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mardi 2 décembre 2025

Les espiègleries littéraires de la FWB

Reportée d'une semaine pour cause de grève nationale, la cérémonie de remise des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles a eu lieu ce lundi 1er décembre. Ce fut donc raté pour moi qui rentrais à ce moment de Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis. Les Espiègles récompensent chaque année des auteurs et autrices belges francophones en littérature générale, jeunesse, bande dessinée et des auteurs et autrices écrivant dans une langue régionale de la Fédération Wallonie-Bruxelles (wallon, picard, gaumais, etc).
 
Dix prix ont été remis cette année (tous ne sont pas annuels, pour un montant total de 71.000 euros):
  • l'Espiègle du couronnement de carrière en littérature générale (quinquennal, 15.000 euros)
  • l'Espiègle de prose en langue française (triennal, 8.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en littérature générale (annuel, 5.000 euros)
  • l'Espiègle de littérature de jeunesse (annuel à partir de cette année, alternativement texte ou image, 10.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse (annuel, 5.000 euros)
  • le prix Atomium – Fédération Wallonie-Bruxelles / Espiègle de la bande dessinée, déjà décerné à Romain Renard pour "Revoir Comanche" le 26 septembre dernier dans le cadre du BD Comic Strip Festival (annuel, 10.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en bande dessinée (annuel, 5.000 euros)
  • l'Espiègle de prose en langue régionale (annuel, 8.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en langue régionale (annuel, 1.000 euros)
  • l'Espiègle du rayonnement des littératures belges à l'étranger - Prix Léo Beeckman (annuel, cette année bande dessinée, 4.000 euros)
 
Palmarès
 

L'Espiègle du couronnement de carrière en littérature générale pour l'ensemble de son œuvre va à Eugène Savitzkaya. Il est essentiellement publié aux Editions de Minuit. Jury: "Une œuvre originale et sans concessions, une trajectoire construite en-dehors de tout confort."
 
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​L'Espiègle de prose en langue française couronne Ariane Le Fort pour "Quand les gens dorment" (Onlit, lire ici).

Étaient aussi finalistes Hubert Antoine pour "Les formes d'un soupir" (Verticales), Stéphane Lambert pour "L'apocalypse heureuse" (Arléa), Christophe Levaux pour "Baisse ton sourire" (Do), Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte) et Giuseppe Santoliquido pour "L'été sans retour" (Gallimard).
 
 
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L'Espiègle de la première œuvre en littérature générale va à Merlin Vervaet pour "Le groupe de l'Ouest lointain" (Lansman éditeur).

Étaient aussi finalistes Paloma De Boismorel pour "La fin du sommeil" (Editions de l'Olivier) et Bénédicte Lotoko pour "Ça brille encore" (Les Impressions Nouvelles). 
 

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Le prix Atomium – Fédération Wallonie-Bruxelles / Espiègle de la bande dessinée, a été attribué dans le cadre du BD Comic Strip Festival à Romain Renard pour "Revoir Comanche" (Le Lombard), déjà prix Victor Rossel de la bande dessinée 2024.

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L'Espiègle de la première œuvre en bande dessinée récompense Eléonore Marchal pour "Manger" (Cambourakis).
 
Étaient aussi finalistes Mathilde Ducrest pour "Fragile" (Casterman) et Iason Saïtas pour "Regarde dans mes yeux je peux pas trouver mieux" (CFC).
 
 
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​L'Espiègle de littérature de jeunesse est une nouvelle récompense pour Marie Colot et son "Mori: graines de géants dans les forêts urbaines d'Akira Miyawaki" illustré par Noémie Marsily (CotCotCot, lire ici), déjà Pépite fiction juniors 2024 au Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.
 
Étaient aussi finalistes Christelle Dabos pour "Nous" (Gallimard jeunesse) et Ludivine Joinnot pour "Des fourmis qui gigotent" (L'Ail des ours).
 

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L'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse va à Catherine Le Goff pour "Chez Mémé" (CFC éditions).
 
Étaient aussi finalistes Joanna Lorho pour "Le Hibou abasourdi" (La Pastèque) et Emmanuelle Pirotte pour "Au bord du monde" (l'école des loisirs).
 
 
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L'Espiègle de la première œuvre en langue régionale est attribué à Philippe Gillet pour "Alice".
 
Étaient aussi finalistes  Fernand Dendoncker pour "Su m-n-étchelle" et Didier Elias pour "Ogrione".
 

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L'Espiègle de prose en langue régionale va à Lorint Hendschel pour "Li Djoû qu’ Monsieû a rivnou".
 
Étaient aussi finalistes Jean Colot pour "Quand m' prôse socenéye avou l' powésîye dès scrîjeus namurwès tot-au long de l'anèye", Michelle Fourez pour "Deux petrix, eune agache, eune pâture" (Audace) et Jacques Warnier pour "On-z-a hapé Popol" (Éditions de la province de Liège).
 
  
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L'Espiègle du rayonnement des littératures belges à l'étranger, Prix Léo Beeckman (attribué cette année en bande dessinée) a choisi le Festival Québec BD et sa Maison de la BD.





 










mardi 25 février 2025

Émotion, ONLIT revit

 

Le petit milieu de l'édition belge avait été foudroyé en début d'année dernière. Les éditions ONLIT s'arrêtaient (lire ici), sans pour autant déposer leur bilan. On apprend aujourd'hui avec joie et soulagement qu'après une pause d'une grosse année les éditions ONLIT reviennent. Elles repartent grâce au groupe EMOTIONS fondé par le natif de Farciennes Michel Lambot, entrepreneur culturel depuis 1978 - il a notamment co-fondé en 1982 le légendaire label musical indépendant PIAS (“Play It Again, Sam”) -, dont elles font désormais partie. Elles s'installent - enfin - chez Emotions, rue Saint-Laurent à Bruxelles, et seront distribuées par Dilibel.
 
Pierre de Mûelenaere et Michel Lambot.
 
Les éditions ONLIT qui ont publié Ariane Le Fort, Stefan Liberski, Véronique Bergen, Patrick Delperdange, Isabelle Wéry, Jacques Richard,.. continueront à défendre la littérature contemporaine. Elles accorderont, disent-elles, une place privilégiée aux premiers romans et aux nouvelles voix.
 
La reprise officielle d'ONLIT aura lieu le 10 avril à Bruxelles avec la sortie du nouveau roman de Stefan Liberski, "Néron rouge". Le livre sera accompagné de la réédition de deux titres qui avaient fait les frais de la fermeture brutale, "Pop", de Sophie Museur, et "927", de Tuyêt Nga-Nguyên.
 
EMOTIONS SRL est une société belge créée en mars 2024. Elle est conçue comme un réseau chapeautant trois structures en Belgique et en France, la production cinématographique (Big Trouble), la musique (Strictly Confidential) et la littérature (ONLIT pour la partie belge, les Éditions de l'Herne pour la partie française). L'idée est qu'un réseau peut offrir à ses partenaires un pot commun de ressources, laissant chacun se consacrer à son activité principale. Un réseau qui peut aussi créer des ponts entre ses structures, qui soutiendra la création et en assurera la diffusion.
 
A paraître le 10 avril.








lundi 15 janvier 2024

ONLIT, c'est fini

(c) ONLIT.

En ce lundi froid mais lumineux, un mail s'affiche soudain: "Onlit, c'est fini."
Et ce lundi s'avère surtout froid.

ONLIT Editions fait partie du paysage de l'édition belge, depuis 2011. Objectif: la création littéraire contemporaine via le roman, qu'elle soit l'œuvre d'auteurs belges (en toute grande majorité) ou pas. On trouve à son catalogue les noms de Véronique Bergen, Ariane Le Fort, Juan d'Oultremont, Isabelle Wéry, Stefan Liberski, Pascale Toussaint, Pascale Fonteneau, Jacques Richard... Mais aussi celui d'écrivains inconnus.

On savait la maison en posture financière difficile depuis quelque temps. Elle s'était associée à une maison française pour rééditer certains titres et avoir un plus large public. Mais elle avait annoncé en octobre dernier ne plus accepter de nouveaux manuscrits. ONLIT, c'est fini, comme elle le dit. Restent ses livres, en version papier ou numérique. Son catalogue se trouve ici.

Voici le communiqué de Pierre de Mûelenaere qui a conduit la maison pendant toutes ces années.

ONLIT Éditions se consacre à la littérature contemporaine. Au fil des années, notre catalogue s'est enrichi, avec une attention particulière à la qualité tant sur le fond que sur la forme. Récompensés par plusieurs prix, nos ouvrages contribuent à la visibilité des lettres belges: six finalistes du prix Rossel, le prix du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le prix Marcel Thiry, le prix des Bibliothèques de la Ville de Bruxelles, le prix des Délégués du prix des Lycéens, le prix Saga Café du premier roman, le prix Soleil Noir Jaune Rouge, etc. En mars 2023, quatre auteurs de notre maison ont participé au salon du livre de Novi Sad, célébrant la traduction de leurs œuvres. Plus de huit titres ont été traduits, dans plusieurs langues. Deux coéditions ont vu le jour par ailleurs avec les Éditions des Équateurs, à Paris, dans le cadre d'une belle collaboration que nous souhaitions développer.

Malheureusement, le contexte économique a déséquilibré notre fragile modèle. ONLIT, une maison d'édition sans bureau, repose exclusivement sur une petite équipe d'indépendants, une entreprise de "guérilla" littéraire, pour emprunter le titre de Véronique Bergen.

Ces dernières années ont été particulièrement ardues financièrement. Outre l'augmentation significative de nos charges, nous avons observé une baisse inédite de nos ventes. En période de crise économique, c'est avant tout la création qui trinque et… c'est bien compréhensible. Cette tendance n'est pas limitée à notre maison, elle n'est pas limitée non plus à la littérature.

L'édition de création en Belgique francophone est une activité exigeante compte tenu de la taille du marché sur lequel elle s'appuie. Aujourd'hui, nous constatons que la situation ne la permet plus. Une décision douloureuse s'impose: celle de mettre un terme à la publication de nouveaux romans.

Nous exprimons notre gratitude envers la Fédération Wallonie-Bruxelles qui a contribué à rendre possible notre projet. Malheureusement, les modalités actuelles de l'aide à l'édition ne permettent pas de faire face aux problèmes auxquels nous sommes confrontés.

Merci infiniment aux autrices et auteurs qui ont placé leur confiance en nous. Gratitude également à notre petite équipe qui, par son engagement et sa compétence, a rendu possible cette belle aventure. Merci à notre conseil d'administration. Merci aux libraires et aux bibliothécaires qui ont soutenu nos livres. Merci aux équipes de nos distributeurs. Merci aux nombreux journalistes qui ont parlé de nos romans. Merci chaleureux, enfin et surtout, à vous, nos lectrices, nos lecteurs!

Le monde du livre forme une vaste chaîne humaine. Chaque maillon joue un rôle crucial pour permettre l'émergence de la création. Celle des autrices et auteurs de notre communauté française de Belgique se révèle riche, puissante et unique dans le paysage francophone. Nous avons de nombreuses raisons d'en être fiers. Plus que jamais, leurs voix s'avèrent indispensables pour penser le monde dans une époque vouée à l'accélération et au bruit. Continuez à prendre le temps de les écouter, chacune d'elles, car elles tracent des chemins différents.

Bon vent à toutes et tous!
Merci pour cette merveilleuse aventure.

Pierre de Mûelenaere
pour ONLIT asbl

 

 

lundi 23 mai 2022

Un peu, beaucoup, passionnément, Ariane Le Fort triture l'amour et le désir

LU & approuvé

Ariane Le Fort écrit peu. Huit romans en plus de trente ans (lire ici) pour la romancière belge si on compte celui qui vient de paraître, l'excellent "Quand les gens dorment" (ONLIT éditions, 185 pages). Huit romans et une longue nouvelle en réalité, "La madone des plaines de jeux" (Le grand Miroir, 2003, 57 pages). Huit romans qui questionnent le sentiment amoureux, l'amour ou une forme d'amour, qui s'ancrent régulièrement en Belgique.

Dédié à René de Ceccatty qui fut son éditeur au Seuil, ce nouveau livre est publié en Belgique, chez ONLIT. "Quand les gens dorment" s'intéresse à l'amour qu'un homme et une femme peuvent éprouver quand ils avancent en âge. Le lien physique est très intense entre Janet, infirmière dynamique, et Pierre, cinéaste en perte de vitesse qui semble trouver refuge dans le sommeil. Le désir les rassemble, les unit, leur fait oublier le temps quelques instants. Chacun souffre dans sa situation de parent. Ces chagrins s'estompent-ils lors de leurs étreintes intenses? Si ce lien semble suffire à Pierre, Janet s'interroge, sans bouder le plaisir pris dans l'appartement, presque un squat, qui a vue sur la cathédrale.

Ariane Le Fort étudie tout ça à sa manière, en décortiquant les situations successives de sa belle plume. La force et l'attrait de ses romans sont justement cette précision de l'analyse, ces mots inattendus pour faire avancer l'intrigue. On va au cinéma avec ses deux protagonistes, on mange avec eux, on boit, on se promène la nuit à Bruxelles car c'est là que le roman se déroule, ainsi qu'à La Hulpe. On va subir avec eux le covid et le premier confinement. On verra comment les tensions et les fuites nées de cet enfermement interviendront sur leurs chagrins, leurs joies et leur capacité à être heureux. On comprendra à la toute fin le choix du titre qui, malgré l'apparence, pourrait bien être un tremplin pour une nouvelle vie. 

Il ne faut jamais résumer les livres d'Ariane Le Fort, il faut les lire, se laisser porter par eux, vivre, aimer, trembler, être en colère avec ses personnages qui crèvent le papier. Laisser infuser ses phrases justes qui triturent notre moteur à tous, le sentiment amoureux, qu'on y résiste ou qu'on s'y abandonne. Les livres d'Ariane Le Fort, c'est toujours un peu nous, car c'est elle qui s'y dit en filigrane.








mercredi 27 avril 2022

Une volée de prix littéraires, européens et belges

Le lauréat du prix EUPL 2022.

Créé en 2009, le Prix de littérature de l'Union européenne connaît un nouveau fonctionnement pour la période 2022-2024 où il est reconduit. Pour ce cinquième cycle consécutif du prix EUPL, chaque pays participant (un tiers environ du nombre total, le prix s'étendant sur trois années), propose toujours un livre de haute qualité littéraire et à potentiel de traduction. Mais un deuxième tour de sélection est effectué par un jury européen de sept membres, qui choisit un lauréat et cinq mentions spéciales. Les six auteurs primés se voient attribuer un prix financier dont la moitié va à l'éditeur pour assurer la traduction de leur livre.

Les résultats de l'édition 2022 du prix EUPL, organisé par la Fédération des Éditeurs Européens (FEE) et la Fédération européenne et internationale des libraires (EIBF) et soutenu par la Commission européenne, ont été annoncés sans grande publicité le 22 avril au Festival du livre de Paris.

Lauréat (20.000 euros)
  • L'écrivain géorgien Iva Pezuashvili pour son roman "A garbage chute" ("Le bunker") paru chez Intelekti.

Mentions spéciales (10.000 euros)
  • La Belge néerlandophone Gaea Schoeters pour "Trofee" ("Trophée") paru chez Uitgeverij Querido (Belgique).
  • La Bosniaque Slađana Nina Perković pour "U Jarku" ("Dans le fossé") paru chez Imprimatur (Bosnie-Herzégovine).
  • L'Irlandais Tadhg Mac Dhonnagáin pour "Madame Lazare" paru chez Barzaz (Irlande).
  • L'Espagnol Jacobo Bergareche pour "Los días perfectos" ("Les jours parfaits") paru chez Libros del Asteroide (Espagne).
  • L'Ukrainienne Євгенія Кузнєцова (Eugenia Kuznetsova) pour "Спитайте Мієчку" ("Demande à Mietchka") paru chez Видавництво Старого Лева (Old Lion) (Ukraine).

Quatorze écrivains de quatorze pays étaient en lice pour le prix EUPL 2022.
Les autres finalistes étaient:
  • Autriche: Peter Karoshi
  • Grèce: Τάκης Καμπύλης (Takis Kampylis)
  • Italie: Daniele Mencarelli
  • Lituanie: Tomas Vaiseta
  • Macédoine du Nord: Владимир Јанковски (Vladimir Jankovski)
  • Norvège: Kjersti Anfinnsen,
  • Roumanie: Raluca Nagy
  • Slovaquie: Richard Pupala

Les quatorze finalistes de l'édition 2022.


"Histoires européennes", un recueil de 582 pages propose de larges extraits de traduction en français et en anglais des quatorze livres finalistes de l'édition 2022 du prix EUPL (à télécharger ici).









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Côté juniors, le prix Première Victor du Livre Jeunesse 2022 a été attribué le lundi 25 avril à la québécoise Isabelle Roy pour son roman "Hackers" (Mijade). Une quatrième lauréate après Fabienne Blanchut, Marie Colot et Catherine Locandro (lire ici). Le prix est doté d’un montant de 1.500 euros offert par le Fonds Victor et d'une campagne de promotion diffusée par La Première sur toutes ses plateformes.

Deux mille sept-cent-quatre lecteurs de 12 à 15 ans étaient inscrits pour cette quatrième édition. Ils ont plébiscité le premier roman édité à l’international de la Québécoise Isabelle Roy. Dans "Hackers", on rencontre Alex, écolé par son père au monde de l'informatique et du piratage. Tout est facile pour lui. Il est capable de percer les secrets des sites Internet, de casser des codes informatiques. Il ne résiste pas à l'envie de relever un nouveau défi. Mais rien ne se passe comme prévu. Alex est allé trop loin et le prix à payer est élevé. Ses amis sont là pour l'aider.

Les cinq ouvrages en lice pour l'édition 2022
  • "La Cascadeuse des nuages" de Sandrine Beau (Alice Jeunesse)
  • "Hackers" d'Isabelle Roy (Mijade)
  • "Beethoven, La Symphonie du Destin" de Michel Honaker (Ker éditions)
  • "La Malédiction des serpents de mer" de Sigrid Renaud (Auzou Editions)
  • "En Apnée" de Meg Grehan, traduit par Aylin Manço (Talents Hauts) 

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Enfin, en Belgique toujours, l'auteur, blogueur et chroniqueur dont le nom ne peut pas être mentionné selon lui alors qu'on le trouve sans problème sur internet et qui passe énormément de temps à exiger son anonymat, M. P. donc, mieux connu sous le nom de Marcel Sel, s'est vu attribuer ce mercredi 27 novembre le prix littéraire 2021 du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour son deuxième roman "Elise" (ONLIT éditions, 2019, 450 pages).






Les quatre autres finalistes, sur cent livres proposés:
  • "Le mangeur de livre" de Stéphane Malandrin (Seuil)
  • "Gens de Cogne" de Xavier Deutsch (La Renaissance du Livre)
  • "Cent jours sans Lily" d'Alienor Debrocq (ONLIT Editions)
  • "Il ne portait pas de chandail" d'Annick Walachniewicz (l'arbre à paroles)

mercredi 5 février 2020

Isabelle Wéry propose son juke-box au 140

Gabriela Babnik, Carolina Schutti, David Machado, Isabelle Wéry.

Quand il n'y en a plus, il y en a encore, et tant mieux. Au début du mois d'octobre 2019, les prix de littérature de l'Union européenne étaient remis pour la onzième fois à Bruxelles (lire ici). L'année précédente, un recueil célébrait les dix ans de la récompense européenne (lire ici).

Ce jeudi, le 6 février, Isabelle Wéry, la lauréate belge de l'EUPL 2013 aura "carte blanche" au théâtre 140. A cette occasion, celle qui a participé au recueil "European Stories" a invité trois autres lauréats de l'EUPL, David Machado (Portugal 2015), Gabriela Babnik (Slovénie 2013) et Carolina Schutti (Autriche 2015) - les deux derniers ayant également participé au livre des dix ans - pour une soirée littéraire et musicale intitulée "Stories & juke-box".

Les quatre auteurs seront conviés par le philosophe et écrivain belge Laurent de Sutter à discuter des histoires que nous écrivons en Europe. Diffèrent-elles ou non d'un endroit à l'autre, du nord au sud, d'est en ouest? Nous rassemblent-elles, nous opposent-elles? Ils liront des extraits de leurs livres et ils seront accompagnés de musique et de DJ set de l'artiste belge et éditeur Pierre de Mûelenaere (ONLIT, c'est lui).

Rockeuse notoire, Isabelle Wéry s'explique sur son projet:
"La musique joue un rôle important dans les processus de création des artistes en général. La musique, c'est celle qui électrise l'ensemble de notre corps quand nous l'écoutons. C'est celle aussi qui a le pouvoir de provoquer des images dans nos cerveaux. Elle décuple notre pouvoir d'imagination. Qu'en est-il du rôle de la musique durant le travail d'écriture de nos auteur.rice.s invité.e.s? Quelles musiques les accompagnent? Ils et elles ont sélectionné des morceaux de musique pour accompagner leurs lectures que le musicien Pierre de Mûelenaere distille en live, tel un "juke-box de chair et d'os".  Quand les mots s'engorgent de sons et de rythmes, les récits s'illuminent sous nos yeux."

Pratique
Lieu: Le 140, le jeudi 6 février à 20h30
Conception: Isabelle Wéry
Modérateur: Laurent de Sutter
Musique, DJ set live: Pierre de Mûelenaere
Avec : David Machado (Portugal), Carolina Schutti (Autriche), Gabriela Babnik et Isabelle Wéry (Belgique)
Infos et tickets: ici



vendredi 13 décembre 2019

Le palmarès 2019 des prix SACD-Scam belges



La soirée "Famous in Belgium" qui remet les prix Scam et SACD et fête les auteurs et les autrices s'est déroulée ce vendredi 13 décembre.

"Par les prix que nous remettons", éditorialisent Barbara Sylvain, présidente du comité belge de la SACD, et Renaud Maes, président du comité belge de la Scam, "nous entendons souligner que les œuvres de ces auteurs et autrices ne sont pas simplement le fruit d'un talent ou d'une passion, mais aussi d'une pratique professionnelle menée dans le cadre de démarches singulières. Bref, d'un TRAVAIL, au double sens d'un labeur et d'un chef d'œuvre. Nous célébrons leur capacité de résistance dans un contexte fragile et mouvant où s'opère un démantèlement progressif des politiques culturelles. Face à ces incertitudes, les auteurs et les autrices résistent inlassablement à l'ignorance et par leur force de création proposent des réalités multiples au travers d'œuvres qui reflètent l'évolution du monde et des cultures. C'est grâce à elles et eux que nous pouvons prendre à plein poumons une bouffée d'air frais et d'optimisme, pour imaginer l'ouverture de nouveaux possibles... et les vivre."


Palmarès 2019

Les prix de la SACD


Prix humour 

GuiHome

Prix cinéma

Claude Schmitz pour "Braquer Poitiers"

Prix chorégraphie

Isabella Soupart

Prix théâtre jeune public

Laurane Pardoen pour "Suzette Project"

Prix radio

Nora Boulanger Hirsch, Chloé Despax et Ludovic Drouet pour "Meute et Météore"

Les jumelles d'or

Carmelo Iannuzzo (ACSR) et Valérie Cordy (La Fabrique de Théâtre)


Les prix de la Scam


Prix littérature

Véronique Bergen pour "Tous doivent être sauvés ou aucun" (lire ici), roman sorti chez Onlit en 2018. Depuis, elle a publié chez le même éditeur "Guérilla" (2019) et au Lombard un tome de la Petite Bédéthèque des savoirs, le vingt-neuvième, "L'anarchie", illustré par Winshluss. Et son "Kaspar Hauser. Ou la phrase préférée du vent" est ressorti en poche dans la collection Espace nord des Impressions nouvelles. Philosophe, romancière et poète, membre de l'Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Véronique Bergen signe aussi des monographies sur des artistes contemporains ou des personnalités comme Anik De Prins (lire ici et  ici) et elle collabore à diverses revues dont "Le Carnet et les Instants", "Artpress", "L’Art même", "Flux News", "Lignes", "Diacritik"...

Prix texte et image (= littérature de jeunesse)

Charlotte Bellière et Ian De Haes pour l'album "Le Géant ou l'incroyable aventure des émotions" (Alice Jeunesse)

Prix essai

David Berliner pour "Perdre sa culture" (Zones sensibles)

Prix documentaire

Alexe Poukine pour "Sans frapper" (CVB)

Prix radio

Karim Aït-Gacem pour Radio Parloir, expérience d'atelier de création radiophonique dans la prison de Lantin avec des détenus condamnés

Prix du parcours

Violaine de Villers, documentariste



Les prix sont décernés par les Comités belges de la SACD et de la Scam chaque année. Soit pour la SACD, Barbara Sylvain, dramatique, lyrique (présidente), Gabrielle Borile, cinéma, télévision, Ariane Buhbinder, dramatique, lyrique, Fred Castadot, cinéma, télévision, Sybille Cornet, dramatique, lyrique, Michèle Anne De Mey, chorégraphie, Jasmina Douieb, dramatique, lyrique, Thomas François, multimédia, Monique Mbeka Phoba, cinéma, télévision, Layla Nabulsi, radio, Antoine Neufmars, dramatique, lyrique, Delphine Noels, cinéma, télévision, Marie-Églantine Petit, dramatique, lyrique, Virginie Strub, dramatique, lyrique, Jean-Benoît Ugeux, cinéma, télévision et Gabriel Vanderpas, cinéma, télévision  (viceprésident). Et pour la Scam, Renaud Maes, littérature (président), Emmanuelle Bonmariage, audiovisuel, Jérôme Laffont, audiovisuel, Jérôme le Maire, audiovisuel, Myriam Leroy, littérature, Isabelle Rey, audiovisuel  (viceprésidente), Laurence Rosier, transmédia, Emmanuèle Sandron, littérature, Nathalie Skowronek, littérature, Paola Stévenne, radio, Nina Toussaint, audiovisuel et Isabelle Wéry, littérature (viceprésidente).


Réflexion personnelle

Palmarès du prix Scam de littérature jeunesse (album ou roman mais non BD)

2017 Thomas Lavachery
2014 Marie Wabbes
2010 Kristien Aertssen
2009 Emmanuelle Eeckoudt
2008 Rascal
2007 Mario Ramos
2006 José Parrondo
2005 Kitty Crowther
2003 Louis Joos
2002 Claude K. Dubois
2001 Jeanne Ashbé
1996 Pascal Lemaitre
1994 Anne Brouillard, Monique Martin l'ayant refusé

Jusqu'à présent, le prix Scam de littérature de jeunesse, qui a porté différents noms, était attribué chaque année d'abord, tous les deux ans ensuite, à un(e) auteur(e) et/ou illustrateur(trice) pour l'ensemble de ce qu'il/elle avait déjà publié et pour ce qu'on espérait qu'il/elle allait encore créer. La lecture du palmarès est sur ce plan exemplaire. Cette année, on découvre que le prix jeunesse, intitulé Texte & Image depuis l'édition 2011-2012 où est entrée la BD - ce qui est une bonne chose mais pourquoi faire alterner ces deux branches - va à un(e) auteur(e) pour un livre particulier. Et cela change tout. Pas que "Le Géant ou l'incroyable aventure des émotions" de Charlotte Bellière et Ian De Haes (Alice Jeunesse) soit un mauvais album. Non. Il est intéressant. Il est même le meilleur à ce jour du duo. Mais tient-il la route face à ceux qui l'ont précédé au palmarès? Non, évidemment. Et c'est dommage, même si c'est une heureuse nouvelle pour la maison d'édition. Car la mission de la Scam est de récompenser le meilleur des auteur(e)s belges. Qui a donc inspiré ce choix au comité? A moins que ledit comité ne manque de recul sur ce que peut/doit être la littérature de jeunesse, celle qui fait les lecteurs de demain.








mardi 25 septembre 2018

Un roman qui a du chien et des Barbie

Véronique Bergen. (c) A. Trellu.
Le temps, le temps, le temps, quel mur sur lequel l'humain butte inexorablement.
Le temps de lire évidemment, toujours trop court par rapport à la pile.


En haut de celle-ci, "Tous doivent être sauvés ou aucun", le nouveau roman de la Belge Véronique Bergen (ONLIT Editions, 265 pages). Surprenant, épatant, qui vous happe dès la première ligne, qui vous secoue comme une balle dans la gueule d'un berger allemand. Un roman mordant comme les chiens qu'il met en scène. Car oui, ce sont des chiens qui prennent la parole dans ce texte d'une richesse infinie, d'une virtuosité régalante. Et ces points de vue inversés sont formidables.

"Tous doivent être sauvés ou aucun" commence par le récit d'un chien, forcément abandonné par les humains dont il s'occupait. Devenu solitaire, devenu errant, passant la parole à d'autres narrateurs canins, Falco évoque les grands événements de l'Histoire à travers de célèbres congénères. D'abord, on a souvent oublié le rôle de tous ces toutous pas toujours traités comme ils le méritaient. Ensuite, on savoure les phrases qui se jouent des expressions où interviennent peu ou prou des canidés. Enfin, on découvre le point de vue des quatre-pattes sur nous, bipèdes occupant la planète. Quelle claque, quelle virtuosité!

En dénonciatrice de la folie humaine, on rencontre d'abord Laïka, victime de la conquête spatiale. Mais à la mode Bergen. Ce formidable texte, qui joue sur les mots, les sons, les situations (ah cette poupée Barbie) donne trop envie de dévorer le reste du livre afin d'éprouver les mêmes satisfactions littéraires. Mais le temps, le temps, le temps... De découvrir les destins des "riot dogs", ces chiens des insurrections grecques, de Blondi, le berger allemand d'Hitler, ceux des expéditions polaires, celui d'une tribu d'Indiens d'Amazonie, ceux de Marie-Antoinette... D'examiner ce miroir de notre futur qui nous glisse en douce: stop ou encore?

Véronique Bergen sera ce mardi 25 septembre à 19 heures à la librairie Tropismes (11 Galerie des Princes, 1000 Bruxelles). Elle s'entretiendra avec Sami El Hage, libraire.


samedi 17 mars 2018

"Tous les commerces pouvaient fermer sauf un"


La Belgique s'apprête à se souvenir la semaine prochaine des attentats du 22 mars 2016. Plusieurs livres-témoignages sont sortis à ce propos. Tout récemment, celui de Walter Benjamin, "J'ai vu la mort en face, une vie après l'attentat" (lire ici), un peu plus tôt, celui de Mohamed El Bachiri, "Un jihad de l'amour" (lire ici).

Il y a désormais aussi une petite plaquette gratuite qui sera en librairie le 22 mars, "La patience des arbres" (ONLIT éditions, 16 pages). Une autre perspective sur ces terribles événements, complémentaire. Celle d'un libraire québécois arrivé à Bruxelles la veille des attentats et qui, bouleversé, a pris, contre la terreur, le parti de célébrer le livre et ses passeurs, les libraires.

Jérémy Laniel. (c) Sandra Lachance.
Ce libraire québécois est Jérémy Laniel, qu'on peut entendre sur les ondes de la "Librairie francophone". Il y a deux ans, le 21 mars 2016, en fin de soirée, il débarque à Bruxelles pour y passer quelques jours. Etape obligée: un cornet de frites sur la Grand-Place. Le lendemain matin, il est réveillé par des appels intercontinentaux sur son téléphone portable. Il comprend vite. Plusieurs attentats terroristes ont frappé la ville où il se trouve. Avec un bilan lourd: 32 morts et 340 blessés. Devant la difficulté à concevoir ce qui se passe, il écrit un texte, à la fois de réflexion, faut-il ouvrir la librairie à l'heure habituelle?, et d'engagement, pourquoi il FAUT ouvrir la librairie. Car, pour lui, les livres, les lecteurs et les "passeurs" sont le rempart contre la terreur.

Extrait.
"A moi s'imposait l'idée qu'entre tous les commerces, tous pouvaient fermer, sauf un. La journée où les bombes et les balles feraient fermer les librairies, nous aurions perdu. À onze heures, comme l'indiquait l'horaire sur la porte, nous avons ouvert le grillage et déverrouillé la porte. Et nous avons attendu."
Ce texte bref et fort, à la fois venu des tripes et étayé de points de vue et de citations d'écrivains,  a été tiré à 8.000 exemplaires. Il sera en librairie le 22 mars. A partir de cette date, il pourra aussi être téléchargé sur le site de la maison d'édition. Hors Belgique mais en Europe, l'exemplaire papier peut être réservé sur le site moyennant deux euros de frais de port..

Pierre de Muelenaere, de ONLIT Editions, explique la démarche: "En tant qu'ancien libraire, j'ai été particulièrement touché par ces mots. Il m'a paru juste de les publier de manière à ce qu'ils puissent être diffusés le plus largement possible. La plaquette, tirée à 8.000 exemplaires, est donc gratuite. Vous pourrez la trouver chez votre libraire le 22 mars."




vendredi 13 juin 2014

LM ce roman à propos de sans-papiers


Rien de tel que la fiction pour raconter la réalité. Avec "Sur la grue", tout nouveau et chouette roman d'Olivier Bailly (ONLIT éditions, papier ou ebook, 115 pages, 12 et 5,99 euros, version numérique offerte à l'achat du livre papier), je suis servie. L'auteur lui-même en dit avec une once de cynisme: "Ce roman parle de trois types qui ne trouvent pas d'accueil en Belgique. C'est donc une fiction."

J'y ai retrouvé avec intérêt et plaisir, sous l'angle littéraire, une part de mon quotidien, comme beaucoup le savent, à savoir la ville de Bruxelles et plus particulièrement sa Place de Brouckère, les demandeurs d'asile politique, les sans-papiers, leurs comités de soutien, les églises qui les accueillent et le CGRA (Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides)

Un roman sur des sans-papiers? Oui, un roman sur des sans-papiers, aussi bien documenté que tourné. L'auteur est journaliste et suit les dossiers "société". En même temps, il sait heureusement qu'il n'écrit pas ici un article mais un roman, le bienvenu "Sur la grue". Il soigne son lecteur, l'informe et le surprend. Parce qu'il n'y a rien de tel qu'une fiction pour relater la réalité.

Tout commence quand Mamadou, Joseph et Hicham grimpent tous les trois une nuit sur une grue jaune d'un chantier de la Place de Brouckère. Ils sont respectivement Malien, Rwandais et Marocain. Demandeurs d'asile déboutés bien entendu. Ils ont décidé d'unir leurs misères et de faire la grève de la faim là-haut. Presque dans le ciel.

On va suivre leur quotidien durant quelques jours. Leur rencontre avec le grutier maître des lieux d'abord, Jean, pas un mauvais bougre. Leur découverte par la presse ensuite, ce pseudo quatrième pouvoir qui envoie son petit monde escalader les innombrables marches qui conduisent à la plate-forme où trônent plus ou moins gaillardement les trois hommes.

Olivier Bailly nous dévoile successivement les histoires de Mamadou, le paysan malien, de Joseph l'intello rwandais et d'Hicham, le gay marocain. Pourquoi chacun a fui son pays, pourquoi il demande asile, liberté, le droit de vivre tout simplement, dans un pays, la Belgique, qui ne manque pas de moyens.

Certains moments sont cocasses comme quand le trio découvre que la grue voisine, la rouge, vachement plus moderne que la leur, est désormais occupée. Et pas par n'importe qui! Par la concurrence afghane! On le sait, elle campe, elle, à l'église du Béguinage, toute proche, alors que nos trois gaillards ont leurs pénates à Sainte-Gertrude.

A un autre moment, on fait connaissance avec les Belges qui soutiennent les réfugiés, à grands coups de coups de téléphone. A un autre encore, on vit avec les trois protagonistes la visite sur place, sur la grue donc, de l’Office des Etrangers. Et on peut se faire une petite idée des questions qui sont posées aux demandeurs d'asile dans notre pays. Si seulement ce roman pouvait être une fiction. Mais non, c'est la réalité qu'il nous raconte, proche de nous, à la fois visible et invisible.

Merci à Olivier Bailly pour ce beau roman qui n'hésite pas à aller jusqu'au bout de sa logique, comme le feront les protagonistes, non écoutés par l'Etat belge. Et qui a su mêler habilement différents épisodes récents des combats pour leurs droits de réfugiés originaires de pays qui menacent leur vie.

"Sur la grue" s'ouvre sur une phrase de PJ Harvey, extraite de "A place called home": 
"One day
I know
We'll find
A place of hope
Just hold on to me
Just hold on to me"


Mais l'auteur nous informe qu'il aurait pu commencer sur celle-ci:
"Même qu'on se dit souvent
Qu'on aura une maison
Avec des tas de fenêtres
Avec presque pas de murs
Et qu'on vivra dedans
Et qu'il fera bon y être
Et que si c'est pas sûr
C'est quand même peut-être
Parce que les autres veulent pas
Parce que les autres veulent pas"


Belgique, terre d'accueil? Pas pour tout le monde.

jeudi 21 novembre 2013

LB nit Paul Colize et sa "Camille"

Paul Colize est un écrivain belge qui est actuellement finaliste du prix Victor Rossel avec son roman "Un long moment de silence" (La manufacture de livres).
Il est en compétition avec quatre collègues:
Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste" (Genèse éditions), Stéphane Lambert, "Mon corps mis à nu" (Les impressions nouvelles), Nathalie Skowronek, "Max, en apparence" (Arléa) et Isabelle Wéry, "Marilyn désossée" (MaelstrÖm ReEvolution).

Verdict le 3 décembre.


Paul Colize est un écrivain belge qui a été finaliste du prix Victor Rossel 2012 avec son roman "Back-up" (La manufacture de livres, repris cette année en Folio policier).
Il était en compétition avec quatre collègues:
Patrick Declerck, le lauréat 2012, pour "Démons me turlupinant" (Gallimard), Yun Sun Limet, "Joseph" (La Différence), Jacques Richard, "Petit Traître" (Albertine) et Giuseppe Santoliquido, "L’audition du Docteur Fernando Gasparri" (Renaissance du livre).



Le mur des photos trouvées chez Pêle-Mêle.
Paul Colize est un des écrivains à qui le "Focus Vif" a proposé de choisir une des centaines de photos anonymes, affichées sur les murs du célèbre magasin de livres de seconde main Pêle-Mêle du boulevard Lemonnier à Bruxelles. Affichées parce qu'oubliées dans les livres revendus là chaque jour, mais toujours à la disposition de leurs propriétaires.
La consigne pour les auteurs était de choisir une photo et d'inventer son histoire.
La série a été publiée dans le "Focus Vif" durant l'été 2013.
Cet hiver, ONLIT REVUE la reprend en ligne, dans sa nouvelle série "Pêle-Mêle".




Inauguration en  fanfare avec le très joli texte "Camille" de Paul Colize.
Ce dernier m'a très aimablement autorisée à reprendre l'intégralité de son texte sur mon blog. Je l'en remercie chaleureusement.


Camille
 


Cette année-là, un homme avait marché sur la lune et Jane Birkin n’en finissait pas de s’envoyer en l’air. Il suffisait d’allumer la radio pour l’entendre gémir de plaisir.

L’été touchait à sa fin, je venais d’avoir seize ans et je me préparais à faire une connerie.

Au départ, l’affaire se présentait pourtant bien. Une petite agence isolée dans un quartier calme, deux ou trois employées vieillissantes, le premier commissariat à plus de cinq kilomètres.

Nous l’avons braquée à moto, Max et moi. J’ai mis la honda sur sa béquille en laissant tourner le moteur et nous sommes entrés dans la banque, nos casques sur la tête, de fausses pétoires dans les mains. Tout s’est déroulé comme prévu, personne n’a moufté. Les femelles se sont allongées sur le sol pendant que le gérant nous remettait le magot. Nous avons tout mis dans un sac et sommes sortis en hâte.

Ils nous attendaient. Trois bagnoles, une douzaine de flics et des milliers de canons braqués sur nous.

J’ai chopé sept ans.

Pour mon malheur, ils m’ont envoyé dans le quartier des mineurs, à Saint-Gilles.

Quelques jours après mon incarcération, elle est venue me rendre visite et m’a offert ce bouquin, Papillon. C’était le best-seller du moment, mais d’autres critères avaient dicté son choix. Elle savait que je ne lisais pas, mais elle avait insisté. Le texte contenait un message d’espoir, une promesse de liberté, une leçon de courage.

Ce n’est que quelques jours plus tard que je l’ai ouvert et que j’ai trouvé la photo. Je me suis souvenu du moment et de l’endroit où je l’avais prise. Ses cheveux tombaient sur ses épaules. Elle affichait cette gravité dans le regard et ce sourire énigmatique qui m’avaient fait craquer. Soir après soir, le souffle court, j’ai imaginé les courbes que la photo ne dévoilait pas en me remémorant nos étreintes platoniques.

Au fil des semaines, ses visites se sont espacées. Au printemps de l’année suivante, elle a cessé de venir.

J’ai lu le bouquin, et bien d’autres à sa suite. Petit à petit, j’ai oublié l’histoire, mais je suis tombé amoureux des livres. Les mois passant, j’ai oublié la présence de la photo. En définitive, je l’ai oubliée, elle aussi.

Je suis sorti après quatre ans. J’ai arrêté de déconner et j’ai refait ma vie. Je suis devenu menuisier. Je me suis trouvé du boulot et une femme. Nous avons eu deux beaux enfants.

Plus de quarante ans ont passé. Ma femme s’en est allée, emportée par le crabe, mes enfants ont terminé leurs études et suivi leur chemin. À leur tour, ils se sont mariés et je suis resté seul, avec mes livres comme amis dévoués. J’en dévorais plusieurs par semaine, pour la plupart des pavés que je trouvais rangés pêle-mêle dans les rayons d’un magasin de seconde main.

C’est là que je l’ai retrouvé.

Sa couverture a accroché ma mémoire. Papillon. Je me suis souvenu de ce qu’il m’avait apporté, la naissance d’une passion et le sentiment de liberté qui me manquait entre mes quatre murs.

Je l’ai pris et mes mains ont commencé à trembler. Comme si elles étaient mues par une force propre, elles se sont mises à feuilleter les pages.

Elle était là, vers le milieu du bouquin. La photo.

Des fourmillements ont parcouru mon corps. Cela faisait bien longtemps que je ne croyais plus au hasard, mais je savais que la vie offrait parfois une dernière chance.

Je suis rentré chez moi et j’ai entamé mes recherches. Elle avait probablement changé de nom et d’adresse. Sans doute ne savait-elle plus qui j’étais. Peut-être la maladie l’avait-elle également emportée.

Il m’a fallu une bonne semaine de travail. Une semaine pour découvrir qu’elle habitait dans une maison à Ixelles, face aux Étangs.

J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai composé son numéro.

J’ai à peine reconnu sa voix.

Elle savait qui j’étais. Elle semblait embarrassée par ses souvenirs et la trahison qui avait mis un point final à notre histoire. Je l’ai rassurée, je ne lui en voulais pas, je comprenais, nous n’étions que des enfants, le temps avait accompli son œuvre.

Nous avons arrangé un rendez-vous.

C’était au mois de mai. L’été approchait. L’air était doux.

Nous nous sommes retrouvés à la terrasse de la Patinoire, au cœur du bois de la Cambre, là où nous allions quand nous avions seize ans.

Je suis arrivé bien à l’avance.

Elle était ponctuelle. Les années s’étaient écoulées, mais je l’ai reconnue au premier coup d’œil. Au-delà des rides, j’ai deviné les traits de sa jeunesse. J’ai revu la gravité dans son regard et le sourire énigmatique qui m’avaient fait craquer. J’avais devant moi la Camille de mes années d’insouciance.

Nous avons commandé des thés à la bergamote et nous nous sommes raconté nos vies. Son parcours ressemblait en de nombreux points au mien. Un mari au cœur fragile, deux enfants débrouillards, des centaines de livres dans la bibliothèque et un retour dans la maison familiale.

L’après-midi a passé en l’espace de quelques minutes.

Au moment où elle s’est levée pour s’en aller, je lui ai proposé de faire quelques pas avec elle. Nous avons longé le chemin et sommes arrivés à l’endroit que nous appelions le ravin, la grande pelouse en pente où nous nous étendions pour échanger des baisers et nous moquer des bien-pensants qui pique-niquaient.

Elle s’est arrêtée et a souri.

Elle m’a demandé si je me souvenais.

Je me souvenais.

Nous avons continué à marcher. J’ai pris sa main dans la mienne. Elle était douce. L’air était chargé d’un parfum léger. L’été renaissait.