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jeudi 10 octobre 2024

Le Nobel de littérature 2024 à Han Kang

Han Kang. Ill. Niklas Elmehed. (c) Nobel Prize Outreach.

 
Serait-ce un galop de rattrapage? Depuis une vingtaine d'années, le prix Nobel de littérature est attribué une fois sur deux ou sur trois à une femme. C'est encore le cas en ce 10 octobre 2024 puisque, deux ans après Annie Ernaux (lire ici), le jury de l'Académie suédoise a sacré l'autrice sud-coréenne Han Kang, 53 ans, romancière, nouvelliste et poète, pour l'ensemble de son œuvre, écrite en coréen: "pour sa prose poétique intense qui confronte les traumatismes historiques et expose la fragilité de la vie humaine." Elle est la dix-huitième femme à recevoir la récompense littéraire suprême. Sur 117 éditions. Joyce Carol Oates dans deux ans? 
 

 Han Kang. (c) Roberto Ricciuti/Getty Images/ Nobel Prize.

Han Kang, nous dit l'académie suédoise, est née en 1970 dans la ville sud-coréenne de Gwangju avant, à l'âge de neuf ans, de déménager avec sa famille à Séoul. Elle vient d'un milieu littéraire, son père étant un romancier réputé. En plus de son écriture, elle s'est également consacrée à l'art et à la musique, ce qui se reflète tout au long de sa production littéraire.

Elle a commencé sa carrière en 1993 avec la publication de poèmes dans un magazine. Ses débuts en prose, nouvelles et romans, datent de 1995. La grande percée internationale de Han Kang est venue avec son roman "La Végétarienne" publié en Corée en 2007 et à l'international en 2015. Écrit en trois parties, le livre dépeint les conséquences violentes qui en découlent lorsque son protagoniste Yeong-hye refuse de se soumettre aux normes de la consommation alimentaire. 
 
Le travail de Han Kang est caractérisé par une double exposition de douleur, une correspondance entre tourments mentaux et physiques avec des liens étroits avec la pensée orientale. Dans son œuvre, Han Kang fait face à des traumatismes historiques et à des ensembles invisibles de règles et, dans chacune de ses œuvres, expose la fragilité de la vie humaine. Elle a une conscience unique des liens entre corps et âme, vivants et morts, et dans son style poétique et expérimental est devenue une innovatrice en prose contemporaine.
 
Voilà donc une nouvelle et une sacrée récompense pour Han Kang qui en a déjà obtenu beaucoup dans son pays ainsi qu'à l'international: Man-Booker Prize 2016  pour "La Végétarienne" (traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes 2015), le livre qui la fait connaître au monde, prix Émile-Guimet 2024 de littérature asiatique pour "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023), qui avait été récompensé par le prix Médicis étranger 2023. Elle y évoque les souvenirs laissés par le soulèvement de Jeju de 1948.

Pour lire en ligne un extrait de "Impossibles adieux", c'est ici.
 
La lauréate a été traduite en français de 2015 à 2019 au Serpent à plumes, soit jusqu'à la cessation d'activités de la maison d'édition. Ce qui explique que plusieurs de ses romans ne sont plus disponibles. On en trouve toutefois certains en format de poche ou en format numérique. L'an dernier, c'est Grasset qui publiait la traduction de son nouveau titre. Le prix Nobel de littérature verra sans doute arriver quelques réédition. Pour savoir quels sont ses livres qui ont été traduits en français et en autres langues, on se référera à son site (ici), fort bien fait.
 
Bibliographie en français
  • "Les Chiens au soleil couchant", traduit par Jean-Noël Juttet, Mikyung Choi, Zulma, 2013, épuisé.
  • "La Végétarienne", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2015, Le livre de poche, 2016.
  • "Pars, le vent se lève", traduit par Lee Tae-yeon et Geneviève Roux-Faucard, Decrescenzo, 2014, épuisé.
  • "Leçons de grec", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes, 2017, Points, 2019, épuisé.
  • "Celui qui revient, traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à Plumes (2016), Points, 2017.
  • " Les Chiens au soleil couchant", nouvelle publiée dans "Cocktail Sugar et autres nouvelles de Corée", éd. Zulma, traduction sous la direction de Choi Mikyung et Jean-Noël Juttet (2011)
  • "Blanc", traduit par Jeong Eun-Jin, Jacques Batilliot, Le Serpent à plumes, 2019, épuisé.
  • "Impossibles adieux" (traduit du coréen par Pierre Bisiou et Kyungran Choi, Grasset, 2023
 


Les femmes ayant reçu le Nobel de littérature

  1. Selma Lagerlöf (1909)
  2. Grazia Deledda (1926)
  3. Sigrid Undset (1928)
  4. Pearl Buck (1938)
  5. Gabriela Mistral (1945)
  6. Nelly Sachs (1966)
  7. Nadine Gordimer (1991)
  8. Toni Morrison (1993)
  9. Wisława Szymborska (1996)
  10. Elfriede Jelinek (2004)
  11. Doris Lessing (2007)
  12. Herta Müller (2009)
  13. Alice Munro (2013)
  14. Svetlana Alexievitch (2015)
  15. Olga Tokarczuk (2018)
  16. Louise Glück (2020)
  17. Annie Ernaux (2022)
  18. Han Kang (2024) 

Le palmarès complet du Nobel de littérature se trouve ici.

 

 

 


vendredi 29 octobre 2021

Deux livres d'Abdulrazak Gurnah, prix Nobel de littérature 2021, à nouveau disponibles

Abdulrazak Gurnah (c) Niklas Elmehed/Nobel Prize.


Bigre! Le 7 octobre dernier, Abdulrazak Gurnah recevait le prix Nobel de littérature 2021 (10 millions de couronnes suédoises). Le jury était enthousiaste: "for his uncompromising and compassionate penetration of the effects of colonialism and the fate of the refugee in the gulf between cultures and continents" ("pour sa compréhension intransigeante et compatissante des effets du colonialisme et du sort du réfugié dans le gouffre entre les cultures et les continents").

Lui-même n'y croyait pas, comme en témoigne la conversation enregistrée lors de l'annonce de son prix par Adam Smith.





Mais qui était cet écrivain tanzanien, né à Zanzibar le 20 décembre 1948 et réfugié en Grande-Bretagne à l'âge de dix-huit ans lors de la révolution de Zanzibar car il appartenait à la communauté persécutée de Zanzibariens d'origine arabe? Etudiant d'abord, Abdulrazak Gurnah deviendra ensuite enseignant dans son pays d'adoption, s'intéressant principalement à l'écriture postcoloniale et aux discours associés au colonialisme. Lui-même écrit aussi. Auteur de nombreux livres depuis 1987, dix romans, des nouvelles, des essais, écrits en anglais et non dans sa langue maternelle, le kiswahili, ainsi que de nombreux articles, le nouveau lauréat n'était guère connu en français. Trois titres parus mais indisponibles, disparus avec les malheurs du Serpent à plumes et de Galaade.




Bonne nouvelle! Le 1er décembre, deux de ses trois livres déjà traduits en français seront à nouveau disponibles aux éditions Denoël.

"Paradis" ("Paradise", 1994, traduit de l'anglais par Anne-Cécile Padoux, Denoël, 1995, Le Serpent à Plumes, 1999, 300 pages, Denoël, 2021). Au travers de l'histoire de Yousef, 12 ans, un garçon qui grandit en Tanzanie au début du XXe siècle, un récit initiatique bouleversant, qui raconte l'Afrique de l'Est du début du XXe siècle aux prises avec le colonialisme.

"Près de la mer" ("By the Sea", 2001, traduit de l'anglais par Sylvette Gleize,  Galaade, 2006, 313 pages, Denoël, 2021). 1994. Saleh Omar, originaire de Zanzibar, se présente à la douane avec un faux passeport. Pas de visa d'entrée. Apprentissage de la perte, quête d'identité en terre d'exil, "Près de la mer" est une histoire d'honneur, de trahison et de vengeance qui nous invite à redécouvrir l'histoire d'une Afrique où les destins individuels se confondent avec l'Histoire passée ou présente.


On espère la réédition du troisième livre existant et la traduction des plus récents, "The Last Gift" (2011), "Gravel Heart" (2017) et "Afterlives" (2020).

"Adieu Zanzibar"
("Desertion", 2005, traduit de l'anglais par Sylvette Gleize, Galaade, 2009, 282 pages). Une fable désenchantée qui conte les amours et les illusions de Martin et de Rehana, d'Amin et de Jamila, de Rashid et de Barbara. Ils sont noirs ou blancs, indiens ou arabes, chrétiens ou musulmans et tissent, de Zanzibar à Londres, autant d'histoires d'amour, d'interdit, de mémoire et d'exil.