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vendredi 3 décembre 2021

La famille Quichon, la preuve par onze

LU & approuvé

Les 73 enfants Quichon, en pages de garde des albums.
(c) l'école des loisirs.


Entre la famille Quichon, ces 73 délicieux cochons et leurs parents nés de l'imagination et des crayons d'Anaïs Vaugelade (l'école des loisirs), et moi, c'est une histoire d'amour qui dure depuis 2004 et la publication des trois premiers titres (lire ici). Pour être honnête, il en est de même pour tous les albums d'Anaïs Vaugelade (lire ici), ainsi que pour son travail d'éditrice (lire ici).

La famille Quichon, ce sont ces 73 porcelets tout roses qui ressemblent tellement à nos enfants. Chacun a un prénom et son caractère. Chacun devrait avoir son histoire: "Chaque livre de la famille Quichon est le portrait d'un enfant Quichon, et il y a soixante-treize enfants Quichon dans la famille Quichon." 

Tendresse, imagination et humour dans des histoires du quotidien enfantin, sur les grandes questions de la vie, l'amour, les rêves de bonheur, la tristesse, les moments de la vie de famille, le repas, l'exaspération de la maman, le coucher, la propriété, l'animal domestique et les sujets plus personnels, courir, avoir un frère imaginaire, voler... Chaque fois, un texte simple et des images dynamiques pleines de fantaisie, qui nous emmènent au cœur de cette fort sympathique famille Quichon. Des albums qui témoignent d'une parfaite compréhension du lecteur et établissent une superbe complicité avec lui.

Sept albums étaient sortis entre 2004 et 2009. Quatre les complètent depuis, dans une nouvelle nouvelle édition cartonnée où apparaissent également les rééditions de certains titres anciens. Chance donc, il nous reste 62 albums de la famille Quichon à découvrir un jour! Pour les enfants des classes maternelles.



La famille Quichon, les nouveautés en haut, les rééditions en bas.
(c) l'école des loisirs.


La famille Quichon
  • "Le Cauchemar de Gaëtan Quichon", 2004
  • "Maman Quichon se fâche", 2004
  • "Philippe Quichon veut voler", 2004
  • "L'Animal domestique d'Hermès Quichon", 2006, 2021
  • "La Vie rêvée de Papa Quichon", 2006, 2021
  • "Dans les basquettes de Babakar Quichon", 2009, 2021
  • "La Poussette de Cléo Quichon", 2009, 2021
  • "La recette de Sacha Quichon", 2019
  • "Le premier frère de Mimi Quichon", 2019
  • "7 milliards de cochons et Gloria Quichon", 2021
  • "Tout va mal pour Tristan Quichon", 2021


La famille Quichon, première version. (c) l'école des loisirs.



jeudi 29 juin 2017

Humour et tremblements, aliens et terriens

Kesako? Album, bédé, documentaire? Matthieu Sylvander et Perceval Barrier ne s'avancent pas trop à définir leur dernier album jeunesse, "Tout sur les tremblements de terre" (l'école des loisirs, 40 pages), le précédent étant le remarqué "Manoel, le liseur de la jungle" (lire ici). Une gestation lente, six fois celle d'une éléphante, soit onze ans, mais au final, un bébé particulièrement réussi, original, à nul autre pareil, mêlant satire sociale, infos et tablette tactile!

"Tablette tactile". (c) edl.
À la fois livre de géologie et manuel de construction, cet album dont le personnage principal est une tablette tactile, répondant au nom indien de Tablette Tactile et dotée de deux plumes, envoie une solide claque sur le nez de ceux qui se sentent tout-puissants. Une claque solide, mais drôlement bien amenée, longuement pensée. Anaïs Vaugelade qui a épaulé les deux garçons lors de leurs débuts en littérature de jeunesse dit de cet album:
"Il arrive qu'on attende un livre pendant longtemps, qu'enfin il paraisse, et qu'il soit décevant. Il arrive aussi qu'il soit encore mieux que prévu, et (guess what?) c'est le cas de celui-là. Matthieu Sylvander est auteur de textes-à-se-faire-pipi-dessus-de-rire ET sismologue, combinaison assez frappante pour que tout éditeur normal songe à tirer un livre de là, mais les évidences de l'éditeur ne sont pas forcément celles de l'auteur n'est-ce pas? ONZE ANS! Onze années d'insinuations et d'insistances, de harcèlements et de lettres anonymes avec menaces variées pour qu'enfin paraisse "TOUT SUR LES TREMBLEMENTS DE TERRE". De Matthieu Sylvander, avec au dessin le jeune et génial Perceval Barrier. Applaudissements!"
L'histoire se déroule dans la "Plaine Immense et Tremblotante", entre rivière, cactus et tipi. Et, bien sûr, mais on en avait eu un indice dans le titre, tremblements de terre.

"Brooooooooooom", font-ils. Aigle Tremblotant le sait: il voue sa très longue vie à les compter et à entailler le totem en conséquence avec son couteau à compter. Il en a dénombré 2.556.761 quand l'histoire commence. Par Wacondah! Quand elle finira, il en sera à 2.556.767! Entre les deux, de multiples épisodes et une fameuse aventure!

L'arrivée de Bob. (c) l'école des loisirs.
L'Indien est cool, flegmatique même, entre sa tablette, son totem et son tipi. Jusqu'au jour où il reçoit la visite de Bob, un Américain qui a autant la folie des grandeurs (et de son enrichissement) qu'il est dénué de sens pratique. On le voit empiler des briques et des projets de construction comme la Perrette du pot au lait, sans réaliser qu'il est en zone de tremblements de terre. La réalité va vite le rattraper et elle donne lieu à des scènes très comiques. Entre dégringolades de briques et leçons de construction par Tablette tactile, on assimile toutefois les rudiments de la maçonnerie. Ceux de la sismologie lors des expériences de Bob. Et de la géologie grâce à une terre ronde et composée de chocolat (oui oui, et avec noisette en son centre).

Bob et son pot au lait. (c) l'école des loisirs.

Cela peut paraître idiot. Ce ne l'est absolument pas. "Tout sur les tremblements de terre" s'inscrit plutôt dans une nouvelle ligne d'albums, étranges, drôles, riches, instructifs, entre documentaire décalé et fiction teintée d'absurde, rehaussés du talent d'auteurs et d'illustrateurs de qualité.
Comme Anaïs Vaugelade avait donné à l'automne dernier son livre d'anatomie et de bricolage "Comment fabriquer son grand frère?" (lire ici).

Néanmoins, fort des nouveaux apprentissages dispensés par Tablette Tactile, Bob arrive à édifier un immeuble qui résiste à un premier tremblement de terre. Est-il sauvé pour autant? Aigle Tremblotant, qui a revêtu depuis le début le veston de son visiteur, en doute. Et il a une fois de plus raison. "Broooooooom", 2.556767... Et c'est là que l'Indien persévérant entourloupe magnifiquement l'Impatient étranger...

L'album aurait pu s'arrêter là, mais c'était oublier le premier métier de l'auteur: deux pages "bonus" détaillent davantage le métier de sismologue. En chemin, on aura ri, appris et réfléchi à la condition d'humain et au respect de la nature.








Dans une couverture aux tons similaires, jaune et noir, Muriel Zürcher, en culotte aux textes, et Stéphane Nicolet, en slip aux illus, livrent leur hilarant "petit guide de survie de l'alien en milieu humain", titré plus simplement "Terriens mode d'emploi" (Casterman, 64 pages). "Un ouvrage scientifique, drôlatique, cosmique, bref... unique", nous en dit un Copernic chaussé des lunettes roses en forme de cœur de Susie Morgenstern tandis qu'un Galilée armé d'une banane affirme: "Un manuel trop stylé pour grave se poiler... Je me suis régalé!" A noter que le précieux manuel a déjà été traduit en jupitérien.



Qu'y trouve-t-on? Le carnet de notes du Professeur T. Malluné, diplômé en Terrienologie, alien de son état. Une foule d'informations classées en quatre niveaux de difficulté: débutant, intermédiaire, confirmé, expert. Comme si les Terriens étaient cette fois observés par l'autre bout de la lorgnette. Leurs habitudes en prennent pour leur grade, répertoriées par l'imperturbable professeur.

Première leçon. (c) Casterman.
De forme didactique, les textes sont hilarants de bout en bout, par leur humour et leur côté décalé. Qu'ils prennent les mots au pied de la lettre, épinglent des modes de vie étranges à leurs yeux car souvent contradictoires ou émettent des commentaires. Très expressifs, les dessins leur rajoutent encore une solide couche d'humour. Surtout qu'ils détournent régulièrement des éléments visuels connus, tableaux ou photos - la liste des œuvres détournées apparaît en début d'ouvrage. "L'homme de Vitruve" de Léonard de Vinci change d'aspect avec son slip tricoté main en laine qui gratte et le professeur fait remarquer qu'il a dégénéré en cinq siècles en ne possédant plus que 4 tentacules! Les GPS (Grands Professeurs Scientifiques) valent aussi leur pesant de cacahuètes. Sans parler de la technologie utilisée par les Terriens pour étudier les aliens.

Troisième leçon. (c) Casterman.

Le ton est donné, et on n'est encore ici qu'au début du niveau 1. On va avoir droit à un feu d'artifice d'observations on ne peut plus (im)pertinentes sur nos coutumes d'humains qui se verront disséquées de bout en bout mais toujours vues du point de vue de l'alien. Où atterrir (pas dans une cour d'école pendant la récré), apprendre à identifier les humains malgré leurs camouflages, ami ou ennemi, dangers, communication, vocabulaire, dire bonjour, alimentation, famille, loisirs, émotions, animaux domestiques, souvenirs... Ce n'est pas un guide, c'est une encyclopédie!

Même la Tour de Babel de Bruegel l'ancien est analysée. 

Muriel Zücher et Stéphane Nicolet ont dû bien s'amuser en pondant leur ovni. Tant mieux, car ils partagent généreusement avec leurs jeunes lecteurs le plaisir qu'ils ont eu à concevoir ces bienvenues observations sociologiques terriennes. C'est vrai qu'on rigole grave, que ça pique parfois. Bien vu et bien rendu!

Pour découvrir les cinq premières pages de "Terriens mode d'emploi", c'est ici.




jeudi 1 décembre 2016

Pour Anaïs Vaugelade, hip, hip, hip?

Hourra! Et plutôt dix fois, cent fois, mille fois, un million de fois, qu'une. Le nouvel album d'Anaïs Vaugelade, "Comment fabriquer son grand frère, un livre d'anatomie et de bricolage" (l'école des loisirs, 64 pages) est une merveille d'inventivité, de créativité, le croisement inédit entre fiction et science. Un régal que ce format géant qui permet de comprendre la marche du corps humain en étant à la fois informatif, drôle, joyeux et à portée d'enfant. Hourra!

Le pitch est simple. Anaïs Vaugelade le présente ainsi: "Zuza, que certains connaissent déjà, en a assez de sa petite sœur. Une petite sœur c'est nul, ça ne sait rien faire. Elle décide donc de se fabriquer un grand frère, pièce par pièce." Quelle aînée n'en a-t-elle pas rêvé? Exit donc la petite Marianna qu'on retrouvera néanmoins en finale...

Se fabriquer un grand frère est exactement ce qui va se passer dans ce très grand format: "Ouvert, il a la taille d'un enfant d'un an. Alors qu'il m'en a fallu deux pour le faire."  Zuza, que j'espérais tant revoir depuis quatre ans sans me faire trop d'illusions (lire ici) est donc de retour. Avec ses jouets qui seront ses assistants. Et son énorme crocodile bien entendu. Sans oublier l'"Encyclopédie Crocodilis" de ce dernier qu'il lui prête. Parce que les réponses aux questions qu'on se pose se trouvent dedans.

Zuza plongée dans l'"Encyclopédie Crocodilis". (c) Anaïs Vaugelade.

L'album propose de bâtir un vrai humain, comme un jeu de construction, avec des matériaux du quotidien (bois, élastiques, entonnoir, pomme, ketchup, gants en caoutchouc, soufflets...). Zuza, son croco et ses amis jouets vont se heurter à toutes les complications possibles et les dépasser les unes après les autres. Ce n'est pas simple à faire, un grand frère!  Au passage, les constructeurs nous expliquent en détail, avec moult dessins et croquis légendés, comment fonctionne le corps humain. Tout le corps humain! Du squelette à la grossesse. Mais ce qui est ici super, c'est qu'on se heurte d'abord aux difficultés, qu'on cherche ensuite comment les résoudre (merci l'encyclopédie aux pages jaunes comme sa couverture, faciles à identifier) et qu'enfin, les solutions trouvées, viennent se poser les mots scientifiques précis.

L'idée du livre est formidable, proche de l'enfant. Elle vient d'ailleurs du fils de quatre ans de l'auteure-illustratrice. Un jour, il lui a demandé si sa poupée avait comme lui une colonne vertébrale. Les livres d'anatomie ont donc été consultés, mais "souvent", observe Anaïs Vaugelade, "les livres d'anatomie pour enfants sont des livres de démontage: on ouvre le corps, on regarde dedans, on énumère les organes. C'est très descriptif." Elle s'est interrogée: "Et si, au lieu de démonter, on “montait” un corps pièce par pièce? N'aurait-on pas une meilleure compréhension de son fonctionnement?"

Aussitôt dit, aussitôt fait. Enfin, deux ans de travail quand même.

Le dessin original de la première double page. (c) l'école des loisirs.

Détail du récapitulatif des muscles. (c) edl.
L'exercice a été admirablement mené dans "Comment fabriquer son grand frère", un livre à l'approche littéraire mais scientifiquement impeccable. On va suivre Zuza dans toutes les étapes de la fabrication du grand frère avec les moyens du bord: du bois pour le squelette, des morceaux d'élastiques pour les ligaments, des élastiques entiers pour les muscles, des fils électriques pour les nerfs, etc. Je vous laisse la surprise de la suite car les idées de Zuza sont époustouflantes d'invention et de pertinence. Par exemple, des boîtes d'allumettes toutes reliées entre elles pour le cerveau! Il faut voir ce grand frère se construire, se complexifier, jusqu'à espérer qu'il prenne vie. Une autre paire de manches encore....

Ainsi, rien que pour le squelette, cela scie, coupe, mesure, assemble, jusqu'à l'écroulement des bouts de bois juste empilés. D'essais en tâtonnements va surgir l'idée d'articuler les os: les ligaments sont découverts et assemblés. C'est mieux mais ce n'est pas encore gagné. Comment faire pour que le squelette se tienne droit?

Coloriage de la scène sur veille et sommeil. (c) l'école des loisirs.

Ce qui est magique ici, c'est l'alliance féconde entre la poésie de Zuza et de ses acolytes et la pertinence des propos scientifiques. C'est vrai qu'en "montant" un humain, on comprend beaucoup mieux qu'en le "démontant". Chaque double page fourmille d'informations fictionnelles et scientifiques. L'équilibre est parfait, soutenu par l'incroyable beauté des dessins d'Anaïs Vaugelade, par l'imagination de ses personnages. Ceux qui connaissent son œuvre apprécieront les clins d'œil à des albums précédents comme cette allusion aux délicieuses "coquillettes au beurre".

Mise en couleurs de la page où Zuza fabrique reins et vessie. (c) edl.

On l'aura compris, cet album hors du commun, aussi déroutant qu'intelligent, est une réussite totale. Mille choses y sont à lire et à regarder, pour comprendre cette anatomie humaine qui apparaît tout à coup bien plus logique grâce à ces bricoleurs de Zuza, Croco et les jouets. A noter que les sujets abordés apparaissent dans le bas des pages, à côté des folios, ainsi que les récapitulatifs faisant régulièrement le point de ce qui a été déjà agencé. Et qu'une table des matières termine l'ouvrage. Mais si la science y a toute sa place, la fiction s'y défend bien et c'est à elle que reviendra le mot de la fin. Pour tous les âges.

Double page de "vérification générale". (c) l'école des loisirs.

Pour découvrir "Comment fabriquer son grand frère" en en vidéo, c'est ici.






mardi 31 juillet 2012

LFIR LU cie & co a un an

UN AN aujourd'hui. Ce qui vaut sans doute un gâteau, une bougie, un bouquet de fleurs, un texto, un message, un tweet...
Ce qui donne envie d'aller voir d'autres fêtes d'anniversaire.
Sélection de nos albums chouchous, comme ils sont revenus au gré de la mémoire.

"Monsieur le lièvre, voulez-vous m'aider?", de Charlotte Zolotow, illustré par Maurice Sendak (l'école des loisirs).

Une petite fille en chapeau de paille demande l'aide d'un lièvre pour trouver un cadeau d’anniversaire à sa maman. La conversation entre les deux a un charme fou, relève de la pure poésie. Ce petit chef-d'œuvre, né en 1962 aux Etats-Unis, a été traduit en français dès 1970. L'histoire avance autant dans le texte, délicat, savoureux, que dans les images, belles et terriblement évocatrices. Très expressifs dans leurs mimiques tous les deux, la petite fille comme le lièvre célèbrent d'une manière infiniment douce les bonheurs que l'existence met à la portée de chacun.


"L'anniversaire de Monsieur Guillaume" d'Anaïs Vaugelade (l'école des loisirs)

Comme aujourd'hui c'est son anniversaire, Monsieur Guillaume a décidé de déjeuner au restaurant. Il emmène tous ses amis, invite chacun à établir son menu préféré. Un texte chantant et une petite bande qui s'étoffe de page en page. La petite poule, le rat, le chat, le cochon d'hiver se joignent à Monsieur Guillaume. Même le loup...Et c'est un menu inattendu mais fédérateur qui attend tous les convives.


"Blaise et le château d'Anne Hiversère", de Claude Ponti (l'école des loisirs).

Un album, festif, joyeux, gourmand et gourmet, débordant de personnages, en grand format. Des poussins, par dizaines, par centaines, par milliers, tous différents, tous réussis, des nouvelles têtes bien amusantes et des invités dont la diversité ahurit. Blaise, le poussin masqué, coordonne la fête surprise que les poussins organisent pour Anne Hiversère, leur meilleure amie. Même que chaque poussin est aussi son meilleur ami! L'équipe a dix jours pour mener à terme son entreprise gourmande. L'édifice à construire sera le plus incroyabilicieux des châteaux-gâteaux. Les meilleurs ingrédients sont au rendez-vous: les œufs  d'Olga Ponlemonde, l'eau des Grobinets, le lait du Lac Tésibon, le chocolat de la mine, la farine éclapatouillée, le sucre des cimes (celui des mers aussi), les fruits délicieux. Les invitations, portées par les Boîtalettres qui connaissent les adresses, parlent, elles, d'un château superirrésistibilicieux! Château? Gâteau? Autant de glissements joyeux au fil d'innombrables jeux de mots, de langage, de signes, rythmés par la présence continue de Métantan-Skontdi et Métébouché, les poussins qui ritournellent "Pète et Répète sont dans un bateau. Pète tombe à l'eau. Qui reste?"
L'apothéose de cette pièce savamment montée a lieu le dixième jour à 1 h 25 mn 67 s, heure de naissance d'Anne Hiversère. Une double page hallucinante où apparaissent bien des personnages des livres et des histoires qui ont compté pour Ponti petit, et aussi grand (liste en pages de garde): Max et les Maximonstres, Gaston Lagaffe, Dumbo, Alice, Batman, les bébés de Nicole Claveloux, John Chatterton pour ne citer qu'eux..


"Un jour spécial pour Petit-Bond", de Max Velthuijs (Pastel).

Petit-Bond déjeune, toute excité: aujourd'hui est un jour spécial, lui a dit le Lièvre. Petit-Bond est intrigué. Il interroge ses amis. Pas d'explication. La grenouille sent la mauvaise humeur monter en elle, puis l'angoisse: ses amis ont peut-être décidé de faire une fête sans lui? Torturé, désappointé, il rentre chez lui où l'attend une très agréable surprise: une fête d'anniversaire! L'album explore finement la propension humaine à retourner contre soi une agressivité née d'un malaise.


"Patatras!", de Philippe Corentin (l'école des loisirs).

Vrai gentil ou faux méchant? Le loup né des pinceaux de Corentin vaut le détour. Il se présente comme un dégueulasse, se vante de croquer chaque lapin qui passe. En réalité, c'est un solitaire, en mal d'amitié. Qui viendra à son secours? Précisément les bouffeurs de carottes! Ils ont réservé à leur pseudo-ennemi une extraordinaire fête d'anniversaire. Un album à la tendre ironie naissant des récits croisés.


"La surprise de Biboundé", de Michel Gay (l'école des loisirs).

Biboundé, le petit manchot empereur qui vit sur la banquise, reçoit un bateau pour son anniversaire. Mais en le faisant naviguer, il le perd. Tous ses amis veulent l'aider et partent à la recherche du cadeau égaré. Ce qui va donner un enchaînements d'événements imprévus et très drôles.


"Mik", d'Olivier Douzou (MeMo).

 Mik est un hérisson, piquant dehors mais tout doux dedans. Il es un peu dépité: lors de son anniversaire, il n'a rien reçu de ce qu'il espérait. Il a eu un mikado, un nounoursin et un peigne! Tout du pointu alors qu'il rêve d'un ballon, pas un qui pique comme un marron, non, un ballon en baudruche, rond, doux, mou... Mais les contraires s'attirent et leur rencontre peut être explosive. Heureusement, un gentil Monsieur Kaktux lui glisse en finale son affection consolatrice. Constellé de points rouges et verts qui renvoient aux accords et aux interdits faits aux bébés: on ropose aux enfants du mou et du coin arrondi alors qu'ils sont attirés par l'angle et le piquant.


"Joyeux anniversaire Lola!", de Carl Norac, illustré par Claude K. Dubois (l'école des loisirs/Pastel).

Ce matin, Lola le hamster bondit de son lit. C'est son anniversaire! Mais que c'est long d'attendre les invités. Lola trépigne d'impatience. "Aujourd’hui, je suis le capitaine parce que c'est mon anniversaire!", déclare-t-elle. Tous les amis profitent de la fête quand tout à coup, ils s'aperçoivent que Lola a disparu…


"Le têtard mystérieux", de Steven Kellogg, traduit de l'américain par Bernard Prouvost (l'école des loisirs).

Paru en français en 1982, cinq ans après sa sortie aux Etats-Unis, cet album demeure l'un des plus rigolos du monde. On y suit de bout en bout la croissance du plus beau cadeau d'anniversaire que Louis ait reçu de sa vie: un têtard, envoyé par son oncle McAllister d'Ecosse… Nourri au hamburger, Alphonse grandit à toute allure sans trop vouloir devenir la grenouille annoncée par la maîtresse d’école. Du bocal, il passe à l'évier de la cuisine, puis à la baignoire, bientôt trop petite. Où caser le charmant mais encombrant cadeau? Louis le déménage en secret à la piscine du lycée, fermée durant l'été. Tout va bien jusqu'à la rentrée scolaire. De nouveaux rebondissements, cocasses et démesurés, attendent encore les lecteurs de ce classique de l'humour qui s'achève au nouvel anniversaire de Louis: son oncle écossais lui a envoyé une pierre qui se fissure comme un œuf…


"L'anniversaire de l'écureuil et autres histoires", de Toon Tellegen, illustré par Kitty Crowther, traduit du néerlandais par Véronique Roelaendt  (Albin Michel Jeunesse).

Venant à la suite de "Lettres de l'écureuil à la fourmi" (même éditeur), ce recueil réunit neuf histoires animalières qui sont autant d'occasions de fêtes: anniversaire, crémaillère, élégance... Un plaisant univers familier mais fantastique où écureuil, fourmi, éléphant, ours, hérisson... discourent avec humour de l'amitié.


"Le souhait de Treehorn", de Florence Parry Heide, illustré par Edward Gorey, traduit de l’américain par Oskar (Attila).

Un roman illustré qui clôt la trilogie entamée avec "Le rapetissement de Treehorn" (réédition de l'introuvable "Théophile a rétréci" à l'école des loisirs) et "Le trésor de Treehorn". Dans ce troisième volume, toujours finement illustré en noir et blanc, Treehorn s'apprête à fêter son anniversaire dans l'indifférence parentale, lorsqu'un génie surgit d’une jarre. Qui dit génie dit vœux à émettre. Trois évidemment. Une histoire joyeusement loufoque entre chapeau maternel vert, factures paternelles, employé du gaz et rêves d'enfant.


"La fête d'anniversaire", de Thé Tjong-Khing (Autrement Jeunesse).

Après "La course au gâteau" et "Le grand pique-nique", ce nouvel album sans texte raconte la fête d'anniversaire de Lapin. Les préparatifs, la décoration, le gâteau, tout tout tout, sauf que rien ne se passe comme imaginé. Pire même! Le collier de Madame Cochon a été volé. Qui est le coupable? Réponse dans les images, pleines de péripéties variées. En grand format, un humour simple et efficace.


"Le petit blond avec un mouton blanc", de Pierre Richard, illustré par Gwendal Le Bec (Albin Michel Jeunesse).

Pierre Richard n'a pas toujours été le Grand blond avec une chaussure noire. Il a aussi été un petit garçon – il est né le 16 août 1934 à Valenciennes. Jeune, on le surnommait… "le petit blond". Le gamin ébouriffé était alors accompagné d'un mouton blanc. C'est son enfance que l'acteur raconte en une trentaine de saynètes illustrées dans cet autoportrait original, plein de drôlerie et de poésie, annonciateur des qualités du futur comédien. Facétieux, l'ouvrage commence par une devinette. Le héros de la fête d'anniversaire a disparu au moment du gâteau mais on peut le retrouver en page 29, occupé à tout autre chose, avant que Pierre Richard ne réapparaisse et reçoive son cadeau, le mouton annoncé en titre.


"Petit lapin perdu", de Harry Horse traduit par de l'anglais par Claude Lager (l'école des loisirs/Pastel).

Quand Petit Lapin se réveille, il sait que ce jour n'est pas un jour comme les autres. "C'est mon anniversaire!" dit-il. "Je ne suis plus vraiment un petit lapin! Je suis un GRAND lapin maintenant!" Et pour fêter ce jour exceptionnel, ses parents l'emmènent au parc d'attractions car il en rêvait depuis longtemps. Mais il se rend bien vite compte que le parc d'attractions est, lui aussi, très très GRAND... qu'il est même GÉANT!


"Diego est arrivé", de Philippe Brasseur (l'école des loisirs/Pastel).

Tout commence le jour de l'anniversaire de Philibert, le narrateur: il reçoit Diego, un cheval, en cadeau de son parrain. Maman autorise son fils à le garder dans sa chambre. Au début, Diego sort le dimanche dans le jardin, en passant par la fenêtre. Plus après, son volume s'accordant mal avec le jardinage paternel. La plupart du temps, les deux comparses jouent dans la chambre du garçonnet. Pour ramener le calme dans la maison, Papa impose parfois la lecture d'un livre. Philibert sort le dernier bouquin reçu de son parrain, encore lui, un livre bourré d'images de chevaux qui donnent plein de nouvelles idées à Diego. Pas idéales pour le mobilier mais ouvrant à Philibert l'horizon de cavalcades infinies dans la forêt toute proche. Un album qui se moque allègrement du vraisemblable pour entraîner le lecteur dans des aventures originales, cultivant la bonne humeur et l'imagination.


"L'anniversaire d'Henri", de Jacques Duquennoy (Albin Michel Jeunesse).

On connaît bien Henri, le petit fantôme ami de Lucie, Georges et Edouard, dont une des particularités est de prendre la couleur de ce qu'il mange ou boit. Le revoilà en héros de fête d'anniversaire dans des pages qui bougent joyeusement. Quel plaisir de le voir avaler cookies, bonbons de couleur, menthe à l'eau, gâteau à bougies (quatre), avant une expédition décoiffante à la cave sombre, sombre, où s'est cachée tata Gligli!


"L'anniversaire d'Oscar", d'Etsuko Wanatabe (Seuil Jeunesse).

Oscar, le petit dernier de la famille croco, assiste aux préparatifs de sa fête d'anniversaire. Tout le monde s'y met, Papa, Maman, le grand frère et la grande sœur. Des images simples et colorées racontent l'essentiel des festivités, dont la fabrication du gâteau (recette jointe) mais les nombreuses tirettes, roues à tourner, volets à déplier et autres astuces techniques dépeignent aussi tout le reste, courses urgentes ou vie parallèle d'une famille souris.


Et encore


mercredi 20 juin 2012

LF olle d'Amir, tout simplement

Amir, c'est le nouveau personnage créé par Anaïs Vaugelade, un bambin qui va à la crèche. Un coffret de quatre mini-livres cartonnés, "4 histoires d'Amir" (L'école des loisirs), nous le présente sous différentes coutures. C'est tellement chou, tellement juste, tellement sincère, tellement délicieux qu'on a tous... envie d'aller à la crèche avec Amir. Moi en tout cas!

Amir s’intègre parfaitement dans la grande famille que forment déjà Monsieur Guillaume, Flore, Léonardichon, Zuza et les 73 petits Quichon, de précédents personnages d'Anaïs Vaugelade, auteure-illustratrice décidément ultra-douée.

Les mini-livres réunis dans "4 histoires d’Amir" peuvent se lire chacun séparément des autres, même s'ils se complètent. A noter que pour "Canards", la reliure se place vers le haut. "Mouche", "Chatons" et "Tracteur" utilisent la manière habituelle.

Amir est un très petit garçon, il va à la crèche. C'est un petit bout plein d'imagination. Mais le public auquel les livres s'adressent peut aussi être à l'école maternelle. Ou plus grand encore, il se rappellera alors de ce temps.

Dans "Mouche", "inspiré d'une histoire vraie", le bambin  ne trouve pas le sommeil au moment de la sieste. Alors que ses petits camarades dorment, il préfère marcher au plafond en compagnie d'une mouche qui lui confère ce pouvoir. Il volera même dans la pièce en compagnie de son hôtesse et recommencera le lendemain. Quelle force que celle de l'imagination! Quels magnifiques dessins que ceux d'Anaïs Vaugelade!

Amir vole avec la mouche sa copine. (c) L'école des loisirs.

"Tracteur", de pure fiction, précise l'auteure, mérite le détour en ces temps de surprotection de l'enfance. Sur le chemin de la crèche, Amir admire tous les jours un gros tracteur vert. "Tut-tut", fait celui-ci. Le gamin grimpe, ravi, et arrive à sa destination. Là, c'est un déchaînement de klaxons. Le tracteur vert ne veut pas quitter son jeune conducteur. Il réveille même les bébés de la crèche, au grand mécontentement des puéricultrices. Amir repart à son volant et croise le fermier, propriétaire de l'engin, étonné et compréhensif.

Heureusement que le livre permet de vivre de telles aventures par procuration. Heureusement que des auteur(e)s les consignent dans des livres.

"Chatons" est une charmante expédition à l'assaut des bottes de paille de la grange, "Canards" se déroule au bord de la mare.

Chaque fois, un petit suspense et une conclusion autour de tartines partagées. Anaïs Vaugelade a toujours aimé évoquer la nourriture et avec elle, manger, c'est très souvent aussi faire la fête.



On aime aussi beaucoup sa Zuza (prononcer Zouza), dont les trois dernières des onze histoires sont réunies dans "Courage, Zuza!"  (l'école des loisirs), mais il existe d'autres albums contant les péripéties de la vie de l'héroïne au nom si doux.
Cette demoiselle de papier est si vivante, si attachante avec son imaginaire pétillant, que campent admirablement des illustrations inattendues et acidulées. Elle  est accompagnée d'un spectaculaire compagnon crocodile - son double?, timide, discret, rassurant, toujours là au bon moment.

"Zuza a grandi", nous a dit Anaïs Vaugelade, "elle est maintenant à l'école". Pas de douzième histoire alors? Officiellement non, à moins que... Dans ce dernier opus en date, notre Zuza chérie a trois soucis: l'anniversaire de son bébé de sœur aux innombrables copines, l'école dont la maîtresse l'empêche de rêver, ses amies qui lui chiperaient bien, justement, sa sœur. Pauvre Zuza: piquée par la jalousie, révoltée par la dure loi scolaire, privée d'air pour exister. Heureuse Zuza qui trouve en son crocodile l'occasion de rebondir sans se perdre.


Il y a trois ans sont sortis les deux albums derniers dédiés aux Quichon,  nom de famille de ces cochons roses si humains. En tout, ils sont 73 petits porcelets et leurs parents. Anaïs Vaugelade les croque depuis 2004 avec talent, tendresse, imagination et humour. Voilà porté à sept le nombre de portraits de Quichon. Puisse-t-il y en avoir encore d'autres.


Des petits cochons très humains. (c) l'école des loisirs.



C’est une course en famille – nombreuse évidemment – qui sert de point de départ à l’excellent "Dans les basquettes de Babakar Quichon" (l'école des loisirs). Cléo, la plus jeune de tous, en donne le coup d’envoi. Grands et petits se précipitent, dans un concert de "hop hop hop", "tap tap tap", "roule roule roule" et autres bruits de course à pied (de cochon). Equipé de fantastiques "basquettes", ultrarapides, Babakar Quichon double tout le monde. Il va même tellement vite qu’il dépasse le paysage, le son et aussi la lumière… On baigne dans le même univers que Claude Ponti. Mais ne dit-on pas que les porcelets d'Anaïs Vaugelade sont les cousins des poussins pontiens?
Quelle superbe idée en tout cas, remarquablement mise en images et qui retrouve avec une aussi belle imagination le chemin de la réalité !




L'autre album, de facture plus classique, est également très réussi: "La poussette de Cléo Quichon" (l'école des loisirs).  Campée sur ses petites jambes, la benjamine pousse sa poussette, vide évidemment, et refuse énergiquement que quiconque y soit posé ou s'y installe… Ni le lion de Stéphanie, ni les poupées d'Annabella et Stella, ni quatre de ses grands frères, ni même Papa qui le lui demande pourtant tellement gentiment. C'est évidemment Maman qui aura le mot de la fin, avec la petite Cléo qui s'installera tout bonnement dans sa poussette pour une sieste. Du vécu à croquer!


Une poussette à succès. (c) l'école des loisirs.