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lundi 9 décembre 2024

Sur l'"île" du procès des attentats de Bruxelles

Un dessin d'audience de Palix.
 
Le 22 mars 2016, la Belgique était ébranlée. Les attentats de Zaventem et du métro Maelbeek endeuillaient cruellement le pays en ce matin de printemps. Traumatisaient non seulement les victimes directes, leurs proches, les personnes qui les ont secourues mais toutes celles qui en ont moralement souffert. Les différents temps de la justice passés, le procès de ces attentats a débuté en décembre 2022 et a duré jusqu'à la fin de l'été 2023. L'ensemble des médias a évidemment suivi de près les audiences qui se déroulaient dans le nouveau bâtiment du Justitia. Ils ont fait entendre la présidente de la Cour d'Assises, les procureurs, les témoins, les accusés et bien entendu les avocats.

Mère de Léonor, sa deuxième fille gravement blessée lors de l'attentat du métro, Sophie Pirson donne dans "Quatre saisons plus une, carnet de bord du procès des attentats de Bruxelles" (L'arbre à paroles, collection "If", 200 pages) un contrepied à cette voix "officielle". "Tendre l'oreille au silence pour écouter ce qui ne se dit pas." Elle a régulièrement suivi le procès en tant que mère de victime. Une fois par semaine, quasiment toujours le jeudi. Elle y a tenu un carnet de bord dont elle nous partage de nombreuses pages. Les faits lors des audiences principalement mais aussi ses commentaires dont cette surprise de ne pas avoir anticipé "l'indécence de certains défenseurs". Mais en tant que mère de victime, son récit commence naturellement avant l'ouverture du procès. Quand elle a rencontré une mère de djihadiste. Quand elle a participé aux réunions des groupes de victimes. Quand elle a commencé à réfléchir sur la question du pardon. Elle nous le partage.
"Je lui explique que j'écris un journal de bord des coulisses du procès où se dessinera en lame de fond la question du pardon."
Sophie Pirson.
Pendant le procès, Sophie Pirson promène son regard sur ceux et celles à qui on pense, les victimes et leurs proches, et à qui on ne pense pas nécessairement, le public, le dessinateur, le personnel en poste au Justitia, assistants de justice, secouristes, policiers. Elle converse avec toutes ces personnes aux cordons de couleur différente selon leur statut, dans le bâtiment, dans l'"Annexe" réservée aux victimes ou ailleurs. Des échanges qui font naître chez le lecteur beaucoup d'émotions et beaucoup de questions, dont celles de la haine et du pardon, de la prévention et de la reconstruction, du témoignage et de la vérité. "Il faut retenir le nom des victimes, pas celui du tueur." Témoignant aussi de ce qui se passe en dehors de la salle d'audience, cette "île", par exemple ce SDF bien organisé croisé quasi chaque semaine près de la gare du Luxembourg depuis le bus qui l'y mène, Sophie Pirson place son récit dans un champ plus vaste que celui de la justice, celui de nos sociétés. Ses compte-rendus sont entrecoupés d'interludes, formes plus littéraires d'éléments factuels comme les mots des victimes ou associations d'idées à l'occasion de rencontres et d'échanges. Elle assemble ainsi un patchwork d'humanités diverses.

Ces "Quatre saisons plus une" se terminent avec l'achèvement du procès et la lecture par la présidente Laurence Massart des réponses du jury d'assises aux 287 questions qui lui avaient été posées. Le livre est complété des mots de Sophie Pirson, écrits à sa fille blessée lors de l'attentat, et d'un bref exposé des accusés présents au procès à Bruxelles.



lundi 2 octobre 2023

Rentrée slam à la Maison Autrique ce lundi

Marie Darah. (c) Kris Kuzel.

Avec le mois d'octobre revient l'épatant cycle Portées-Portraits de la compagnie Albertine, pilotée par Geneviève Damas. Pour inaugurer la saison 2023-2024, une soirée qui va marquer ce lundi 2 octobre à la Maison Autrique. En effet, c'est Marie Darah qui a reçu carte blanche. Elle présentera "Sous le noir du tarmac" (MAelstrÖm rEEvolution). Cela va slammer, cela va danser, cela va réciter, cela va chanter, cela va danser, cela va musiquer, cela va…


Les soirées Portées-Portraits sont, rappelons-le, des lectures accompagnées de musiques.

 

 

Née à Charleroi en 1989, Marie Darah s'est établie à Bruxelles pour y suivre des études au Conservatoire en Arts de la parole. Son diplôme obtenu, elle développe ses autres passions, écriture, chant, slam, musique et danse, entre autres. Tout cela en questionnant les notions d'équité et d'ouverture d'esprit. Elle qui a inventé son chemin a remporté en 2021 le Championnat d'Europe de Slam. Marie Darah sera accompagnée par la musique de Cloé du Trèfle. La mise en voix est assurée par Isabelle Wéry.

La soirée commencera à 19 heures par une rencontre avec Marie Darah. À l'issue de la lecture d'une heure qui débutera à 20h15, un verre sera offert, l'occasion pour le public de se rencontrer de manière conviviale en présence des artistes de la soirée.

Mon cœur est pavé
Mon cœur est trottoir
Mon cœur est intersection
Rond-point en perpétuel mouvement
Mon cœur est piétiné sous les talons bien-pensants
Le mot liberté est une expression
Mon cœur est un clavier AZERTY sur l'absurdité d'un bitume


Pratique
Où? Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
Quand? Le lundi 2 octobre.
A quelle heure? La lecture-spectacle commence à 20h15. Elle est précédée d'une rencontre avec l'auteure à 19 heures.
Durée? 1 heure.
Combien? 9 euros (possibilité de visiter toute la maison et un verre offert), 6 euros pour les étudiants et les artistes, gratuit pour le "jeune" de moins de 26 ans qui accompagne un adulte. Abonnement pour les 7 spectacles à la Maison Autrique et Au Centre culturel de Schaerbeek : 55 euros.
Renseignements ici.

Réservation indispensable par mail à reservations.compagniealbertine@gmail.com





vendredi 23 septembre 2022

Allons au marché, à un marché de poésie!

"C'est le bazar!" Une des expressions favorites du regretté chanteur Arno (1949-2022) se pose naturellement sur une manifestation de trois jours qui débute ce vendredi 23 septembre après-midi à Bruxelles, le Poetik Bazar. Soit un marché bilingue de la poésie qui se déroule jusqu'au dimanche 25 septembre au BE-HERE (Rue Dieudonné Lefèvre 4, au-delà de Tour & Taxis, entrée gratuite). Quasiment aux mêmes dates que la première édition qui s'y était tenue avec succès (3.000 personnes) du 24 au 26 septembre 2021.

Pourquoi ne pas vivre le temps d'un week-end au rythme de la poésie? Ce mot de six lettres qui fait encore souvent peur, surtout si on lui adjoint l'adjectif "contemporaine". On pourrait tenter l'idée "poésie actuelle", peut-être moins rébarbative? Car l'essayer, c'est l'adopter. Comment faire? En farfouillant dans les livres de poésie présents sur les stands, en écoutant les poètes et poétesses lors de lectures, en se promenant avec eux, en tentant l'un ou l'autre atelier. La diversité de la poésie contemporaine est tellement incroyable qu'il est impossible de ne pas y trouver l'un ou l'autre atome qui vous crochera.

Le Poetik Bazar se veut un événement intergénérationnel, un reflet de notre société moderne et de ses multiplicités. Une considérable variété éditoriale est proposée lors de ce marché bilingue, accueillant près de cent maisons d'édition. Rencontres et animations témoigneront aussi de cette diversité. Le public visé? Les petits et les grands lecteurs, les passionnés et les professionnels, les curieux de tout horizon.

Le Poetik Bazar, projet d'un marché de la poésie bilingue, est porté par un collectif d'asbl francophones et néerlandophones: Les éditeurs singuliers, la Foire du livre de Bruxelles, maelstrÖm reEvolution, la Maison de la poésie d'Amay, les Midis de la poésie et VONK & Zonen, en collaboration avec la Maison de la poésie de Namur, le Marché de la poésie de Paris et Passa Porta.

Le marché de la poésie bilingue accueillera 70 maisons d'édition de Belgique, de France et des Pays-Bas. Trois espaces librairies hébergeront une trentaine d'autres maisons: un espace librairie francophone, un espace librairie néerlandophone et un espace librairie Afro-poésie (liste complète ici).

La programmation multilingue vise autant les petits que les grands grâce à des ateliers et des rencontres bilingues, des rencontres en anglais, des lectures en français, en néerlandais, des focus sur la langue arabe, des événements traduits en live, des séances de dédicaces, etc. Dont l'édition bilingue de poésie, la traduction du slam, la place de la poésie en librairie, Henri Michaux (programme complet ici).

Parmi les artistes présents cette année: Antoine Wauters (lire ici), Milady Renoir (une des voix de la Voix des sans-papiers), l'actuel poète national Mustafa Kör, Serge Delaive, la championne d'Europe de slam poésie et formidable lectrice Marie Darah, Anne Provoost.

Divers événements en lien avec le Poetik Bazar ont déjà eu lieu depuis le 17 septembre, d'autres comme des parcours et des promenades poétiques sont toujours en cours (programme détaillé ici). La toute grande majorité des activités indoor et outdoor au cours des trois prochains jours sont gratuites, pas les trois soirées (ici).









samedi 4 avril 2020

Le décès de Marcel Moreau, l'enragé d'écrire

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque12

Marcel Moreau.

Quand on évoque Marcel Moreau, on a tout de suite en tête son visage fort masqué par des volutes de fumée. Poète et écrivain belge, auteur d'une œuvre majeure, forte d'une soixantaine de titres, Marcel Moreau s'est éteint cette nuit du 4 avril, emporté par le coronavirus. A l'aube de ses 87 ans. Il était né le 16 avril 1933 à Boussu mais vivait avec sa famille à Paris depuis 1968.


Marcel Moreau.

Stefan Thibeau et Morgane Vanschepdael lui avaient dédié en 2018 le film qui est visible ici.
Cette dernière écrit:
"Marcel Moreau est décédé cette nuit, à l'âge de 86 ans. Un immense écrivain s'en est allé, il nous reste ses mots. Il nous reste son écriture, personnage intense et central de son œuvre gigantesque, composée de plus de soixante livres.
Transféré à l’hôpital en septembre 2018, puis placé dans un Ehpad parisien, il y a attrapé le Covid-19 à quelques jours de son anniversaire. Il aura fallu un terrible virus pour venir à bout de ce colosse.

L'écrivain Marcel Moreau est né à Boussu en 1933. C'est de son Borinage natal qu'il tire son envie d'écrire, sa rage d'écrire. Car le vide culturel de sa région l'a toujours révolté. Cet écrivain à la colère saine ne se sera servi que de ses mots pour s'arracher à son milieu. Il a souvent répété que le mineur battant le charbon était pour lui une parfaite allégorie de l'écrivain au travail.
Il quitte l'école à 15 ans et devient correcteur au journal "Le Soir" en 1955. Il commence alors l'écriture de son premier roman, "Quintes", qui paraîtra en 1963. D'emblée salué par Jean Paulhan, Simone de Beauvoir et Alain Jouffroy, il sera même en lice pour le Goncourt et le Renaudot. En 1968, Marcel Moreau s'installe à Paris, où il restera toute sa vie, écrivant chaque matin aux aurores. "Ce sont les mots qui me réveillent", dit-il.

Lire un livre de Marcel Moreau, c'est vivre en soi des aventures innommables. C'est se lever de sa chaise en hurlant des cris de joie, de révolte, des "eurêka", c'est éprouver au plus profond de son être cette gratitude, d'avoir compris, d'être compris. S'il y a trop peu d’articles à son sujet, s'il est resté beaucoup trop méconnu dans sa Belgique natale, peut-être est-ce parce qu'il n’y a pas de mots existants pour retranscrire ce qui sourdre de son œuvre.
En observant ce petit homme sombre, qu'il n'a bien sûr pas toujours été, on ne peut s'empêcher d'imaginer les mots qui tournoient en lui, si puissants qu'ils l'entourent presque physiquement.
Un jour que je lui rendais visite à son Ehpad pour l'emmener manger un bon steak saignant, il m'a dit: "J'ai encore perdu des mots dans cette histoire…" 
Et son quotidien semblait voué à chercher les mots disparus. Je crois que les mots le maintenaient littéralement en vie. Et si Marcel nous a quittés parce que les mots sont partis, il nous reste ceux qu'il a laissés pour nous. Plus que jamais en ces temps étranges et difficiles, lisons Marcel Moreau."


La revue littéraire "Le Sabot" indique que "Marcel Moreau, grand saboteur littéraire, père d'une soixantaine de livres corrosifs, est décédé du covid19 aujourd'hui à Bobigny. Il avait préparé son épitaphe de longue date: "Je suis heureux pour la première fois de ma mort"."


Il y a un an, l'écrivaine belge Véronique Bergen avait publié dans la revue "Le carnet et les instants" un grand article sur Marcel Moreau, "L'écriture comme paroxysme".
Elle écrivait:
"Écorché du verbe, écorché de la vie, Marcel Moreau mène depuis le début des années 1960 l'écriture dans la contrée des spasmes. Les nerfs de son écriture au sens d'un principe actif qui la féconde ont pour noms le rythme ­­— le rythme en tant que grondement de vie, de lave, de bave —, la rupture avec les instances de l'ordre et de la raison, leur subversion par les humeurs de la langue et du corps, l'invention d’une langue matérielle qui ne mime pas les intensités pulsionnelles mais s'y coule.
Depuis son entrée fracassante en littérature avec "Quintes" (1962), Marcel Moreau fait de l'espace de la littérature l'arme d'une contestation de la domination du pôle apollinien sur la pensée, le langage et les corps. Le jaillissement de chants dionysiaques orchestre le reflux de la mesure sous la houle de la démesure.
Des scansions marquent l'évolution de son œuvre composée d'une soixantaine d’ouvrages. Défendu par Raymond Queneau, salué par Simone de Beauvoir, Jean Paulhan, Dominique Aury, Alain Jouffroy, "Quintes" ouvre une aventure créatrice inouïe placée sous le signe de la possession par le verbe. Récit d'un employé d'imprimerie nommé Quinte, "Quintes" construit une fiction-opéra qui ne laisse aucune structure sociale ou langagière en place. Pris dans l'enfer d'une bureaucratie déshumanisante, Quinte se retrouve impuissant à mettre à bas un système qui brise l'homme. Hideur de l'espace urbain, de la domestication sociale, assassinat d'existences engluées dans un conformisme stérile… la révolte de Quinte avorte dans un attentisme passif, entre Kafka et Beckett. "Quintes", lui, est né de ma naissance à l'écriture, laquelle elle-même a un ventre, dont l'utérus serait la Langue", écrit Moreau dans sa préface."

Pour lire la suite, c'est ici.

Une silhouette reconnaissable entre mille.


Bibliographie

  • "Quintes", Buchet-Chastel, 1962
  • "Bannière de bave", Gallimard, 1966
  • "La Terre infestée d'hommes," Buchet-Chastel, 1966
  • "Le Chant des paroxysmes", Buchet-Chastel, 1967
  • "Écrits du fonds de l'amour", Buchet-Chastel, 1968
  • "Julie ou la dissolution," Christian Bourgois, 1971
  • "La Pensée mongole", Christian Bourgois, 1972; L'Éther Vague, 1991
  • "L'Ivre livre," Christian Bourgois, 1973
  • "Le Bord de mort", Christian Bourgois, 1974; Les Amis de L'Éther Vague, 2002
  • "Les Arts viscéraux", Christian Bourgois, 1975; L'Éther Vague, 1994
  • "Sacre de la femme", Christian Bourgois, 1977; édition revue et corrigée, L'Éther Vague, 1991
  • "Discours contre les entraves", Christian  Bourgois, 1979
  • "A dos de Dieu ou l'ordure lyrique," Luneau Ascot, 1980 - Rééd. Quidam, 2018
  • "Orgambide scènes de la vie perdante", Luneau Ascot, 1980
  • "Moreaumachie", Buchet-Chastel, 1982
  • "Cahier caniculaires, Lettres Vives, 1982
  • "Kamalalam", L'Age d'homme, 1982
  • "Saulitude", photos de Christian Calméjane, Accent, 1982
  • "Incandescence et Egobiographie tordue Labor, 1984
  • "Monstre", Luneau Ascot, 1986
  • "Issue sans issue", L'Éther Vague, 1986
  • "Le Grouilloucouillou", en collaboration Roland Topor, Atelier Clot, Bramsen et Georges, 1987
  • "Treize portraits", en collaboration avec Antonio Saura, Atelier Clot, Bramsen, et Georges, 1987
  • "Amours à en mourir", Lettres Vives, 1988
  • "Opéra gouffre", La Pierre d'Alun, 1988
  • "Mille voix rauques", Buchet-Chastel, 1989
  • "Neung", conscience fiction, L'Éther Vague, 1990
  • "Grimoires et moires", illustrations de Michel Liénard, 1991
  • "L'Œuvre Gravé", Didier Devillez, 1992
  • "Chants de la tombée des jours", Éditions Cadex, 1992
  • "Le Charme et l'Epouvante", La Différence, 1992
  • "Noces de mort," Lettres Vives, 1993
  • "Stéphane Mandelbaum", Didier Devillez, 1992
  • "Tombeau pour les enténébrés" (en collaboration avec Jean-David Moreau), L'Éther Vague, 1993
  • "Bal dans la tête", La Différence, 1995
  • "La Compagnie des femmes", Lettres Vives, 1996
  • "Insensément ton corps", Éditions Cadex, 1997
  • "La Jeune Fille et son fou", Lettres vives, 1998
  • "Extase pour une infante roumaine", Lettres Vives, 1998
  • "La Vie de Jéju", Actes Sud, 1998
  • "Féminaire", Lettres Vives, 2000
  • "Lecture irrationnelle de la vie", Complexe, 2001
  • "Corpus Scripti," Denöel, 2002
  • "Tectonique des corps", Les Amis de L'Éther Vague, 2003
  • "Morale des épicentres", Denöel, 2004
  • "Adoration de Nona", Lettres Vives, 2004
  • "Nous, amants au bonheur ne croyant...," Denoël, 2005
  • "Le Chant des paroxysmes", suivi de "La Nukaï", réédition, VLB Éditeur, Québec, 2005
  • "Quintes", "L'Ivre livre", "Sacre de la femme", "Discours contre les entraves", réédition, Denoël, collection « Des heures durant... », 2005
  • "Tectonique des femmes", Éditions Cadex, 2006
  • "Souvenirs d'immensité avec troubles de la vision", Éditions Arfuyen, 2007, publié à l'occasion de la remise du Prix de littérature francophone Jean Arp 2006
  • "Insolation de nuit", avec Pierre Alechinsky, La Pierre d'Alun, 2007
  • "Une philosophie à coups de rein", Denoël, 2008
  • "Des hallalis dans les alléluias", Denoël, 2009
  • "La Violencelliste", Denoël, 2011
  • "Un Cratère à cordes," Les évadés du Poème 2, 2013
  • "De l'Art Brut aux Beaux-Arts convulsifs", correspondance Jean Dubuffet/Marcel Moreau, L'Atelier contemporain, 2014
  • "Un Cratère à cordes", Lettres Vives, 2016

Davantages d'informations sur ces livres sur le portail Objectif Plumes (ici).


mardi 10 juillet 2018

DTPE 5 Le jour qui lia écriture et marche

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans, des récits, des essais et des BD. L'été, le temps de relire ou de se rattraper aussi.

Une image du premier écrit en marchant, fin des années 70. (c) Maelström.

Qui est Chantal Deltenre? Une écrivain, une ethnologue, une voyageuse, une marcheuse, une amoureuse des mots, une femme attentive à tout ce qui touche aux droits de l'homme. Tout cela,  et tout le reste. Car Chantal Deltenre écrit des romans, quatre à ce jour, publiés chez Maelström reEvolution, et des récits de voyage sous forme de "Miscellanées" chez Nevicata (en poche chez Pocket), un en solo ou deux en duo (voir plus bas). Elle est aussi ethnologue et réalise de nombreuses enquêtes sur le terrain, en Roumanie dans les années 1990, à Nouméa et dans les Hauts de Seine tout récemment. Elle a cofondé en 2000 l'association "Ethnologues en herbe" qui vise à faire entrer les sciences sociales à l'école primaire et défend la culture et de nombreuses causes solidaires.

Dans "Ecrire en marchant" (Maelström reEvolution, 130 pages), recueil en agréable format à l'italienne, Chantal Deltenre nous partage, toujours sous forme de miscellanées numérotées de 1 à 63 (textes et photos), ses recherches sur sa naissance à l'écriture. Elle, la Belge installée à Paris depuis la fin des années 1980, se souvient de ce jour où elle avait vingt ans et où elle décida d'arpenter son Pays des collines natal avec son nécessaire d'écriture. Non que ce jour ait signé son entrée en littérature - elle s'est faite vingt ans plus tard - mais elle le considère comme son rite de passage.

Dès les premières balises posées, la narratrice convoque souvenirs et traces de cette époque, photos, objets, qu'elle nous présente et commente à la fois comme écrivain et comme ethnologue. Avec une très grande sensibilité. Du coup, les premiers pas, la craie de tailleur, le père absent, la mère guère plus présente mais les grands-parents bienveillants, le missel et ses images pieuses, les premiers livres, le patois picard, le hameau, deviennent autant d'éléments de récit. Blessures, découvertes et plaisirs nous sont confiés dans ces brefs billets au ton alerte. Leur universalité les fait résonner en nous. Leur particularité permet d'élaborer le puzzle de Chantal Deltenre petite fille, femme, étudiante, journaliste, écrivain et ethnologue.

En refaisant ce premier chemin de marche et d'écriture, Chantal Deltenre observe tout ce qui apparaît devant ses pas, l'analyse et le commente, petits cailloux d'une autobiographie délicate et tremplins vers des trésors de phrases et d'émotions à picorer. Les interrogations à soi et au monde s'y succèdent et cette route prend la forme d'un pèlerinage à travers une nature que la marcheuse perçoit comme accueillante ou hostile. Le lecteur ne peut que glisser ses pas dans les siens, et partager ces mots merveilleux, ceux écrits en marchant, haïkus, souvenirs ou considérations d'aujourd'hui.

Aujourd'hui, Chantal Deltenre continue à écrire en marchant, dans des agendas, des bloc-notes et des carnets qui sont conservés "dans une caisse à couvercle coulissant", nous apprend-elle. A ceux-là s'ajoutent ceux qu'elle publie sur son blog, intitulé... "Ecrire en marchant" (ici).


Les dernières publications de Chantal Deltenre

romans (chez Maelström)
"La forêt-mémoire" (2016), "La Maison de l'âme" (2010), "La Cérémonie des poupées" (2005) et "La Plus que mère" (2003)


voyages (chez Nevicata)
"Inde, Miscellanées" (2016), "Voyage, Miscellanées" avec Daniel De Bruycker (2014) et "Japon, Miscellanées"  avec Maximilien Dauber (2011)





Sans oublier
DTPE 1: "Moria" de Marie Doutrepont (récit, 180° éditions)
DTPE 2: "The t'Serstevens collection" (photos, Husson éditeur/IRPA)
DTPE 3: "La maison à droite de celle de ma grand-mère" de Michaël Uras (roman, Préludes)
DTPE 4: "Le passé définitif" de Jean-Daniel Verhaeghe (roman, Serge Safran éditeur)


lundi 9 mai 2016

Isabelle Wéry pour la dernière des soirées Portées-Portraits de la saison ce lundi soir


Il fait beau, il fait chaud, c'est le moment idéal pour découvrir ce lundi 9 mai dès 19 heures le petit jardin de la Maison Autrique en ouverture de la dernière soirée Portées-Portraits de la saison (pour rappel: lecture en musique par des acteurs). Ce sera rock à souhait puisque l'auteur contemporain accueilli aujourd'hui sera la Belge Isabelle Wéry, accompagnée de sa "Marilyn désossée" (Maelström, 180 pages, 2013), prix de la littérature de l'Union europénne 2013.

Isabelle Wéry. (c) Alice Piemme.
De son dernier roman en date, la Liégeoise écrit:

"J'aime trop la langue.
Celle aux 18 muscles.
Je la veux contorsionniste.
Qu'elle parle un français animal.
Qu'elle claque aux oreilles, moite et sauvage.
Et que les mots flaquent du stylo.
Comme un alcool de corps.
Oui, l’écriture, comme un alcool de corps."

En effet, physiquement, la langue est capable de mille prouesses et certains logopèdes spécialisés dans ce domaine en font entrevoir les merveilles. Et littérairement, elle est encore capable de bien plus. Isabelle Wéry reprend à propos de "Marilyn désossée": "Je crois que j'ai écrit un road-movie traversant la vie d'une fille, Marilyn Turkey, qui aimerait bien être et homme et femme, puis animaux et quelque chose de végétation."

On peut avoir un aperçu de son livre ici.

C'est donc un OLNI (objet littéraire non identifié) qui clôture la saison de ces soirées littéraires orchestrées par Geneviève Damas. Ce soir, des extraits percutants du texte d'Isabelle Wéry, présente dès 19 heures pour une rencontre avec le public, seront lus par Audrey d'Hulstère accompagnée par Sarah Dupriez au violoncelle. La mise en voix sera assurée par  Emmanuel Dekoninck.

La lecture sera suivie de l'annonce de la saison prochaine et du verre traditionnel.

Infos pratiques

Lundi 9 mai 2016 à 20 h 15
Maison Autrique, chaussée de Haecht, 266 à 1030 Bruxelles.
8 € (qui vous donne l’occasion de visiter toute la maison)
renseignements et réservation conseillée : 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com