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lundi 30 mars 2026

Le palmarès des prix Sorcières 2026

L'affiche 2026, dessinée par Audrey Poussier.
 
L'ABF (Association des Bibliothécaires de France) et l'ASLJ (Association des Librairies Spécialisées Jeunesse-Librairies Sorcières) ont bien touillé dans leur grand chaudron. Il a parlé. Voici le palmarès des prix Sorcières 2026 (présélections ici). Carton plein pour les Editions des Grandes Personnes qui raflent trois des six trophées, deux allant aux Editions Thierry Magnier et un au Rouergue.
 
 
CARRÉMENT BEAU MINI

36 mois
Julia Spiers
Les Grandes Personnes

CARRÉMENT BEAU MAXI

La chasse aux rainettes
Antonin Faure
Éditions Thierry Magnier

CARRÉMENT PASSIONNANT MINI

Droméo et Chuliette
Marcus Malte
Henri Meunier
Rouergue

CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI

La part du vent
Nathalie Bernard
Editions Thierry Magnier

CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION

Dia de Muertos
Anne-Florence Lemasson
Dominique Ehrhard
Les Grandes Personnes

CARRÉMENT SORCIÈRES NON FICTION

Voir et savoir. Dans l'intimité du monde végétal
Fanny Pageaud
Les Grandes Personnes
 
 
 

lundi 23 mars 2026

Les sélections des prix Sorcières 2026


Le chaudron
où puisent l'ABF (Association des Bibliothécaires de France), avec le soutien de la Sofia et l'ALSJ-Librairies Sorcières semble inépuisable. En sont sortis, 30 livres de littérature de jeunesse sélectionnés pour les prix Sorcières 2026 et répartis en six catégories. On note quatre titres publiés par Les Grandes Personnes, quatre par les Editions Thierry Magnier, quatre par l'école des loisirs. Aucun auteur belge cette année par contre. 

Pour rappel, la catégorie "Carrément Beau" privilégie la qualité graphique, "Carrément Passionnant" le scénario et l'histoire. "Carrément Sorcières" pointe des livres un peu exceptionnels dont des documentaires.
 
Verdict la semaine prochaine, le lundi 30 mars.
 

Sélections


Catégorie Carrément Beau mini

  • "36 mois", de Julia Spiers (Les Grandes Personnes)
  • "Allons voir la nuit. Un livre à animer ensemble", d'Aurélie Sarrazin, illustré par Xavier Deneux (Sens Dessus Dessous)
  • "L'imagier des objets et des matières", de Pascale Estellon (Les Grandes Personnes)
  • "Printemps", de Léa Louis (Éditions Courtes et Longues)
  • "Raouf", de Krocui (L'Articho)

 


Catégorie Carrément Beau maxi

  • "Chamalloux", de Lee Gee-eun (traduit du coréen par Yeong-hee Lim, Les fourmis rouges)
  • "La chasse aux rainettes", d'Antonin Faure (Éditions Thierry Magnier)
  • "L'été de Mamie", Bonsoir Lune (traduit du coréen par Clémentine Picq, Cambourakis)
  • "La Grande Cradolasse. Princesse du Pays de Boue", de Beatrice Alemagna (l'école des loisirs)
  • "Lune", d'Eva Diop, illustré par Chloé Fraser (hélium)

 


Catégorie Carrément Passionnant mini

  • "Droméo et Chuliette", de Marcus Malte, illustré par Henri Meunier (Rouergue)
  • "Esprits d'enfance", de Stéphane Servant, illustré par Gaya Wisniewski (Rouergue)
  • "Une histoire de rien du tout", de Marie Dorléans (Seuil Jeunesse)
  • "Oskar et moi. Et tous nos petits endroits", de Maria Parr, illustré par Ashild Irgens (traduit du norvégien par Aude Pasquier, Éditions Thierry Magnier)
  • "La petite fille au fusil. L'histoire d'une jeune résistante", de Marius Marcinkevičius, illustré par Lina Itagaki (traduit du lituanien par Marielle Vitureau, Éditions du Ricochet)

 


Catégorie Carrément Passionnant maxi

  • "Les Adelphides", d'Alice Dozier (Actes Sud Jeunesse)
  • "L'archipel de béton", d'Olivier Dain-Belmont (Sarbacane)
  • "Finding Phoebe", de Gavin Extence (traduit de l'anglais par Isabelle Troin, Seuil Jeunesse)
  • "La part du vent", de Nathalie Bernard (Éditions Thierry Magnier)
  • "Quelque chose de beau", de Julie Rey (l'école des loisirs)

 


Catégorie Carrément Sorcières fiction

  • "Boucle d'Or. En chemin", de Caroline Gamon (hélium, lire ici)
  • "La cité des lettres", de Jonas Tjäder, illustré par Maja Knochenhauer (traduit du suédois par Catherine Renaud, Rue du monde)
  • "Dia de Muertos", d'Anne-Florence Lemasson, illustré par Dominique Ehrhard (Les Grandes Personnes)
  • "Le jeu du plus qu'un jour", d'Audrey Poussier (l'école des loisirs, lire ici)
  • "Le tambour", de Jeanne Saboureault (MeMo, lire ici)

 


Catégorie Carrément Sorcières non-fiction 

  • "Histoire de l'information", de Chris Haughton (traduit de l'anglais par Emmanuel Gros, Éditions Thierry Magnier)
  • "Une île est née", de Virgine Aladjidi et Caroline Pellissier, illustré par Manon Diemer, Saltimbanque)
  • "Tout le monde se parle! Petite encyclopédie des 1 000 manières de communiquer chez les humains et autres êtres vivants", de Romana Romanyshyn et Andriy Lesiv (traduit de l'ukrainien par Laurana Serres-Giardi, Rue du monde)
  • "L'univers de Pi. Le nombre mystérieux qui rend tout le monde dingue", d'Anita Lehmann et Jean-Baptiste Aubin, illustré par Joonas Sildre (traduit de l'anglais par Adèle Boillat, Helvetiq)
  • "Voir et savoir. Dans l'intimité du monde végétal", de Fanny Pageaud (Les Grandes Personnes)

 

 

 

lundi 9 février 2026

"L'enfant bélier", un film qui blesse la mémoire de la petite Mawda


Il y aura bientôt huit ans, Mawda, petite fille Kurde sans papiers de deux ans, en route vers l'Angleterre avec ses parents et son grand frère, mourait près de Mons d'un tir policier. Il aura fallu attendre longtemps pour que la vérité se fasse à propos de cette sinistre histoire, qui a révélé les opérations Medusa de la police belge contre les migrants. On aura eu besoin de la contre-enquête minutieuse du journaliste Michel Bouffioux pour savoir ce qui s'est véritablement passé en cette nuit dramatique du 16 mai et durant les jours suivants (lire ici). Fallacieusement colportée dans les médias de l'époque, l'affaire Mawda a pu apparaître dans d'autres éclairages, des livres, la pièce de théâtre de Marie-Aurore d'Awans et Pauline Beugnies, "Mawda, ça veut dire tendresse" (2022), ou le film de Robin Vanbesien "hold on to her" (2024, 80').
 
Voici qu'un nouveau film, réalisé par Marta Bergman et présenté comme "une œuvre de fiction inspirée de faits survenus en Belgique en 2018" vient d'arriver en salles. Son titre? "L'enfant bélier". Un titre choc qui fait référence à une version policière mensongère à propos de la mort de la petite Kurde.

Pour relire le récit des faits, repris dans la bande dessinée de Manu Scordia et dans l'essai de Sophie Klimis publiés en 2024, c'est ici. Mais revenons au film actuel. Prêchant qu'elle fait une œuvre de fiction à partir de faits réels, Marta Bergman propose un sujet qui mêle le vrai et le faux durant 94 minutes. Elle défend ici et là l'idée qu'elle a voulu faire écho à deux réalités, celle des parents de la petite fille tuée et celle du policier tueur. C'est son choix, comme elle a fait le choix artistique de proposer en première séquence une vue de la tente où vit la famille, dans un camp de réfugiés, dont les tons orangés font plutôt penser à un club de vacances. Sara s'y occupe de sa petite Klara avant de danser avec Adam puis de se rendre au dispensaire médical. Une version plutôt idyllique de la réalité des demandeurs d'asile, mais soit.

Opération Hydra
Les choses se compliquent lors de l'embarquement, coûteux, dans la camionnette des passeurs. Immédiatement, on voit la surveillance policière dont les caméras servent l'opération Hydra sur la E40. On entend des sirènes, on suit une intervention policière sur un parking de l'autoroute. Le migrant Éthiopien de 17 ans, mis en joue par le policier Redouane et rudement interrogé, sera finalement relâché dans la nature. Ici aussi, le film évoque les passeurs, causes de tous les maux, leitmotiv du gouvernement Michel de l'époque. Un fil rouge assumé sans autre explication.

La camionnette poursuit sa route, échappe à un contrôle, fait descendre ses passagers, les reprend, en charge d'autres. On apprend que Sara et Adam viennent d'Alep et ont Londres comme destination. On en arrive à l'interception de la camionnette par la police, qui signale tout de suite qu'il y a un enfant à bord. Là, c'est la déroute. La vitre arrière est cassée pour jeter des objets, sacs, vêtements, sur les véhicules de poursuite, sirènes et gyrophares allumés. Un drapeau blanc est hissé, l'enfant montré. "Ils ne vont pas la jeter", entend-on dire dans la voiture. Encore le discours officiel de l'époque. Klara est ensuite amenée près du chauffeur. Cela n'empêche pas le policier qui l'a vue de tirer. Il dira qu'il a visé les pneus. La petite fille est grièvement blessée. Une commissaire de police locale parvient plus vite à cette sortie autoroutière de Ternat que l'ambulance qui, on le sait, emporte la petite fille alors que ses parents sont empêchés de l'accompagner par la police. "Les passeurs profitent de vous", déclarera la commissaire. Tiens, encore eux.

On retrouvera Sara et Adam, toujours baignés du sang de leur fille, en cellule d'abord, puis à la morgue, puis à la police. "Beaucoup d'enfants sont hélas victimes des trafiquants", leur dira la commissaire qui leur propose le service d'aide aux victimes et un "logement confortable" avant d'ajouter: "Si vous coopérez, on peut vous aider à faire venir vos familles de Syrie par le regroupement familial." Le silence lui répond.

Déclarations préparées
À la police, on s'organise. Il faut déclarer que la camionnette a été une arme et que les policiers étaient en légitime défense. Que c'est de la responsabilité des parents. Que l'enfant est décédée d'un traumatisme crânien, parce qu'elle a été une enfant bélier pour briser la fenêtre de la camionnette. Que les passeurs sont en cause, et uniquement eux. À la maison du policier tireur, on s'organise aussi. Sa femme: "Ce n'est pas de ta faute. Tu ne savais pas qu'il y avait un enfant à bord. C'était dans l'action. Tu ne pouvais pas savoir ce qui allait arriver…" Et le film d'insister lourdement sur la souffrance du policier…

On découvre ensuite les parents désenfantés dans un coquet appartement où ils reçoivent la visite de la Première ministre belge: "Au nom du gouvernement belge, mes sincères condoléances. Il y aura une enquête. Le gouvernement a décidé de vous accorder un titre de séjour provisoire." "Pourquoi provisoire?", s'insurge Sara. "On reste avec Klara ici." La phrase accompagne le départ de la cheffe de gouvernement. En finale, la jeune femme prend une douche avec son mari dans une nouvelle scène en gros plan, manie de la réalisatrice.

Voilà 94 minutes qui ont mis du temps à passer et qui ne suscitent aucune émotion malgré le sujet du film. Une enfant tuée par une balle policière! On devrait pleurer à chaudes larmes, hurler. Mais rien, car on se heurte au va-et-vient entre fiction et documentaire. La réalité est connue et régulièrement balayée par le propos de la cinéaste. Au nom de la fiction. Selon que vous serez puissant ou misérable… La police apparaît blanchie, les migrants noircis. Quant aux raisons de ces migrations, rien.

La responsabilité du cinéaste
Robin Van Besien, réalisateur du film déjà cité, "hold on to her", a choisi de ne pas aller voir "L'enfant bélier" dont il a néanmoins vu la bande-annonce. Il nous fait part de son sentiment: "Comme cela est largement reconnu, la politique migratoire européenne contemporaine — ainsi que la violence de sa mise en œuvre sur le terrain — joue un rôle central dans l'accélération actuelle des processus de fascisation que connaissent les sociétés européennes. En tant que cinéaste, s'engager dans un tel sujet exige un dialogue soutenu et une solidarité avec la famille, avec celles et ceux qui subissent quotidiennement cette oppression (souvent mortelle), ainsi qu'avec les allié·e·s qui soutiennent leur résistance. Le cinéma peut constituer une pratique d'écoute et de responsabilisation, ainsi qu'un espace permettant d'imaginer des possibilités au-delà des conditions oppressives.

Mawda, âgée de deux ans, a été tuée deux fois: d'abord physiquement, dans les bras de sa mère ; puis une seconde fois à travers les mensonges, le déni, l'évitement des responsabilités et l'absence de reconnaissance humaine. À l'inverse, celles et ceux qui se sont rassemblé·e·s autour de son affaire ont répondu par leur présence, par la reconnaissance, et par une volonté d'affronter la tragédie et d'en assumer les ramifications."


Réalité v. fiction
Shamden et Phrast Shawri sont Kurdes --- Sara et Adam sont Syriens.
Mawda a un grand frère de 4 ans, Hama --- Klara est fille unique.
Mawda est sur les genoux de ses parents, d'autres enfants sont montrés à la fenêtre pour avertir de leur présence --- Klara est présentée comme une enfant bélier.
L'interpellation policière a eu lieu sur la E42 près de Mons --- Le film situe le drame sur la E40 près de Ternat.
Le policier qui a tiré est Belge d'origine portugaise --- Le policier se nomme Redouane Zahid et est présenté comme "racisé", profil recherché à la police.
La voiture de police qui a tiré est arrivée dans l'opération trois minutes plus tôt --- La voiture de police suivait la camionnette depuis longtemps.
L'opération de traque des migrants pour qu'ils ne passent pas la frontière se nomme Medusa --- L'opération de traque des migrants pour arrêter les passeurs se nomme Hydra.
Le tir policier est nié, et même attribué aux migrants --- Le tir policier est avéré.
L'ambulance n'est pas informée du tir --- L'ambulance est informée.
Le premier rapport mentionne un traumatisme crânien --- Le rapport parle d'un tir.
Les policiers s'entendent sur une version commune --- La commissaire rappelle qu'on ne tire pas dans ces circonstances.
Les parents de Mawda ont trouvé un logement via la société civile --- Les parents de Klara sont logés par le gouvernement.
Les parents de Mawda, qui ont reçu un ordre de quitter le territoire lors de leur interpellation, seront reçus par Charles Michel qui ne leur offrira rien. Leur titre de séjour temporaire viendra en 2019 et la régularisation permanente, à titre exceptionnel, fin 2021 --- Les parents de Klara reçoivent un titre de séjour provisoire de la Première ministre.
Les passeurs sont les responsables du ou des drames --- Les opérations Medusa génèrent de graves violences dont sont victimes les exilés.
La société civile et la solidarité citoyenne se sont levées contre les mensonges policiers et les politiques migratoires --- Rien.

Similitudes
La course-poursuite nocturne et les zigzags de la camionnette.
Le tir du policier qui chambre son arme avant d'appuyer sur la gâchette.
Les parents empêchés d'accompagner leur fille dans l'ambulance.
Les parents qui gardent plusieurs jours leurs vêtements tachés du sang de la petite.
La police qui n'informe pas immédiatement les parents du décès de leur fille.
Le policier qui a tiré est le père d'un enfant.
La déshumanisation des migrants.

Pour aller plus loin
  • Carte blanche dans "Le Soir": ici
  • Dossier des Grignoux: ici
  • Film de Robin Vanbesien "hold on to her": disponible pour des projections publiques via la distribution cinéma à la demande (ici). Les projections organisées par et pour des activistes sont gratuites et peuvent être mises en place en le contactant (ici). Le film est également disponible en streaming ici et ici.
 
 
 
 

jeudi 30 octobre 2025

Bravo à Berta Páramo!

Le livre "Poux – Manuel de survie en territoire humain" de Berta Páramo (traduit de l'espagnol par Coralie Artus-Jolly, Helvetiq, 204 pages, 2024), vient de remporter le Deutscher Jugendliteraturpreis 2025, le plus prestigieux prix de littérature jeunesse en Allemagne.

L’autrice-illustratrice espagnole Berta Páramo et la traductrice de son livre vers l'allemand Stefanie Kuballa-Cottone ont reçu le trophée à la Foire du livre de Francfort, des mains de la ministre fédérale de la Famille, devant plus de 1.000 personnes.
 
L'avis du jury:
"Poux" est un livre documentaire visuellement et stylistiquement remarquable, dans un format pratique et maniable. "Poux" renforce notre regard sur l'interaction systémique des êtres vivants tout en mettant l'accent sur le thème de l'auto-bienveillance (ou self-care). La traductrice, Stefanie Kuballa-Cottone, réussit à transmettre le style narratif plein de clins d'œil du texte original, maintenant un équilibre parfait avec le contenu factuel et didactique.

L'album m'avait séduite dès sa sortie (lire ici, en deuxième partie de note). Il avait aussi été finaliste du prix IBBY Belgique francophone de l'album drôle (lire ici).

 

 

 

 

vendredi 24 octobre 2025

Mercredi, c'est cinéma

Des allusions à dix westerns figurent dans ce dessin. (c) Arola/Dada.

"Phone home", "Supercalifragilisticexpialidocious", "Je suis Harry, juste Harry!", "My name is Bond, James Bond", voici quelques-unes des phrases célèbres qui figurent - en français - dans les pages de garde de l'album documentaire "Le grand livre du cinéma", écrit par la journaliste française Raphaële Botte et illustré par le dessinateur Aloïs Marignane, féru de cinéma d'animation (Arola/Dada, 56 pages). Une encyclopédie qui n'a rien du ton d'une encyclopédie car l'écriture est vive et agréable et la matière savamment distillée pour réjouir le jeune lecteur.
 
Ce grand format vient bien à point pour expliquer aux enfants d'aujourd'hui que le cinéma est - a été - sera - dû à des êtres humains. A l'heure de l'intelligence artificielle omniprésente. Même si on a tous souri pas devant l'une ou l'autre vidéo où des chats ont remplacé les meilleurs plongeurs ou les mannequins qui défilent. Il est toujours bon de rappeler d'où un art vient, de quoi il est né, de quoi il s'est nourri.
 
Raconter le cinéma aux enfants? Vaste entreprise dont les auteurs se sortent fort bien en ayant choisi comme focale les genres: comédie, western, comédie romantique, science-fiction, comédie musicale, policier, animation et documentaire. Pour chacun, on trouve une partie plus explicative, histoire, technique, etc., et une partie plus exemplative, avec des anecdotes, des personnes, des personnages, des séquences mémorables. De grands pêle-mêle d'infos ponctuées de titres de films dans lesquels on se plaît à se balader. D'autant que tout l'album est magnifiquement illustré, les dessins complétant ou prolongeant avec humour les textes. A noter que les dessins sur doubles pages introduisant chaque genre contiennent de nombreuses allusions à des films, dont la liste figure en fin d'ouvrage (illu ci-dessus). Intéressant et ludique. 
 
Ingrédients de la comédie. (c) Arola/Dada.
 
Entre ces chapitres thématiques, quatre séquences zoom racontent l'invention du cinéma, Hollywood, les super-héros, les acteurs et les actrices. Elles sont composées sur le même principe et tout autant intéressantes. On apprécie aussi la proposition finale de dix films incontournables. Un seul regret, l'absence d'index qui permettrait de repérer facilement noms et films. Et un autre, l'absence du nom d'Alice Guy, première réalisatrice de l’histoire du cinéma selon Catel et Bocquet qui lui ont consacré une bande dessinée (Casterman).
 
 
 
 

samedi 12 avril 2025

Vincent Cuvellier auteur jeunesse de l'année


La Belgique avait deux chances sur huit de remporter le nouveau titre de l'"auteur jeunesse de l'année" (lire ici). C'est Vincent Cuvellier qui remporte le premier trophée. Amusant que soit consacré à Paris un Français établi en Belgique depuis belle lurette! Il a été officiellement proclamé ce 11 avril au Festival du livre de Paris. Juste récompense pour un écrivain prolifique, avec sa série Emile bien entendu (28 tomes actuellement au compteur, avec Ronan Badel aux images, Gallimard Jeunesse/Giboulées), mais aussi d'autres albums, parfois documentaires, des bandes dessinées et, récemment, une série en trois tomes sur des orphelins de Paris historiques illustrés chez Little Urban.

lundi 24 mars 2025

Une Belge au palmarès des prix Sorcières 2025

L'affiche 2025, signée Elisa Géhin.

L'ABF (Association des Bibliothécaires de France) et l'ASLJ (Association des Librairies Spécialisées Jeunesse-Librairies Sorcières) viennent de communique le palmarès des prix Sorcières 2025 (présélections ici). 
 
Deux titres d'une grande maison d'édition, l'école des loisirs et Thierry Magnier, trois titres d'une maison moyenne, La Partie (deux) et hélium (un), un titre d'une petite maison habituée de ce palmarès, Maison Georges. Et en cerise sur ce choix, une Belge, Sarah Cheveau. Voici le palmarès.
 

CARRÉMENT BEAU MINI

7 Comptines d'Oiselles
et d'Oiseaux
Sarah Cheveau
Éditions Thierry Magnier

Un coffret de sept petits livres qui jouent avec les sons, les images et les mots pour découvrir les premiers apprentissages. Une mini-bibliothèque portative incite les bébés à partir à la rencontre du poussin, du coucou, de la chouette ou du pic épeiche. A se laisser emporter par leur chant, à jouer grâce à eux avec les chiffres, les couleurs ou les formes. Le tout porté par l'humour et la fantaisie de Sarah Cheveau.
 
"7 comptines pour oiselles et oiseaux". (c) Ed. Thierry Magnier.
 
 
CARRÉMENT BEAU MAXI
Un abri
Adrien Parlange
La Partie, 40 pages
 
Ce magnifique album fut finaliste des prix IBBY Belgique francophone 2024 (lire ici). Solidarité et découverte de l'autre au-delà de peurs légitimes sont merveilleusement traitées dans cet album où une petite fille et plein d'animaux s'abritent tous ensemble derrière un rocher pour se protéger du soleil.
 
"Un abri" d'Adrien Parlange. (c) La Partie.
 
 
 
CARRÉMENT PASSIONNANT MINI
L'Étoile de Mo
Yeonju Choi
traduit du coréen par Elvire Beaule
hélium, 176 pages
 
Un roman délicatement illustré, Mention spéciale en catégorie Opera Prima à la Foire de Bologne 2024 (lire ici), autour de Mo, un petit chat insomniaque. Une nuit où il ne trouvait pas le sommeil, il aperçoit au loin une étrange et brève lumière. Elle l'attire, il s'aventure à sa recherche en pleine nuit. Dans la forêt, il rencontrera plein d'animaux qui lui donneront de quoi continuer son périple et le guideront, tout en le mettant en garde contre un ours à l'haleine fétide.  Mo est à la fois effrayé et curieux de le rencontrer... 
 
"L'étoile de Mo". (c) hélium.

 
 
CARRÉMENT PASSIONNANT MAXI
La Plus Grande
Davide Morosinotto
traduit de l'italien par Marc Lesage
l'école des loisirs, "Médium"


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
CARRÉMENT SORCIÈRES FICTION
Mon nom est Billy des nuages
Éva Offredo
Maison Georges

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
CARRÉMENT SORCIÈRES NON-FICTION
Qu'est-ce qu'une frontière?
Gudol & Haerang
traduit du coréen par Sungyup Lee
La Partie, 64 pages
 
 Le monde est divisé en plus de 200 pays délimités par des frontières. Mais qu'est-ce qu'une frontière? Ces délimitations inventées par les humains peuvent apparaître, disparaître ou changer soudainement. Certaines frontières suivent le cours d'un fleuve, d'une côte ou d'une chaîne de montagne, d'autres sont tracées en lignes droites. Certaines sont grandes ouvertes, et d'autres fermées par des murs et des armées. Mais qu’elles soient dangereuses ou non, les humains les franchissent depuis toujours: pour explorer, se mettre à l'abri, envahir, commercer ou trouver un emploi ou un sens à sa vie... Quant aux oiseaux et aux poissons, ils se fichent bien des frontières, comme les ondes, l'air ou la pollution.
 
 
"Quest-ce qu'une frontière?" (c) La Partie.

 
 


vendredi 7 mars 2025

Cinq créations françaises primées à Bologne

"Boucle d'or en chemin" (c) Hélium.
 
La 62ᵉ Foire du livre pour enfants de Bologne va se tenir dans un petit mois. Du 31 mars au 3 avril, les éditeurs jeunesse du monde entier se rencontreront en Italie. L'édition 2025 célèbre le 60ᵉ anniversaire des prix remis à la Foire aux meilleurs albums jeunesse, les BolognaRagazzi Awards (BRAW). Différentes catégories sont définies, les historiques "Fiction", "Non fiction" et "Opera prima" (première œuvre), les plus récentes "Comics" (BD), "New Horizons" et "Toddler" (tout-petits) auxquelles s'ajoute une catégorie annuelle, "Durabilité" cette fois.
 
Cette année, 3 858 livres provenant de 68 pays et régions ont été soumis aux différents jurys.
  • Jury Fiction, Toddler, Opera Prima: Stefano Cipolla (critique), Diletta Colombo (éditrice) et Pam Dix (IBBY Royaume-Uni). 
  • Jury Non-Fiction et Durabilité: Tobias Hickey (maître de conférences), Ayse Koca (auteure et enseignante) et Lisa Lyons Johnston (éditrice).
  • Jury Bande dessinée:  Karen Green (conservatrice), Luca Raffaelli (auteur) et Tanja Skale (éditrice).
Soit une augmentation de 15 % par rapport à 2024 et la première participation de livres provenant du Guatemala, de Mongolie, du Maroc, du Nigeria, du Qatar et du Vietnam. Cinq créations françaises dont un doublé pour Hélium apparaissent dans les vingt-trois prix et les mentions.

Palmarès
 

FICTION


Prix
"House of Wisdom" (Maison de la sagesse)
Bodour Al Qasimi
Majid Zakeri Younesi
Kalimat (Émirats arabes unis, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"Heatwave" (Vague de chaleur)
Lauren Redniss
Random House Studio (USA, 2024
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Ingen utom jag"
Sara Lundberg
Natur & Kultur (Suède, 2024)
 
"Personne d'autre que moi"
MeMo (France, mai 2025)
couverture à venir 

 
 
 
 
Mention spéciale

"Boucle d'or en chemin"
Caroline Gamon
hélium (France, 2024)
 
Une variation très réussie sur le thème de Boucle d'or et ses trois ours. La petite Boucle d'or part cueillir des fleurs, très joliment représentées. Toute dédiée à sa recherche, elle entre dans le bois interdit où elle se perd. Elle y trouvera une cabane où se réfugier, celle des trois ours célèbres. Les épisodes du conte traditionnel apparaissent ensuite jusqu'à le fuite de la fillette par la fenêtre et son retour à la maison maternelle, immense refuge où apparaît une Boucle d'or grandie par son aventure quand on déplie la page. Un premier album en solo très construit tant dans le scénario que les images aux découpes astucieuses et porté par un graphisme somptueux.
Commentaire du jury: "Avec une réécriture inattendue du conte de fées traditionnel, le livre combine la saveur rétro de certains langages graphiques avec une construction narrative profondément moderne et l'habileté avec laquelle il utilise et façonne de nombreuses caractéristiques stylistiques du genre du livre d'images. Certaines pages sont finement découpées, et le chevauchement crée des visions d'un grand impact symbolique, comme la main de la mère sur laquelle repose la maison qui renferme la minuscule forme de la fille. La forme de la découpe devient une métaphore de l'enfance capable d'indiquer de nouveaux chemins et l'aventure est à la fois voix et distance. D'autres pages n'ont pas besoin de texte écrit et les narrations silencieuses coulent soutenues par les figures pendant plusieurs instants. Si le bois est un lieu imaginaire riche d'échos artistiques et illustratifs de chefs-d'œuvre, l'interaction avec le design et l'art contemporain habite les espaces et les objets intérieurs. Parsemé de références littéraires et figuratives aux contes de fées, du Petit Chaperon Rouge au Petit Poucet, tant dans les images que dans le texte parfait, rythmé et concis, le livre fait preuve de courage éditorial et attire le lecteur dès la texture même de la couverture."
"Boucle d'or en chemin". (c) Hélium.

 

NON-FICTION
 

Prix
"Per mille camicette al giorno" (Pour un millier de chemisiers par jour)
Serena Ballista
Sonia Maria Luce Possentini
Orecchio Acerbo (Italie, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale
"London: a History"
Laura Carlin
Walker Books (Grande-Bretagne, 2024) 
 
 
 
 
 
 
 
 

DURABILITÉ


Prix
"Art Is a Voice"
Kripa
Art1st Enterprises (Inde, 2024) 
 
 
 
 
 
 
 

 
Mention spéciale
"Raíces del bosque" (Racines de la forêt)
Paulina Jara
da Marcos Guardiola
Editorial Amanuta (Chili, 2021)
 
 
 
 
 

 

 

OPERA PRIMA (Première œuvre)

Prix

"If You Want to Eat a Red Apple" (Si tu veux manger une pomme rouge)
Jin Joo
Ga Hee Lee
Finger Publishing (Corée du Sud, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Calcio di rigore" (Penalty)
Greta Amadeo
Lenina Barducci
Pulce (Italie, 2024)
 
 
 
 
Mention spéciale

"La colección Billy Besta" (La collection Billy Besta)
Jill Senft
Limonero (Argentine, 2024) 
 
 
 

 

 

 

 

 

TODDLER (tout-petits)

Prix

"Le coq polyglotte"
Marie Darme-Rizzo
Hélium (France, 2024)
 
Commentaire du jury: "Élégant, direct, brillant, ce livre ingénieux, sous forme cartonnée, utilise un format habituel pour emmener le lecteur dans un voyage linguistique original à la découverte du chant du coq, interprété différemment, comme on le sait, dans différentes langues. Le livre invite les lecteurs adultes et enfants à jouer avec les sons des langues, du japonais à l'italien, du swahili au kabyle, du grec au vietnamien, de l'islandais à l'ukrainien, tandis que la typographie sert à accompagner et à amplifier les sons. Un excellent travail éditorial, le graphisme et la palette chromatique ont été clairement étudiés dans les moindres détails, le livre est destiné à être lu de nombreuses fois. La carte du monde à la fin du livre invite le lecteur à jouer avec d'autres pays et d'autres langues, et exprime le large horizon de cette proposition culturelle.
 
Mention spéciale

"Nombres"
Cibrán Rico López et Suso Vázquez Gómez
Álvaro Valiño
Fabulatorio (Espagne, 2024) 
 
 

 

 

 

 

 

BANDE DESSINÉE - JEUNE LECTEUR

Prix

"Gutenachtgeschichten für Celeste - Ein sehr gruseliges Bilderbuch" (Des histoires pour Céleste avant de dormir – Un livre d'images très effrayant)
Nikolaus Heidelbach et Ole Könnecke
Carl Hanser Verlag (Allemagne, 2024) 
 
 
 
Mention spéciale

"La finestra indiscreta" (La fenêtre indiscrète)
Marina Sáez
MTM Editores (Espagne, 2023) 
 
 
 
 
 
 
 
 

COMICS - MEDIUM

Prix
"Dita Dor" (Dictateur)
António Jorge Gonçalves
Edições Assembleia da República (Portugal, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Kurt er vist ikke helt død" (Kurt n'est sans doute pas complètement mort)
Sabine Lemire
Rasmus Bregnhøi
Gads Børnebøger (Danemark, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"Alyte"
Jérémie Moreau
Éditions 2042 (France, 2024)
 
Commentaire du jury: "Un livre sur les relations entre le monde humain et le reste de la nature, mettant en avant le récit écologique et environnemental avec les animaux comme principaux protagonistes. Le personnage principal est un crapaud qui apprendra à survivre aux dangers des deux mondes, tout en trouvant des amis et des mentors. Vu du point de vue du crapaud, de l'animal et de la forêt, le monde humain est destructeur, mais le lecteur fait également l'expérience du monde animal dans ses aspects les plus violents, comme "la nature, rouge de dents et de griffes". C'est aussi une histoire de croissance et de transformation. "Alyte" est comme un livre d'échantillons du fonctionnement des bandes dessinées, exposant le lecteur à l'utilisation de la couleur, à la mise en page et à la composition des cases, avec un énorme sens du dynamisme. L'ensemble du livre, de la couverture au papier en passant par l'art, est un hommage au pouvoir du langage visuel."

COMICS - YOUNG ADULT

Prix
"La Trahison d'Olympe Livre 1"
Jean Dalin
Sarbacane (France, 2024)
 
Commentaire du jury: "Marv était un jeune inventeur prometteur avant de tout perdre. Abandonnant ses rêves, il devient livreur. Mais un matin, il doit livrer une lettre pour "Olympe", la femme du puissant et terrible Carlus Traitruss. Commence alors un voyage aux confins du psychédélique, avec une aventure racontée en immenses pages et faite de splash-pages, d'architectures détaillées, de villes futuristes, de mondes infinis, d'images à explorer longuement au risque de se laisser piéger par leur tourbillon graphique et compositionnel. Les couleurs, tantôt sourdes, tantôt éclatantes, transportent le lecteur dans la profondeur de l'image. L'émerveillement de ces pages renvoie aux bandes dessinées de grands maîtres comme McCay, Moebius ou Schuiten. Mais au fil de la lecture, l'extraordinaire variété des lieux, la variété des choix et la capacité visionnaire de l'auteur se révèlent dans toute leur originalité. Tous ces éléments rendent d'autant plus impressionnant le fait qu'il s'agisse d'un premier livre."

Mention spéciale

"Nato in Iran" (Né en Iran)
Majid Bita
Canicola (Italie, 2023)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Mention spéciale

"L'été du vertige"
 Adlynn Fischer
La Ville Brûle (France, 2023)
 
Commentaire du jury: "L'histoire d'une adolescente en train de remettre en question son identité, qui se retrouve seule avec sa petite sœur dans la maison de leur père. C'est l'été et la sœur aînée invite ses amis; la situation évolue rapidement vers une fête, avec un invité mystérieux. Le livre explore la fragilité de l'adolescence et l'importance des limites. L'art est sombre mais précis, avec une palette de couleurs en constante évolution, et semble extrêmement mature pour un premier roman graphique. Cette histoire sombre maintient le lecteur captivé tout au long du livre avec des rebondissements. Elle capture assez efficacement le conflit intérieur de tant d'adolescents, sans proposer de solution ou de résolution."
 
Mention spéciale

"Fürchten lernen" (Apprendre à avoir peur)
Nando von Arb
Edition Moderne (Suisse, 2023) 
 
 

 

 

 

 

 

 

NEW HORIZONS

Prix
"Dalla finestra" (De la fenêtre)
Laura Cattabianchi
Patrizio Anastasi
Start Edizioni (Italie, 2024)
 
 
 
 
 
 
 
 


"Boucle d'or en chemin". (c) Hélium.