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jeudi 18 avril 2024

Des originaux plein les yeux à la Foire de Bologne

Un fameux programme d'expositions.

Avec le temps, la Foire du livre pour enfants de Bologne (BCBF) a fait le choix de monter de plus en plus d'expositions. Et c'est une chance pour ceux et celles qui font le déplacement en Italie. Nous avons déjà évoqué celles consacrées à Anne Brouillard (lire ici) et celle de la Slovénie (lire ici). En voici d'autres.

A noter que toutes les expositions BCBF peuvent être vues en ligne ici.


Il y a bien sûr la célèbre Exposition des Illustrateurs, donnant lieu à un catalogue bien fourni, "Illustrators Annual 2024", dont la couverture a été réalisée par Paloma Valdivia. L'artiste chilienne née en 1978 et lauréate du Grand Prix de la Biennale de l'Illustration de Bratislava (BIB) 2023 a eu à ce titre une exposition d'originaux à la Foire 2024.

 
On connaît Paloma Valdivia en français notamment pour ses albums "Nous", "C'est comme ça", "Ceux d'en haut et ceux d'en bas", parus à La Joie de lire en 2018, 2016 et 2013. 
 


 
 
 
 Pour sa 58e édition, l'Exposition des Illustrateurs a reçu 3.520 propositions émanant de 81 pays et régions. Le jury international 2024 était composé de l'éditeur italien Marco Ghidelli, de l'auteure et éditrice coréenne Lee Ho-baekn, de l'éditrice chinoise Xiaoyan Huang et de l'auteur-illustrateur norvégien Oyvind Torseter. Parmi les 346 illustrateurs finalistes, les jurés ont sélectionné 78 artistes venant de 31 pays dont une série d'illustrations a été exposée pendant la foire et qui figurent dans le catalogue. Pas de Belge cette année.
 
 
Sunjim Kim (Corée).
Fereshten Najafi (Iran).
Gwen Millward (Royaume-Uni).
Fatima Ordinola (Pérou).
Toby Rampton (Royaume-Uni).
Lauren Tamaki (Canada).
Mariana Villanueva (Mexique).

 

Juste à côté, les célèbres murs de la Foire se sont couverts d'affiches, de dessins, de cartes de visites, de numéros de téléphone au fil des jours.
 
 



Si la Foire du livre est finie, demeure en ligne le "Virtual Wall of illustrators". Cette cinquième édition (voir ici) sera accessible jusqu'au 3 octobre 2024. Il est possible de s'y inscrire jusqu'au 6 mai moyennant 20 euros (infos ici).

L'édition 2023 du mur virtuel a reçu des publications de plus de 900 illustrateurs de 71 pays. Elle a comptabilisé entre mars et août 2023 10.000 visites et 49.000 pages visitées. Les contributions ont été divisées par continent et par pays et ont donné des détails sur chaque image, le titre, ainsi que le nom et le pays de l'auteur.
 
 
Toujours à la Foire, une exposition présentant l'illustration venue de Chine, "Chinese Excellence in Children's Illustration". Trois lauréats et douze finalistes ont été sélectionnés par un jury composé de Debbie Bibo, Loïc Boyer, Anna Castagnoli, Hai Fei, Wang Lijun, Zhang Mingzhou et Yang Zhong. Leurs œuvres ont été exposées et un catalogue bilingue chinois-anglais réalisé.
 
Les trois lauréats sont Cai Gao, finaliste du prix Andersen 2024, Zhou Xiang et Zhu Chengliang bien connu car traduit chez HongFei Editions ("La bourrasque", texte de Mo Yan, 2022; "Tout ce que j'aime", texte de Mary Murphy, 2021; "La lanterne de Tonton", texte de Wang Yage , 2019; "Brille encore, Soleil d'or!", de Véronique Massenot et Guo Zhenyuan, 2019; "Flamme", 2017; "Mamie Coton compte les moutons", texte de Liao Xiaoqin, 2016; "Réunis", texte de Yu Liqiong, 2015).
 

Les originaux de l'album "Réunis".

A signaler encore, les expositions d'Andrea Antinori, lauréat 2023 de la Fundación SM, d'Inês Viegas Oliveira, auteure des visuels 2024, d'illustrateurs et graphistes ukrainiens "When everything matters" (Quand tout compte) sans oublier "The original Art", exposition présentant 48 illustrations des meilleurs livres pour enfants de l'année publiés aux États-Unis (2349 livres avaient été soumis par 644 éditeurs de 59 pays). En voici quelques photos, perturbées par les reflets des vitres sous le soleil. 
 
 
The original Art: Oliver Jeffers.

The original Art: Barbara McClintock.

The original Art: Christian Robinson.

The original Art: Maya Tatsukawa.



Le palmarès "Silent Books".
 

En face, on pouvait voir des originaux du concours "Silent Books" (livres sans paroles). Drôles comme ceux de l'Allemande Lara Kaminski ("The winter coat") ou dramatiques comme ceux d'Ahmad Momeny ("Mi casa") qui dit l'Afghanistan.



"The winter coat" de Lara Kaminski (Allemagne).

 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
"Mi Casa" d'Ahmad Momeny (Afghanistan).
 
 
 
 
 
 
 





















 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore à voir, les deux expositions de livres suspendus, celle de l'incroyable bibliothèque BRAW (lire ici) et celle des albums traitant d'environnement.

"The BRAW amazing bookshelf" (L'incroyable bibliothèque BRAW).

70 albums pour enfants traitant de l'environnement.


L'affiche de l'exposition "L'œil du monde", due à Kitty Crowther.

En ville, à la bibliothèque Sala Borsa, on pouvait aussi découvrir l'exposition "L'occhio del mondo", "L'œil du monde" qui, née en 2023 à l'initiative des éditions MeMo, vogue de pays en pays, de bibliothèque en bibliothèque. Elle réunit douze éditeurs unis par une vision commune de l'enfance: A Buen Paso (Espagne), Bakame (Rwanda), Baobab (République tchèque), Jaimimage (Corée du Sud), Magikon (Norvège), MeMo (France), One Stroke (Japon), Petra Ediciones (Mexique), Planeta Tangerina (Portugal), Tara Books (Inde), Topipittori (Italie) et Wytwórnia (Pologne).

"L'œil du monde" à Bologne.





Quelques-unes des images présentées dont les pop-up de Katsumi Kogamata, tout juste décédé.

 

 



vendredi 13 janvier 2023

Rétro 2022 en bourri, bourra, bourrasque

L'île de Hekla et Laki. (c) Albin Michel Jeunesse.

Quel joli mot que celui de "bourrasque"! Il claque bien. Tellement mieux que son synonyme "coup de vent violent". Est-il difficile pour les enfants? Peut-être. Mais les enfants aiment apprendre des mots difficiles. Surtout quand ils claquent bien. Hasard des sorties, "bourrasque" apparaît dans trois albums pour les enfants à partir de 5-6 ans, sans limité d'âge, de toute grande qualité. Pour l'un, c'est facile, il est dans le titre. Pour les deux autres, on le trouve dans le texte.

En début d'histoire


Pépite d'or au dernier salon de Montreuil (lire ici), "Hekla et Laki" de la Belge Marine Schneider (Albin Michel Jeunesse, 64 pages) a illuminé la fin de l'année 2022. Par ses peintures aux couleurs magnifiques, renforcées par l'emploi d'un orange fluo pour le mini personnage de Hekla, posées sur des pages en grand format, par son propos de transmission entre un Laki géant, sage et âgé, qui accepte que sa solitude soit bousculée par un minuscule Hekla qui a tout à apprendre, par son évocation poétique de deux volcans islandais.

"Depuis ce jour, Laki s'attendait à ce que la prochaine bourrasque de vent emporte Hekla."  Ni insecte, ni oiseau, Hekla était arrivé un jour chez Laki, en virevoltant comme la samare d'un érable sycomore - plaisir de découvrir des mots choisis. Une allure tempétueuse qui sera désormais celle du vieux solitaire. Si sa vie est à présent sens dessus dessous, il apprend à faire de la place à son visiteur. Et oublie sa vie d'avant.

Protection. (c) Albin Michel Jeunesse.

Les années et les apprentissages passent. Hekla ne grandit guère et Laki se sent de plus en plus vieillir. Il éduque, veille et alerte: "Pas le lac, Hekla." Ni l'hiver quand il est gelé, ni au printemps quand il redevient une étendue d'eau. Hekla respecte la consigne jusqu'au jour où, non, il ne tient plus et rapporte ses découvertes à Laki. Rassuré par les ressources du petit, le géant peut mourir.

Emancipation. (c) Albin Michel Jeunesse.

Dans la deuxième partie de l'album, on va voir Hekla explorer son île, découvrir la parole, éprouver la peur, s'en affranchir grâce à ce que Laki lui a enseigné, s'ouvrir au monde et aux autres. Porté par des illustrations de toute beauté, libres, imaginatives, totalement en harmonie avec les émotions du jeune héros, et un texte précis, juste, allégorique, "Hekla et Laki" raconte merveilleusement un enfant qui grandit sereinement, rassuré par son géant et protégé par ce que Laki lui a transmis. Invité du coup à vivre sa propre vie. 

Ouverture au monde. (c) Albin Michel Jeunesse.

A signaler aussi, mais pour les tout-petits, le délicieux album cartonné "Maman tambour" de Pauline Delabroy-Allard, illustré par Marine Schneider (Editions Thierry Magnier, 24 pages). Dans les doubles pages qui sont autant de paysages, un bébé explore le corps de sa maman. Les pieds, les genoux, les cuisses, les seins... Des lieux connus qui sont évoqués en mots inventifs et poétiques, d'une infinie tendresse, et en images fantaisistes aux teintes douces. 



Tout à la fin


Comment parler du nouvel album du français Blexbolex (lire ici), "Les magiciens" (La Partie, 210 pages)? Un bon format époustouflant, qui affiche 1.130 grammes sous sa couverture souple et ses quasi 200 illustrations soulignées de quatre lignes de texte apparaissant sur de fines pages doubles (non découpées sur la tranche) en couleur crème, selon une technique de reliure aussi rare qu'appropriée et réjouissante. Les images sont des pochoirs retravaillés à l'ordinateur. L'histoire menée tambour battant. Le tout est prodigieux.

Les magiciens du titre sont au nombre de trois. On les rencontre dans une maison au toit rouge qui semble abandonnée. Pas tout à fait. Une théière en libère un premier qui a l'apparence d'un éléphant. D'une gravure au mur en surgit un deuxième, sous forme d'oiseau. Tout cela réveille la troisième comparse, une magicienne. Tout de suite, le trio est poursuivi par un impressionnant mâchefer et une redoutable chasseresse. Une traque infernale commence.

Les trois magiciens sont traqués. (c) La Partie.

Lors des diverses péripéties, narrées en brefs chapitres, on va découvrir que les trois magiciens ont des caractères bien trempés et sont résolus à ne pas se laisser attraper par celle qui chevauche un lion mécanique. Le lecteur parcourt du chemin, en ville ou à la montagne. Il parcourt le temps jusqu'à une cité futuriste. Il rencontre diverses personnes, des bonnes et des moins bonnes. Il se découvre, comme les héros, dans ce conte d'aujourd'hui, ouvert par la formule "Il est une fois, encore..." Son chemin initiatique le fait côtoyer métamorphoses, émotions et sentiments, dans des images d'une beauté époustouflante et à l'incroyable foisonnement. 

La chasseresse et le mâchefer les assaillent. (c) La Partie.

Récit d'aventures palpitant aux nombreuses références littéraires et graphiques, "Les magiciens" joue de différents registres comme la peur ou l'humour, l'imaginaire ou la magie. Sans jamais perdre ses lecteurs car Blexbolex les connaît et sait comment les réjouir et les enchanter jusqu'à la magistrale finale ouverte. 
Quant à la bourrasque, elle est bien présente, mais aux trois quarts de l'album (page 147):  "Alors une bourrasque de vent balaie la place déserte avec rage, soulevant un torrent de poussière et de boue."

Un texte qui fait la place belle à l'humour. (c) La Partie.


Le mot le plus visible


Prix Nobel de littérature 2012, l'écrivain chinois Mo Yan s'adresse magnifiquement aux enfants à partir de 6-7 ans dans l'album "La bourrasque", magistralement illustré par Zhu Chengliang (traduit et adapté du chinois par Chun-Liang Yeh, éditions HongFei, 44 pages). Dans ce format à l'italienne, il raconte un épisode de sa propre enfance et s'en explique.
"Chers amis lecteurs, 
je suis heureux que mon récit "La Bourrasque" puisse désormais vous être présenté, en France. Je l'ai écrit il y a trente-huit ans en me rappelant une expérience réellement vécue. Ce texte, inspiré par de beaux souvenirs de la nature, est également imprégné du regard attendri que je porte sur le temps de l'enfance. 
Mon grand-père et moi-même avons eu à affronter un petit ouragan qui nous a entièrement dépouillés, n'abandonnant qu'un unique brin d'herbe sur notre charrette. Cependant, le goût que nous a laissé cette épreuve ne fut ni celui de la défaite ni celui de la peur. On peut dire que nous avons mené bataille dans ce duel improvisé avec ce grand vent; mon grand-père n'a pas plié, lui tenant tête, et moi en m'agrippant fermement à l'herbe du talus je ne me suis pas laissé emporter. De ce point de vue, nous sommes sortis victorieux de ce face-à-face. 
Je commence à avoir des lecteurs en France grâce à mes livres traduits en français. Parmi ceux qui liront "La Bourrasque", beaucoup seront des enfants. Cela confère à cette publication un caractère tout particulier pour moi. Je souhaite à mes petits lecteurs le courage de faire face à l'adversité. Le vent passera, et nous serons toujours debout." 
Le 6 mai 2022, Mo Yan
Sur le chemin du retour. (c) Editions HongFei.

De facture classique, les magnifiques peintures se centrent sur l'humain, sur les deux humains, le narrateur de sept ans et son grand-père en route pour faucher l'herbe d'une prairie sauvage, dans l'immensité de la nature. La luxuriance du vert aux abords de la maison refuge glisse vers une brume grise du début de l'excursion, vite dissipée par un soleil radieux. Une lumière splendide mais silencieuse qui inspire à l'aïeul une chanson plutôt guerrière. Arrivé à son but, le duo entreprend le fauchage de l'herbe, déjeune, fait la sieste.

Mais le temps a tourné. Un gris menaçant a envahi le ciel. Les deux fermiers doivent charger la charrette et se dépêcher de rentrer. Arriveront-ils à temps? Les éléments vont se déchaîner, terrorisant l'enfant. Ce vent! Jusqu'à la rupture de la corde de la charrette, représentée dans une image tout en hauteur, à découvrir en tournant l'album de 90°. Le vent! Affreux. Qui emporte tout, choses comme humains. Une bourrasque qui a disséminé la fenaison mais a permis au grand-père et à son petit-fils de lutter ensemble contre l'adversité. Un magnifique récit de résistance, de courage et de complicité, remarquablement illustré par l'auteur de l'album "Flamme" (lire ici).

La bourrasque emporte tout. (c) Editions HongFei.