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mercredi 5 novembre 2025

Le prix Médicis à Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère. (c) Hélène Bamberger/P.O.L.

On pouvait s'en douter après son échec au prix Goncourt hier (lire ici). Emmanuel Carrère a reçu ce mercredi 5 novembre le prix Médicis pour "Kolkhoze" (P.O.L., 560 pages, 538 grammes), l'autre poids lourd de la rentrée littéraire. Un prix de consolation? Il été choisi au premier tour de scrutin, par cinq voix contre deux à Laura Vazquez ("Les Forces", éditions du Sous-Sol), déjà lauréate du prix Décembre (lire ici) et une pour Kevin Orr ("Laure", Seuil). Les autres finalistes étaient Laurent Mauvignier ("La Maison vide", Minuit), Goncourt 2025 (lire ici), Marie Richeux ("Officier radio", Sabine Wespieser), Anne Serre ("Vertu et Rosalinde", Mercure de France) et Julia Sintzen ("Sporen" Corti).

Avec "Kolkhoze", Emmanuel Carrère signe un livre hommage à sa mère Hélène Carrère d'Encausse, décédée le 5 août 2023 et brasse l'Histoire sur quatre générations.
 
Présentation de l'éditeur: "Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, un jeune bourgeois bordelais rencontre une jeune fille pauvre, apatride, fille d'une aristocrate germano-russe ruinée et d'un Géorgien bipolaire, disparu et certainement fusillé à la Libération. Il devine, en l'épousant, qu'il s'engage dans tout autre chose que l'union paisible avec la jeune bourgeoise bordelaise à laquelle il était promis. Mais il n'imagine pas à quel point, ni quel destin romanesque et quelle somme d'épreuves l'attendent au cours des soixante-et-onze ans de son mariage avec Hélène Zourabichvili, qui deviendra sous son nom à lui, Carrère d'Encausse, spécialiste internationalement reconnue de la Russie (mais aussi de l'épizootie du mouton en Ouzbékistan), familière du Kremlin et de ses maîtres successifs, secrétaire perpétuelle de l'Académie française, ni qu'avant de mourir lui-même - "147 jours après elle et, à mon avis, de chagrin", écrit Emmanuel Carrère - il assistera, dans la cour des Invalides, à ses funérailles nationales.

"Kolkhoze" est le roman vrai d'une famille sur quatre générations, qui couvre plus d'un siècle d'histoire, russe et française, jusqu'à la guerre en Ukraine. Emmanuel Carrère s'en empare personnellement, avec un art consommé de la narration qui parvient à faire de leur histoire notre histoire. Tout en plongeant dans les archives de son père, passionné par la généalogie familiale. On traverse la révolution bolchévique, l'exil en Europe des Russes blancs, deux guerres mondiales, l'effondrement du bloc soviétique, la Russie impériale de Poutine et ses guerres, tout en pénétrant dans une saga familiale à la fois follement romanesque, tragique, aux destins prestigieux ou plus modestes, parfois sombres et tourmentés. Ce grand récit familial et historique, qui mêle souvenirs poignants, rebondissements, secrets de famille, anecdotes inattendues et géopolitique, est aussi un texte intime sur la vie et la mort des siens, et sur l'amour filial. Jusqu'à cet aveu: "Vient un moment, toujours, où on ne sait plus qui on a devant soi – et je ne le sais pas moi-même. Ou plutôt si, je le sais, je le sais très bien: je suis le visage de ma mère qui se détourne sans appel, je suis la détresse sans fond de mon père.""
 
C'est la Britannique Nina Allan qui reçoit le prix Médicis étranger pour "Les Bons Voisins" (traduit de l'anglais (UK) par Bernard Sigaud, Tristram). Un roman noir d'investigation où l'on suit l'enquête menée par Shirley pour éclairer, dans l'île de Bute, l'assassinat, vingt ans auparavant de son amie Susan Craigie et de sa famille.
 
 
Un prix spécial du jury  a été attribué au Hongrois Péter Nádas pour "Ce qui luit dans les ténèbres, Souvenirs de la vie d’un narrateur" (traduit du hongrois par Sophie Aude, Noir sur Blanc, 1178 pages, 1.245 grammes). Un livre autobiographique.


Quant au prix Médicis essai, il va à Fabrice Gabriel pour "Au cinéma Central" (Mercure de France, 160 pages). 
Présentation par l'auteur: "Le centre du monde s'appelle le Central: c'est à cette place que je m'installe, une place en corbeille, au deuxième rang derrière la petite rambarde de fer forgé marquant la frontière avec le parquet, dans cette salle aujourd'hui disparue. J'y ai vécu, et continue peut-être d'y vivre, l'imagination n'en étant pas morte, les moments les plus heureux de mon enfance, de mon adolescence aussi."



Jury: Marianne Alphant, Michel Braudeau, Marie Darrieusecq, Dominique Fernandez, Anne Garreta, Patrick Grainville, Andreï Makine, Pascale Roze et Alain Veinstein.

lundi 10 mars 2025

Le palmarès 2024 de l'Académie belge, l'ARLLFB

Les lauréats 2024: Jeanne Pham Tran, Merlin Vervaet, Deborah Danblon, Marie Borel,
Emmanuel Dongala, Pierre Piret, Caroline Boulord, Grégoire Polet
et Jack Kéguenne. (c) ARLLFB.
 
L'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB) a remis neuf prix littéraires 2024 ce samedi 8 mars. Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'institution, a d'abord rappelé les noms de deux de ses membre, récemment disparus, Michel del Castillo, élu le 12 avril 1997 et mort le 17 décembre 2024, Pierre Mertens, élu le 11 février 1989 et décédé 19 janvier 2025. Il a eu un mot aussi pour l'écrivain Boualem Sansal, arrêté et emprisonné à Alger le 16 novembre 2024.
 
L'officiant a ensuite annoncé la couleur: quinze minutes par prix, réparties entre proclamation par lui-même du/de la lauréat.e, lecture d'un extrait du livre primé et conversation avec le/la lauréat.e. Venus de Belgique, de France ou de Suisse, les neuf auteurs récompensés étaient tous présents à Bruxelles en ce matin ensoleillé. Tout a bien commencé avec Grégoire Polet, Grand prix du roman pour "Pax" (Gallimard). Mais ensuite... Lectures très théâtralisées, intervieweurs extrêmement diserts, répétant parfois ce qui venait d'être dit. Quand on a la chance d'avoir neuf lauréats de prix importants à disposition, on aimerait que l'occasion soit donnée au public - venu nombreux - de bien les entendre pour mieux les connaître. Encore faut-il leur laisser l'occasion de s'exprimer. Dommage. La séance m'aura toutefois appris que maintenant, je peux dire "J'ai eu venu à la remise des prix", en utilisant un passé surcomposé dont j'ignorais l'existence et qui a été mis à l'honneur dans le prix de  linguistique.
 
Palmarès
 
Grand prix du roman
Ce prix annuel est doté de 1500 €. Il récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).

Le prix est décerné à Grégoire Polet pour "Pax" (Gallimard, 2024, 448 pages). Un récit virevoltant autour de la conférence de la paix organisée en 1919 par le président Wilson.
"J'ai abordé la perméabilité entre le présent et le reste du temps".

 
 
 
 
Grand prix de l'essai
Ce prix biennal est doté de 1500 €. Il récompense l'auteur belge d'un essai. Les domaines concernés sont: la philosophie, l'histoire, la sociologie, la spiritualité, la religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts. 
 
Le prix est attribué à Pierre Piret pour "Le chant du signe. Dramaturgie expérimentale de l'entre-deux-guerres" (Circé, 2024, 210 pages). Analyse détaillée de sept auteurs de théâtre de l'entre-deux-guerres (les Belges Crommelynck, Ghelderode et Soumagne et les Français Apollinaire, Claudel, Cocteau, Vitrac).
 

 
 
 
 
 
Prix international de littérature française
Ce prix international, doté de 2000 €, récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur âgé de moins de 50 ans. Le prix 2024 est attribué à un roman.

Le prix est attribué à l'unanimité du jury à Jeanne Pham Tran pour "De rage et de lumière" (Mercure de France, 2023, 216 pages). Des liens invisibles se créent entre trois "héros" aux yeux de la romancière, Jack Preger, médecin des rues de Calcutta, sa mère qui s'est battue pendant 7 ans contre un cancer et la narratrice.
"La rage, ce peut être la colère mais cela peut aussi être la rage de vivre."
 
 
 
Grand prix des arts du spectacle
Prix annuel doté de 1500 €, le grand prix des arts du spectacle récompense du théâtre, mais aussi éventuellement: scénario de cinéma ou de télévision, seul en scène, etc.

Le prix récompense Merlin Vervaet pour "Le groupe de l'Ouest lointain" (Lansman, 2024, 76 pages). Une écriture théâtrale renouvelée qui oublie le dialogue au profit de la narration à la troisième personne. Une narration déjantée et drôle qui dézingue la société.
"Je me suis beaucoup documenté. J'ai entre autres lu le journal de bord du Belgica."  
 
 
 
 
Grand prix de linguistique et de philologie
Doté de 1500 €, ce prix récompense l'auteur ou autrice, belge ou étranger écrivant en langue française, d'un essai. Ce prix est réservé à la linguistique en tant que théorie du langage, et à la philologie comme étude de la langue, analyse de textes littéraires, etc. Il exclut donc l'Histoire de la littérature, des idées, des mentalités et des courants littéraires qui font l’objet d'un prix distinct et biennal lui aussi.

Le prix va à Marine Borel pour "Les formes verbales surcomposées en français" (Peter Lang, 2024, 662 pages, téléchargement gratuit sur le site de la maison d'édition, ici), présentant 7500 exemples de formes verbales surcomposées en français. Un temps inconnu de la plupart des personnes présentes dans l'auditoire Albert 1er de l'Académie, qui permet des phrases comme "Tu as eu venu à la remise des prix", bien plus fort que "Tu es venu à la remise des prix" et explique pourquoi.
 
Un charmant accent suisse qui n'a guère eu l'occasion de s'exprimer tant son interlocuteur a pris du temps imparti.


Grand prix de poésie
Annuel et doté de 1500 €, ce prix récompense un poète belge pour l’ensemble d’une œuvre ou un recueil remarquable.

Le prix est attribué à Jack Keguenne pour "À la lanterne" (éditions Edern, 2024, 244 pages), recueil de textes poétiques écrits il y a cinq ans pendant le confinement.
"Tous les poèmes sont dédiés à une personne suite à un événement ou un échange avec quelqu'un. Ils sont lisibles par tout le monde mais offrent un bonus à la personne à laquelle ils sont dédiés et pour moi."
 
 
Prix André Gascht
Ce prix biennal récompense une personnalité du monde de la critique (presse, radio, télévision, internet, etc.), en activité dans l’année où le prix est décerné ou pour son rôle éminent dans la critique.

Le prix va à Deborah Danblon pour l'ensemble de son travail. 
"Il y a les flèches et les couteaux suisses. Moi je suis un couteau suisse.

 
 
 
 
 
 
Prix Découverte
Le prix Découverte récompense une œuvre littéraire (principalement un recueil de poésie, mais également un roman ou une pièce de théâtre) d’un auteur belge, prioritairement, âgé de moins de quarante ans. Ce prix peut être attribué sur manuscrit.

Le prix Découverte est attribué à Caroline Boulord pour "Les nuits filantes" (L'arbre à paroles, 2024, 86 pages). Le mélange de la joie sans borne d'une mère observant son premier enfant et une forme de mélancolie qui en serait indissociable.
"Ma question est: qu'est-ce qui nous anime? Comment passer de l'inanimé à l'animé?"

 
 
 
Prix Nessim Habif
Biennal, ce prix récompense une personnalité, issue de la francophonie hors de France, pour une œuvre importante et de qualité écrite en langue française.

Le prix récompense Emmanuel Dongala, écrivain et chimiste, pour l'ensemble de son œuvre. Notamment "Un fusil dans la main, un poème dans la poche" (Albin Michel, 1973, roman), "Jazz et vin de palme" (Hatier, 1982, recueil de nouvelles), "Le Premier Matin du monde" (pièce de théâtre, 1984) , "Le Feu des origines" (Albin Michel, 1987, roman), "Photo de groupe au bord du fleuve" (Actes Sud, 2010, roman), "La sonate à Bridgetower" (Actes Sud, 2017).
 
Né le 14 juillet 1941 à Alindao (République centrafricaine) d'un père congolais et d'une mère centrafricaine, Emmanuel Boundzéki Dongala passe son enfance et son adolescence en République populaire du Congo, puis fait ses études aux Etats-Unis et en France, avant d'enseigner la chimie à l'Université de Brazzaville. Longtemps animateur d'un théâtre , il doit quitter le Congo lors de la guerre civile de 1997. Il trouve refuge aux Etats-Unis, où il enseigne à la fois la littérature francophone et la chimie.
"Mon travail de romancier est de dévoiler la beauté du monde qui se cache. Le romancier ne regarde pas le monde comme le journaliste ou le statisticien. Le romancier donne la dimension humaine du monde."

 
 
 

mardi 7 septembre 2021

Seize titres en lice pour le Goncourt 2021

L'Académie Goncourt.

Les membres de l'académie Goncourt ont révélé, ce mardi 7 septembre, leur première sélection. Celle qui servira au prix Goncourt des lycéens, celle qui sera resserrée pour le Goncourt les 5 et 26 octobre. Celle dont le lauréat/la lauréate sera connu/e le 3 novembre.
Elle se compose de seize titres (trois Grasset, deux Gallimard), dont sept ont été écrits par des femmes. Seize titres dont plusieurs étaient faciles à deviner. 

L'académie Goncourt
Didier Decoin (président), Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel et Pierre Assouline.

Première sélection
Christine Angot, "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Anne Berest, "La carte postale" (Grasset)
Sorj Chalandon, "Enfant de salaud" (Grasset)
Louis-Philippe Dalambert, "Milwaukee Blues" (Sabine Wespieser)
Agnès Desarthe, "L'éternel fiancé" (L'Olivier)
David Diop, "La porte du voyage sans retour" (Seuil)
Clara Dupont-Monod, "S'adapter" (Stock)
Elsa Fottorino, "Parle tout bas" (Mercure de France)
Patrice Franchesci, "S'il n'en reste qu'une" (Grasset)
Lilia Hassaine "Soleil amer" (Gallimard)
Philippe Jaenada, "Au printemps des monstres" (Mialet-Barrault)
François Noudelmann, "Les enfants de Cadillac" (Gallimard)
Maria Pourchet, "Feu" (Fayard)
Abel Quentin, "Le voyant d'Étampes" (L'Observatoire)
Mohamed Mbougar Sarr, "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)
Tanguy Viel, "La fille qu'on appelle" (Minuit)


vendredi 9 octobre 2020

Derrière "Les passantes" de Michèle Gazier, Esther

Michèle Gazier. (c) Pascal Vienot.

Passeuse de la littérature espagnole qu'elle a largement contribué à faire connaître en français grâce à ses traductions d'auteurs espagnols marquants, Manuel Vasquez Montalban par exemple, ancienne critique littéraire aux rédactions de "Libération" et de "Télérama", éditrice aux Editions des Busclats qu'elle a cofondées en 2010 avec Marie-Claude Char, essayiste réfléchissant à la littérature, Michèle Gazier est aussi une formidable romancière, près d'une trentaine de titres, à la jolie voix. Une voix fluette dans le grand barouf du monde de l'édition, mais une voix précieuse et juste qui récompense merveilleusement ses lecteurs (lire ici). 


"Les passantes"
, le nouveau roman de Michèle Gazier (Mercure de France, 176 pages), est un livre merveilleux et bouleversant dont les protagonistes sont les quatre infirmières et l'infirmier d'un cabinet médical à Montpellier. Les passantes sont ces femmes en grande majorité qui vont de logement en logement, soigner, écouter, apaiser quand c'est possible. Apporter un peu de chaleur humaine. Des infirmières, sans lien avec la crise sanitaire que nous vivons mais en résonnance, comme souvent chez la romancière, avec des événements personnels. Surtout que le sujet de ce roman choral n'est pas uniquement là.

"La fréquentation quotidienne de femmes infirmières à domicile avec lesquelles j'échange beaucoup ", m'écrit Michèle Gazier, "m'a donné envie de parler d'elles. Quant au personnage d'Esther, c'est une autre histoire, un autre temps. Conjuguer les deux m'a semblé une manière possible d'évoquer les unes et l'autre."

"Les passantes" proposent les voix successives et en alternance de Madeleine, la responsable du cabinet médical de province, Léonor qui remplace sa nièce Evelyne le temps de son congé de maternité, Lilas qui connaît Simon, le fils de Madeleine installé à Paris, sans oublier différents longs passages en italiques, moments du passé racontant une histoire que veulent oublier ceux qui la connaissent et la découvrir ceux qui l'ignorent. Car tous sentent que ces mystères sont au centre du mal être d'une de leurs nouvelles patientes, une sexagénaire diabétique arrivée depuis peu en ville.

Qui est cette Madame Prat? Esther est-il son vrai prénom? D'où vient-elle? Que cache-t-elle? Que sait-elle? Michèle Gazier nous entraîne dans un puzzle vertigineux, un écheveau bien serré dont elle tire successivement les brins avec une dextérité littéraire extrême et une empathie magnifique pour ses personnages. "Les passantes" est une histoire tragique déchirante, splendidement contée par ces quatre voix dont celle d'un mystérieux dossier qui arrive par la poste. Une enquête sur un destin hors du commun et douloureux, des interrogations sur ce qui peut nous bouleverser chez une personne qu'on ne connaît pas, sur les attirances et les antipathies naturelles. La romancière nous fait partager ses personnages, Esther bien sûr et le quotidien, les rêves et les détresses de ses passantes, témoins obligés de ce que l'humanité a de meilleur et de pire. De son écriture précise, elle dissèque jusqu'à la finale poignante ces femmes et ces hommes embarqués par hasard dans une tragédie d'hier qui a encore des répercussions aujourd'hui et qui les incite à s'interroger sur eux-mêmes, tout comme le lecteur. Ai-je besoin d'être aimé(e)?

Pour lire en ligne le début des "Passantes", c'est ici.


jeudi 18 octobre 2018

Pierre Guyotat, lauréat du Prix de la langue française 2018

Pierre Guyotat. (c) J.-F. Paga.

S'il y a bien un prix qui a toujours résonné agréablement à mes oreilles, c'est celui de la langue française. Autant pour son intitulé cher à mon cœur que pour ses lauréats, choisis pour être une "personnalité du monde littéraire, artistique ou scientifique dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française". La distinction, dotée de 10.000 euros, a été créée en 1986 par la ville de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) et y est officiellement remise durant la Foire du livre de novembre.

Ce mercredi 17 octobre, le jury du prix, composé d'académiciens français, d'académiciens Goncourt, de journalistes et d'écrivains (Tahar Ben Jelloun, Dominique Bona, Hélène Carrère d'Encausse, Paule Constant, Franz-Olivier Giesbert, Paula Jacques, Dany Laferrière, Alain Mabanckou, Jean-Noël Pancrazi, Bernard Pivot, Patrick Rambaud, Jean-Christophe Rufin et Danièle Sallenave), a désigné Pierre Guyotat comme lauréat du Prix de la langue française 2018. L'écrivain recevra son prix à Brive le vendredi 9 novembre à 18 heures.

Né en 1940 à Bourg-Argental (Loire), Pierre Guyotat construit depuis "Tombeau pour cinq cent mille soldats" (Gallimard, 1967) une des œuvres majeures de la littérature française. Auteur de récits, d'essais, de poésie, de livres politiques très marqués par la guerre d'Algérie, Pierre Guyotat est un écrivain qui poursuit inlassablement sa recherche sur la puissance des mots et la langue. Il est aussi l'auteur de dessins qui sont régulièrement exposés.

Publié habituellement chez Gallimard, parfois au Mercure de France, au Seuil, chez Léo Scheer, Pierre Guyotat vient de faire paraître chez Grasset un roman autobiographique, "Idiotie", où il revient sur ses années 1958 à 1962. Quand il a eu dix-huit ans, est entré dans l'âge adulte, s'est intéressé au corps féminin, est arrivé à Paris, venant de Lyon, un an après le décès de sa mère, d'origine polonaise. Tout était déjà là, l'écriture, la peinture, sa famille dévastée par la guerre, l'Algérie où il est appelé en 1960, arrêté et transféré dans un centre disciplinaire deux ans plus tard avant de revenir à Paris, ses rebellions et ses amitiés. Et la langue qu'il utilise évidemment magnifique.

Pour feuilleter en ligne le début d'"Idiotie", c'est ici.


Les lauréats précédents

2017 Jean-Luc Coatalem
2016 Philippe Forest
2015 Mona Ozouf
2014 Hélène Cixous
2013 Jean Rolin
2012 Vassilis Alexakis
2011 Emmanuel Carrère
2010 Alain Veinstein
2009 Jean-Paul Kauffmann
2008 Annie Ernaux
2007 Pierre Assouline
2006 Christiane Singer
2005 Jean-Pierre de Beaumarchais
2004 Gilles Lapouge
2003 Dominique de Villepin
2002 Michel Chaillou
2001 Philippe Beaussant
2000 Bernard Pivot
1999 Jacques Chessex
1998 Marcel Schneider
1997 Francois Weyergans
1996 René de Obaldia
1995 non remis
1994 Hector Bianciotti
1993 Alain Rey
1992 Alain Bosquet
1991 Pascal Quignard
1990 Yves Berger
1989 Michel Jobert
1988 André Lichnerowicz
1987 Jacqueline de Romilly
1986 Jean Tardieu


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À quelques jours de la proclamation des grands Prix d’automne, la Foire du livre de Brive – organisée par la Ville de Brive avec le
soutien du Centre national du Livre (Ministère de la Culture), de la région Nouvelle-Aquitaine et du Département de la Corrèze – est
le rendez-vous incontournable de la rentrée littéraire tant pour le public que pour les éditeurs et les auteurs. Depuis 1981, tous les
ans, plus de 300 écrivains y sont accueillis pour présenter leurs derniers ouvrages. En complément des nombreuses séances de
dédicaces, un programme dense de rencontres littéraires, forums et lectures est proposé aux visiteurs de la manifestation.

vendredi 12 octobre 2018

Le Nobel de littérature alternatif à Maryse Condé

Maryse Condé.

C'est donc la romancière guadeloupéenne Maryse Condé (née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre) qui remporte le New Academy Prize in Literature, Nobel alternatif créé pour pallier l'absence de prix Nobel de littérature cette année (lire ici). Il y restait trois candidats, après le retrait de Haruki Murakami (lire ici): elle, publiée chez JC Lattès au Mercure de France et chez Robert Laffont, Neil Gaiman et Kim Thúy (lire ici). Enchantée je suis car c'était aussi mon choix 😊

Le prix a été créé par la journaliste suédoise Alexandra Pascalidou dans le but de décerner un prix international de littérature puisque le prix Nobel de littérature 2018 ne sera pas décerné (lire ici). La Nouvelle Académie prévoit de se dissoudre en décembre 2018.

Il est doté d'un million de couronnes suédoises (quasiment 100.000 euros). La lauréate sera présenté) lors d'un événement officiel le 9 décembre 2018.










vendredi 1 juillet 2016

DTPE 2: cinq femmes et un soutien-gorge

De tout pour l'été, DTPE.
L'été, le temps de lire, du lourd et du léger, du français et de l'étranger, des romans et des récits. L'été, le temps de relire aussi.

Pilar Pujadas.


"Cœur Croisé"... Pas étonnant que j'aie l'impression d'avoir toujours connu ce mot: le célèbre soutien-gorge à élastiques croisés a été créé il y a plus de soixante ans... Il donne aujourd'hui son nom à un beau petit roman de Pilar Pujadas (Mercure de France, 135 pages), née à Barcelone en 1960 mais résidant à Bruxelles depuis de nombreuses années. Ce premier roman est son second livre, après l'abécédaire illustré par Mélanie Rutten "J'aime trop l'amour" dans la collection "Soit dit entre nous..." des Escales des lettres du Castor Astral (2014).

Statique, abandonné sur la table de nuit de la chambre à coucher, le "Cœur Croisé" rouge est néanmoins au centre de l'intrique. Cinq femmes vont successivement l'y voir, s'en étonner ou pas, et raconter leur histoire. Au début, on pourrait croire qu'il s'agit de cinq nouvelles car la romancière n'en dit pas trop. Mais le livre achevé, le lecteur réalise qu'il s'agit bien d'un roman unique qu'il aura pris plaisir à reconstituer. Il aura alors asssemblé l'histoire de ces femmes autour de Laurent et entendu ce dernier terminer le récit.

On rencontre donc successivement Déborah la femme de ménage, Marie-France la mère, Muriel la voisine, Eve l'ex et Béatrice la nouvelle. Elles se connaissent de près ou de loin. Chacune se rend dans l'appartement qui devrait être inoccupé pour une bonne ou une mauvaise raison. Chacune raconte un bout de son passé en relation avec le soutien-gorge écarlate, en lien ou non avec Laurent. Chacune incite le lecteur à aller dans une voie alors que la suivante lui fait revoir son jugement. Pilar Pujadas raconte des petits bouts de vies de femmes, croise leurs histoires d'amour, tresse leurs rêves et leurs espoirs avec la réalité. C'est joliment assemblé, bien écrit et plein de surprises à découvrir. Un beau petit roman qui donne du glamour à ces soutiens-gorges forcément datés.

Rappel
DTPE 1: "Le Roi René", René Urtreger par Agnès Desarthe (Odile Jacob).



mardi 8 décembre 2015

"Vera" de Jean-Pierre Orban encore primée



Encore un prix pour la jeune "Vera" (Mercure de France, 2014)  et son auteur, le Belge Jean-Pierre Orban et pas n'importe lequel! Le prix du Livre européen catégorie roman, le neuvième du genre. J'ai déjà évoqué ce magnifique  premier roman à plusieurs reprises, lire ici, ici et ici. Du côté de l'essai, c'est l'Autrichien  qui a été choisi pour son livre "Un messager pour l'Europe" traduit en français par Dominique Venard (Buchet-Chastel, 2015) mais paru à Vienne en 2012.

Créé en 2007, le prix du Livre européen récompense chaque année un roman et un essai exprimant une vision positive de l'Europe. Les auteurs des deux ouvrages doivent être des écrivains contemporains et être originaires de pays membres de l’Union Européenne. Les deux lauréats reçoivent chacun la somme de 10 000 euros.

Les deux auteurs reçoivent leur prix ce mardi 8 décembre 2015 au Parlement européen de Bruxelles, des mains d'Erri de Luca, qui  a présidé le jury 2015 et écrit un superbe texte sur l'île de Lampedusa, en présence de la maire de cette dernière, Giusi Nicolini.

Voici ce texte (en ligne, ici).





lundi 23 novembre 2015

Jean-Pierre Orban ce soir à la Maison Autrique

Oui, non? Comme toutes les manifestations culturelles de ces jours-ci à Bruxelles, la soirée "Portées-Portraits" de l'asbl Albertine prévue ce lundi 23 novembre est passée par tous les stades de l'indécision au cours de ce week-end.
Pour le moment, la balance penche du côté d'organiser la lecture musicale et je m'en réjouis.

DONC ce soir, lundi 23 novembre, Jean-Pierre Orban sera à la Maison Autrique (266 chaussée de Haecht, 1030 Bruxelles) pour une lecture en musique de larges extraits de "Vera" (Mercure de France, 266 pages, 2014, lire ICI), son superbe premier roman, récompensé par le prix du Premier roman 2014 (lire ici). Le roman d'une jeune Italienne de Londres découvrant le fascisme dans les années 30. Une histoire d'endoctrinement d'hier qui résonne plus fort en regard de l'actualité à Paris et à Bruxelles.

Jean-Pierre Orban.
Programme:
A 19 heures, rencontre avec Jean-Pierre Orban
A 20h15, lecture par Candy Saulnier, accompagnée à la contrebasse par Vincent Noiret dans une mise en voix de Sandrine Bonjean.
A l'issue de la lecture, verre de l'amitié avec l'auteur et les artistes de la soirée. Prix des places : 8 euros (donnant l'occasion de visiter toute la maison)
Renseignements et réservation conseillée: 02/245.51.87 ou albertineasbl@gmail.com





mardi 6 octobre 2015

Et le Renaudot fait aussi un grand ménage


Bing, le jury du prix Renaudot ne conserve que neuf romans français dans sa deuxième liste qu'il vient de communiquer ce mardi 6 octobre, sur les dix-huit initiaux, et limite son choix d'essais à six dont deux nouveaux.

Rebing, il élimine "2084" de Boualem Sansal, ultra favori cette saison.

Le prix sera remis le mardi 3 novembre et une troisième sélection établie le 27 octobre à l'hôtel de Massa à Paris.

Les sélections
Romans
  • Yves Bichet, "L'Eté contraire" (Mercure de France)
  • Laurent Binet, "La septième fonction du langage" (Grasset)
  • Christophe Boltanski, "La Cache" (Stock)
  • Charles Dantzig, "Histoire de l'amour et de la haine" (Grasset)
  • Agnès Desarthe, "Ce cœur changeant" ( L'Olivier)
  • Delphine De Vigan, "D'après une histoire vraie" (JC Lattès)
  • Fabrice Guénier, "Ann" ( Gallimard)
  • Eric Holder, "La Saison des bijoux" (Seuil)
  • Philippe Jaenada, "La petite femelle" (Julliard)
  • Aram Kebabdjian, "Les Désœuvrés" (Seuil)
  • Arnaud Leguern, "Adieu aux espadrilles" (Le Rocher)
  • Jérôme Leroy, "Jugan" (La Table ronde)
  • Simon Liberati, "Eva" (Stock)
  • Charif Majdalani, "Villa des femmes" (Seuil)
  • Frank Maubert, "Les Uns contre les autres" (Fayard)
  • Patrick Roegiers, "L'autre Simenon" (Grasset)
  • Boualem Sansal, "2084" (Gallimard)
  • Alice Zeniter, "Juste avant l'oubli" (Flammarion)

Essais
  • Pierre Adrian, "La Piste Pasolini" (Les Equateurs)
  • Patrick Besnier, "Henry de Régnier" (Fayard)
  • Serge Bramly, "La Transparence et le reflet" (JC Lattès)
  • Sony Labou Tansi, "Encre, sueur, salive et sang" (Seuil)
  • Frédéric Pajak, "Manifeste incertain 4" (Noir sur blanc)
  • Judith Perrignon, "Victor Hugo est mort" (L'Iconoclaste)
  • Jean-Michel Ribes, "1001 morceaux" (L'Iconoclaste)
  • Gilles Sebhan, "Retour à Duvert" (Le Dilettante)
  • (ajout) Didier Blonde, "Leila Mali" (Gallimard)
  • (ajout) Philippe Forest, "Aragon" (Gallimard)

Les autres sélections

Goncourt et Goncourt des lycéens, ici et ici
Wepler, ici
Renaudot, ici et ici
Médicis, ici

Décembre, ici
Jean Giono, ici
Flore, ici
Femina, ici et ici
Grand Prix du roman de l'Académie française, ici
Interallié, ici 
Grand Prix de littérature américaine, ici




mardi 8 septembre 2015

Premières sélections pour le prix Renaudot


On l'aurait oublié, on serait vite rappelé à l'ordre! La saison des prix littéraires a bel et bien commencé et les annonces de sélections vont se succéder à bon rythme au cours des prochaines semaines. Jusqu'aux finales de la fin octobre et surtout du début du mois de novembre. Le 3 en ce qui concerne le prix Renaudot, chez Drouant, dans une salle voisine de celle qui accueille les jurés du prix Goncourt; le prix Renaudot qui vient de communiquer ses premières sélections ce mardi soir, dix-huit romans et huit essais.

Panier plein pour Grasset, absent actuellement de la liste Goncourt, avec trois romans. Pareil pour le Seuil, Gallimard et Stock en ayant deux chacun. Et la présence de trois romancières dans les dix-huit livres retenus, dont Delphine de Vigan, également en lice pour le Goncourt - tout comme Boualem Sansal et Simon Liberati.

Romans
  • Yves Bichet, "L'Eté contraire" (Mercure de France)
  • Laurent Binet, "La septième fonction du langage" (Grasset)
  • Christophe Boltanski, "La Cache" (Stock)
  • Charles Dantzig, "Histoire de l'amour et de la haine" (Grasset)
  • Agnès Desarthe, "Ce cœur changeant" ( L'Olivier)
  • Delphine De Vigan, "D'après une histoire vraie" (JC Lattès)
  • Fabrice Guénier, "Ann" ( Gallimard)
  • Eric Holder, "La Saison des bijoux" (Seuil)
  • Philippe Jaenada, "La petite femelle" (Julliard)
  • Aram Kebabdjian, "Les Désœuvrés" (Seuil)
  • Arnaud Leguern, "Adieu aux espadrilles" (Le Rocher)
  • Jérôme Leroy, "Jugan" (La Table ronde)
  • Simon Liberati, "Eva" (Stock)
  • Cherif Madjalani, "Villa des femmes" (Seuil)
  • Frank Maubert, "Les Uns contre les autres" (Fayard)
  • Patrick Roegiers, "L'autre Simenon" (Grasset)
  • Boualem Sansal, "2084" (Gallimard)
  • Alice Zeniter, "Juste avant l'oubli" (Flammarion)

Essais
  • Pierre Adrian, "La Piste Pasolini" (Les Equateurs)
  • Patrick Besnier, "Henry de Régnier" (Fayard)
  • Serge Bramly, "La Transparence et le reflet" (JC Lattès)
  • Sony Labou Tansi, "Encre, sueur, salive et sang" (Seuil)
  • Frédéric Pajak, "Manifeste incertain 4" (Noir sur blanc)
  • Judith Perrignon, "Victor Hugo est mort" (L'Iconoclaste)
  • Jean-Michel Ribes, "1001 morceaux" (L'Iconoclaste)
  • Gilles Sebhan, "Retour à Duvert" (Le Dilettante)

Les deux prochaines sélections auront lieu les 6 et 27 octobre.

Le jury du Renaudot, présidé cette année par Jean-Noël Pancrazi, se compose de Patrick Besson, Dominique Bona, Frédéric Beigbeder, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jérôme Garcin, Louis Gardel, Franz-Olivier Giesbert, Christian Giudicelli et Jean-Marie Gustave Le Clézio.









lundi 7 septembre 2015

Les douze livres sélectionnés par le prix Wepler


Souvent un peu à côté des lignes des autres prix, épris de liberté et d'inventivité,  le prix Wepler-Fondation la Poste 2015 vient de révéler les douze titres retenus pour sa 18e édition.

Rappelons qu'il a été créé en 1998 par la librairie des Abbesses (Paris 18e), émanation de la librairie indépendante. Il est né de deux constats: le sentiment d'étouffer dans le jeu parfois trop prévisible des rentrées littéraires et l'existence de grands auteurs parfois méconnus, peu lus du public.

Le Prix est doté de 10.000 euros,  une somme de 3.000 euros allant à la mention spéciale accordée à un livre se distinguant par son caractère inclassable.

Il a pour partenaires la Fondation La Poste, mécène français, et la brasserie Wepler, reine de la Place Clichy. Organisé par Marie-Rose Guarniéri, à la tête de la librairie des Abbesses, autour d'un jury tournant composé de professionnels et de lecteurs, il réaffirme "son indépendance, son engagement et son exigence visionnaire qui explore sans limite aucune les territoires de la création romanesque". Il entend remettre la littérature au centre du débat en primant des écrivains qui mettent à l'épreuve la forme romanesque et défrichent la langue: des écrivains qui sortent du marketing.

Le prix Wepler-Fondation La Poste 2015 vient d'annoncer sa première sélection de douze titres dont un tiers écrits par des femmes: deux livres publiés chez P.O.L., un Gallimard, un L'arbalète et un Verticales, un Mercure de France, six chez de petits éditeurs dont les deux nés de l'ancien Attila et un Robert Laffont.

Les voici, par ordre alphabétique d'auteur
  • "Archives du vent", de Pierre Cendors (Le Tripode)
  • "Comme Ulysse", de Lise Charles (P.O.L.)
  • "Une forêt d'arbres creux", d'Antoine Choplin (La Fosse aux ours)
  • "Quand le diable sortit de la salle de bain", de Sophie Divry (Noir sur blanc)
  • "Le présent infini s'arrête", de Mary Dorsan (P.O.L.)
  • "Mémoires d'outre-mer", de Michaël Ferrier (Gallimard)
  • "La sœur", de Pascal Herlem (L'arbalète/Gallimard)
  • "Animarex", de Jean-François Kervéan (Robert Laffont)
  • "L'oragé",de Douna Loup (Mercure de France)
  • "Entre les deux il n'y a rien", de Mathieu Riboulet (Verdier)
  • "Achab (séquelles)", de Pierre Senges (Verticales)
  • "Farigoule B astard", de Benoît Vincent (Le Nouvel Attila).

Le lauréat sera proclamé le lundi 9 novembre et le prix sera décerné, comme d'habitude, à la brasserie parisienne Le Wepler.

Les lauréats précédents, constituant une fort intéressante bibliothèque

  • 2014 Jean-Hubert Gailliot, "Le soleil" (L'Olivier); mention spéciale à Sophie Divry,  "La condition pavillonnaire" (Noir sur Blanc/Notabilia)
  • 2013 Marcel Cohen, "Sur la scène intérieure, Faits" (Gallimard); mention spéciale à Philippe Ramhy, "Béton armé" (La Table Ronde)
  • 2012 Leslie Kaplan, "Millefeuille" (P.O.L); mention spéciale à Jakuta Alikavazovic, "La blonde et le bunker" (L'Olivier)
  • 2011 Eric Laurrent, "Les Découvertes" (Minuit); mention spéciale à François Dominique, "Solène" (Verdier)
  • 2010 Linda Lê, "Cronos" (Christian Bourgois); mention spéciale à Jacques Abeille, "Les jardins statuaires" (Attila)
  • 2009 Lyonel Trouillot, "Yanvalou pour Charlie" (Actes Sud); mention spéciale à Hélène Frappat, (Par effraction" (Allia)
  • 2008 Emanuelle Pagano, "Les mains gamines" (P.O.L); mention spéciale à Céline Minard, "Bastard Battle" (Léo Scheer)
  • 2007 Olivia Rosenthal, "On n'est pas là pour disparaître" (Verticales); mention spéciale à Louise Desbrusses, "Couronnes, boucliers, armures" (P.O.L)
  • 2006 Pavel Hak, "Trans" (Seuil); mention spéciale à Héléna Marienské, "Rhésus" (P.O.L)
  • 2005 Richard Morgiève, "Vertig" (Denoël); mention spéciale à Zahia Rahmani, "Musulman "Roman"" (Sabine Wespieser)
  • 2004 François Bon, "Daewoo" (Fayard); mention spéciale à Jean-Louis Magnan, "Anti-Liban" (Verticales)
  • 2003 Éric Chevillard, "Le vaillant petit tailleur" (Minuit); mention spéciale à Alain Satgé, "Tu n'écriras point" (Seuil)
  • 2002 Marcel Moreau, "Corpus scripti" (Denoël); mention spéciale à Thierry Beinstingel, "Composants" (Fayard)
  • 2001 Yves Pagès, "Le théoriste" (Verticales); mention spéciale à Brigitte Giraud, "À présent" (Stock)
  • 2000 Laurent Mauvignier, "Apprendre à finir" (Minuit); mention spéciale à Richard Morgiève, "Ma vie folle" (Pauvert)
  • 1999 Antoine Volodine, "Des anges mineurs" (Seuil); mention spéciale à Vincent de Swarte, "Requiem pour un sauvage" (Pauvert)
  • 1998 Florence Delaporte, "Je n'ai pas de château" (Gallimard)



jeudi 9 avril 2015

Si bien dite, la vie de Gilles Leroy "avant lui"

Gilles Leroy reprend son roman familial avec son nouveau livre, le magnifique "Le monde selon Billy Boy" (Mercure de France, 252 pages),  un livre très personnel mais dont l'émotion et la grâce toucheront tous les lecteurs, hommes ou femmes, jeunes ou vieux. Le prix Goncourt 2007 pour "Alabama Song" (Mercure de France, 2007, Folio, 2009) y raconte tout simplement la vie de deux personnages, Eliane et André, qui s'avèrent être ses parents, avant lui, né à Bagneux en 1958.
"Il ne voulait pas de moi.
Elle, effrayée, incertaine, hésitait.
Il faut croire que son hésitation l'a emporté.
De toute façon, c'est dans son corps à elle que cela se passerait."

Gilles Leroy raconte ces  vies simplement mais à sa manière, précise, fine, construite, évocatrice, documentée, plaçant les émotions en filigrane et non dans les mots. Décrire, raconter, lui suffit et c'est pour cela qu'on se glisse avec tant de facilité et d'empathie dans son livre.

Lui, le fils qui restera unique, raconte la vie de ces deux jeunes, dix-sept ans pour lui, vingt pour elle, dont il a complètement bousculé l'existence par son arrivée inopinée. Quel redoutable et mystérieux hasard que sa conception, quelle force de vie que ce fœtus qui refuse de se détacher lors des virées en vespa sur les pavés, "une affaire de gravité". Quel amour inouï enfin que celui d'Eliane et André pour ce petit qu'ils n'avaient pas voulu. "Je n'ai pas trop de doute", écrit Gilles Leroy, "ces deux-là qui ne m'avaient pas désiré d'abord m'ont aimé ensuite de la façon la plus entière, exigeante et absolue qui soit dans le peu de temps que la vie leur accorda." Il n'a que trente ans quand il perd, à six mois d'intervalle, sa mère puis son père.

Gilles Leroy. (c) St.Kaskell/MdF.
"Le monde selon Billy Boy" est davantage un cri d'amour de l'écrivain pour ses parents qu'un hommage. Il sait bien comment ils sont et c'est comme cela qu'il les aime, avec leurs qualités et leurs défauts, avec ce qu'ils lui ont donné et aussi ce qu'ils ne lui ont pas donné. Il fait revivre leur monde.
"J'ai commencé ce livre", écrit-il encore, "le jour anniversaire de mes cinquante-cinq ans. A un âge avancé, était-il nécessaire d'aller dans ces régions de nos êtres où ça fait mal, où ça souffre encore comme à cinq ans?"  Oui, assurément, Billie Boy.

Le roman raconte également la France d'alors, entre Bagneux et Montrouge, à la fin des années 1950 et ensuite. On y trouve assez facilement du travail mais la vie n'y est pas nécessairement facile. Surtout pour Eliane qui vit dans une minuscule chambre sous les toits - elle y restera finalement dix ans - qu'elle équipe et décore au mieux. Quelle force que cette petite bonne femme reniée par sa propre famille parce que célibataire et enceinte! Elle garde contre l'avis de tous, sa mère, sa future belle-sœur,.. le bébé qui s'annonce. Elle se trouve du boulot. Elle est lucide aussi. Elle connaît les bons côtés d'André, éternel enfant, enthousiaste, amoureux, frondeur, comme les moins bons, dont le fait qu'il va momentanément l'abandonner durant sa grossesse. Mais elle a de la volonté, Eliane, de l'amour à donner et la capacité d'en recevoir. Elle sait ce qu'elle veut et connaît aussi ses limites. 

Gilles Leroy nous montre ses personnages dans leur vie quotidienne, au boulot, que ce soit l'armée ou la publicité, aux prises avec leurs familles respectives, et quelles familles!, dans leurs rêves de gosses et dans leur réalité de jeunes parents. On est porté par son écriture dont chaque détail a son importance, un tabouret posé sur un palier à l'intention de la locataire des combles, comme chaque anecdote, qu'elle soit un flash-back ou un saut dans le temps. Ce sont de vraies vies qu'il nous déroule, avec les intrusions de Paule, la sœur d'André, et les scènes avec celle d'Eliane, Myriam, dont le cerveau semble s'être arrêté un jour.

Après la naissance du bébé, "un gaillard de cinq kilos cinq cents", précédée du mariage, "une farce grotesque", vient le choix du prénom, puis la vie à deux et non à trois, André étant à l'armée pour vingt-huit mois. "Je ne reconnus pas mon père lorsqu'il rentra de l'armée." Et la Vespa revendue au profit d'une voiture convenant mieux à un chef de famille. Que seraient devenus ses parents s'il n'était pas né? La question hante l'écrivain qui les voit comme des "sacrifiés". Qui aurait-il été s'il avait eu une autre père, sans ces "gènes nocifs, l'alcool, la violence, la mélancolie"? Il semble ensuite apaisé. "Les dés sont jetés, sur la combinaison desquels on ne revient pas (...) Cet instant unique était le mien. Il n'y en aurait pas eu d'autre ensuite. Nulle seconde chance d'être. Ce qui n'a pas été ne sera pas plus tard."

Le romancier évoque ensuite brièvement ses années d'enfance, son adolescence, ses relations avec ses parents et celles avec d'autres membres de la famille, les décès, les deuils, autant de sujets de réflexion, de questions et de réponses. Le propos est toujours aussi personnel et on y suit toujours l'écrivain avec autant de facilité, dans ses mots et dans ce qu'il dévoile de lui en creux. "Le monde selon Billy Boy" est une chronique familiale à valeur universelle et formidablement bien écrite. Sa pudeur nous fait fondre de tendresse pour l'auteur et les siens qui sont devenus un peu les nôtres.

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Ici, d'intéressants compléments à "Le monde selon Billy Boy", proposés par Gilles Leroy lui-même sur son site. De la Vespa à la Palme d'or de Cannes, en passant par les talons aiguilles, les séances photos pour la publicité, les dimanches au Zeyer et l'Algérie.

jeudi 13 novembre 2014

Le Prix du Premier roman au magnifique "Vera" du Belge Jean-Pierre Orban

Jean-Pierre Orban. (c) D. Murphy.
"Un prix inespéré", me commente Jean-Pierre Orban depuis un café. L'auteur de "Vera" (Mercure de France, 266 pages) vient en effet de recevoir le Prix du premier roman français.

L'histoire de cette jeune Italienne qui découvre le fascisme, l'approuve avant de s'en éloigner pour trouver sa propre vérité, est à lire ici.

Rappelons que Jean-Pierre Orban est aussi en lice pour le Prix Rossel, décerné le 4 décembre.

lundi 10 novembre 2014

Vera, en quête de sa vérité

Jean-Pierre Orban. (c) Daniel Murphy.
Jean-Pierre Orban est loin d'être un inconnu dans le petit monde de l'écrit. Articles de presse, nouvelles indépendantes ou en recueil ("Chroniques des fins"),  textes pour le théâtre - dont "King Leopold II" sur le colonialisme et d'autres qui sont encore dans les mémoires -, beaux livres, scénarios pour le cinéma, traductions et adaptations, dont Hanif Kureishi, livres pour la jeunesse, un micro-roman ("Les rois sauvages") ainsi que différentes collaborations éditoriales ont rendu célèbre celui qui étudia en Belgique la philosophie, le journalisme et le théâtre.

Aujourd'hui, tout en travaillant à un essai biographique sur l'écrivain belge Pierre Mertens qui devrait faire date,  Jean-Pierre Orban publie un roman, pas un macro-roman, non, son premier roman. "Vera" (Mercure de France, 266 pages) se déroule principalement à Londres dans les années 30 et accessoirement à Paris ensuite, deux villes que l'auteur connaît bien pour y avoir habité ou y résider aujourd'hui. Rien  à voir donc avec l'Afrique coloniale ou patrimoniale qui sont deux de ses nombreux centres d'intérêt.

Dans ce beau roman à la première personne comportant de nombreux flashbacks, on suit l'histoire de Vera, une jeune fille qui a onze ans en 1933 et vit à Little Italy, ce quartier de Londres qui ne porte pas son nom pour rien. Elle est fille unique, mais pas le premier enfant du couple d'immigrés italiens, réfugiés économiques comme des milliers d'autres alors. A Trieste, Ada et Augusto Tanner ont déjà eu des bébés, qui n'ont pas survécu à la misère et à la maladie. A Londres, ils tiennent une épicerie, un "grocery store", un bric-à-brac où on trouve de tout, et vivent sans bruit. Vera grandit à Clerkenwell, Italienne dans un autre pays que le sien. Elle est très vite séduite par l'idéologie fasciste qui est enseignée en italien aux Italiens de l'étranger, les "Italiani all'estero", après l'école, lors de cours du soir, durant la "doposcuola". Comme elle est douée, elle est rapidement repérée par une femme, Nunzia Chiegi, et mise à l'avant lors de cérémonies ou même choisie pour des camps de vacances ou des déplacements.

Né en Belgique d'une mère italienne et d'un père belge, Jean-Pierre Orban a fait de nombreuses recherches historiques pour donner du sens et de la profondeur à son premier roman. Il y explique notamment très clairement comment se pratiquait l'endoctrinement tel que l'a subi Vera. Combien est exaltée la culture du pays d'origine, comme sont estompés certains points d'histoire! Ce qui n'est pas sans résonance avec l'actualité récente.

"Si j'ai aimé ces livres? Oui, avec passion", dit Vera à propos de ce qu'on lui proposait à la "doposcuola". Et aussi la manière dont étaient enseignées les premières années du Duce. "Oui, j'ai aimé ces livres. Et c'est par eux, par l'image et la typographie que je suis tombée, comme dans un pot de miel, dans le fascisme", dit Vera quelques pages plus loin.

Il faudra la guerre, et un drame familial, la disparition de son père, arrêté en Angleterre parce qu'Italien, pour que les écailles tombent des yeux de Vera. La jeune femme va se réveiller, rencontrer d'autres personnes, une autre langue, le français, en plus de l'anglais et de l'italien qu'elle connaît déjà. Elle dont le prénom signifie "vraie" va d'interrogation en interrogation. Comment être vraie dans l'environnement qui est le sien? Comment avoir une identité, même et surtout si elle est différente des autres?

Vera va quitter son ghetto de Little Italy pour aller à Soho. Elle a besoin de travailler et trouve une place au Restaurant Le Bourgogne. Une famille de remplacement aussi. Un soutien. De l'amitié. Et l'occasion de parler et d'écouter. De découvrir les livres. Les clients du restaurant lui ouvrent mille voies, des bonnes et des moins bonnes. Mais Vera continue son chemin vers sa vérité et assume ses choix.

La fin de la guerre lui donne l'occasion de participer à une entreprise unique, la réalisation des actualités au cinéma. "Il était temps que nous soyons heureux", dit Vera. Attentive à elle-même, elle ne renie pas ses proches, sa mère en premier lieu dont on suit le cahotant chemin de vie de bout en bout, et un autre, qui arrive tout seul, sans s'être annoncé, et portera le poids de l'histoire familiale et de ses non-dits.

Jean-Pierre Orban brasse avec art beaucoup de sujets dans ce beau premier roman aux nombreux personnages, à l'écriture soignée, mêlant itinéraire personnel et grande Histoire, sous l'égide de Winston Churchill et Charles de Gaulle, pimentant son récit de rebondissements et d'anecdotes remarquables. "Vera" est aussi ambitieux que réussi. A lire.


A noter que "Vera" est un des cinq titres français sélectionnés pour le Prix du Premier roman. Avec, pour les premiers romans français,  Clotilde Coquet ("Parle-moi du sous-sol", Fayard), Aurélien Delsaux ("Madame Diogène", Albin Michel), Laure Des Accords ("L’envoleuse", Verdier), Pascale Fautrier ("Les rouges", Seuil), et, pour les premiers romans étrangers, Rene Denfeld ("En ce lieu enchanté", Fleuve Editions), Boris Fishman ("Une vie d’emprunt", Buchet-Chastel) et Benjamin Wood ("Le complexe d’Eden Bellwether", Zulma). Verdict ce 13 novembre.

Et aussi un des cinq sélectionnés pour le Prix Rossel 2014 qui sera remis le 4 décembre. Les quatre autres finalistes sont Véronique Bergen pour "Marilyn Naissance année zéro" (Al Dante, 292 pages), In Koli Jean Bofane pour "Congo Inc, le testament de Bismarck" (Actes Sud, 298 pages), André-Joseph Dubois pour "Ma mère par exemple" (Weyrich, 135 pages) et Hedwige Jeanmart pour "Blanès" (Gallimard, 272 pages).