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lundi 1 avril 2019

Coups de cœur jeunesse, treize à la douzaine

Les sorties de l'année 2019, pour peu qu'elles me parviennent, présentent plein d'excellents albums. Néanmoins, j'ai craqué pour ces treize-ci.


Bernie un jour, Bernie toujours


Bernie, c'est mon ours
Janik Coat
Hélium
6 petits livres carton de 12 pages
coffret

Bernie, nom en six lettres comme les six histoires délicieuses de cet ours plus noir que brun à destination des plus jeunes. On l'a rencontré dans le livre animé "Le lutin bleu"(Hélium, 2017). Six livres donc six thèmes, s'habiller, jouer, se déplacer, se cacher, compter et dire les couleurs. A la mode Janik Coat, cela donne des petits livres rythmés, joyeux, avec un vrai scénario même s'il est simple et de ravissantes images colorées en aplats où apparaissent Bernie évidemment et le désormais célèbre lutin bleu à capuche. A noter que les six livres vus de dos composent un Bernie en puzzle. Dès 18 mois.

"Cache-cache Bernie". (c) Hélium.


Zooms avant et zooms arrière


Du printemps à l'hiver: histoires du cerisier
Ianna Andréadis
Les Grandes Personnes
20 pages carton

Artiste et poète, Ianna Andréadis a photographié le cerisier de son jardin, au fil des saisons. Avec ces photos, elle a composé un magnifique imagier muet où s'égrène la suite des saisons, où s'affiche le cycle de la nature et de la vie. Elle procède par doubles pages, faisant voisiner plans larges et plans rapprochés alors que les mois s'écoulent paisiblement. Les bourgeons deviennent fleurs, puis fruits avant que n'apparaissent l'automne et l'hiver. Les couleurs changent, bleu, blanc, vert, rouge, doré, noir, blanc, un autre blanc. La beauté et la poésie du regard sont partout. On est éblouis, et ravis. Pour tous, dès la naissance.

Le cerisier se pare d'abord de blanc. (c) Les Grandes Personnes.


Du soleil à la lune: histoires du ciel
Ianna Andréadis
Les Grandes Personnes
20 pages carton

Dans cet imagier tout-carton, aussi muet, Ianna Andréadis nous invite à lever le nez et à admirer le ciel. Les ciels plutôt tant sont variées et enchanteresses les vues que la voûte céleste compose pour ceux qui pensent à la regarder. Nuages, soleil couchant, arc-en-ciel, éclair, sillage d'un avion, feu d'artifice, brouillard ou vol d'oiseaux, ce sont autant de  merveilles de la nature admirablement photographiées qui nous sont révélées. Pour tous dès la naissance.

Nuages et lumière. (c) Les Grandes Personnes.


Une berceuse entre abstrait et concret


Chut! Il ne faut pas éveiller les petits lapins qui dorment
Amélie Jackowski
Rouergue
28 pages carton

Plus poétique que le traditionnel "Dodo, l'enfant do", la phrase musicale et évocatrice "Il ne faut pas réveiller les petits lapins qui dorment" rythme cet album berceuse. De grandes images, abstraites ou concrètes, vont par séries de deux dans les doubles pages, jouant sur les couleurs, les fonds ou les formes. Une ombre chinoise de chien sur fond blanc et une lune qui sourit sur son fond noir, un lit occupé et paisible et deux moutons dans une forme analogue, un champignon dressé et des étoiles dans le ciel... Sous ces paires court un texte invitant au sommeil, à l'apaisement, à l'imagination, au rêve. Il fait le lien entre le soir et le lendemain matin, le bol de lait ayant la forme de la lune. Il incite à respecter le sommeil de ceux qui dorment déjà. Rapporté aux illustrations, il donne un autre sens aux mots, les moutons sous le lit, la grande ourse assoupie. Entre poésie et tendresse, des éléments tranquilles et rassurants pour se laisser glisser dans le sommeil. Pour tous dès 1 an.

Des collages et des peintures pour les illustrations. (c) Rouergue.


Cache-cache avec un mini-renard


Minimichel
Pauline de Tarragon
L'étagère du bas
56 pages

Voilà une famille Renard, Maman, Papa, Lulu, Sacha et Minimichel. Ce dernier si petit qu'il disparaît tout le temps. La famille passe son temps à chercher le minuscule renardeau qui joue à se cacher... Un jeu qui donne l'occasion d'explorer divers endroits dont certains hautement comiques comme la réserve de chaussettes, les embouteillages, le supermarché ou même l'espace! Cette fois, l'heure est grave car Minimichel semble avoir vraiment disparu. Heureusement, Maman a une inspiration qui donne lieu à une nouvelle série d'explorations du plus haut comique. De très jolies illustrations en papier découpé pour un suspense à hauteur d'enfant, invitant le lecteur à participer à la séance de cache-cache. Dès 2/3 ans.

Minimichel se serait-il caché dans les embouteillages? (c) L'étagère du bas.


Une amitié improbable


L'ours et le canard
May Angeli
Les Editions des Eléphants
32 pages

Il était une fois un ours qui hibernait et un canard qui se blessait dans une vilaine chute. Le mal réveillé vint en aide au volatile menaçant. Menaçant de quoi, me direz-vous. C'est exactement ce que pensa l'ours. Bref, l'infirmier et son malade devinrent amis malgré leurs divergences. Comme quoi, un Ours mal léché et un Canard vaniteux peuvent faire la paire. Ils s'en apercevront surtout à l'arrivée de l'hiver suivant quand leurs chemins divergeront. Une histoire assez réaliste et très drôle servie par les toujours aussi belles gravures sur bois de May Angeli. A partir de 4 ans.

Un duo improbable et complice. (c) Les Editions des Eléphants.


Faire peur ou ne pas faire peur


Fantomelette
Charlotte Erlih
Marjolaine Leray
Gallimard Jeunesse
32 pages

Bigre! Fantomelette a de la peine. Elle est un petit fantôme jaune et ne fait peur à personne. Elle se sent donc complètement ridicule. Elle nous fait part de ses inquiétudes dans des séquences aux crayons de couleur noir et jaune particulièrement cocasses et expressives. Déjà son nom est un régal à prononcer. Ni les conseils du médecin ni ceux de sa maman ne lui viennent en aide. Pas plus que ses propres inspirations. Jusqu'à la finale où elle réussit son coup mais apprend surtout qu'elle a d'autres atouts. Une histoire rigolote pour assumer ses faiblesses et en faire une force. A partir de 3 ans.

Même en Fantômomie, Fantomelette n'effraie personne. (c) Gallimard Jeun.


Deux drôles de personnages


Chips et Biscotte
Mickaël Jourdan
Rouergue
40 pages

Ils s'appellent Chips et Biscotte. Oh, pas que l'un soit gros et l'autre mince. Non. Chips est plutôt petit et trapézoïdal, Biscotte étant beaucoup plus grand avec un physique de Barbapapa. On les rencontre quand ils se croisent et qu'ils déballent leurs sacs à dos de leurs drôles de bras qui semblent pousser au bas de leurs vêtements. On va découvrir qu'ils sont différents, même carrément opposés, en tout: chapeau, chaussures, lunettes, friandise, sport... Ne parlons pas du passe-temps favori, c'est cerf-volant pour Chips et ukulélé pour Biscotte. Toutes ces particularités apparaissent dans des illustrations aussi douces qu'expressives. Elles vont culminer lors du pique-nique qui sera l'occasion pour les deux aventuriers de découvrir ce qui les rapproche, l'attention à l'autre, l'amitié. Chips et Biscotte, cela sonne bien, mais quand on les connaît, c'est juste parfait. Un excellent premier album.  A partir de 4 ans.

Déballage de sacs. (c) Rouergue.


Je suis comme je suis


Comme ci comme ça
It's raining elephants
MeMo
40 pages

It's raining elephants est le nom du studio d'illustration d'Evelyne Laube et Nina Wehrle. Elles se sont inspirées de la chanson "I'm this, I'm that" du poète et musicien américain Moondog, de son vrai nom Louis Thomas Hardin (1916-1999), qui devint aveugle à l'âge de 16 ans (album "H'art Songs", 1978).
I'm this, I'm that;
I'm sharp, I'm flat;
 
I'm young, I'm old;
I'm hot, I'm cold;
 
I'm right, I'm wrong;
I'm weak, I'm strong;
 
I'm high, I'm low;
I'm fast, I'm slow;
 
I'm here, I'm there;
I'm foul, I'm fair;
 
I'm bold, I'm shy;
I'm wet, I'm dry;
 
I'm good, I'm bad;
I'm gay, I'm sad;
 
I'm lost, I'm found;
I'm free, I'm bound;
 
I'm best, I'm worst;
I'm blessed, I'm cursed;
Cela donne un album illustré avec recherche et bonne humeur pour témoigner de la diversité des possibles. Il fonctionne par doubles pages aux couleurs vives ou douces selon les thèmes. Un petit garçon se livre à des tas d'expériences, "je suis comme ci, je suis comme ça", "je suis ici, je suis partout", "je suis seul, je suis câlin" mais aussi "je suis muet", ou "je suis le roi" ou "je suis le souhait"... avec chaque fois une très belle image en illustration dont tous les détails sont à observer. Une acceptation sereine des contradictions de chacun. A partir de 4 ans.

Un ballon pour ci, un ballon pour ça. (c) MeMo.


Deux voyageuses libres


Nos chemins
Irène Bonacina
Albin Michel Jeunesse
"Trapèze"
48 pages

Lhasa de Sela (1972-2010) chantait en 2003 "Soon This Space Will Be Too Small" dans l'album "The living road"

"Je poserai mon pied
Sur la route vivante 
Et je serai portée d'ici
Jusqu'au cœur du monde"

Magnifique introduction à ce formidable grand format aux illustrations magiques. On y suit les voyageuses, Mamie Babka et Petit Ourse. Elles marchent, l'aïeule devant, une lanterne à la main, la petite à côté d'elle. Elles vont, libres, attirées par l'horizon. Montagnes, rivières, pont au-dessus de vide, rien ne les arrête. Et elles sont magnifiques dans ces paysages d'hiver déserts. Un soir, Mamie Babka se couche définitivement. Son chemin a touché l'horizon. Le matin venu, la jeune narratrice prend la lanterne et la route. Des pages de soleil et d'or lui font entendre les encouragements de sa Mamie. Elle entendra aussi des rires dans l'eau du fleuve. Elle rencontre Oumi qui suit le même itinéraire qu'elle. Ils décident d'y aller ensemble malgré les embûches. Ils trouveront la lumière, toutes les lumières cueilles au fil des paysages traversés.

Quelle splendeur que cet album enchanteur et réconfortant, invitant chacun à suivre sa voie, peu importe les difficultés. Le texte est de toute beauté et les illustrations des merveilles. Ce sont des collages de papiers vus en transparence sur une boîte lumineuse et photographiés par Vincent Tessier. A partir de 4/5 ans.

Suivre son chemin. (c) Albin Michel Jeunesse.


Liberté pour les animaux


Un secret
Daniel Nesquens
Miren Asiain Lora
traduit de l'espagnol par Angèle Cambournac
De La Martinière Jeunesse
32 pages

De très belles illustrations nous montrent avec précision le même coin du zoo. Là où se trouvent les cages des girafes, des tigres, des singes et des toucans. Car un tigre enfermé confie au chat en liberté ses impressions, sa rage contre un macaque ou son intérêt pour une petite chatte en balade. De jour en jour, par soleil ou pluie, les deux compères échangent. Fatalement, ils en viennent à la question de la liberté et c'est là que surgit une idée folle, faire échapper le félin grâce à la complicité inattendue d'un gardien. Lui permettre de retourner chez lui compter les étoiles. Ce sera leur secret. Et la base d'une nouvelle amitié. Le gardien et le chat esseulé ont beaucoup à partager. A partir de 3 ans.

Miren Asiain Lora a été sélectionnée à l'expo des illustrateurs
de la Foire de Bologne. (c) De La Martinière Jeunesse.


Poésie assaisonnée de dérision


Cuisine au beurre noir
Michel Besnier
Henri Galeron
Motus
64 pages

Ces deux-là se connaissent bien. Michel Besnier et Henri Galeron ont fait ensemble "Le rap des rats", "Mes poules parlent", "Mon Kdi n'est pas un Kdo". Et pourtant ils nous surprennent encore. Cette fois, ils passent la cuisine à leur moulinette. Au beurre bien sûr, mais au beurre noir évidemment. C'est aussi pittoresque que savoureux. Mérite évidemment d'être testé plutôt que raconté. En apéritif: l'un revisite à sa manière les recettes de cuisine et plonge allègrement le vocabulaire culinaire dans une sauce de non-sense, l'autre rajoute encore une couche d'humour et concocte des images en noir et blanc d'un humour extra, extra-fin comme les meilleurs petits pois.

Cela donne aussi bien
"Un pauvre peut manger de la soupe à l'oseille et une grand-mère un bœuf très mode", illustré par un bœuf en costume planté dans une assiette où trônent une pomme de terre, une carotte et un oignon
que "La recette du macaron a été inventée par un Ecossais dont j'ai oublié le nom", illustré par le portrait encadré d'un dénommé Mac Aron.


Hommage à la soupe. (c) Motus.


La preuve par trois


Trois histoires vraiment bien
Julien Baer
Magali Le Huche
Les fourmis rouges
48 pages

Où on suit Piplo, fabricant de traces géantes.
Où on découvre l'origine du Coquin Colin, fameuse boisson gazeuse de couleur sombre.
Où on assiste à une suite de disparitions mystérieuses le 15 juin dernier, à 17h03 (heure universelle) précises.

Bref, trois histoires extra, loufoques, mais pleines d'ironie par rapport à notre environnement quotidien. Une écriture vive et désopilante, des illustrations colorées, fines et expressives. A partir de 5 ans.

Une recette historique. (c) Les fourmis rouges.


Enfin édité en français


Le roi des pancakes
Phyllis La Farge
Seymour Chwast
traduit de l'anglais par Didier da Silva
Hélium
32 pages

Incroyable que cet album ait paru aux Etats-Unis en 1971, tant son sujet semble actuel. Et il n'avait pas encore été traduit en français. Il y est en effet question de dénoncer la célébrité et de préserver l'enfance. Tout cela à travers une histoire complètement loufoque, au génial traitement graphique psychédélique, d'enfant tellement expert dans la confection des pancakes qu'il est repéré par un homme d'affaires. Qui le portera au sommet de la gloire mais loin de sa famille. Comment Henry va-t-il réagir? Réponse dans ces pages patrimoniales qui semblent avoir été écrites aujourd'hui tant la téléréalité et les réseaux sociaux rendent la question actuelle et cruciale. Pas d'inquiétude, on s'amuse beaucoup à accompagner le garçonnet qui suit son chemin sans qu'aucune moralité ne lui soit assénée. L'atout d'un livre écrit il y a près de cinquante ans. A partir de 5 ans.

Henry est un roi très demandé. (c) Hélium.




samedi 1 avril 2017

Athènes, par les fenêtres de ses habitants

Première vue sur Athènes depuis une fenêtre. (c) Editions Agra.

Athènes, c'est quoi? L'Acropole, le Parthénon pour les uns, les Jeux Olympiques de 2004 pour les autres, la capitale d'un pays européen en grande souffrance pour d'autres encore.

Athènes est aussi une ville qui vit comme en témoigne avec originalité et respect le nouvel album photographique orchestré par Ianna Andréadis. "Fenêtres sur Athènes, AΘΗΝΑ ΘΕΑ" (Editions Agra, 224 pages),  magnifique dans sa suite de photos brillamment agencées, est la concrétisation d'un projet participatif.

"Fenêtres sur Athènes", un titre qui répond subtilement aux citations qui l'introduisent. Par exemple, celle de Rainer Maria Rilke: "N'es-tu pas notre géométrie, fenêtre, très simple forme qui sans effort circonscrit notre vie énorme?" A parcourir les pages, à laisser les yeux se poser sur les clichés, y voguer, on se dit que c'est exactement ça, la vie, avec tout ce qu'elle est, cerclée par le cadre de la fenêtre.

Bilingue grec-français, l'ouvrage en format à l'italienne s'ouvre sur une série de textes écrits par Jean-Christophe Bailly, Yannis Tsiomis,  Denys Zacharopulos et Aude Mathé. Suivent 180 photos sur simple ou double page, légendées du nom de leur auteur et de la localisation du lieu photographié, composant une vision inédite mais spontanée de la ville. Voilà une manière formidablement réussie de montrer qu'Athènes est aussi une ville d'aujourd'hui. Une ville que l'on perçoit par l'image qu'en font ses habitants et non par un guide officiel. Une ville aux fenêtres, anciennes ou modernes, ouvertes ou fermées...

Peut-être l'appellation "AΘΗΝΑ ΘΕΑ" vous est-elle familière si vous êtes usager de Facebook? C'est en effet sur le réseau social qu'est né le projet artistique coopératif de Ianna Andréadis (voir ici). Dès janvier 2013, elle a demandé aux habitants d'Athènes, ville où elle est née, de lui envoyer la photo - en couleurs pour être plus proche de la réalité - de ce qu'ils voyaient par leur fenêtre. Une seule obligation: que ces vues d'Athènes comportent toujours le cadre (en tout ou en partie) de la fenêtre d'où elles étaient prises.

Les photos ont afflué. "Depuis quatre ans que j'ai commencé le projet sur Facebook", me dit-elle, "j'ai reçu plus de douze mille photos! Parmi celles-là, j'en ai choisi plus de mille neuf cents que j'ai publiées quotidiennement sur la page du projet." Elle dénombre cinq cent vingt participants différents au projet, dont septante sont des visiteurs ou des touristes, de passage à Athènes.

Les premiers choix posés pour le réseau social, il lui a fallu en faire d'autres, difficiles on l'imagine, pour le livre et l'exposition qui l'a précédé (Cité de l'architecture et du patrimoine de Paris, de novembre 2015 à février 2016; Musée Benaki d'Athènes, de décembre 2016 à janvier 2017). "Pour le choix définitif en vue du livre et de l'expo", précise Ianna Andréadis, "j'ai voulu montrer toutes les facettes d'Athènes, aussi bien celles qui sont spectaculaires, comme l'Acropole telle qu'elle est vue au quotidien, que celles qui sont plus ordinaires, des vis-à-vis, des arrière-cours, même des vues aveugles. Ensemble, elles révèlent la diversité de la ville, le propre d'Athènes."

Et c'est fou comme le livre réussit à confronter les regards des habitants sur leur ville. Plaisir supplémentaire, l'architecte du projet agence les photos dans des suites dont la logique se perçoit avec plaisir, inspirée de près ou de loin par le principe du marabout-boutdeficelle... "Pour la construction du livre", détaille-t-elle, "j'ai d'abord conçu les doubles pages en faisant dialoguer les photos: juxtapositions par analogie ou contraste, couleurs, compositions de l'image, sujet, architecture, quartier... Je voulais provoquer des surprises à chaque double page. Pour l'organisation finale du chemin de fer,  j'ai assemblé ces doubles pages comme un jeu de dominos, en ajoutant quelques photos reproduites en double page pour ponctuer et donner un rythme au livre. La collaboration avec mon éditeur Stavros Petsopoulos (Editions Agra) été précieuse pour donner au livre la forme juste."

Résultat, un album photographique riche et surprenant qui, chaque fois qu'on l'examine, nous révèle une autre facette de la cité athénienne, où voisinent de jour comme de nuit, hier, aujourd'hui et demain. Panneaux photovoltaïques et paraboles sur les toits des immeubles jouxtant l'Acropole, lessives mises à sécher et constructions ultra-modernes, fers forgés anciens et street art, climatiseurs et laine à tricoter, tuiles arrondies et terrasses aux structures en alu, escaliers tournants et plantations potagères... Peu d'humains finalement mais leurs traces sont omniprésentes. Et toujours ce ciel, à l'impressionnante gamme chromatique!





Les premières doubles du livre, qui montrent bien les vues des fenêtres et
le jeu graphique d'une photo à l'autre. (c) Ianna Andréadis/Editions Agra.


"Fenêtres sur Athènes" n'est pas diffusé en Belgique pour l'instant mais il est possible de le commander via la librairie Le Moniteur à Paris: http://www.librairiedumoniteur.com/fenetres-sur-athenes-andreadis-ianna,fr,4,9789605052676.cfm




mercredi 29 octobre 2014

Vacançons et croisons donc les expositions

Les contes sont-ils réservés aux enfants? Non, non, non.
L'évolution des techniques de gravure aux adultes? Non, non, non.

Franck Bordas dans son studio. (c) Ianna Andréadis.
Alors allons d'abord  tous ensemble, grands et petits, au Centre de la Gravure et de l'Image imprimée à La Louvière voir la formidable exposition "De la pierre à l'écran, un parcours imprimé, Studio Franck Bordas, Paris".

"Paris", parce que c'est là qu'est installé l'artiste, n'est-ce pas, Mme Joëlle Milquet, nouvelle ministre de la Culture, et pas parce que l'expo y sera transportée après son séjour à La Louvière.

L'exposition s'y tient du mardi au dimanche de 10 à 18 h, jusqu'au 11 janvier 2015. Sur deux niveaux, le troisième accueillant le 23e prix de la gravure remporté pour la première fois depuis sa création en 1989 par deux artistes, Frederik Langhendries et Annabelle Milon. Des visites guidées sont prévues chaque premier dimanche du mois, des visites de groupes et scolaires, des activités en famille sont également possibles. Renseignements sur le site.

Mais revenons à Franck Bordas et à son exposition. Il est en quelque sorte le maillon entre l'artiste et son œuvre imprimée telle que le public la voit. Une étape aussi discrète qu'indispensable dont on prend conscience dans cette exposition multiforme qui montre également l'évolution de la technique.

Pierre Alechinsky et Jean Dubuffet. (c) Gustaaf  Vander Biest.

Installation de Paul Cox.
On connaît mille fois mieux le nom des artistes que celui du graveur, aussi doué soit-il. L'expo louviéroise propose ainsi les travaux d'une belle brochette, Gilles Aillaud, Pierre Alechinsky, Ianna Andréadis, Eduardo Arroyo, Philippe Baudelocque, Valérie Belin, Jean-Charles Blais, François Boisrond, Hervé Bordas, Philip Brooker, James Brown, Pierre Buraglio, Tom Carr, Robert Combas, Paul Cox, Kees De Goede, Nicola De Maria, France de Ranchin, Hervé Di Rosa, Mark Di Suvero, Jean Dubuffet, Gérard Garouste, Philippe Gronon, Keith Haring, Pippo Lionni, Pierre Mabille, Tim Maguire, Roberto Matta , Naija Mehadji, Joan Mitchell, Moebius, Martin Parr, Ernest Pignon-Ernest, Daniel Pommereulle, Georges Rousse, Antoni Tàpies, Dirk Vander Eecken, pour les citer tous, tous imprimés par le studio Bordas.


Il y a de quoi s'en mettre plein les yeux tant les inspirations et les styles sont variés. On y découvre aussi comment Franck Bordas, imprimeur et éditeur d'art installé à Paris depuis plus de 35 ans, a su bien prendre le virage du numérique. De Jean Dubuffet et ses "Exercices lithographiques" aux "digiprints" de Mark di Suvero, c’est toute l’aventure imprimée d’un atelier qui s’expose aux cimaises et dans les vitrines. Car chez Franck Bordas et son épouse Ianna Andréadis, photographe et artiste elle-même, on grave même en vacances, même en voyage.

La presse Voirin.
Petit-fils de lithographe, Franck Bordas a assez naturellement ouvert son propre atelier de lithographie à Paris en septembre 1978. Il a 19 ans mais, grâce à son grand-père, connaît déjà tout. Pas étonnant que des artistes comme Pierre Alechinsky ou Jean Dubuffet lui passent déjà commande. Les presses sont alors grandes si pas gigantesques comme la presse Voirin, restaurée en 1985, qui permet les grands formats. A la fin des années 1990, les impressions à jet d'encre ne laissent pas indifférent cet aventurier de la gravure. Les années 2000 voient l'imprimeur s'intéresser encore davantage aux nouvelles techniques et à l'impression numérique. Il en découvre et en explore les multiples possibilités, poussant toujours plus loin ses défis. Un nouveau déménagement de l'atelier s'impose en 2005, afin de se spécialiser dans le tirage numérique.

L'évolution du métier, telle que l'a voulue Franck Bordas, s'illustre magnifiquement grâce aux nombreuses ouvres présentées au Centre de la Gravure de La Louvière. On la retrouve aussi, de manière plus approfondie mais très accessible car illustrée d'innombrables photos plus belles et étonnantes les unes que les autres dans le livre "Franck Bordas, un parcours imprimé" (Centre de la Gravure et de l'Image imprimée, 144 pages, 14 euros), un catalogue qui accompagne et prolonge l'exposition. L'ouvrage a été conçu par Ianna Andréadis, toute heureuse de connaître son artiste de mari depuis plus de trente ans et de pouvoir ainsi proposer les photos qu'elle a de lui.



Quelques doubles pages...
... du catalogue accompagnant l'expo.

**
*


L'affiche de l'exposition, due à Françoise Rogier.

Allons ensuite au Centre d'art du Rouge-Cloître, dans la forêt de Soignes, visiter l'exposition "Il était une fois". Soit le conte traditionnel vu par dix illustrateurs jeunesse. J'ai nommé Sybille Delacroix, Sabine de Greef, Dominique Descamps, Myriam Deru, Quentin Gréban, Benoît Jacques, Mario Ramos, Rascal, Françoise Rogier et Catherine Wilkin.
Elle s'y tient jusqu'au 16 novembre, du mercredi au dimanche, de 14 à 17 heures, sur deux niveaux.

On y découvre les interprétations classiques ou davantage personnelles, avec ou sans textes,  des contes traditionnels célèbres comme Le petit Chaperon rouge, inspirateur principal, mais aussi Blanche-Neige, Peau d'âne, La Belle au bois dormant, Hansel et Gretel, Le Chat Botté,  Les trois petits Cochons... Différentes techniques aussi, carte à gratter chez l'une, aquarelles,acryliques, tissus, encres de Chine, collages, gravure, linogravure...

De quoi échanger sur les interprétations des contes, avant de plonger dans les livres dont les illustrations sont extraites.

Trois Petits Chaperons rouges, suivis d'autres silhouettes faciles à  reconnaître..

Mario Ramos.
Benoît Jacques.
Rascal.





Dominique Descamps.
Catherine Wilkin.
Sybille Delacroix.


Des ateliers famille sont prévus les trois prochains dimanches. Renseignements ici.