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mardi 16 mars 2021

Hervé Le Tellier, choix Goncourt de la Belgique



Décerné depuis 2016 par les étudiants universitaires francophones et néerlandophones de Belgique (lire ici et ici), le choix Goncourt de la Belgique 2020 avait été attribué le 15 décembre 2020 à Hervé Le Tellier pour "L'Anomalie" (Gallimard), prix Goncourt 2020 (lire ici).

Le jury, composé de seize représentants de seize universités et hautes écoles francophones et néerlandophones, avait délibéré lors d'une réunion virtuelle le 15 décembre 2020. Ils s'étaient ainsi fait les porte-voix des 200 étudiants qui participent chaque année à ce prix.

Les étudiants disent avoir apprécié:
  • le caractère hybride du roman, à la croisée de nombreuses formes littéraires,
  • la réflexion philosophique et le regard critique portés sur la vie humaine dans un ouvrage très original et très référencé et malgré tout accessible,
  • l'humour de l'auteur, mis au service d'une intrigue prenante et efficace.
La remise du choix Goncourt de la Belgique s'est tenue ce mardi 16 mars à la Résidence de France, en présence de l'Ambassadrice de France en Belgique, Hélène Farnaud-Defromont, de Pierre Assouline, membre de l'Académie Goncourt et parrain du choix Goncourt de la Belgique, et de Caroline Lamarche, prix Goncourt de la Nouvelle en 2019 et marraine belge du choix Goncourt de la Belgique.
"Le Choix Goncourt de la Belgique est une initiative de grande qualité qui fête cette année sa cinquième édition", a déclaré l'ambassadrice. "Il accorde une place centrale aux jeunes générations qui sont au cœur de la relation entre la France et la Belgique. Par sa mise en commun du plaisir de la lecture et de la culture du débat, ce prix littéraire est une très belle illustration du rôle fédérateur et inclusif de la culture".

Hervé Le Tellier a eu ces mots:
"Beaucoup de fierté, et le regret de ne pas avoir fait d'un de mes personnages, Lucie Bogaert, au nom flamand, une véritable Belge."

Une rencontre avec Hervé Le Tellier sera diffusée gratuitement en ligne le 23 mars à 18h30 dans le cadre du Festival Passa Porta, et sera accessible jusqu'au 6 avril. 

Le choix Goncourt de la Belgique est organisé par l'Ambassade de France en Belgique en partenariat avec l'Agence universitaire de la Francophonie Europe de l'Ouest, l'Alliance française de Bruxelles-Europe et Passa Porta, la maison internationale des littératures à Bruxelles.























Enfin, afin d’accompagner le réseau des librairies belges, l’Ambassade de France mettra à leur disposition des outils de communication « Choix Goncourt de la Belgique ».

lundi 30 novembre 2020

Un homme et une femme



On le sait depuis ce lundi 30 novembre à la mi-journée, le prix Goncourt 2020 a été attribué, en visioconférence, à Hervé Le Tellier, pour son huitième roman "L'anomalie" (Gallimard, 336 pages). Conformément aux vœux des jurés, les librairies de France avaient bien rouvert. Et conformément aux pronostics, c'est l'écrivain oulipien qui l'a emporté. Haut la main même, par huit voix sur dix; deux votes sont allés à Maël Renouard ("L'historiographe du royaume", Grasset), aucune à Djaïli Amadou Amal ("Les impatientes", Emmanuelle Collas, lire ici) et Camille de Toledo ("Thésée, sa vie nouvelle", Verdier). 

Ni agitation ni foule au restaurant Drouant, comme de coutume depuis un siècle mais une séance de proclamation sur zoom. Après avoir annoncé le nom du lauréat, Didier Decoin, président de l'Académie Goncourt, a salué un ouvrage "à l'écriture recherchée, transparente et structurée [...] un livre qui rend heureux, un véritable plaisir de lecture". Hervé Le Tellier est alors apparu sur l'écran, accompagné de son éditeur Antoine Gallimard, et a répondu aux questions des différents jurés, tous derrière la caméra de leur écran. L'occasion de découvrir quelques intérieurs.

L'écrivain lauréat s'est dit "surpris de recevoir ce prix symbolique. On ne s'attend jamais à un prix comme le Goncourt. D'abord on n'écrit pas pour l'avoir, et puis on ne peut pas s'imaginer l'avoir. Ce n'était pas du tout dans mes projets".

Oulipien un jour, Oulipien toujours: "J'ai voulu confronter l'idée de la duplication et de la confrontation à soi. J'ai travaillé sur les personnages et les genres en associant un style à chaque personnalité, en ce sens c'est un travail oulipien, un travail de genre."

Roman virtuose où la logique rencontre le magique, "L'anomalie" raconte les suites d'un événement étrange, à savoir qu'un vol Paris-New York se reproduit deux fois, avec les mêmes passagers, à quelques mois d'intervalle, en mars 2021 et en juin 2021. Le récit, haletant, convoque tous les genres littéraires, roman noir, récit littéraire classique, procès-verbaux d'interrogatoire, en une ronde tourbillonnante qui enchante.




https://www.youtube.com/watch?v=2781hqlstgo

Pour lire en ligne le début de "L'anomalie", c'est ici.



Rappelons que l'académie Goncourt, présidée par Didier Decoin, se compose d'Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel et Pierre Assouline.





Quelques minutes plus tard, c'était au tour du prix Renaudot de révéler son palmarès 2020, sur les comptes Facebook et Instagram de "Livres Hebdo". Le jury a récompensé, pour sa part, au premier tour à la majorité absolue, Marie-Hélène Lafon pour son roman "Histoire du fils" (Buchet-Chastel, 171 pages, lire ici). "C'est le choix d'une grande écrivaine contemporaine française. Une voix forte, une voix enracinée dans les territoires, une voix fidèle à son univers, aux siens. Avec un travail sur les mots exceptionnels. Avec Marie-Hélène Lafon, on écoute une belle histoire, avec des mots qui semblent gagner sur le silence", a déclaré le jury du Renaudot. 

"C'est une histoire de fidélité avec mon éditrice, avec mon éditeur et les libraires. Et la fidélité ça n'a pas de prix. C'est une joie à partager", a déclaré la lauréate qui a jouté: "C'est une question de nécessité et de désir qui préside dans le travail d'écriture que je conduis où il est question d'histoires infimes."




La réaction de sa maison d'édition
"Quelle joie! Quelle fierté! Marie-Hélène Lafon reçoit le Prix Renaudot 2020 pour son roman "Histoire du fils". Quelle histoire!
Entre Figeac, dans le Lot, Chanterelle ou Aurillac, dans le Cantal, et Paris, "Histoire du fils" sonde le cœur d’une famille, ses bonheurs ordinaires et ses vertiges les plus profonds, ceux qui creusent des galeries dans les vies, sous les silences.
Avec ce nouveau roman, Marie-Hélène Lafon confirme la place si particulière qu'elle occupe aujourd'hui dans le paysage littéraire français."
Dominique Fortier a reçu le Renaudot essai pour "Les villes de papier, Une vie d'Emily Dickinson" (Grasset) et Eric Roussel le Renaudot poche pour "Charles de Gaulle" (Perrin, collection "Tempus").


Le jury du prix Renaudot, présidé cette année par Georges-Olivier Châteaureynaud, se compose de Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, Patrick Besson, Christian Giudicelli, Franz-Olivier Giesbert, Louis Gardel, J.M.G. Le Clézio et Jean-Noël Pancrazi.

Impossible de ne pas signaler deux enquêtes sur ce jury dont un membre, proche de Gabriel Matzneff fait tache, parues hier dans "Le Monde" (ici) et avant-hier dans le "New York Times" (ici).




mercredi 11 juillet 2018

DTPE 6 Un peu de tout et beaucoup de rien

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

La bibliothèque de Fulbert Chiffert lui joue des tours.


Marre du foot? Marre de la politique? Marre du monde? Marre de rien? Pareil! Il faut vite se réfugier dans les quatorze nouvelles qui composent aujourd'hui l'"Encyclopædia Inutilis" (132 pages) de Hervé Le Tellier (lire ici et ici) que Le Castor Astral a la bonne idée de rééditer pareille à la version de 2002 mais complétée de trois textes, dont un imaginé pour l'occasion. Le recueil de nouvelles paraît dans la collection "Galaxie" destinée, selon l'éditeur, aux amateurs de littérature agitée.

Pas du tout inutile, cette encyclopédie réunit les vies imaginaires de quatorze individus que l'amour des lettres, des mathématiques ou d'un art particulier a fait basculer dans la folie. Pas vraiment des fous, plutôt de doux dingues dont on fait la connaissance, le sourire aux lèvres. Les textes sont aussi drôles qu'érudits et captivants, s'amusent de tout et n'importe quoi tout en suivant habilement leur cap.

Comment ne pas craquer quand on découvre que la bibliothèque de Fulbert Chiffert lui joue des tours, abritant désormais des livres tels que "L'Aigle à trois têtes", "Le Tour du monde en 81 jours" ou "Vingt-cinq heures dans la vie d'une femme"? La rencontre avec le bruiteur professionnel Hans Schweiger vaut également son pesant de silences. Tout comme celle de Karl von Bryar, ami du mathématicien Alan Turing, celui qui perça les secrets du chiffrement allemand pendant la Deuxième Guerre mondial. Il en est de même pour toutes les autres nouvelles, ciselées, mêlant imagination et érudition, jouant avec les codes et les mots, tellement finement tressées qu'on est complètement immergé dans les univers qu'elles nous ouvrent.

Un livre pour tous les esprits curieux car comme le signale Hervé Le Tellier, membre de l'OuLiPo: "Les lecteurs attentifs qui reconnaîtront ici ou là des références, voire des hommages, de Boris Vian à Marcel Gotlib ou Georges Perec n'auront pas tort. Que ceux qui ne les verraient pas ne s'inquiètent pas outre mesure, car l'on peut largement s'en passer".


Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)
DTPE 5: "Ecrire en marchant" de Chantal Deltenre (récit, maelström reEvolution)



samedi 30 décembre 2017

Garder le meilleur pour la fin (de l'année): Hervé, ses questions et ses pensées

En bref pour ne pas les perdre, dix livres qui ont aussi fait 2017.


Hervé Le Tellier.

Vingt ans après sa première édition et quelques rééditions, revoici l'impeccable recueil d'Hervé Le Tellier, "Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable" (Le Castor Astral, collection "Galaxie", 208 pages), très légèrement modifié et complété d'un "avertissement au lecteur" par l'auteur lui-même! Se rappelle-t-on que ce petit bijou est parachevé d'un second titre particulièrement clair: "Mille réponses à la question "A quoi tu penses?""

Tout serait donc dit? Je pourrais aller danser, ou penser à ce que je pense? Juste rappeler que Hervé Le Tellier a publié un très beau roman en cette rentrée, "Toutes les familles heureuses" (JC Lattès, lire ici). Oui, je pourrais faire ça. Mais ce serait passer à côté du kaléidoscope flamboyant qu'est ce recueil agréablement présenté où se répète un bon millier de fois et en lettres anglaises la question "A quoi tu penses?"



Poliment, les réponses commencent toutes par "Je pense que..." Place ensuite à un festival de pensées fugitives, graves, anecdotiques, sincères, bêtes, inventives. Les thèmes? Infiniment variés et sautant de l'un à l'autre pour mieux raconter notre quotidien, sa réalité et ses rêves. Un vrai traité de sociologie contemporaine que ces "Amnésiques" particulièrement observateurs et sans pitié mais pas sans tendresse. Indispensables donc.

Quelques exemples au hasard des pages.

Le premier.
"Je pense à toi."


Le dernier, avec une question légèrement modifiée.

"Je pense à moi. Et toi?"


D'autres.
"Je pense que je ne saurais pas faire la différence entre un hermaphrodite et une hermaphrodite."

"Je pense que, souvent, la pluie vient après la pluie."

"Je pense que les Q majuscules ont une petite queue, alors que les petits q en ont une grande."

"Je pense que si j'avais un peu plus d'humour, la vie serait encore plus désespérante."

"Je pense que je suis né trop tôt dans un monde trop jeune."

"Je pense que je t'ai surprise hier matin à sentir tes chaussettes pour savoir si tu pourrais les remettre."


Et ainsi de suite encore plus de 990 fois!


Et aussi
1. "Tout un monde lointain", Célia Houdart, P.O.L.
2. "Madone", Bertrand Visage, Seuil
3. "Point Cardinal", Léonor de Récondo, Sabine Wespieser Editeur
4. "Mon autopsie", Jean-Louis Fournier, Stock
5. "La beauté des jours", Claudie Gallay, Actes Sud
6. "Traité des gestes", Charles Dantzig, Grasset
7. "Une autre Aurélia", Jean François Billeter, Allia
8. "La nuit des enfants qui dansent", Franck Pavloff, Albin Michel





mercredi 20 septembre 2017

S'évader pour aimer plus fort la vie

Hervé Le Tellier.

Dès qu'on lit le titre du nouveau livre de Hervé Le Tellier, même sans rien connaître de la vie de l'écrivain, même sans lire le sous-titre, "J'ai toujours su que ma mère était folle", on se doute que c'est un fake. Un oxymore pour le dire en mode plus littéraire. "Toutes les familles heureuses" (JC Lattès, 224 pages), il fallait l'oser. Le titre vient d'une phrase de Tolstoï dans "Anna Karénine". La version complète est pire: "Toutes les familles heureuses se ressem-blent; chaque famille malheureuse l'est à sa façon."

C'est l'histoire d'une famille non heureuse, la sienne, que déroule l'écrivain dans cet ouvrage terriblement attachant. Rien de larmoyant, de revanchard ou de plaintif, mais de l'autodérision. Une succession de faits ancrés dans l'histoire d'un pays, un récit ouvert qui accueille le lecteur, suscite l'empathie, accompagnera peut-être ceux et celles qui souffrent d'un parent toxique. Hervé Le Tellier se donne aujourd'hui le droit d'écrire ce livre, de raconter sa vie d'enfant à part. Son père et son beau-père sont morts, sa mère placée sous tutelle ne le lira pas. Les faits sont souvent glaçants mais perce constamment la petite flamme d'un enfant qui veut vivre, aimer la vie, qui a compris sans savoir l'identifier que quelque chose n'était pas normal et qui a su fuir et s'en sortir. Rarement l'expression "folle de jalousie" aura mieux été portée que par la mère du narrateur. Une jalousie qui ne s'explique pas vraiment, due sans doute à la trahison des hommes et au désir de vengeance qui est en né. Une vengeance aveugle, prenant pour cible principale son propre enfant. Ce qu'elle ignorait, c'est qu'elle n'allait pas réussir.

"Je n'ai pas été un enfant malheureux, ni privé, ni battu, ni abusé", explique l'auteur. "Mais très jeune, j'ai compris que quelque chose n'allait pas, très tôt j'ai voulu partir, et d'ailleurs très tôt je suis parti. Mon père, mon beau-père sont morts, ma mère est folle. Ils ne liront pas ce livre, et je me sens le droit de l'écrire enfin. Cette étrange famille, j'espère la raconter sans colère, la décrire sans me plaindre, je voudrais même en faire rire, sans regrets. Les enfants n'ont parfois que le choix de la fuite, et doivent souvent à leur évasion, au risque de la fragilité, d'aimer plus encore la vie."

C'est aussi l'histoire d'une génération dans la France d'alors que ce très beau récit extrêmement bien documenté. Hervé Le Tellier a l'art de placer des digressions intéressantes, comme cet avion sans train d'atterrissage non mobile, l'art de faire des affaires avec les assurances ou la place des Noirs dans la famille. S'il critique l'attitude maternelle, il montre aussi que le petit garçon qu'il était a trouvé des appuis. On se plait en compagnie de ce texte qui distille ses surprises et ses portraits.

"Ecrire "Toutes les familles heureuses" est une idée récente", me dit Hervé Le Tellier, de passage à Bruxelles. "Je l'ai commencé il y a deux ans et demi. Avec le premier chapitre qui n'a pas bougé. L'OuLiPo (NDLR: Ouvroir de Littérature Potentielle dont il est membre) organise des lectures publiques. Ce texte a été écrit pour qu'il soit oral, avec de l'humour, pour faire sourire un public de 300 personnes. Le feuilleton a duré pendant un an et demi. J'avais réduit les chapitres à sept ou huit minutes de lecture. J'ai conservé l'idée générale pour le livre, que le public découvre mon histoire familiale."

Le livre est toutefois plus intime, plus ironique aussi. Il se déroule de manière chronologique tout en étant parsemé de portraits thématiques. "C'est un livre binaire. La charnière est venue avec l'écriture. Au début, j'avais l'idée d'un livre ironique de bout en bout. Mais j'aurais été incapable de tout continuer sur le même ton. J'ai retrouvé l'ironie dans l'avant-dernier chapitre, pour le portrait de ma mère."

Chaque chapitre est titré, donnant une idée de ce qu'on va y trouver, les prénoms de la famille, mais aussi "Ma sœur la pute" ou "La mort de Piette". "Au début de l’écriture",  se rappelle Hervé Le Tellier, "j'avais fait des résumés en tête des chapitres, mais je les ai supprimés pour que le texte soit plus fluide. Par contre, j'ai gardé les exergues, que j'ai trouvés après. Je voulais un extrait de "L'Eglise" de Céline pour Guy, la phrase de Tolstoï pour le dernier chapitre."

Le cours de la famille Le Tellier aurait-il été différent si Hervé était né garçon? "Si j'avais été une fille, je n'aurais pas été investi du rôle qui consistait à venger mon père et mon grand-père. Je n'aurais pas fait Polytechnique. Mais ça ne se serait pas forcément mieux passé. Peut-être mon père aurait-il eu un rapport différent avec moi? En réalité, j'ai été sauvé par mes grands-parents. En écrivant le livre, j'ai calculé que je n'avais pas vu ma mère entre un an et quatre ans. Le lien avec ma mère ne s'est pas construit. Chez nous, on n'avait pas de salle à manger parce qu'on mangeait toujours à la table de ma grand-mère. Ma mère avait comme rêve de réunir trois générations, un rêve paysan, incompatible avec la société dans laquelle on était. Elle avait un rapport très fort avec ses parents dont elle était incapable de se séparer. Elle était une femme fragile et blessée, elle avait besoin de ce lien permanent. Pour elle, il était inconcevable que son fils rompe le lien."


Et aussi

Jamais deux sans trois
Deux des potes belges de l'auteur apparaissent au début de "Toutes les familles heureuses", Jean-Pierre Verheggen et Jean-Claude Pirotte. Le troisième larron, Thomas Gunzig, Hervé Le Tellier se le réserve pour la vraie vie.

Dix-huit chapitres
"Parce que 18 ans est l'âge de la majorité,
parce que le chiffre 18 signifie "en vie" dans la kabbale
et pour une raison personnelle."

L'amnésie d'une génération
Durant la guerre, deux institutrices parisiennes ont caché chez elles des élèves juives, ce qui n'a pas empêché que vingt-quatre d'entre elles soient déportées, des condisciples de la mère et de la tante de l'écrivain. Sans leur en laisser aucun souvenir. "L'amnésie d'une génération a entraîné la révolte de la jeunesse. Il est frappant de voir qu'elles ont des prénoms français." Hervé Le Tellier leur rend justice et publie leurs noms: Mira Adler, Nicole Alexandre, Jacqueline Berschtein, Alexandra Cheykhode, Fortunée Choel, Paulette Cohen, Renée Cohen, Paulette Goldblatt, Thérèse Gradsztajn, Rosette Heyem, Marceline Kleiner, Janine Lubetzki, Estelle Moufflarge, Colette Navarro, Huguette Navarro, Ethel Orloff, Gilberte Rabinowitz, Rose Rosenkrantz, Françoise Roth, Jacqueline Rotszyld, Jacqueline Rozenbaum, Marguerite Margot Scapa, Rose-Claire Waissman, Olga Zimmermann.

Le retour de Piette
Piette est apparue dans un roman précédent, "Assez parlé d'amour" (JC Lattès, 2009). La revoilà dans "Toutes les familles heureuses". "Je suis passé du "il" au "je". Du coup, j'ai pu faire plus de choses, ajouter des éléments psychologiques plus intimes. Le chapitre a augmenté. Piette a été une fulgurance, six ou sept mois de ma vraie vie. Avec le recul, cela me paraît presque irréel d'autant que c'était caché. A vingt ans, soit on bascule dans le noir, soit on oublie."

Une nouvelle à l'OuLiPo
Clémentine Mélois, qui a dessiné l'arbre généalogique de la famille Le Tellier, vient d'entrer à l'Ouvroir de Littérature Potentielle.

Les Le Tellier & co par Clémentine Mélois. (c) JC Lattès.

Poudlard
Extrait: "Non je ne trouve pas très sympathique l'atmosphère de Poudlard, dans "Harry Potter".
Explication: "J"ai des problèmes avec Harry Potter parce qu'il est tellement british. J'ai tellement détesté mon enfance british."


Pour lire en ligne le début de "Toutes les familles heureuses", c'est ici.