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vendredi 28 mars 2025

La très intrépide incursion en littérature jeunesse

Joël Dicker. (c) DR.

On le savait depuis janvier. Joël Dicker ("La Vérité sur l'affaire Harry Quebert", de Fallois, 2012, plus de cinq millions d'exemplaires en quarante langues, ainsi que d'autres polars à succès vendus à plus de dix millions d'exemplaires) se lançait en littérature de jeunesse avec le roman "La Très catastrophique visite du zoo", paraissant le 4 mars sous le label de Rosie & Wolfe, la maison d'édition qu'il a fondée à Genève en 2021 après la mort de son éditeur Bernard de Fallois (1926-2018) et la fermeture de la maison de ce dernier en 2021. Fort de 256 pages, il est tiré à 450.000 exemplaires. Bigre.
 
Il s'agit du neuvième titre pour l'écrivain suisse, différent des précédents: moins gros, ne se déroulant pas aux États-Unis, pas polar mais proposant néanmoins une enquête. Et pas n'importe quelle enquête. Une enquête menée par des enfants. Avec ce roman, l'auteur ambitionne de toucher un lectorat de 7 à 120 ans. Apôtre de la lecture, il pense que parents et enfants pourront se rencontrer après avoir lu son livre. Et en discuter. Fameux défi. Le relève-t-il? A lire en ligne les avis de lecteurs, sans doute davantage des lectrices, grand oui. A lire l'avis de bibliothécaires jeunesse, petit oui. Le mien? Petit oui aussi.
 
"J'ai voulu un livre pour tout public", nous dit Joël Dicker, de passage à Bruxelles. "Je ne l'avais pas envisagé avant de commencer. Mais au fur et à mesure que j'avançais dans l'écriture, je me rendais compte que Joséphine, la narratrice, pouvait s'adresser à des enfants". L'intrigue? Une bande de six enfants, tous des garçons sauf Joséphine, mène de main de maître, épaulée par quelques adultes bienveillants, une enquête. Elle commence lors d'un incident banal, l'inondation de l'école des Pics Verts où ils sont scolarisés. Très vite, il apparaît que les lavabos ont été bouchés par de la plasticine. Ce n'est donc pas un accident.
 
Déménagés avec leur directrice dans l'école voisine, celle des enfants "normaux", les six enfants de l'école "spéciale" vont chercher à en savoir plus. La construction du livre fait penser à la vieille chanson "Tout va très bien madame la marquise", chaque événement catastrophique - pour reprendre le titre  - menant à un autre l'ayant précédé, tout aussi catastrophique. Page turner assuré.
 
"Avec le recul, je constate que j'ai toujours été à cheval sur plusieurs genres dans mes livres", reprend Joël Dicker. "Ici, vu que des enfants vont me lire, je n'ai pas mis de meurtre mais des choses dont on sort heureux. Le terrain de l'enfance est celui de la liberté de parole, de l'humour, des questionnements." Effectivement, au fil des chapitres apparaissent les questions de la démocratie, de l'autorité, de la diversité, de l'enseignement, de la place de l'école. Et aussi de l'amour.
 
"Joséphine, la narratrice, est juste un personnage. Ce n'est pas moi. Bien sûr, elle a un peu de moi comme tous les autres personnages. Elle est forcément la combinaison de tout un tas d'expériences. Joséphine est une enfant un peu intrépide, curieuse, la cheffe de cette équipe. Avec elle, j'ai voulu rendre hommage à la femme, à sa capacité de faire bouger les choses."
 
L'écrivain s'est donné pour mission de faire lire. "Tout le monde aime lire", avance-t-il. "Mon roman est divertissant, comporte de l'humour. Je donne aussi des "petits biscuits" pour que le lecteur reste avec moi, comme un système de récompense. Écrire pour les enfants signifie pour moi éviter la violence, pas de meurtre donc, et le sexe. Sans autre effort particulier. Le monde de l'enfance doit être protégé. Je me suis mis dans la peau d'un enfant comme quand, dans "Harry Québert", j'avais raconté ce que je connais de l'Amérique du nord. J'ai fait pareil pour ce personnage de Joséphine".
 
Au final, "La très catastrophique visite du zoo" se lit sans bouleverser ou émouvoir la lectrice que je suis. L'écriture est descriptive sans réel souffle, les clichés abondent en positif comme en négatif. Certains mots de vocabulaire sont largement expliqués alors qu'ils sont simples, d'autres plus compliqués sont laissés tels quels. "J'ai écrit le texte comme cela me parlait." Si l'enquête de Joséphine, Artie l'hypocondriaque, Thomas le karatéka, Otto le lettré par ailleurs fils de divorcés, Giovanni le gosse de "très riches" et Yoshi le mutique qui ne parle "jamais-jamais", se complexifie de chapitre en chapitre pour se terminer sur un joli coup de théâtre, elle aborde l'air de rien les différences entre école classique et école active. Elle joue avec les mots comme ces "amandes honorables". Elle propose de l'humour jusque dans une injure comme "Sacré nom d'un souffleur de boudin". Elle explique magnifiquement le système des élections et des votes. Elle évoque la démocratie et la diversité. Elle est un page turner assez artificiel quoique divertissant. Mais elle s'oublie bien plus vite que d'autres romans en littérature pour adolescents. Lecteur de Roald Dahl, Joël Dicker devrait lire la trilogie "Angie" de Marie-Aude et Lorris Murail (lire ici).

 
 
 
 
 



 
 
 
 
 
 
 

jeudi 15 novembre 2012

LA testé la Foire de Brive (3)

Bon, retour du Cardinal aux petites heures. Vite, quelques heures de sommeil réparateur. Car la Foire de Brive dure trois jours, et le vendredi n'est qu'un apéritif en comparaison du samedi où elle est ouverte de 9 heures à 20 heures (entrée libre).

Journal de Foire

Samedi 10 novembre

9 h
Ouverture des portes. Le public est là en masse, une queue de dizaines de mètres patiente avant d’entrer et serpente entre les étals du marché.
Les habitués des stands font en vitesse quelques courses pour la fin de l’année. Foie gras frais et canards sont présents en abondance. Champignons aussi, mais trop mouillés pour faire un long voyage.





9 h 33
Les auteurs sont là, dont Honoré.
Le stand où signent les "Charlie-Hebdo" ne désemplit pas. Aurélie Filipetti, ici avec Cabu,  leur avait rendu visite la veille.

Harlan Coben est annoncé pour l'après-midi seulement, indique une affichette écrite à la main, répondant une fois pour toutes aux questions des visiteurs.
Au stand en face, Marie de la Visitation signe "Sœur" avec sourires et application.
De l'autre côté de l'allée, un Belge, Yves Namur, venu recevoir le prix Mallarmé de poésie.


11 h 40
Trois stars signent côte à côte, Mazarine Pingeot, Bernard Pivot et Valérie Trierweiler, encore elle.
Ce qui désespère un peu les auteurs des stands voisins.

Parmi eux, Luce Wilquin, la seule éditrice belge présente – alors que les auteurs belges publiés par des maisons françaises sont nombreux – venue à Brive pour la première fois avec deux de ses poulains français, Manu Causse et Emmanuelle Favier. "Ça marche bien. Les gens s’arrêtent, ils découvrent la maison d’édition, ils achètent. Cela permet des rencontres avec des libraires. Venir ici a des répercussions mais on ne vient à Brive que si le dossier envoyé est sélectionné."

11 h 50
Le sage Gérard Bonal sait qu’avec une telle voisine, présidentielle, il n’aura pas beaucoup de curieux pour ses deux livres sur Colette ("Colette intime", un beau livre irremplaçable et irremplacé, et "Lettres de Sido", un volume de correspondance tout juste paru). Mais il s’en accommode, veillé par Blandine de Caunes, sa douce attachée de presse.



12 h 03

Des masses compactes stationnent devant deux stands. Pour qui ? Pour Michel Drucker et Amélie Nothomb. Gonzague Saint-Bris n’est pas autant demandé.
Par contre, Cédric Villani, le mathématicien-écrivain né à Brive, attire du monde avec son "Théorème vivant" 





Tout comme Laurent Binet et "Rien ne se passe comme prévu". Un livre qui a évidemment sa place en terre hollandienne.

Pareil pour Olivier Adam, très demandé pour "Les lisières", boudé des jurys mais toujours très aimé des libraires et du public. Il a signé plus de livres qu'il n'a perdu de kilos.



12 h 16
Annie Duperey passe dans une allée. Une voix derrière elle : "Bonjour madame Duperey, je suis ravie de vous voir."
Plus loin, c’est Grégoire Delacourt ("La liste de mes envies") qui est abordé par une passante : "Ma nièce est éditrice dans votre maison d’édition. Vous pouvez compter sur elle. Elle est très sérieuse."

"C’est cela que j’aime ici, explique l’écrivain, c’est qu’on a beaucoup de discussions avec les lecteurs. On ne se contente pas de signer."
Un avis partagé par tous les auteurs présents, qu’ils découvrent la Foire ou qu’ils en soient les habitués.


12 h 20
Les allées se vident. Le public va déjeuner. Les auteurs aussi. Dans les différents restaurants - La Truffe noire et Chez Francis sont les préférés -, de repas en repas, je croise les mêmes convives, toujours regroupés par bannière éditoriale.Pour moi, ce sera consommé, chou farci et un drôle de baba au rhum.

13 h 30
Tiens, encore un Belge ! C’est Philippe Geluck, venu "prendre du bon temps à Brive".



15 h


Il est impossible de bouger dans la halle qui abrite la Foire. Du monde, du monde partout. Dedans, dehors. Des curieux, mais surtout des amateurs de livres qui se laissent facilement convaincre d’en acheter un, ou deux, ou trois, ou plus. 



A la section jeunesse, Gilles Bachelet (Seuil Jeunesse) et Adrien Albert (L’école des loisirs) tranchent par la qualité et la singularité de leur production par rapport aux autres auteurs invités.





15 h 30
Star entre les stars, l’Américain Harlan Coben est guetté par des dizaines de fans, et carrément protégé par un policier en uniforme! Des barrières Nadar organisent l’attente. L'Américain déploie régulièrement sa haute silhouette (1,94 m) pour poser à côté de ses lecteurs. Nombreux, ces derniers : un chiffre d’affaires de 4.000 euros pour la librairie qui tient le stand Fleuve Noir en une après-midi.

16 h 04
Actes Sud est absent. Pas de Prix Goncourt à Brive.

Par contre, Joël Dicker est là avec son Grand prix du roman de l’Académie française pour "La vérité sur l’affaire Harry Quebert". Le Suisse,  qui deviendra Belge dans l’édition dominicale du journal "La Montagne", écoule en deux heures ses 200 exemplaires.













Patrick Deville signe inlassablement "Peste & Choléra", prix Femina.








16 h 32
Je vois de loin, parce que je ne l’ai pas aimé, Christine Angot signer "Une semaine de vacances", son dernier livre, et en discuter aimablement avec ceux qui lui posent des questions.

17 h 04
Jean Gregor propose son dernier livre, "L’ombre en soi", à une lectrice qui lit la quatrième de couverture de "Transports en commun".
"Regardez plutôt celui-là, explique le fils de Pierre Péan. Demandez même à la dame", en me désignant.
Je confirme.
Murielle se laisse convaincre, sollicite une dédicace.
"Murielle, avec 2 L?", interroge le romancier
"Oui", répond l’intéressée.
"Vous êtes sûre?", reprend l’auteur, inquiétant sa future lectrice.
Les écrivains sont donc de vrais êtres humains qui peuvent aussi blaguer.

18 h 10
Je peux encore et toujours chanter "Emportée par la foule…" Ça ne s’arrête pas le monde. Mais d’où viennent tous ces gens qui se pressent aussi aux conférences ? Parfois de loin, pour rencontrer leur écrivain préféré de passage dans la région. Le plus curieux, c’est de voir tout au long de la journée aux tables des stands les mêmes auteurs aux mêmes places. On n’est pas loin d’un stakhanovisme consenti et apprécié.

19 h 30
Fin de la partie littéraire de la journée. Il va bientôt être temps de se rendre à nouveau dans les restaurants, d’y goûter quelques spécialités. Tian de canard et aubergines, veau mijoté aux légumes, ananas et coing rôtis
Puis d’aller s’encanailler au Cardinal. Les uns préfèrent la soirée de vendredi, les autres celle de samedi, beaucoup vont aux deux. Les auteurs sont de vrais êtres humains qui aiment aussi danser.

mercredi 10 octobre 2012

LM les choix de nos libraires

Chaque année, Livres-Hebdo consulte les libraires de France à la rentrée et publie leurs choix préférés.

A notre échelle, nous avons consulté la librairie indépendante francophone de Belgique.
Les libraires se sont réunis, ont cogité et nous ont soumis la liste de leurs cinq livres préférés de la rentrée.

Les voici.
"Viviane Elisabeth Fauville", de Julia Deck (Minuit)
"Le sermon sur la chute de Rome",  de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
"Home", de Toni Morisson (Christian Bourgois)
"La vérité sur l'affaire Harry Quebert", de Joël Dicker (de Fallois)
"Congo, une histoire", de David Van Reybrouck (Actes Sud)

Et nos commentaires.

"Viviane Elisabeth Fauville", de Julia Deck (Minuit)
Un premier roman qui se fait remarquer entre les autres premiers romans et les romans tout court. Une femme, mère depuis peu, tue son psychanalyste. Alors qu'elle craint la police, personne ne semble la soupçonner. Elle utilise cette pseudo-transparence pour aborder les proches du défunt.

 


 

"Le sermon sur la chute de Rome",  de Jérôme Ferrari (Actes Sud)
Deux amis d'enfance abandonnent leurs études de philosophie à Paris pour reprendre le bar du village de l'un. L'affaire qui semble promise à un bel avenir connaîtra une chute à la hauteur des espoirs que tous y avaient placés. Et saint Augustin se rappelle à notre souvenir avec son fameux sermon...





"Home", de Toni Morisson (traduit de l'anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois)

Dans les années 50, un soldat noir rentre de la guerre de Corée et traîne à revenir dans sa famille. Jusqu'à ce qu'il soit appelé parce que sa jeune sœur est mourante. Un magnifique roman sur l'amour fraternel et bien entendu la condition des Noirs dans l'Amérique d'hier.
 
 



"La vérité sur l'affaire Harry Quebert", de Joël Dicker (de Fallois)
Le deuxième roman d'un Suisse, né
à Genève en 1985. L'auteur ydépeint une Amérique qu’il connaît bien pour y avoir beaucoup voyagé et longuement séjourné. Un excellent exercice de révision avant les élections de novembre.


  


 

"Congo, une histoire", de David Van Reybrouck (traduit du néerlandais par Isabelle Rosselin, Actes Sud)
Le sous-titre est important car l'auteur ne prétend pas raconter L'histoire du Congo, mais celle que ses rencontres et ses recherches lui ont permis d'établir.
Un livre dont l'énorme succès en néerlandais semble faire des petits du côté de la traduction en français.





 

 
Et la liste de Livres-Hebdo.
 
Du côté français:  
1. "Les lisières", Olivier Adam (Flammarion)
2. "Le sermon sur la chute de Rome", Jérôme Ferrari (Actes Sud)
3. "Pour seul cortège", Laurent Gaudé (Actes Sud)
4. "La vie rêvée d’Ernesto G.", Jean-Michel Guenassia (Albin Michel)
5. "Oh…", Philippe Djian (Gallimard)
6. "Rue des voleurs", Mathias Enard (Actes Sud)
7. "Peste & choléra", Patrick Deville (Seuil)
8. "Prince d’orchestre", Metin Arditi (Actes Sud)
9. "Barbe bleue", Amélie Nothomb (Albin Michel)
10. "Les désorientés", Amin Maalouf (Grasset)


Du côté étranger:
1. "Home", Toni Morrison (Bourgois)
2. "L’embellie", Audur Ava Olafsdottir (Zulma)
3. "Arrive un vagabond", Robert Goolrick (Anne Carrière)
4. "Le monde à l’endroit", Ron Rash (Seuil)
5. "Certaines n’avaient jamais vu la mer", Julie Otsuka (Phébus)

6. "La vallée des masques", Tarun Tejpal (Albin Michel)
7. "Cinq ciels", Ron Carlson (Gallmeister)

8. "Qu’avons-nous fait de nos rêves?", Jennifer Egan (Stock)
9. "Moi et toi", Niccolò Ammaniti (Robert Laffont)
10 "Le jeu des ombres", Louise Erdrich (Albin Michel)