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vendredi 23 août 2019

Déjà la septième édition de l'Intime Festival!


Quand Benoît Poelvoorde a lancé en 2013 son projet de festival littéraire à Namur, le temps d'un week-end à la toute fin de l'été, il a été accueilli par des mines en apparence réjouies mais au fond largement dubitatives. Il avait pourtant rudement bien vu car l'Intime Festival s'est tout de suite imposé dans le calendrier de la rentrée littéraire, prenant sa place dans des agendas souvent bien chargés. Venant de Namur et d'ailleurs, le public est friand de ses lectures, par des acteurs, par les auteurs eux-mêmes, des rencontres avec les écrivains ou entre lecteurs tout simplement, le tout dans le cadre champêtre du Théâtre de Namur. Il faut dire que la programmation de Chloé Colpé est excellente et que les déclinaisons de la littérature vers le cinéma, la photographie, l'illustration ou la musique passionnantes.

Mathieu Amalric lira "Le lambeau" de Philippe Lançon.

Ces 23, 24 et 25 août, ce soir donc, va se tenir la septième édition de l'Intime Festival. Enfin, surtout samedi et dimanche, ce vendredi soir étant consacré à la lecture  de "Un membre permanent de la famille" de  Russell Banks (douze nouvelles traduites par Pierre Furlan, Actes Sud, 2015, Babel 2016), par Jackie Berroyer.

Au programme du week-end


Cinq autres grandes lectures
  • "Trouble" du Belge Jeroen Olyslaeghers (traduit du néerlandais par Françoise Antoine, Stock, 2019), lu par Johan Leysen,
  • "Fuki-No-Tô" d'Aki Shimazaki, Japonaise installée au Québec et écrivant en français (Actes Sud, 2018), lu par Valérie Bonneton,
  • "De pierre et d'os", second roman de Bérengère Cournut (Le Tripode, à paraître le 29 août 2019), lu par Marianne Denicourt
  • "Tout ce que nous allons savoir" de Donal Ryan (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Hermet,  Albin Michel, "Terres d'Amérique", 2019), lu par Jeanne Dandoy 
  • "Le lambeau" de Philippe Lançon (Gallimard, 2018), lu par Mathieu Amalric en soirée finale.
On le voit, le choix est éclectique: grands auteurs, comme Banks ou Shimazaki, découvertes comme Olyslaeghers, apparu à la Foire du livre de Bruxelles 2019 ou Bérangère Cournut, incontournable comme Lançon, justement récompensé par le prix Femina 2018. Des écrivains francophones ou des traductions. De grandes maisons d'édition et des petites.

Des lectures d'un quart d'heure par un comédien suivies d'entretiens par un modérateur avec les auteurs
  • Florence et Jacqueline Aubenas, "En France" (L'Olivier, 2014, lire ici)
  • Yamina Benahmed Daho, "De mémoire" (Gallimard, "L'arbalète, 2019)
  • Patrick Corillon, "Le voyage en Belgique" (Robert Laffont, "Bouquins", lire ici)
  • Bérengère Cournut, "De pierre et d'os" (Le Tripode, à paraître le 29 août 2019)
  • Charly Delwart, "Databiographies" (Flammarion, à paraître le 28 août)
  • Simon et Capucine Johannin, "Nino dans la nuit" (Allia, 2019)
  • Lisa Harding, "Abattage" (traduit de l'anglais par Christel Gaillard, Joëlle Losfeld, 2019)
  • Lieve Joris, "Fonny" (traduit du néerlandais par Marie Hooghe, Actes Sud, 2019)
  • Samy Langeraert, "Mon temps libre" (Verdier, 2019)
  • Jeroen Olyslaeghers, "Trouble" (traduit du néerlandais par Françoise Antoine, Stock, 2019)
  • Donal Ryan, "Tout ce que nous allons savoir" (traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Marie Hermet,  Albin Michel, "Terres d'Amérique", 2019)

Deux discussions présentant un livre par un autre biais que son auteur:
  • "Mais leurs yeux dardaient sur Dieu", de Zora Neale Hurston (traduit de l'anglais par Sika Fakambi, Zulma, 2018), avec la traductrice Sika Fakambi 
  • "Hontes. Contes, confessions impudiques mises en scène par les auteurs", de Robin Robertson (traduit de l'anglais par Catherine Richard, Joëlle Losfeld, 2006), avec Denis Saint-Amand, Robert McLiam Wilson et Joëlle Losfeld.

Sans oublier, en l'absence de Ahmet Altan, écrivain et journaliste turc emprisonné à perpétuité depuis 2016 dans son pays, lecture de son livre à paraître le 4 septembre, (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)

D'autres choses encore:
  • Peut-on apprendre à écrire?
  • Rencontre avec Juan Branco
  • Du théâtre
  • De la musique
  • De la photo
  • Du cinéma
  • De l'architecture

Autres renseignements ici.

jeudi 18 janvier 2018

Fawzia Zouari à Bruxelles la semaine prochaine

Fawzia Zouari.

C'est bête mais c'est comme ça. Il y a des auteur(e)s formidables à côté desquel(le)s on passe sans trop savoir pourquoi. Question de calendrier, de hasard, de pas de chance. Par exemple, la formidable romancière tunisienne Fawzia Zouari, lauréate du Prix des Cinq Continents de la Francophonie 2016 pour son superbe récit "Le corps de ma mère" (Joëlle Losfeld, 232 pages, 2016). Pourquoi est-elle si mal connue alors qu'elle a signé une dizaine de livres, vit à Paris depuis près de quarante ans et se déplace régulièrement? On avait ainsi eu l'occasion d'entendre ses mots enflammés lors du Passa Porta Festival 2017. Malgré tout cela, elle n'est pas assez connue, ni pour son parcours littéraire, ni pour son parcours de féministe engagée.

On aura deux occasion de se rattraper, la semaine prochaine à Bruxelles.

Le lundi 22 janvier dès 19 heures à la Maison Autrique où revient le cycle Portées-Portraits organisé par Geneviève Damas et son asbl Albertine, Fawzia Zouari sera présente lors de la lecture à haute voix de son dernier livre.
Portées-Portraits fait découvrir plusieurs fois par an différents auteurs contemporains, le temps d'une lecture-spectacle. Des comédiens donnent à entendre des extraits "coups de cœur" des livres,  accompagnés par des musiciens.
Le texte de Fawzia Zouari sera lu par Hoonaz Ghojallu, accompagnée à la guitare par Benjamin Sauzereau. La mise en voix sera assurée par Ariane Rousseau.

A l'issue de la lecture d'une heure environ, un verre sera offert, occasion de discuter de manière conviviale Fawzia Zouari et les artistes de la soirée. Rappelons qu'une rencontre avec l'auteure est organisée dès 19 heures à la Maison Autrique.

La manifestation est organisée en partenariat avec CEC ONG et les Midis de la Poésie. Elle se déroulera à la Maison Autrique (chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles). Lecture à 20h15, rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Renseignements et réservation par mail à albertineasbl@gmail.com ou par téléphone au 022455187.


Le mardi 23 janvier, de 12h40 à 13h30, dans le cadre des Midis de la poésie, animés par Mélanie Godin et son équipe, Fawzia Zouari échangera avec l'écrivaine belge Geneviève Damas, elle aussi lauréate du Prix des Cinq Continents de la Francophonie ("Si tu passes la rivière", Luce Wilquin, 2012), sur le thème "Poète et Prophète". Cela promet d'être passionnant. Le poète est-il capable de concurrencer le prophète? Il possède le sens de la divination, l'intuition du monde et les mots pour le dire. La tradition islamique a toujours craint les poètes qui, paradoxalement, ont marqué plus que tout autre genre la littérature arabe.

La séance est organisée en collaboration avec Albertine asbl et CEC ONG. Elle se déroulera aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique (3 rue de la Régence, 1000 Bruxelles). Réservation par mail à info@midisdelapoesie.be ou par téléphone au 0485325689.



La Tunisie s'est de tout temps fait remarquer par ses femmes, qu'elles soient des personnalités publiques ou tiennent seulement leur foyer. Fawzia Zouari, journaliste et romancière, enrichit cette règle glorieuse. Elle naît - officiellement mais le roman familial donne une autre date - le 10 septembre 1955 à Dahmani, à une trentaine de kilomètres au sud-est du Kef, au sud-ouest de Tunis, au sein d'une fratrie de six sœurs et quatre frères. Son père est un cheikh, propriétaire terrien et juge de paix. Elle est, merci au président Bourguiba qui envoie les garçons ET les filles à l'école,  la première des filles à ne pas être mariée adolescente et à pouvoir mener des études secondaires. Son bac en poche, elle poursuit ses études à la faculté de Tunis, puis à Paris. Docteur en littérature française et comparée de la Sorbonne, elle vit à Paris depuis 1979. Elle a même épousé un Français, autre coup de canif dans les traditions familiales.

Elle travaille durant dix ans à l'Institut du monde arabe - à différents postes dont celui de rédactrice du magazine "Qantara" - avant de devenir journaliste à l'hebdomadaire "Jeune Afrique" en 1996. "La caravane des chimères", publié en 1989 chez Olivier Orban, est consacré au parcours de Valentine de Saint-Point, la petite-nièce de Lamartine qui a voulu réconcilier l'Orient et l'Occident et s'est installée au Caire après s'être convertie à l'islam. C'était son sujet de thèse.

Ses ouvrages suivants évoquent, pour la plupart, la femme maghrébine installée en Europe occidentale. "Ce pays dont je meurs" (Ramsay, 1999) raconte de façon romancée la vie de deux filles d'ouvrier algérien, déracinées, aussi mal à l'aise dans leur société d'origine que dans leur pays d'accueil. "La Retournée", roman publié en 2002, narre sur un ton ironique la vie d'une intellectuelle tunisienne vivant en France et qui ne pourrait plus retourner dans son village natal. En 2006, paraît "La deuxième épouse", mettant en scène trois femmes maghrébines fréquentées simultanément par le même homme. En 2016, elle reçoit le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, pour son livre "Le corps de ma mère".

Fawzia Zouari a écrit "Le corps de ma mère" bien après le printemps 2007 où sa mère s'est éteinte, sa maladie réunissant autour d'elle toute la famille, celle du nord et celle du sud. Comme si elle avait dû attendre avant de se décider à raconter la vie de sa mère et à travers elle, celle des femmes bédouines tunisiennes. Le titre laisse déjà deviner la pudeur de la narratrice. Elle le fait en égrenant des souvenirs, des anecdotes, des conversations glanés tout au long de la vie de sa mère. Ceux qui connaissent la Tunisie vont reconnaître les paysages, les habitudes, les vêtements, les bijoux, les remèdes traditionnels, les conversations sans fin, les discussions à tout bout de champ. Les Tunisien(ne)s qui vont et viennent autour de la vieille matriarche. Ceux qui ne la connaissent pas vont découvrir un pays de l'intérieur.

Avec pudeur, l'auteure relate le parcours de sa famille, principalement celui des femmes de sa famille, Yamna sa mère bien entendu, ses sœurs, elle-même, la nouvelle génération devenue adulte. Mais elle évoque aussi le fils préféré et les autres hommes. La vie à Ebba et à Tunis. "Je ne m'explique pas non plus pourquoi maman semble avoir posé ses valises au milieu de ma vie", écrit-elle. "Pourquoi ai-je hérité, plus que mes frères et mes sœurs, de ses contes, et me suis-je assigné la mission de préserver sa mémoire?"

Dans ce texte vif, à la première personne, elle s'interroge sur les difficultés à sortir des traditions, à les marier à la modernité. Elle traque les secrets de famille longuement tus, soigneusement gardés par sa mère. Elle reprend les histoires racontées depuis toujours aux enfants. Son récit peut se faire dramatique, cocasse ou lyrique. A travers sa famille qu'elle nous confie, entre safsari et pose d'arkous, c'est le chemin de la femme tunisienne qu'elle écrit. Un livre de toute beauté, d'une infinie richesse et qui suscite plein de questions.




vendredi 24 mars 2017

Le Passa Porta Festival est en vue

- Tu viens à Livre Paris? (nouvelle appellation du Salon du livre de Paris)?
- Ben non, moi, j'ai Passa Porta Festival! (sans compter que j'épargne le prix prohibitif des entrées à la porte de Versailles).

Et quel festival! En trois langues principalement et partout dans Bruxelles (lire ici).
Cent auteurs et cent rencontres en deux jours, les samedi 25 et dimanche 26 mars, et une soirée d'ouverture, le vendredi 24 mars...
Surtout que la météo semble vouloir être une alliée de dernière minute.


Vendredi
Changement de programme à propos de la soirée du vendredi: Paul Auster a remis un certificat médical et ne viendra pas à Bruxelles. Septuagénaire - on ne dirait vraiment pas -, il souffre d'un problème aux cordes vocales et doit, sur avis de ses médecins, respecter une période de repos. Mais une nouvelle date pour sa venue à Flagey autour de son œuvre et de son nouveau livre "4321" est à l'étude.

Négar Djavadi. (c) Matsas-Opale-Levi.
Ece Temelkuran.
Pas de panique pour autant.
La soirée d'ouverture change de braquet et se concentrera plutôt sur la relation entre littérature et politique. Comment lire le monde? Un thème qui sera débattu avec trois auteurs du Festival, la Turque Ece Temelkuran, la Franco-Iranienne Négar Djavadi et le Colombien Juan Gabriel Vásquez. Ils ont tous les trois signé des livres retentissants. "A quoi bon la révolution si je ne peux danser" (JC Lattès, 2016) un road-story pour la première, "Désorientale" (Liana Levi, 2016, Prix Première 2017, lire ici) son premier roman pour la deuxième, "Les dénonciateurs" (Seuil, 2015) pour l'auteur de "Le bruit des choses qui tombent" (Seuil, 2012). Ils répondront aux questions d'Annelies Beck et Nathalie Skowronek.
en anglais et en français, Flagey, vendredi 24 mars, 20h15.

Juan Gabriel Vásquez


Ensuite place au Parcours littéraire.
Voici le mien, essentiellement en français, mais l'ensemble des activités possibles est à consulter ici.

Samedi

En mise en jambes, une session de The Quiet Volume.
Suivre à deux participants, amis ou inconnus, les instructions écrites ou murmurées pour venir au bout d'une montagne de livres de manière absolument surprenante. .
Bibliothèque Muntpunt, 1 heure, réservation conseillée via festival@passaporta.be, de 10 heures à 17h40.

Caroline Lamarche. (c) E. Michiels.
📅 Caroline Lamarche,
guide d'exposition
La romancière  propose une visite guidée personnelle de l'exposition "BXL UNIVERSEL", qui présente un portrait subjectif de la capitale bruxelloise et européenne par des artistes contemporains.
Centrale for contemporary art, 14.30-15.30.

📅 La Rimbaudmobile
Sur le toit d'une vieille Citroën, ma voiture préférée, Peter Holvoet-Hanssen a aménagé une installation sonore. Il y présente sa "Cartographie du monde de la poésie", un jeu de piste à travers l'histoire de la poésie. Accompagné du poète Antoine Boute, il déverse un flot de poèmes sur le centre-ville de Bruxelles. Le duo s’arrête un moment au Vieux Marché aux Grains.
devant De Martkten, 15.00-15.30 (ailleurs à d'autres moments).

📅📅📅 Première rencontre, panoplie littéraire et voyage cosmique
J'irai à l'un, mes hologrammes aux autres. Ou, plus classiquement, mes clones.

Marcus Malte. (c) R. Gaillarde.
Jean-Baptiste Del Amo.
📅 Jean-Baptiste Del Amo a écrit "Règne animal" (Gallimard), Marcus Malte "Le garçon" (Zulma). Deux romans unis par la même force vitale, quasi animale. Ils se rencontrent pour la première fois pour un entretien croisé animé par Ysaline Parisis.
La Bellone, 15.30-16.30.


Maylis de Kerangal. (c) Hélie-Gallim.
📅 S'inspirant de la rubrique qu'il a imaginée dans la revue de littérature contemporaine "Décapage", Jean-Baptiste Gendarme demande à Maylis de Kerangal de présenter sa panoplie littéraire au moyen de textes, de photos et de documents.
Beursschouwburg, 15.30-16.30.


Erika Fatland. (c) Reineord.
📅 Si on envoyait une sonde dans les régions les plus éloignées du cosmos avec le meilleur de l'humanité peut à bord, quels seraient les livres, les films, les albums qui mériteraient de faire partie du voyage selon Erika Fatland? Questions posées par Lies Steppe.
Muntpunt, en anglais, 15.30-15.45.





📅 Repos graphique
Les téméraires dessinatrices Flore Balthazar et Judith Vanistendael vont dévoiler les vérités ultimes. Il suffit d'aller à leur rencontre et de leur poser la question qui vous préoccupe le plus. Quelques minutes plus tard, la réponse tant attendue est à portée de main, sur papier.
Beursschouwburg, 16.30-17.30.


Ivan Jablonka.
📅 Littérature et journalisme d'investigation
Dans "Laëtitia, ou la fin des hommes" (Seuil), prix Médicis 2016, Ivan Jablonka dissèque un fait divers survenu en 2011, en même temps qu'il offre une sépulture littéraire d'une femme broyée par les hommes. La littérature peut-elle s'aventurer sur le terrain du journalisme d'investigation? L'écrivain s'entretiendra avec Myriam Leroy.
Beursschouwburg, 17.00-18.00.

📅📅📅 Appel de Dimitri Verhulst, Voyage en Soviétistan et Prix des Cinq continents
Avec appel à mes clones de nouveau.

📅 Les écrivains Fikry El Azzouzi, Thomas Gunzig, Nathalie Skowronek, Christophe Vekeman et Isabelle Wéry sont invités à écrire un nouveau texte, en réponse à l'appel de Dimitri Verhulst: "Répondre à la terreur par la beauté et la littérature". La dessinatrice Judith Vanistendael donnera vie à ces textes en live. La présentation sera faite par Béatrice Delvaux.
Beursschouwburg, 18.30-19.30.

📅 Retrouver l'écrivaine et anthropologue norvégienne Erika Fatland qui avait brillamment ouvert l'édition 2017 du Passa Porta Festival et son livre "Sovietistan" (Gaïa). Elle y emmène le lecteur en voyage à travers le Turkménistan, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Ouzbékistan. Fine observatrice, collectionneuse d'histoires absurdes, elle dévoile un visage jusqu'ici inconnu de cet univers particulier.
De Markten, en anglais, 18.30-19.30

Fawzia Zouari.
📅 Qui est Fawzia Zouari, écrivaine et journaliste tunisienne dont le roman "Le corps de ma mère" (Editions Joëlle Losfeld) a remporté l'édition 2016 du Prix des cinq continents de la Francophonie? Entretien avec Vanessa Herzet.
Tuliti, 18.30-19.30.



② Soirée sous le signe du chiffre 2
Duality: dans tout le Beursschouwburg, écrivains, poètes, slammeurs et illustrateurs forment des duos avec d'autres artistes. Exemples.
Bertrand Belin & Max de Radiguès (en français),  un auteur et chanteur français & un dessinateur belge.
Martje Wortel & Randall Casaer (en néerlandais), un écrivain néerlandais & un artiste belge.
Aura Xilonen & Halfdan Pisket (en anglais), une auteur et réalisatrice mexicaine & un dessinateur danois.
Peter Verhelst & Wide Vercnocke (en néerlandais), un auteur belge lit un extrait de son prochain roman en avant-première & un dessinateur belge.
Dimitri Verhulst &  Peter Vandenberghe (en néerlandais), un écrivain belge & un pianiste belge.
Jeroen Olyslaegers & Scale (en néerlandais), un romancier belge & le roi du hip-hop anversois.
Gerard Herman & Milan Warmoeskerken (en néerlandais), un artiste néo-dadaïste belge & un compositeur belge.
Sukina Abdul Noor & Timothy Nouzak (en anglais), une poétesse et slammeuse britannique & un danseur.
(Joy) Gioia Kayaga &  Milady Renoir, (en français),  deux poétesses belges contemporaines.
Négar Djavadi & Eve Bonfanti (en français),  une cinéaste et romancière franco-iranienne & une actrice et metteuse en scène belge sur les lieux de leur jeunesse.
Jean-Baptiste Del Amo &  Olivier Cornil (en français),  un écrivain français & un photographe belge.
In bed with Andy Fierens & Milady Renoir (dans les trois langues), les deux poètes se font et vous font la lecture.

💃💃💃 Et à 22h30, ce sera piste de danse, version littéraire. 
Beursschouwburg, 20.00-00.00.


Dimanche (heure d'été)

Livres de seconde main
Stands de bouquinistes et troc de livres.
Derrière la Bourse, 10.30-18.00.

📅📅📅📅 Read Write Repeat, Littérature jazzy, Retour au pays natal et Lecture intergénérationnelle
Les clones sont priés de se présenter à midi.

José Eduardo Agualusa.
📅 Importante voix littéraire du monde lusophone, José Eduardo Agualusa ("Le Marchand de passés", Métailié) sélectionne un extrait littéraire qui lui donne une envie irrésistible de saisir sa plume. Sven Speybrouck (Radio 1) part à la recherche de ce qui le surprend et l’inspire.
Muntpunt, en anglais, 12.00-12.15.
De 13.30 à 13.45, même programme avec Rosa Montero (Métailié).
De 15.00 à 15.15, même programme avec Juan Gabriel Vásquez (Seuil).

📅 Des extraits du roman "Les harmoniques" (Gallimard, Série noire) de Marcus Malte sont mis en bouche par l'auteur et accompagnés par les musiciens Gérard Maurin et Virginie Teychené. 
Théâtre des Martyrs, 12.00-13.00.

📅 Après des années d'exil forcé, Juan Gabriel Vásquez retrouve son pays natal, la Colombie. Entretien à propos de ce retour et de son nouveau livre, "La forma de las ruinas", avec Catherine Vuylsteke.
Beursschouwburg, en anglais, 12.00-13.00.

Toon Tellegen.
📅 L'épatant écrivain néerlandais Toon Tellegen lit ses histoires d'animaux pleines de rebondissements, accompagné par ses alliés musicaux du Wisselend Toonkwintet. Un programme pour toutes les générations.
La Monnaie, en néerlandais, 12.00-13.00.







📅📅📅📅 Opération à crâne ouvert, Correspondance, Nouvelles voix belges et Lecture musicale
Les clones sont attendus après un rapide déjeuner.

Patrick Declerck. (c) Hélie-Gallimard.
📅 Patrick Declerck raconte dans "Crâne" (Gallimard) l'opération chirurgicale du cerveau qu'il a subie par son auteur. Lucidité et humour abrasif à prévoir pour cet entretien animé par Laurent Moosen.
Théâtre des Martyrs, 13.30-14.30.

📅 L'écrivaine et journaliste politique turque Ece Temelkuran s'est liée d'amitié avec sa consœur belge Annelies Beck lors d'une résidence à Passa Porta. Elles liront des extraits de la correspondance qu'elles entretiennent depuis les attentats de Paris.
Théâtre du Vaudeville, en anglais, 13.30-14.30.


Aiko Solovkine.
Jean-Marc Ceci.
📅 "Rodéo" d'Aiko Solovkine (Filipson, 2014) et "Monsieur Origami" de Jean-Marc Ceci (Gallimard, 2016) ont révélé deux nouvelles voix littéraires en Belgique. Comment ces auteurs sont-ils arrivés en littérature? Réponses croisées aux questions de Lorent Corbeel.
Tropismes Librairie, 13.30-14.30.

📅 On connaissait Bertrand Belin chanteur, le voici écrivain. Après "Requin" (P.O.L.), il signe "Littoral" (même éditeur), dans lequel on retrouve son épatant rapport à l'oralité et la musicalité. Logiquement, il a fait de ce texte un concert littéraire, qu'il présente avec le musicien Thibaut Frisoni.
Librairie Quartiers Latins, 13.30-14.30.

Céline Minard. (c) Lea Crespi.
📅 Solitude
Ecrivaine singulière, Céline Minard surprend sans cesse. "Le grand jeu" (Rivages), dans lequel la narratrice affronte sa solitude, en est la dernière illustration. Rencontre avec cette auteur inclassable, passionnée de montagne et de philosophie, animée par Laurent de Sutter.
Beursschouwburg, 15.00-16.00.



📅📅📅📅 Iran, France, Belgique, Une vie intense, Sofi Oksanen, Lionel Shriver
Pas de goûter pour les clones.

📅 Négar Djavadi, auteure du premier roman "Désorientale" (Liana Levi), a fait une entrée remarquée en littérature. Elle qui adore Bruxelles et y a vécu durant ses études à l'INSAS parlera de son itinéraire atypique, entre l'Iran et la France. 
Théâtre du Vaudeville, 16.30-17.30.

📅 Tristan Garcia et Véronique Bergen débattent de la peur du banal qui gouverne nos vies, de la quête d'intensité sans répit. Cette soif du "fort", de l'intense, assez récente, ne signale-t-elle pas aussi une difficulté à accepter la vie comme elle est? Modération : Laurent de Sutter. 
Beursschouwburg, 16.30-17.30.

Sofi Oksanen (c) Harkonen.
📅 Dans ses romans, la star de la littérature finno-estonienne Sofi Oksanen rend intelligibles des événements historiques. Elle évoque son œuvre et dialogue avec Saskia De Coster sur des thèmes actuels qui sont chers aux deux auteurs tels que la crise des réfugiés et le féminisme contemporain.
Bozar, en anglais, 16.30-17.30.

📅 Le dollar s'effondre, le président plaide l'isolationnisme, un mur est construit… par le Mexique. Dans son roman futuriste "Les Mandibules" (en français en mai 2017 chez Belfond), écrit avant l'élection de Donald Trump, Lionel Shriver dresse un portrait à la fois sombre et comique de l'Amérique. Entretien avec Ruth Joos.
La Monnaie, en anglais, 16.30-17.30.

Annie Ernaux. (c) Catherine Hélie-Gallimard.

📅 Finale magistrale
Figure majeure de la littérature française contemporaine, Annie Ernaux ("Mémoire de fille", Gallimard) a bâti une œuvre essentiellement autobiographique, dans laquelle elle part à la recherche d'elle-même comme d'une étrangère dont elle a la mémoire. Dans une démarche qui n'est pas sans lien avec la sociologie, et avec une écriture dont elle revendique la neutralité, elle évoque ainsi ses parents et leur trajectoire sociale, sa sexualité ou son avortement.
La rencontre animée par Ysaline Parisis sera précédée d'une lecture de "Mémoire de fille" par la comédienne Virginie Efira.
Bozar,  18.00-19.30.


Sans oublier
Le parcours enfant
Les joutes de traduction
Les balades littéraires
Le compte-rendu artistique en images par Halfdan Pisket, Mélanie Ruttern et Wide Vercnocke.



samedi 4 mars 2017

Décès de la romancière américaine Paula Fox, fine observatrice de l'âme humaine

Paula Fox. (c) Avery Hudson.

On apprend le décès, le mercredi 1er mars à Brooklyn, de la romancière américaine Paula Fox, âgée de 93 ans. Elle était née à Manhattan le 22 avril 1923. Fille d'un père irlandais et d'une mère espagnole, elle a grandi en Californie, à Cuba et au Québec. Après des études à l'université de Columbia, qu'elle a abandonnées pour se consacrer au piano, elle a exercé divers métiers, dont celui de reporter en Europe. Elle en fera un livre, soixante ans après. Dans les années soixante, elle a enseigné à l'université de New York et de Pennsylvanie et a commencé à écrire à cette époque.




En 1967 paraît son premier roman pour adultes, "Poor Georges!" ("Pauvre Georges!", traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, Fayard, 1989). Suivent "Desperate characters" en 1970 ("Personnages désespérés", traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, Fayard, 1988), qui subjuguera Jonathan Frantzen, "The Widow's Children" en 1976 ("Les Enfants de la veuve", traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, Robert Laffont, 1979, 224 pages).


Sait-on assez que Paula Fox s'est toujours partagée entre romans pour adultes (six) et romans jeunesse (une bonne vingtaine)? En parallèle, elle publie à cette époque une suite de romans jeunesse qui trouveront aussi éditeurs en France. En 1966, "Maurice's Room" ("La Chambre de Maurice", l'école des loisirs, 1990). En 1969, "Portrait of Ivan" ("Le Portrait d'Ivan", Hachette, 1990). En 1970, "Blowfish Live in the Sea" ("Le Poisson boiteux" (Hachette, 1980). En 1973, "The Slave Dancer" ("Le Voyage du négrier", Hachette, 1979), premier à traverser l'océan.




En 1996, l'écrivain Jonathan Frantzen publie un article où il évoque longuement Paula Fox, dont tous les titres sont alors épuisés aux Etats-Unis. L'éditeur américain W. W. Norton, séduit, décide de la republier. En 2004, Joëlle Losfeld fait de même en français, la traduire et republier les épuisés. Elle commence avec "Le Dieu des cauchemars" ("The God of Nightmares", 1990, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 224 pages), poursuit en 2005 avec "La légende d'une servante" ("A Servant's Tale", 1984, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 432 pages), et en 2007, avec "Côte Ouest" ("The Western Coast", 1972, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 456 pages). En parallèle, elle rend à nouveau disponible les titres épuisés.













Elle poursuit aussi avec la publication des deux essais de Paula Fox: en 2008, "Parure d'emprunt" ("Borrowed Finery", 2001), ses mémoires, et en 2012, "L'hiver le plus froid" ("The Coldest Winter: A Stringer in Liberated Europe", 2005, traduit de l'américain par Marie-Hélène Dumas, 128 pages), le récit de son voyage dans l'Europe dans l'immédiat après-guerre.


Depuis un peu plus de dix ans, Paula Fox est rendue à sa juste valeur!

Six de ses titres existent en collection Folio.









Du côté de la jeunesse, cela a été différent. Dès ses débuts d'écrivain, Paula Fox s'est partagée entre lecteurs adultes et lecteurs enfants. Si elle obtint un double succès critique aux Etats-Unis, pendant longtemps, on l'a mieux connue chez nous, et depuis plus longtemps, pour ses romans jeunesse. Elle obtint en 1978 le prix Andersen, considéré alors comme l'équivalent jeunesse du Nobel de littérature.

Si on excepte un livre épuisé chez Hachette, cinq de ses titres étaient disponibles à l'école des loisirs il y une dizaine d'années, dont "La chambre de Maurice" (traduit de l'américain par Ingrid Fetz et Antoine Lermuzeaux), son premier texte pour enfants publié en 1990 en français après un coup de cœur de l'éditrice d'alors, Geneviève Brisac.
Ce plaisant roman, aujourd'hui épuisé, destiné aux lecteurs dès 7 ans met en scène un enfant plus vrai que nature. Sa chambre est à la fois zoo et espace d'exposition pour de multiples collections. Peu convaincus, ses père, mère et oncle s'y mettent chacun à leur manière pour l'obliger à tout ranger et se ranger. Mais Maurice résiste...

Les autres textes de Paula Fox s'adressent aux ados. Extrêmement forts et humains, ils sont écrits avec autant de précision que de sensibilité. Ils touchent au cœur, font naître de belles émotions, justes, vraies. On y pleure parfois, on y sourit aussi car l'auteur ne cherche pas les effets. Bien placée pour savoir que la vie n'est pas un long fleuve tranquille, elle raconte l'existence, avec vivacité et en demi-teintes, et laisse place au destin. Comme si rien n'était définitivement blanc ou noir.


Dans "L'œil du chat" (traduit de l'américain par Camille Todd, l'école des loisirs, Médium, 1991), Ned, 11 ans dans les années 1930, n'est pas heureux tous les jours, entre sa mère, alitée depuis six ans dans de terribles souffrances, son père, pasteur bon comme le pain, et des gouvernantes pas toujours sympathiques. Souvent seul, il commet une bêtise (il tire sur une cible vivante avec une carabine interdite) et la garde pour lui. Le remords et la culpabilité le rongent. Ned sortira d'une spirale de mensonges grâce sa mère et apprendra alors un secret le concernant.

C'est un autre héros isolé qui livre ses états d'âme dans "L'île aux singes" (traduit de l'américain par Antoine Lermuzeaux, l'école des loisirs, Médium, 1992, épuisé), le nom donné à une île où vivent les sans-abri qui recueillent Clay - nous sommes à New York dans les années 90 -, à la recherche de sa mère disparue.

Elizabeth, 11 ans, l'héroïne féminine de "Vent d'ouest" (traduit de l'américain par Sarah Baldwin-Beneich, l'école des loisirs, Médium, 1995, épuisé), ne se sent pas plus accompagnée: envoyée par ses parents passer un mois de vacances chez sa grand-mère pour cause de bébé à la maison, elle est furieuse! D'autant plus que la vieille dame habite une île quasiment inaccessible et sans confort. Mais les jours passés là, loin du monde, face à elle-même, rendront la demoiselle à la vie. Une magnifique écriture impressionniste qui éclaire chacun sur lui-même.

Le dernier roman en date, "Le cerf-volant brisé" (traduit de l'américain par Diane Ménard, 1997, l'école des loisirs, Médium, 194 pages), est encore un récit fort: Liam, 13 ans, apprend que son père va bientôt mourir du sida. Une trame où se tissent la relation fils-père, la découverte de soi et de l'identité sexuelle.




Ce livre, comme tous ceux de Paula Fox, fait grandir.


dimanche 10 août 2014

Un texte d'Hubert Haddad, en écho à l'actualité

Hubert Haddad.
Hubert Haddad ("Palestine", Zulma, 2007, Le livre de Poche, 2009) me fait l'amitié de me confier son texte, "L'espérance endormie", publié il y a treize ans dans un ouvrage collectif pour la paix (Joëlle Losfeld).
Un geste qu'il fait en pensant à la tragédie en cours et à tout ce qu'il faut de candeur pour encore espérer.

L'écrivain publiera à la rentrée le livre "La condition magique" (Zulma). En librairie le 18 septembre.




L’ESPÉRANCE ENDORMIE

Etre juif aujourd’hui, c’est avoir appris à ses dépens les leçons indignes de l’histoire. C’est accorder autant de crédit à Kafka qu’aux maîtres de la Thora. Il n’existe de communauté que par la culture et l’esprit, et celle-là ne se perpétue que dans l’accueil et le partage. Toute restriction d’altérité est réduction de l’humain en soi, car nulle assise matérielle ne vient fonder la singularité ethnique, nationale ou religieuse. De l’humain se distingue ici ou là dans l’incréé des langues et des savoirs pour s’affirmer comme entité au sein de représentations collectives dont la valeur est chose éminemment culturelle. Le substrat animal et naturel qu’on voudrait mettre en avant appartient à l’aveugle et au chaos. La civilisation, dans ses conquêtes et ses déboires, invente l’homme à partir d’une identité partagée. Toutes les distinctions communautaires qui font des peuples des sortes de chœurs ininterrompus portant à travers les siècles la mélodie complexe d’une langue jusque dans ses légendes et ses mutations que la vie quotidienne joue et dramatise, n’ont d’exemplarité que par ce lien universel rassemblant chacun de nous dans l’espace civilisateur de l’altérité. Etre juif en ce sens, c’est admettre que le plus lointain est le plus proche, puisque nous sommes tous des créatures d’exil pétries de songes et de symboles. Les noces de l’attente et de la mémoire, en toutes langues, s’appellent espérance. Dès lors, je considère absolument le Palestinien comme mon semblable, compagnon immédiat du mystère d’exister. Au même titre qu’un membre de ma famille ou qu’un Indien de Bombay. C’est d’une seule voix qu’il faut réclamer la paix au Moyen Orient, la fin des guerres civiles organisées par des douaniers intempestifs vendus aux marchands d’uniformité, la mise au ban des extrémistes religieux ou laïcs. Temporiser, c’est massacrer. Pour des biens, pour une intégrité maudite, ceux qui ont connu la pire perdition, l’abandon universel, peuvent-ils accepter de bafouer leur droit inaliénable à l’incréé? Juifs ou Palestiniens, la haine est un suicide. Nous sommes une même âme, un même chant d’avenir. La terre est toujours assez vaste aux vivants, mais les morts sont à l’étroit. Tous enfants de notre lâcheté, ils sont réconciliés dans la nuit insondable. Soldats, si vous aviez répondu par des fleurs aux pierres des offensés, elles auraient roulé à vos pieds comme les débris d’un mur impossible. Quant à vous, hommes de foi, on ne tue pas son frère, même loin du Nom, même à l’antipode. Qu’avez-vous à perdre de l’instant béni? Et toi qui refuses toute mesure, l’autre reste à jamais ta loi. Le pays vertical où s’entassent cultures, croyances et territoires comme les étages d’un temple inca ne doit inspirer que l’ascension radieuse, au détriment des conflits ethniques, des mercantilismes et des pouvoirs. Assez de place au sommet rassemble les prophètes et les juges. Mais elle dort à poings fermés, l’espérance, aujourd’hui. Il n’y a pourtant d’autre issue que dans la fraternisation.
Hubert Haddad (mai 2001)





mardi 17 décembre 2013

LE1 mère Noël francophonophile

Le plaisir de la belle langue française, à écrire ou à lire selon le côté du livre auquel on se trouve.
La preuve par deux romans (+ un), un abécédaire et un essai (+ un)!


Paul Fournel. (c) Hélène Bamberger.
Le vendredi
22 novembre, Paul Fournel avouait au monde avoir croisé Père Noël. Et qu'avait-il vu  dépasser de sa hotte? Le livre "Jason Murphy" (P.O.L., 192 p.), son dernier roman en date, tout simplement.

Il a bon goût l'homme en traîneau! Et il a raison. Car voilà un livre extrêmement réussi et fort prenant, entièrement construit autour d'un poète peu connu de la Beat Génération. Jason Murphy, qui lui donne son titre, aurait lui aussi commis un rouleau, mais bien avant que Jack Kerouac n'en reprenne le procédé. Ce serait peut-être même son seul travail en prose... Ivresse des fans. Plan plus qu'alléchant pour tous ceux qui s'intéressent à la littérature américaine, que ce soit pour des raisons intellectuelles ou bassement pécuniaires.

Chacun des protagonistes de ce  roman qui se déguste à la petite cuillère a sa propre raison de mettre la main en premier sur le précieux "scroll" inédit. On retrouve plusieurs personnages du splendide bouquin qu'était "La Liseuse" (P.O.L., 2012, Folio, 2013, lire ci-dessous, tout en dessous). Valentine, la "liseuse" noire devenue éditrice aux côtés de Robert Dubois, le fondateur de la maison d'édition plus que trentenaire qui porte son nom et dont Meunier est devenu le directeur général, les deux garçons du blog, mais aussi Marc Chantier, professeur et traducteur, Madeleine, l'étudiante qui fait une thèse sur Jason Murphy, la blonde Stern...

Tous les personnages veulent y croire, espèrent trouver le rouleau en priorité. Après une ouverture en fanfare, Paul Fournel, malin comme un singe, nous conte leurs enquêtes et les nombreux à-côtés de celles-ci dans une langue délicieuse. On est à Paris, on part à San Francisco, là où a été éditée la Beat Generation, on rentre en France, on refile aux Etats-Unis.

Même si le nom de Jason Murphy n'était guère familier aux littéraires auparavant, une fiche Wikipédia donne aujourd'hui sa biographie et sa bibliographie. Alors quoi? Paul Fournel, oulipien envers et contre tout, fin connaisseur des techniques modernes de communication, jouerait-il avec ses lecteurs? Bien sûr que oui. Mais il est tellement agréable de se laisser conduire par ce parfait meneur de danse. Il glisse ici que Jason Murphy a été un plagiaire par anticipation de l'OuLiPo. Lance là d'autres clins d'yeux littéraires, griffe encore l'édition. Surtout, il permet cette injonction magnifique au professeur Chantier face à son élève qui s'interroge et hésite: "Ecrivez!"

Depuis ce roman qui nous promène dans la littérature américaine, un auteur inconnu existe vraiment. "C'est une quête de la Toison d'or que cette recherche du rouleau de Murphy", confesse Paul Fournel. "Et c'est la raison pour laquelle je lui ai donné le prénom de Jason." Sacré auteur!

Jason Murphy entre ses potes.

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Jean-Noël Blanc. (c) Maxime Roccisano.
Le samedi
19 octobre, Jean-Noël Blanc, né en 1945 à Saint-Etienne et y habitant, recevait le Grand Prix de la Ville de Saint-Etienne pour son très beau roman "L'inauguration des ruines" (Joëlle Losfeld, 418 pages).

En résumé, on pourrait dire qu'il s'agit du parcours sur quatre générations d'une famille d'industriels dont le destin est lié à celui de la ville qu'ils habitent et façonnent. Les Le Briet, dont l'anagramme est Liberté.

Mais ce résumé factuel occulte complètement la liberté que le romancier prend avec son sujet. Car Jean-Noël Blanc multiplie les sauts dans le temps. Il pratique le mélange des genres, littérature, poésie, chanson, arts plastiques, architecture - autant de sujets qui lui sont chers, souriront ceux qui le connaissent. Il aborde aussi la question du vieillissement, suit l'évolution de la politique, du paternalisme à la révolution en passant par le syndicalisme.

Curieusement, celui qui se présente comme le "cycliste du dimanche" entame et termine son texte superbement écrit, qui se lit avec un bonheur continu, au milieu des araignées... Lui aussi tisse sa toile et nous emporte dans une épatante aventure de lecture, au milieu d'êtres humains formidablement racontés, qu'ils soient en accord avec leur temps. Ou pas.

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Chloé Radiguet. (c) Philippe Grunchec.
Le jeudi 12 décembre, Chloé Radiguet constatait qu'à l'approche de l'hiver, une question se posait avec acuité: "L'été, où est-il?" Une phrase à laquelle Boby Lapointe, qu'elle adore et connaît comme sa poche, a répondu dans une vidéo. Un scopitone comme on disait alors, avec la voix non modifiée en studio de Janine de Waleyne.

Une question qui peut aussi trouver sa réponse dans le génial abécédaire "Boby Lapointe, C'est bon pour c' que t'as" (Cherche-Midi, 280 pages) qu'elle a consacré à l'artiste multiple, tellement méconnu de son vivant.

L'ouvrage comporte deux parties, une sélection de "Pensées, paroles et anecdotes" et un "Abécédaire" conçu par l'auteure.

Dans la première, on découvre des trouvailles de Boby comme
"Si on avait pas inventé les mots,
On serait aussi con,
Qu'un tire-bouchon sans bouchon."
ou
"Il vous faut un esprit. Si vous n'en avez pas, procurez-vous-en un."

La seconde est telle un puzzle aux entrées alphabétiques dont l'assemblage des pièces fait naître un superbe portrait de "l'ami Boby" (1922-1972). "Une approche raisonnée, sinon raisonnable", en dit l'auteure. De longueurs variables, ces notices se lisent avec un plaisir infini et content chacune une facette du Piscénois chantant. De A comme "Absurde" (on est tout de suite tout près du roi des farceurs) à Z comme "Zéro" (la note récoltée en classe pour être hors du sujet du devoir, mais combien révélatrice de son imagination et de son audace).

La contrainte de l'alphabet fait sauter d'un sujet à l'autre mais ce n'aurait pas été pour déplaire à celui qui les motive. Georges (Brassens), pour reprendre l'habitude de Boby de citer les gens par leur prénom uniquement, y est bien sûr présent, indissociable de Boby et de Chloé qui lui a aussi consacré un livre, "Brassens... à la lettre" (Denoël, 2006). Plein d'autres amis aussi, ses femmes, ses enfants, ses proches, témoins de ses fantaisies et de ses loufoqueries qu'il s'appliquait en premier lieu à lui-même.

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Dédié à quelqu'un "avec qui causer était un art délicieux", le nouvel ouvrage de Françoise Héritier, "Le goût des mots" (Odile Jacob, 112 pages), poursuit l'exploration intime du bonheur de l'existence.  Chacun peut, dit-elle, trouver la richesse de son univers intime à partir de quelques mots.

Ce livre est la suite du précédent, "Le Sel de la vie" (Odile Jacob, 92 pages, 2012). À nouveau une "fantaisie". Sur la "parlure" cette fois, équivalent oral de l'écriture, comme le dit joliment Françoise Héritier. Soit tenter de se rappeler comment, enfant, on a découvert les mots du langage parlé.

"Je suis entourée de mots dans une forêt bruissante où chacun se démène pour attirer l'attention et prendre le dessus, retenir, intriguer, subjuguer, et chacun aspire  ces échappées belles", écrit-elle.

Pour analyser cette faculté créatrice de sens d'après les sons et ensuite son formatage, l'auteure part de sa propre expérience. Elle a défini deux registres, selon les deux sens du mot: "volume où on liste des données à enregistrer" et "orientation, tonalité qu'on donne". Dans le premier, elle place le goût pour les mots, répartis en trois catégories: ceux "dont la sonorité colle à la chose", ceux de la sidération, de l'étrangeté, qui ne collent pas à la chose, et ceux qui prennent "pour elle un autre sens que celui qu'ils ont ordinairement". Dans le deuxième registre, elle dépose les "lieux communs dont nous nous servons sans y prendre garde". A ses yeux, "des raccourcis fulgurants, efficaces, nécessaires". Elle donne divers exemples avant d'établir une liste des mots abstraits adéquats qu'ils remplacent. Et de chercher la raison de ces échanges.

"Je me suis plue à mener cette enquête sur les raisons du goût que j'ai pour les mots", poursuit-elle encore, "goût qui est, je crois, partagé par le plus grand nombre." Espérons...

Françoise Héritier conclut alors cet ouvrage plein de surprises par de courtes histoires, constituées d'expressions toutes faites porteuses d'émotions dont elle présente les listes.

"On ne sort pas du jeu", conclut-elle. "On l'alimente, comme le feu."


"Le Sel de la vie", le précédent de Françoise Héritier, était déjà présenté comme une "fantaisie". C'est un petit livre précieux, une méditation épicurienne, une invitation à cueillir la vie. Né parce qu'elle avait reçu une carte postale d’un professeur apprécié. Il lui écrivait: "Une semaine “volée” de vacances en Ecosse". L’usage du mot "voler" fait bondir la sociologue. Comment pouvait écrire cela un médecin qui consacrait toute sa vie à ses patients, dont elle? "Qui vole quoi?", écrit-elle avant de pousser plus loin sa réflexion.

Elle lui répond: "Vous escamotez chaque jour ce qui fait le sel de la vie. Et quel bénéfice, sinon la culpabilité de ne jamais en faire assez?" Puis, Françoise Héritier se demande ce qui fait le sel de sa vie à elle. Elle liste, déjà, elle énumère.

Ce texte deviendra le livre "Le Sel de la vie", long poème en prose en hommage à la vie. Ses écrits vont du 13 août au 10 octobre 2011 et se clôturent par une invitation à "tourner la page".

Toute sa vie y passe, depuis sa naissance avant la Seconde Guerre mondiale, ses souvenirs, ses rencontres, ses bonheurs, la maladie. Peu de tracas au final, estime-t-elle. On suit avec plaisir ces lignes sensuelles et légères, invitant chacun à se rendre compte de ce qui fait le sel de sa vie à lui.

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"La Liseuse", de Paul Fournel  (P.O.L., 224 pages, 2012, Folio, 192 pages, 2013), c'est "l’histoire d’un mec qui rencontre une fille…"
Un sujet de roman? Celui de milliers de romans bien entendu, et aussi la formule qui sert de fil rouge à ce livre épatant.

Au début, on ignore si le titre a une forme humaine comme pourrait l’indiquer l’âge de l’éditeur rencontré dans son bureau, ou s’il est l’autre nom de la tablette électronique. Mais on a déjà compris que l’humour est au rendez-vous de ce formidable roman. Oulipien en diable comme l’explique la note finale.

Sous prétexte de faire un "bilan et perspectives" du métier d’éditeur aujourd’hui, l’auteur nous sert un ouvrage passionnant, plein d’entrain et d’allant, dont les phrases sont autant de petites bulles qui pétillent sous les yeux et réjouissent l’esprit.

Robert Dubois est éditeur depuis trente ans, autant dire depuis toujours. Sa maison porte son nom. C’est lui qui reçoit la fameuse "liseuse", des mains de Valentine, une stagiaire – la pierre angulaire des maisons d’édition, dit-on – qui deviendra elle-même une "Liseuse".

On suit avec plaisir l’aîné dans sa vie personnelle et dans sa découverte de la technologie, de la modernité, de ce que pourrait être l’édition demain, sans le pessimisme et le catastrophisme qu’il est de bon ton d’afficher. Robert Dubois a compris que l’édition traditionnelle, avec ses bons livres en papier, est à tournant de son existence. Paul Fournel lui fait prendre un virage joyeux et optimiste vers le futur, le quasi inconnu, l’édition électronique, les possibilités de lire autrement.

Vivent les jeunes stagiaires qui concoctent des applications sympathiques et littéraires, qui imaginent des "écrivains électroniques par anticipation". N’inventent-ils pas tout simplement une nouvelle façon de lire? En tout cas, ils passent leur génie créatif à des écrivains "classiques" et entretiennent dans le public, peut-être sans le savoir, le plus précieux, le goût de la lecture.

Ce livre plein de bienveillance et de bonne humeur célèbre les bons côtés du métier du livre. Par optimisme plutôt que par angélisme. Il lance aussi de savoureux coups de griffe aux professionnels de l’édition (la liste des titres de livres retenus dans "Livres Hebdo" par exemple). Mais il le fait toujours avec amabilité et humour, sans exclure le lecteur ignorant.

Au contraire, il l’invite à découvrir l’envers du décor, les petits secrets des éditeurs, directeurs, auteurs, attaché(e)s de presse, représentants, libraires, journalistes. On va beaucoup au restaurant avec Paul Fournel. On mange des plats délicieux et on boit du bon vin, du Brouilly souvent, ou de la bière avec les stagiaires. On croise quelques écrivains, on évoque les grands noms de la littérature. On rappelle la puissance et la force de Bernard Pivot.

Qu’on connaisse le milieu ou pas, on ne s’ennuie pas une seconde avec cette "Liseuse" qui célèbre principalement l’amour de la découverte littéraire. Réfléchit sur la littérature aussi, dont les éditeurs ne sont pas les gardiens.

Quelle grâce dans ces pages de papier!