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vendredi 14 décembre 2018

La revue FiXXIon a interviewé Fantômette


Qui ne connaît pas la "Revue critique de fiXXIon française contemporaine", que j'abrège par facilité en la nommant "FiXXIon"?
Trop de monde sans doute car qui lit une revue scientifique bilingue (français-anglais) associant universitaires et écrivains dans une réflexion sur les formes que prend aujourd'hui la création littéraire française?
Erreur car "FiXXIon" est tout à fait accessible à l'amateur de littérature. Certains thèmes lui parleront évidemment plus que d'autres. Mais comme tout est en ligne et en libre accès (ici), il est facile de s'y retrouver.

Cette revue électronique a été fondée en 2010 par Pierre Schoentjes, professeur de littérature française à l'université de Gand. Elle a la particularité de s'intéresser à la littérature française (France et francophonie) contemporaine, ultra-contemporaine même, celle d'après 1980! Une époque charnière entre le XXe et le XXIe siècle qui apparaît bien visuellement dans son nom. "FiXXIon" accepte les contributions rédigées en français ou en anglais et entend s'ouvrir à un vaste champ d'écrivains et d'approches.

La preuve sans doute dans sa dix-septième livraison qui vient d'être mise en ligne (ici) et a choisi comme thème "Enfances Childhoods". Le numéro a été dirigé par les Françaises Déborah Lévy-Bertherat et Mathilde Lévêque, bien connues en littérature de jeunesse. On y trouve des contributions de Alexandre Seurat, Marie-Odile Ogier-Fares, Bérengère Moricheau-Airaud, Emilie Drouin, Eléonore Hamaide-Jager, Christiane Connan-Pintado, Florence Gaiotti, Michel Bertrand, Jean-Benoit Cormier Landry, Aline Lebel, Louis-Daniel Godin-Ouimet, Laurianne Perzo, Kim Thúy, Antoine Wauters et l'interview de Fantômette par Anne Larue (sommaire complet ici).

Fantômette. (c) Hachette.
Excellente idée que cette interview et la preuve, si elle était nécessaire, que les universitaires savent aussi s'amuser. Je la reproduis ci-dessous, tout en rappelant que tout le numéro, comme tous les précédents, est en accès libre.

Fantômette, créée par Georges Chaulet, a eu 50 ans en 2011. Le premier livre de ses aventures a été publié en 1961, dans la Bibliothèque rose des Editions Hachette, le dernier, le cinquante-deuxième en 2011 (lire ici).








jeudi 13 décembre 2018

Déjà, des noms d'invités au Passa Porta Festival


Quels écrivains seront à Bruxelles fin mars? On apprend aujourd'hui la participation de Jonathan Coe, Adeline Dieudonné, Jenny Erpenbeck, Rachida Lamrabet, Marie Ndiaye, Ilja Leonard Pfeijffer, Olga Tokarczuk et Ali Smith à la septième édition du Passa Porta Festival. Et on remarque avec plaisir l'abondance de noms féminins. Le PPF19 se tiendra du vendredi 28 mars au dimanche 31 mars, dans trois gros mois à peine.

Sortez vos agendas car une centaine d'auteurs et d'artistes seront à Bruxelles pour ce désormais traditionnel week-end d'entretiens, de débats, de dialogues et de rencontres. Plus de 70 rencontres se tiendront dans une dizaine de lieux du cœur de Bruxelles (Passa Porta, Beursschouwburg, KVS, Espace Magh, la Bellone, etc).

Le programme complet du festival sera publié le jeudi 28 février.

Les premiers noms

Jonathan Coe
Jonathan Coe. (c) Alexandra Cool.
L'écrivain britannique a signé des romans satiriques tels que "Testament à l'anglaise" (traduit de l'anglais par Jean Pavans, Gallimard, 1995) et "Bienvenue au club" (traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin , Gallimard, 2003). Dans son douzième roman, "Middle England", il a récemment proposé le portrait tranchant d'un pays traversant une profonde crise identitaire, le Royaume-Uni.
A Bruxelles, Jonathan Coe évoquera l’écriture à l'ombre du Brexit. Le vendredi 29 mars, jour officiel du Brexit, il sera également sur scène lors de la "conférence-concert" Goodbye Hello.

Adeline Dieudonné 
Adeline Dieudonné. (c) St. Remael.
Le "phénomène" de la littérature francophone 2018 avec son premier roman, "La Vraie Vie" (L'iconocalste), recueille un immense succès critique et public. Il a reçu les prix Rossel, du roman Fnac, Filigranes, Choix Goncourt de la Belgique, Renaudot des lycéens (lire ici). L'histoire de cette jeune adolescente qui refuse de devenir une proie a déjà touché des dizaines de milliers de lecteurs et s'apprête à être traduite en une dizaine de langues.

Jenny Erpenbeck
Jenny Erpenbeck. (c)Nina Subin.
Une des grandes voix littéraires allemandes actuelles a remporté l'Europese Literatuurprijs avec son roman "Aller Tage Abend" (2012). Pour son roman "Gehen, ging, gegangen" (2015), elle s'est longuement entretenue avec des réfugiés tentant leur chance en Allemagne. Ce livre, qui entremêle la question des réfugiés et la complexité de l'histoire allemande, a notamment été récompensé par le Premio Strega Europeo.

Rachida Lamrabet
Rachida Lamrabet. (c) Koen Broos.
L'écrivaine et juriste  a remporté le Vlaamse Debuutprijs il y a plus de dix ans avec son roman "Vrouwland". Récemment, elle a publié un essai tranchant, "Zwijg, allochtoon!", ainsi que le roman historique "Vertel het iemand". Lors du Passa Porta Festival, elle donnera la parole à quatre jeunes auteures flamandes issues de l'immigration. Dans de nouveaux textes écrits à l'occasion du tricentenaire de Robinson Crusoé, elles uniront leurs réflexions sur le racisme et la décolonisation, sur le silence imposé et la faculté de prise de parole.

Marie NDiaye
Marie NDiaye.
Elle a commencé à écrire très jeune. Elle n'a que 18 ans quand paraît son premier roman, "Quant au riche avenir" (Minuit, 1985). La consécration viendra avec "Rosie Carpe" (Gallimard, 2001, prix Femina) puis "Trois femmes puissantes" (Gallimard, 2009, Prix Goncourt). Au festival, cette auteure majeure reviendra sur son œuvre multiple (romans, jeunesse, théâtre, nouvelles) et sur "La Cheffe" (Gallimard, 2016), roman d'une cuisinière.

Ilja Leonard Pfeijffer
Ilja Leonard Pfeijffer.
L'écrivain et poète néerlandophone a remporté le Jan Campertprijs pour son recueil de poèmes "Idyllen" et le Libris Literatuur Prijs pour son roman "La Superba". Ce mois-ci sort son nouveau roman "Grand Hotel Europa".



Olga Tokarczuk
Olga Tokarczuk. (c) J. Kołodziejski.
Polonaise, l'auteure du roman "Les Pérégrins" (traduit du polonais par Grazyna Erhard, Noir sur Blanc, 2012) a été récompensée en 2018 par le Man Booker International Prize pour la traduction anglaise de son roman. Son dernier roman, "Les Livres de Jakób" (traduit du polonais par Maryna Laurent, 2018), sur les Juifs d’Europe centrale au dix-huitième siècle, a lui aussi raflé les prix, tout en entraînant dans son sillage brûlant d’actualité son lot de controverses… et même des menaces de mort.

Ali Smith
Ali Smith. (c) Christian Sinibaldi.
Sebastian Barry l'appelle le "futur Prix Nobel écossais". La romancière a parcouru un chemin parsemé de romans à thèse cinglants, dont le primé "Comment être double" (traduit de l'anglais par Laetitia Devaux, L'Olivier, 2017). Lors du Passa Porta Festival, elle présentera son nouveau roman "Spring", troisième volet d’un cycle débuté avec "Autumn" et "Winter".
Ali Smith rejoindra Jonathan Coe, l'Aurora Orchestra britannique et le grand ténor Ian Bostridge lors de la "conférence-concert" "Goodbye Hello" le vendredi 29 mars.


Les tickets pour le Passa Porta Festival 2019 sont en vente à tarif réduit d'aujourd'hui au dimanche 6 janvier sur passaporta.be.


mardi 11 décembre 2018

Adeline Dieudonné, choix Goncourt de la Belgique

Adeline Dieudonné a marqué la rentrée littéraire.

Bingo! Encore des lauriers pour Adeline Dieudonné et son premier roman "La Vraie Vie" (L'iconoclaste, 266 pages, lire ici), les seconds en terre natale en une semaine, le prix Victor Rossel lui ayant été décerné jeudi dernier (lire ici). Ce mardi 11 décembre,  cent étudiants universitaires ont couronné la primo-romancière belge Choix Goncourt de la Belgique, par six voix contre quatre à Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Minuit), au sixième tour de vote, après trois heures de délibération. Les étudiants belges sont les premiers des "Choix Goncourt à l'étranger" à honorer Adeline Dieudonné.

Le jury des étudiants belges délibère.

Pour la troisième année, les délibérations de la centaine d'étudiants volontaires appartenant à des universités belges, francophones et néerlandophones, se sont tenues à la Résidence de France à Bruxelles. Là où ont été également proclamés les résultats des votes, en présence de Madame l'Ambassadeur de France en Belgique, Claude-France Arnould, d'Alda Greoli, Ministre de la Culture, de l'Enfance et de l'Éducation permanente au sein du Gouvernement de la Communauté française, de Philippe Claudel, membre de l'Académie Goncourt ainsi que de représentants des partenaires, Passa Porta, maison internationale des littératures à Bruxelles, l'Agence universitaire de la Francophonie en Europe de l'Ouest et l'Alliance Française de Bruxelles-Europe.

Les quinze livres en compétition.

Rappelons que les étudiants établissent le choix belge du prix Goncourt sur base de la première liste établie par l'Académie Goncourt en septembre, soit quinze romans qu'ils ont dû lire en moins de dix semaines (lire ici).

Adeline Dieudonné succède à Alice Zeniter récompensée l'an dernier pour "L'Art de perdre" (Flammarion, lire ici) et Catherine Cusset en 2016 pour "L'Autre qu'on adorait" (Gallimard, lire ici).

Echos de la remise du prix

  • Alda Greoli avoue n'avoir lu que deux livres des quinze figurant sur la liste Goncourt, sans préciser lesquels. Elle se réjouit de battre en brèche une rumeur en constatant que "oui, il y a beaucoup de jeunes qui s'intéressent à des livres, à des auteurs", des jeunes "qui conseillent à d'autres d'ouvrir un livre". Un livre de papier, bien entendu, on la connaît, notre ministre. "Un livre qui permet l'émotion de toucher un bel objet, une belle histoire, un bel auteur."
  • Philosophe de formation, Ciprian Mihali, directeur pour l'Europe de l'Ouest de l'Agence universitaire de la Francophonie, a estimé que "la littérature est le plus beau mensonge".
  • Jacques De Decker, secrétaire perpétuel de l'ARLLFB (Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique) a disserté sur la possibilité pour le prix Goncourt de devenir un second Nobel, celui-ci étant actuellement empêtré dans divers scandales. Il a rappelé que Paul Claudel avait exercé son dernier mandat d'ambassadeur dans la maison du Boulevard du Régent (1933-1936). Pour lui, "la littérature est un prisme exceptionnel sur le réel".
  • Philippe Claudel, écrivain, assis au couvert numéro 9 de l'Académie Goncourt, après Hervé Bazin et Jorge Semprun, docteur honoris causa de la KUL en 2015, membre de l'ARLLFB depuis 2016, écrivain très apprécié par les néerlandophones parlant le français, ignore visiblement que Jacques De Decker se fait appeler "patron" à l'Académie et non "chef " comme il l'a interpellé. Pour l'écrivain et cinéaste, "la littérature est résolument anti-tweet. Elle est un objet qui permet de penser un monde complexe, et donc essentielle. Elle fait réfléchir à ce qu'est un homme, une société, l'humanité."
  • Adrienne Nizet, directrice adjointe de Passa Porta, a lu un message de la lauréate, Adeline Dieudonné, dans l'impossibilité de se libérer: "Je suis ravie et honorée de recevoir ce prix". Comme c'est la deuxième fois qu'un jury de jeunes la récompense, elle se sent "un peu moins vieille" - elle a 36 ans. Et elle ajoute son plaisir de "recevoir un nouveau prix à la maison, comme le Rossel jeudi dernier".
  • Adeline Dieudonné sera présente au Festival Passa Porta qui se tiendra du 28 au 31  mars 2019.


Lauriers Goncourt 2018
  • Nicolas Mathieu, pour "Leurs enfants après eux" (Actes Sud, lire ici)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Pologne (existe depuis 1998)
  • David Diop, pour "Frère d'âme" (Seuil), choix Goncourt de l'Orient (existe depuis 2012)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Roumanie (existe depuis 2013)
  • Pauline Delabroy-Allard, pour "Ça raconte Sarah" (Editions de Minuit), choix Goncourt de la Suisse (existe depuis 2015)
  • David Diop, pour "Frère d'âme" (Seuil), choix Goncourt de la Chine (existe depuis 2018)


lundi 10 décembre 2018

La Grande Librairie passe en mode jeunesse le mercredi 19 décembre

Le mercredi 19 décembre, François Busnel consacrera pour la troisième fois son émission "La Grande Librairie" à la littérature de jeunesse (France 5, 20h50). Il invitera divers auteurs à réfléchir ensemble à un grand sujet: comment faire lire les jeunes?  

Seront les invités de l'émission

  • Daniel Pennac, "Le tour du ciel" (RMN/Calmann-Lévy)
  • Anne Sylvestre, "Coquelicot et autres mots que j'aime" (Points)
  • Benoît Minville, "Héros" (Sarbacane)
  • Timothée de Fombelle, "Capitaine Rosalie" (Gallimard Jeunesse)
  • Catel et Anne Goscinny, "Le monde de Lucrèce" (Casterman Jeunesse)
  • Benjamin Lacombe, "Le magicien d'Oz" (Albin Michel Jeunesse)
  • Wassim et Eloïse (1er et 2e prix des Petits Champions de la lecture)     





vendredi 7 décembre 2018

La douceur forte et enveloppante de Sara Donati

"Parler avec les arbres". (c) Rouergue.

Il y a ceux qui parlent avec les anges, ceux qui parlent avec les morts, ceux qui parlent avec les animaux. Et puis en littérature de jeunesse, il y a un petit bonhomme, créé  par l'Italienne Sara Donati ("Voici l'histoire", 2015, lire ici), qui parle avec les arbres. Avec les arbres, pas aux arbres. On suit sa réjouissante promenade dans le magnifique album à l'aquarelle "Parler avec les arbres" (traduit de l'italien par Mariefanny Fornasari, Rouergue, 40 pages), dans des tons de verts et de bruns relevés ici de blanc, là de jaune ou encore de rouge. Un livre enveloppant qui fait un bien fou par ces temps de grisaille.

L'album s'ouvre sur une mini-silhouette dans un décor forestier. Coiffé d'un grand bonnet, à la manière d'un lutin, le petit bonhomme va à la rencontre de l'arbre. Le narrateur le salue. La double page qui ponctue ce salut nous aspire déjà entre les arbres dont les écorces dessinent joliment les troncs. Qu'il fait bon être dans les illustrations de l'hyper-douée Sara Donati.

"Je suis tout contre son tronc". (c) Rouergue.

Toujours à la première personne du singulier, le héros poursuit sa conversation grâce à ses sens. Nous découvrons ce qu'il voit, ce qu'il entend, ce qu'il sent, ce qu'il mesure, ce qu'il touche. Autant d'expériences partagées entre simplicité du quotidien et force poétique. On pose l'oreille sur l'écorce. On découvre l'odeur des mousses et du vent. On remarque le parallèle entre empreintes digitales et sinuosités ligneuses.

"J'ai des racines". (c) Rouergue.

La rencontre humain-arbre se poursuit. Puisque ce dernier ne répond pas en français, le petit personnage s'adresse à lui par des gestes. Il l'imite dans ses poses, s'imagine des branches et des racines, ce qui nous vaut des illustrations stylisées de toute beauté. Il voit les similitudes entre l'arbre et lui, un enfant qui aime rigoler. Qui aime courir. Qui aime jouer. A être par exemple différents animaux qu'on trouve près des arbres, une chenille, un ours, un écureuil. Le mini-héros entre dans l'arbre, sans même franchir une porte, et se fond en lui comme deux amis qui s'entendent et s'apprécient. Un nid délicieux, chaleureux, joyeux qu'il quittera à un moment, mais pas tout de suite, appelé par son propre nid familial, le soir tombant.

"Je suis entré dans l'arbre". (c) Rouergue.

Porté par un texte simple, épuré, et des images magnifiques, en simples ou doubles pages ou en vignettes, jouant sur les couleurs et leur luminosité, "Parler avec les arbres" est une merveille d'album dans lequel se glisser pour bénéficier de la force tranquille que représente l'arbre. Sara Donati a un splendide talent, un travail exigeant mais complètement perméable aux enfants. Ses dessins qui dépassent souvent le simple aspect figuratif, tendent parfois vers l'abstrait, établissent une superbe atmosphère et rythment avec justesse la lecture. A la fois, elles racontent, rassurent, éblouissent et ouvrent mille pistes. Pour tous à partir de 5 ans.

Les merveilleuses illustrations de Sara Donati. (c) Rouergue.

Pour feuilleter en ligne "Parler avec les arbres", c'est ici.

Pour rappel, d'autres notes en vert ici.


jeudi 6 décembre 2018

Le prix Rossel 2018 va à Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné.

En ce jour de Saint-Nicolas, le prix Victor Rossel 2018 a été décerné à Adeline Dieudonné, pour "La Vraie Vie" (L'iconoclaste), son premier roman (lire ici). Il couronne ainsi, comme souvent dans son important palmarès, une nouvelle plume. Dans ce cas, une plume particulièrement inventive et originale qui a été remarquée par la critique, française et belge, par les libraires et par le public. Aussi, il donne un "vrai" prix à un roman qui a été mis à l'honneur partout mais n'avait empoché que des prix secondaires: Renaudot des lycéens, Filigranes, roman Fnac, Première Plume, "Envoyé par la poste", Stanislas.


Au terme d'un long débat, le jury a préféré le livre d'Adeline Dieudonné à ceux de Sandrine Willems ("Devenir oiseau", Les Impressions nouvelles), Etienne Verhasselt ("Les pas perdus", Le Tripode), Myriam Leroy ("Ariane", Calmann-Lévy) et Sébastien Ministru ("Apprendre à lire", Grasset).

Le jury du prix Rossel est composé de Pierre Mertens (président), et Thomas Gunzig, Michel Lambert, Ariane Le Fort, Isabelle Spaak, Jean-Luc Outers, Jean-Claude Vantroyen, Daniel Couvreur ainsi que les deux libraires, Daniela Belcanto (Jette) et Tom Cambresier (Huy).


Palmarès

2017 Laurent Demoulin, "Robinson" (Gallimard, lire ici)
2016 Hubert Antoine, "Danse de la vie brève" (Verticales, lire ici)
2015 Eugène Savitzkaya, "Fraudeur" (Minuit)
2014 Hedwige Jeanmart, "Blanès" (Gallimard, lire ici)

2013  Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" (Genèse Édition)
2012 Patrick Declerck, "Démons me turlupinant" (Gallimard)
2011 Geneviève Damas, "Si tu passes la rivière" (Luce Wilquin)
2010 Caroline De Mulder, "Ego Tango" (Champ Vallon)
2009 Serge Delaive, "Argentine" (La Différence)
2008 Bernard Quiriny, "Contes carnivores" (Seuil)
2007 Diane Meur, "Les Vivants et les Ombres" (Sabine Wespieser)
2006 Guy Goffette, "Une enfance lingère" (Gallimard)
2005 Patrick Delperdange, "Chants des gorges" (Sabine Wespieser)
2004 Isabelle Spaak, "Ça ne se fait pas" (Equateurs)

2003 Ariane Le Fort, "Beau-fils" (Seuil)
2002 Xavier Deutsch, "La Belle Étoile" (Le Castor Astral)
2001 Thomas Gunzig, "Mort d'un parfait bilingue" (Au Diable Vauvert)
2000 Laurent de Graeve, "Le Mauvais Genre" (Editions du Rocher)
1999 Daniel De Bruycker, "Silex. La tombe du chasseur" (Actes Sud)
1998 François Emmanuel, "La Passion Savinsen" (Stock)
1997 Henry Bauchau, "Antigone" (Actes Sud); Jean-Philippe Toussaint, "La Télévision" (Minuit)
1996 Caroline Lamarche, "Le Jour du chien" (Minuit)
1995 Patrick Roegiers, "Hémisphère nord" (Seuil)
1994 Alain Bosquet de Thoran, "La Petite Place à côté du théâtre"

1993 Nicole Malinconi, "Nous deux"
1992 Jean-Luc Outers, "Corps de métier"
1991 Anne François, "Nu-Tête"
1990 Philippe Blasband, "De cendres et de fumées"
1989 Jean Claude Bologne, "La Faute des femmes"
1988 Michel Lambert, "Une vie d'oiseau"
1987 René Swennen, "Les Trois Frères"
1986 Jean-Claude Pirotte, "Un été dans la combe"
1985 Thierry Haumont, "Le Conservateur des ombres"
1984 Jean-Pierre Hubin, "En lisière"

1983 Guy Vaes, "L'Envers"
1982 Raymond Ceuppens, "L'Été pourri"
1981 François Weyergans, "Macaire le Copte"
1980 Jacques Crickillon, "Supra-Coronada"
1979 Jean Muno, "Histoires singulières"
1978 Gaston Compère, "Portrait d'un roi dépossédé"
1977 Vera Feyder, "La Derelitta"
1976 Gabriel Deblander, "L'Oiseau sous la chemise"
1975 Sophie Deroisin, "Les Dames"
1974 André-Marcel Adamek, "Le Fusil à pétales"

1973 Georges Thinès, "Le Tramway des officiers"
1972 Irène Stecyk, "Une petite femme aux yeux bleus"
1971 Renée Brock, "L'Étranger intime"
1970 Pierre Mertens, "L'Inde ou l'Amérique"
1969 Franz Weyergans, "L'Opération"
1968 Charles Paron, "Les vagues peuvent mourir"
1967 Marie Denis, "L'Odeur du père"
1966 Eugénie De Keyser, "La Surface de l'eau"
1965 Jacques Henrard, "L'Écluse de novembre"
1964 Louis Dubrau, "A la poursuite de Sandra"

1963 Charles Bertin, "Le Bel Âge"
1962 Maud Frère, "Les Jumeaux millénaires"
1961 David Scheinert, "Le Flamand aux longues oreilles"
1960 Victor Misrahi, "Les Routes du Nord"
1959 Jacqueline Harpman, "Brève Arcadie"
1958 Stéphane Jourat, "Entends, ma chère, entends"
1957 Edmond Kinds, "Les Ornières de l'été"
1956 Stanislas d'Otremont, "L'Amour déraisonnable"
1955 Lucien Marchal, "La Chute du grand Chimu"
1954 Jacqueline de Boulle, "Le Desperado"

1953 Paul-Aloïse De Bock, "Terres basses"
1952 Albert Ayguesparse, "Notre ombre nous précède"
1951 Daniel Gillès, "Mort la douce"
1950 André Villers, "La Griffe du léopard"
1949 Jean Welle, "Le bonheur est pour demain"
1948 Nelly Kristink, "Le Renard à l'anneau d'or"
1947 Maurice Carême, "Contes pour Caprine"
1946 Max Defleur, "Le Ranchaud"
1939 Madeleine Ley, "Le Grand Feu"
1938 Marguerite Guyaux, "Bollèche"



Le nouveau festival Cosmos souhaite faire sortir la littérature de jeunesse de son cadre habituel

Le Festival Cosmos.

Bruxelles bougerait-elle enfin pour la littérature de jeunesse? Après l'essai du Salon du livre de jeunesse en octobre (lire ici), voilà un Festival des littératures jeunesse qui aimerait bien poindre le bout de son nez en mai 2019. Du 3 au 5 précisément. Aimerait, car ses deux initiatrices, Sophie Baudry et Anaïs Félix, libraires et amies, se sont trouvées pour porter ce beau projet, créer et rendre possible le Cosmos Festival.


Leurs ambitions?

    Sophie et Anaïs.
  • Créer un Festival, et non un salon, un événement festif comme l'indique son nom, autour des livres avec les personnes qui sont autour, les enfants de tous âges, les parents, les profs, les auteurs, les éditeurs, les libraires... On pourrait presque imaginer qu'il y ait aussi des critiques en littérature de jeunesse 😂
  • Mettre le livre entre toutes les mains, le désacraliser. "Notre ambition", disent-elles, "est de faire sortir la littérature pour la jeunesse de ses cadres habituels, de faire se croiser les genres, les gens, les médias, mélanger, expérimenter… De s'amuser donc!"
  • Célébrer les littératures au pluriel, pour n'en oublier aucune, pour donner sa place et son importance à chaque histoire et à chaque moyen de la raconter.
  • S'adresser d'abord et surtout aux jeunes lecteurs et lectrices, petits joueurs, voraces, gourmands, dégoûtés ou novices. 


Leur projet?

    Emmanuel Guibert.
  • Dates: du vendredi 3 mai au dimanche 5 mai.
  • Lieu: AREA 42 à Bruxelles, et plus précisément à Schaerbeek (Rue des Palais 46A). 
  • Parrain: divine surprise, Emmanuel Guibert himself! L'auteur-illustrateur prolifique qui a à son actif aussi bien Ariol ou Sardine de l'espace que l'histoire d'Alan ou les trois tomes du "Photographe" sans oublier ses autres titres merveilleux (lire ici et ici). Cerise sur le gâteau, Emmanuel Guibert jouera pour la première fois en Belgique son spectacle l'"Ariol show"!


Leur problème?

  • Les sous. Après deux ans de travail bénévole, Sophie et Anaïs ont besoin de 10.000 euros pour payer la location de l'AREA42 qui accueillera leur festival pendant trois jours et trois nuits. Elles ont donc lancé un crowdfunding (ici) offrant de multiples contreparties en fonction des sommes données.
  • Même Saint Nicolas a décidé de leur donner un petit coup de pouce. Un verre sera offert à tous ceux et celles qui auront déjà participé au crowdfunding du Cosmos d'ici ce 6 décembre. La soirée se déroulera ce jour de 18 à 22 heures à LAMAB (14 rue de l'Association, 1000 Bruxelles)







mardi 4 décembre 2018

Toujours plus de monde au Salon de Montreuil


Il y faisait chaud, il y avait plein de monde, plein de bruit, plein de lumières, plein de courants d'air et d'enfants qui courent. Plein aussi d'enfants qui lisent. On en sort fatigué mais on sourit d'apprendre que la trente-quatrième édition du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis (SLPJ) a drainé plus de 179.000 visiteurs, soit 4.000 de plus que l'an dernier et 10 % de professionnels en plus. 179.000 visiteurs en six jours seulement (du 28 novembre au 3 décembre)! Plus de deux fois l'immense cortège qui a circulé dans les rues de Bruxelles le dimanche 2 décembre lors de la manifestation "climat". Et une fréquentation en hausse, indépendamment des manifestations des "gilets jaunes" qui embrasaient divers lieux de Paris.

(c) Eric Garault.

Le Salon, cela a été six jours de rencontres, de lectures, de spectacles et de débats autour du fil rouge "nos futurs", thème 2018. Il a réuni 450 stands d'exposants, invité paritairement 126 créateurs et 126 créatrices et proposé des milliers de livres aux visiteurs, tellement avides parfois de rencontrer leurs auteurs qu'il a fallu organiser des files d'attente aux dédicaces. Très impressionnant aussi, le chiffre de 28.000 scolaires (1.300 groupes au total), 2.000 de plus que l'an dernier, qui ont rencontré livres et auteurs. Les "Pépites" avaient été proclamées le premier jour (lire ici).

Un aspect important du SLPJ est la gratuité d'accès, les mercredi 28, jeudi 29 et vendredi 30 novembre pour tous et en permanence pour les enfants de moins de 18 ans, les habitants de la Seine-Saint-Denis et les demandeurs d’emploi et bénéficiaires du RSA. Une aubaine pour les publics familiaux qui est à saluer.

Soutien aux migrants. (c) Eric Garault.

De même, on admire le soutien du Salon à l'association Encrages (ici), très active dans le soutien aux migrants et des précaires, qui a bénéficié d'une très belle visibilité pour toutes ses actions au sous-sol à côté de la très intéressante exposition de l'année. Exposition dont on regrette une fois de plus qu'elle ne se promène pas ailleurs. Par contre, les visiteurs ont pu y découvrir en version sonore, l'alphabet "ABC, l'esprit de la lettre" qui avait été créé par le SLPJ à l'occasion de la Foire de Francfort 2017 (lire ici).

L'exposition "Nos futurs"

"Nos futurs", thème du salon 2018 et de son expo, est à comprendre dans le lien entre passé, présent, et futur. Les lieux s'organisent en cinq espaces consacrés à cinq approches.

"Nos futurs". (c) Eric Garault.


  1. Explorer: contes, mythes et s classiques en tant que sources d'inspiration pour les auteurs, les illustrateurs et les éditeurs de littérature jeunesse, qu'ils revisitent, modernisent et adaptent à leur époque.
  2. Transformer: la littérature jeunesse comme ouverture sur le monde, lieu de débats, à l’image des questions migratoires. Ce grand enjeu humanitaire sera au cœur de la seconde partie de l’exposition, où seront exposées des affiches réalisées par des illustrateurs, pour sensibiliser à l'urgence de la situation.
  3. Initier: l'exposition "ABC, l'esprit de la lettre" est présentée pour la première en France, dans une nouvelle scénographie, à la fois visuelle et sonore.
  4. Composer: Nathalie Choux a imaginé spécialement pour l'exposition un jeu de construction interactif sous forme d'imagier géant à assembler soi-même. 
  5. Lire: espace offrant de nombreux imagiers et abécédaires à feuilleter et lectures.
ABC, l'esprit de la lettre. (c) Eric Garault.



jeudi 29 novembre 2018

Du "Fleuve" aux "Enfances" avec Claude Ponti

Rouh-Dang et Louz-Nour. (c) l'école des loisirs.


Début septembre, alors que paraissait le livre "Enfances" dont il est le coauteur (lire plus bas), Claude Ponti m'indiquait être "terriblement en retard" pour son nouvel album. Apparemment, il s'est bien rattrapé, ou il a mis les bouchées doubles, ou il a engagé des poussins, ou... En tout cas, "Le fleuve" est là et bien là, réjouissant sur le fond et sur la forme. En format à l'italienne (63,5 cm d'envergure!), avec un joli dos toilé couleur de chocolat noir (l'école des loisirs, 60 pages). "Le fleuve", c'est une histoire-fleuve qui coule de source. De splendides illustrations déployant toute la palette de l'artiste aux plus de soixante livres jeunesse, des paysages magnifiques, des maisons complexes et très habitées, des personnages délicieux, proches de ceux qu'on a déjà rencontrés, des inventions surréalistes mais logiques, un monstre extrêmement terrifiant, quelques ossements subtilement assemblés, des couleurs joliment choisies, des cadrages parfois facétieux, une mise en pages rendant honneur à tant de talent. Au point qu'on peut dire que Claude Ponti s'est encore surpassé dans ce "Fleuve" dont les habitants coulent de longues vies tranquilles.

Le paysage enchanteur du fleuve l'Ongoh. (c) l'école des loisirs.

Pas sûr toutefois que "Le fleuve" plaira à tous les parents avec ses épisodes qui marient le genre masculin et le genre féminin en rendant naturelle la quête de l'identité sexuelle de l'enfant mais c'est tant pis pour eux. L'important est que Claude Ponti parvient à raconter ici une superbe histoire dont le rythme en deux temps initiaux fait bien comprendre le propos et dont le sujet s'expose à qui veut bien le voir. Sans préjugés, eux, les enfants y prendront, comme dans tous les albums de l'auteur-illustrateur, ce dont ils ont besoin. Accueil, respect, attention à soi et à l'autre, soutien, tout cela passant par un livre splendidement construit, plein de jeux sur les mots et dans les illustrations, faciles à comprendre ou à simplement laisser infuser. Un album à plutôt proposer aux enfants d'école primaire. Surtout, un album à examiner dans tous ses détails tant les illustrations luxuriantes sont volubiles et à lire bien haut pour en savourer toutes les trouvailles phonétiques.

Chez les Oolong. (c) l'école des loisirs.

L'album se déroule sur le fleuve l'Ongoh. A un endroit vivent les Oolong, grands ramasseurs de nourritures végétales dont ils font une exquise cuisine qu'ils échangent volontiers avec d'autres peuples. A un autre vivent les Dong-Ding qui eux, cueillent, ramassent, conservent et échangent des plantosoins, des revigores et des enchantissements. Mais ceux-là, on ne les rencontre que plus tard car Claude Ponti nous fait d'abord connaître les Oolong et leur mode de vie. Notamment, Louz-Nour, un bébé fille dont la famille a fait un garçon pour satisfaire le dernier vœu de la grand-mère, renaître en garçon. On le suit dans ses occupations, lui et sa natte unique de garçon, les filles en portant trois et cinq "les enfants qui ne savent pas encore si elles seront fille ou garçon" - remarquer au passage l'usage du "elles" pluriel au lieu de l'habituel "ils". Le plus important: "Quel que soit le nombre de nattes, les enfants s'occupent à jouer et jouent à s'occuper".

Occupations chez les Dong-Ding. (c) edl.
Occupations chez les Oolong. (c) edl.








Jeux divers, à l'ancienne ou contemporains, conte, chant (avec Bili-Ô-lidée), cueillaisons diverses dont celle des très demandées cosses de Blavière Trempeuse, espèce acoquinée avec la dangereuse Clapouille-à-loquet, conservation des graines, fruits, baies, légumes aux noms délicieux comme la nourriture qui en est tirée, Claude Ponti fait très fort.

Chez les Dong-Ding. (c) l'école des loisirs.

Quand les Dong-Ding arrivent dans le récit, comme en écho et en miroir aux habitants du fleuve rencontrés en premier, on assiste aussi à une naissance, celle de Rouh-Dang, un bébé garçon dont la famille fait une fille pour satisfaire le dernier vœu du grand-père, renaître en fille. "Le fleuve" nous présente la deuxième héroïne exactement comme l'album l'avait fait pour Louz-Nour, répétition facétieuse et interpellante. On suit aussi Rouh-Dang dans ses récoltes de plantes, au "sommet de montagnes équilibristes" ou "bas perchées dans l'eau claire" ou encore bien mieux cachées ou perchées.

Louz-Nour et Rouh-Dong et leurs oreilles occupées. (c) l'école des loisirs.

L'album se poursuit par la rencontre des deux héros, chacun ayant son grand-père ou sa grand-mère caché dans son oreille, tout réjoui de vivre la vie de l'autre sexe. Louz-Nour et Rouh-Dang échangent eux aussi sur leurs avantages respectifs - il faut se rappeler qu'ils sont nés du sexe opposé à celui qu'ils affichent. Cette sérénité est violemment interrompue avec l'arrivée d'un horrible montre, sans nom ni prénom, le Kapadnon, qui exige des "Lixirs de Longue Vie Éternelle pour..." (formule imparable qui se résume en "LLVÉÊJMPMJFMDADDCRÊORFT"). Ses sanctions sont terribles, gel des mamans, glaçonnage de tous les papas. A la grande terreur des enfants Oolong et Dong-Ding. Les images en donnent un aperçu criant, le texte est aussi effrayant que jubilatoire (on rappelle ici que les enfants aiment se faire peur).

Le monstre sans nom qui s'appelle Kapadnon. (c) l'école des loisirs.

Ce sera le moment d'intervenir pour Louz-Nour et Rouh-Dang qui, entre-temps, ont découvert leur sexe véritable mais préfèrent continuer comme ils ont commencé. Ils préparent les "Lixirs...." en en recueillant avec adresse, virtuosité même, les ingrédients et découvrent que leur potion préparée par "une fille et un garçon de deux peuples différents" aura un effet inattendu sur le Kapadnon. Une fois de plus, Claude Ponti mêle le grave et le joyeux, terminant l'aventure sur une note de paix retrouvée, de fête achalandée avec gourmandise et de liberté absolue. "Le fleuve" est un album splendide qui aborde l'air de rien un sujet difficile et inquiétant, la question du genre, et apporte toutes les assurances par rapport aux choix que chacun fera tout en emmenant ses lecteurs, pas trop jeunes, dans une formidable aventure.



"Enfances".
(c) l'école des loisirs.


En début de saison littéraire, Claude Ponti a publié en duo avec Marie Desplechin, leur première œuvre ensemble, l'épais moyen format "Enfances" (l'école des loisirs, 136 pages). Un formidable recueil illustré où les auteurs racontent à leur manière l'enfance de soixante-deux personnes. Car chaque adulte a commencé enfant. Souvent même, enfant créatif ou créateur, on l'oublie trop. Avec un tel duo d'auteurs, on n'est évidemment pas face à des biographies classiques. Chaque portrait se compose de deux textes et d'un dessin, les trois s'épaulant.

(c) l'école des loisirs.

Au départ, Claude Ponti et Marie Desplechin voulaient raconter mille histoires d'enfants. En pratique, ils ont fait des listes, réunissant 372 noms. Il leur a fallu élaguer et arriver au total de soixante-deux enfants, connus ou non, réels ou non, artistes ou non, savants ou non, rois ou non, qui ont, chacun à sa façon, marqué leur époque et changé le monde. Comme le feront certains enfants d'aujourd'hui. Chaque portrait d'enfant raconte son histoire de manière originale, vivante et agréable et dit sur le même ton ce qu'il/elle a accompli adulte tandis que le dessin permet de pousser plus loin les informations du texte tout en réjouissant l'œil.


(c) l'école des loisirs.

Trente-deux hommes, vingt-huit femmes, deux de genre indéterminé, le tout premier enfant du monde, qui est fille ou garçon, et Iqallijuq, Inuit venue au monde en 1918 dans un corps de fille mais réincarnation de son grand-père aux yeux de sa famille et donc garçon - tiens tiens, on voit cela aussi dans "Le fleuve". "Enfances" commence avec Sophie Rostopchine, la Comtesse de Ségur, Charles de Gaulle et Hans Christian Andersen. Le recueil finit avec le tout premier enfant du monde, Honoré de Balzac et Sophie Germain. On aura rencontré au passage des incontournables, comme Albert Einstein, Anne Frank, Charlie Chaplin, Nelson Mandela ou Frida Kahlo. Des surprises aussi comme l'enfant des Grottes, le fils de Guillaume Tell, Romulus et Remus, Eve ou Alice Liddell (celle de Lewis Carroll). Et des moins connus, ou pas connus du tout comme Sophie Germain, Nicolas Hardenpont, Emily, Andrée Descamps ou Iqbal Masih. Que de trouvailles, que de bonnes surprises! Voilà un panachage qui a vraiment du panache! Et qui reflète la personnalité des auteurs, plus fantaisiste pour lui, plus documentaire pour elle. Qu'importe. A deux, ils font la paire. Et nous, des découvertes. Pour tous.


(c) l'école des loisirs.