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dimanche 20 mars 2022

Un deuxième grand tour au Picture Festival

Livres abandonnés mis à germer  par Anne Herbauts et Loren Capelli
à la Wittockania.

Week-end béni pour les amoureux des livres et des images que celui de ces 18, 19 et 20 mars à Bruxelles. Trois événements s'y superposent, s'y entrecroisent, s'y épousent, Semaine du livre, Salon des littératures singulières et Picture Festival (lire ici). 

Deuxième tour, ce samedi, entre des embouteillages jamais vus. Presque 50 kilomètres au compteur. Mais que de bonheurs pour les yeux. Les expos sont extraordinaires de beauté, de créativité et de diversité.
Toutes les infos sur le Picture Festival sur leur site, fort joli et fort bien fait.

Arrêt 1, long arrêt, à la Galerie Bortier

En noir et blanc
Loren Capelli et Sarah Cheveau ont "fait feu de tout bois" au sens premier.


Installation de Loren Capelli à faire et à refaire.

La première en proposant notamment des installations artistiques de sa récolte bruxelloise, la seconde en brossant en bois brûlé d'énormes portraits d'animaux de la forêt. Impressionnant et réussi.


Sarah Cheveau dessine avec le bois ramassé qu'elle a brûlé.

 
En proclamation,
les prix jeunesse Libbylit (section belge francophone de l'IBBY)



Album belge
"Quand Hadda reviendra-t-elle?", d'Anne Herbauts  (Casterman)
Album "Petite enfance"
"Et si?", de Chris Haughton (traduit de l'anglais par Camille Gautier, Ed. Thierry Magnier)
Album
"Comment mettre une baleine dans une valise?", de Guridi (traduit de l'espagnol par Anne Casterman,  Cotcotcot éditions)
Roman belge
"Eden fille de personne", de Marie Colot (Actes Sud Junior)
Mention spéciale 
"Debout dans l'eau", premier roman de Zoé Derleyn (Rouergue)
Roman junior
"Martine ne sait rien faire", de Dominique Perichon (Rouergue Jeunesse)
Roman ado
"Sois belle et bats-toi", de T. S. Easton (traduit de l'anglais par Anne Delcourt, Nathan) 



En poésie
Brussels City of Stories invite le public à écrire un texte, sur place, ou à envoyer plus tard (infos ici). Attention, la collecte s'arrête le 1er avril. Les histoires seront rendues publiques le samedi 4 juin.

Brussels City of Stories.


Arrêt 2 aux Ecuries Royales

Entre le Palais Royal et le Palais des Académies, les Ecuries Royales tiennent salon littéraire dans une ambiance amicale et chaleureuse. A l'intérieur où les stands proposent des centaines de livres, une foule de dédicaces des auteurs et quelques rencontres à thème. Dans la courette, écrivains, éditeurs et visiteurs prennent le soleil en devisant. Le Salon des Littératures singulières a rassemblé  55 maisons d'édition, 120 auteurs et 2.000 visiteurs.


Arrêt 3 à la Wittockania

Anne Herbauts et Loren Capelli nous invitent à sauter à pieds joints dans une flaque.  A la regarder de diverses manières, de plus en plus profondément. Et c'est merveilleux. Pour cela, l'artiste belge et l'artiste française ont investi les vitrines d'un mur de la bibliothèque. Sur le fond, des flaques peintes et découpées par Loren, sur les vitres, divers éléments peints, noirs, multicolores ou bleutés, dessinés par Anne, assemblés et collés par elles deux lors de l'installation lundi dernier. Cela donne de fantastiques jeu d'ombres de mystères et de révélations. De vitrine en vitrine, les objets se détachent de la vitre jusqu'à ce qu'il n'y en ait plus un seul. On est alors au fond de la flaque, opaque. 

"Une fois les tâches définies, nous avons travaillé à distance, Loren et moi", explique Anne Herbauts. "En s'envoyant par WhatsApp des photos au fur et à mesure." Lundi, les deux se sont baladées au musée de Tervueren, lieu de calme et d'inspiration. Elles ont peaufiné leur projet commun. A la bibliothèque, elles ont déroulé les papiers peints qu'elles avaient réalisés chacune et les ont découpés pour les fixer aux fonds et sur les vitres en une diffraction décomposant les niveaux d'une flaque, miroitement, eau limpide, profondeur opaque, fond vaseux. Le résultat est époustouflant de beauté et de créativité. Très difficile à photographier à cause des reflets du lieu.

A pieds joints dans la flaque d'Anne Herbauts et Loren Capelli.


A voir encore, une xylothèque bien fournie, clin d'œil à Léopold II, et des livres abandonnés à germer (trèfle incarnat, livèche et luzerne).



Arrêt 4 à la galerie Encore

Quand Benoît Guillaume et Valfret s'emparent de la frise Josaphat.

Aux murs, d'immenses peintures paysagères pleines de couleurs (merci les peintures à la caséine Paon-Lin), réalisées à quatre mains par Benoît Guillaume, venu de Marseille, et Valfret. Une première collaboration pour les deux artistes qui avaient la friche Josaphat comme sujet imposé. Ils s'y sont rendus, ils en ont eu des photos et ils ont travaillé à fond toute la semaine pour être prêts pour l'expo "FFRRRCCHH" du Festival. Une réussite pour le visiteur, un défi vécu différemment par le duo.

"Tout a été fait en huit jours", commence Valfret, "alors que nous ne nous connaissions pas. Nous avons une compréhension commune mais des différences dans la manière de travailler." Ils ont travaillé par couches successives, chacun passant sur le dessin de l'autre, vert, jaune, rouge,, vert..., et ainsi plusieurs fois. A l'arrivée, difficile de dire qui a fait quoi dans ce splendide travail commun. "J'ai été surpris par les peintures qui ne proposent pas les couleurs primaires", poursuit Valfret. "Je me suis senti coincé parfois, par exemple avec le jaune." 

Le résultat vaut le détour, illuminant les cimaises de la galerie de ces grands papiers colorés qui célèbrent une nature encore sauvage mais terriblement menacée. "L'expérience était trop courte pour que ça se passe mal", sourit Benoît Guillaume. "Nous nous sommes lancés sans trop discuter. Nous passions naturellement l'un après l'autre. Le résultat final me plaît, ces dessins pas trop léchés. On est allé à l'essentiel vu l'urgence. On a fait des paysages mais on a ajouté des détails grinçants comme l'immobilier et les hommes d'affaires et des détails de biodiversité. Mais il faut bien regarder pour trouver la grenouille ou la libellule."
 
La frise Josaphat par Benoît Guillaume et Valfret.




lundi 7 mars 2022

Picture Festival, clap trois, cap nature

Œuvre de Valfret pour le Picture Festival 2022.


On en connaissait les dates, on avait un avant-goût de son programme, on en avait déjà admiré l'affiche s'inspirant des jacinthes bleuissant le bois de Halle (lire ici), mais voici le programme complet du Picture Festival. Sa troisième édition (lire ici et ici), aussi concoctée par Carole Saturno et son équipe, s'annonce des plus réjouissantes. Il va falloir se multiplier pour tout voir, tout expérimenter tant tout est tentant! Des valeurs sûres et des découvertes à faire, toujours dans l'optique d'une illustration de très grande qualité.

Fil rouge, bien nécessaire en ces temps troublés, le vers de William Blake, "The bird a nest, the spider a web, man friendship" (L'oiseau a un nid, l'araignée une toile, l'homme, l'amitié, en traduction approximative).

Ce Picture Festival 2022 célébrera l'illustration quand elle se nourrit ou s'inspire de la nature. Une vingtaine d'expos, une vingtaine!, trois master classes, des rencontres d'auteurs, quatre performances dessinées, une douzaine d'ateliers. De quoi reconsidérer le Grand Nord, la friche Josaphat, l'univers, la flaque, l'arbre, les récoltes d'enfants, la ville tout simplement, le site de l'Expo 58, le monde organique, le sauvage en ville, les têtes coupées en céramique, les mots fléchés sexistes, les paysages en vrai ou vus dans un miroir, le carnaval, la partie de cache-cache dans le jardin, un échange épistolaire, l'onirisme en noir et blanc, le pied, les travaux d'étudiants...

Le Picture Festival se déroulera aux quatre coins de Bruxelles du 18 au 30 mars, pile au moment du printemps, et en trois langues, comme en témoignent son affiche et son site. A noter que les expositions sont gratuites, la plupart des ateliers aussi, quelques rencontres seulement sont payantes, toutes les infos pratiques figurant sur le site.

Un parterre d'artistes
Anne Brugni, aNNe herbauts, Aurélie Wilmet, Béatrice Vincent, Benoît Guillaume, Bernadette Gervais, Carl Norac, Chloé Horta, Cuistax, Delphine Panique, Diane Philipovitch, Dieter Durinck, Elene Usdin, Émilie Seron, Eric Colonel, Fotokino, Gabri Molist, Jan Srámek, Jana Vasiljevic, Jean-Michel Leclercq, Josse Goffin, Léa Viana Ferreira, Les Ateliers du Toner, Loren Capelli, Marie Mahler, Mariia Timofeeva, McCloud Zicmuse, Nina Cosco, Olivier Spinewine, Ophélie Lhuire, Papier Carbone, Pom Koolen, Sarah Cheveau, Teresa Sdralevich, Thomas Spit, Valfret, Waii Waii.

Une allée d'une vingtaine d'expos
La plupart du temps en binômes belge-français.
Le programme complet est sur le site du Festival (ici), illustré, alléchant et précis, qui se décline selon les propositions, les lieux ou l'agenda.
Allez-y voir, vous serez épatés.

En avant-goût, j'en reprends les illustrations et vous invite à deviner qui est qui. 
Car s'il y a des noms connus, il y a aussi de nouvelles pousses prometteuses.


De gauche à droite et de haut en bas:
Bernadette Gervais/Waii Waii, Léa Viana Ferreira, Diane Philipovitch
Aurélie Wilmet/Elene Usdin, aNNe herbauts/Loren Capelli, Josse Goffin
Eric Colonel/Thomas Spit, Émilie Seron, Manuel Marsol pour Cuistax & co
Loren Capelli/Sarah Cheveau, Marie Mahler, Mariia Timofeeva




De gauche à droite et de haut en bas:
Benoît Guillaume/Valfret, estampe inuit, Jan Srámek/Mariia Timofeeva
Chloé Horta, Ophélie Lhuire, ESA Saint-Luc
Jana Vasiljevic/Nina Cosco


Encore au programme

Trois master classes
  • Elene Usdin
  • Anne Herbauts
  • Béatrice Vincent (Editions La Partie)
Plus d'infos ici.




Quatre performances
  • Conférence dessinée d'Aurélie Wilmet et Carl Norac sur le Grand Nord
  • Performance dessinée d'Aurélie Wilmet et Elene Usdin au cœur d'un conte inuit
  • Saisons avec Anne Brugni et McCloud Zicmuse
  • Live Magazine en clôture du festival
Plus d'infos ici.




De très nombreux ateliers (voir ici)

Et encore des suggestions à découvrir sur le site du Picture Festival.




Les localisations










lundi 29 novembre 2021

La Partie, c'est très très bien parti!

"Adieu Blanche-Neige" de Beatrice Alemagna. (c) La Partie.

Il avait fallu attendre quatre mois entre l'annonce de la création des nouvelles éditions La Partie (lire ici) et sa première salve d'albums à la rentrée de septembre. Normal, disaient les pragmatiques. Long, disaient les passionnés. Aujourd'hui, avec les cinq albums parus en août-septembre et les cinq d'octobre-novembre, on a de quoi s'en mettre plein les yeux car ils sont excellents. Logique, l'équipe de La Partie n'est pas tombée de la dernière pluie. Elle est aguerrie, a ses auteurs, publie ce qu'elle aime et ce en quoi elle croit. Quel feu d'artifices que ces dix albums, chacun ayant sa particularité, son charme, son genre, son public.

"Adieu Blanche-Neige". (c) La Partie.


Un coup de chapeau particulier au dernier titre paru, le grand format à reliure cousue de Beatrice Alemagna "Adieu Blanche-Neige" (96 pages, La Partie). Un album qui reprend l'histoire de Blanche-Neige selon la version originale des frères Grimm mais du point de vue de la belle-mère, donné à la première personne. Soit la jalousie dévorante, la souffrance, la vengeance, la noirceur, portées par un graphisme extrêmement fort. Idem pour les scènes avec Blanche-Neige, le chasseur, les sept nains ou le prince! Le résultat est tout simplement époustouflant! Enthousiasmant! A mille lieues de la version édulcorée de Walt Disney, revu par Beatrice Alemagna, le conte original, terrible, reprend toute sa force narrative et y confronte le lecteur.

Le livre a une genèse particulière. Hantée par l'univers sombre du conte des frères Grimm, Beatrice Alemagna a d'abord peint une série de trente-quatre tableaux puissants, saisissants, d'une incroyable beauté, quasiment hypnotiques tant il y est à voir. Expressionnistes, proches de l'abstrait parfois, ils racontent la folie d'une jalousie aveuglante. Ce n'est qu'ensuite que l'auteure-illustratrice a écrit le texte. La confession tragique d'une femme folle de jalousie, d'une reine vengeresse, d'une belle-mère narcissique dont le destin sera aussi triste que terrifiant.
"Il y a 3 ans, j'ai commencé à peindre.
Ce travail n'était pas destiné à être vu. C'était mon projet secret, car il répondait juste à un besoin viscéral de trouver un autre espace que celui destiné à ma création de livres pour enfants. 
C'était une envie impérieuse de peindre, de ne plus me laisser porter par une narration précise, d’échapper à ma routine de dessinatrice, de me soustraire à ce monde parfois étriqué et contraignant du livre pour enfants. Peut-être même, a posteriori, une envie d'y retourner avec un nouveau bagage.
Pendant trois ans, j'ai peint à l'instinct d'un enfant qui aurait pillé son intérieur le plus noir. En m'arrachant les cheveux, en pleurant, en dansant même, par moments. Mais surtout en me demandant incessamment si je faisais de la peinture: si je ne fabriquais pas une illustration peinte ou plutôt une peinture illustrée. Et aussi, si ces images étaient pour adultes ou pour enfants. Je n'ai pas trouvé de réponse.
Mais à sa place, j'ai trouvé Béatrice Vincent, éditrice assez téméraire pour décider de publier ces 3 ans de travail. Mes peintures sont devenues les images du livre "Adieu Blancheneige" que j'ai aussi écrit et qui sortira le 23 novembre prochain. Ces mêmes peintures que j'expose et vends (pour la toute première fois de ma vie) dans la géniale galerie Arts Factory, à Paris. Aujourd'hui je vous invite à venir les découvrir en vrai.
Hardiment, résolument, intensément."
Le texte apparaît en double page entre des séquences de quatre images (cinq au centre du récit), elles aussi sur double page, à bords perdus, conférant encore davantage de force aux propos. Chance pour les Parisiens, les peintures originales d'"Adieu Blanche-Neige" sont exposées à la galerie Arts Factory jusqu'au 24 décembre (infos ici). Double chance pour les Parisiens, une autre exposition de 26 dessins originaux et d'une fresque murale de Beatrice Alemagna se tient jusqu'au 9 janvier à l'Institut Suédois, autour de l'album "On va au Parc", écrit par l'autrice suédoise Sara Stridsberg et à paraître en français à l'automne 2022 (traduction de Jean-Baptiste Coursaud, La Partie).

"Adieu Blanche-Neige" est un album exceptionnel. Un livre d'artiste pleinement accessible à tous les publics. Une merveille à ne pas manquer.

"Adieu Blanche-Neige". (c) La Partie.


Et les autres titres?

Bébé
Pauline Martin (lire ici)
La Partie
36 pages
dès la naissance

Qu'il est mignon ce bébé qu'on suit pendant une grosse année depuis ses premiers jours. Un imagier joyeux et sensible jouant agréablement sur des graphismes simples, où le héros fait ses premiers apprentissages. Il tête, il rêve, il nage, il écoute, il gazouille... Il pleure et il rit. Il mange tout seul et s'en met plein partout. Il découvre ses sens et le monde. Il fait ses expériences. Il apprend à marcher, quitte à tomber parfois. Un délicieux album plein de bienveillance qui plaide en filigrane pour l'autonomie des bébés. Les parents du héros sont là, mais pas tout le temps. Ils veillent. Ils le protègent mais ne l'étouffent pas. Ils l'aiment. Laissons donc vivre nos bébés. Pour les tout-petits et leurs parents.

"Bébé". (c) La Partie.

"Bébé". (c) La Partie.




Il faudra
Ramona Badescu
Loren Capelli
La Partie
96 pages
dès 4 ans

Une petite fille apprend de ses parents qu'elle va être grande sœur: "Bientôt, tu sais/ il faudra que tu partages…/ le chocolat… le temps/ et aussi nos bras./ Chacun aura toujours sa place/ ne t'inquiète pas/ mais il faudra…" Si, accompagnée de son chat, elle commence par rappeler ses droits du tac au tac, "il faudra que je garde mon lit, mon doudou chouette aussi et le tipi des Indiens", elle se projette immédiatement dans cette vie future. "Il faudra..." C'est désormais la jeune narratrice qui utilise l'expression, présentant au bébé à venir toute une liste de découvertes qu'il va faire, chaque fois entamées par ladite expression.

"Il faudra". (c) La Partie.

Une ritournelle où l'héroïne se dévoile comme enfant et comme grande sœur. Toute sa vie défile dans ces pages touchant à la poésie, les moments doux de l'enfance, ceux sérieux ou plus durs de l'école, ceux chaleureux en famille, les joyeuses découvertes des vacances... Comme le bébé à naître est déjà aimé! Un quotidien passionnant et apprécié défile en séquences aussi exquisément écrites que dessinées. Les mots de Ramona égrènent la vie avec une délicate gourmandise, les crayons de couleurs de Loren les complètent, scènes esquissées ou plus figuratives, pleines de détails ou estompées en motifs graphiques. "Il faudra" célèbre l'amour en gestation comme le bébé.

"Il faudra". (c) La Partie.

"Il faudra". (c) La Partie.




Le ver vert
Bruno Gibert
La Partie
40 pages
dès 3 ans

Un ver vert, d'accord. Mais un ver vert aux yeux vairons? Surtout s'il quitte Nevers pour Versailles? Et qu'il confond Roi Soleil et Vercingétorix? Auteur fécond tant en littérature générale qu'en jeunesse, créateur joueur, expérimentateur, illustrateur à la sobriété éloquente, Bruno Gibert utilise ici avec grand succès la contrainte oulipienne du son "ver" dans une histoire complètement loufoque. On suit, hilare, les trouvailles littéraires lors des différents épisodes pleins de surprises de son ver vert qui échappera aux soldats du roi mais pas au pivert! Les images en aplats colorés incitent le lecteur à retrouver le héros tandis que le texte déclinant le son "ver" à toutes les sauces et même encore plus l'invite à s'approprier lui aussi la langue française. Une lecture à partager entre générations.

Le ver vert rencontre le roi. (c) La Partie.




Le cauchemar du Thylacine
Davide Cali
Claudia Palmarucci
traduit de l'italien par Béatrice Didiot
La Partie
56 pages
dès 6 ans

Fiction? Documentaire? Les deux, parfaitement imbriqués dans ce fabuleux album dont la page de titre s'orne d'une arche de Noé contemporaine, le bateau en bois étant remplacé par un navire en acier moderne. Un petit goût d'Australie avec le héros, le docteur Wallaby, "spécialiste en mauvais rêves", et ses malades. En visite ou en consultation à son cabinet, il écoute les rêves répétitifs, ombres, menaces, persécutions, de ses patients, un échidné, un wombat, un émeu, un opossum, un diable de Tasmanie, un koala, une roussette... Autant d'espèces animales qu'on connaît.

"Le cauchemar du Thylacine". (c) La Partie.

Monté sur son fidèle dingo Sirius, le docteur Wallaby se fait aussi chasseur de cauchemars. Il est bien équipé! Un manuel dont il partage les pages et les conseils avec le lecteur. C'est alors que surgit le thylacine avec un rêve dont n'avait jamais entendu parler le praticien. Malgré ses recherches, il ne trouve rien. Et pour cause! Le thylacine appartient à une espèce éteinte. Il est un fantôme qui va rejoindre l'île des Ombres qui recueille les animaux disparus. Très construit, l'album s'achève sur les portraits de ces derniers, qu'on avait déjà aperçus en réduction en pages de garde.

Le Thylacine. (c) La Partie.


Les mauvais rêves. (c) La Partie.
Quelle claque visuelle que cet album qui nous fait comprendre combien les espèces animales sont menacées d'une manière particulièrement originale, à la fois dans la structure du livre et dans le graphisme d'une beauté sidérante. Entre carte à gratter pour les cauchemars, peinture à l'huile pour les panoramas et crayon pour le manuel, le tout se combinant dans une mise en page fort bien pensée. Un seul petit regret: si la liste des œuvres citées et des inspirations apparaît en fin d'ouvrage, il n'est pas fait mention des numéros de page et tout le monde n'est pas capable de reconnaître tous les tableaux.




Nous, les émotions
Tina Oziewicz
Aleksandra Zajac
traduit du polonais par Lydia Waleryszak
La Partie
72 pages
dès 4 ans

Rouge de colère, vert de rage, blanc de peur... On a l'habitude de lier émotions et couleurs. Rien de ça dans ce très bel album bien plus original et pertinent où se succèdent trente-et-une créatures représentant chacune une émotion. Elles composent une magnifique galerie de personnages, toute en rondeur, dans des gris bleutés parfois rehaussés de rose, l'un doté de bizarres oreilles, l'autre de tentacules, chevelus ou non. Tout en douceur même pour des sentiments violents. L'atout de cet album est que les trente-et-une saynètes présentent les émotions dans des mises en scène assorties de textes brefs, sans aucun jugement de valeur.

"Nous, les émotions". (c) La Partie.

"Nous, les émotions". (c) La Partie.

"Nous, les émotions". (c) La Partie.

Les idées des images sont à la fois simples et éloquentes: la curiosité perchée tout en haut d'une cheminée (atteinte par un bricolage d'échelles), la joie bondissant sur un trampoline, la crainte toute menue et cachée, la jalousie destructrice, la honte terrée... Comment n'y avait-on pas pensé plus tôt? On est immédiatement charmé et séduit par la finesse des mots et des images de cet album, le premier de l'illustratrice. On sourit, on se projette, on réfléchit, on est ému et on tourne les pages pour en découvrir toujours plus tant il est réussi sur le fond comme sur la forme.




Chats méchants
Delphine Chedru
La Partie
40 pages
dès 5 ans 

Images numériques pour une farce d'arroseur arrosé sur les préjugés. En l'occurrence, quatre chats qui ne sont ni doux ni gentils mais atrocement méchants et une souris qui n'est pas le menu et mignon animal escompté mais un monstre. Encore pire que les chats qu'elle déteste de surcroît. Les rôles vont s'inverser, et bien sûr, se réinverser car un chat méchant reste un chat méchant. Un album un peu lourd malgré son intention joyeuse.




La perle
Anne-Margot Ramstein
Matthias Arégui
La Partie
56 pages
dès 4 ans

Magnifique livre que celui-ci, dessiné à quatre mains, en boucle et muet, ce qui accentue l'impression d'images en hauteur. Bordées de blanc, en aplats,  agréablement fort colorées, elles se posent sur les doubles pages selon un rythme défini, plan rapproché en page de gauche, plan large en page de droite. Avec la contrainte que la perle soit toujours au centre de la page de gauche et de la même taille, expliquait Anne-Margot Ramstein au Salon de Montreuil. La perle du titre est celle dont on suit le voyage à travers le monde et le temps, le temps d'une vie humaine. La dernière illustration fermera avec douceur et éloquence la boucle entamée en couverture.

L'histoire débute simplement. Un jeune plongeur découvre une perle dans une huître au fond de l'océan. Il offre la bille précieuse insérée dans une fleur tout juste cueillie pour faire office de bague à son amoureuse. Quand elle se couche, elle dépose le bijou à côté de son lit. C'est la nuit que tout se corse et que le récit visuel s'emballe. Une pie vole la perle et la dépose dans son nid, à côté d'autres babioles. Un nid accroché au mât d'un bateau visité par le chat marin... On suit, éberlué et conquis, dans les images de deux tailles, les péripéties de la boule de nacre. Et elles sont nombreuses, une bijouterie, une exposition, le sac d'un voleur, les égouts, un cours d'eau, l'estomac d'un saumon et d'autres endroits inattendus jusqu'à la finale magistrale, célébration d'un couple amoureux tout au long du temps.

Au fil de l'album et du hasard, la perle change de statut et met en lumière divers sentiments humains. Divers comportements humains aussi quand on parcourt la nature à ses côtés. Elle nous montre en réalité l'humain et la nature dans ce qu'ils ont de pire et de meilleur. Admirablement composées, les superbes illustrations aux couleurs chatoyantes regorgent de scènes pleines de détails que chacun décryptera à sa guise, jusqu'à la finale aussi apaisée que réjouissante. 

La découverte de la perle. (c) La Partie.

La scène du vol. (c) La Partie.




Une vie de chatons
Fleur Van Der Weel
traduit du néerlandais par Emmanuèle Sandron
La Partie
96 pages dès 3 ans

Premier album traduit en français de l'auteure-illustratrice néerlandaise, cet épais petit format presque carré aux délicieuses illustrations toutes en douceur nous entraîne dans la folle vie quotidienne de deux chatons, le tigré Noyau et la noire Plume. Leurs aventures sont racontées par le menu et on comprend tout de suite que les chatons sont de sacrés chenapans, ce que confirme s'il en était encore besoin l'image finale.

Jeux, croquettes, rencontres, tout ce qui les concerne se présente au fil de la centaine de pages qui abordent aussi, en toute discrétion, les thèmes habituels des imagiers, les couleurs, les contraires, les chiffres, etc., et propose encore plein d'informations sur la nature par exemple, à hauteur de chaton et d'enfant. Tant de choses sont à regarder dans ces pages si joliment illustrées. En bonus, un lexique des miaulements! A vérifier, comme le fait de donner du lait aux deux héros, ce que ne recommandent pas les vétérinaires mais qui persiste dans l'imaginaire collectif. Ce n'est toutefois pas très grave tant les chatons aux expressives mimiques sont craquants.

 
"Une vie de chatons". (c) La Partie.

"Une vie de chatons". (c) La Partie.

"Une vie de chatons". (c) La Partie.


Dinosaures
Bastien Contraire
La Partie
64 pages
dès 3 ans

Pochoirs, découpages, couleurs vives, dessins stylisés, voilà Bastien Contraire (lire ici). Il nous propose un très plaisant documentaire pour les plus jeunes sur un sujet d'immense fascination des enfants, les dinosaures! Une approche pédagogique qui n'exclut ni l'amusement, ni la beauté. Ses pages où évoluent des dinos en pochoirs et peinture vaporisée sont des merveilles graphiques qui fourmillent d'informations sur les fossiles, l'évolution, les espèces... 

L'auteur-illustrateur a la très bonne idée d'évoquer son sujet par des comparaisons accessibles aux enfants, du compsognathus de la taille d'un poulet au diplodocus long comme deux autobus. Il traite aussi du mode de vie et de l'alimentation de ces animaux disparus, présentés de toutes les couleurs car personne ne sait quelle était leur couleur, des variétés vivant sur terre, dans les mers ou dans les airs...

Quant à la fin de l'ère des dinosaures, elle est abordée dans une page rendant graphiquement hommage à la graphiste allemande réfugiée en Angleterre pendant la guerre, Marie Neurath (1898–1986, plus d'infos ici): "J'y ai glissé", explique Bastien Contraire sur les réseaux sociaux, "un petit hommage à une série de livres documentaires que j'aime beaucoup, ceux de Marie Neurath et l’institut Isotype [qu'elle a fondé avec son mari Otto]. Les informations contenues dans ces livres des années 50 sont parfois obsolètes mais la clarté du graphisme ne l'est pas du tout.  S'il est difficile de s'en procurer, on peut voir pas mal d’images sur internet."

Avec sa reliure cousue, "Dinosaures" est un assez grand format qui enchante l'œil et l'esprit, un documentaire bien pensé et remarquablement original.

 
"Dinosaures". (c) La Partie.


"Dinosaures". (c) La Partie.

"Dinosaures". (c) La Partie.