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mercredi 10 juillet 2024

Le décès de l'artiste Josse Goffin

Josse Goffin. (c) Christian Carez

J'apprends avec tristesse le décès de Josse Goffin ce 9 juillet à l'âge de 85 ans. L'artiste belge qui était né le 2 novembre 1938 à Bruxelles souffrait d'un cancer. Il est l'auteur d'innombrables dessins, affiches, illustrations de livres pour enfants, graphismes, etc... dans un style graphique aisément reconnaissable. Précision de la ligne, géométrie même, choix de la couleur, aquarelle, pastel ou crayon, poésie et humour. Avec toujours l'idée que "inventer, c'est penser à côté". Et sa signature en pattes de mouche.

Œuvre. (c) Josse Goffin.

 
Travailleur acharné tout au long de sa vie, il présentait encore deux expositions l'été dernier. L'une à la galerie Wery à Dinant, l'autre à la galerie Quadri à Bruxelles. Entre autres multiples activités, il avait aussi participé au Picture Festival bruxellois 2022 (lire ici). En chacun de ses lieux qui lui étaient momentanément dédiés, on l'y voyait, calme et souriant, toujours accompagné de sa merveilleuse épouse Lili. On le croisait aussi aux vernissages d'autres artistes. Non seulement ceux, nombreux, qu'il avait formés mais aussi ceux dont il était curieux.
 

 

Josse Goffin étudie à Saint-Luc puis est diplômé en 1957 en graphisme à l'École Nationale Supérieure d'Arts Visuels de la Cambre. Il y sera enseignant vingt ans plus tard, de 1977 à 2004, à l'atelier de communication graphique, section narration et dessin d'humeur. Bienveillant comme lorsqu'il présidait des jurys. En parallèle, il avait ouvert son propre studio graphique qui lui a permis de déployer son propre éventail: dessinateur, graphiste, affichiste dans les secteurs culturel et publicitaire, concepteur de génériques d'émission de télévision ou de pochettes de disque, graveur, auteur/illustrateur de livres pour la jeunesse.

Quelques-uns des travaux de Josse Goffin.


Couverture du magazine "graphis".
Œuvre. (c) Josse Goffin.
Pochette pour Julos Beaucarne.
Affiche pour le prix Bernard Versele.
 
 
Dès 1987, il crée des livres pour enfants qui ne connaîtront pas toujours le succès public qu'ils méritaient. Mais en 1992, Josse Goffin obtient le prestigieux prix graphique de la Foire de Bologne (section enfance) pour son album "Oh!" (lire ci-dessous), publié tout comme "Ah!" à la Réunion des Musées nationaux. "Oh!" est aujourd'hui réédité par Kalandraka.

Une deuxième réponse graphique en dépliant le rabat. (c) Kalandraka.



Avec les années 2000, ses images libres investissent les galeries d’art et autres lieux d’expositions, en parallèle à l'édition de livres d’artiste et de poésie. L'ouvrage "Josse Goffin - Inventaire" (Racine) retraçant sa carrière de graphiste, affichiste et auteur/illustrateur de livre pour la jeunesse, paraît à l'occasion de la rétrospective de son travail au Centre d'Art de Rouge-Cloître à Bruxelles en 2010.


 



Voilà ce que j'écrivais dans "Le Soir" le 2 mai 1992, au retour de la Foire de Bologne, il y a plus de trente ans!

UN GRAPHISTE À L'HONNEUR
Josse Goffin remporte le prix 1992 de la Foire de Bologne

BOLOGNE
De notre envoyée spéciale
 
Pour la première fois, un Belge a remporté le prix graphique de la Foire de Bologne, cette manifestation annuelle consacrée exclusivement à la littérature enfantine.Nous avons déjà dit tout le bien que nous pensions de "Oh!" (Réunion des Musées nationaux), ce livre dont chaque début d'image peut se poursuivre de deux façons selon que le rabat de la page est déplié ou non. Un album-plaisir pour les petits comme pour les grands, un livre d'art qui ne se prend pas au sérieux. Pas plus que son auteur, Josse Goffin, mieux connu comme graphiste via son affiche pour le Salon des vacances (l'oiseau surmontant une mappemonde). Le Bruxellois a été d'autant plus surpris par cette récompense qu'il ne s'intéresse que depuis peu au livre pour enfants.
- Comment êtes-vous venu à ce domaine de la littérature?
- Par hasard. Anne Baronian (ndlr: créatrice de Rainbow Graphics, une société faisant du livre clé sur porte et le vendant prêt à imprimer à des coéditeurs) m'a proposé de faire un livre pour enfants. Finalement, j'ai fait un livre et puis un deuxième et puis un troisième. Le premier a été "Noël sans parole" (neuf versions, la seule à texte publiée en français chez Centurion) qui a été un très grand succès.
- Vous faites aussi des affiches...
- Oui, des affiches, des couvertures de magazines, de livres, des génériques de télévision. Comme celui de l'émission "Autant savoir", qui montre une succession d'éléments qui se transforment.
- Comme "Oh!"?
- Exactement!
- Quelles sont vos autres activités?
- Je suis prof à La Cambre. Actuellement, je donne l'art de l'affiche, un cours que je veux avant tout de récréation créative.
- Avez-vous de nouveaux projets de livres pour enfants?
- Plein, dont un projet que je viens de présenter en Italie. Je dois faire du très bon boulot, surtout après le prix de Bologne.
- Quel est l'impact de ce prix?
- Je suis content de l'avoir eu mais je suis surtout content pour mon éditrice qui est une nouvelle indépendante.
- On retrouve les mêmes thèmes dans vos dessins, le poisson, la lune, le bateau, le canard...
- C'est vrai. J'ai une ménagerie à moi que je ne peux pas expliquer. Par périodes reviennent des éléments semblables.
- Quelle technique utilisez-vous?
- Plusieurs: du papier Canson vergé ("C'est qui le chef?" dont j'ai eu l'idée pendant la guerre du Golfe et qui est publié chez Centurion), du papier Kraft ("Oh!" et "Ah!"). Je dessine parfois sur du papier d'emballage que je découpe. Je travaille le crayon de couleur, le pastel, l'aquarelle. J'ai tout un choix de papiers dont je suis un grand amoureux. Il m'arrive même d'en ramasser dans les poubelles!
- Avez-vous des souvenirs de livres de votre propre enfance?
- De livres vraiment pour enfants, non. Je suis comme tout le monde, admirateur de Maurice Sendak, de Tomi Ungerer. Ce sont des graphistes, des créateurs qui se prennent une petite gâterie dans leur vie en travaillant pour les enfants. Pour moi, ils sont de grands communicateurs qui ont énormément de choses à dire, aux enfants ou aux adultes.
- Que pensez-vous de la production actuelle?
- "Plouf" de Philippe Corentin (l'école des loisirs, prix des critiques de la Communauté française de Belgique) est un livre superbe à mes yeux. Je suis plus attiré par des concepts nouveaux que par des histoires. C'est une déformation de graphiste.
- Comment le public réagit-il à "Oh!"?
- Je suis très surpris: autant d'adultes que d'enfants s'intéressent à ce livre. Ma plus grande satisfaction a été le fait suivant: quand «Oh!» est sorti, j'étais à Paris avec ma femme, dans une librairie de St-Germain; on a vu un couple de gens âgés s'asseoir sur l'escalier, regarder le "Oh!" et rigoler. Cela c'est le plus grand cadeau que l'on puisse me faire.
LUCIE CAUWE


Dans "Oh!", une tasse devient un bateau. (c) RMN.

 D'autres documents graphiques sur le site de Josse Goffin (ici).


Vœux 2017. (c) Josse Goffin.

mercredi 29 octobre 2014

Vacançons et croisons donc les expositions

Les contes sont-ils réservés aux enfants? Non, non, non.
L'évolution des techniques de gravure aux adultes? Non, non, non.

Franck Bordas dans son studio. (c) Ianna Andréadis.
Alors allons d'abord  tous ensemble, grands et petits, au Centre de la Gravure et de l'Image imprimée à La Louvière voir la formidable exposition "De la pierre à l'écran, un parcours imprimé, Studio Franck Bordas, Paris".

"Paris", parce que c'est là qu'est installé l'artiste, n'est-ce pas, Mme Joëlle Milquet, nouvelle ministre de la Culture, et pas parce que l'expo y sera transportée après son séjour à La Louvière.

L'exposition s'y tient du mardi au dimanche de 10 à 18 h, jusqu'au 11 janvier 2015. Sur deux niveaux, le troisième accueillant le 23e prix de la gravure remporté pour la première fois depuis sa création en 1989 par deux artistes, Frederik Langhendries et Annabelle Milon. Des visites guidées sont prévues chaque premier dimanche du mois, des visites de groupes et scolaires, des activités en famille sont également possibles. Renseignements sur le site.

Mais revenons à Franck Bordas et à son exposition. Il est en quelque sorte le maillon entre l'artiste et son œuvre imprimée telle que le public la voit. Une étape aussi discrète qu'indispensable dont on prend conscience dans cette exposition multiforme qui montre également l'évolution de la technique.

Pierre Alechinsky et Jean Dubuffet. (c) Gustaaf  Vander Biest.

Installation de Paul Cox.
On connaît mille fois mieux le nom des artistes que celui du graveur, aussi doué soit-il. L'expo louviéroise propose ainsi les travaux d'une belle brochette, Gilles Aillaud, Pierre Alechinsky, Ianna Andréadis, Eduardo Arroyo, Philippe Baudelocque, Valérie Belin, Jean-Charles Blais, François Boisrond, Hervé Bordas, Philip Brooker, James Brown, Pierre Buraglio, Tom Carr, Robert Combas, Paul Cox, Kees De Goede, Nicola De Maria, France de Ranchin, Hervé Di Rosa, Mark Di Suvero, Jean Dubuffet, Gérard Garouste, Philippe Gronon, Keith Haring, Pippo Lionni, Pierre Mabille, Tim Maguire, Roberto Matta , Naija Mehadji, Joan Mitchell, Moebius, Martin Parr, Ernest Pignon-Ernest, Daniel Pommereulle, Georges Rousse, Antoni Tàpies, Dirk Vander Eecken, pour les citer tous, tous imprimés par le studio Bordas.


Il y a de quoi s'en mettre plein les yeux tant les inspirations et les styles sont variés. On y découvre aussi comment Franck Bordas, imprimeur et éditeur d'art installé à Paris depuis plus de 35 ans, a su bien prendre le virage du numérique. De Jean Dubuffet et ses "Exercices lithographiques" aux "digiprints" de Mark di Suvero, c’est toute l’aventure imprimée d’un atelier qui s’expose aux cimaises et dans les vitrines. Car chez Franck Bordas et son épouse Ianna Andréadis, photographe et artiste elle-même, on grave même en vacances, même en voyage.

La presse Voirin.
Petit-fils de lithographe, Franck Bordas a assez naturellement ouvert son propre atelier de lithographie à Paris en septembre 1978. Il a 19 ans mais, grâce à son grand-père, connaît déjà tout. Pas étonnant que des artistes comme Pierre Alechinsky ou Jean Dubuffet lui passent déjà commande. Les presses sont alors grandes si pas gigantesques comme la presse Voirin, restaurée en 1985, qui permet les grands formats. A la fin des années 1990, les impressions à jet d'encre ne laissent pas indifférent cet aventurier de la gravure. Les années 2000 voient l'imprimeur s'intéresser encore davantage aux nouvelles techniques et à l'impression numérique. Il en découvre et en explore les multiples possibilités, poussant toujours plus loin ses défis. Un nouveau déménagement de l'atelier s'impose en 2005, afin de se spécialiser dans le tirage numérique.

L'évolution du métier, telle que l'a voulue Franck Bordas, s'illustre magnifiquement grâce aux nombreuses ouvres présentées au Centre de la Gravure de La Louvière. On la retrouve aussi, de manière plus approfondie mais très accessible car illustrée d'innombrables photos plus belles et étonnantes les unes que les autres dans le livre "Franck Bordas, un parcours imprimé" (Centre de la Gravure et de l'Image imprimée, 144 pages, 14 euros), un catalogue qui accompagne et prolonge l'exposition. L'ouvrage a été conçu par Ianna Andréadis, toute heureuse de connaître son artiste de mari depuis plus de trente ans et de pouvoir ainsi proposer les photos qu'elle a de lui.



Quelques doubles pages...
... du catalogue accompagnant l'expo.

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L'affiche de l'exposition, due à Françoise Rogier.

Allons ensuite au Centre d'art du Rouge-Cloître, dans la forêt de Soignes, visiter l'exposition "Il était une fois". Soit le conte traditionnel vu par dix illustrateurs jeunesse. J'ai nommé Sybille Delacroix, Sabine de Greef, Dominique Descamps, Myriam Deru, Quentin Gréban, Benoît Jacques, Mario Ramos, Rascal, Françoise Rogier et Catherine Wilkin.
Elle s'y tient jusqu'au 16 novembre, du mercredi au dimanche, de 14 à 17 heures, sur deux niveaux.

On y découvre les interprétations classiques ou davantage personnelles, avec ou sans textes,  des contes traditionnels célèbres comme Le petit Chaperon rouge, inspirateur principal, mais aussi Blanche-Neige, Peau d'âne, La Belle au bois dormant, Hansel et Gretel, Le Chat Botté,  Les trois petits Cochons... Différentes techniques aussi, carte à gratter chez l'une, aquarelles,acryliques, tissus, encres de Chine, collages, gravure, linogravure...

De quoi échanger sur les interprétations des contes, avant de plonger dans les livres dont les illustrations sont extraites.

Trois Petits Chaperons rouges, suivis d'autres silhouettes faciles à  reconnaître..

Mario Ramos.
Benoît Jacques.
Rascal.





Dominique Descamps.
Catherine Wilkin.
Sybille Delacroix.


Des ateliers famille sont prévus les trois prochains dimanches. Renseignements ici.