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mardi 14 avril 2026

Foire de Bologne, jour 2, avec le prix Lindgren

La bibliothèque BRAW.

À la foire de Bologne, il faut de bonne chaussures car on marche des kilomètres dans les différents pavillons vitrés qui abritent les centaines d’exposants, les nombreuses expositions et les lieux de rencontres et de discussions. Un parapluie n’est pas superflu cet année pour rejoindre la Foire et passer d’un pavillon à un autre. Pour une fois, il pleut durant cette gigantesque manifestation dédiée à la littérature de jeunesse de À à Z, de l’auteur et/ou illustrateur, en passant par l’éditeur, l’agent, le traducteur et l’imprimeur. À ses produits dérivés aussi, de plus en plus nombreux, que ce soient des dessins animés, des applications, des jeux en trois dimensions. Même si le message général de la foire demeure le soutien à la création et à l’imagination, on sent bien qu’il faut vendre. Et que certains réinventent tout pour vendre.

Samy Ramos.
Bien sûr, il y a des moments de grâce, comme la découverte de Samy Ramos, lauréate d’un des Bologna Ragazzi Awards (lire ici) en train de signer tout sourire.
Ou la découverte des BRAW Outstanding Books virevoltant au bout de leurs ficelles.

Ou la rencontre inopinée avec Rita Marshall de l’excellente maison américaine The Creative Company, revenue à Bologne après douze ans et qui craint ne pas y revenir avant douze ans. Pendant quelques minutes, l’âme de son défunt mari, le merveilleux auteur-illustrateur Étienne Delessert (lire ici) a plané sur nous.


Cette année, des protections auditives n’étaient pas inutiles tant l’annonce de certains prix étaient sonores. À croire que Kevin De Bruyne avait marqué un goal en finale de la Coupe du monde de foot. Tout comme les lunettes solaires tant certains stands brillent de mille feux. Comme toujours, le pire côtoie le meilleur, parfois côte à côte. Côté odorat, on est davantage gâté avec les arômes de café qui flottent ici et là. Ou de pizzas. Ou même de plats asiatiques quand on se promène dans le coins des imprimeurs chinois.

Du monde devant les stands italiens.

Dans les allées de stands italiens, c’est la grande foule. Et il devient difficile d’apercevoir les livres sur les tables. Non seulement des auteurs et des illustrateurs dédicacent leurs livres, mais là, et pour ceci comme partout ailleurs dans la foire, les illustrateurs viennent présenter leur travail. Carton de dessins sous le bras ou tablette en main. Ils font la queue un peu partout, rappelant le Bologne du tournant du siècle. Et, au fil des ans, la Foire de Bologne leur alloue de plus en plus de place. Bien sûr, il y a la traditionnelle exposition des illustrateurs (lire ici) mais aussi des rencontres, des master classes données par des maîtres du genre, des murs à envahir… Sans oublier les écoles dédiées à l’illustration qui occupent de nombreux stands.

Suspense avant la proclamation du prix Astrid Lindgren.

Le deuxième jour de la Foire du livre pour enfants de Bologne est aussi celui où est décerné le prix Astrid Lindgren, récompense annuelle qui va à un auteur, un illustrateur ou un outil de promotion de la lecture. Il a été créé en 2002 à la mort de la merveilleuse écrivaine suédoise et est généreusement doté : 5 millions de couronnes suédoises, soit 464.000 euros.

Le lauréat 2026 est le Canadien Jon Klassen.

L’excellent choix des jurés 2026 s’est porté sur l’artiste canadien Jon Klassen, l’homme aux différents chapeaux lors de ses débuts, l’homme aux crânes plus récemment. Il a été choisi entre 263 candidats provenant de 74 pays. Il perpétue en effet merveilleusement l’esprit d’Astrid Lindgren, qui a toujours encouragé et célébré l’imagination, le courage et l’empathie.

La motivation du jury:
« À travers sa narration subtile et évocatrice en mots et en images, Jon Klassen ouvre de nouvelles perspectives sur notre place dans l'univers. Que se passe-t-il lorsqu'un rocher tombe du ciel, lorsque les chapeaux disparaissent ou qu'un crâne commence à vivre sa propre vie? Avec précision, émotion et esprit inventif, les défis de l'incertitude et de l'espoir de la vie sont dépeints dans une interaction de couleur et de forme. Les contes brillants de Jon Klassen se démarquent par leur élégance sans effort et leur profondeur ambiguë, où le lecteur devient un co-créateur. »
 Jon Klassen est né en 1981 à Winnipeg, au Canada. Son premier album, « I Want My Hat Back » (2011), révèle déjà son talent, l’excellence de son rapport texte-images et sa complicité avec l’enfant lecteur.  Il inaugure une trilogie qui s’est poursuivie avec « This Is Not My Hat » (2012) et « We Found a Hat » (2016). Ces trois titres ont été publiés en français chez Milan: « Je veux mon chapeau », « Ce nest pas mon chapeau » et « On a trouvé un chapeau » (2020, 2021 et 2024).


Depuis l’album « The rock from the Sky » (« Le rocher tombé du ciel ») en 2022, il est traduit en français chez Pastel, imprint belge de l’école des loisirs. Trois cartonnés pour les plus jeunes y ont suivi en 2025, le trio « Your Forest », « Your Farm » et « Your Island », devenus « Ta forêt », « Ta ferme », « Ton île ». Juste avant, en 2024, on y avait eu le très drôle et intriguant « Le crâne ».


Jon Klassen est aussi l'illustrateur de la série « Pax » de Sara Pennypacker, en français chez Gallimard Jeunesse. Et il a publié toute une série de livres pour enfants renommés avec Mac Barnett, y compris une trilogie sur les formes géométriques.

Jon Klassen a le talent de traiter les questions existentielles avec astuce et humour, bousculant gentiment ses lecteurs. Je reviendrai à ses livres plus en détail.

vendredi 3 octobre 2025

Quatre Belges en sélection des Pépites du Salon du livre de Montreuil


Avec le début d'octobre reviennent parfois les champignons mais à coup sûr les sélections pour les Pépites du Salon de Montreuil. Soit vingt titres sélectionnés, de vingt maisons d'édition, dans les quatre catégories: livre illustré, fictions juniors et ados, bande dessinée. Un jury d'enfants et d'ados (de 8 à 18 ans) désigne les lauréat·es dans chaque catégorie, tandis qu’un jury de critiques littéraires remet la prestigieuse Pépite d'Or.

Agréable surprise du cru 2025: la présence de deux artistes belges en catégorie bande dessinée et de deux auteurs belges en catégorie Fiction juniors! Clara Lodewick est sélectionnée pour son second album, le très réussi "Moheeb sur le parking" (Dupuis). Max de Radiguès pour "Dix secondes" (Casterman). Vincent Cuvellier apparaît en sélection pour "Les Découvertes vertes d'Anna Zavatian",  illustré par Charline Collette (hélium) et Thomas Lavachery pour son roman "Un démon parmi nous" (l'école des loisirs, Médium). Nous y reviendrons. On peut y ajouter la Française Adèle Maury qui a étudié à Bruxelles et y vit ("Béril en bataille", Sarbacane)


Ce jury professionnel est composé de critiques et de libraires, soit cette année Raphaëlle Botte ("Télérama"), Alexis Demeyer (France Inter), Fabienne Jacob ("Livres Hebdo"), Sandrine Mariette ("Elle"), Laurent Marsick (RTL), Cécile Ribault Caillol (France Info), Frédérique Roussel ('Libération'), Sylvie Vassallo (Salon du livre et de la presse jeunesse) et Lauriane Le Dûs (École de la librairie pour Place des libraires).

 

Les vingt livres sélectionnés pour les Pépites 2025

Sélection Livre illustré

  • "Alf et Orel", Jeanne Macaigne (Cambourakis)
  • "Le Bonheur d'un poulon", Paul Vidal (Albin Michel Jeunesse, collection "Ronces")
  • "Pavel et Mousse", Aurore Petit (Les Fourmis rouges)
  • "Rendez-vous de l'autre côté du jour", Thomas Vinau et Charlotte Lemaire (Editions Thierry Magnier)
  • "Vivace", Gabriel Sabourin (La Pastèque)


Sélection Fiction juniors 

 

  • "Les Découvertes vertes d'Anna Zavatian", Vincent Cuvellier et Charline Collette (hélium)
  • "La Jeune Fille au crâne", Benoît Richter (Nathan)
  • "Passage du convoi cette nuit", Anne-Christine Tinel (Koïnè Éditions)
  • "Le Temps du Capitaine Brett", Blexbolex (La Partie)
  • "Un démon parmi nous", Thomas Lavachery (l'école des loisirs, Médium)


Sélection Fiction ados

  • "Les Adelphides", Alice Dozier (Actes Sud jeunesse)
  • "Courir le vaste monde", Alex Cousseau (Rouergue Jeunesse)
  • "Helter Skelter, La Fille du bout du monde", Philippe Lechermeier (Flammarion Jeunesse)
  • "J'ai rien dit", Marcus Malte (Rageot)
  • "La Saison des fleurs", Loly Axmann (Gallimard Jeunesse, Scripto)


Sélection Bande dessinée 

  • "Béril en bataille", Adèle Maury (Sarbacane)
  • "Dix secondes", Max de Radiguès (Casterman)
  • "Moheeb sur le parking", Clara Lodewick (Dupuis, Les Ondes Marcinelle)
  • "Sangliers", Lisa Blumen (L'Employé·e du moi)
  • "Yon", vol. 1, Camille Broutin (Dargaud)

 

Les lauréat·es seront annoncé·es le mercredi 26 novembre, jour d'ouverture du Salon et célébré·es le dimanche 30 novembre.

 

mardi 13 mai 2025

Cold case à l'île de Pâques

L'inspecteur Guillermo Valverde. (c) Rue de Sèvres.

"Caballero Bueno"
, le très plaisant, original et atypique roman graphique que signent Thomas Lavachery au scénario et Thomas Gilbert aux dessins (l'école des loisirs, Rue de Sèvres, 174 pages) est le résultat d'une succession de hasards féconds, j'y reviendrai. C'est un polar à la Agatha Christie - les faits, vrais, sont contemporains de la romancière anglaise. Un crime atroce a été commis en novembre 1933. Comme l'enquête locale piétine, le président du Chili dépêche sur place son meilleur inspecteur, Guillermo Valverde. C'est aussi un polar ethnographique, donnant à voir la réalité des habitants de l'île de Pâques il y a cent ans.
 
Un peu d'histoire
Le Chili possède l'île de Pâques depuis 1888. Peu après, ses militaires parquent la population locale dans une réserve entourée de barbelés et les surveillent sévèrement. La plus grande partie de l'île, de même superficie que la ville de Bruxelles, est louée à une compagnie anglaise qui y élève des moutons. La liberté et l'herbe pour les animaux, un enclos sans ressource pour les Pascuans.
 
La première page de l'album. (c) Rue de Sèvres.

Revenons à "Caballero Bueno", polar fictionnel basé sur des faits réels. L'album commence quand un bateau amène l'inspecteur au physique peu commun à l'île. A peine débarqué, il entend le gouverneur lui conseiller de repartir. Ce dernier aurait trouvé le coupable du sauvage assassinat perpétré sur la personne d'Anthony Wilcox, un administrateur de la société anglaise Williamson & Balfour opérant sur place. Il en faut plus pour impressionner le fonctionnaire à l'embonpoint assumé et au verbe accrocheur. Il reste.
 
Rencontre entre l'inspecteur et le gouverneur. (c) Rue de Sèvres.
 
Guillermo Valverdo va mener une enquête fine et pointue pour retrouver le coupable et découvrir les mobiles de cet assassinat surprenant. Anthony Wilcox avait tout pour plaire à tout le monde. Alors qui et pourquoi? On va suivre ses investigations, ses déplacements à cheval, le mode de transport local, ses rencontres, ses échanges. Il va prendre des risques et va devoir dépasser ses peurs. On découvre l'homme, musicien et consommateur de laudanum, derrière le fonctionnaire rusé. Lors des divers épisodes, on rencontre toute une série de personnes-clés. Des hommes et des femmes représentatifs de la réalité de l'île à cette époque, du côté des occupants britanniques et chiliens comme du côté des locaux, ravagés par la lèpre. Le tout, dans des décors rendant remarquablement les merveilleux paysages de l'île.
 
Première visite au "coupable". (c) Rue de Sèvres.
 
L'inspecteur chilien trouvera bien entendu l'assassin mais son enquête aura aussi mis à jour des amours secrètes, des drames et des scandales, des monstruosités et des enthousiasmes artistiques. Un menu complet savamment composé qui est bien plus que la résolution d'une affaire ancienne, un reflet d'une société où les méchants ne sont pas nécessairement les méchants, pas plus que les bons ne sont les bons.
 
Une découverte que cet enquêteur amateur de havane et ami des chats -  comme celui qui lui a donné sa vie de papier -, fin psychologue et rhéteur expérimenté en plus d'être un mélomane pratiquant le violon. Le sous-titre de l'album "Une enquête de l'inspecteur Valverde" est-il une promesse de le retrouver? En tout cas, "Caballero Bueno" se lit avec intérêt et grand plaisir. Ce polar finement construit va au fond de l'âme de ses personnages et est servi par des illustrations intervenant à juste titre dans le récit pour le faire progresser.
 
En fin d'album, Thomas Lavachery glisse quelques mots sur l'expédition à l'île de Pâques de 1934 à laquelle a participé son grand-père.
 
Les hasards féconds
  • Et si Henri Lavachery, grand-père de Thomas, n'avait pas été à l'île de Pâques en 1934?
  • Et s'il n'en avait ramené de petites sculptures et plus de la statue de l'île qui ont forgé le destin de son petit-fils? Il a étudié l'histoire de l'art à l'ULB et y a consacré son mémoire.
  • Et si Thomas Lavachery n'était pas retourné à l'île de Pâques réaliser un film documentaire sur son grand-père?
  • Et si Thomas Lavachery et Thomas Gilbert, amis et complices, n'avaient pas eu envie de retravailler ensemble après le succès de l'adaptation en bande dessinée de "Bjorn"?
  • Et si Thomas Lavachery n'avait pas rencontré à Jérusalem un médecin qui avait obliqué vers la criminologie après son séjour à l'île de pâques et enquêté sur ce crime dont Henri Lavachery avait aussi entendu parler?
  • Et si...
 
Exposition temporaire
Différentes planches de l'album "Caballero Bueno" et des photos de l'expédition de l'expédition franco-belge de 1934 à l'île de Pâques sont exposées au Musée d'Art et d'Histoire jusqu'au 31 août. Elles voisinent les trois chefs-d'œuvre de l'art de l'île de Pâques: Pou Hakanononga , la plus ancienne statue géante en pierre connue, et deux statues en bois exceptionnellement travaillées, un moai kavakava (figure humaine aux côtes visibles) et un moai tangata moko (homme-lézard).
 
Pou Hakanononga. (c) MRAH.
 
Rappelons que le colosse de pierre (moai) est arrivé en Belgique en 1935, amené par le célèbre navire-école Mercator au port d'Anvers.
 
La statue à bord du Mercator. (c) MRAH.

 
La statue en pierre de six tonnes de l'île de Pâques était un cadeau du gouvernement chilien en remerciement de l'excellent travail scientifique de l'équipe dirigée par l'archéologue français Alfred Métraux et l'ethnologue belge Henri Lavachery. 
Elle est l'objet d'un livre illustré, "Pou Hakanononga", écrit par Nicolas Cauwe (Musées Royaux d'art et d'histoire, 112 pages), disponible en français, en néerlandais et en anglais. Fort de ses vingt misions archéologiques à l'île de Pâques, le conservateur des collections d'Océanie au musée y retrace l'histoire de cette statue arrivée à Bruxelles en 1935, l'expédition franco-belge de 1934-1935 et complète ce récit passionnant de nombreuses autres informations à propos de Pou et des Pascuans d'hier et d'aujourd'hui. 

A noter qu'un entretien avec le commissaire de l'exposition Nicolas Cauwe et l'auteur Thomas Lavachery aura lieu dans l'exposition ce mercredi 14 mai de 14h30 à 15h30 (infos pratiques ici).
 
 
 
 
 

samedi 18 janvier 2025

IBBY 2024: les finalistes du prix de l'album drôle

Prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album drôle

Pour rappel, la Section belge francophone de l'IBBY (International Board on Books for Young People) décerne depuis janvier 2023 ses quatre prix de l'album (prix de l'album, prix de l'album traduit, prix de l'album belge, prix de l'album drôle). La remise de leur troisième édition, publique, aura lieu ce lundi 20 janvier à 14 heures (infos ici).
Voici les dix titres finalistes en catégorie album drôle, tous sortis en 2024, par ordre alphabétique du nom de l'illustrateur. Avec un choix d'images en fin de note.
 
 
Un bisou pour mon frère
Adrien Albert
l’école des loisirs, 36 pages

Un rocher bloque-t-il la route du bus dans lequel Tobold, le grand frère de Simon, a pris place au terme d'une journée entre frères? La conductrice sait que faire. "Il suffit de dynamiter le rocher." Facile. Et utile aussi, on le verra, pour sauver le petit lapin emporté dans les airs par un balbuzard lors de cet arrêt forcé. Des images expressives dans de belles gammes de couleurs accompagnent cette histoire aux éléments aussi prenants que démesurés et invraisemblables. Et c'est ce qu'on apprécie dans cet album de complicité entre auteur et lecteur qui utilise divers biais de mise en page pour avancer jusqu'à sa douce finale.
 
et aussi 
ChocoTrain
Adrien Albert
l'école des loisirs, 40 pages

On connaît Chouchou depuis l'excellent album "Chantier Chouchou debout" (lire ici). Pour son anniversaire costumé, l'héroïne a invité ses deux grands-mères, mamie Georges, déjà rencontrée, et mémé Lucie. Aux deux, elle a demandé de se déguiser déjà dans le train qui les amène et de lui apporter des ChocoTrain, ces biscuits délicieux qui ne se vendent qu'à bord d'un train et coûtent très cher. Chacune des aïeules a son idée pour s'en procurer. Quelle jubilation de les découvrir! Adrien Albert imagine une histoire à la fois dingue et logique dont les enfants adorent le côté farfelu, les exagérations et les impossibilités. Une magnifique farce où l'auteur-illustrateur poursuit son exploration des modes de transport.

Félicien le cochon magicien
Christian Oster
Maud Begon

Albin Michel Jeunesse, 40 pages

Contraste très réussi que les illustrations de facture classique, aux pages enluminées, et la conversation totalement désopilante entre les deux héros. Maryse la poule a perdu ses six œufs. "J'ai vu mes œufs s'envoler", assure-t-elle. Félicien, le cochon magicien qui "vole à angle droit", se lance dans une enquête. Le toit, le nuage, la campagne, il ne trouve rien. Les œufs auraient-ils été volés par le renard au lieu de s'envoler? Un petit coup de téléportation et Félicien vérifie l'hypothèse. Mais les choses se corsent et le cochon doit sans cesse recourir à sa magie pour s'en sortir. Il ignore qu'il n'en a pas encore fini avec Maryse. Un album comique dont l'humour absurde est porté par un texte au vocabulaire choisi fort agréablement déroulé. Classique en apparence, complètement décalé en réalité.
 
 
Les 7 Ours Nains
contre le Gros méchant loup
Émile Bravo
Seuil Jeunesse, 72 pages
 
Quelle joie de retrouver les 7 Ours Nains dans une nouvelle aventure vingt ans après leur création (lire ici)! Et douze ans après l'album précédent. L'auteur avait une bonne raison, il racontait l'histoire de Spirou pendant la Seconde Guerre mondiale. Le voilà revenu à des travaux moins oppressants. "Il fallait que je retrouve mes ours pour passer de bons moments avec eux", signale-t-il. Il reprend donc sa recette, le "recyclage" de contes, mais fait rencontrer de nouveaux personnages à ses héros, Boucle d'Or et surtout le loup qu'il souhaite réhabiliter. "Ce nouveau conte vous évoquera peut-être davantage notre époque puisqu'il a clairement été inspiré de son affligeante actualité", ajoute-t-il. Néanmoins, au premier degré, celui des enfants, on s'amuse trop à voir les ours vouloir construire leur maison en dur, héberger le Petit Chaperon rouge, tomber sur les sept nains, participer à une bagarre digne d'Astérix, échapper aux parents de Mishka... On croisera encore les bottes de sept lieues, l'Ogrours, le cochon constructeur. Surtout, on assiste à des scènes incroyables portées par des dialogues désopilants posant en filigrane de vraies questions existentielles.

A noter que la série "Les 7 ours nains" fera l'objet d'une exposition au tout prochain Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême.

Le livre qui peut lire dans ton esprit
Marianna Coppo
traduit de l’italien par Christian Demilly
Grasset Jeunesse, 48 pages

Une Madame Loyale répondant au nom de Lady Rabbit s'adresse aux jeunes lecteurs depuis une scène de théâtre joliment ornée. Cet album en vert doux et rose passé est une merveille de drôlerie superbement mise en scène. Les enfants marchent et en redemandent. Ils ignorent que Lady Rabbit se base que un tour connu depuis le XVe siècle pour leur faire croire qu'elle est capable de lire dans leurs esprits. Le lecteur est invité à choisir en secret un personnage dans un public de trente-six spectateurs, tous différents et très réussis. A signifier la rangée où leur choix est assis, puis à le repérer à nouveau à une nouvelle place après l'entracte, et à foncer en page finale. Son choix se trouve exactement là où le livre l'a indiqué! C'est magique, addictif et terriblement amusant. Ce vieux tour de magie fonctionne parfaitement dans sa version livresque. Le graphisme dépouillé et délicat de Marianna Coppo augment le plaisir de découvrir ces trente-six personnages plus charmants les uns que les autres.
 
 
Oskar et le comte
Jean-Baptiste Drouot
Les fourmis rouges, 48 pages

Comment arrêter la malédiction que l'affreux comte Krokula fait peser sur Klopok, un village de chats? Il y pleut sans discontinuer. Chaque année, les villageois envoient un des leurs, dans l'espoir de battre le comte, les armes étant de leur choix. Aucun ne revient jamais. Un tirage au sort truqué désigne Oskar, un nouvel habitant, le fromager du village dont le commerce périclite. Arrivé au château, Oskar ira de surprise en surprise. Le lecteur aussi. Mais l'envoyé spécial rencontrera quelqu'un qui adore le fromage autant que lui. Les discussions pointues à ce sujet glisseront-elle vers une relation plus tendre? On suit le récit avec un immense plaisir jusqu'à l'exquise et définitive finale.


Manqué!
Antonin Faure
Les Éditions des Éléphants, 48 pages
 
Dans une nature luxuriante brillamment aquarellée, un minuscule ver voudrait manger une toute petite pomme. Sauf que le fruit tombe à terre et plaît à des fourmis. Quant au ver, il ferait bien l'affaire de la mésange. Sauf qu'il lui échappe. Mais la belette a repéré l'oiseau. Il va lui échapper... A chaque double page de cet album randonnée quasi muet, une proie échappe à son prédateur, tandis que se construisent une multitude d'histoires parallèles avec les animaux déjà rencontrés. Le splendide graphisme forestier aux mille détails permet un jeu de cherche et trouve propre à chaque lecteur, à la fois drôle et palpitant.
 
 
Le dodo des animaux
Samir Senoussi
Henri Fellner
Gallimard Jeunesse, 32 pages 
 
On connaît les rituels du coucher des enfants, enfiler son pyjama, se brosser les dents, faire pipi, écouter une histoire, demander un verre d'eau, retourner faire pipi, entendre le souhait de bonne nuit... Ceux-ci sont transposés chez les animaux dans cet épais grand format. Les parents animaux ont bien de la peine aussi, et du mérite. On rit à toutes les pages devant la malice des auteurs qui utilisent aussi les caractéristiques des diverses espèces animales pour pimenter leur récit. L'idée d'aller se coucher chez les antilopes, les hyènes et les hippopotames. Le brossage des piquants chez les hérissons, des fanons chez les baleines. La place dans le lit chez les phoques. Les divers préparatifs dont l'histoire du soir, la partie la plus développée car très différente d'une espèce à l'autre, mais toujours aussi drôle. Un humour simple et une formidable complicité avec les petits lecteurs humains.
 

Je suis un dragon!
Sabina Hahn
traduit de l’anglais (États-Unis)
par Rosalind Ellan-Goldsmith
l’école des loisirs, 40 pages
 
Le sous-titre est parfait: "Embrouilles chez les grenouilles". C'est exactement de cela qu'il s'agit dans ces pages drôlissimes. Une assemblée de grenouilles dialogue avec un autre animal couché sur le dos dans l'eau. Pour elles, il s'agit d'une grenouille. Lui se présente comme un dragon. Elles insistent, sûres de leur science. Lui résiste. Les échanges tournent au dialogue de sourds jusqu'à l'explosion finale qui rebondit plusieurs fois en scènes très drôles jusqu'à l'apaisement final. Pas sûr toutefois que tout ce petit monde soit d'accord sur le fond. Mais sur la forme, ils le sont, surtout quand il s'agit de griller des guimauves. Les dessins expressifs et très vivants renforcent le côté hilarant des propos. Un album que les enfants demandent et redemandent sans se lasser.
 
 
Poux, manuel de survie en territoire humain
Berta Parano
traduit de l’espagnol
par Coralie Artus-Jolly
Helvetiq, 204 pages
 
Un vrai documentaire sur un sujet concernant tous les humains, traité sur le mode humoristique, autant dans le texte que dans les images. C'est bien simple, ce manuel au pantone orange fluo est adressé aux poux de tête humaine et rien qu'à eux. Il se veut un guide pour leur permettre de survivre en territoire humain. Évidemment, rien n'interdit auxdits humains de le lire aussi pour apprendre comment éviter de se faire parasiter. Au-delà de l'humour omniprésent, on est surpris de découvrir dans ce très petit format autant de notions scientifiques sur les poux (lire aussi ici).


Ketchup ou mayo?
Le grand livre des choix impossibles
Gilles Rapaport
Laurence Salaün
Seuil Jeunesse, 72 pages

La vie est souvent faite de choix cornéliens. Chips ou frites? Été ou hiver? Samedi ou dimanche? Sucré ou salé? Pile ou face? Une trentaine de ces questions essentielles et difficiles sont répertoriées ici, auxquelles l'enfant est invité à répondre. Des choix bien plus difficiles que dans l'incontournable "Préférerais-tu?'" de John Burningham car assortis de scènes dessinées démontant totalement la question et créant autant de saynètes-choc. Hilarant d'un bout à l'autre.


Quelques illustrations


"Un bisou pour mon frère". (c) l'école des loisirs.
"ChocoTrain". (c) l'école des loisirs.


"Félicien le cochon magicien". (c) Albin Michel Jeunesse.
"Les 7 Ours Nains contre le Gros méchant loup". (c) Seuil Jeunesse.
"Le livre qui veut lire dans ton esprit". (c) Grasset Jeunesse.
"Oskar et le comte". (c) Albin Michel Jeunesse.
"Manqué!" (c) Les Éditions des Éléphants.
"Le dodo des animaux". (c) Gallimard Jeunesse.
"Je suis un dragon!" (c) l'école des loisirs.

"Poux". (c) Helvetiq.


"Ketchup ou mayo?" (c) Seuil Jeunesse.





vendredi 17 janvier 2025

IBBY 2024: les finalistes du prix de l'album



Prix IBBY Belgique francophone 2024 de l'album

Pour rappel, la Section belge francophone de l'IBBY (International Board on Books for Young People) décerne depuis janvier 2023 ses quatre prix de l'album (prix de l'album, prix de l'album traduit, prix de l'album belge, prix de l'album drôle). La remise de leur troisième édition, publique, aura lieu ce lundi 20 janvier à 14 heures (infos ici).
Voici les dix titres finalistes en catégorie album, tous sortis en 2024, par ordre alphabétique du nom de l'illustrateur. Avec un choix d'images en fin de note.

 
Bertha et moi
Beatrice Alemagna
l'école des loisirs, 48 pages
 
Événement souvent mineur pour les adultes, événement majeur pour les enfants, le "bobo au genou". Tomber, s'écorcher, saigner, nettoyer, attendre la croûte, c'est ce qui arrive à l'enfant narrateur. La suite est aussi inattendue que réussie. Il baptise son obstinée pensionnaire Bertha et établit une vraie relation d'amitié avec elle. Jusqu'au jour où son genou sera guéri et la croûte partie. Grâce à Bertha, il aura grandi, à son rythme. Tout est juste dans cet album formidablement mené entre réel et imaginaire d'abord, entre imaginaire et réel à la fin. Les splendides illustrations aux tons vifs éclairés d'orange fluo permettent d'entrer dans les scènes avec les parents, les copains, les grands-parents et évidemment Bertha. Rue, maison, plaine de jeu, campagne, champ de coquelicots, jardin, école sont autant de lieux superbement dessinés où évolue un enfant qui a le comportement d'un vrai enfant. Des questions aussi sur le temps qui passe. Un magnifique travail tout en sensibilité qui touche à des sujets de l'enfance comme l'ami imaginaire ou l'animal domestique et vibre d'émotions sincères.

 
Aux champignons
Camille Alessandroni
Le diplodocus, 40 pages
 
Bottes au pied, Louison et son Papi partent se promener, un panier à champignons au bras. Ils n'en trouvent pas à l'endroit habituel, près du vieux chêne. Quelqu'un serait-il passé avant eux? La balade serait-elle terminée? Non, s'insurge la petite fille qui fonce et entraîne son grand-père plus loin dans la forêt. Là où vivent les animaux sauvages. Certains sont mentionnés dans le texte mais beaucoup ne le sont pas alors qu'ils figurent dans les illustrations qui célèbrent les couleurs de l'automne. Aux lecteurs de les découvrir dans ces pages au graphisme peu habituel en littérature de jeunesse, parfois proche de l'abstrait. Une tendre expérience entre générations.
 
 
Les deux loups
Madeline Roth
Pascale Breysse
Kilowatt, 40 pages
 
Enfant Cherokee, Nita grandit aux côtés de son grand-père qui lui transmet le savoir des leurs. Il a une petite sœur, Ama, qu'il aime et déteste à la fois. Ce qui le contrarie. Quand il explique à son aîné qu'il voudrait l'aimer plus, ce dernier lui raconte l'histoire des deux loups qu'on a tous en nous et qui se combattent. "Lequel des deux gagne?" demande l'enfant. "Celui que tu nourris", répond le vieil homme. Il va aider le jeune garçon à réfléchir aux choix qui lui possibles et à leurs conséquences, chacun des deux loups ayant deux faces. Cette quête de l'équilibre est portée par de délicates illustrations mêlant plusieurs techniques dont de poétiques animaux quasi transparents dans les décors.
 
 
Mon ami Coco
Karine Daisay
Saltimbanque éditions, 56 pages

Drôle de petite bête que ce Coco qui s'éveille un matin, perdu dans la basket jaune d'un enfant. D'où vient-il? Pourquoi est-il là? Qui est-il, lui demande simplement et sans peur l'enfant habillé de rouge qui le découvre. Le chat observe également le nouveau venu, blanc, moucheté, sorte de gélule anthropomorphe. Empathique et généreux, l'enfant lui propose son aide. Ensemble, ils vont explorer les lieux proches en espérant que Coco s'y repère. Mais rien, Coco ne reconnaît rien. Le duo va aller de plus en plus loin avec le même espoir. Il va parcourir des lieux merveilleux. Ces recherches donnent lieu à de très belles illustrations sur simple ou double page, ou en séquences, en plan large ou en gros plan. Très nombreuses et on se réjouit de les découvrir. Un magnifique album sur la découverte de l'autre, le temps nécessaire à accepter son destin et à trouver sa place dans le monde. Le graphisme superbe qui présente les multiples épisodes de cette quête invite le lecteur au cœur du récit.

 
Touche pas à mes kakis
Satomi Ichikawa
l'école des loisirs, 36 pages
 
Une belle histoire japonaise, de facture classique et lumineuse. Le petit Ken-Tchan adore les kakis. Il y en a plein sur l'arbre de son jardin, tout jaunes sauf un, rouge, grignoté par un corbeau. Le gourmand va aller de déconvenue en déconvenue dans un premier temps. Les kakis jaunes sont durs. Quand ils deviennent rouges et qu'ils sont délicieux, les corbeaux sont plus rapides que lui et les dévorent tous. Comment va-t-il se régaler et bénéficier des bienfaits du fruit? Comment va-t-il les partager avec ses copains? Grâce à sa grand-mère qui lui enseigne comment rendre délicieux les kakis âcres d'un arbre au fond du jardin. Un tendre album de transmission entre générations, délicatement dessiné, sur fond de gourmandises partagées.
 
 
Tomber 8 fois, se relever 9
Frédéric Marais
HongFei éditions, 40 pages
 
Cette histoire du passé - elle s'est déroulée il y a plus de cent ans - témoigne de la volonté humaine qui permet des exploits à peine imaginables. Quand il est envoyé au front, en mars 1915, Eugène Criqui est champion de boxe de France. Une balle atteint au visage celui qui est appelé "Gueule d'ange". La Première Guerre mondiale va-t-elle avoir raison de la carrière sportive de la désormais "gueule cassée"? C'est sans compter sur la force de caractère exceptionnelle de cet homme qui va se battre contre lui-même et obtenir le titre de champion du monde en 1923. Les images en double page et en grand format, en deux tons, ocre et bleu passé, en plus du noir et blanc, rejoignent magnifiquement la puissance de cette détermination.
 
 
L'histoire de la vache noire
Brune Bottero
Amandine Meyer
Seuil Jeunesse, 48 pages
 
A la ferme, le petit Aldo et la vache noire sont les plus grands amis du monde. Ils se parlent, ils jouent ensemble, ils se racontent des histoires, ils rient ensemble. Quand plus grand, Aldo part étudier en ville, il emmène la vache noire avec lui. S'il s'épanouit dans ce nouveau lieu et cette nouvelle vie, sa compagne dépérit. L'étudiant finira par s'en rendre compte et décider de ramener la vache noire à la ferme. Une séparation qui les attriste tous les deux. Reste leur amour qui demeure alors que la vie les conduit sur d'autres chemins. Le récit aborde avec délicatesse la question en finale de la séparation après avoir enchanté les lecteurs par des propos originaux. Il est porté par de très grandes et très belles illustrations pleines d'humour. Les scènes avec la vache dans le bus ou dans l'escalier de l'immeuble sont exquises. Un très bel album sur la vie qui avance. Une histoire inventée parce que le grand-père de l'auteure la lui promettait petite, sans jamais la lui avoir racontée. Une scène qui sera reprise par Aldo.
 
 
Les enfants de Madame Ô
Jean-Christophe Cavallin
Jérémie Moreau
Albin Michel Jeunesse
collection "Ronces", 40 pages
 
D'exceptionnelles illustrations pour ce conte où un doudou perdu permet à la petite Sido de rencontrer Madame Ô, la dame de la forêt qui transforme les animaux en peluches pour consoler les petits humains le temps de leur enfance. Un moment seulement car ils retournent chez elle ensuite, à la tristesse des enfants qui découvrent qu'ils n'en sont pas les propriétaires mais seulement les utilisateurs temporaires. Une très belle idée, fort joliment développée dans les pages superbement construites, et une approche tendre des relations entre grand frère et petite sœur.

 
Un abri
Adrien Parlange
La Partie, 40 pages
 
En doubles pages en format à l'italienne, il fallait une reliure spéciale pour apprécier les immenses illustrations aux splendides couleurs de cette histoire de cohabitation au-delà des oppositions. Il fait très chaud et une petite fille s'assied dans l'ombre prodiguée par un rocher. Elle sera rejointe par une foule d'animaux, pas forcément amis mais tous en quête de protection. Un serpent, un renard, un lièvre, un hérisson et d'autres encore... Chacun trouve sa place pour "partager l'ombre" en attendant que le soleil se couche. Une fois libérés de la chaleur et libres, ils feront le choix de rester solidaires. Un album joyeux où tout est à observer, l'ombre qui tourne et s'allonge autour du rocher, les interactions entre les "protégés", la couleur du ciel, un album riche de toutes les réflexions sur la cohabitation qu'il suggère.
 
 
Le gros livre
Delphine Perret
Les fourmis rouges, 184 pages
 
Un livre qui est aussi gros qu'il est petit, il tient dans la main. Il propose dix-sept histoires de longueur variable, drôles, absurdes, philosophiques, touchantes. Avec des animaux et des humains et des entre les deux. En rose et orange, mises en images avec finesse, imaginatives, accessibles, elles enchantent immédiatement, font rire et sourire. Quelle chance que ce gros livre (lire aussi ici).



Quelques illustrations

"Bertha et moi". (c) l'école des loisirs.
"Aux champignons". (c) Le diplodocus.
"Les deux loups". (c) Kilowatt.
"Mon ami Coco". (c) Saltimbanque éditions.
"Touche pas à mes kakis". (c) l'école des loisirs.
"Tomber 8 fois, se relever 9". (c) HongFei.
"L'histoire de la vache noire". (c) Seuil Jeunesse.
"Les enfants de Madame Ô". (c) Albin Michel Jeunesse.
"Un abri". (c) La Partie.
"Le gros livre". (c) Les fourmis rouges.