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samedi 1 octobre 2022

Les premières sélections des prix littéraires

Matilda, de Roald Dahl, dessinée par Quentin Blake. (c) Gallimard Jeunesse.

En cette fin septembre, les grands prix littéraires français ont révélé leurs premières sélections. Au total, 116 livres ont été repérés par les jurys des dix prix suivants, présentés selon la date de remise des prix, sachant que certains ne choisissent que des romans français, d'autres y joignent des romans étrangers ou des essais: Décembre, Académie française, Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Flore, Wepler, Interallié et Giono. Parmi ces 116 auteur(e)s, une seule Belge, Eva Kavian dont "L'engravement" (Editions La Contre Allée) est retenu au prix Wepler.

Parmi ces 116 auteur(e)s, treize arborent trois ou quatre ou cinq sélections. Bien sûr, cela va changer lors des tours suivants. Et cela ne dit rien des lauréats.
  • Actuellement, Claudie Hunzinger figure en tête avec "Un chien à ma table" (Grasset), présent dans cinq sélections: Académie française, Renaudot, Femina, Médicis et Giono.
  • Emma Becker, dans quatre avec "L'inconduite" (Albin Michel): Décembre, Renaudot, Flore et Interallié.
  • "Le cœur ne cède pas" (Flammarion), la brique de Grégoire Bouillier, est aussi présente quatre fois, mais ailleurs: Goncourt, Renaudot, Femina, Wepler.
  • Dix autres noms apparaissent chacun trois fois.
  • Anthony Passeron, "Les enfants endormis" (Globe): Décembre, Flore, Wepler.
  • Brigitte Giraud, "Vivre vite" (Flammarion): Décembre, Goncourt, Femina.
  • Giuliano da Empoli, "Le Mage du Kremlin" (Gallimard): Académie, Goncourt, Interallié.
  • Monica Sabolo, "La vie clandestine" (Gallimard): Goncourt, Renaudot, Médicis.
  • Nathan Devers, "Les Liens artificiels" (Albin Michel): Goncourt, Renaudot, Médicis.
  • Pascale Robert-Diard, "La Petite menteuse" (L'Iconoclaste): Académie, Goncourt, Interallié.
  • Polina Panassenko, "Tenir sa langue" (L'Olivier): Femina, Médicis, Wepler.
  • Sandrine Collette, "On était des loups" (JC Lattès): Renaudot, Femina, Giono.
  • Sybille Grimbert, "Le dernier des siens" (Anne Carrière): Académie, Renaudot, Femina.
  • Yves Ravey, "Taormine" (Minuit): Goncourt, Renaudot, Femina.
  •  

Pour ceux que cela intéresse, voici les premières sélections des dix prix in extenso. C'est un peu long et un peu fastidieux, je suis d'accord.

Prix littéraires 2022

Décembre (26 octobre)

Basile Panurgias, Le Doute (Robert-Laffont)
Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
Sélim Nassib, Le tumulte (L'Olivier)
Pacôme Thiellement, Paris des plongeurs (Seuil)
Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
Maria Larrea, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent (Grasset)
Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
Corentin Durand, L'inclinaison (Gallimard)

Académie française (27 octobre)

Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
Pauline Dreyfus, Le Président se tait (Grasset)
Sibylle Grimbert,Le Dernier des siens (Anne Carrière)
Félicité Herzog, Une brève libération (Stock)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Yasmina Khadra, Les Vertueux (Mialet-Barraut)
Alain Mabanckou, Le Commerce des allongés (Seuil)
Jean Michelin, Ceux qui restent (Héloïse d'Ormesson)
Pascale Robert-Diard, La Petite Menteuse (L'Iconoclaste)
Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)

Goncourt (3 novembre)

Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
Carole Fives, Quelque chose à te dire (Gallimard)
Sabyl Ghoussoub, Beyrouth-sur-Seine (Stock)
Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
Sarah Jollien-Fardel, Sa préférée (Sabine Wespieser)
Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
Makenzy Orcel, Une somme humaine (Rivages)
Yves Ravey, Taormine (Minuit)
Pascale Robert-Diard, La petite menteuse (L'Iconoclaste)
Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)
Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
Anne Serre, Notre si chère vieille dame auteur (Mercure de France)

Renaudot (3 novembre)

* Romans
Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Antoine Choplin, Partie italienne (Buchet-Chastel)
Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
Hubert Haddad, L'invention du diable (Zulma)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Sylvie Le Bihan, Les sacrifiés (Denoël)
Simon Liberati, Performance (Grasset)
Laurence Nobecourt, Opéra des oiseaux (Grasset)
Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
Michel Quint, La printanière (Serge Safran)
Yves Ravey, Taormine (Minuit)
Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
* Essais
Anne Akrich, Le sexe des femmes (Gallimard)
Philippe Bordas, Le célibataire absolu (Gallimard)
Guillaume Durand, Déjeunons sur l'herbe (Bouquins)
Raphaël Gaillard, Un coup de hache dans la tête (Grasset)
Iegor Gran, Z comme zombie (P.O.L.)
Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
Jean-Paul Mari, Oublier la nuit (Buchet Chastel)
Minh Tran Huy, Un enfant sans histoire  (Actes Sud)
Benoît Peeters, Robbe-Grillet, l'invention du Nouveau Roman (Flammarion)
Jean-Claude Perrier, Le Photographe de Notre-Dame (Cerf)
Olivier Philipponat, Géographie des peuples fabuleux (Buchet Chastel)

Femina (7 novembre)

* Romans français
Miguel Bonnefoy, L'inventeur (Rivages)
Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Thierry Clermont, Long Island Baby (Stock)
Sandrine Collette, On était des loups (JC Lattès)
Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Oriane Jeancourt-Galignani, Quand l'arbre tombe (Grasset)
Marie Nimier, Petite sœur (Gallimard)
Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
Yves Ravey, Taormine (Minuit)
Lucie Rico, GPS (P.O.L.)
Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (l'Observatoire)
Anne-Sophie Subilia, L'épouse (Zoé)
* Romans étrangers
Viola Ardone, Le choix, traduit par Laura Brignon (Albin Michel)
Russell Banks, Oh, Canada, traduit par Pierre Furlan (Actes Sud)
Gabriel Byrne, Mes fantômes et moi, traduit par Diane Meur (Sabine Wespieser)
Mia Couto, Le cartographe des absences, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues (Métailié)
Rachel Cusk, La dépendance, traduit par Blandine Longre (Gallimard)
Nathan Harris, La douceur de l'eau, traduit par Isabelle Chapman (Philippe Rey)
Angelika Klüssendorf, Le 34 septembre, traduit par Justine Coquel (Jacqueline Chambon)
Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit par Paul Lequesne (Liana Levi)
Jarred McGinnis, Le lâche, traduit par Marc Amfreville (Métailié)
Lutz Seiler, Stern 111, traduit par Philippe Giraudon (Verdier)
Alexander Starritt, Nous, les Allemands, traduit par Diane Meur (Belfond)
Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
Brandon Taylor, Real life, traduit par Héloïse Esquié (La Croisée)
Colm Toibin, Le magicien, traduit par Anna Gibson (Grasset)
Juan Gabriel Vasquez, Une rétrospective, traduit par Isabelle Gugnon (Seuil)
Hanya Yanagihara, Vers le paradis, traduit par Marc Amfreville (Grasset)

Médicis (8 novembre)

* Romans français
Claire Baglin, En Salle (Minuit)
Emmanuelle Bayamack-Tam, La Treizième Heure (P.O.L.)
Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
Virginie Despentes, Cher connard (Grasset)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Victor Jestin, L'Homme qui danse (Flammarion)
Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
Emma Marsantes, Une mère éphémère (Verdier)
Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
Monica Sabolo, La Vie clandestine (Gallimard)
Anne Serre, Notre si chère vieille dame (Mercure de France)
Anne-Sophie Subilia,  L'Epouse (Zoé)
* Romans étrangers
Allison Bechdel, Les secrets de la force surhumaine, traduit de l'américain par Lili Sztajn (Denoël Graphic)
Maria Sonia Cristoff, Mal d'époque, traduit de l'espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet (Le Sous-Sol)
Elin Cullhed, Euphorie, traduit du suédois par Anna Gibson (L'Observatoire)
Gyrdir Eliasson, Requiem, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson (La Peuplade)
Anna Hope, Le Rocher blanc, traduit de l'anglais par Elodie Leplat (Le Bruit du monde)
Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit du russe (Ukraine) par Paul Lequesne (Liana Levi)
Nicola Lagioia, La Ville des vivants, traduit de l'italien par Laura Brignon (Flammarion)
Leila Mottley, Arpenter la nuit, traduit de l'américain par Pauline Loquin (Albin Michel)
Alexander Starritt, Nous les Allemands, traduit de l'anglais par Diane Meur (Belfond)
Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
Colm Toibin, Le Magicien, traduit de l'anglais (Irlande) par Anna Gibson (Grasset)
Allen S.Weiss, L'Autobiographie de Teddy, traduit de l'américain par Jean-François Allain (Gallimard)

Interallié (9 novembre)

Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
Nathan Devers, Les Liens artificiels (Albin Michel)
Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
Fabrice Gaignault, La vie plus douce (Grasset)
Judith Housez, Chateaubriand à Saint-Tropez (Équateurs)
Philibert Humm, Roman fleuve (Équateurs)
Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
Émilienne Malfatto, Le colonel ne dort pas (Sous-sol)
Pascale Robert-Diard, La Petite menteuse (L'Iconoclaste)

Prix de Flore (10 novembre)

Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
Bertrand Blier, Fragile des bronche (Seghers)
Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
Joffrine Donnadieu, Chienne et louve (Gallimard)
Clovis Goux, Les poupées (Stock)
Mirwais Ahmadzai, Les tout-puissants (Séguier)
Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
Basile Panurgias, Le doute (Robert Laffont)
Laura Poggioli, Trois sœurs (L'Iconoclaste)

Wepler (14 novembre)

Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
Corinne Desarzens, Un Noël avec Winston (La Baconnière)
Eva Kavian, L'engravement (Éditions La Contre Allée)
Jean Baptiste Maudet, Tropicale tristesse (Le Passage)
Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
Guillaume Perilhou, Ils vont tuer vos fils (L'Observatoire)
Laurence Potte-Bonneville, Jean-Luc et Jean-Claude (Verdier)
Lucie Rico, GPS (P.O.L)
Jane Sautière, Corps flottants (Verticales)
Anne Savelli, Musée Marilyn (Inculte)
Kinga Wyrzykowska, Patte blanche (Seuil)

Giono (novembre)

Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil (Le Tripode)
Violaine Bérot, C'est plus beau là-bas (Buchet Chastel)
David Bosc, Le pas de la demi-lune (Verdier)
Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
Xavier Le Clerc, Un homme sans titre (Gallimard)
Jean-Noël Pancrazi, Les années manquantes (Gallimard)
Simon Parcot, Le bord du monde est vertical (Le Mot et le Reste)
Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (L'Observatoire)



jeudi 7 mars 2019

Quand "Ciel mon mari" devient un "Je t'aime"

Des cafés brûlants et une bague trop petite.
 (c) Les Carnets du Dessert de Lune. 

La romancière belge Eva Kavian est une grande amoureuse. On le sait grâce à plusieurs de ses livres précédents (lire ici). Mais l'amour n'est-il pas au cœur de l'existence? De la littérature? De la poésie?

Bien sûr, l'amour peut donner lieu à des poèmes riquiquis, idiots, sirupeux, voire carrément mauvais. Il peut aussi engendrer un texte merveilleux comme celui de "L'homme que j'aime", écrit par Eva Kavian, illustré par Marie Campion (66 pages, Editions Les Carnets du Dessert de Lune). D'une simplicité analogue à sa force. D'une lucidité égale à sa fantaisie.

Jouant sur l'expression "Ciel mon mari", Eva Kavian la détourne à 180° pour en faire un chant d'amour à l'homme qu'elle aime. Bien sûr, ils n'ont plus vingt ans. Bien sûr, ils ne sont plus des perdreaux de l'année. Et alors?, nous glisse-t-elle à l'oreille. On a encore le droit d'être heureux, le droit d'être amoureux. On est peut-être un peu plus sages, un peu plus réalistes. On sait peut-être un peu plus que les choses ont une fin, y compris le bonheur. Ses phrases s'inspirent du quotidien pour chanter son amour pour cet homme, dont elle répète qu'il est "son mari". Un amour qui sait de quoi les nuits et les jours sont faits mais qui n'oublie pas d'aussi s'enthousiasmer pour tous ces riens qui tressent un lien. On chemine avec ravissement dans ses mots, si justes, si doux, si peu attendus parfois, jusqu'à sa sublime conclusion.

Marie Campion ponctue le texte posé en courtes lignes sur les pages d'une série de dessins en noir et blanc qui saisissent l'essentiel des propos et les transposent dans cette autre dimension qu'est l'image.

"Recommencer à écrire des poèmes".
(c) Les Carnets du Dessert de Lune.

Pour feuilleter "L'homme que j'aime" en ligne, c'est ici.




lundi 1 février 2016

Le vingtième livre d'Eva Kavian

"Voici donc mon vingtième livre (oups), un roman jeunesse", m'écrit Eva Kavian en me faisant parvenir "Le frère de Simone" (Oskar éditeur, 177 pages). Vingt livres! Alors que la Namuroise d'origine a commencé en 2000 avec "Le voisin sur les rails" (Le Castor astral), un recueil de nouvelles, poursuivi l'année suivante avec son premier roman, le remarqué "Après vous" (Le Hêtre pourpre). Depuis, elle tâte de la poésie (Esperluète et Dessert de lune), publie des manuels d'écriture (De Boeck), écrit des romans jeunesse dont un très beau premier, "La dernière licorne" (Mijade, 2008). Et poursuit bien entendu dans la veine du roman pour adultes. "Autour de Rita", "Le rôle de Bart", "Le square des héros" (les trois au Castor Astral), "L'art de conjuguer des hommes mariés" (Dessert de lune) sont autant de titres qui ont marqué les lecteurs. Quelle force de travail! Sans oublier les ateliers d'écriture qu'elle anime dans divers réseaux.

"Le frère de Simone" est un roman jeunesse certes, mais plutôt pour grands ados (l'éditeur le place en collection "jeunes adultes"). Pas à cause du thème, une grossesse précoce, mais à cause de sa composition complexe. En marge de l'histoire principale de Simone, 18 ans, dont on comprend petit à petit, en de courts chapitres, les nombreux éléments laissés au départ dans le vague, s'intercalent des pages en caractères italiques: les rêves éveillés et les suppositions de Fred, petit bout de presque 4 ans.

Le livre s'ouvre sur l'arrivée de Simone dans un lycée chic. Elle a donc 18 ans, deux de plus que les autres élèves. Elle n'est fille de personne si ce n'est de parents morts. Elle l'annonce tout de suite et complète sa présentation du fait qu'elle vit avec son frère. Si on comprend vite dans le roman que le petit bout est son enfant à elle, le puzzle de l'itinéraire de Simone est savamment construit et ne se révèle que peu à peu.

Pourquoi ses parents sont-ils morts? Pourquoi s'occupe-t-elle seule de son enfant? Pourquoi veut-elle absolument retourner à l'école? Pourquoi ces deux années d'écart avec ses condisciples? Le lecteur apprend à la connaître et à l'apprécier, à frissonner aussi devant son itinéraire de vie, tout comme les élèves qui s'étonnent de cette fille différente, préoccupée par d'autres sujets qu'eux, empathique mais qui n'hésite pas à tricher pour réussir ses contrôles.

Eva Kavian.
C'est bien écrit comme toujours chez Eva Kavian, avec sensibilité mais sans en rajouter, et imagination. Où je me suis un peu perdue, c'est dans la multitude des personnages du roman, cousin, voisin, élèves et leurs familles, personnel du centre et du lycée... D'autant que passé et présent se mélangent souvent. Que de prénoms à retenir alors qu'ils ont tous leur rôle à jouer dans ce livre qui embrasse beaucoup de sujets de société annexes, maladie, séparation, amour, mutilation, travail, vieillesse, trahisons... Autant de solitudes qui finissent par se rencontrer dans ce beau texte discrètement situé à Namur! Les épreuves les ouvrent les uns aux autres et à eux-mêmes. Le personnage de Simone est très attachant par son tempérament, sa franchise, sa volonté et sa force de vie. Sa résilience aussi bien entendu. Peut-être faut-il lire le le roman une seconde fois pour s'y retrouver plus facilement et l'apprécier alors totalement?