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mercredi 9 décembre 2020

Deux Belges nommés aux prix Andersen 2022

Thomas Lavachery.
Carll Cneut.





















L'IBBY (Internation Board on Books for Young People) vient de dévoiler la liste des 62 candidats, en provenance de 33 pays, qu'elle a retenus pour les prix Andersen 2022. Joie, deux Belges, l'écrivain francophone Thomas Lavachery et l'illustrateur flamand Carll Cneut y figurent.

D'autres noms sélectionnés font également plaisir, Marie-Aude Murail et Gilles Bachelet pour la France, Beatrice Alemagna pour l'Italie, Piret Raud pour l'Estonie, Nikolaus Heidelbach pour l'Allemagne, Catherine Louis pour la Suisse, David McKee pour la Grande-Bretagne.

Rendez-vous en janvier 2022 pour la sélection finale et en avril-mai 2022 pour les lauréats.

Les 62 candidats
  • Argentine: Auteur María Cristina Ramos; Illustrateur Gusti
  • Australie: Auteur Margaret Wild; Illustrateur Tohby Riddle
  • Autriche: Auteur Heinz Janisch; Illustrateur Linda Wolfsgruber
  • Belgique: Auteur Thomas Lavachery; Illustrateur Carll Cneut
  • Brésil: Auteur Marina Colasanti; Illustrateur Nelson Cruz
  • Canada: Auteur Angèle Delaunois; Illustrateur Sydney Smith
  • Chine: Auteur Jin Bo; Illustrateur Xiong Liang
  • Colombie & Venezuela: Illustrateur Ivar Da Coll
  • Croatie: Illustrateur Dubravka Kolanović
  • Chypre: Auteur Anna Kouppanou; Illustrateur Dora Oronti
  • Estonie: Auteur Andrus Kivirähk; Illustrateur Piret Raud
  • France: Auteur Marie-Aude Murail; Illustrateur Gilles Bachelet
  • Allemagne: Auteur Andreas Steinhöfel; Illustrateur Nikolaus Heidelbach
  • Grèce: Auteur Maria Papayanni; Illustrateur Iris Samartzi
  • Hongrie: Auteur András Dániel; Illustrateur László Herbszt
  • Iran: Auteur Jamshid Khanian; Illustrateur Pejman Rahimizadeh
  • Italie: Auteur Roberto Piumini; Illustrateur Beatrice Alemagna
  • Japon: Auteur Joko Iwase; Illustrateur Ryoji Arai
  • Corée: Auteur Yi Hyeon; Illustrateur Suzy Lee
  • Lettonie: Illustrateur Aleksejs Naumovs
  • Liban: Auteur Fatima Sharafeddine; Illustrateur Sinan Hallak
  • Lituanie: Illustrateur Kestutis Kasparavičius
  • Pays-Bas: Auteur Tonke Dragt; Illustrateur Sylvia Weve
  • Pologne: Auteur Marcin Szczygielski; Illustrateur Iwona Chmielewska
  • Russie: Auteur Sergey Makhotin; Illustrateur Julja Gukova
  • Slovénie: Auteur Peter Svetina; Illustrateur Damijan Stepančič
  • Epagne: Auteur Jordi Sierra i Fabra; Illustrateur Elena Odriozola
  • Suède: Auteur Annika Thor; Illustrateur Anna Bengtsson
  • Suisse: Auteur Franz Hohler; Illustrateur Catherine Louis
  • Turquie: Auteur Behiç Ak; Illustrateur Mustafa Delioğlu
  • Ukraine: Auteur Halyna Malyk; Illustrateur Kost Lavro
  • Royaume-Uni: Auteur Marcus Sedgwick; Illustrateur David McKee
  • Etats-Unis: Auteur Linda Sue Park; Illustrateur Kadir Nelson

Et pour ne pas s'embrouiller entre les différents prix du même nom, c'est ici.

jeudi 26 septembre 2019

En autruche, en licorne, en escargot, en chat, en soucoupe volante, tous à Moulins

(c) Gilles Bachelet.



Sur Facebook, Gilles Bachelet écrit il y a quelques jours en légende de ce dessin: "L'auteur, dans son écurie-garage, s'interroge sur le moyen de transport le plus approprié pour se rendre à la 5e Biennale des Illustrateurs de Moulins..."

Il ne sera pas le seul à rallier l'Auvergne ces prochains jours pour des expositions et des rencontres, professionnelles et informelles, rivalisant d'intelligence et de légèreté, alliant qualité, passion et générosité. Vraiment, la littérature de jeunesse a de la chance que l'association des Malcoiffés qui organise la biennale existe. Et ceux et celles qui apprécient la littérature de jeunesse de qualité encore plus.

L'affiche 2019 est une fois de plus régalante. Beaucoup d'artistes et des meilleurs. D'hier, d'aujourd'hui et de demain. Les reconnaissez-vous par certains de leurs livres? Voici un titre par invité. Regardez bien.


Vous avez raison, il en manque car ils sont en réalité douze artistes à se rendre à Moulins à la fin de cette semaine (voir ici des images de leur travail). Par ordre alphabétique,



  • Gilles Bachelet (exposition du 26 septembre au 6 octobre à la Salle des fêtes)
  • Blexbolex, alias Bernard Granger (exposition du 26 septembre au 6 octobre aux Imprimeries Réunies)
  • Anne Brouillard (exposition du 21 septembre au 6 octobre à l'Hôtel du Département)
  • Joanna Concejo (exposition du 21 septembre au 6 octobre à la librairie Devaux)
  • Laurent Corvaisier (exposition du 21 septembre au 6 octobre à la chapelle de la Visitation)
  • Fanette Mellier (création originale et éphémère du 15 septembre au 31 décembre 2019 sur les douze panneaux du Cours Jean Jaurès)
  • Nikolaus Heidelbach (exposition du 26 septembre au 6 octobre à l'Hôtel de Ville)
  • Katy Couprie & Antonin Louchard (exposition du 21 septembre au 5 janvier 2020 au Musée de l'Illustration Jeunesse)
  • Junko Nakamura (exposition du 26 septembre au 5 janvier 2020 à la Médiathèque)
  • Adrien Parlange (exposition du 21 septembre au 6 octobre à la Galerie des Bourbons)
  • Roland Topor (exposition du 21 septembre au 5 janvier 2020 au Musée de l’Illustration Jeunesse)



Mais la Biennale (du 26 septembre au 6 octobre), ce sont aussi les rencontres professionnelles du vendredi 27 et du samedi 28 (programme ici) auxquelles j'aurai le plaisir de participer. Plein d'événements et de lectures, des performances et des séances de signatures (lire ici).

Finalement, Gilles Bachelet a choisi son moyen de transport: Poufy!

(c) Gilles Bachelet.


Pour rappel

Programme 2017
Serge Bloch, Anthony Browne, Carll Cneut, Jérémie Fischer, Pauline Kalioujny, Malika Doray, Philippe UG et Tomi Ungerer (lire ici)

Programme 2015
Claude Ponti, Marion Fayolle, Susanne Janssen, Nicole Claveloux, Mélanie Rutten, Ingrid Godon et Claire Dé (lire ici)

Programme 2013
Sara, Lorenzo Mattotti, Květa Pacovskà, Lionel Koechlin, Albertine, Roberto Innocenti, Emmanuelle Houdart, Christian Lacroix, Elzbieta, François Roca, Joëlle Jolivet et une expo d'André François (lire ici)

Programme 2011
Frédéric Clément, Benoît Jacques, Natali Fortier, Loren Capelli, Kitty Crowther, Henri Galeron, Les Chats Pelés et Georges Lemoine.



vendredi 13 février 2015

Les filles et les garçons de Nikolaus Heidelbach

Comme c'est amusant! Les deux nouveaux albums de Nikolaus Heidelbach, les merveilleux "Que font les petites filles aujourd'hui?" et "Que font les petits garçons aujourd'hui?" (traduits de l'allemand par Marc Porée, Les Grandes Personnes, 64 pages chacun), ont pile le même format que les deux titres anciens dont ils sont à la fois la reprise et le prolongement. Mais ce qui distingue les nouveaux des précédents du point de vue forme, c'est le sens de lecture. "Au théâtre des filles" (traduit de l'allemand par Joseph Jacquet, Le sourire qui mord/Gallimard, 1993) et "Que font les petits garçons?" (pas de nom de traducteur, Seuil Jeunesse, 2000) sont (étaient? car ils ne sont plus disponibles) en format à l'italienne. Evidemment, il faut avoir quelques années aux côtés de la littérature de jeunesse, ou accès à une excellente bibliothèque pour s'en rendre compte...










Nikolaus Heidelbach est incontestablement un des auteurs-illustrateurs allemands pour la jeunesse les plus doués de sa génération. Son travail exigeant est tout à fait accessible à l’ensemble des enfants en âge d'albums. Son graphisme aisément reconnaissable est non seulement magnifique sur le plan esthétique mais réjouissant sur le plan mental tant il regorge d'impeccables trouvailles. Son rapport texte-images est des plus intéressants. Pas de sentiment d’enfance édulcoré chez lui. Au contraire! Ses images au calme apparent abritent des tempêtes de sens.

En réalité, il fut remarqué dès ses débuts à la Foire du livre pour enfants de Bologne. En 1995, il obtient le Bolognaragazzi de fiction en section enfance pour l'album "Was machen die Mädchen?" (Beltz & Gelberg, 1992), que j'avais repéré en version originale dès sa parution et qui est devenu en 1993 en français "Au théâtre des filles" (Sourire qui mord/Gallimard), publié par Christian Bruel avec une couverture différente de l'album original.

Ensuite, les titres, toujours d'une extrême qualité, souvent initiatiques, en lien avec l'enfance à la manière Nikolaus Heidelbach, se sont succédés.
Des albums:
  • "La chambre du poisson" (Gallimard/Le sourire qui mord, 1993)
  • "Tout-petits déjà" (Gallimard/Le sourire qui mord, 1994)
  • "Papa/Maman" (album tête-bêche à entrées séparées, Gallimard/Le sourire qui mord, 1994)
  • "Un livre pour Elie" (Seuil Jeunesse, 40 pages, 1996)
  • "Que font les petits garçons?" (Seuil Jeunesse, 2000)
  • "La treizième fée" (Seuil Jeunesse, 2004)
  • "La reine Gisèle" (Panama, 2006)
  • "L'avenir de la famille" (Il était deux fois, 2010)
  • "L'enfant-phoque" (Les grandes personnes, 2011)

Des recueils de contes:
  • "Contes de Grimm, volume 1" (Seuil Jeunesse, 2003)
  • "Contes de Grimm, volume 2" (Seuil Jeunesse, 2004)
  • "Grand Nain et autres histoires" (Franz Hohler, La joie de lire, 2004)
  • "Contes d'Andersen" (Seuil Jeunesse, 2005)
  • "Contes abracadabrants" (Franz Hohler, La joie de lire, 2011)

Pourquoi ne sont-ils pas réédités? C'est une excellente question.


Amandine deviendra Anne-Lise dans l'album. (c) Les grandes personnes.

Aujourd'hui, Nikolaus Heidelbach nous revient donc avec deux albums qui redéclinent deux livres parus en français en 1993 et 2000. Des abécédaires relatant les histoires de vingt-six filles et de vingt-six garçons. Qu'est-ce qui peut donner envie à un auteur-illustrateur de reprendre un travail? En tout cas, avec "Que font les petites filles aujourd'hui?" comme avec "Que font les petits garçons aujourd'hui?", il nous étonne une nouvelle fois.

Les prénoms ont changé. On a maintenant Anne-Lise, Bettina, Cléo, Doris, Evelyne... (au lieu d'Adélaïde, Barbara, Cornélia, Daphnée, Ernestine... ) ou Arnaud, Benjamin, Christian, Damien, Edouard... (au lieu d'Anatole, Balthazar, Charles, David, Eloi...). Mais leurs rêves sont toujours ceux d'enfants pleins d'imagination, et parfois de contradictions, interpellant ceux qui les lisent, les rencontrant dans leur propre enfance. Leur fantaisie se décline en scènes particulièrement agréables à découvrir. Surtout que les images sont comme toujours superbes, pleines de rires et de mystères.

Voilà Benjamin qui joue tout seul. (c) Les grandes personnes.

Ce qui a surtout changé, outre les énigmatiques pages de garde, c'est le personnage qui présente la lettre de l'alphabet. Dans les livres anciens, c'était presque toujours des filles pour le livre des garçons, et, inversement, des garçons pour le livre des filles. Ici, Nikolaus Heidelbach pousse plus loin en faisant porter les différentes lettrines par des angelots dodus chez les petites filles et par des faunes assez féminins chez les petits garçons

Pas question toutefois de trop questionner. Plongeons plutôt dans ces albums exceptionnels, laissons-nous porter par les images et les interrogations. Quand le texte dit en page de gauche  "Anne-Lise espère bientôt être repérée", on voit en page droite une brunette arpentant le trottoir avec tout son équipement musical, grosse caisse, triangle, clochettes, mini-trompette, auxquels sont attachées de vielles boîtes de conserve et des os de poulet.

De double page en double page, on croise les aspirations de ces demoiselles d'aujourd'hui: le théâtre pour Bettina, une Maman pour les trois sœurs en G, une présence pour Hedwige... et bien sûr les garçons et l'amour. On rit et on tremble. On rêve et on vit. Nikolaus Heidelbach a tout compris des petites filles d'aujourd'hui.

Ici aussi les prénoms ont changé mais pas la quête. (c) Les grandes personnes.

Et des petits garçons? Aussi. Ils rêvent (Arnaud d'une sirène), imaginent, s'inventent une nouvelle vie (avoir une sœur pour Damien, mais l'image montre un cochon), veulent faire du théâtre autrement comme Gustave ou montrer leurs progrès à un père décédé comme Harry. Ils s'intéressent aux filles et à l'amour, ont des parents aux habitudes parfois étranges... Des petits garçons très contemporains.

Ce sera en fait Zorro qui clôture le livre des garçons. (c) Les grandes personnes.

Bref, on a envie de tous les rencontrer, ces vingt-six petites filles et ces vingt-six petits garçons que Nikolaus Heidelbach nous présente, sortis de leur existence ou de son imagination. La vie n'est pas toujours facile, mais comme il l'accompagne avec pertinence, sans mièvrerie ni attendrissement. Quel talent, quelle générosité!