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vendredi 27 mars 2026

Le prix Prem1ère 2026 à Jeanne Rivière

Jeanne Rivière entre Laurent Dehossay, président du jury, et
Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF. (c) Jan Van de Vel.

Comme chaque année depuis 2007, les auditeurs ont choisi le prix Première 2026 (4.000 euros, 1.000 de moins que l'an dernier) parmi les dix titres finalistes (lire ici). Il a été décerné pour la vingtième fois ce jeudi 26 mars à la Française Jeanne Rivière pour "Lorraine brûle" (Gallimard, collection Sygne, 2025, 182 pages). Habitant Metz, elle est venue à Bruxelles recevoir son prix et rencontrer le jury, composé de dix auditeurs et auditrices de La Première qui ont lu la sélection de dix premiers romans proposés par un comité de professionnels du livre (lire ici).
 
 
Blouson léopard, deux bagues à chaque main, mais pas aux mêmes doigts, stylo à encre violette, Jeanne Rivière enchaîne les interviews à propos de son prix Prem1ère. Avec naturel et élan. Cash. Sans se cacher derrière les mots. "Lorraine brûle" est un excellent premier roman. On le dit punk, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Je dirais plutôt un roman du réel, des petites choses, de la vie comme elle vient, comme elle va et comme elle ne va pas. Des routines et des galères dans cette Lorraine sinistrée. Des nuages et des éclaircies. De grands soleils aussi. Un milieu rare en littérature, ce n'est pas Zola mais ce n'est pas Versailles, porté par une écriture fluide à la première personne qui tape, se remarque, accroche et séduit. De courts chapitres, une voix qui s'adresse au lecteur, qui lui raconte, en choisissant toutefois des mots qui vont ensemble, qui sonnent bien. Écho à la batterie dont joue l'auteur? Dans des groupes punk, forcément. 
 
Jeanne Rivière.

On va rencontrer une tribu foutraque autour d'une narratrice non nommée mais "elle aurait pu s'appeler Daisy", me glisse la primo-romancière. Et de son fils Tarzan, douze ans, qui se désespère de ne pas savoir faire de roulades arrière. Jeanne Rivière, elle, elle peut toujours. "Je suis toujours capable de faire une roulade arrière. Mais pas le grand écart. A 44 ans, mon corps est un peu usé."

A 44 ans, elle publie son premier livre, un roman: "J'ai toujours écrit. Petite, je tenais des journaux sur tout ce qui se passait dans la maison, j'écrivais de la poésie, je lisais des poèmes dans ma chambre, je faisais des fanzines, des publications sur les réseaux sociaux, quelques textes pour mes groupes de musique. Et puis, un jour, j'ai décidé d’écrire ces quiproquos de la vie en un texte plus long. Pendant un an, j'ai écrit en cachette de tout le monde. Avant d'écrire un livre, on ne sait pas qu'on écrit un livre. Dire qu'on écrit un livre, je trouve cela prétentieux. J'ai envoyé mon texte aux éditeurs. C'est devenu un livre dans la collection Sygne de Gallimard."

"Lorraine brûle" ouvre les portes d'un monde entre Metz et Nancy. On suit la narratrice dans son quotidien, au boulot, avec son fils préado, avec les cochons d'Inde malades, avec Pablo, son mari quitté après dix-sept ans de compagnonnage avec qui elle s'entend bien. Elle travaille, mais elle joue aussi de la batterie, donne des concerts, sort. Elle écoute beaucoup ses proches, principalement des amies. "Il y a beaucoup de femmes dans le livre. Je suis toujours mieux avec des femmes. Je ne lis que des femmes depuis dix quinze ans. J'ai lu assez d'hommes avant."

Une galerie féminine qui nous emmène dans des clubs BDSM ou à l'hôpital, en excursion à la mer ou à Berlin. En filigrane, la quête de l'amour, le spectre de la mort. Bien visible, une bonne dose d'humour, souvent noir. Autant de raisons de penser que la narratrice et la romancière pourraient ne faire qu'un. "Non, non", se récrie-t-elle en souriant, "elle n'est pas moi." Ah bon?
 
Ce premier roman nous entraîne là où on ne va pas souvent, auprès de ces déshérités magnifiques qui s'en sortent à leur façon. "Écrire pour moi, c'est une solution pour trouver l'unité, pour réparer. Écrire m'aide à trouver l'unité. Nager aussi mais c'est arrivé plus tard." 
 
Nager, comme les lignes en lien avec la natation que pratique quotidiennement la narratrice qui closent les chapitres, bouées subtiles qui aident à garder la tête hors de l'eau. "Les lignes en fin de mes textes n'étaient pas systématiques au début. Il y en avait beaucoup mais pas partout. C’est Thierry Laroche, mon éditeur, qui m'a suggéré d'en rajouter quelques-unes. Comme il est éditeur, je me suis dit qu'il savait."
 
"Le point de départ", reprend Jeanne Rivière, "c'est que j'avais envie de parler de tout ce dont on parle peu. De ce qu'on ne dit pas chez la boulangère ou dans la salle de café et qui est constitutif de l'humanité. Le point de départ, c'est comment dealer l'existence au quotidien, la tragédie du quotidien, dans ces mondes invisibles, ces communautés dont on parle peu. Ça m'intéresse. Je le fais de manière frontale, dans les phrases, dans les mots. Je n'ai pas envie d'y aller par quatre chemins dans la littérature. Un livre, ce n'est rien d'autre que des mots. La musique que je fais est dans cette esthétique-là. Punk sans grande maîtrise technique."

Avec son titre en écho au tatouage de l'amie Delfine, trouvé au moment d'envoyer aux éditeurs le texte dans lequel il figure sur un bracelet, "Lorraine brûle" est une très belle découverte qui fait espérer d'autres textes... punk.
 
Pour lire en ligne le début de "Lorraine brûle", c'est ici.
 
 
 
Lauréats précédents
  • 2025 Pauline Valade pour "Bruno et Jean" (Actes Sud, 2024, lire ici)
  • 2024 Sébastien Bailly pour "Parfois l'homme" (Le Tripode, 2023, lire ici)
  • 2023 Anthony Passeron pour "Les Enfants endormis" (Globe, 2022, lire ici)
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, 2021 lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, 2020, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006) 

 

jeudi 24 avril 2025

Le Prix Prem1ère Victor du Livre Jeunesse à l'Australienne Robyn Bavati

Robyn Bavati.

La lauréate du Prix Prem1ère Victor du Livre Jeunesse 2025 est l'Australienne Robyn Bavati pour son roman "Un week-end avec Oscar" (traduit de l'anglais par Anne Cohen Beucher, Alice Editions, collection "Tertio", 2024, 300 pages). Un roman sur le deuil, le premier amour et l'importance d’être là pour sa famille, quoi qu’il arrive.
Trois mille cent vingt-deux lecteurs et lectrices de douze à quinze ans, chiffre en hausse par rapport aux années précédentes, étaient inscrits à la septième édition du prix. Près de deux tiers d'entre eux ont pris part au scrutin.
 
Vu la nationalité de la gagnante, on comprendra que ce soit sa traductrice, Anne Cohen Beucher, qui soit allée recevoir la récompense des mains de l'actrice belge Stéphanie Blanchoud, lors de l'émission Tendances Première de ce jeudi 24 avril (à écouter ici).
 
Robyn Bavati vit à Melbourne, en Australie, où elle est née, a grandi et est retournée en 1999 après avoir passé une partie de sa vie en Israël. Elle est la mère de trois enfants. "Un week-end avec Oscar" met en scène Jamie, Australien de seize ans. Depuis la mort de son père dont il est toujours en deuil, il vit avec sa mère et son petit frère Oscar, atteint de trisomie 21. Son avenir s'éclaircit lorsqu'il rencontre Zara, la nouvelle élève de l'école. Quand sa mère s'absente pour le week-end, Jamie accepte de garder Oscar. Mais le dimanche soir, elle ne revient pas.
 
Les quatre autres ouvrages sélectionnés selon les critères du prix (roman donnant envie de lire et made in Belgium):
  • "Chienne de guerre", de Nathalie Skowronek (Cotcotcot Éditions)
  • "La dernière marée", d'Aylin Manço (Éditions Talents Hauts)
  • "L'enlèvement de Donald Trump", de Nicolas Keszei (Éditions Mijade)
  • "Une île lointaine", de Frank Andriat (Ker Éditions)
 
A noter que le Prix Prem1ère Victor du Livre Jeunesse est doté de 1500 euros, montant offert par Bibliothèques Sans Frontières Belgique qui gère le projet depuis le début de l'année scolaire 2023-2024 (lire ici). Une campagne de promotion sur les plateformes de la RTBF est également prévue.

Les inscriptions pour le prix première Victor du Livre Jeunesse 2026 sont d'ores et déjà ouvertes ici. La sélection 2025-2026 sera dévoilée avant l’été.

Les livres primés lors des cinq premières éditions (2019-2023) sont disponibles sur le site Auvio de la RTBF (ici).


mardi 18 mars 2025

Le prix Prem1ère 2025 à Pauline Valade

Pauline Valade a reçu le prix Prem1ère 2025. (c) RTBF.

Comme chaque année depuis 2007, les auditeurs ont choisi le prix Première 2025 (5.000 euros et une résidence d'écriture de deux semaines à l'ALBA, la Maison des Talents Partagés, à Charleroi). Il a été décerné pour la dix-neuvième fois le jeudi 13 mars à la Française Pauline Valade pour "Bruno et Jean" (Actes Sud, 2024, 368 pages). Hasard du calendrier, c'est le dernier premier roman à avoir été présenté à l'antenne de la RTBF durant les jours précédent la Foire du Livre de Bruxelles (lire ici). Son livre a été choisi par un jury composé de dix auditeurs et auditrices de La Première dans une sélection de dix premiers romans proposés par un comité de professionnels du livre.
 
"Bruno et Jean" est basé sur un fait historique. Le 6 juillet 1750, à Paris, Bruno Lenoir et Jean Diot meurent étranglés puis brûlés en place de Grève à Paris. Ils avaient été arrêtés plusieurs mois plus tôt. Ils seront les derniers condamnés à mort pour homosexualité en France. Historienne de formation, chercheuse en histoire et professeur agrégé, Pauline Valade a découvert ce fait divers discret lors de ses travaux. Elle a voulu le rendre public par le biais d'un roman mêlant fiction et réalité. Un texte long, à l'écriture baroque, avec beaucoup de longues descriptions et de répétitions, dans lequel les lecteurs se sont glissés plus facilement que moi.
 
 
Dix questions à Pauline Valade

Quelle est votre réaction au prix Prem1ère que vous recevez pour "Bruno et Jean"?

Le prix me touche parce que c'est un prix de lecteurs. François Mauriac a dit: "A partir du moment où il prend la plume, l'auteur est responsable publiquement de chacune de ses phrases". J'ai voulu les emmener dans le Paris d'alors avec une approche sensorielle, par besoin de comprendre ce qui s'y est passé.
Comment êtes-vous devenue historienne?
J'ai voulu être historienne depuis que je suis petite fille. J'ai grandi dans une grande maison bourgeoise avec un passé. Je lisais la Comtesse de Ségur. Je me demandais déjà alors ce qui s'était passé avant moi dans ces murs. Mes jeux me portaient à faire comme autrefois, à me plonger dans un monde qui n'était pas le mien. J'ai fait des études d'histoire à l'âge de dix-huit ans, pour acquérir les connaissances nécessaires afin d'écrire un roman. J'ai finalement fait un doctorat avant de revenir l'idée de la fiction.

Comment passe-t-on d'historienne à romancière?

La plaque parisienne.
Je suis historienne, chercheuse en histoire et professeur agrégé. Mes recherches portent sur Paris au XVIIIe siècle. J'ai consacré ma thèse de doctorat aux réjouissances monarchiques à cette époque, à la joie populaire sur la voie publique. Je suis tombée par hasard sur une chronique rapportant une exécution le 6 juillet 1750 pour "crime de s…", le mot sodomie n'était pas écrit. Les contemporains ne la comprennent pas, les deux hommes étaient en prison depuis longtemps (ndlr pour l'époque). Ils pensaient la peine commuée. On n'a pas crié le jugement. Beaucoup de choses dérogent au rituel. Une plaque commémorative existe à Paris.
Ce sera donc l'histoire vraie de "Bruno et Jean".
Après mon doctorat, j'ai voulu retourner à mes premières amours, la littérature, l'écriture. J'ai voulu passer par la littérature pour déjouer le sens de l'Histoire, redonner chair à Bruno et Jean, les incarner. Aux archives, j'ai trouvé le PV de leur arrestation, leurs interrogatoires, des extraits des requérants, la mention du bûcher et de leur étranglement.
Comment s'est construit votre premier roman?
Les deux premiers tiers de mon livre sont de la fiction nourrie d'archives, le dernier tiers, à partir de leur arrestation, est un récit tiré des archives. J'ai voulu créer une empathie fictionnelle avec Bruno, Jean et les personnages secondaires dans la première partie avant de relater ce qui leur est arrivé. C'est pour cela que je glisse des bribes d'archives dans le texte.
Votre livre est gros.
Pauline Valade. (c) DR.
Le livre est long, 366 pages. Je me suis juste laissé aller. Le texte a été repris tel quel par mon éditrice, Aude Gros de Beler. Il n'a pas été retravaillé. J'ai écrit comme je voyais les choses. J'avais un besoin essentiel de raconter, de poser le décor, d'immerger le lecteur. C'est pourquoi mon texte est pictural. Il est comme un tableau, touche par touche, mot par mot.
Je n'avais pas de plan mais une ossature en deux tiers un tiers. J'ai d'abord écrit la fin, ensuite j'ai rembobiné l’histoire. Le vocabulaire fait partie de la restitution. Les expressions populaires donnent du réalisme. Pareil pour les notes de bas de page. J'ai voulu prendre le lecteur par la main, via le vocabulaire et le contexte et lui dire: je t'emmène là.
D'où viennent Rosine, Paulin Lajoie, Demi-Lune?
Les personnages secondaires se sont imposés à moi. A force de lire sur ce Paris, de me plonger dans les archives, il me fallait Lajoie, la plume qui consigne la désinvolture de ce siècle. Il me fallait un personnage féminin qui ait du caractère, Rosine. Demi-Lune est plus jeune. Chacun incarne une réalité du Paris de ce XVIIIe siècle. Quant au juge, c'est moi qui lui prête ses interrogations. Les archives parlementaires ont été brûlées avec Bruno et Jean. Via le procureur, j'ai eu des traces des interrogatoires. Cela a été un processus incompréhensible, incontrôlé, sans explication rationnelle. Car à l'époque, l'homosexualité est banale. On est soucieux de la morale mais on sait composer.
Le passé éclaire-t-il le présent?
Oui, on ne tire aucun enseignement du passé mais il nous éclaire car il donne une mémoire du passé. Cette mémoire nous permet de s'ancrer dans le présent pour construire quelque chose de mieux ou pas, pour donner une conscience. Effacer le passé comme il est souvent demandé, c'est la négation de la pensée. Il faut faire du passé un élan au risque que cela recommence.
Quels sont les auteurs que vous aimez lire?
J'ai une passion pour Emile Zola depuis l'adolescence. J'aime aussi tous les auteurs du courant naturaliste du XIXe siècle. Je lis moins la littérature contemporaine.
D'autres livres en préparation?
Je suis en train d'écrire deux livres d'histoire et un livre de fiction qui sera un contrepoint à celui-ci.


Les neuf autres premiers romans sélectionnés

Dans l'ordre de préférence des votes
  • "Pas d'ici", d'Espérance Garçonnat (Rivages)
  • "Tombée du ciel", d'Alice Develey (L'Iconoclaste)
  •  "Ma fille", de Mathilde Dondeyne (Rouergue)
  •  "La Femme du lac", de Sandra de Vivies (Cambourakis)
  • "Le chagrin moderne", de Quentin Jardon (Flammarion)
  • "La fiancée de personne", d'Ava Weissmann (Le Tripode)
  • "Mythologie du .12", de Célestin de Meeûs (Éditions du sous-sol)
  • "Une trajectoire exemplaire", de Nagui Zinet (Joëlle Losfeld)
  • "Challah la danse", de Dalya Daoud (Le Nouvel Attila)


Lauréats précédents
  • 2024 Sébastien Bailly pour "Parfois l'homme" (Le Tripode, 2023, lire ici)
  • 2023 Anthony Passeron pour "Les Enfants endormis" (Globe, 2022, lire ici)
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, 2021 lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, 2020, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006)


lundi 9 septembre 2024

Les 8 prix Atomium Raymond Leblanc 2024

Mina Koraichi, lauréate 2024.
 
Les prix Atomium Raymond Leblanc 2024 ont été remis le premier soir du BD Comic Strip Festival de Bruxelles (6-8 septembre) dans le cadre toujours superbe du Centre belge de la bande dessinée. Une cérémonie qui rassemblait le gratin du monde de la BD. Huit récompenses fort bien dotées ont été proclamées dans une alternance quasi parfaite femme/homme. Dommage à ce propos que sur l'écran d'annonce ne se soit affichée que la mention "LE GAGNANT". Car il y avait pas mal de GAGNANTES.

Palmarès
 
Prix Atomium Leblanc de la jeune création
10.000 euros de la Cocof, 10.000 euros en avance sur droits, contrat d'édition proposé en alternance par les Editions du Lombard, Futuropolis et Casterman.
 
Lauréate: Mina Koraichi pour "Anti-Illiteracy Club"
Traitant de l'analphabétisation en milieu rural au Maroc, l'album de la jeune Marocaine a été choisi par le jury entre 220 projets arrivés du monde entier. Il sera édité par le Lombard.
Arrivée la veille de la remise du prix à Bruxelles, Mina Koraichi entame en cette année 2024 un master en bande dessinée à l’ESA St Luc à Bruxelles.
 
 
 
 
 
 
Prix Atomium Cognito de la BD historique
meilleure bande dessinée à caractère historique (3.000 euros).
 
Lauréat: Lomig pour "Au cœur des solitudes" (Sarbacane)
Sur plus de 50 ouvrages candidats et une shortlist de 5 titres:
  • "La truie, le juge et l'avocat", Laurent Galandon & Damien Vidal (Delcourt)
  • "Le fils de Taïwan, tomes 1-2 -3-4/4", Yu Pei-Yun & Zhou Jian-Xin (Kana)
  • "Au cœur des solitudes", Lomig (Sarbacane)
  • "Environnement toxique", Kate Beaton (Casterman)
  • "Charlotte impératrice - III. Adios", Carlotta. Nury & Bonhomme (Dargaud)
Breton autodidacte, Guillaume Fournier a choisi de publier sous le pseudo de Lomig qui signifie Petit Guillaume en breton. En un noir et blanc qui magnifie les espaces, son album suit le périple effectué en 1867 par le premier écologiste moderne, militant de la protection de la nature, l'écrivain américain John Muir.
 
"Au cœur des solitudes". (c) Sarbacane.



Prix Atomium Le Soir de la BD d’actualité
reportage en bande dessinée (20.000 euros en espace publicitaire, ainsi qu’une forte présence rédactionnelle sur les supports du journal Le Soir). 
 
Lauréat : Hippolyte pour "Le Murmure de la mer" (Les Arènes BD)

Shortlist de 5 titres:
  • "Mahar le lionceau", Anne Poiret et Lars Horneman (Delcourt)
  • "Worm", Edel Rodriguez (Bayard)
  • "Et travailler et vivre", Fabien Toulmé (Delcourt)
  • "Journal de guerre", Nara Krug (Gallimard) 
  • "Le murmure de la mer", Hippolyte (Les Arènes)
Habitant à La réunion, Hippolyte a adressé un message vidéo au public, rappelant son séjour à bord de l'Ocean Viking, le bateau ambulance de l'association SOS Méditerranée qui tente de sauver des vies en mer (40.000 actuellement), et ses rencontres avec les bénévoles. "J'ai voulu rendre hommage à toutes ces personnes qui sauvent des vies. SOS Méditerranée continue à faire vivre cet espoir. Ce prix est pour eux. Je veux aussi rendre hommage à tous les reporters qui essaient de faire leur métier, en Palestine, à Gaza..."
 
"Le murmure de la mer" a emporté le jury par l'histoire, le dessin, le trait, les couleurs, magnifiques, qui prennent le lecteur au cœur et aux tripes.
 
Pour lire un extrait en ligne, c'est ici.



Prix Atomium de la Fédération Wallonie-Bruxelles en bande dessinée
10.000 euros.

Léonie Bischoff. (c) N. Van Campenhoudt.

Lauréate : Léonie Bischoff

Le prix Atomium - Fédération Wallonie-Bruxelles récompense un auteur, une autrice ou un collectif d'auteurs actif à Bruxelles et en Wallonie, qui a déjà une œuvre graphique originale et innovante et qui entend la poursuivre. Il va comme un gant à Léonie Bischoff, née en Suisse en 1981 et devenue belge depuis quelques semaines, pays où elle réside depuis plus de vingt ans. La lauréate affiche une belle bibliographie, les adaptations de romans de Camilla Läckberg, et bien sûr la remarquée BD "Anaïs Nin, sur la mer des mensonges" (Casterman, lire ici), l'adaptation en récit graphique du roman jeunesse de Kathleen Karr "La longue marche des dindes" (Rue de Sèvres, lire ici). En parallèle, elle est un membre très actif de l'Atelier Mille, fondé en 2011 et regroupant plusieurs auteurs et autrices de bande dessinée. Sans oublier son  implication dans des projets collectifs de fanzinat et de microédition. Le prix tombe à point nommé pour Léonie Bischoff qui vient d'entamer deux nouveaux projets en bande dessinée.


 
Prix Atomium Spirou
Histoire publiée dans Spirou et toutes les publications seront rémunérées au tarif professionnel.
 
Lauréat: Samuel Pereira pour "Noël mais presque".

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Prix Atomium de la BD citoyenne
ouvrage de bande dessinée qui suscite une réflexion éthique et sociétale, qui aborde de manière positive, constructive et généreuse des enjeux de société contemporains (5.000 euros).
 
Lauréats: Salomé Parent-Rachdi & Deloupy pour "Amour, sexe et Terre promise - Reportage en Israël et Palestine" (Les Arènes)

Shortlist de 12 titres:
  • "Sang Neuf", Jean-Christophe Chauzy (Casterman)
  • "A l'arrêt", Frédéric Debomy, Sandra Ndiaye, Benjamin Ades (Delcourt)
  • "Petit Pays", Faye, Sowa, Savoia (Dupuis)
  • "Les Yeux fermés", Héloïse Martin, Baptiste Magontier, Valentine De Lussy (Dupuis)
  • "Ce que je sais de Rokia",  Quitterie Simon, Francesca Vartuli (Futuropolis)
  • "Bobigny 1972", Marie Bardiaux-Vaïente, Carole Maurel (Glénat)
  • "Soigne, maltraite et tais-toi!" Ferenc, François Sanz (La boîte à bulles)
  • " La Vie secrète des arbres", Fred Bernard, Benjamin Flao, Peter Wohlleben (Les Arènes)
  • "Amour, sexe et terre promise", Salomé Parent-Rachdi & Deloupy (Les Arènes)
  • "Je suis au-delà de la mort", L'Homme Etoilé (Le Lombard)
  • "L'Œil du marabout", Jean-Denis Pendanx (Maghen)
  • " Les Petites Reine", Magali Le Huche (Sarbacane)
Seize témoins, hommes et femmes, palestiniens et israéliens, arabes et juifs, racontent comment la guerre et la religion s'insinuent dans leur vie amoureuse et sexuelle. Une vie codifiée, contrainte, blessée: l’amour sous le joug de la géopolitique. "Je voudrais remercier les personnages de l'album qui sont des vraies personnes", a dit la lauréate. "Rami notamment qui est journaliste à Gaza et est maintenant réfugié dans une tente. Entamée en 2018, nous avons terminé la BD le 6 octobre 2023. Il nous a fallu rebondir, apporter du contexte dans les premières pages, ajouter des choses à la fin."

 

Prix Atomium Première du roman graphique
prix d'auditeurs (20.000 euros en espace publicitaire, ainsi qu’une forte présence rédactionnelle sur les supports de La Première). 
 
Lauréat: Etienne Davodeau pour "Loire" (Futuropolis).

Shortlist de dix titres:
  • "Le lierre et l’araignée", Grégoire Carle (Air Libre )
  • "Le champ des possibles", Anaïs Bernabé et Vero Cazo (Air Libre)
  • "Sang Neuf",  Jean-Christophe Chauzy (Casterman)
  • "La route", Manu Larcenet (Dargaud)"L'homme en noir", Panaccionne et Di Gregorio (Delcourt)
  • "Le grand large", Jean Cremers  (Glénat )
  • "Bobigny 1972", Marie Bariaux-Vaiente et Carole Maurel (Glénat)
  • "Verts", Patrick Lacan et Marion Besancon (Rue de Sèvres)
  • "Jusqu'ici tout va bien", Nicolas Pitz (Rue de Sèvres)
  • "Loire", Etienne Davodeau (Futuropolis)

Absent car en randonnée, Etienne Davodeau a envoyé un message vidéo où il explique qu'il avait le projet Loire en lui depuis qu'il fait de la BD. Il a aussi rappelé combien la nature réconforte quand elle n'est pas massacrée.



Prix Atomium de Bruxelles
pour un auteur qui a su mettre en avant Bruxelles dans son travail (7.500 euros).  

Lauréats: Simon Spruyt & Nicolas Juncker pour "Les mémoires du Dragon Dragon", tome 2, "Belgique c’est chic" (Le Lombard).

Shortlist de 3 titres:
  • "Les mémoires du Dragon Dragon, Tome 2. Belgique c’est chic", Spruyt & Juncker (Le Lombard)
  • "La Bête", Tome 2, Frank Pé & Zidrou (Dupuis)
  • "Berlin 61", Weber& Deville (Editions Anspach)

Le jury a apprécié l'approche originale de l'histoire de la Belgique et de Bruxelles. Un scénario dû à un Français, des illustrations signées par un Belge néerlandophone.
 


Les chiffres du BD Comic Strip Festival 2024

  • plus de 60.000 personnes en trois jours
  • 75 stands
  • près de 200 auteur.ices et dessinateur.ices
  • plus de 300 séances de dédicaces
  • 14 conférences
  • 8 expositions




vendredi 4 novembre 2022

Les délicieux dessins de famille de Franquin

Encre de Chine et Ecolines, 1967. (c) CFC-Edition.

On connaissait l'œuvre d'André Franquin (1924-1997) côté cour, avec ses albums de Spirou et Fantasio, Modeste et Pompon, Gaston Lagaffe, du Marsipulami ou de ses Idées noires. On savait qu'il avait une épouse très aimée, Liliane, rencontrée quand il avait dix-sept ans, épousée en 1950 et décédée dix ans après lui, et une fille unique, Isabelle, qui donnera son prénom à une série. Grâce à une présentation organisée par l'ADEB, on découvre aujourd'hui son œuvre côté jardin avec le merveilleux album "Bon pour...", soit les "dessins de famille" de Franquin (CFC éditions, 128 pages). Un moyen format cartonné qui dévoile les dessins réalisés pour ses proches. Des bijoux d'humour, de tendresse, d'amour.

André-Liliane = Ramonet-Ramonette.
La Saint-Valentin 1974. (c) CFC éditions.

"Quand on est un dessinateur et que le temps manque pour courir les magasins à la recherche d’hypothétiques cadeaux", écrit Isabelle Franquin en avant-propos de l'ouvrage, "quoi de plus aisé, de plus pratique et en même temps de plus personnel que de tracer sur le papier "vœux", "bons pour" et d'y créer bouquets et présents en attendant qu'ils se matérialisent pour de vrai."

Versions 1986 et 2022.
Les dessins rassemblés dans ce recueil n'étaient donc pas destinés à être publiés. Une douzaine d'entre eux parurent néanmoins dans le livre d'entretiens de Franquin avec Numa Sadoul "Et Franquin créa la gaffe" (Dargaud, 1986); introuvable depuis trente ans, sa réédition sera en librairie ce 9 novembre (Glénat). Un fait qui permet à sa fille d'en rendre aujourd'hui publics beaucoup d'autres. Ces dessins inédits couvrent la période qui va des années 1950 aux années 1990. Ils permettent d'assister à l'évolution du style de Franquin, côté technique, côté couleurs, côté inspiration. Et de suivre l'avancée en âge de la jeune Isabelle. Ce qui ne change pas, c'est la liberté de création de l'artiste et la joie qui perle de chacune de ces œuvres miniatures.

1963. (c) CFC-Editions.
Au fil des ans et des pages, on découvre la variété de réalisation de ces joyeux "bons pour...". Si les thèmes sont peu nombreux, Saint-Valentin, anniversaires, fêtes, cadeaux divers, leur mise en œuvre est d'une variété infinie. Fleurs uniques ou en généreux bouquets, cheval, autruche, voiture, avion, montgolfière, boutiques diverses sont autant de mini-tableaux où Franquin met en scène sa famille. Son épouse Liliane, dite "Ramonette", lui étant "Ramonet", leur fille Isabelle qu'on voit petite fille à tresses, puis jeune fille à la somptueuse chevelure, sans oublier les animaux domestiques. C'est joyeux, inventif, farfelu, espiègle. Surtout, cela transpire de joie de vivre et d'amour. Le recueil présente régulièrement des zooms sur des parties de dessin, augmentant encore le plaisir à regarder ces dessins aussi gratuits que généreux, révélateurs du mode de vie de l'époque. Il se complète d'une dizaine de menus familiaux illustrés.


Une exposition de l'ensemble des dessins originaux des "Bons pour...", complétés de quelques pépites inédites, se tiendra à la Maison CFC du 12 novembre au 31 décembre (du lundi au vendredi de 9h30 à 18 heures, entrée libre).


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Autre joie, "Franquin par Franquin", le fantastique podcast inédit de la Première (RTBF) où le génial Franquin se raconte joyeusement à Numa Sadoul. C'était en 1985 et ces entretiens allaient donner le livre "Et Franquin créa la gaffe" (lire plus haut). Ces fantastiques archives ont aujourd'hui été montées par Fred Jannin qui nous tricote ce Franquin par lui-même, par Numa Sadoul, par sa fille Isabelle, etc.. en cinq épisodes de 27 minutes et un bonus de même longueur. Un régal!

Diffusé la semaine dernière, le podcast est disponible sur Auvio (ici). Ce sont au total deux heures quarante-cinq de bonheur audio, avec les rires de Franquin, ses répliques, ses souvenirs, ses commentaires, ses réponses, ses esquives, ses repentirs....

Les différents épisodes
  1. Origine de "Et Franquin créa la gaffe" et Modeste et Pompon
  2. Personnages secondaires 
  3. Gaston Lagaffe
  4. Trombone et idées noires
  5. Reprise de Spirou
  6. Panade à Champignac (bonus)




 

 




vendredi 9 septembre 2022

JeanLouis Tripp, lauréat du Prix Première du Roman graphique avec "Le petit frère"

Ce vendredi 9 septembre commence à Bruxelles le BD Comic Strip Festival 2022 (aka La Fête de la BD) qui se déroulera à Tour & Taxis jusqu'à dimanche soir. Parmi les prix Atomium qui seront dévoilés, le prix Première du Roman graphique. Le lauréat 2022 est le Français JeanLouis Tripp pour son imposante bande dessinée parue au printemps, "Le petit frère" (Casterman, 344 pages).

Dans la sélection de dix romans graphiques nommés pour ce 6e prix Première du Roman graphique, le jury d'auditeur·rice·s de La Première, présidé par Laurent Dehossay, a choisi de récompenser un livre intime, touchant et qui atteint l'universel.
"Le petit frère" est Gilles, onze ans, le petit frère de l'auteur alors âgé de dix-huit ans, tué par un chauffard dans un accident de la route en 1976, lors des vacances familiales en Bretagne. Pendant quarante-cinq ans, JeanLouis Tripp n'a rien dit. Et quand il a raconté sa vie sexuelle dans les deux volumes "Extases" (Casterman, 2017 et 2020), il n'a qu'effleuré ce douloureux sujet .

Aujourd'hui, il le prend de front dans un très épais album d'une sincérité absolue où le lecteur entre en communion avec lui. Un tombeau au sens littéraire. Il raconte ces lointaines vacances en Bretagne, en roulotte, en famille, les trois garçons et leur mère - le couple des parents s'est séparé peu avant - des oncles et des tantes. Cette route tranquille où rien ne devait arriver. Cette voiture qui a surgi, a happé le gamin et a filé, le laissant au sol. L'accident affreux, qui ne serait pas arrivé une minute plus tôt ou une minute plus tard. La culpabilité du frère aîné avec qui Gilles parlait l'instant précédent.

JeanLouis Tripp raconte les gendarmes, à une époque où les téléphones portables n'existaient pas, l'ambulance, l'hôpital, la mort du petit frère. A moins de douze ans. Il raconte le choc pour chacun des membres de la famille, la bascule de chacune de leurs vies, la panique, la détresse, le déni, la colère, l'impuissance, la négation, le deuil, le chagrin. Immense. Le procès qui ravive les douleurs. Le temps qui passe, les questions qui restent, obsédantes, les blessures, les plaies qui ne guérissent pas, les tentatives d'avancer. Partout, le souvenir de Gilles. Gilles. Gilles. Déchirant. Un jour, la décision de rendre une forme de vie à l'absent avec ce tombeau, de célébrer sa mémoire. D'affronter ce qui s'est passé. Sans pathos.

(c) Casterman.

"Le petit frère" est bouleversant de bout en bout. On y pleure régulièrement. Des larmes de compassion, de partage avec l'auteur. Si on a subi un décès, on s'y sent un peu moins seul. Les deuils ne s'apparentent-ils pas un peu? Ou les endeuillés? "Je ne suis pas dans une démarche analytique", prévient l'auteur. Il rassemble ses souvenirs, le temps vécu et le temps reconstitué, les sensations de la mémoire dont ces flashs répétitifs. Le drame terrible qui l'a marqué lui et les siens à jamais apparaît dès les premières pages. "Le livre s'est imposé à moi. C'est un livre sur le deuil, sur l'après, sur la vie qui continue." Tripp explique en postface les circonstances qui l'ont poussé à écrire et dessiner son histoire.

(c) Casterman.


Si l'album évoque le jeune Gilles, il scrute aussi les déflagrations qu'occasionne à plus ou moins long terme un drame aussi brutal. JeanLouis Tripp dit que la planche du choc fatal lui est venue toute seule. "Je n'ai eu aucune difficulté à la dessiner." Elle est extraordinaire. Comme de nombreuses autres où les dessins montrent mieux que les mots les épreuves endurées. Qu'écrire? Les regards parlent d'eux-mêmes. Ce que ressentent les personnages, nous pouvons le ressentir.

(c) Casterman.

Pour la première fois, JeanLouis Tripp a utilisé un iPad pour dessiner, à raison d'une page par jour environ. Ses cases organisées horizontalement passent parfois à la verticale ou à la page entière, à bords perdus ou pas, selon l'intensité du récit. Les pages en lavis gris tirant vers le rouge sont ponctuées de couleurs jusqu'à la séquence finale de l'apaisement. Ses sources sont les souvenirs des uns et des autres ainsi que les archives familiales consignées dans une valise gardée par sa mère. Les mots sont les siens et ceux qu'il a entendus chez ses proches. "Autant je peux témoigner de comment j'ai vécu les événements, autant je ne présuppose jamais des pensées des autres. Je leur fais dire des choses que j'ai entendues, dont je me souviens, mais je ne leur prête jamais de réflexion intérieure. La théorie de mon frère Dominique est que personne n'a les mêmes souvenirs du drame, je suis assez d'accord avec ça. Tout ce que je dis est vrai, mais cette vérité reste la mienne."


Les autres titres retenus pour le prix étaient:
  • "Le poids des héros", David Sala (Casterman)
  • "L'échelle de Richter", Raphaël Frydman & Luc Desportes (Gallimard)
  • "La bibliomule de Cordoue", Wilfrid Lupano (Dargaud)
  • "Amalia", Aude Picault (Dargaud)
  • "Le songe du corbeau", Atelier Sentô & Alberto M.C. (Delcourt)
  • "Lettres perdues", Jim Bishop (Glénat)
  • "L'étreinte", Jim & Laurent Bonneau (Grand Angle)
  • "La Dame Blanche", Quentin Zuttion (Le Lombard)
  • "Vivian Maier, à la surface d'un miroir", Paulina Spucches (Steinkis)


Pour feuilleter en ligne le début de l'album "Le petit frère", c'est ici.


Ce samedi 10 septembre à 13 heures, au BD Comic Strip Festival, JeanLouis Tripp et David Sala ("Le poids des héros", Casterman) échangeront sur le thème des "héritages familiaux". Modérateur Cédric Wautier (RTBF).



mercredi 27 avril 2022

Une volée de prix littéraires, européens et belges

Le lauréat du prix EUPL 2022.

Créé en 2009, le Prix de littérature de l'Union européenne connaît un nouveau fonctionnement pour la période 2022-2024 où il est reconduit. Pour ce cinquième cycle consécutif du prix EUPL, chaque pays participant (un tiers environ du nombre total, le prix s'étendant sur trois années), propose toujours un livre de haute qualité littéraire et à potentiel de traduction. Mais un deuxième tour de sélection est effectué par un jury européen de sept membres, qui choisit un lauréat et cinq mentions spéciales. Les six auteurs primés se voient attribuer un prix financier dont la moitié va à l'éditeur pour assurer la traduction de leur livre.

Les résultats de l'édition 2022 du prix EUPL, organisé par la Fédération des Éditeurs Européens (FEE) et la Fédération européenne et internationale des libraires (EIBF) et soutenu par la Commission européenne, ont été annoncés sans grande publicité le 22 avril au Festival du livre de Paris.

Lauréat (20.000 euros)
  • L'écrivain géorgien Iva Pezuashvili pour son roman "A garbage chute" ("Le bunker") paru chez Intelekti.

Mentions spéciales (10.000 euros)
  • La Belge néerlandophone Gaea Schoeters pour "Trofee" ("Trophée") paru chez Uitgeverij Querido (Belgique).
  • La Bosniaque Slađana Nina Perković pour "U Jarku" ("Dans le fossé") paru chez Imprimatur (Bosnie-Herzégovine).
  • L'Irlandais Tadhg Mac Dhonnagáin pour "Madame Lazare" paru chez Barzaz (Irlande).
  • L'Espagnol Jacobo Bergareche pour "Los días perfectos" ("Les jours parfaits") paru chez Libros del Asteroide (Espagne).
  • L'Ukrainienne Євгенія Кузнєцова (Eugenia Kuznetsova) pour "Спитайте Мієчку" ("Demande à Mietchka") paru chez Видавництво Старого Лева (Old Lion) (Ukraine).

Quatorze écrivains de quatorze pays étaient en lice pour le prix EUPL 2022.
Les autres finalistes étaient:
  • Autriche: Peter Karoshi
  • Grèce: Τάκης Καμπύλης (Takis Kampylis)
  • Italie: Daniele Mencarelli
  • Lituanie: Tomas Vaiseta
  • Macédoine du Nord: Владимир Јанковски (Vladimir Jankovski)
  • Norvège: Kjersti Anfinnsen,
  • Roumanie: Raluca Nagy
  • Slovaquie: Richard Pupala

Les quatorze finalistes de l'édition 2022.


"Histoires européennes", un recueil de 582 pages propose de larges extraits de traduction en français et en anglais des quatorze livres finalistes de l'édition 2022 du prix EUPL (à télécharger ici).









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Côté juniors, le prix Première Victor du Livre Jeunesse 2022 a été attribué le lundi 25 avril à la québécoise Isabelle Roy pour son roman "Hackers" (Mijade). Une quatrième lauréate après Fabienne Blanchut, Marie Colot et Catherine Locandro (lire ici). Le prix est doté d’un montant de 1.500 euros offert par le Fonds Victor et d'une campagne de promotion diffusée par La Première sur toutes ses plateformes.

Deux mille sept-cent-quatre lecteurs de 12 à 15 ans étaient inscrits pour cette quatrième édition. Ils ont plébiscité le premier roman édité à l’international de la Québécoise Isabelle Roy. Dans "Hackers", on rencontre Alex, écolé par son père au monde de l'informatique et du piratage. Tout est facile pour lui. Il est capable de percer les secrets des sites Internet, de casser des codes informatiques. Il ne résiste pas à l'envie de relever un nouveau défi. Mais rien ne se passe comme prévu. Alex est allé trop loin et le prix à payer est élevé. Ses amis sont là pour l'aider.

Les cinq ouvrages en lice pour l'édition 2022
  • "La Cascadeuse des nuages" de Sandrine Beau (Alice Jeunesse)
  • "Hackers" d'Isabelle Roy (Mijade)
  • "Beethoven, La Symphonie du Destin" de Michel Honaker (Ker éditions)
  • "La Malédiction des serpents de mer" de Sigrid Renaud (Auzou Editions)
  • "En Apnée" de Meg Grehan, traduit par Aylin Manço (Talents Hauts) 

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Enfin, en Belgique toujours, l'auteur, blogueur et chroniqueur dont le nom ne peut pas être mentionné selon lui alors qu'on le trouve sans problème sur internet et qui passe énormément de temps à exiger son anonymat, M. P. donc, mieux connu sous le nom de Marcel Sel, s'est vu attribuer ce mercredi 27 novembre le prix littéraire 2021 du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son deuxième roman "Elise" (ONLIT éditions, 2019, 450 pages).






Les quatre autres finalistes, sur cent livres proposés:
  • "Le mangeur de livre" de Stéphane Malandrin (Seuil)
  • "Gens de Cogne" de Xavier Deutsch (La Renaissance du Livre)
  • "Cent jours sans Lily" d'Alienor Debrocq (ONLIT Editions)
  • "Il ne portait pas de chandail" d'Annick Walachniewicz (l'arbre à paroles)