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mardi 29 janvier 2019

La nostalgie lumineuse d'Alain Verster

Alain Verster.

Il reste une quinzaine de jours pour visiter l'exposition-installation au Wolf (rue de la Violette, 20, 1000 Bruxelles) de l'illustrateur jeunesse belge flamand Alain Verster - jusqu'au vendredi 15 février. Un superbe univers graphique incitant à la rêverie, à la fois poétique, nostalgique et extrêmement vivant, composé de photographies anciennes travaillées à l'acrylique, à la peinture à l'huile et au  ruban adhésif. A le voir, on pense un peu à Carll Cneut (lire ici) qui a été son professeur au KASK et au Norvégien Stian Hole (lire ici). Surtout, on se dit que c'est drôlement réussi. Son style rétro manie avec talent l'humour et les clins d'œil.

Alain Verster a déjà publié six albums pour enfants en Flandres, cinq chez De Eenhoorn, un chez Lannoo. Son avant-dernier, "Ik zie jou, zie jij mij?", avec un long texte de Saskia Goeminne, a été traduit en français par Marie Hooghe, "Je te vois, et toi?" (Versant Sud Jeunesse, 2018). C'est un album puisqu'il est largement et superbement illustré, mais pour les grands enfants, à partir de 9/10 ans, sans limite d'âge. Il se déroule le temps d'une journée sur une place et met en scène une vieille dame, un homme, une femme, une petite fille, un chien et un poisson rouge.

La place centrale. (c) Versant Sud Jeunesse.

L'album propose de faire un arrêt sur une place où sonne joliment une fontaine et de regarder tout ce qui s'y passe. Le soleil, les maisons, les pigeons et bien entendu les gens. Pas tous ceux qui passent mais certains qui s'y arrêtent. La vieille dame assise sur un banc avec son pique-nique. L'homme au nœud papillon, si propre sur lui et attiré par une femme derrière sa fenêtre. Le petit garçon qui rêve d'un chien. Le chien sauvé jeune par la vielle dame. Le bébé fille endormi sur un vélo. Le poisson rouge fatigué de son bocal.


Quelques-uns des personnages principaux.
(c) Versant Sud Jeunesse.






















Des liens vont se tisser entre tous ces personnages, dans un texte qui met la focale sur chacun d'eux successivement avant de revenir à la place, élément central. Les illustrations, elles, donnent mille choses de plus à voir, dans leur réalisme photographique bousculé par de formidables collages. Car la technique d'Alain Verster accroche le regard autant qu'elle l'interpelle. Elle séduit par ses compositions et son choix de couleurs et pousse le texte plus loin que ses mots.

Tout est à voir et à raconter. (c) Versant Sud Jeunesse.

Né en 1984 à Braschaat près d'Anvers, Alain Verster y habite toujours. Il a étudié le graphisme à la Royal Academy of Fine Arts de Gand. Il est professeur d'éducation plastique. Sa technique d'illustration se caractérise par une superposition de couches d'images. Sa base est composée de photographies anciennes traitées numériquement, puis imprimées sur du papier non couché et travaillées  avec du ruban adhésif. Cela floute un peu l'image originale dont certains traits sont accentués au crayon, à l'acrylique et à la peinture à l'huile. A ce procédé s'ajoutent des couleurs en arrière-plan. Ces différents éléments sont assemblés sur écran. Malgré le traitement numérique, la matière des dessins originaux est conservée et confère de la vérité et de l'intensité aux compositions.

Pour feuilleter en ligne "Je te vois, et toi?", c'est ici.

L'album "Je te vois, et toi?" a été sélectionné par "La Petite Fureur" (jusqu'au 1er mars), concours littéraire de la Fédération Wallonie-Bruxelles visant à promouvoir la lecture des enfants tout en assurant la visibilité des auteurs et illustrateurs de la Communauté française. Il propose aux enfants de 3 à 13 ans de choisir un des douze livres d'auteurs, illustrateurs et/ou traducteurs belges sélectionnés et d'en prolonger la lecture par un dessin, un collage, une poésie, une chanson, une adaptation théâtrale... Tout est permis sauf les réalisations en 3D.

Sélection "Petite fureur 2018"




 Alain Verster sera présent à la Foire du livre de Bruxelles le samedi 16 février à 11 heures.




vendredi 9 décembre 2016

Kitty Crowther? Kitty Crow-quater!

Ah, le réjouissant coup de crayon de Kitty Crowther, il se reconnaît de loin. Qu'il soit de couleurs comme ci-dessous ou en noir (voir point 4.)


1. Un livre d'artiste

Jan Toorop en 1892.
Il y a gros à parier que peu de monde ici a entendu parler du peintre symboliste et pionnier de l'art nouveau Jan Toorop (1858-1928). De son vrai nom Johannes Theodorus Toorop, il est né à Java dans les Indes néerlandaises et est arrivé à Delft aux Pays-Bas à l'âge de onze ans pour ensuite se former à Amsterdam et Bruxelles. On connaît peu son nom. Même si une grande exposition de son travail (150 œuvres) a eu lieu ce printemps à La Haye. Même si plusieurs de ses tableaux sont conservés dans des musées belges, dont celui des Beaux-Arts à Bruxelles, celui d'Ixelles, de Gand, ou français (le musée d'Orsay notamment), et bien entendu hollandais, Rijksmuseum d'Amsterdam, musée de La Haye, musée Kröller-Müller d'Otterlo, musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam... Même si sa peinture puissante et extrêmement personnelle a inspiré Gustav Klimt et d'autres Viennois.

On va vite découvrir celui dont Paul Verlaine disait qu'il était "un superbe Javanais brun de teint aux yeux sombres extraordinairement doux, à la barbe épaisse et molle, bleue à force d'être noire" grâce au très bel album aux crayons de couleurs que lui consacre l'auteure-illustratrice belge Kitty Crowther. "Jan Toorop, le chant du temps", créé pour l'exposition de La Haye, paraît heureusement en français (Versant Sud Jeunesse, 32 pages).


La première double page sur l'enfance de Jan Toorop. (c) Versant Sud.

Le livre est une merveille. Un livre d'artiste sur un artiste. Dans des pages de toute beauté, souvent doubles, Kitty Crowther nous raconte par ses dessins aussi personnels que réussis la vie du peintre. Avec ses couleurs à elle, elle nous fait découvrir son œuvre à lui. Une page de texte au début et une dizaine de lignes à la fin posent quelques repères biographiques. Pour le reste, il faut plonger. S'immerger dans les images, y repérer les deux princesses qui ont accompagné Jan Toorop tout au long de sa vie, y réaliser l'influence de son enfance à Java dans sa peinture, y déceler sa rencontre avec sa femme, sa conversion au catholicisme, la naissance de sa fille qui sera artiste comme lui. Oui, le temps chante chez Jan Toorop grâce à Kitty Crowther.

Le départ, à onze ans, vers les Pays-Bas. (c) Versant Sud Jeunesse.

Cet album, chacun l'interprétera à sa guise. Chacun verra ce qu'il y a pour lui derrière le dessin regardé. Chacun savourera le jeu des lignes de couleurs qui ondulent, puissantes et inspirantes, celles en noir pour d'exquises chevelures, le jeu des lumières omniprésent. Chacun appréciera le contraste de ton et de forme entre thèmes sombres et joies du quotidien. "Jan Toorop, le chant du temps" est un superbe hommage à celui qui, à cheval entre Indes et Pays-Bas, aimait par-dessus tout dessiner. Des mots qu'on a entendus aussi dans la bouche de la lauréate 2010 du prix Astrid Lindgren.

Père et fille. (c) Versant Sud Jeunesse.

Kitty Crowther dédicacera "Jan Toorop, le chant du temps" ce samedi 10 décembre à partir de 15 heures à la librairie Tropismes (11 Galerie des Princes, 1000 Bruxelles).


2. Une conversation

Pour découvrir ou mieux connaître Kitty Crowther et ses mystères, je ne saurais trop recommander de lire  "Conversation avec Kitty Crowther" (Pyramyd, 168 pages) de Véronique Antoine-Andersen. Un essai littéraire abondamment illustré de dessins provenant de ses livres et de photos qui parcourt tout l'œuvre de "Kitty, fille d'Astrid et de Beatrix", comme l'appelle l'intervieweuse. L'ouvrage commence par une longue et passionnante conversation à bâtons rompus ente elles deux. Plus de cent pages agréablement mises en pages qui permettent à Kitty Crowther d'aborder tous les sujets, son art bien entendu, mais aussi son enfance, ses études, ses différents albums, ses pas de côté, son handicap (elle est malentendante), ce qu'elle cherche dans la création, ce qu'elle y trouve et comment elle se dépasse sans cesse.




Une conversation passionnante mise en pages avec variété. (c) Pyramyd.

Après la conversation, la réflexion, celle de l'auteure à propos de son sujet. En finale, les dessous de l'album "Mère Méduse". Un travail remarquable sur une merveilleuse auteure-illustratrice qui dit souvent "Je n'essaie pas de faire des livres plaisants mais des histoires qui m'intéressent profondément. D'ailleurs, je n'ai pas l'impression de décider, ce sont elles qui me choisissent".


3. Une traduction

Le délicieux "Poka & Mine, un cadeau pour Grand-Mère" de Kitty Crowther (lire ici) vient de sortir en version néerlandaise, comme les précédents de la série, chez l'éditeur belge De Eenhoorn, sous le titre "Mini en de verrassing voor Oma".







4. Un concert de Noël

L'autre jour, mon regard a glissé sur le journal.
"Tiens, on dirait un dessin de Kitty Crowther."

Ce soir-là, au fond des bois (c) Théâtre du tilleul.

C'en était un, pour indiquer la reprise, la recréation même, par le Théâtre du Tilleul à Bozar, du spectacle "Ce soir-là, au fond des bois", créé en 2011.

Dessin de Kitty Crowther.
Soit un concert de Noël avec l'Orchestre national de Belgique dirigé par Damian Iorio,  le chœur d'enfants du Vlaamse Opera dirigé par Hendrik Derolez, l'équipe du Théâtre du Tilleul au théâtre d'ombres et de papier et Kitty Crowther à la table de dessin.

Dans ce conte de Noël musical, théâtre de papier, ombres chinoises et dessins créés en direct s'allient à la force de l'orchestre et du chœur d'enfants. Les dessins de Kitty Crowther s'animent grâce à l'adresse de l'équipe du Théâtre du Tilleul. Les plus beaux airs de Noël sont à l'honneur avec des musiques de Bartók, Tchaikovsky, Moussorgski, Debussy, Janáček, Prokofiev...

Ce sera les 22 et 23 décembre à 19 heures pour les représentations publiques (réservations ici).

Un extrait vidéo ici.






dimanche 6 novembre 2016

Kitty Crowther reçoit le "Boekenpauw 2016"

Boekenpauw.


Chaque année, le "Boekenpauw" (le "paon des livres, 2.500 euros) est décerné pendant la Boekenbeurs (foire du livre) d'Anvers à l'illustrateur qui a réalisé le meilleur album de l'année. Et pour 2016, c'est Kitty Crowther qui est récompensée pour "Mama Medusa" (De Eenhoorn), la traduction néerlandaise du magnifique "Mère Méduse" (l'école des loisirs, Pastel). Son album a été préféré à ceux de Alain Verster  Thé Tjong - Khing et Ludwig Volbeda.

"Le livre lauréat offre une combinaison unique, un peu étrange, de magie et de réalité, qui envoûte et crée une atmosphère proche du mythe", a estimé le jury qui a ajouté que "Mama Medusa" est un petit bijou".

Kitty Crowther et Bart Desmyter, son éditeur chez De Eenhoorn
Le prix, comme son frère, le Boekenleeuw, s'est ouvert pour la première fois cette année aux artistes non Belges néerlandophones, les francophones par exemple ou les Néerlandais. Et pouf, notre Kitty l'emporte. Bravo à elle et à ses éditeurs.

Pour retrouver "Mère Méduse", c'est ici.