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vendredi 3 avril 2026

Une Belge en sélection du Prix du Livre Inter 2026


 
La sélection 2026.
Distinction appréciée pour son palmarès qui constitue une excellente bibliothèque, le prix du Livre Inter vient de révéler les dix titres de fiction choisis pour l'édition 2026. Distinction appréciée aussi parce qu'elle est le choix de lecteurs. Ce sont vingt-quatre auditeurs, douze hommes et douze femmes, qui ont auront la tâche de choisir le ou la gagnante le 31 mai sous la présidence cette année de Laurent Mauvignier, prix Goncourt 2025. Le lauréat (deux possibilités)  ou la lauréate (huit possibilités) de cette 52e édition du prix sera annoncé(e) le 1er juin dans la matinale de France Inter. Ces jurés ont été choisis dans les plus de 2500 lettres reçues à France Inter, notamment par la grande organisatrice Eva Bettan.
 

La littérature belge a souvent été présente dans les sélections du prix du Livre Inter. Elle en a même été lauréate à deux reprises: Henry Bauchau (2008) et Antoine Wauters (2022). On connaît l'adage, "jamais deux sans trois". Ce sera peut-être le cas puisque apparaît dans la sélection le magnifique roman de Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil), qui alla jusqu'en finale du Goncourt 2025.






La sélection
  • Jakuta Alikavazovic, "Au grand jamais" (Gallimard)
  • Sarah Chiche, "Aimer" (Julliard)
  • Cécile Coulon, "Le visage de la nuit" (L'Iconoclaste)
  • Constance Debré, "Protocoles" (Flammarion)
  • Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'enfer" (Actes Sud)
  • Ramsès Kefi, "Quatre jours sans ma mère" (Éditions Philippe Rey)
  • Marie-Hélène Lafon, "Hors Champ" (Buchet-Chastel)
  • Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil)
  • Pauline Peyrade, "Les Habitantes" (Éditions de Minuit)
  • Julie Wolkenstein, "Chimère" (P.O.L.)
Pour lire quelques pages des livres en compétition, c'est ici.


Le jury 2026
  • Charline Allard - Enseignante - 46 ans - Aubusson, Creuse (23)
  • Thomas Astier - Chargé de mission dans le secteur du patrimoine - 29 ans - Pantin, Seine-Saint-Denis (93)
  • Delphine Bouzy - Responsable de service dans une mutuelle - 51 ans - Le Perreux-sur-Marne, Val-de-Marne (94)
  • Thibault Boyer - En recherche d'emploi - 28 ans - Nîmes
  • Patrick Brault - Artificier - 60 ans - Galluis, Yvelines (78)
  • Rachel Choukroun - Enseignante retraitée - 85 ans - Marseille
  • José Cosse - Délégué départemental Haute-Garonne pour l'association Le Refuge - Toulouse
  • Nicole Crochet - Cheffe de projet budget participatif - 50 ans - Bourg-en-Bresse, Ain (01)
  • Florence Delpal - Psychologue - 50 ans - Valence, Drôme (26)
  • Timothée Dupont - Paysan bio - 41 ans - Ercé-en-Lamée, Ille-et-Vilaine (35)
  • Charlotte Durand - Responsable des affaires réglementaires de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans un grand groupe bancaire - 47 ans - Paris
  • Brice Duthion - Fondateur d'une agence de conseil - 54 ans - Le Cannet, Alpes-Maritimes (06)
  • Richard Francis - Retraité - 73 ans - Sanceray, Saône-et-Loire (71)
  • Sylvia François - Régisseuse d'extérieur - 55 ans - Lieu-dit : Le Clémence, Orne (61)
  • Tom Grandgeorge - Maçon - 25 ans - Lyon
  • Catherine Hardoin - Retraitée de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie - 64 ans - Parigné-L'Évêque, Sarthe (72)
  • David Langlois - Infirmier - 48 ans - Couddes, Loir-et-Cher (41)
  • Didier Laulom - Carreleur - 58 ans - Lescar, Pyrénées-Atlantiques (64)
  • Raphaëlle Leriche - Infirmière - 55 ans - Cessières-Suzy, Aisne (02)
  • Philippe Mathieu - Directeur adjoint de Segpa - 60 ans - Fains-Véel, Meuse (55)
  • Jean-Charles Ravion - Retraité du champ médico-social - 65 ans - Saint-Just-Luzac, Charente-Maritime (17)
  • Kareen Rispal - Diplomate - 65 ans - Madrid
  • Delphine Staquet - Professeur des écoles - 45 ans - Villeneuve d'Ascq, Nord (59)
  • Nadia Strzelecki - Assistante de direction dans le secteur social - 42 ans - Paris
 

 
 

samedi 15 octobre 2022

Les cinq finalistes du prix Rossel 2022

Les finalistes du prix Rossel 2022.

Depuis l'an dernier, le prix Rossel, prix littéraire belge existant depuis 1938 et attribué par le journal "Le Soir", rejoint le calendrier des prix littéraires d'automne français. Il fait même mieux! Il est le dernier à publier son unique sélection de cinq titres sur les cinquante-cinq en lice, ce vendredi 14 octobre, et sera le premier à attribuer ses lauriers le 26 octobre prochain (en même temps que le prix Décembre).



Les cinq titres sélectionnés
  • "L'apparence du vivant", de Charlotte Bourlard (Inculte)
  • "Ainsi pleurent nos hommes", de Dominique Celis (Editions Philippe Rey)
  • "L'engravement", d'Eva Kavian (La Contre Allée)
  • "L'apocalypse heureuse", de Stéphane Lambert (Arléa, lire ici)
  • "Sauvage est celui qui se sauve", de Veronika Mabardi (Esperluète)


mardi 9 novembre 2021

Les prix Wepler et de littérature américaine

Antoine Wauters à la brasserie Wepler.


Ouf! On arrive à la fin de cette longue farandole que sont les prix littéraires d'automne. Avec le prix Wepler, attribué hier au magnifique roman du Belge Antoine Wauters "Mahmoud ou la montée des eaux" (Verdier) - mention spéciale à Laura Vazquez pour "La semaine perpétuelle" (Editions du Sous-Sol) - et le Grand prix de littérature américaine allant ce 9 novembre à Joyce Maynard, 67 ans, pour "Où vivaient les gens heureux" (traduit de l'anglais par Florence Lévy-Paolini, Editions Philippe Rey), on touche doucement au bout. L'occasion de se réjouir des palmarès établis jusqu'ici, sans fausses notes, mais de regretter quelques absences criantes. 


L'occasion aussi d'imaginer la joie du petit éditeur indépendant Philippe Rey qui, après le Goncourt mercredi dernier (lire ici) empoche une seconde récompense. Deux livres publiés à la rentrée littéraire, deux prix! Bingo! 

"Après dix ans et dix livres",
indiquait Philippe Rey en août, "Joyce Maynard continue de nous enthousiasmer. Sa vie jalonnée de multiples combats lui a donné une incomparable capacité d'empathie à l'égard de ses personnages. "Où vivaient les gens heureux" est un texte magistral, soutenu par une narration qui nous emporte, une acuité psychologique, un maniement parfait des émotions, un sens aigu du détail. Cinq décennies de l'histoire d'une famille défilent sous nos yeux, dans toute leur complexité et leur richesse. L'héroïne, Eleanor, si unique, nous bouleverse par son courage, son attachement aux siens et ses fragilités… Nous sommes convaincus qu'"Où vivaient les gens heureux" est le meilleur roman de Joyce Maynard."

Joyce Maynard.
Quant à Joyce Maynard, elle dit ceci: "Où vivaient les gens heureux" est mon dixième roman, c'est aussi mon préféré. Je n'ai jamais été aussi enthousiaste à l'idée de partager une histoire avec mes lecteurs. J'ai grandi dans une famille dysfonctionnelle. Le rêve de ma vie, le plus grand et le plus obstiné, était de fonder une famille et d'offrir à mes enfants la vie que je n'ai pas connue.
De mon premier mariage sont nés trois enfants aimés, mais leur père et moi nous sommes séparés quand ils étaient encore jeunes. Durant les trente-deux années qui ont suivi, peu sont les sujets qui m'ont habitée autant que la famille, le couple, le lien parents-enfants, ou celui qui unit les enfants d'une même fratrie. Ce roman est né du désir, ou plutôt du besoin, d'explorer l'histoire d'une famille ressemblant à la mienne. Comment le temps et les aléas influencent-ils la vie de chacun de ses membres? Comment ont-ils influencé ma propre vie?"

Jury tournant du prix Wepler: les critiques Caroline Broué, Frédérique Roussel, Benoît Buquet, Christophe Gilquin, les libraires Marie-Rose Guarniéri, Élisabeth Sanchez, le postier Laurent Le Boterve, les lectrices Mélanie Fleury (détenue au Centre pénitentiaire de Rennes, Blanche Sarfati, Maren Sell, Marie-Catherine Vacher.
Jury du Grand prix de littérature américaine: les libraires Sylvie Loriquer (L'Attrape-Coeurs), Géraldine Mausservey (Librairie de Paris), Jean-Christophe Millois (INFL), Pascal Thuot (Millepages), les journalistes Oriane Jeancourt-Galignani ("Transfuge"), Nicolas Carreau ("Europe 1"), Philippe Chevilley ("Les Echos"), les éditeurs, Caroline Ast (Belfond), Alice Déon (La Table Ronde) et Francis Geffard (Albin Michel).



Attributions

Prix Envoyé par la poste (26 août)
  • Julie Ruocco pour son premier roman "Furies" (Actes Sud)

Prix du Roman Fnac (6 septembre)
  • Jean-Baptiste del Amo pour "Le fils de l'homme" (Gallimard)

Prix Blù Jean-Marc Roberts (15 septembre)
  • Mathieu Palain pour "Ne t'arrête pas de courir" (L'Iconoclaste).

Prix Senghor (17 septembre)
  • Annie Lulu pour son premier roman, "La mer Noire dans les grands lacs" (Julliard)

Prix François Billetdoux (24 septembre)
  • Robert Bober pour "Par instants, la vie n'est pas sûre" (P.O.L.)

Prix Nobel de littérature (7 octobre)
  • Abdulrazak Gurnah, écrivain tanzanien dont trois livres ont été traduits en français mais sont actuellement indisponibles

Prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (12 octobre)
  • Annie Ernaux, pour l'ensemble de son œuvre (Gallimard principalement)
  • Abigail Assor, bourse de la Découverte pour "Aussi riche que le roi" (Gallimard)

Prix du Premier roman (18 octobre)
  • Maud Ventura pour "Mon mari" (L'Iconoclaste) en littérature française 
  • Daniel Loedel pour "Hadès, Argentine" ((traduit de l'anglais par David Fauquemberg, La Croisée) en littérature étrangère 
  • Mention spéciale à Gisèle Berkman pour "Madame" (Arléa)

Prix de la langue française (20 octobre)
  • Pierre Bergounioux, "dont l'œuvre contribue de façon importante à illustrer la qualité et la beauté de la langue française."

Prix Guez de Balzac (21 octobre)
  • Michel Deguy

Prix Femina (25 octobre)

Romans français
  • Clara Dupont-Monod pour "S'adapter" (Stock)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabane, Actes Sud)
Essais
  • Annie Cohen-Solal pour "Un étranger nommé Picasso" (Fayard),

Prix Médicis (26 octobre)

Romans francophones
  • Christine Angot pour "Le Voyage dans l'Est" (Flammarion)
Romans étrangers
  • Ahmet Altan pour "Madame Hayat" (traduit du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud)
Essais
  • Jakuta Alikavazovic pour "Comme un ciel en nous" (Stock)

Prix Victor Rossel (27 octobre)
  • Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte)

Grand prix du roman de l'Académie française (28 octobre)
  • François-Henri Désérable pour "Mon maître et mon vainqueur" (Gallimard)

Prix Décembre (29 octobre)
  • Xavier Galmiche pour "Le poulailler métaphysique" (Le Pommier)

Prix Goncourt (3 novembre)
  • Mohamed Mbougar Sarr pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Philippe Rey)

Prix Renaudot (3 novembre)

Romans
  • Amélie Nothomb pour "Premier sang" (Albin Michel, lire ici)
Essais
  • Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité)

Prix de Flore (4 novembre)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)

Prix Wepler (8 novembre)

Contrairement à de nombreuses distinctions littéraires, le Prix Wepler-Fondation La Poste ne dévoilera pas de seconde liste des ouvrages en lice. Il a en effet été créé dans le but de soutenir une sélection de livres dans sa diversité, et de donner un élan, de la visibilité et un destin à tous les écrivains désignés par le jury 2021.
  • "Si maintenant j'oublie mon île", de Serge Airoldi (L'Antilope)
  • "Comme un ciel en nous", de Jakuta Alikavazovic (Stock)
  • "Le Roman de Jim", de Pierric Bailly (P.O.L)
  • "Petites Cendres ou la capture", de Marie-Claire Blais (Seuil)
  • "Mort aux girafes", de Pierre Demarty (Le Tripode)
  • "Rivage au rapport", de Quentin Leclerc (L'Ogre)
  • "Un corps tropical", de Philippe Marczewski (Inculte)
  • "Ultramarins", de Mariette Navarro (Quidam)
  • "Hors gel", d'Emmanuelle Salasc (P.O.L)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "La Semaine perpétuelle", de Laura Vazquez (Sous-Sol)
  • "Mahmoud ou la montée des eaux", d'Antoine Wauters (Verdier)
Grand prix de littérature américaine (9 novembre)
  • "Les Prophètes", de Robert Jones Jr, traduit par David Fauquemberg (Grasset)
  • "Où vivaient les gens heureux", de Joyce Maynard, traduit par Florence Lévy-Paolini (Philippe Rey)
  • "Olive", d'Elizabeth Strout, traduit par Pierre Brévignon (Fayard)

Sélections

Prix Albert-Londres du Livre (15 novembre)
  • "Flic, un journaliste a infiltré la police", de Valentin Gendrot (Editions Goutte d'or)
  • "Les Serpents viendront pour toi", d'Emilienne Malfatto (Les Arènes Reporters)
  • "La Honte de l'Occident", d'Antoine Mariotti (Tallandier)
  • "Toxique", de Sébastien Philippe et Tomas Statius (Puf - Disclose)

Prix Interallié (17 novembre)
  • "Ne t'arrête pas de courir", de Mathieu Palain (L'Iconoclaste) 
  • "On ne parle plus d'amour", de Stéphane Hoffmann (Albin Michel)
  • "Mon maître et mon vainqueur", de François-Henri Désérable (Gallimard) 
  • "Bellissima", de Simonetta Greggio (Stock)

Prix des 5 continents de la francophonie (16 décembre)
  • "Ceux qui sont restés là-bas", de Jeanne Truong (Gallimard)
  • "Dans le ventre du Congo", de Blaise Ndala (Mémoire d'encrier )
  • "Héritage", de Miguel Bonnefoy (Rivages)
  • "Le Jardin du Lagerkommandant", d'Anton Stoltz (Maurice Nadeau)
  • "Les Lumières d'Oujda", de Marc Alexandre Oho Bambe (Calmann-Lévy)
  • "Les Orphelins", de Bessora (JC Lattès)
  • "Le Palais des deux collines", de Karim Kattan (Elyzad 
  • "Pas même le bruit d'un fleuve", d'Hélène Dorion (Alto)
  • "Soleil à coudre", de Jean d'Amérique (Actes Sud)
  • "Les villages de Dieu", d'Emmelie Prophète (Mémoire d'encrier)

Prix Jean Giono (décembre)
  • "Le fils de l'homme", de Jean-Baptiste Del Amo  (Gallimard)
  • "Les bourgeois de Calais", de Michel Bernard (La Table Ronde)
  • "Milwaukee blues", de Louis-Philippe Dalembert (Sabine Wespieser)
  • "S'adapter", de Clara Dupont-Monod (Stock)
  • "Mohican", d'Éric Fottorino (Gallimard)
  • "Le voyant d'Etampes", d'Abel Quentin (L'Observatoire)
  • "Pleine terre", de Corinne Royer (Actes Sud)
  • "La Plus Secrète Mémoire des hommes", de Mohamed Mbougar Sarr (Philippe Rey)
  • "Sur les toits", de Frédéric Verger (Gallimard)

Et aussi

Prix Mémorable
  • "André-la-poisse", d'Andreï Siniavski (Typhon, lire ici)
  • "Ardinghera", de Régis Messac (La Grange Batelière)
  • "Confession d'un rebelle irlandais", de Brendan Behan, traduit de l'anglais par Mélusine de Haulleville (L'Échappée)
  • "Chant des plaines", de Wright Morris, traduit de l'anglais par Brice Matthieussent (Christian Bourgois)
  • "Hemlock", de Gabrielle Wittkop (Quidam)
  • "La vie seule", de Stella Benson, traduit de l'anglais (Angleterre) par Leslie de Bont (Cambourakis)
  • "Les Jardiniers du bitume et La Grande Descente", de Roger Riffard (Bouclard)
  • "Les ratés de l'aventure", de Titaÿna (Marchialy)
  • "Tea rooms", de Luisa Carnés, traduit de l'espagnol par Michelle Ortuno (La Contre Allée)
  • "Romance in Marseille", de Claude McKay, traduit de l'anglais par Françoise Bordarier & Geneviève Knibiehler (Héliotropismes)

mercredi 3 novembre 2021

Le prix Goncourt 2021 au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, le prix Renaudot 2021 à la Belge Amélie Nothomb

Le lauréat 2021 du prix Goncourt découvre ceux qui l'attendent.
(c) Pierre Assouline.

Mohamed Mbougar Sarr.
(c) Académie Goncourt.
Après les remous de septembre (polémiques Camille Laurens, cette membre du jury qui a un compagnon dont le livre est présent en première sélection (lire ici) et n'hésite pas à dézinguer dans "Le Monde" un autre titre en sélection, celui d'Anne Berest), après les changements de règlement (fini les livres des proches), après l'avis d'écarter les livres déjà primés (alors que le livre de Christine Angot, prix Médicis, est maintenu dans les quatre titres finalistes (lire ici), le jury de l'Académie Goncourt a rendu son verdict ce mercredi 3 novembre par la voix de son secrétaire Philippe Claudel. Le prix Goncourt 2021 a été attribué au premier tour de scrutin par six voix au Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, 31 ans, pour "La plus secrète mémoire des hommes" (Editions Philippe Rey, en coédition avec Jimsaan, Sénégal, 448 pages). Une annonce précédée d'un invraisemblable mic-mac sur Twitter, le lauréat y ayant annoncé lui-même ses lauriers bien avant l'annonce officielle de 12h45. Un faux compte dont l'annonce a été largement suivie. "L'espoir est si fort,", écrivait un commentateur, "l'enthousiasme débordant. Précipité. Espérons qu’il soit prémonitoire ! (Sourire)." 

Voilà donc un jeune écrivain choisi par la plus prestigieuse des récompenses littéraires en France. Un choix audacieux car Mohamed Mbougar Sarr n'a encore que quatre romans à son actif, les deux derniers étant publiés dans la petite maison indépendante de Philippe Rey. On notera que le Sénégalais qui vit en France remporte le prix pile cent ans après le Martiniquais René Maran qui fut le premier écrivain noir à avoir reçu cette distinction pour "Batouala" (Albin Michel). On remarquera aussi que la malédiction d'être multisélectionné et jamais primé n'a pas fonctionné pour lui. Heureusement.

"La plus secrète mémoire des hommes" est un roman virtuose, à la fois magistral roman d'apprentissage et saisissante enquête sur les traces d'un mystérieux auteur. L'éditeur le présente ainsi: "En 2018, Diégane Latyr Faye, jeune écrivain sénégalais, découvre à Paris un livre mythique, paru en 1938: "Le labyrinthe de l'inhumain". On a perdu la trace de son auteur, qualifié en son temps de "Rimbaud nègre", depuis le scandale que déclencha la parution de son texte. Diégane s'engage alors, fasciné, sur la piste du mystérieux T.C. Elimane, se confrontant aux grandes tragédies que sont le colonialisme ou la Shoah. Du Sénégal à la France en passant par l'Argentine, quelle vérité l'attend au centre de ce labyrinthe?
Sans jamais perdre le fil de cette quête qui l'accapare, Diégane, à Paris,  fréquente un groupe de jeunes auteurs africains: tous s'observent, discutent, boivent, font beaucoup l'amour, et s'interrogent sur la nécessité de la création à partir de l'exil. Il va surtout s'attacher à deux femmes: la sulfureuse Siga, détentrice de secrets, et la fugace photojournaliste Aïda…
D'une perpétuelle inventivité, "La plus secrète mémoire des hommes" est un roman étourdissant, dominé par l'exigence du choix entre l'écriture et la vie, ou encore par le désir de dépasser la question du face-à-face entre Afrique et Occident. Il est surtout un chant d’amour à la littérature et
à son pouvoir intemporel."

Mohamed Mbougar Sarr s'expliquait ainsi au moment de la parution de son roman. Il semble avoir été compris.
"J'ai mis mon obsession de la littérature, ma fascination pour l'écriture au cœur d'une histoire romanesque et incarnée, celle d'un écrivain mythique dont le destin a traversé le terrible XXe siècle, T.C. Elimane. Il est imaginaire, mais ressemble à plusieurs écrivains africains du siècle dernier et même d'aujourd’hui. Il symbolise le sort littéraire et existentiel de nombre d'auteurs africains établis en Occident, et dont la réception des œuvres, leur perception dans le champ littéraire européen, sont souvent ambiguës ou fondées sur des malentendus. Comment et pourquoi lit-on les écrivains africains vivant et publiant en France?
J'ai inscrit ces questionnements philosophiques ou sociologiques à l'intérieur d'une véritable fiction. Elle prend la forme d'une quête et d'une enquête, d'un polar littéraire, d'un jeu de piste. J'ai écrit mon livre le plus personnel, même s'il n'a rien d'une autofiction. Après trois romans, je souhaitais m'éloigner des sujets traditionnels de la littérature dite africaine. Le personnage qui cherche, Diégane Latyr Faye, pourrait être mon double. Il cherche le grand écrivain disparu. Il cherche la valeur de son propre engagement littéraire. Il cherche sa génération littéraire ou l'enterre. Il cherche évidemment l'amour. Mais il se pourrait que l'objet véritable de sa quête se situe ailleurs, un ailleurs mystérieux et qui se trouve, peut-être, dans la plus secrète mémoire des hommes."

Jury: Didier Decoin (président), Eric-Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Paule Constant, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun, Camille Laurens, Françoise Chandernagor, Philippe Claudel (secrétaire) et Pierre Assouline.





Champagne! Le prix Renaudot 2021 a, lui, couronné la Belge de Paris Amélie Nothomb, ce même mercredi 3 novembre, pour son roman "Premier sang" (Albin Michel), au deuxième tour de scrutin par six voix contre deux à Anne Berest ("La carte postale", Grasset) et une à Abel Quentin ("Le Voyant d'Etampes", L'Observatoire). Un livre magnifique où elle rend hommage à son père à sa façon, en se glissant dans sa peau (lire ici).





Le Renaudot essai va à Anthony Palou pour "Dans ma rue y avait trois boutiques" (Presses de la Cité). Un témoignage sur la disparition des petits commerces locaux. 

Le Renaudot poche va à Olivier Rony pour sa biographie du comédien "Louis Jouvet" (Gallimard, Folio). 
 
Jury: Christian Giudicelli, Frédéric Beigbeder, Dominique Bona, Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud, Franz-Olivier Giesbert, J.M.G. Le Clézio, Stéphanie Janicot, Cécile Guilbert et Jean-Noël Pancrazi.


jeudi 3 octobre 2019

Quatorze lauréats, dont onze femmes!

Treize des quatorze livres primés en 2019. (c) EUPL.

Quel est le palmarès où se côtoient onze femmes et trois hommes? Pas celui de la meilleure pose de vernis à ongles semi-permanent. Pas celui de la meilleure sage-femme. Pas celui de la meilleure secrétaire. Non. Celui de la cuvée 2019 des prix de littérature de l'Union européenne qui ont repris leur vitesse de croisière après avoir célébré leurs dix ans l'an dernier (lire ici).

Bien sûr, avoir quatorze lauréats signifie que tous les pays de l'Union ne participent pas chaque fois à la compétition. Une tournante est organisée depuis 2009, année où les prix ont été créés. Ainsi ont déjà été honorés pour la Belgique Peter Terrin (2010), Isabelle Wéry (2013) et Christophe Van Gerrewey (2016). L'an prochain, on devrait donc avoir de nouveau un lauréat belge francophone. Chez nos voisins français, on trouve au palmarès les noms d'Emmanuelle Pagano (2009), Laurence Plazenet (2012) et Gaëlle Josse (2015).

Palmarès EUPL 2019

Par ordre alphabétique de pays

  • Autriche Laura Freudenthaler
  • Finlande Piia Leino
  • France Sophie Daull
  • Géorgie Beqa Adamashvili 
  • Grèce Nikos Chryssos (Nίκος Χρυσός) 
  • Hongrie Réka Mán-Várhegyi 
  • Irlande Jan Carson 
  • Italie Giovanni Dozzini 
  • Lituanie Daina Opolskaitė Kovalčikienė 
  • Pologne Marta Dzido
  • Roumanie Tatiana Țîbuleac
  • Slovaquie Ivana Dobrakovová 
  • Ukraine Halyna Shyyan
  • Royaume-Uni Melissa Harrison 

La liste complète des lauréats, année par année, se trouve ici.


L'anthologie 2019. (c) UEPL.
Comme chaque fois, les auteurs récompensés  apparaissent dans une anthologie "European stories" millésimée (248 pages).
Pour chacun, une courte bio et un résumé en anglais du livre primé, un extrait d'une demi-douzaine de pages du livre dans sa langue originale et la traduction de l'extrait en anglais ou en français.



Les lauréats 2019, bien entourés. (c) EUPL.

Entièrement en anglais, la cérémonie de remise des prix s'est déroulée en soirée le mardi 2 octobre à Bozar dont le directeur, Jean Dujardin, a eu ces mots: "Nous avons la responsabilité d'écouter nos artistes et nos écrivains parce qu'ils sont comme les canaris dans les mines de charbon. S'il vous plaît, faites en sorte qu'ils puissent chanter." La ministre finlandaise de la culture et de la science, Hanna Kosonen, a dit l'importance des traductions pour la circulation des livres primés témoignant de la diversité de l'Europe et a insisté sur l'importance de la promotion de la lecture avant tout cela.

Sofi Oksanen. (c) UEPL.
Avant la remise officielle - ils avaient été dévoilés en mai - des prix par différentes autorités culturelles , la romancière finlandaise Sofi Oksanen a lu une longue, très longue intervention en anglais. Pas une de ses fabuleuses dreadlocks ne bougeait mais pas sûr que le public l'ait suivie jusqu'au bout de ses mots.

La proclamation où les écrivains étaient appelés trois par trois, seulement deux pour Laura Freudenthaler et Sophie Daull, a été marquée par l'intervention du lauréat géorgien. Beqa Adamashvili s'est écrié: "Je dédie mon prix aux opérations de sauvetage en Méditerranée. Ils sont mes héros. Ils sont nos héros." Enfin, la réalité bousculait les belles paroles sur l'entente et la solidarité européennes.


Une assemblée nombreuse. (c) EUPL.


Avant la proclamation, le public était invité à participer à une lecture dans la langue qu'il choisissait. Pour le français étaient réunies les lauréates autrichienne et française.
Laura Freudenthaler a lu des extraits de son deuxième roman, "Geistergeschichte" ("Histoire de fantôme", Droschl, 2019) et Sophie Daull de son troisième, "Au grand lavoir" (Editions Philippe Rey, 2018). Sophie Daull est l'auteur du magnifique premier roman "Camille, mon envolée" (même éditeur, 2015, lire ici) et de "La suture" (même éditeur, 2016), deux histoires de fantômes à leur façon puisque les livres parlent de la disparition de la fille et de la mère de la romancière.


La lecture de Laura Fraudenthaler et Sophie Daull. (c) EUPL.


samedi 22 juin 2019

Un grand poète tunisien parmi les 64 écrivains distingués par l'Académie française pour 2019

Tahar Bekri. (c) Sophie Bassouls.

Ce jeudi 20 juin, l'Académie française a communiqué son palmarès pour l'année 2019. Un palmarès fort de 64 distinctions (lire en fin de note), sachant que le Grand Prix du Roman sera, comme de coutume, décerné à l'automne. 64 distinctions, cela fait du monde, et du beau monde. On relève avec plaisir les noms d'Olivia de Lamberterie, Michel Le Bris, Vincent Delerm, Guy Boley,  Hervé Bentégeat dont la pièce "Meilleurs Alliés" a été créée par des acteurs belges, dix ans après son écriture, sans oublier celui du poète tunisien Tahar Bekri, né à Gabès en 1951 mais vivant à Paris depuis 1976 après deux séjours dans la prison de Borj Erroumi et qui participa notamment au "Journal des poètes" publié à Bruxelles.


Les derniers livres parus de Tahar Bekri


Le dernier ouvrage en date de Tahar Bekri est le livre de poésie "Désert au crépuscule" (Editions Al Manar, 2018). Dans la grande tradition poétique arabe qui évoque le désert, ce recueil se soulève contre une réalité mondiale habitée par la volonté de mort. Les quarante chants adressés au désert comme à une personne sont complétés d'un quarante-et-unième, liste de crimes jihadistes. Des invocations qui célèbrent la vie, l'attachement à la beauté des êtres et des lieux mais se heurtent à la réalité. Passé et présent personnels et collectifs, Histoire et actualité s'entremêlent et se dressent contre l'insoutenable.

Extrait.
"XIII
Te revoilà désert
Aux piliers brisés
Dans la litanie des remparts
Les portes ouvertes aux brigands
Il y a le Livre des morts
Remplissant la vallée des Anubis
Il y a les restes âcres de mon acacia
Brûlé au couchant qui décline
Et des échassiers englués
Au dépôt des plumes"


Notons aussi le récent passage en poche de l'ouvrage "Le livre du souvenir - Dans la beauté du monde et sa fureur" (Editions Elyzad, 2007 et 2016). Paris, Copenhague, Kairouan, Montréal, Istanbul, Barcelone, Madagascar, Boston, Fort-de-France, Gabès... Ses voyages d'exilé permettent à Tahar Bekri de parler de mémoire, de la fuite du temps, de la nostalgie du pays natal.
Le poète apporte une réflexion sur la littérature et l'art et réagit aux événements dans le monde (le 11 septembre 2001, le Liban...). Dans son écriture habitée par l'émotion, le souvenir est à la fois pilier contre l'oubli et fenêtre ouverte sur le large.



"Poésie de Palestine" (Editions Al Manar, 2013) est une anthologie rassemblée par Tahar Bekri. Il en dit ceci: "Tous les poètes [rassemblés ici] disent avec humanité leur besoin de justice. Sans haine ni violence. Parfois avec humour. Ou plutôt, avec ironie et dérision. Ils revendiquent une vie simple, presque ordinaire, sans guerre, ni occupation. Avoir le droit de vivre libre, en paix, parmi les siens, sur sa propre terre. Ils ont choisi, malgré le poids de la tragédie et la violence du désespoir, la parole poétique pour dire leur être. Le poème est un acte de civilisation. Leur vérité est universelle, généreuse, fraternelle. Tant de souffrance fait écrire à leur poème le besoin d’amour, de beauté. Ils écrivent l'attention au monde, sa réalité insoutenable, rêvent d'un monde possible, à construire comme une utopie commune, sans arrogance ni mensonge."


"Au souvenir de Yunus Emre" (Editions Elyzad, 2012) a la particularité d'être en édition bilingue français-arabe. Inspiré par son voyage en Turquie sur les traces du grand poète soufi de l'amour Yunus Emre (1238-1320), Tahar Bekri  réaffirme, avec modernité, la liberté humaine.
Loin des visions et des dogmes obscurs, sa poésie, habitée d’interrogation philosophique et de sagesse universelle, célèbre la vie, l’amour, la paix sur la terre, ici-bas.


Dans "Je te nomme Tunisie" (Editions Al Manar, 2011), Tahar Bekri propose des poèmes ne répondant pas à l'urgence, mais la précédant. Il faut se rappeler que les textes ont été écrits au moment de la révolution. Ils disent l'amour de la Tunisie, avec émotion et passion, et reviennent sur le passé douloureux du poète (il fut emprisonné longtemps), le liant au présent d'un peuple qui s'est soulevé pour sa dignité et sa liberté. En Tunisie, à Paris ou en Bretagne, les souvenirs personnels, les paysages, les rythmes et les métaphores s'entremêlent pour célébrer la vie et s'opposer à la volonté de mort.


Extrait
"Je t'aime
Dans les lueurs étincelantes
Dans l’envolée des rayons comme des rubis
Dis au soleil
Libère ta lumière
L’éclipse est sœur des potentats
Suppôts tapis dans les pliures sans relâche
Dis au soleil
La rumeur par-delà les haies
Paraphe nos désirs de pleine lune
Cyprès figuiers de barbarie et alfa
Pour tanner nos visages
Nulle peur ne se terre
Mais la torche neuve et résolue"

Enfin, "Salam Gaza" (Editions Elyzad, Tunis, 2010) est un journal personnel, traversé de poésie, dans lequel s'esquisse une interpellation morale de l'Histoire. Il a été écrit au jour le jour, à partir du 27 décembre 2008, date à laquelle l'armée israélienne a déclaré la guerre à Gaza. Meurtri, le poète note au jour le jour son indignation, échange via Internet avec des intellectuels de toutes origines, dénonce les projets expansionnistes, l'indifférence internationale, ou presque. Qu'en est-il de la conscience universelle? Il ira aussi en mars 2009 à Ramallah, à Naplouse, à Jérusalem-Est et à Bir Zeit pour un cycle de lectures où il sera confronté à la réalité de la vie en Palestine occupée. Il livre aussi ce voyage, ses rencontres, ses impressions où affleurent colère et émotion.

Extrait.

"Salam sur GAZA

Dans les bras de la lumière
Et la beauté du monde

En dépit du plomb durci
A la barbe des sanguinaires

Ces flocons de neige
Pour apaiser la terre

Du feu qui lui brûle les lèvres
Pourquoi aimez-vous tant les cendres

Quand la braise nourrit mon cœur
Tendre dans les cours des rivières

Pourquoi détruisez-vous mon limon
Réduit en poussière

Le soleil vous fait-il peur
De voir votre propre ombre"
Paris 30 décembre 2008

Littératures de Tunisie

Bien entendu, Tahar Bekri n'est pas le seul écrivain à avoir vu le jour en Tunisie. Curieusement, les écrivains tunisiens ne sont pas vraiment répertoriés. La preuve. Qui peut en citer cinq sans réfléchir, alors qu'on le fait sans problème pour de nombreux autres pays? C'est dire si l'épais ouvrage que signent Samia Kassab-Charfi et Adel Kheder, "Un siècle de littérature en Tunisie 1900-2017" (Honoré Champion, 550 pages) est providentiel et bienvenu. On y trouve tout ce que les littératures contemporaines ont produit dans ce pays et ailleurs, car sont repris dans cette gigantesque et passionnante recension aussi bien ceux qui habitent toujours en Tunisie que ceux qui ont choisi de la quitter pour diverses raisons. En plus, sont associés ici aussi bien les écrivains en langue arabe que ceux en langue française. Le reflet de l'association des auteurs qui sont respectivement Professeure de littératures française et francophones à l'Université de Tunis et Professeur de littérature et de civilisation arabe à l'Université de la Manouba (Tunis).

Si l'ouvrage est érudit, il se veut surtout un guide pour celui qui s'intéresse au sujet sans trop connaître l'histoire de la Tunisie. Ainsi le premier chapitre rappelle-t-il les grands chapitres de son histoire. Ensuite place à une traversée littéraire longue d'une centaine d'années, du début du XXe siècle  jusqu'au début du XXIe. En tout, on recense 800 entrées dans l'index des noms, preuve que toutes les parts des littératures tunisiennes ont été explorées, poésie, nouvelle, roman, essai, théâtre, et cela par des plumes tunisiennes ou issues des minorités et des diasporas, d'hier et d'aujourd'hui. C'est passionnant, varié, riche,agréablement structuré, complété d'une anthologie de textes d'auteurs arabes, d'une de textes d'auteurs français, d'un index des personnes et d'un index des lieux.
Alors ces cinq noms? Personnellement, sans réfléchir, je dirais, Tahar Bekri, Hubert Haddad (lire ici), Colette Fellous (lire ici), Fawzia Zouari (lire ici) et Mustapha Tlili (lire ici). Il y en a évidemment quelques centaines d'autres, dont certains noms me reviennent déjà, Abdelwahab Meddeb, Sophie Bessis, Hélé Béji, Gisèle Halimi, Hédi Kaddour....

Formidable boulot que ce "Siècle de littérature en Tunisie" qui donne une immense envie de plonger dans les œuvres de tous ceux et celles qui ont été croisés au fil des pages.












Le palmarès complet de l'année 2019


GRANDS PRIX


Grand Prix de la Francophonie
M. Abdeljalil Lahjomri (Maroc) et M. Petr Král (République tchèque)

Grande Médaille de la Francophonie
M. Jean Pruvost (lexicologue)

Grand Prix de Littérature
M. Régis Debray, pour l'ensemble de son œuvre (divers prédites)

Grand Prix de Littérature Henri Gal
Prix de l'Institut de France
M. Michel Le Bris, pour "Pour l'amour des livres" (Grasset) et l'ensemble de son œuvre

Prix Jacques de Fouchier
M. Claude Martin, pour "La diplomatie n'est pas un dîner de gala. Mémoires d'un ambassadeur" (L'Aube)

Grand Prix Michel Déon
M. Stéphane Hoffmann (Albin Michel)

Prix de l'Académie française Maurice Genevoix
M. Jean-Marie Planes, pour "Une vie de soleil" (Arléa) et l'ensemble de son œuvre

Grand Prix Hervé Deluen
M. Dai Sijie (Chine, Gallimard principalement)

Grand Prix de Poésie
M. Pierre Oster, pour l'ensemble de son œuvre poétique

Grand Prix de Philosophie
M. Jacques Bouveresse, pour l'ensemble de son œuvre

Grand Prix Moron
Mme Barbara Stiegler, pour "Il faut s'adapter" (Gallimard)

Grand Prix Gobert
M. Philippe Joutard, pour "La Révocation de l'édit de Nantes ou les Faiblesses d'un Etat" (Gallimard) et l'ensemble de son œuvre

Prix de la Biographie (littérature)
M. Georges Forestier, pour "Molière" (Gallimard)

Prix de la Biographie (histoire)
M. Olivier Varlan, pour "Caulaincourt" (Nouveau monde Eds)

Prix de la Critique
M. Jean Céard, pour l'ensemble de ses travaux critiques

Prix de l'Essai
Mme Anne de Lacretelle, pour "Tout un monde. Jacques de Lacretelle et ses amis" (Editions de Fallois)

Prix de la Nouvelle
M. Louis-Antoine Prat, pour "Belle encore et autres nouvelles" (Somogy)

Prix d'Académie
Mme Dominique Schnapper, pour "La Citoyenneté à l'épreuve. La démocratie et les juifs" (Gallimard) et l'ensemble de son œuvre
M. Michel Collot, pour son œuvre poétique et critique
M. René Hénane, pour "Aimé Césaire, une poétique" (Orizons)
M. Denis Lalanne, pour "Dieu ramasse les copies" (Atlantica)

Prix du cardinal Grente
P. Jean-Yves Lacoste, pour l'ensemble de son œuvre

Prix du Théâtre
M. Edouard Baer, pour l'ensemble de son œuvre dramatique

Prix du Jeune Théâtre Béatrix Dussane-André Roussin
M. Hervé Bentégeat, pour "Meilleurs Alliés"

Prix du Cinéma René Clair
Mme Valeria Bruni-Tedeschi, pour l'ensemble de son œuvre cinématographique

Grande Médaille de la Chanson française
M. Vincent Delerm, pour l'ensemble de ses chansons

Prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises
Mme Silvia Baron Supervielle, femme de lettres franco-argentine
Mme Nurith Aviv, cinéaste israélienne
M. Tahar Bekri, poète tunisien
Mme Marie-Noëlle Craissati, d'origine égyptienne, fondatrice des éditions Alexandrines qui publient notamment la collection "Le Paris des écrivains"
M. Gérald Larose, chef de file du syndicalisme québécois, qui a œuvré pour la défense du français dans la société québécoise

PRIX DE FONDATIONS
PRIX DE POÉSIE

Prix Théophile Gautier
M. James Sacré, pour "Figures de silences"

Prix Heredia
M. Denis Rigal, pour "La Joie peut-être"

Prix François Coppée
M. Sébastien Fevry, pour "Solitude Europe"

Prix Paul Verlaine
M. Pascal Riou, pour "D'âge en âge"

Prix Maïse Ploquin-Caunan
M. Gabriel Zimmermann, pour "Depuis la cendre"

PRIX DE LITTÉRATURE ET DE PHILOSOPHIE

Prix Montyon
Mme Olivia de Lamberterie, pour "Avec toutes mes sympathies" (Stock, lire ici)

Prix La Bruyère
M. Martin Rueff, pour "Foudroyante pitié. Aristote avec Rousseau, Bassani avec Céline et Ungaretti" (Mimésis) et pour "À coups redoublés. Anthropologie des passions et doctrine de l'expression chez Jean-Jacques Rousseau" (Mimésis)

Prix Jules Janin
M. Jean-Claude Schneider, pour sa traduction des "Œuvres complètes" d'Ossip Mandelstam (Le Bruit du temps/La Dogana)

Prix Émile Faguet
M. Stéphane Zékian, pour son édition critique des éloges de Ronsard, Michelet, Chénier, Gautier, Fontenelle, Vigny et Taine, proposés par Thibaudet au concours d'éloquence de l'Académie française

Prix Louis Barthou
M. Michel Bernard, pour "Le Bon Cœur" (La Table Ronde)

Prix Anna de Noailles
Mme Paule Du Bouchet, pour "Debout sur le ciel" (Gallimard)

Prix François Mauriac
M. Bruno Pellegrino, pour "Là-bas, août est un mois d'automne" (Zoé)

Prix Georges Dumézil
M. Alain Boureau, pour "Le Feu des manuscrits. Lecteurs et scribes des textes médiévaux" (Les Belles Lettres)

Prix Roland de Jouvenel
M. Florent Couao-Zotti, pour "Western tchoukoutou" (Gallimard)

Prix Biguet
M. Florian Michel, pour "Étienne Gilson. Une biographie intellectuelle et politique" (Vrin)

Prix Jacques Lacroix
M. Baptiste Morizot, pour "Sur la piste animale" (Actes Sud)

PRIX D'HISTOIRE


Prix Guizot
M. Marcel Gauchet, pour "Robespierre, l'homme qui nous divise le plus" (Gallimard)
M. Jean-Pierre Cabestan, pour "Demain la Chine: démocratie ou dictature?" (Gallimard)

Prix Thiers
M. Philippe Apeloig, pour "Enfants de Paris (1939-1945)" (Gallimard)

Prix Eugène Colas
M. François Dosse, pour "La Saga des intellectuels français (1944-1989)" (Gallimard)
M. Gérard Noiriel, pour "Une histoire populaire de la France. De la guerre de Cent Ans à nos jours" (Agone)

Prix Eugène Carrière
Mme Sophie Mouquin, pour "Versailles en ses marbres. Politique royale et marbriers du roi" (Arthena)

Prix du maréchal Foch
M. Jean-Vincent Holeindre, pour "La Ruse et la Force. Une autre histoire de la stratégie" (Perrin)

Prix Louis Castex
MM. Jean-Arnault Dérens et Laurent Geslin, pour "Là où se mêlent les eaux. Des Balkans au Caucase, dans l'Europe des confins" (La Découverte)

Prix Monseigneur Marcel
Mme Catherine Kikuchi, pour "La Venise des livres (1469-1530)" (Champ Vallon)
M. Shinichiro Higashi, pour "Penser les mathématiques au XVIe siècle" (Garnier)

Prix Diane Potier-Boès
Mme Oissila Saaïdia, pour "L'Algérie catholique. Une histoire de l'Église catholique en Algérie" (Payot)

Prix François Millepierres
Mme Claudia Moatti, pour "Res publica". Histoire romaine de la chose publique" (Fayard)

Prix Augustin Thierry
M. Jean-Charles Ducène, pour "L'Europe et les géographes arabes du Moyen Age" (CNRS Editions)


PRIX DE SOUTIEN À LA CRÉATION LITTÉRAIRE


Prix Henri de Régnier
Mme Charlotte Hellman, après "Glissez, mortels" (Philippe Rey)

Prix Amic
Mme Diane Mazloum, après "L'Âge d'or" (JC Lattès)

Prix Mottart
M. Guy Boley, après "Quand Dieu boxait en amateur" (Grasset)

On le voit, Gallimard est l'éditeur qui ramasse le plus de récompenses.









lundi 21 mai 2018

Construire un principe d'hospitalité

Quelques-uns des signataires de l'appel de Saint-Malo.

On sait les acteurs de la littérature, auteurs, illustrateurs, éditeurs, libraires, engagés dans la cause des réfugiés. Hier, dimanche 20 mai, les auteurs, réalisateurs et artistes invités au 29e festival "Etonnants Voyageurs" de Saint-Malo ont rendue publique leur "Déclaration".

La voici.



Oser la fraternité.

En prolongement de cette déclaration, on lira si ce n'est déjà fait car le livre est sorti le 3 mai, l'ouvrage collectif "Osons la fraternité!" (Editions Philippe Rey, 320 pages), publié sous la direction de Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris avec le soutien du Festival Etonnants voyageurs. Trente écrivains y ont pris la plume pour se mettre aux côtés des migrants. Et ils versent leurs droits d'auteurs au Gisti (Groupe d'information et de soutien aux immigrés). Un acte artistique d'engagement qui montre leur volonté de contribuer à un monde plus altruiste.

Le livre commence par un texte de Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris rappelant la photo du petit Aylan, qui a donné lieu ici et là à l'"instant Aylan". Mais depuis? "Notre niveau de conscience individuée", écrivent-ils, "nous rend tous responsables. Nous savons. Nous voyons. Nous entendons. Nous lisons. Nous constatons. Nous sommes comptables autant de ce que nous faisons que de ce que nous ne faisons pas."  Ils poursuivent en pointant le "déshumain" qui s'ajoute aujourd'hui au dialogue entre l'humain et l'inhumain.

Les trente écrivains à oser la fraternité sont: Kaouther Adimi, Tahar Ben Jelloun, Pascal Blanchard, Patrick Boucheron, Patrick Chamoiseau, Velibor Čolić, Céline Curiol, Mireille Delmas-Marty, Ananda Devi, Laurent Gaudé, Raphaël Glucksmann, Christelle Labourgade, Lola Lafon, Michel Le Bris, Jean-Marie Gustave Le Clézio, Claudio Magris, Léonora Miano, Maya Mihindou, Anna Moï, Gisèle Pineau, Jean Rouaud, Lydie Salvayre, Elias Sanbar, Boualem Sansal, Felwine Sarr, Christiane Taubira, Sami Tchak, Chantal Thomas et Gary Victor.

Leurs contributions suivent l'ordre alphabétique de leurs noms dans l'ouvrage. Ce placement où alternent textes de plusieurs pages et d'une demi, comme celle de Jean Rouaud, crée toutefois une dynamique intéressante où sont successivement mis en lumière divers aspects de la condition de migrant. La force de la littérature en plus.
"Seigneur dites seulement une parole
Et le peuple qui marche sur l'eau
aura la terre ferme sous ses pieds
Un toit pour ne pas mêler ses larmes aux vagues
Et une table d’hôte à l’enseigne de notre
Inhumaine humanité"
Jean Rouaud in "Osons la fraternité"

Bien sûr, on réagira davantage à l'un ou l'autre texte selon sa sensibilité prorpre mais l'ensemble est formidable. En espérant qu'il secoue un peu le cocotier de l'indifférence suffisante de nos pays riches.

Quelques exemples. Kaouther Adimi nous scotche avec son texte de refus du statut de réfugiée à une femme algérienne - en plus, il vient en première position. Tahar Ben Jelloun s'amuse en organisant la fuite des mots étrangers du dictionnaire de la langue française - comment faire sans eux? Pascal Blanchard rappelle les différentes expulsions d'émigrés aux Etats-Unis. Patrick Boucheron reprend son allocution au programme PAUSE (Programme d'aide en urgence des scientifiques en exil). Patrick Chamoiseau évoque les gouffres, Lampedusa et autres. Velibor Čolić, réfugié lui-même, traite d'exils et d'exilé(e)s. Ananda Devi raconte une fabuleuse naissance. Laurent Gaudé pose des mots de poésie sur des peintures de Christelle Labourgade. Raphaël Glucksmann nous partage son Calais. Lola Lafon aborde la question de l'adaptation. J.-M. G. Le Clézio donne le texte qu'il avait prononcé sur France Inter un matin d'octobre 2017 (lire ici). Claude Magris et Léonora Miano nous entraînent dans le futur. Achille Mbembe rappelle l'humanité des migrants. Anna Moï évoque le Vietnam et ses guerres grâce à un bol de "pho". Gisèle Pineau dénonce l'esclavage sexuel enduré par les migrants à travers une jeune Haïtienne. Lydie Salvayre évoque les deux vies de sa mère, en Espagne et en France. Elias Sanbar rappelle le destin de deux frères, réfugiés palestiniens. Boualem Sansal parle d'Akli, cet idiot devenu combattant radicalisé. Felwine Sarr suit le chemin d'un migrant sénégalais. Christiane Taubira celui de Nzuri Mwezi et Açaï, "amies d'euphorie". Sami Tchak celui de Mawalou, homme à deux figures. Chantal Thomas témoigne du sort des migrants à Paris. Gary Victor cogne fort aussi avec son Haïtien dont les fils rêvaient du Chili.

L'ouvrage s'achève sur une "Déclaration des poètes" rédigée par Patrick Chamoiseau, un "Manifeste pour une mondialité apaisée" par Mireille Delmas-Marty et des dessins de Maya Mihindou composant "La marche des géants".

"Osons la fraternité!" nous fait sortir de notre zone de confort et crée l'espoir car nous sommes plus nombreux qu'on croit à vouloir rendre leur humanité et leur dignité aux migrants et demandeurs d'asile.


Les prix littéraires remis à Saint-Malo durant le festival

  • Prix Ouest-France Etonnants Voyageurs: Ananda Devi pour "Manger l'autre" (Grasset)
  • Prix Littérature-Monde: Mohamed Mbougar Sarr pour "Silence du chœur" (Présence Africaine) et Einar Mar Gudmundsson pour "Les Rois d'Islande" (traduit de l’islandais par Éric Boury, Zulma)
  • Prix Joseph Kessel de la SCAM: Marc Dugain pour "Ils vont tuer Robert Kennedy" (Gallimard)
  • Prix Robert Ganzo de poésie: Patrick Laupin pour l'ensemble de son œuvre poétique
  • Prix Nicolas Bouvier: Andrzej Stasiuk pour "L'Est" (traduit du polonais par Margot Carlier, Actes Sud)
  • Prix Gens de Mer: David Fauquemberg pour "Bluff" (Stock)
  • Prix de l'Imaginaire: Sabrina Calvo pour "Toxoplasma" (La Volte) pour le roman francophone et James Morrow pour "L'Arche de Darwin" (traduit de l'anglais par Sara Droke, Au Diable Vauvert) pour le roman étranger