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mardi 16 octobre 2018

Le prix Vendredi découpé en trois

Nicolas de Crécy.



Pour sa deuxième édition aussi, le prix Vendredi a décidé de récompenser trois des dix romans qu'il avait retenus en sélection (lire ici).

Nicolas de Crécy remporte le Prix Vendredi 2018 avec "Les amours d'un fantôme en temps de guerre" (Albin Michel).

Nastasia Rugani.
Vincent Mondiot.















Des mentions spéciales sont décernées à "Milly Vodović" de Nastasia Rugani (MeMo) et "Nightwork" de Vincent Mondiot (Actes Sud Junior).




lundi 15 octobre 2018

Bernadette Gervais en visite chez le Père Castor

Bernadette Gervais.


Le fonds des historiques Editions du Père Castor, fondées en 1931 par Paul Faucher (1898-1967), a été inscrit au registre Mémoire du Monde de l'Unesco en 2017. Ce qui a permis entre autres à la médiathèque intercommunale de Meuzac, qui conserve les archives du Père Castor, et à l'Ecole nationale supérieure d'art de Limoges d'organiser une résidence d'auteur/illustrateur de jeunesse longue de douze semaines. Un séjour qui permettra à des artistes, auteurs et illustrateurs contemporains, de découvrir ce fonds incomparable et de mettre en place un travail artistique en lien avec des enfants et des étudiants, dans la tradition des albums du Père Castor, illustratifs d'un bel équilibre entre art, littérature et pédagogie.



























C'est notre Bernadette Gervais nationale qui a été choisie parmi les candidats à cette première édition de la résidence. Émilie-Anne Dufour, directrice de la médiathèque intercommunale du Père Castor explique: "L'étude des dossiers de candidature a été pour nous l'occasion de constater à quel point étaient forts l'attachement et la sensibilité des illustrateurs contemporains au Père Castor, et combien le travail de Paul Faucher, fondateur de cette maison d'édition, avait nourri leur imaginaire d'enfant puis d'artiste avec des livres tels que ceux de Nathalie Parain, Rojankovski ou Hélène Guertik.

Parmi les illustrateurs qui ont répondu à notre appel, Bernadette Gervais, dont les livres figurent sur les rayonnages de la médiathèque depuis de nombreuses années, faisait particulièrement écho à l'émotion qui nous saisit aujourd'hui encore lorsque nous travaillons sur les archives du Père Castor. Ses dessins venant en appui au livre, elle sait par ailleurs donner à chaque ouvrage la technique et la forme qui lui conviendront le mieux. Aussi à l'aise dans le réalisme et le sens du détail que dans l'abécédaire ou le livre-objet, elle nous semblait pouvoir jouer sur toutes les facettes de la collection du Père Castor."

Quand on connaît l'intérêt de l'intéressée pour le patrimoine de la littérature de jeunesse, et ses connaissances dans ce domaine, que ce soit les livres du Père Castor ou ceux d'André Hellé, pour ne citer que ceux-là, on imagine sa joie de pouvoir aller farfouiller dans de telles archives. Laissez Bernadette Gervais sur une brocante ou un vide-grenier, elle vous déniche des trésors de livres devant lesquels vous seriez passés sans vous en soucier.

"Je suis plutôt reconnue comme une "faiseuse de livres, et c'est plus fondamentalement ce que je suis", dit celle dont la bibliographie s'enorgueillit de plus de cent titres, en duo avec Francesco Pittau et en solo depuis quelques années. "Je ne cherche pas à faire des dessins qui existent pour eux-mêmes, mes illustrations sont faites pour prendre place dans des livres."

Bernadette Gervais résidera en Haute Vienne dès demain jusqu'en mars 2019, à raison d'une quinzaine de jours par mois. A charge pour elle de créer un livre pour enfants en relation avec les archives du Père Castor, de faire découvrir aux élèves du coin les différentes étapes de la création d'un livre et d'expérimenter avec eux les techniques du pochoir, "sa" technique favorite. Une résidence à suivre.









vendredi 12 octobre 2018

Le Nobel de littérature alternatif à Maryse Condé

Maryse Condé.

C'est donc la romancière guadeloupéenne Maryse Condé (née le 11 février 1937 à Pointe-à-Pitre) qui remporte le New Academy Prize in Literature, Nobel alternatif créé pour pallier l'absence de prix Nobel de littérature cette année (lire ici). Il y restait trois candidats, après le retrait de Haruki Murakami (lire ici): elle, publiée chez JC Lattès au Mercure de France et chez Robert Laffont, Neil Gaiman et Kim Thúy (lire ici). Enchantée je suis car c'était aussi mon choix 😊

Le prix a été créé par la journaliste suédoise Alexandra Pascalidou dans le but de décerner un prix international de littérature puisque le prix Nobel de littérature 2018 ne sera pas décerné (lire ici). La Nouvelle Académie prévoit de se dissoudre en décembre 2018.

Il est doté d'un million de couronnes suédoises (quasiment 100.000 euros). La lauréate sera présenté) lors d'un événement officiel le 9 décembre 2018.










jeudi 11 octobre 2018

La très triste nouvelle de la disparition d'Elzbieta

Elzbieta.

Très triste nouvelle. L'immense Elzbieta est décédée ce lundi 5 octobre à l'âge de 82 ans. Elle était née  le 3 juillet 1936 à Bogucin en Pologne mais vivait depuis la fin de son enfance voyageuse quasi toujours à Paris. Illustratrice, écrivaine, plasticienne, auteure de littérature pour la jeunesse, elle a apporté au genre son extraordinaire sensibilité et son attention constante à donner toujours le meilleur aux enfants. Les enfants qu'elle chérissait plus que tout.

"Hocus Pocus".
Elle a créé pour eux, des bébés aux enfants sachant déjà lire tout seuls,  une bonne soixantaine d'albums, des tendres, des doux, des sérieux, des drôles, n'hésitant pas à varier de technique pour tester ses capacités. "Chaque album commence mal pour moi", me disait-elle en 2010, invitée aux Rencontres de Bastia, "parce que je me sens obligée de changer de manière pour chaque livre. Je suis autodidacte et j'ai la névrose de changer, sans doute pour me situer par rapport à ceux qui ont été formés au dessin." Elle garde donc les secrets de fabrication de ses superbes albums célébrant les gravures anciennes ou jouant avec la couleur, racontant des histoires de pirates ou d'ours en peluche, et de leurs papiers précieux. "J'ai besoin de cette angoisse créative, sinon j'aurais l'impression d'être seulement un artisan qui exécute un travail."

Née en 1936 en Pologne d'une mère française et d'un père polonais, la future artiste arrive en France au début de la guerre, puis reste en Alsace, sous l'occupation allemande, chez sa Marraine, une personne qui a énormément compté pour elle, Alsacienne comme sa Maman. "Les circonstances particulières de mon enfance, durant la guerre, m'ont fait changer plusieurs fois de langue: polonais, français, alsacien, allemand, anglais (où j’étais en pension) et, finalement, français de nouveau." Les mots étaient volatils pour la petite fille, pas ses yeux: "En changeant de langue, je pouvais ne pas savoir comment se dit une chaise, mais je savais comment l'utiliser. Tout bouge dans la vie d'un enfant, mais les images sont fixes. Quel miracle que la fixité d'une image! Il est très important pour un petit enfant que des choses restent stables. C'est pour cela qu'il demande qu'on lui lise des histoires en utilisant toujours les mêmes mots. Il a besoin de sécurité, de fixité, de mots qui se répètent, d’images qui soient vérifiables; celles des livres restent, celles de la télé passent."

En 1972, à Londres, Elzbieta publie ses premiers livres pour enfants, les "Petit Mops",édités partout, sauf en français – omission réparée en 2009 avec l’album du Rouergue qui réunit quatre de leurs histoires. Il faudra attendre 1984 pour que le public francophone la découvre avec les "Dikou", édités par Christiane Germain chez Duculot. Comme elle suit son éditrice quand elle fonde Pastel, branche belge de l'école des loisirs, Elzbieta qui habite à Paris, à côté du jardin du Luxembourg, est longtemps étiquetée "auteur belge"… Ensuite, en 2002, elle opte pour les éditions du Rouergue.


"Plus j'ai fait de livres pour enfants, plus je me suis intéressée à l'enfance", dit-elle encore. "Je suis de plus en plus convaincue que ce qui est étrange dans notre vie, c'est que nous commençons par être des bombes d'intelligence et d'énergie quand nous sommes bébés, et puis, au fur et à mesure qu'on accumule des connaissances, on devient étriqué. La lampe n'est plus une fée mais une simple lampe. Dans les nuages, on ne voit plus de personnages, mais on prend son parapluie. L'Afrique n'est plus le pays des girafes et des éléphants mais un PIB (produit intérieur brut). On devient de moins en moins intéressant. En même temps, si on ne le fait pas, on ne peut pas vivre dans notre monde."


Elzbieta, c'est évidemment le magnifique album "Flon-Flon et Musette" (L'école des loisirs, Pastel, 1993), où elle disait si bien la guerre vue du côté des enfants. Avec ces deux petits lapins voisins qui jouent ensemble toute la journée, en attendant de se marier. Jusqu'au jour où une haie d'épines remplace le ruisseau entre eux. Une façon extrêmement juste de montrer l'incompréhension des enfants face à la guerre que se font les adultes. "Je l'ai fait non par sadisme ou par goût morbide mais pour donner des outils qui permettent, un tout petit peu, de penser l'impensable, plutôt que de le fantasmer."


Elzbieta, ce sont des albums diversifiés mais unanimement appréciés par jeunes et moins jeunes : tous reconnaissent en elle un auteur authentique. Elle réussit aussi bien dans l'humour ("Cornefolle", "Polichinelle et moi", les "Catimini") que dans la délicatesse ("Larirette et Catimini", "Gratte-Paillette") ou la tendresse ("Clown", "Où vont les bébés?").


Elzbieta, c'est aussi le précieux essai "L'enfance de l'art" (Rouergue, 256 pages, 1997, réédité et complété 2005 et 2014) où elle questionne la création et l'enfance. "Imagine-t-on Jean-Sébastien Bach édulcorant ses compositions à l’usage de sa tribu d'enfants, leur jouant des concerts de mirliton ou leur enseignant la musique avec des peignes? En littérature, c'est pourtant souvent le cas. Dans le territoire même de cet art, le livre, l'enfance est, sauf à de rares exceptions, tenue à l'écart de la culture littéraire véritable."
Elle s'y insurge contre le fait que l'enfant-lecteur est souvent pris pour un humain inachevé et dépourvu de sens esthétique. Combien de fois n'entend-on pas l'atroce phrase "C'est trop beau pour un enfant", fait-elle remarquer avant d'interroger perfidement: "Que montrer alors à un grand groupe d'enfants?"

Et encore

"L'écuyère"
Rouergue jeunesse
56 pages, 2011

Un grand format était nécessaire pour accueillir les huit illustrations plates par double page, chaque fois soulignées d'une ligne de texte. Elzbieta conte la vie de Titine, bébé non désiré d'une maman à une place, qui avait déjà une fille. Titine sera abandonnée, recueillie par un cirque, placée dans un foyer d'enfants, puis dans une famille méchante. Elle s'en sortira avec l'aide d'un fantôme. L'album est d'autant plus réussi que la fantaisie du texte allège le poids de la situation, la propre vie de l’auteur, toujours aussi douée pour un dessin délicat et expressif. Dès 6 ans.


"La pêche à la sirène"
l'école des loisirs Pastel, 1992
Rouergue, 2008

Trois personnages. La sirène qui aimerait bien prendre les jolies choses que Fanch, un petit garçon, accroche à son intention au bout de sa ligne – mais cela lui est interdit et elle est trop fière pour se laisser séduire par le garçonnet. Fanch lui-même, tellement grand pêcheur de sirènes, qu'il repousse la petite fille qui lui propose son amitié, pour ne pas dire son amour. Et la fillette qui est le levier de cet album: en délaissant Fanch, elle l'oblige à faire des choix entre les chimères des pêches à la sirène et la réalité d’une relation vécue. Elzbieta raconte ces premiers tourments de l'amour, aussi prenants quand on est en âge d’école maternelle que quand on est plus grand, avec sérieux et pudeur, sans rien prendre à la légère. Ses illustrations bleutées soutiennent magnifiquement l'histoire qu'elle raconte, tout en laissant chacun libre de vagabonder entre réalité et imagination. Dès 4 ans.


"Où vont les bébés?"
 L’école des loisirs, Pastel, 1997
Rouergue, 2008

Toute en douceur, cette fable évoque de manière paisible et rassurante le temps qui passe et l'envie de grandir. Grosbert et Petit Pote, petits mais vieux parce que "les nounours vieillissent sans jamais grandir", dialoguent entre eux en divers lieux de jeux d’enfants (balançoire, bateaux sur l’eau, plage de sable, dînette). Un brin mélancoliques, ils interrogent leurs souvenirs, du temps où un bébé était avec eux. Petit Pote se demande pourquoi leur bébé a disparu. S'il ne sait pas tout, Grosbert sait que "tous les bébés disparaissent". Non qu'ils meurent, mais parce qu'"ils deviennent des grandes personnes". Une idée que Petit Pote ne peut admettre à propos de leur petit à eux. Avec beaucoup de tact et l'aide de Bébé devenu grand, Grosbert l'y amènera, tout en le rassurant sur le fait que "même devenues vieilles, les grandes personnes n'oublient jamais leur nounours". Elzbieta a une délicatesse infinie, dans son texte et ses images, pour aborder de front, avec les plus jeunes, des sujets angoissants comme la marche du temps, l'amour et la mort. Dès 4 ans.


"Gargouilles, sorcières et compagnie"
Rouergue, 56 pages, 2002

Un dessin à l'encre, de délicates illustrations en quadrichromie, des pages jaunies qui s'inspirent des grimoires anciens, Elzbieta revient à un schéma qui lui est cher: réunir témoignages, recettes, chroniques et correspondances de sorcellerie destinés à l'initiation des sorcières véritables. Sans doute des documents secrets extraits de la bibliothèque personnelle d'une érudite! De quoi répondre enfin à des questions telles que comment reconnaître un ogre ou que sont devenus les marins qui ne sont jamais revenus de mer, de quoi lever les mystères des gargouilles, de quoi plonger dans les abîmes insondables de deux miroirs qui se font face. En tout, douze chapitres, introduits chacun par un petit dessin et une brève présentation, dont les sujets prennent leur pleine puissance, autant par les textes que les images aux coloris si doux, dans les pages suivantes. Pour tous dès 6 ans.


"Petit lapin Hoplà"
l'école des loisirs Pastel, 32 pages, 2001

Elzbieta s'inspire de la comptine "Cock Robin". Des images toutes simples mais très expressives ponctuent le texte rimé où s'égrènent les derniers instants du petit lapin: fauché par un renard automobiliste, emmené à l'hôpital par le chien, assisté pour mourir par la souris, raconté par le coq, habillé par le hérisson, mis en bière par le chat, porté par des merles, mis en terre par la taupe, pleuré par une colombe, chanté par l'alouette, fleuri par l'écureuil et surtout, pleuré par ses amis, ses amours. Dès 5 ans.


"Petit-Gris"
l'école des loisirs Pastel, 32 pages, 1995

Un jour, la famille de Petit-Gris attrapa la pauvreté. Impossible de la cacher. Elle dut quitter sa maison. S'en aller sur les routes, où la harcèlent d'antipathiques chasseurs. Elle finit par se retrouver sur la plage, puis sur une île flottante. Allait-elle également en être chassée? Non, car Petit-Gris avait conservé une éponge magique qui efface la pauvreté. Un album délicat sur le thème des sans-abri, bien servi par de remarquables illustrations. Dès 4 ans.


"Toi + Moi = Nous"
l'école des loisirs  Pastel, 40 pages, 1999

Poursuivant son exploration graphique, Elzbieta signe une charmante réflexion sur l'amour. Ecrit à la première personne, l'album reprend minutieusement l'emploi du temps du héros. Il téléphone à l'Autre; pas de réponse. Il lui envoie une lettre; elle revient, "Inconnu à l'adresse indiquée". Il se rend dans sa maison; un écriteau la signale à vendre. Elzbieta entraîne le lecteur dans une sorte de jeu de piste, ponctué des commentaires sensibles d'un amoureux à la recherche de son petit cœur. Retrouvailles, nouvelle séparation, autre traque et une conclusion pleine de chaleur. Les images, très originales avec leurs découpages en lignes, rappellent un peu ces petits écrans qui, selon leur inclinaison, font apparaître deux images différentes. Surprenantes à première vue, elles confèrent une belle atmosphère à cet album sensible, au lyrisme pudique. Pour tous dès 4 ans.


"Clown"
l'école des loisirs Pastel, 32 pages, 1994

Son oiseau bleu s'est envolé, sa grenouille verte s'est carapatée, son ours brun s'est sauvé, un chat a croqué sa souris grise, un loup a volé sa poule rousse, un chien lui a chipé sa culotte mauve, un mouton a brouté sa rose rose... Les couleurs défilent, et le clown rêve qu'il perd tous ses amis: il est temps que le matin arrive! Espièglerie et vivacité dans des images joyeusement posées sur des fonds orangés. Dès 2 ans.


"Bibi"
l'école des loisirs, Pastel, 40 pages, 1998

Orange de bout en bout, ce "Bibi" explose littéralement. Par sa couleur d'abord. Par son sujet ensuite: un prince-oiseau vivant en duo avec sa reine de mère! Il raconte de manière formidablement imagée la force qui pousse les enfants à grandir et à prendre leur autonomie, même s'ils sont les soleils de leurs parents. Ce Bibi n'a qu'un horizon très restreint: sa mère n'a jamais jugé utile de lui dire qu'il avait un père, un petit peu plus loin. Mais Bibi n'est pas idiot. Bijou, crapoussin, lapinou, fanfan, roudoudou,... de sa maman, il entend en profiter un max. Et a vite fait de s'installer à la place, vide, du mari-roi. Le seigneur exigeant paie cette belle vie par un maintien à l'état de bébé. Jusqu'au jour où une force intérieure le pousse à regarder plus loin que le bout de son bec. A participer à ce monde qu'il entend. Bibi a grandi. Il prend ses distances par rapport à sa reine-mère. Sans colère, ni haine: "Un jour, je m'envolerai vraiment. Maman sera triste, alors je lui ferai un petit coucou quand je passerai par ici." Ainsi va la vie, et les dessins d'Elzbieta soutiennent admirablement son propos. Rapidement jetés sur leur fond ensoleillé, ils s'illuminent de quelques touches de blanc qui captent le regard. A la fois drôles et tendres, ils font autant plaisir aux yeux qu'à l'âme. Dès 5 ans.


"La Nuit de l'étoile d'or"
l'école des loisirs Pastel, 1993

Une nuit d'hiver magique: trois petits lapins perdus dans les bois assistent au spectacle d'un cirque ambulant. Les aquarelles délicates créent un climat de douceur et de mystère. Quel émerveillement quand on retrouve, au fil des superbes pages, l'étoile d'or tombée dans les bois!


"Grimoire de sorcière"
l'école des loisirs Pastel, 1991

Elzbieta, qui utilise ici le délicieux pseudonyme de Galimatia Farigoule, nous montre dès la couverture la manière dont sa sorcière chevauche un dragon ailé! Tout simplement en tenant devant la gueule du monstre un bouquet de feuilles vertes. Lesquelles? La recette est donnée en pages intérieures: c'est de la menthe sauvage, dont les vertus rafraîchissantes pourront calmer le feu intérieur du dragon. Réalisé comme un traité antique, cet album révèle à travers chacune de ces pages le plaisir pris à le composer. Les illustrations, inspirées par des gravures de la Renaissance, ont un air rétro. Agréables par leurs tonalités douces, imprimées sur papier crème, piquantes par leur objet: chaque double page est consacrée à un sujet. Evidemment, ce traité de sorcellerie examine des thèmes chers aux sorcières. Leurs habituels compagnons sont passés en revue: araignée, crapaud, hibou, chat, chauve-souris... Chaque fois, un texte d'une dizaine de lignes, illustré d'une ou deux vignettes, présente l'invité de manière concise et humoristique. Au-dessous des présentations, on trouve une histoire fabuleuse en rapport avec le sujet de la page. De quoi rêver et frissonner, comme dans les contes de fées... ou de sorcières.


"Gratte-Paillette"
l'école des loisirs Pastel, 1989

Arrive un jour au jardin du Luxembourg un visiteur extraordinaire, Gratte-Paillette, à la recherche de mouettes. Le petit clown transmet son désir de liberté aux habitants du parc et disparaît vers la mer, monté sur un poney sauvage. Là, il a une grande conversation avec sa grand-mère qui s'est lancée à sa poursuite. Album d'hiver aux superbes illustrations: les personnages colorés se découpent sur un fond de grisaille incitant à la rêverie, à la poésie. A partir de 4 ans.


"Larirette & Catimini"
l'école des loisirs Pastel, 1988

Entièrement dessinée sur un fond pastel oscillant entre le gris et le beige, cette histoire se déroule au Jardin du Luxembourg à Paris, dans un décor de neige et de brouillard. Au fil des pages apparaissent des taches de couleurs, petits points de vie dans un décor endormi, figé par le froid. Au milieu, une souris, "enceinte jusqu'aux moustaches", qui choisit de mettre son rejeton au monde dans le nid d'un merle. La jeune maman donne à son bébé un prénom de bonheur, Larirette. Voilà donc une histoire qui commence fort bien... Jusqu'au moment où apparaît Catimini, un chat roux qui terrorise le quartier. Le monstre s'élance à la poursuite de la jeune maman. Par un heureux concours de circonstances, il ne l'attrapera pas: elle s'envole dans les airs cramponnée à la ficelle d'un ballon accroché à une branche d'arbre. Mais toujours est-il que notre Larirette se retrouve seule dans le nid du merle.
Celui-ci, "qui pensait ne jamais avoir d'enfants", la prend sous son aile, lui apprend la vie, l'aide à grandir et lui fait aussi découvrir la vérité de sa naissance. Le fait d'apprendre qu'elle est souris et non merle plonge Larirette dans une colère épouvantable. La souricette part même se promener seule la nuit - ce qui est rigoureusement interdit - et rencontre évidemment l'immonde Catimini. Mais en le menaçant d'user de son pouvoir magique, elle arrive à dompter le matou! Un spectacle naît de cette association, spectacle qui draine les badauds de tout Paris. Et devinez qui apparaît, après avoir fait le tour du monde, accrochée à la ficelle d'un ballon?
Très joli album que celui-ci, qui raconte avec tendresse et drôlerie une histoire simple. Les illustrations sont superbes tout comme le scénario où les sentiments apparaissent en filigrane, discrètement retranchés derrière une jolie histoire pleine d'imagination.

"Dikou et le bébé étoile"
Duculot, 1988

L'album raconte une aventure vécue par un drôle de petit bonhomme, un Troun, qui aime à se promener la nuit. Dikou fait la connaissance cette fois, au cours d'une de ses escapades nocturnes, d'une petite lumière clignotante posée sur une feuille. Tout attendri, il contemple ce qu'il prend pour un bébé étoile qui attend ses parents. Personne ne venant rechercher la petite lumière, le Troun décide de l'emmener chez lui et de l'élever comme son propre enfant.
Mais voilà, si on sait ce que mange un enfant, qui peut dire le menu à composer pour un bébé étoile? De la salade comme le suggère l'un, de l'or et de l'argent - pour faire étinceler - comme le propose l'autre? Hélas! mille fois hélas! la lumière brille de plus en plus faiblement et finit par s'éteindre tout à fait. Dikou est inconsolable de la mort de son bébé étoile. Heureusement, les parents du petit Troun lui permettent de dépasser son chagrin en renvoyant le protégé chez les siens grâce à une fusée de feu d'artifice.
Ce joli album tout en demi-teintes propose une aventure irréelle mais proche des enfants. La frontière entre la réalité et l'imaginaire n'y est pas clairement tracée, à l'image des histoires que croient les petits. La fin de l'album relance d'ailleurs la question de la limite de l'irréel: la lumière n'était-elle pas un vrai bébé étoile et non pas un banal ver luisant?
Elzbieta signe là une oeuvre tout entière faite de sensibilité. Le dépouillement de ses illustrations aux teintes pastel permet au lecteur de créer son propre univers à partir de l'histoire.



Bibliographie

  • "Petit Mops" (Grande-Bretagne, 1972)
  • "Dikou et le tristounet" (Duculot, 1984)
  • "Dikou le petit troun qui marche la nuit" (Hachette, 1984)
  • "Dikou et le bébé étoile" (Duculot, 1988)
  • "Larirette & Catimini", l'école des loisirs Pastel, 1988
  • "La Mer est très mouillée", l'école des loisirs Pastel, 1988
  • "Ma petite fille est toute petite", l'école des loisirs Pastel, 1988
  • "Bon appétit, Catimini!", l'école des loisirs Pastel, 1988
  • "Grimoire de sorcière", l'école des loisirs Pastel, 1990
  • "Un Porcelet tout nu", l'école des loisirs Pastel, 1990
  • "Polichinelle et moi", l'école des loisirs Pastel, 1991
  • "Es-tu folle, Cornefolle?", l'école des loisirs Pastel, 1991
  • "Le Petit navigateur illustré , l'école des loisirs Pastel, 1991
  • "La pêche à la sirène", l'école des loisirs Pastel, 1992, réédition, Rouergue, 2008
  • "Flon-Flon et Musette", l'école des loisirs Pastel, 1993
  • "La Nuit de l'étoile d'or", l'école des loisirs Pastel, 1993
  • "Un Amour de Colombine", l'école des loisirs Pastel, 1994
  • "Clown , l'école des loisirs Pastel, 1994
  • "Saperli et Popette", l'école des loisirs Pastel, 1994
  • "Trou-Trou , l'école des loisirs Pastel, 1995
  • "Le Mariage de Mirliton", l'école des loisirs Pastel, 1995
  • "Petit-Gris , l'école des loisirs Pastel, 1995
  •  "Le Mystère du chat ensorcelé", l'école des loisirs Pastel, 1996
  • "Qui? Où? Quoi?", l'école des loisirs Pastel, 1996
  • "Où vont les bébés?", l'école des loisirs Pastel, 1997, réédition, Rouergue, 2008
  • "Bibi", l'école des loisirs Pastel, 1998
  • "Toi + Moi = Nous", l'école des loisirs Pastel, 1998
  • "Le Voyage de Turlututu , l'école des loisirs Pastel, 2000
  • "Dragon vole , l'école des loisirs Pastel, 2000
  • "Échelle de magicien , l'école des loisirs Pastel, 2000
  • "Petit lapin Hoplà , l'école des loisirs Pastel, 2001
  • "Petit Frère et Petite Sœur , Albin Michel, 2001
  • "Gargouilles, Sorcières et compagnie", Rouergue, 2002
  • "Petit Couci-Couça", Rouergue, 2004
  • "La Maison de Couci-Couça", Rouergue, 2004
  • "Le Voyage de Couci-Couça", Rouergue, 2004
  • "Oui", Rouergue, 2006
  • "Images Images", L'Art à la page, 2008
  • "La Pêche à la sirène", Rouergue, 2008
  • "Petite Lune", Rouergue, 2008; réédition Actes Sud Junior, 2013
  • "Hocus Pocus", Rouergue, 2009
  • "Petit Mops", Rouergue, 2009
  • "L'École du soir", photos de Vincent Tessier, Rouergue, 2010
  • "L'Écuyère", Rouergue, 2011
  • "Le Troun et l'oiseau-musique", conception musicale de Sharon Kanach, Rouergue, 2012
  • "Petit Fiston", Rouergue, 2013
  • "Les aventures rocambolesques de l'oncle Migrelin", Rouergue, 2016
  • sans oublier son magnifique "L'Enfance de l'art" (Rouergue, 1997, rééditions 2005 et 2014)





Qui aura le prix Astrid Lindgren 2019?



Comme à l'accoutumée, c'est durant la Foire du livre de Francfort, ce 11 octobre,  que le Prix Astrid Lingren (Alma, Astrid Lindgren Memorial Award, 5 millions de couronnes suédoises) a dévoilé la liste des nominés pour le prix 2019. Soit 246 candidatures en provenance de 64 pays qui ont été sélectionnées par le jury, auteurs, illustrateurs et associations œuvrant à la promotion de la littérature de jeunesse. Verdict le mardi 2 avril 2019.

D'abord, filer au paragraphe concernant les candidats belges. Ils ne sont six, et on est habitué à les voir ici,  Carll Cneut, Anne Herbauts, Bart Moeyaert, le Prix Bernard Versele, Marie Wabbes et Klaas Verplancke.

Pour la France, sont présentés cette fois les organisations A.C.C.E.S. et Les Doigts qui rêvent, Benjamin Chaud, Olivier Douzou, Timothée de Fombelle, Bernard Friot, Jean-Claude Mourlevat, Marie-Aude Murail, Geneviève Patte, ainsi que les auteurs BD Marjane Satrapi et Joann Sfar.

Pour le reste du monde, on trouve un peu les mêmes que lors des sessions précédente, mais du beau monde et beaucoup d'associations prônant la lecture des enfants. Au hasard et en vrac, l'Australien Robert Ingpen, l'Autrichienne Lisbeth Zwerger, la Brésilienne Ana Maria Machado, le Canadien Jon Klassen, l'Estonienne Piret Raud, les Allemands Nadia Budde, Nikolaus Heidelbach, Janosch et l'International Youth Library, l'Italienne Beatrice Alemagna et la Bibliothèque de Lampedusa, les Hollandais Joke van Leeuwen, Toon Tellegen, Thé Tjong-Khing et Marit Törnqvist, les Norvégiens Stian Hole et Øyvind Torseter, le Polonais Józef Wilkoń, le Portugais Bernardo P. Carvalho, les Suédois Eva Eriksson, Olof Landström, Pija Lindenbaum, Eva Lindström, Anna-Clara Tidholm, la Suisse Albertine, les Britanniques Allan Ahlberg, David Almond, Quentin Blake, Michael Foreman, Shirley Hughes, Oliver Jeffers, Michael Morpurgo, Jan Pienkowski, Chris Riddell et John Shelley, ainsi que les Américains Judy Blume, Eric Carle, Peter Sís.


La liste complète se trouve ici.




Une fable de Mark Twain traverse le temps

"Eurêka", dit le jeune Johnny. (c) Kaléidoscope.

Si je vous dis "Mark Twain?", vous me répondez "Tom Sawyer" ou "Huckleberry Finn" sans doute.
Si je vous dis "Philip et Erin Stead?", soit vous restez silencieux, soit vous me dites par exemple "A-A-A-A-Atchoum !", du titre du merveilleux album qui a fait connaître ce duo d'Américains au public francophone (Kaléidoscope, 2011).
Mais si je vous dis "Mark Twain et Philip et Erin Stead?" C'est plus difficile mais je vous donne la réponse.

Il s'agit du magnifique roman illustré  "L'enlèvement du prince Oléomargarine" des trois déjà cités, Mark Twain, Philip Stead et Erin Stead, en bon format et bien épais (traduit de l'américain Isabel Finkenstaedt, Kaléidoscope, 156 pages). Une impeccable histoire de prince disparu à retrouver. Une aventure passionnante, pleine de surprises et d'imagination, entre un jeune garçon et de nombreux animaux, magistralement illustrée. Pour tous à partir de 8/9 ans.

Le début du livre. (c) Kaléidoscope.

Oui, me direz-vous, mais comment ces noms d'hier et d'aujourd'hui s'associent-ils? Tout simplement parce que Philip Stead a terminé une histoire que Mark Twain avait entamée il y a plus d'un siècle. Il l'avait racontée à ses filles petites à partir d'une image anatomique de magazine qu'elles lui avaient désignée et avait brièvement consigné ce récit dans son journal et dans des notes qu'un chercheur a débusquées en consultant ses archives.  Mais Philip Stead ne s'est pas attelé à la tâche que lui confiait un éditeur américain de manière classique, en reprenant l'histoire là où elle s'était arrêtée. Il l'a fait en bouleversant complètement le genre. Et c'est là le côté fantastique de ce récit, qui met littéralement en scène cette reprise, en faisant comme si l'auteur d'aujourd'hui interrogeait Mark Twain au sujet du livre qu'ils font finalement ensemble. Leurs dialogues sont tout bonnement irrésistibles. Tout comme les questions posées dans le texte aux différents protagonistes. Et bien entendu, c'est la très douée Erin Stead, épouse de l'auteur numéro deux, qui s'est chargée des illustrations, absolument superbes. Sculptures sur bois, encre, crayon, découpe laser, ici aussi, techniques d'hier et d'aujourd'hui se marient pour le meilleur.

Un orteil blessé va tout déclencher. (c) Kaléidoscope.

L'histoire qui traverse le temps est celle du jeune Johnny, qui vit avec son irascible grand-père, et de sa poule mélancolique nommée Pestilence et Famine. Il faut se rappeler qu'on est à l'époque de Mark Twain, soit à la fin du XIXe siècle, aux Etats-Unis - mais l'histoire est née en 1879 à Paris, dans un hôtel, pour les filles de Mark Twain

Et donc l'affreux grand-père a ordonné à Johnny d'aller vendre sa poule au marché de la ville voisine. On imagine le désarroi du gamin. Mais obéissant, il y va. Sa route va lui faire vivre, en compagnie ou non de sa poule, des événements incroyables, amenés de formidable manière par les auteurs. Un défilé dont tous les participants marchent voûtés, on verra pourquoi. Une conversation avec un bœuf, la rencontre avec une vieille femme aveugle, le cadeau d'une poignée de graines bleu pâle magiques...

Jusqu'à ce stade de l'histoire, Mark Twain et Philip Stead ont été plutôt d'accord sur l'évolution de leur histoire. Il en sera différemment ensuite, ce qui pimente l'avancée du récit et permet de nouvelles péripéties dont l'arrivée du putois Suzy qui apprend notamment à Johnny que les animaux peuvent parler. Elle sait aussi que le jeune voyageur a mangé de la fleur de juju, ce qui est extrêmement rare et est communiqué à tous les animaux du pays, excepté la tigresse!

La rencontre avec Suzy. (c) Kaléidoscope.

La vie de Johnny change en compagnie des animaux, même si les auteurs d'hier et d'aujourd'hui ne partagent pas toujours le même point de vue sur le déroulement des aventures. Le lecteur, lui, les savoure et se laisse porter par cette histoire qui penche vers la fable mais ne s'émousse pas pour autant. Enfin heureux, Johnny va encore vivre de fameuses aventures en se lançant à la recherche du prince Oléomargarine, le fils du roi, peut-être enlevé par des géants, et dont la découverte paraît richement récompensée. Le jeune homme fait la connaissance du roi, de ses certitudes, et de la reine, de ses doutes. Il s'en suit une enquête rondement menée, passionnante de bout en bout, aux rebondissements constants et qui se terminera bien entendu sur de bonnes surprises.

La rencontre avec le roi et la reine. (c) Kaléidoscope.

"L''enlèvement du prince Oléomargarine" est une merveille d'album qui suscite le coup de cœur, tant pour son histoire, sa conception, ses images que sa mise en pages aérée et son impression sur beau papier. Une perle de livre où Mark Twain nous fait un clin d'œil et les Stead un sourire tentateur. Pour tous à partir de 8/9 ans.