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mercredi 17 juin 2026

Palmarès du prix Bernard Versele 2026


Les livres lauréats 2026, mis visuellement en scène
par Marine Schneider. (c) Ligue des Familles.

Ils ont été 40.000 enfants
à participer cette année au prix Bernard Versele de la Ligue des familles. 39.820 exactement. Trois mille de plus que l'an dernier (lire ici). Une remontée par rapport à 2024 où ils étaient plus de 45.000 (lire ici)! Ces jeunes lecteurs ont désigné le meilleur du livre jeunesse parmi les vingt-cinq titres qui leur avaient été proposés au cours de l'année scolaire 2025-2026. 
 

Depuis 1979, année de sa création, la mécanique du prix est bien huilée. Vingt-cinq livres sont sélectionnés par 300 volontaires (adultes). Les livres entament alors leurs périples à travers les classes et bibliothèques de Wallonie et de Bruxelles. Chaque enfant participant découvre les cinq livres correspondant à son niveau de lecture. Les enfants lisent seuls ou grâce à la complicité d'un lecteur adulte, en classe, en bibliothèque ou à la maison, avant de voter pour leur titre préféré. Ils peuvent voter pour leur coup de cœur même s'ils n'ont pas lu la totalité des cinq livres d'une catégorie. Ils peuvent aussi voter en dehors de leur catégorie d'âge.

Le palmarès des différentes éditions du prix Bernard Versele constitue une sorte de bibliothèque idéale, rendant compte des goûts des enfants (lire ici). Humour et exigence en général. S'ils aiment rigoler, ils sont aussi touchés par des sujets plus difficiles.
 
Ce qui frappe dans le palmarès 2026, c'est la proximité de votes entre les prix et les labels en catégories 1 et 2 chouettes. Respectivement plus de 4.000 votes et 3.000 votes! Les autres catégories suivent leurs courbes habituelles.
A noter que les éditions Motus, placées en liquidation judiciaire en décembre 2025, ont été reprises en mai de cette année par le groupe luxembourgeois Sansolano Média qui entend les faire renaître en 2027, une nouvelle structure juridique étant en création.

 

Palmarès
 

1 chouette
(dès 3 ans)


Lauréat
3,2,1… Go !  
Delphine Bournay
l'école des loisirs

Quand l'atelier bricolage d'une télécommande de l'espace ne se déroule pas comme prévu.
 
4.263 votes
 
 
 

Label

La Piscine Pastèque
Bonsoir Lune
traduit du coréen par Kevin Jasmin Hamard
Cambourakis

Dans des pastèques à maturité, on creuse pour obtenir de gigantesques piscines de jus sucré. Rafraîchissant mais gare aux pépins!

4.122 votes
 
 


2 chouettes
(dès 5 ans)

Lauréat

Pagaille en pagaies
Marie Dorléans 
Sarbacane
 
Un format à l'italienne pour voir ce qui se passe sous l'eau lors d'une compétition de canotage.

3.459 votes


Label
 
Canicule
Doug Salati
traduit de l'anglais par Gaël Renan
Le Genévrier
 
Le discours intérieur d'un jeune teckel qui accompagne sa maîtresse, tous deux terrassés par la canicule.

3.181 votes


3 chouettes
(dès 7 ans)


Lauréat

Edith, la petite fille qui avait cent ans
Catharina Valckx
l'école des loisirs
 
Vieillir ou ne pas vieillir, le dilemme de la jeune héroïne.
 
2.947 votes  
 
 
Label
L'âne et le bœuf 
Jihad Darwiche et Gilles Rapaport
Éditions Oui dire
 
Une adaptation d'un conte traditionnel des Mille et Une Nuits qui nous entraîne dans une fable pleine de sagesse sur l’amitié et les conséquences de nos actes.

1.422 votes



4 chouettes
(dès 9 ans)

Lauréat

Jonquerettes et Pâquilles
Pija Lindenbaum
traduit du suédois par Catherine Renaud
Cambourakis
 
Quand les enfants de la maison aux volets rouges et ceux de la maison aux volets bleus s'interrogent sur la cheffe qui décide de tout.
 
1.263 votes



Label

Murmures des sous-bois
Kengo Kurimoto
traduit de l'anglais par Fanny Soubiran
l'école des loisirs/Rue de Sèvres

La découverte émerveillée de la vie sauvage, et son partage. 
 
904 votes



5 chouettes
(dès 11 ans)


Lauréat

Un amour de tronçonneuse
Colin Thibert et Juliette Gaillard
Éditions Thierry Magnier

Une tronçonneuse à réparer? Un combi jaune orangé? Une tante déjantée? Les ingrédients d'un road-trip super rythmé.

1.253 votes




Label
Le tyran des mots
Rémi David et Valérie Michel
Éditions Motus
 
Un tyran peut-il interdire aux habitants de prononcer certains mots pour mieux contrôler leurs pensées?
 
678  votes





Les 25 titres proposés aux suffrages des enfants
 
1 chouette (dès 3 ans) 
  • "La course des mamans", Emma Virke et Joanna Hellgren (traduit du suédois par Aude Pasquier, Cambourakis)
  • "La piscine Pastèque", Bonsoir Lune (traduit du coréen par Kevin Jasmin Hamard, Cambourakis)
  • "Chez Bergamote", Junko Nakamura (Memo, lire ici)
  • "3,2,1…Go", Delphine Bournay (l'école des loisirs)
  • "Didlidam didlidom", Sabine De Greef (l'école des loisirs/Pastel)
 
2 chouettes (dès 5 ans)
  • "Nuit de chance", Sarah Cheveau (La Partie, lire ici)
  • "Bertha et moi", Beatrice Alemagna (l'école des loisirs, lire ici)
  • "Canicule", Doug Salati (traduit de l'anglais par Gaël Renan, Le Genévrier
  • "L'œuf", Emilie Chazerand et Christine Roussey (Sarbacane)
  • "Pagaille en pagaies", Marie Dorléans (Sarbacane)
 
3 chouettes (dès 7 ans)
  • "L'âne et le bœuf", Jihad Darwiche et Gilles Rapaport (Éditions oui dire)
  • "Le son du silence", Katrina Goldsaito et Julia Kuo (traduit de l'anglais par Chun-Liang Yeh, Hongfei, lire ici)
  • "Edith la petite fille qui avait cent ans", Catharina Valckx (l'école des loisirs)
  • "La tempête", David Wautier (Le diplodocus)
  • "Hazel la petite sorcière: une année dans la forêt", Phoebe Wahl (traduit de l'anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault, Les éditions des éléphants)
  
4 chouettes (dès 9 ans)
  • "Jonquerettes et Pâquilles", Pija Lindenbaum (traduit du suédois par Catherine Renaud, Cambourakis)
  • "La confiture de Berbéranza", Florence Médina et François Ravard (Didier jeunesse)
  • "Solo", Marc Daniau (Éditions Thierry Magnier)
  • "Mischka", Edward Van de Vendel & Anoush Elman, Annet Schaap (traduit du néerlandais par Maurice Lomré, l'école des loisirs)
  • "Murmures des sous-bois", Kengo Kurimoto (traduit de l'anglais par Fanny Soubiran, l'école des loisirs/Rue de Sèvres)
 
5 chouettes (dès 11 ans)
  • "Le tyran des mots", Rémi David et Valérie Michel (Éditions Motus)
  • "Un amour de tronçonneuse", Colin Thibert et Juliette Gaillard (Éditions Thierry Magnier)
  • "Animaux & humains", Yoko Heiligers (traduit du néerlandais par Clara Arconada, Hélium)
  • "Pauline en voyage", Marie Desplechin et François Roca (l'école des loisirs)
  • "Le défilé", Kouam Tawa et Marco Chamorro (Voce Verso éditions)
 
 

vendredi 8 mai 2026

Neuf lauréat.e.s de l'ALMA à reconnaître

"Si je constate que je suis bloqué — surtout dans l'écriture —,
je devrais généralement enlever quelque chose.
Quelque chose que je croyais nécessaire au moment
où je l'avais planifié."
Jon Klassen, prix ALMA 2026.

L'artiste canadien Jon Klassen est le neuvième créateur d'albums pour enfants à recevoir le prix commémoratif Astrid Lindgren, l'ALMA (Astrid Lindgren Memorial Award). Ce dernier a été créé en 2002 par le gouvernement suédois afin de promouvoir le droit de chaque enfant à de belles histoires. Il est décerné chaque année depuis 2003 à une personne, auteur ou illustrateur, ou une organisation pour sa contribution exceptionnelle à la littérature de jeunesse. Doté de cinq millions de couronnes suédoises (464.000 euros actuellement), il s'agit du plus important prix de ce type.
 
En vingt-cinq éditions, il a été décerné neuf fois à un.e illustrateur.trice, indique le site dédié au prix qui rappelle brièvement ces lauréat.e.s. L'occasion pour moi d'une devinette. Regardez l'image ci-dessous. Reconnaissez-vous ces graphismes? A qui appartiennent-ils? Réponse plus bas.
 
 

 
 
Les lauréats ALMA

2026 Jon Klassen (lire ici)
2025 Marion Brunet (lire ici)
2024 L'organisation australienne "Indigenous Literacy Foundation" (lire ici)
2023
Laurie Halse Anderson (lire ici)
2022 Eva Lindström (lire ici)
2021 Jean-Claude Mourlevat (lire ici)
2020 Baek Hee-na (lire ici)
2019 Bart Moeyaert (lire ici)
2018 Jacqueline Woodson (lire ici)
2017 Wolf Erlbruch (lire ici)
2016 Meg Rosoff (lire ici)
2015 Praesa (lire ici)
2014 Barbro Lindgren (lire ici)
2013 Isol
2012 Guus Kuijer (lire ici)
2011 Shaun Tan
2010 Kitty Crowther
2009 Tamer Institute
2008 Sonya Hartnett 
2007 Banco del Libro
2006 Katherine Paterson
2005 Philip Pullman et Ryôji Arai
2004 Lydia Bojunga
2003 Maurice Sendak et Christine Nöstlinger


Réponses

dimanche 12 avril 2026

La triste nouvelle du décès de May Angeli

May Angeli en Tunisie, son deuxième pays. (c) Karim Ben Smail.

A l'avant-veille de l'ouverture de la 63e Foire du livre pour enfants de Bologne, on apprend le décès de l'immense artiste May Angeli. Quelle tristesse! L'évoquer, c'est voir tout de suite surgir son sourire malicieux et les merveilleuses gravures sur bois qu'elle utilisait principalement dans ses albums pour enfants. Une technique qui n'allait pas de soi pour les éditeurs à ses débuts - elle me l'a rappelé ici à Moulins quand elle y a reçu le Grand prix de l'illustration - mais ne rebutait pas ses jeunes lecteurs, bien au contraire. Le choix des couleurs et la justesse du trait comme du propos les ont convaincus depuis belle lurette.

"Le chat qui s'en allait tout seul", de Rudyard Kipling. (c) Seuil Jeunesse.


Combien de générations ont-elles été enchantées par la virtuose de la xylographie, elle qui était née le 6 août 1937 à Clichy, d'une mère catholique de noblesse mi-bretonne, mi-gasconne, et d'un père juif ashkénaze tchèque, sous le nom de May Blumenfeld? Sa bibliographie entamée en 1961 à La Farandole après des études à l’École nationale supérieure des arts appliqués est richissime et une petite centaine de ses titres sont toujours disponibles, le dernier ayant été publié il y a un an (voir ici). 
 
C'est ce que rappelle le Seuil Jeunesse en annonçant son décès sur les réseaux sociaux.
"C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de May Angeli, autrice et illustratrice dont l'œuvre a marqué plusieurs générations de lectrices et lecteurs.
May Angeli a grandi au croisement de cultures qui ont façonné son regard sur le monde. Cette richesse d'héritage, on la retrouve dans toute son œuvre: une œuvre habitée par la tolérance, l'ouverture et un profond respect de l'altérité.
Formée aux Métiers d'art à Paris, May Angeli s'est d'abord illustrée par ses travaux à la gouache, à l'encre et à l'aquarelle. Mais c'est en 1980 qu'elle découvre ce qui deviendra sa signature artistique: la gravure sur bois, dont elle deviendra l'une des grandes maîtres. Ses albums, qu'elle crée en tant qu'illustratrice ou autrice-illustratrice, portent cette empreinte unique: la force du trait, la vibration de la couleur, la poésie des matières naturelles.
Son talent l'a menée à collaborer pour le livre, le théâtre, le cinéma, et à transmettre sans compter lors d'ateliers auprès des enfants. Tout au long de sa carrière, elle a su faire de ses images des espaces d'émotion, de dialogue et d'humanité.
Nous souhaitons aujourd'hui saluer une artiste lumineuse, engagée, curieuse, généreuse; mais aussi une femme profondément attachée à la liberté, à la beauté du monde et au partage. Son œuvre continuera longtemps d'accompagner les jeunes lecteurs, d'ouvrir des horizons, et de transmettre cette douceur grave qui lui était propre.
Nos pensées vont à sa famille, à ses proches, et à toutes celles et ceux qui ont été touchés par son travail."
Gravure sur bois, encore et toujours.


L'ancien éditeur tunisien Karim Ben Smail annonce aussi la triste nouvelle.
"May Angeli nous a quittés.
Notre amie May était une immense auteure jeunesse, publiée partout, en Tunisie aussi, son deuxième pays, où elle rejoignait tous les ans pour plusieurs mois son compagnon Hassen Filali, qui nous a quittés il y a quelques années. 
May a laissé beaucoup d’amis, beaucoup d'amour et de respect; une femme rare dont l'appartement parisien a toujours été le refuge, la porte ouverte à tous ses amis tunisiens. May savait accueillir, dans la simplicité. 
Farouche défenseure de toutes les libertés, je me souviens de ce jour à Paris où un policier contrôlait un peu trop brutalement un passant noir, elle s'est approchée, très près. Et quand on lui a dit «Circulez», elle a répondu «Non, j'observe, je témoigne». Sacrée nana.
May, c'était un regard de calme et de bonté. Quand elle nous hébergeait à Paris, dans son salon, il y avait une presse d'impression manuelle sur laquelle elle produisait ses belles gravures, une ambiance de magie créative, lumineuse. 
Quand mon beau-père, très malade, a dû aller se faire soigner à Paris, c'est elle qui l'a accueilli, sans hésiter. Comme pour tant d'autres, May était toujours là, bienveillante, intelligente, courageuse et malicieuse. La Tunisie est très présente dans ses livres, dans son cœur, beaux cadeaux à son pays d'adoption.
Nous lui avons rendu visite il y a une semaine à peine, épuisée par la maladie, douleurs et fatigue. Malgré cela, elle a tenu à se lever, à s'installer dans le fauteuil, parlant difficilement, mais trouvant toujours assez d'énergie pour nous sourire, «Je suis entourée de sauvages», manière de dire «Je veux partir», sans le dire. Puis «Sauf vous!». Je garderai toujours le souvenir de sa main dans la mienne, un geste inhabituel entre nous; elle m'a regardé et a esquissé un rire un peu essoufflé, avec un précieux «la main dans la main!», un petit éclair de malice dans les yeux, une dernière fois. 
Je l'avais appelée il y a quelques jours, elle allait mieux, mais était lucide, «Je ne m’inquiète pas», «Tu vas aller mieux, on t'attend à Tunis!». Hésitation, presque gênée, pudique: «Ça n'est pas possible». Lucide, peu de mots. Et quand je lui ai dit qu'on l’embrassait fort, elle a répondu «Oui, très fort, très fort». 
Une douceur profonde, jusqu'à sa dernière phrase pour l'aide-soignant à ses côtés, lors d'un bref et ultime moment, dans les brumes des calmants: «Vous êtes un très bon ami». De la gentillesse, jusqu'à la fin. 
Nous t'embrassons May, fort, très fort. 
Quel privilège de t'avoir côtoyée! 
Merci pour tout." 
"L'école est fermée". (c) La joie de lire.

Nédra Ben S., une autre de ses amies tunisiennes dit ceci:
"Il existe des femmes qui vous apprend ce que c'est que la liberté. May Angeli était de celles-là. Libre, audacieuse, elle ne renonçait pas à son désir. 
Elle vous apprenait aussi la droiture et l'intégrité, intellectuelle et affective. 
May est une amitié et une leçon. Merci."
L'illustrateur français Mathias Friman témoigne:
"Tellement triste de cette nouvelle. May était talentueuse, drôle. J'étais toujours heureux de la croiser, de rigoler avec elle …
Tu vas me manquer May"
Une autre personne rappelle qu'elle avait une collection de cuillères du monde. 
 
 
May Angeli
était beaucoup plus qu'une artiste créatrice de livres.  Au fil de son chemin, elle avait travaillé avec différents éditeurs, La Farandole et le Sorbier à ses débuts, le Père Castor et Syros ensuite. Très vite, Cérès en Tunisie. Les années 2000 la voient rencontrer Thierry Magnier et suivre Françoise Mateu, ex-Syros, au Seuil Jeunesse. En 2015, le titre "L'école est fermée, vive la révolution!" (lire ici), "un album très important pour moi", m'avait-elle écrit, ne trouve pas preneur chez ses éditeurs habituels et paraît en Suisse à La Joie de lire.
 
En 2018, May Angeli suit Caroline Drouot et Ilona Meyer qui quittent le Seuil pour fonder les Éditions des Éléphants qui deviendront sa maison d'édition principale des dernières années, en parallèle aux rééditions au Seuil Jeunesse et à quelques titres chez Didier Jeunesse (dont un avec le Belge Carl Norac, "Le carnaval des animaux sud-américains").
 
En juillet 2019, May Angeli a fait don à la BnF de plus de 900 planches, dessins et matrices originaux représentatifs de son travail. Bonne fée de la bibliothèque de l'Heure Joyeuse, elle a donné maquettes et gravures de plusieurs de ses livres au Fonds patrimonial. Généreuse, elle a aussi offert chaque année des œuvres pour la vente aux enchères du Muz. Sa carrière de plus soixante ans est d'une foisonnante vitalité. Il faut absolument s'y plonger, le bonheur s'y trouve. Que ses titres, souvent animaliers, soient empreints d'expériences quotidiennes, de contes classiques et de fables modernes, d'engagements. Tendresse, humour, narration, engagement, tout ce qui fait un bon livre pour enfants se trouve dans ses merveilleuses illustrations.
 
Une vaste exposition lui a été consacrée en novembre 2021 à la Bibliothèque François-Mitterrand, donnant à voir son exceptionnelle vitalité picturale. En parallèle, un très beau numéro hors-série de la Revue des livres pour enfants lui a été consacré, "May Angeli, les couleurs de l'enfance" (voir ici, commander ici). 
 
 
 
 
 
 
 
Au fil des ans, j'ai consacré plusieurs notes de blog à May Angeli dont j'ai toujours admiré et apprécié le travail (ici). 
 
 
Les derniers titres de May Angeli, nouveautés et rééditions.

lundi 30 mars 2026

Le palmarès des prix Sorcières 2026

L'affiche 2026, dessinée par Audrey Poussier.
 
L'ABF (Association des Bibliothécaires de France) et l'ASLJ (Association des Librairies Spécialisées Jeunesse-Librairies Sorcières) ont bien touillé dans leur grand chaudron. Il a parlé. Voici le palmarès des prix Sorcières 2026 (présélections ici). Carton plein pour les Editions des Grandes Personnes qui raflent trois des six trophées, deux allant aux Editions Thierry Magnier et un au Rouergue.
 
 
CARRÉMENT BEAU MINI

36 mois
Julia Spiers
Les Grandes Personnes

CARRÉMENT BEAU MAXI

La chasse aux rainettes
Antonin Faure
Éditions Thierry Magnier

CARRÉMENT PASSIONNANT MINI

Droméo et Chuliette
Marcus Malte
Henri Meunier
Rouergue

CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI

La part du vent
Nathalie Bernard
Editions Thierry Magnier

CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION

Dia de Muertos
Anne-Florence Lemasson
Dominique Ehrhard
Les Grandes Personnes

CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION

Voir et savoir. Dans l'intimité du monde végétal
Fanny Pageaud
Les Grandes Personnes
 
 
 

mercredi 25 mars 2026

L'Étagère du bas a besoin d'un peu d'aide


La vie n'est pas un long fleuve tranquille, l'édition non plus. Surtout en cas de pépin de santé. C'est ce qui est arrivé récemment à Delphine Monteil. La jeune femme français a fondé les intéressantes éditions jeunesse L'étagère du bas en 2016. Aujourd'hui, elle propose un beau catalogue riche de 65 titres, dont plusieurs belges. A cause de ces soucis, l'année de ses dix ans, sa trésorerie coule. Elle lance donc une campagne de financement participatif. Pas grand-chose: cinq mille euros pour assurer les urgences, factures en retard et lancement d'un nouvel album, dont 56 % sont déjà récoltés via 51 contributeurs. Si l'objectif est dépassé le 5 avril, date finale de l'opération, son avenir sera plus... tranquille.

Son appel: 
"J'ai longuement hésité à mentionner un aspect privé de ma vie, mais la volonté de maintenir ma maison d'édition debout me pousse à le faire. En tant qu'entrepreneuse, le personnel et le professionnel sont souvent intimement liés.
Plusieurs personnes sont déjà au courant mais j'ai eu un cancer du sein fin 2024 et j'ai passé la moitié de l'année 2025 à me soigner. Pendant ce temps, j'ai dû mettre L'Étagère du bas en pause forcée et, pour une petite maison d'édition indépendante, ne pas publier pendant 6 mois est économiquement très risqué. Parce que je suis très attachée à ma maison et parce qu'il est très dur de "lâcher sa boîte", j'ai continué à travailler pendant mes traitements quand la forme et le moral étaient au rendez-vous. Mais, j'ai bien sûr pris du retard sur plusieurs choses...
Depuis la reprise des parutions courant 2025, il y a eu de belles sorties, des salons du livre, des signatures en librairie, etc., cependant ma trésorerie ne parvient pas à se remettre à flot.
Je choisis aujourd'hui d'être transparente (et non, d'attirer la pitié) pour "justifier" cette campagne. Certains trouveront peut-être ça indécent, mais je préfère expliquer comment cette maladie est une double peine pour moi car, si je vais mieux aujourd'hui du point de vue de la santé, elle me pénalise encore d'un point de vue professionnel."
La campagne pour le financement participatif se trouve ici. Delphine Monteil y explique en détail son parcours, ses choix et ses intentions. 
 
Bien entendu, tout soutien de la campagne peut bénéficier de contreparties, variant selon les montants engagés. Le choix le plus populaire semble être la contribution à 35 euros donnant droit à "Cyd le cygne magique", le nouvel album d'Ulrika Kestere (traduit du suédois par Marianne Segol), le sixième de l'autrice-illustratrice suédoise au catalogue, accompagné d'un autre de ses albums, surprise celui-là. 
 



Les planches des premières pages. (c) Ulrika Kestere.

 
 
 
 
 
 
 
 
 

lundi 23 mars 2026

Quel avenir pour les albums jeunesse du Rouergue, présents, passés et futurs?

Quelques-uns des albums carrés du Rouergue.

Y aura-t-il de la neige à Noël? La question comporte à la fois espoir et résignation, car on sait bien qu'il ne neige plus tellement souvent en décembre. De la même manière, on peut se demander s'il y aura des albums jeunesse aux éditions du Rouergue en 2027. L'édition ne relève pas de la magie. On sait que les albums à paraître l'an prochain sont à préparer maintenant, surtout ceux de création - ceux en traduction ont peut-être un peu plus de marge. Or, aucun signal vert n'est actuellement donné aux auteur.e.s. de la maison appartenant au groupe Actes Sud. Au contraire. Elles et eux ont vu les signaux rouges s'allumer les uns après les autres depuis plusieurs années et singulièrement depuis l'an dernier. Leur œuvre est aujourd'hui considérée par la direction comme une "collection ancienne", ce qui leur fait craindre le pire pour l'avenir de l'actuel catalogue. Enterré ou réimprimé? Les auteur.e.s ont reçu l'été dernier un mail de la direction: "La situation en librairie est devenue extrêmement difficile. La fréquentation a chuté de façon dramatique et les alertes des libraires au sujet de la surproduction nous ont conduits à une révision de la programmation du second semestre." Ils et elles ont vu l'équipe éditoriale historique, Olivier Douzou et David Fourré, remerciée à la même époque. Après plus de trente ans et sans autre discussion. Sans qu'ils en sachent davantage, à part le mantra de la direction selon lequel "les albums ne s'arrêtent pas".

 
"Jojo la mâche"
Cette maison d'édition qui a dynamité la création jeunesse française dans les années 1990 va-t-elle subir le même sort que son premier titre "Jojo la mâche" (Rouergue, 1993)?  Dans cet album drôle et poétique d'Olivier Douzou, une vache perd peu à peu ses attributs, corne, queue, gamelles, jusqu'à disparaître elle-même. En levant le nez au ciel, on y retrouve des morceaux de la mâche. Faudra-t-il faire pareil pour retrouver les albums jeunesse du Rouergue?
 
La Foire de Bologne se tient dans trois semaines. Et la présidente du Rouergue, Alzira Martins, ne sera "malheureusement" pas présente à la grand-messe mondiale de la littérature de jeunesse, m'informe-t-elle. Sa maison sera-t-elle représentée sur l'espace collectif Actes Sud? Je regarderai.
 
Un collectif créé 
Les auteurs s'inquiètent depuis longtemps (lire ci-dessous, sans oublier le texte du "Libé des auteur.es jeunesse" ici) et n'obtiennent pas de réponse claire à leurs questions. Ils se sont donc regroupés dans un collectif, Roule toujours (ici), réunissant des libraires, bibliothécaires, médiateurs, journalistes, chroniqueurs, associations pour la lecture, organisateurs de salons, Écoles d'Arts Appliqués, membres des commissions CNL, de collectivités, de l'ADAGP, du SGDL, de la charte des auteurs, illustrateurs, éditeurs et lecteurs. Quasiment 300 membres aujourd'hui, dont le secteur Livre et lecture petite enfance du Conseil départemental du Val-de-Marne qui réagit ainsi: "Je suis choquée d'apprendre cette triste nouvelle et bien sûr en total désaccord avec "les décideurs" qui ne prennent pas en compte la dimension essentielle de ce catalogue. Toute cette collection doit perdurer, s'enrichir encore d'œuvres créatives, audacieuses, intelligentes où l'humour aussi a sa place essentielle dans notre monde si lourd. Les enfants apprécient grandement ces albums, nous le savons, nous qui sommes au plus près des familles." 
 
Le collectif a envoyé une lettre s'inquiétant de l'avenir aux directions du Rouergue et d'Actes Sud le 18 février. Un gros mois plus tard, pas de réponse.
 
Seule indication de la direction, lapidaire, à mes questions sur l'avenir des albums: 
"En effet la collection Albums est suspendue pour le moment, le temps pour nous de prendre le recul nécessaire et d’en définir une ligne nouvelle. Tous les interlocuteurs directement concernés seront bien évidemment informés dès que nous aurons suffisamment avancé dans nos réflexions. Auteurs et illustrateurs savent, et peuvent facilement le vérifier en librairie, que leurs albums parus sont disponibles et font l'objet de toute notre attention. Pour le reste, et nous sommes très sensibles à cette mobilisation générale des prescripteurs et acteurs de la chaîne du livre, qui malheureusement arrive un peu tard pour l'ancienne collection des Albums, le Rouergue est une entreprise privée qui doit assurer sa pérennité par ses seuls résultats économiques. C'est à ce prix que nous pourrons continuer à accompagner la création." 
La lettre de Roule toujours
"Madame, Monsieur,
Suite aux décisions prises fin Juin 2025, nous souhaiterions prendre connaissance du projet concernant l'édition à venir des albums au Rouergue. En octobre dernier a été en effet évoquée une concertation - début d’année 26 -  avec l'équipe en place, encadrée par des éditeurs de la maison Actes Sud, pour envisager une continuation avec l'objectif précis de publications dès 2027. Nous, auteurs au Rouergue, manifestons une inquiétude légitime quant à l'avenir de cette collection, essentiel pour l'existence d'une œuvre collective riche, reconnue depuis plus de trente ans. Merci donc de nous donner toutes les précisions et garanties sur ce prolongement annoncé, nécessaire à l'accompagnement de nos ouvrages publiés jusqu'ici."
Une pause est-elle bénéfique comme le croit la direction du Rouergue jeunesse ou enterre-t-elle une ligne éditoriale qui a créé plusieurs centaines d'albums identifiables de loin? Toujours aussi appréciés des prescripteurs que de la critique et du public. Qui ont remporté une quinzaine d'appels d'offre pour des livres de naissance en France. Une place perdue sur les tables des libraires se récupère-t-elle? Alors pourquoi faire moins de livres, ou ne plus en faire du tout?


Hier, aujourd'hui, demain

La naissance d'une maison
En 1993, Olivier Douzou publie dans la jeune maison des Éditions du Rouergue un premier album jeunesse, "Jojo la mâche". Il sera rapidement suivie d'un autre titre, "Mono le cyclope". Le premier deviendra rapidement une pierre d'angle dans l'histoire de la littérature jeunesse, remportant succès critique et public. La direction de l'époque embraie et confie en 1994 à Olivier Douzou le poste de directeur artistique des nouvelles éditions du Rouergue jeunesse. Ce sont des années en or. Le ton est différent, la forme aussi, avec ce choix délibéré du début d'albums tous carrés. Chaque livre est travaillé, dans la rencontre entre le texte et l'image, dans le jeu entre les deux, dans la mise en scène, le rythme, la construction. Différent de ce qui se fait alors. Tout le monde veut être publié au Rouergue. Les auteurs et les étudiants en fin de cursus envoient leurs projets à Rodez. Henri Meunier, Gaétan Dorémus, José Parrondo, Frédérique Bertrand, Annie Agopian, Christian Voltz, Anouk Ricard, Natali Fortier pour ne citer qu'eux, sont du premier train. On se rappelle de la fierté de Bruno Heitz, artiste aux innombrables créations, d'être publié au Rouergue. Les titres se suivent à bon rythme, cinquante en moins de cinq ans. Et une trentaine par an ensuite.
 
Les saisons s'enchaînent, avec des albums variés, récoltant toujours autant l'enthousiasme des lecteurs, des bibliothécaires, des libraires, des critiques, du public. Souvent primés. Il y a une façon Rouergue jeunesse qui se décline d'année en année dans les différentes collections peu à peu crées.
 
Douzou out, Douzou in 
Mais en juin 2001, Olivier Douzou quitte le Rouergue jeunesse par lassitude et envie de nouveaux espaces, alors qu'Actes Sud entre par ailleurs au capital de la maison à hauteur de 25 % - en 2005 Actes Sud rachètera les 100 %. Les titres que le directeur artistique a préparés continueront à paraître pendant les premiers temps. Le filon sera ensuite épuisé. Les nouveautés choisies par la personne qui lui succède ne rencontrent pas le même succès. Olivier Douzou sera rappelé en 2011 par Actes Sud avec la promesse d'une liberté éditoriale complète. Il le dit lui-même: "Le monde de l'édition a alors changé. Ce qui était nouveau à ses débuts ne l'est plus. Beaucoup d'autres maisons d'édition ont aussi fait évoluer la littérature de jeunesse en France." Lui, ce qui intéresse, c'est de faire du neuf. Il le fera avec ses auteurs historiques et une quarantaine de nouveaux qui rejoignent la maison, dont Michel Galvin, Juliette Binet, Piret Raud, Marine Rivoal... Des auteurs qui continuent d'être souvent récompensés, même récemment. Leurs albums apparaissent régulièrement dans les sélections des librairies Sorcières ou du SLPJ (Salon de Montreuil selon l'appellation ancienne). Le succès reviendra, la maison ayant représentants convaincants et attachée de presse performante.
 
Diminution du personnel
A l'hiver 2021, les auteurs du Rouergue lancent une première alerte à la nouvelle directrice du Rouergue chez Actes Sud, en poste depuis 2010, Alzira Martins, chargée aussi de la coordination avec les autres maisons jeunesse du groupe. Leurs livres ne sont plus accompagnés depuis la rentrée 2018, déplorent-ils. Ils se sentent abandonnés. Ils ne sont plus invités ni en librairie, ni dans les salons. Les sorties ne sont plus célébrées par un événement ou une exposition. On rappellera que plusieurs personnes extrêmement compétentes et performantes ont quitté le Rouergue et n'ont pas toutes été remplacées. Ensuite, il y a eu le Covid où les réseaux sociaux prennent une place importante dans la communication. Et après? Rien ou pas grand-chose. Des équipes régulièrement renouvelées, des débutants sans réelle connaissance de l'album jeunesse ou du terrain.
 
Diminution des parutions
En parallèle, le catalogue perd des plumes à chaque rentrée. De moins en moins de titres sont publiés, d'autres sont reportés. Comment les auteur.e.s peuvent-ils alors exister, le nom d'une maison se perpétuer? Loin des yeux, loin du cœur. En juillet 2025, lors de la présentation des albums jeunesse de la rentrée, Olivier Douzou n'est pas là. Et pour cause, il vient d'apprendre quand il a présenté à Arles le programme qu'il a engagé pour 2026 que la maison met fin à ses services à la fin de l'année et à ceux de son équipe. Son programme est annulé dans sa quasi-globalité alors que des titres sont prêts pour l'impression. Motif: les livres ne répondent plus à un marché qui se détourne des ouvrages exigeants.
 
A l'été 2025
A ma question "Qu'en est-il de l'avenir des albums au Rouergue en 2026? J'ai vu passer des messages alarmants sur Instagram", Alzira Martins me répond le 7 juillet:
"Il n'est nullement question d'arrêter les albums au Rouergue car ils font partie de notre ADN. Nous constatons depuis quelques années déjà que les ouvrages exigeants qui ont fait la renommée de la maison et, on peut le dire en toute modestie (!), révolutionné à l'époque les albums jeunesse, peinent à présent à trouver leur public.
Les lecteurs se renouvèlent, ce qui est heureux, et les libraires aussi. Et nous nous trouvons face à une nouvelle génération de professionnels qui n'a pas forcément la même appétence pour ce travail.
Il nous est apparu important de nous remettre en question et de placer la collection en sommeil pour trouver le temps, les moyens et l'énergie de lui donner un nouveau souffle. Quelques albums figurent au programme de 2026 et nous espérons revenir au plus vite avec une programmation différente et, je l'espère, tout aussi audacieuse."
 
2026
Effectivement, il y aura trois albums estampillés Douzou au Rouergue en 2026. Il faut toutefois constater qu'il n'y en a eu aucun en novembre et en décembre 2025, époque où les éditeurs mettent le turbo en prévision du Salon de Montreuil et des fêtes de fin d'année.
 
Dans le "Libé des auteur.es jeunesse", le 25 novembre 2025, Henri Meunier, auteur historique des éditions du Rouergue précise les choses: 
"En juin dernier, la direction de cette petite maison du groupe Actes Sud a mis un point final à cette histoire. D'un mail lapidaire, douze lignes, s'ouvrant sur un aveu sidérant: « Il semblerait que l'époque ne soit plus aux projets ambitieux qui ont fait la renommée du Rouergue. » De fait, l'équipe éditoriale historique a été remerciée. L'essentiel des projets en cours a été annulé, au mépris des contrats signés. Deux promesses imprécises ont été esquissées par la direction: les livres existants restent une priorité et un secteur album régénéré reviendra. L'avenir montrera si ces promesses valent plus que les contrats signés." 

Témoignages
Les auteurs du Rouergue déplorent tous la situation: "La fin annoncée d'une ligne éditoriale d'une importance historique majeure et pertinence actuelle féconde est d'une tristesse infinie pour nombre d'entre nous." 
L'un pointe que les questions posées depuis longtemps à propos de la commercialisation de leurs ouvrages ne sont pas étudiées. Comme si un livre n'avait pas besoin de toute la chaîne pour exister.
L'autre se dit "dégoûtée de tout ce gâchis et du naufrage auquel on a toutes et tous assisté, révoltée par l'irrespect total de la direction du Rouergue envers ses auteur.ice.s, et en colère". Elle a d'ailleurs décidé de ne plus faire de nouveau livre au Rouergue il y a plus de trois ans, pour limiter la casse et cesser de produire dans le vide des livres dont personne ne s'occupait.
"Je suis dégoûtée", témoigne encore une autre, "et en colère, d'être traitée de la sorte, de ne pas savoir ce que deviendront mes titres, qui sont ma seule vitrine. Car la précarité des auteurs n'est pas une légende et ne vivant que de l'exploitation de ces titres, c'est extrêmement dur. Et ce flou m'est préjudiciable. Je suis dépitée de cette fin si violente, sans respect pour le travail de chacun, éditeur comme auteurs." 
 
Les projets signés ou projetés
Pour les auteurs, la situation est difficile. Des contrats signés sont annulés, même si les avances ont été versées. "Ce qui rend la présentation du travail à un autre éditeur impossible le temps du délai contractuel", confie un auteur.
Un autre constate que deux de ses projets proposés par Olivier Douzou et David Fourré ont été balayés par Alzira Martins.
Marine Rivoal a vu son projet re-maquetté de façon tellement désastreuse l'été dernier qu'elle l'a refusé, donnant ainsi à Actes Sud le moyen d'annuler le contrat. Elle y a laissé la moitié de son à-valoir mais "Loupiotes" sort ce 26 mars aux Éditions des Grandes Personnes, maison qui sait allier exigence, qualité de fabrication et réussite commerciale. 

Être auteur.e jeunesse
De manière plus générale, la crise au Rouergue est l'occasion de réfléchir au métier de créateur en littérature de jeunesse. Un métier mal rémunéré, ne permettant en général pas de vivre de son travail. Une précarité des auteurs accrue par la surproduction, qui s'est mise en place depuis quinze ans. "Cette surproduction", explique un auteur, "a profité à la chaîne du livre mais pas aux auteurs, le volume des ventes globales augmentant au détriment du nombre des ventes de chaque titre, donc des droits d'auteur." Un autre ajoute: "Depuis que je fais ce métier, je ne me suis jamais autant vu comme fragile."  Un auteur doit-il devenir un "fournisseur de contenu" comme cela lui est demandé? Ou est-il un artiste?