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samedi 7 décembre 2024

"L'illustration, quelle histoire!"

Expo des 20 ans.

Pfff, comme le temps passe! A Paris, la galerie Robillard fête déjà ses vingt ans. Combien d'artistes en littérature de jeunesse n'a-t-elle pas exposés? Impossible à dire. Pour fêter cet anniversaire, la galerie a d'une part organisé une journée professionnelle le vendredi 29 novembre autour du joli thème "L'illustration, c'est tout un art!". D'autre part, elle propose une exposition collective au titre identique depuis la même date (voir ici). Uniquement des œuvres inédites, la galerie ayant invité les illustrateurs et illustratrices qu'elle représente à créer un hommage à l'histoire de l'illustration, à un artiste ou à un de ses personnages (en vente également en ligne). Il est très intéressant de se plonger dans le catalogue qui a été réalisé pour cette exposition, réunissant les différentes œuvres et les raisons des choix des artistes. Des témoignages extrêmement touchants.

Les quarante-deux artistes qui ont répondu à l'invitation.
 
Géraldine Alibeu - Marion Arbona - Julien Arnal - Thomas Baas
Irène Bonacina - Rozenn Brécard - Benjamin Chaud
Julia Chausson - Carll Cneut - Joanna Concejo - Didier Cornille
Laurent Corvaisier - Rébecca Dautremer - Camille de Cussac
Federica Del Proposto - Olivier Desvaux - Marie Détrée
Manon Diemer - Hélène Druvert - Raphaële Enjary & Olivier Philipponneau
Tom Haugomat - Vanessa Hié - Victor Hussenot - Icinori
Delphine Jacquot - Martin Jarrie - Véronique Joffre
Florence Koenig - Charlotte Gastaut - Ilya Green - Cécile Jacoud
Magali Le Huche - Mona Leu-Leu - Chloé Malard
Fleur Oury - Aurore Petit - Clémence Pollet
Marjorie Pourchet - Éric Puybaret - Seng Soun Ratanavanh
Julia Spiers - Gaya Wisniewski

Quel plaisir de découvrir leur participation! C'est toute l'histoire de la littérature de jeunesse qui défile dans ces hommages. Des contes bien entendu mais aussi ceux qui sont devenus des "classiques". Quelques exemples de choix. L'album "Préférerais-tu?" de John Burningham pour Thomas Baas, "Fifi Brindacier" d'Astrid Lindgren pour Rozenn Brécard et Clémence Pollet, "Frédéric" de Leo Lionni pour Benjamin Chaud et Florence Koenig, Claude Ponti pour Joanna Concejo, "Caroline" de Pierre Probst pour Camille de Cussac, Corentin pour Rebecca Dautremer, Susie Morgenstern, Grande Ourse 2024, pour Hélène Druvert, "Fantômette" de Georges Chaulet pour Ilya Green, "Chien bleu" de Nadja pour Tom Haugomat, "Babar" pour Delphine Jacquot et Éric Puybaret, Tomi Ungerer pour Martin Jarrie, Richard Scarry pour Gaya Wisniewski. Sans oublier celui, sincère mais rattrapé par l'actualité, de Géraldine Alibeu à "Tom-Tom et Nana" de Bernadette Després.

Quelques-uns des hommages. (c) Galerie Robillard.
 
Galerie Robillard, exposition "L'illustration, quelle histoire!", jusqu'au 8 décembre de 11 à 19 heures, 38 rue de Malte (Paris 11).


jeudi 4 juillet 2019

Les très riches heures de Rébecca Dautremer, lauréate du Grand prix de l'illustration de Moulins

Rébecca Dautremer.

L'excellent album de Rébecca Dautremer, "Les riches heures de Jacominus Gainsborough" (Sarbacane, octobre 2018), son dernier en date avant un nouveau à paraître en octobre, vaut à l'auteure-illustratrice française de recevoir le douzième Grand prix de l'illustration de Moulins. Décerné par le Musée de l'Illustration de Moulins (MIJ) et doté de 3.000 euros, il lui sera remis le 26 septembre, à l'ouverture de la 5e Biennale des illustrateurs, organisée par les Malcoiffés (jusqu'au 6 octobre, journées professionnelles les 27 et 28 septembre).

Avec son grand format presque carré (29 x 33 cm), cet album très british s'adresse au public des enfants à partir de 5 ans et aussi à celui des adultes, comme l'indique l'auteure-illustratrice en avant-propos. Rébecca Dautremer y explique aussi son propos et le choix de son titre, les "riches heures" étant, écrit-elle, "une façon poétique et raffinée de parler de la vie de quelqu'un", le terme "raffiné", précise-t-elle, étant d'employer "des mots compliqués pour dire quelque chose de simple, comme la vie."


Jacominus enfant. (c) Sarbacane.

En route donc pour suivre la vie Jacominus Gainsborough, un petit lapin à courtes oreilles et patte un peu folle suite à un accident d'enfance, chéri de sa grand-mère Beatrix, une vieille dame aussi bavarde que lui est taiseux, philosophe quand lui se révèle rêveur, bilingue quand lui peine sur les leçons d'anglais. On le découvre tout petit-petit et on l'accompagnera jusqu'à son dernier sommeil dans une suite de paires de doubles pages, un très large tableau étant suivi de pêle-mêle d'images ou de récits biographiques délicieusement racontés et illustrés d'un portrait de Jacominus à l'âge raconté.

Naissance. (c) Sarbacane.

Inspirées de tableaux célèbres, douze larges scènes nous font avancer dans le temps, au fil des saisons, et à travers l'existence du petit lapin, de sa famille et de ses proches. Une existence composée de petits riens, de joies, de peines, de doutes, d'épreuves et de grands moments en compagnie de ses fidèles amis Policarpe, César, Agathon, Byron et de sa compagne Douce, rencontrée dès l'enfance. Une existence faite de questions qui tendent sans rien en dire vers la philosophie. Une vie qui valait rudement la peine d'être vécue, selon la conclusion de Jacominus. Pas de tristesse en finale mais le décompte joyeux de tout ce qui a composé et pimenté ses riches heures.

L'école. (c) Sarbacane.

Les tableaux en largeur sont somptueux par leur conception, leurs gammes chromatiques et la variété de la trentaine de personnages (les esquisses de deux d'entre eux les présentent en pages de garde). On apprécie aussi la richesse des détails de ces illustrations aux animaux anthropomorphisés, rendant ici hommage à des lapins célèbres, ceux de Beatrix Potter ou de Benjamin Rabier, conjurant le Black Night (le Chevalier noir), clignant de l’œil à des peintres célèbres. Un souci infini du détail et un art de la composition qui enchantent le regard et titillent l'imagination. Ce travail de toute beauté est entrecoupé de trois pêle-mêle thématiques et d'une dizaine de portraits du héros à différents âges.

Polyglotte voyageur. (c) Sarbacane.


On suit avec beaucoup de plaisir les "Riches heures de Jacominus Gainsborough", itinéraire de vie dans le respect des différences de chacun dont les épisodes s'enfilent comme autant de perles à un collier.

Enfin, la galerie Robillard annonce avec fierté, et elle a raison, que les illustrations originales du dernier album de Rébecca Dautremer, "Les riches heures de Jacominus Gainsborough" (Sarbacane), sont enfin disponibles à la location.
L'exposition regroupe les gouaches grand format de huit des scènes principales ("L'école", "Le bateau", "Le rêve"...), ainsi que des crayonnés et des esquisses qui retracent les prémices du projet. Des objets scénographiques conçus par l'artiste elle-même complètent le tout.
Infos supplémentaires ici.


Les lauréats précédents du Grand prix
  • 2018 Pauline Kalioujny pour "Promenons-nous dans les bois" (lire ici)
  • 2017 Beatrice Alemagna pour "Un grand jour de rien" (lire ici)
  • 2016 Emmanuelle Houdart pour "Ma mère" (lire ici)
  • 2015 Michel Galvin (lire ici)
  • 2014 Delphine Jacquot (lire ici)
  • 2013 May Angeli (lire ici)
  • 2012 Jean-François Martin
  • 2011 Zaü
  • 2010 Régis Lejonc
  • 2009 Anne Herbauts
  • 2008 Juliette Binet


Les riches heures de Rébecca Dautremer

Rébecca Dautremer.
Née à Gap le 20 août 1971 et diplômée des Arts déco de Paris, Rébecca Dautremer débute en jeunesse en 1995 en illustrant pour les Deux coqs d'or "L'enfant espion" d'Alphonse Daudet. L'année suivante, elle passe avec "La Chèvre aux loups" de Maurice Genevoix chez Gautier-Languereau qui deviendra son éditeur principal. Son goût pour la photographie lui inspire le cadrage, la composition, les couleurs et la lumière de ses illustrations. Les albums se succèdent à bon rythme chez différents éditeurs, contes ou histoires de vie. L'artiste affine son style qui devient vite caractéristique, ample, coloré, hyperréaliste, d'une grande douceur tout en étant extrêmement détaillé. Sa bibliographie comporte aujourd'hui une quarantaine de titres dont certains ont été très remarqués.

"Le Géant aux oiseaux" (Ghislaine Biondi, Gautier-Languereau, 2001).
"L'amoureux" (Gautier-Languereau, 2003), prix Sorcières "Album".
"Le loup de la 135e" (texte de Rébecca Dautremer, illustrations d'Arthur Lebœuf (Seuil Jeunesse, 2008), une variation sur le thème du petit chaperon rouge déplacée dans le New York des années 50.
"Princesses oubliées ou inconnues" (texte de Philippe Lechermeier, Gautier-Languereau, 2009), immense succès à déclinaisons multiples.
"Kerity, La maison des contes" (Flammarion, 2009) qui deviendra aussi un film.
"Alice au pays des merveilles" (Lewis Carroll, texte adapté par Sophie Koechlin, Gautier-Languereau, 2010).
Le petit théâtre de Rébecca" (Gautier-Languereau, 208 pages, 2012), épais album au spectaculaire jeu de découpes! Chaque page présente un personnage qui surgit du papier et se pose sur un décor que composent les pages suivantes, savamment découpées. Un petit théâtre qui invite près de cent personnages venus des précédents albums.
"Le Bois dormait" (Sarbacane, 2016), aussi inspiré par un conte chez un nouvel éditeur où paraîtra deux ans plus tard "Les riches heures de Jacominus Gainsborough".



































dimanche 18 janvier 2015

L'écriture en hors-piste de Maylis de Kerangal


Maylis de Kerangal.
Maylis de Kerangal, Prix Médicis 2010 et Prix Franz Hessel pour "Naissance d’un pont" (Verticales, 2010, Folio, 2012) est à Bruxelles ces jours-ci. Il y a encore une occasion de la rencontrer, demain, lundi 19 janvier, à 20h15, à la Maison Autrique (266, chaussée de Haecht, 1030 Bruxelles), dans le cadre du cycle Portées-Portraits de l'asbl Albertine, pour une lecture musicale de son magnifique roman "Réparer les vivants" (Verticales, 2014), Grand Prix RTL-Lire, qui fait le récit romanesque et sensible d’une transplantation cardiaque. Le début du livre peut être lu ici.

Le texte sera lu par Itsik Elbaz, accompagné au piano par Jean-Philippe Collard-Neven. La mise en voix sera assurée par Geneviève Damas. A l'issue de la lecture, un verre sera offert afin de rencontrer de manière conviviale les artistes de la soirée. Prix des places : 8 € (et l'occasion de visiter toute la maison).
En apéritif et en entrée libre, dès 18h30, une rencontre avec Maylis de Kerangal sera aussi organisée à la Maison Autrique en partenariat avec la librairie-Café 100 Papiers (23 avenue Louis Bertrand à 1030 Bruxelles).
Renseignements et réservations: albertineasbl@gmail.com  ou www.albertine.be

Maylis de Kerangal, c'est bien entendu le superbe "Réparer les vivants" avec des mots comme ceux-ci,  "Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps." Vingt-quatre heures d'aventure collective et intime, d'amour et de fonctionnement cardiaque, de tensions et de relâchements. Un roman dont on sort différent.


Maylis de Kerangal, c'est aussi un magnifique album pour enfants, "Hors-pistes", illustré par Tom Haugomat (Editions Thierry Magnier, collection "Les décadrés", 40 pages).
Les trois jours d'aventure en montagne que partagent Paul, le narrateur âgé de sept ans, et Bruce, un ami de ses parents qui refait surface après trois ans de silence pour honorer une ancienne promesse, "aller chercher la montagne en soi".

Laissons l'album quelques instants pour expliquer le principe de la collection à laquelle il appartient. Dans "Les décadrés" en effet, ce n'est pas un texte qui est donné à un illustrateur comme c’est le cas en général mais les illustrations, laissées à la libre imagination de leur créateur, qui sont proposées terminées à un auteur pour qu'il pose une histoire dessus. L'album se termine sur une visite de l'atelier de l'illustrateur. Ceci naît dans le cadre d'une association entre la Galerie Jeanne Robillard qui expose l'artiste et les Editions Thierry Magnier qui publient le livre.

Paul et Bruce sont prêts à partir. (c) Ed. Th. Magnier.

Ce très beau deuxième titre des "Décadrés" réunit donc Maylis de Kerangal et Tom Haugomat. Ce dernier, sérigraphiste, a choisi le thème de la montagne et limité les couleurs de ses dessins à deux, cyan et magenta, sans oublier le blanc. Leur genre aussi: des cadrages alternant scènes de vies fourmillant de détails,  grands paysages contemplatifs et dessins plus anecdotiques.



Paul a rêvé cette virée.
Des quinze sérigraphies principales proposées - mais pas toujours retenues, placées dans l'ordre qu'elle souhaitait, Maylis de Kerangal fait naître une très belle histoire où vont se rencontrer deux générations d'hommes, partis à la montagne faire du hors-piste.
Chacun sur ses skis dans la blanche immensité suit le cours de ses pensées. Paul, petit bonhomme, se cherche et se fraie un chemin entre ses craintes et ses rêves d'arpenteur de montagne. Bruce l'adulte assure, montre, explique la crevasse, cavité à haut pouvoir attractif. Et c'est l'accident de l'aîné, qui oblige l'enfant à grandir, à sortir de son sillon, à se découvrir.

 "Hors-pistes" est une aussi belle aventure pour celui qui lit l'album que pour ceux qui l'ont conçu.

Paul trouve du secours. (c) Ed. Th. Magnier.