les personnages de récits où biographie et autobiographie fusionnent en un flux indémaillable. Emmanuel Guibert parvient en effet à convertir les personnes qu'il a connues et admires en héros simples mais édifiants. Son écriture s'articule alors à une pratique très réfléchie du dessin, dont la beauté plastique est souvent subjuguante. En parallèle, Emmanuel mène une carrière de scénariste pour la bande dessinée jeunesse où ses héros figurent d'ores et déjà au panthéon des lectures les plus appréciées des cours d'école. La série Ariol, à ce titre, dresse un portrait très contemporain de l'enfance d'aujourd'hui. C'est pour la diversité de son œuvre, sa capacité à perpétuellement se renouveler, pour l'intelligence et la sensibilité avec lesquelles il réfléchit à la place de l'auteur et du narrateur dans sa mise en scène des biographies, que les membres du jury du Prix Goscinny ont décidé de couronner Emmanuel Guibert pour l'ensemble de son œuvre."

Une excellente occasion de relire une grande interview faite avec Emmanuel Guibert à Bastia en 2013 à propos de "La guerre d'Alan" (ici). 



vendredi 21 juin 2013

LB nit Yolande de Knokke
et la fête de la musique

Yolande de Knokke, qui était à BD à Bastia en avril dernier (20 ans cette année) et lui envoie, en ce jour de fête de la musique - on verra très vite pourquoi - , un formidable témoignage d'Emmanuel Guibert qui exposait en Corse ses originaux relatifs à Alan I. Cope.



Agé aujourd'hui de 49 ans, l'auteur-illustrateur français a formidablement parlé devant un public ému de son amitié avec Alan, un ancien soldat américain installé à l'île de Ré, rencontré par hasard et dont il conte la vie en quatre volumes pour le moment ("La guerre d’Alan", trois tomes sortis en 2000, 2002 et 2008, réunis en un seul volume grand format en 2009 et en intégrale en  2012, et "L’enfance d’Alan", sorti en 2012, tous à L'Association). Aura-t-on un jour "L'adolescence d'Alan"? Guibert, lui, est prêt.



Vive la fête de la musique 1994

Emmanuel Guibert, ce sont bien sûr aussi les séries "Ariol" (BD Kids), "Les Sardines de l’espace" (Dargaud), les trois tomes du "Photographe"  (Dupuis/Aire libre), des albums chez Dupuis, Actes Sud junior et ailleurs.
Mais ce jour-là, il ne parlera que de son histoire avec un vieux monsieur inconnu.
Les trois albums "La guerre d'Alan" ne sont pas nouveaux, c'est vrai. L'occasion de les relire si vous les connaissez, la chance de les découvrir pour les autres. "L'enfance d'Alan" est plus récent et vaut tout autant le détour.

Emmanuel Guibert explique sa démarche en ouverture du premier volume.



Mais laissons-le parler.
Le projet date de 1995-1996. J’ai proposé à L’Association de faire entre 500 et 1000 pages sur un vieux monsieur et ses souvenirs, en noir et blanc. Jean-Christophe Menu, le patron à l’époque, m’a dit : "Oui c’est intéressant, on va le faire".

L'idée de la chronique.
Depuis tout petit, je tenais les chroniques familiales de la vie alentour: mes parents, le quartier, les commerçants. C’était très spontané. J’ai fait cela durant mon enfance et mon adolescence. Pour prolonger des bons moments, des instants savoureux, des choses qui méritaient d’être racontées. J’ai continué plus tard, après une conversation avec une personne intéressante. Je prenais un quart d’heure le soir pour restituer par écrit ce qu’elle avait dit, avec ses mots. Cela a donné une pléiade de petits carnets de ce qui m’avait frappé.
La rencontre avec Alan I. Cope.
Le 16 juin 1994, j’étais à l’île de Ré pour la première fois, avec mon père. On s’est baladés près du port, puis on s’est perdus, dans la mesure où on peut se perdre là. J’ai remarqué un monsieur qui sciait du bois devant chez lui. Nous avons eu une discussion d'une vingtaine de minutes où il nous a donné des conseils à propos de l’île. C’était à la fois des informations et une conversation. J’avais remarqué qu’il avait une pointe d’accent anglo-saxon. Puis on s’est quittés. Mon père et moi, on s’est dit: "Tiens, cela valait le coup !" On éprouvait de la gratitude pour cet homme. Le soir-même avait lieu au centre culturel un concert de la chanteuse grecque Angélique Ionatos. Nous y sommes allés. En sortant de la salle, j’ai revu le monsieur croisé l’après-midi. Il m’a fait un petit signe de connivence. Une amorce de relation.
La force du hasard.
Notre bien-être général est basé sur des miro-faits accumulés. Quand on y réfléchit, ce n’est pas rien.Quelques jours après, c’était le 21 juin, la fête de la musique. Sur le vieux port, je dessinais deux jeunes filles, jouant de la flûte traversière et du violoncelle. Un chien me renifle et j’entends "Compliments". C’était Alan et sa femme et son chien. On s’est quittés très tard ce soir-là, à minuit révolu. Il m'a parlé de beaucoup de choses.Il m’a raconté des souvenirs qu’il m’a été impossible de consigner à mon habitude. Il me fallait un magnétophone pour capter la lettre de ce qu’il me disait. Très vite est venue l'idée de faire un livre ensemble suite à cette rencontre pittoresque.Il m’a montré des brassées de documents dans son atelier, ses disques vinyles, il est allé chercher tous les passeports de sa vie, il y en avait une dizaine. C’était comme un flipbook qu’il m’offrait pour que je le voie vieillir en une seconde.
Un projet enclenché immédiatement.
J’étais éperdu de reconnaissance. Dès le lendemain, je suis allé m’asseoir dans sa ruelle. J’ai fait le portrait de sa maison, un lavis que j’ai glissé dans sa boîte aux lettres.Ensuite, il m’a présenté son jardin, à un kilomètre et demi de chez lui, avec un chalet, comme aux USA. Il m’a présenté ses poiriers, ses millepertuis, ses rosiers.On s’est assis et on a commencé à enregistrer ses souvenirs. Le processus a duré cinq ans.Ce fut une relation très intense. Une rencontre entre atomes crochus où les qualités étaient appréciées et les défauts supportés. Je me disais que je devais suivre mon instinct. Le livre fut un alibi pour partager l’amitié, où on fabrique aussi quelque chose ensemble. Alan fonctionnait comme cela aussi. Le livre est aussi bien l’amitié entre Alan et moi que les amitiés d’Alan. Je pense que celui qui ne fonctionne pas comme ça disfonctionne. On est là, sur terre, pour les relations humaines.
"L'enfance d'Alan" (c) Emmanuel Guibert/L'Association.

L'amour de la vie.
Alan, malade, souffrait beaucoup, mais cela ne se voyait pas quand il racontait ses souvenirs. Il arrêtait mes cris de compassion. Il n’était pas presbytérien pour rien. "Si on n’avait pas vécu cela hier, on ne serait pas là aujourd’hui", disait-il. Le livre raconte nos coups durs et surtout un immense amour de la vie. Alan est une personne âgée souriante qui continue à aimer l’existence avec une force de vie intacte jusqu’au bout ; même sur son lit d’hôpital, il s’intéressait encore à un petit oiseau qu’il ne connaissait pas.
Un récit d’apprentissage.
L’expression artistique sert à nous informer de ce qu’on a à l’intérieur. Alan découvre la vie et apprend tout ce qui peut l’être. C’est un homme qui avait compris le sens de l’apprentissage. Un autodidacte. Il a 18 ans en 1943 et le monde est en feu autour de lui. On lui donne un casque et un fusil. Son entraînement se fait à balles réelles. Il apprend à conduire un char. Il doit se cacher dans des trous d’hommes (« fox holes ») sur les routes. Il est un défenseur de l’esprit de paix. Il a eu une vie d’exilé, loin de sa terre natale. Vers cinquante ans, il a essayé de renouer avec toutes les personnes qui lui avaient plu dans l’existence. Il a tenu des correspondances, fait des rencontres, que j’ai prolongées, moi, après sa mort. C’était une enquête amicale, sur les traces d’Alan et de ce qui avait été son monde.
Au-delà de la mort.
La mort n’est pas une raison suffisante pour arrêter d’avoir des sentiments envers quelqu'un. La confiance dans les affinités intellectuelles continue, la personne continue. Nous continuons à  chercher conseil auprès d’elle. Mais il y a aussi des gens qu’on a oubliés, qu’on oublie. Ils ont décidé de s’en aller. C’est bien, pour ne pas être alourdi par des présences fantômes. Ma façon de faire le deuil d’Alan a été de continuer le boulot. La perspective était ouverte.S’agit-il de l’enfance d’Alan ou de l’enfance d’Emmanuel ? Je vais sur ses traces là où mon cœur bat. Ce sont des rendez-vous avec des parcelles de lui. Il n’y a pas de fin, pas de limite, je n’en aurai jamais terminé avec cela. Cela soulage, cela n’accable pas, cela fait du bien, c’est rassérénant. Sur les traces de quelqu’un, on est très bien accueilli. Les portes s’ouvrent, les bras aussi. Je suis allé entre  Los Angeles et Pasadena, là où Alan a vécu dans les années 30. C’est devenu un quartier latino, j’y suis allé avec une caméra, malgré les avertissements. Mais les portes se sont ouvertes. Les gens m’ont parlé : "Moi, mon grand-père…"  Cela m’est arrivé des dizaines de fois. Des choses miraculeuses me sont arrivées.
Le hasard, encore.
A Prague, j’ai rencontré un spécialiste de la guerre qui m’a dit : "Votre livre, cette mission d’Alan, c’est ma vie, c’est ma thèse"». Nous avons fouillé les archives. Cette mission a été archidocumentée ; des films, des petits bouts de papier tendus aux GI pour des dédicaces. J’ai vu, image par image, ce qu’Alan m’a raconté, un soldat américain qui parle tchèque, des snipers allemands... Tout ce qu’il m’avait dit, je le voyais. Quelle émotion ! Un mois et demi après mon retour à Paris, j’ai reçu un mail de Tomas : une photo agrandie où figuraient les mots "Alan Patsy", Patsy,  la jeune fille à laquelle il était fiancé pendant la guerre. Dans la tourelle du char se trouvait un soldat comme lui, mais de dos. Un mois après, j’ai reçu une nouvelle photo d’Alan, de face dans sa tourelle cette fois. Quel bonheur!
Etre au monde.
"L’enfance d’Alan", c’est un travail sur la mémoire et un questionnement graphique pour lesquels j’ai utilisé des supports et des outils nouveaux pour moi. J’ai fixé des îlots de mémoire qui jalonnent l’enfance. Il y a moins de dialogues que dans "La guerre d’Alan" mais davantage de récits narratifs, pour explorer les confins de la BD. Pour ces récits, j’écris intégralement le texte, jusqu’à la virgule près, avant de dessiner. Un jour, on a rendez-vous avec le défi qu’on s’est lancé et on essaie de marier tout cela. Où faire passer un moment de vie ? comment modeler le temps de lecture? Je fais des recherches pour induire des réactions psychologiques chez le lecteur (arrêt du récit, accélération, tension, détente). C’est extrêmement jouissif à concevoir. On est comme dans un laboratoire, dans un pré carré qu’on s’est choisi.

L'histoire d'Alan est aussi la très belle exposition qui a été présentée aux excellentes rencontres BD à Bastia.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.
© Laurence Le Saux pour BoDoï.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.
© Laurence Le Saux pour BoDoï.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.

© Laurence Le Saux pour BoDoï.