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vendredi 27 mars 2026

Le prix Prem1ère 2026 à Jeanne Rivière

Jeanne Rivière entre Laurent Dehossay, président du jury, et
Jean-Paul Philippot, administrateur général de la RTBF. (c) Jan Van de Vel.

Comme chaque année depuis 2007, les auditeurs ont choisi le prix Première 2026 (4.000 euros, 1.000 de moins que l'an dernier) parmi les dix titres finalistes (lire ici). Il a été décerné pour la vingtième fois ce jeudi 26 mars à la Française Jeanne Rivière pour "Lorraine brûle" (Gallimard, collection Sygne, 2025, 182 pages). Habitant Metz, elle est venue à Bruxelles recevoir son prix et rencontrer le jury, composé de dix auditeurs et auditrices de La Première qui ont lu la sélection de dix premiers romans proposés par un comité de professionnels du livre (lire ici).
 
 
Blouson léopard, deux bagues à chaque main, mais pas aux mêmes doigts, stylo à encre violette, Jeanne Rivière enchaîne les interviews à propos de son prix Prem1ère. Avec naturel et élan. Cash. Sans se cacher derrière les mots. "Lorraine brûle" est un excellent premier roman. On le dit punk, je ne sais pas trop ce que cela veut dire. Je dirais plutôt un roman du réel, des petites choses, de la vie comme elle vient, comme elle va et comme elle ne va pas. Des routines et des galères dans cette Lorraine sinistrée. Des nuages et des éclaircies. De grands soleils aussi. Un milieu rare en littérature, ce n'est pas Zola mais ce n'est pas Versailles, porté par une écriture fluide à la première personne qui tape, se remarque, accroche et séduit. De courts chapitres, une voix qui s'adresse au lecteur, qui lui raconte, en choisissant toutefois des mots qui vont ensemble, qui sonnent bien. Écho à la batterie dont joue l'auteur? Dans des groupes punk, forcément. 
 
Jeanne Rivière.

On va rencontrer une tribu foutraque autour d'une narratrice non nommée mais "elle aurait pu s'appeler Daisy", me glisse la primo-romancière. Et de son fils Tarzan, douze ans, qui se désespère de ne pas savoir faire de roulades arrière. Jeanne Rivière, elle, elle peut toujours. "Je suis toujours capable de faire une roulade arrière. Mais pas le grand écart. A 44 ans, mon corps est un peu usé."

A 44 ans, elle publie son premier livre, un roman: "J'ai toujours écrit. Petite, je tenais des journaux sur tout ce qui se passait dans la maison, j'écrivais de la poésie, je lisais des poèmes dans ma chambre, je faisais des fanzines, des publications sur les réseaux sociaux, quelques textes pour mes groupes de musique. Et puis, un jour, j'ai décidé d’écrire ces quiproquos de la vie en un texte plus long. Pendant un an, j'ai écrit en cachette de tout le monde. Avant d'écrire un livre, on ne sait pas qu'on écrit un livre. Dire qu'on écrit un livre, je trouve cela prétentieux. J'ai envoyé mon texte aux éditeurs. C'est devenu un livre dans la collection Sygne de Gallimard."

"Lorraine brûle" ouvre les portes d'un monde entre Metz et Nancy. On suit la narratrice dans son quotidien, au boulot, avec son fils préado, avec les cochons d'Inde malades, avec Pablo, son mari quitté après dix-sept ans de compagnonnage avec qui elle s'entend bien. Elle travaille, mais elle joue aussi de la batterie, donne des concerts, sort. Elle écoute beaucoup ses proches, principalement des amies. "Il y a beaucoup de femmes dans le livre. Je suis toujours mieux avec des femmes. Je ne lis que des femmes depuis dix quinze ans. J'ai lu assez d'hommes avant."

Une galerie féminine qui nous emmène dans des clubs BDSM ou à l'hôpital, en excursion à la mer ou à Berlin. En filigrane, la quête de l'amour, le spectre de la mort. Bien visible, une bonne dose d'humour, souvent noir. Autant de raisons de penser que la narratrice et la romancière pourraient ne faire qu'un. "Non, non", se récrie-t-elle en souriant, "elle n'est pas moi." Ah bon?
 
Ce premier roman nous entraîne là où on ne va pas souvent, auprès de ces déshérités magnifiques qui s'en sortent à leur façon. "Écrire pour moi, c'est une solution pour trouver l'unité, pour réparer. Écrire m'aide à trouver l'unité. Nager aussi mais c'est arrivé plus tard." 
 
Nager, comme les lignes en lien avec la natation que pratique quotidiennement la narratrice qui closent les chapitres, bouées subtiles qui aident à garder la tête hors de l'eau. "Les lignes en fin de mes textes n'étaient pas systématiques au début. Il y en avait beaucoup mais pas partout. C’est Thierry Laroche, mon éditeur, qui m'a suggéré d'en rajouter quelques-unes. Comme il est éditeur, je me suis dit qu'il savait."
 
"Le point de départ", reprend Jeanne Rivière, "c'est que j'avais envie de parler de tout ce dont on parle peu. De ce qu'on ne dit pas chez la boulangère ou dans la salle de café et qui est constitutif de l'humanité. Le point de départ, c'est comment dealer l'existence au quotidien, la tragédie du quotidien, dans ces mondes invisibles, ces communautés dont on parle peu. Ça m'intéresse. Je le fais de manière frontale, dans les phrases, dans les mots. Je n'ai pas envie d'y aller par quatre chemins dans la littérature. Un livre, ce n'est rien d'autre que des mots. La musique que je fais est dans cette esthétique-là. Punk sans grande maîtrise technique."

Avec son titre en écho au tatouage de l'amie Delfine, trouvé au moment d'envoyer aux éditeurs le texte dans lequel il figure sur un bracelet, "Lorraine brûle" est une très belle découverte qui fait espérer d'autres textes... punk.
 
Pour lire en ligne le début de "Lorraine brûle", c'est ici.
 
 
 
Lauréats précédents
  • 2025 Pauline Valade pour "Bruno et Jean" (Actes Sud, 2024, lire ici)
  • 2024 Sébastien Bailly pour "Parfois l'homme" (Le Tripode, 2023, lire ici)
  • 2023 Anthony Passeron pour "Les Enfants endormis" (Globe, 2022, lire ici)
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, 2021 lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, 2020, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" (Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour "Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour "Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006) 

 

mercredi 25 mars 2026

Les 10 finalistes du Prix Prem1ère 2026

(c) RTBF.

C'est à 14 heures ce jeudi 26 mars, premier jour de la 55e Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé en direct, et remis, le prix Prem1ère 2026, le vingtième du nom. Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, les jurés étant choisis sur base des dossiers qu'ils envoient à la RTBF. Ils lisent les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires.


Les finalistes

Nassera Tamer
"Allô la Place"
Verdier
 
(c) Miliana Salomé Rahouadj.
 
La narratrice tente de renouer avec une langue-chimère, le darija, l'arabe vernaculaire du Maroc, et en particulier le darija de ses parents, qui mélange l'arabe, le chleuh, l'espagnol, le français et bien d'autres choses encore. Une culture familière et pourtant étrangère.


David Ducreux Sincey
"La loi du moins fort"
Gallimard
 
(c) Francesca Mantovani.

Le narrateur a passé une grande partie de sa vie dans le sillage de Romain Poisson, son ami d’enfance dont il est devenu l'homme à tout faire et le complice. 
 

Jean Ciantar
"La Ballade des garçons-poussière"
Les Avrils

(c) Chloé Vlommer-Lo.

Yacob vit avec sa chienne dans une maison. Une vie solitaire et taciturne, hantée par le suicide de David, dix ans plus tôt, deux semaines après leur rencontre.


Maïa Thiriet
"Sans Eden"
Emmanuelle Collas

(c) DR.

Un huis clos aux airs de thriller, dans lequel l'amour et la folie ne sont jamais très éloignés. 


Jeanne Rivière
"Lorraine brûle"
Gallimard

(c) Francesca Mantovani.

Approche sociale et féminisme se conjuguent dans un roman tour à tour trash et poétique, intime et politique.


Catherine Denne
"La Loi Denton"
Asmodée Edern

(c) RTBF.

Un roman dystopique ou science, écologie, mémoire et révolte s'entrelacent autour de figures féminines puissantes, confrontées à un monde en perte d'équilibre.


Ramsès Kefi
"Quatre jours sans ma mère"
Philippe Rey

(c) Philippe Matsas.

Un chant d’amour aux mères qui portent le poids de leur famille, sans bruit et sans reconnaissance, aux hommes fragiles, impétueux mais débordant de tendresse, à ceux qui ont le courage d'aller chercher dans le passé les remèdes aux maux du présent.


Céline Bagault
"Ici commence mon père"
L'Olivier

(c) Patrice Normand.

Une exploration de la période anxiogène pour une fille dont le père atteint de la maladie d'Alzheimer a disparu de son EHPAD et que l'on ne retrouve pas.
 

Camille Bordenet
"Sous leurs pas, les années"
Robert Laffont

(c) Philippe Matsas.

Constance doit rentrer en Isère à la mort de sa grand-mère. Elle appréhende d'y croiser Jess, cette presque sœur de l'adolescence qu'elle a quitté à 18 ans. 
 

Julien Fyot
"Décrochages"
Viviane Hamy

(c) Quentin Houdas.

 
Le mal-être en milieu scolaire, la satire mordante d’un système à bout de souffle, une réflexion profonde sur la paternité et une enquête policière haletante.

 
Comité de sélection des titres
Bénédicte Plovier, chargée de communication, Laurent Dehossay, journaliste, Christine Pinchart, journaliste, Emmanuelle Jowa, journaliste, Deborah Danblon, chroniqueuse littéraire et Régis Delcourt, libraire.
 
Jury 2026
Le jury est composé de 10 auditeurs de La Première: Alice Duponcheel, Lisa Bouguerra, Valérie Grimmiaux, Romane Bouillon, Nadège Duvivier, Diane Lecart, Pierre Deutsch, Olivier Deviviers, Olivier Melis et Thomas Bodart. 
 
 

vendredi 5 avril 2024

Le prix Prem1ère 2024 à Sébastien Bailly

Sébastien Bailly. (c) Le Tripode.

 
Il est content, Frédéric Martin, et fier! Sa maison d'édition, Le Tripode, vient de remporter pour la troisième fois - en quatre ans - le prix Prem1ère de la RTBF. A la Foire du livre de Bruxelles, le jury d'auditeurs et d'auditrices a tranché entre les dix livres finalistes (lire ici). Et il a choisi de récompenser le premier roman de Sébastien Bailly, "Parfois l'homme" (Le Tripode, 192 pages), une exploration sévère mais jubilatoire de la condition masculine. Venu de Rouen où il a été longtemps journaliste avant de se tourner vers la consultance en rédaction, le lauréat n'a pas caché sa joie d'avoir été choisi par des lecteurs d'abord, belges ensuite et donc dotés d'humour.
 
"De la naissance à la mort, vivre n'est pas une mince affaire, mais cela a-t-il, au moins, un sens? Déceptions, abandons, rancœurs, courage, exaltation, grâce et un peu de beauté pour faire passer le tout: la condition masculine serait-elle hésitante et égarée? Dans son premier roman, Sébastien Bailly nous le rappelle avec lucidité, humour et panache", ont estimé Laurent Dehossay et les jurés du Prix Prem1ère 2024.

Cent dix nuances de l'homme

En huit chapitres présentés comme les romans d'aventures de Jules Verne ("Où l'homme pousse un premier cri,..") et cent dix séquences numérotées où le mot "l'homme" apparaît, le plus souvent en ouverture, moins souvent dans le corps du texte, deux fois pas du tout, Sébastien Bailly nous raconte un homme, lui?, de sa naissance (notice n°1) à son décès (notice n°110), pas lui. Entre les deux, des notices de longueurs variables abordent une existence masculine de façon chronologique en autant de thématiques. Exemples: 1, la naissance; 2, le choix du prénom; 3, l'accouchement; 4, la raison de la conception... Mais aussi l'enfant maltraité (6) ou choyé (7). Et encore le journal intime (13) ou l'art de collectionner (15). Sans oublier le quotidien, école, études, boulot, chômage, retraite, vacances, incidents de parcours, et la politique dont l'extrême-droite (60) ainsi qu'une impressionnante liste de ratages potentiels (71). On découvre des suites logiques comme des coqs à l'âne.
 
Bailly distille sa critique sociale d'un ton amusé ou au second degré. Pince-sans-rire ici, carrément noir là. De petites phrases percutantes réveillent un sujet banal. D'autres jouent sur le sens des mots. Elaborent des analyses rocambolesques (31) ou vantent la clef de douze (65). Quand il ne s'adresse pas directement à son lecteur. Sa couverture en spermatozoïdes multicolores, symbole masculin absolu, abrite un constat plutôt désenchanté sur la condition masculine. Mais les observations fines et bien rendues offent un réel plaisir de lecture tout en transpirant d'humanité. L'auteur sculpte ses différents tableaux tout en se lançant des défis littéraires. Une liste ici, une note là. Au final, un premier roman lettré dans le bon sens du terme, pesé, rythmé, dans lequel on circule facilement grâce à la numérotation. On pourrait même lire "Parfois l'homme" comme un "livre dont on est le héros". Et on le perçoit différemment après avoir entendu les réponses de l'auteur.

 
Sept questions à Sébastien Bailly

Ecrire un premier roman à votre âge, est-ce tard?
Je publie mon premier roman à 56 ans, mais cela ne veut pas dire que j'ai commencé à écrire maintenant. J'ai été journaliste pendant vingt-cinq ans, dans la presse informatique et dans la presse écrite, notamment locale pour "Ouest-France". On fait tout en locale. On est en prise réelle avec ce que vit la population. Sillonner Rouen a été nourrissant pour l'écrivain qui arrive derrière le journaliste.
En réalité, j'ai écrit mon premier livre à sept ans et demi. C'était un cahier de poèmes que j'ai fait en plus de mon cahier de poésie à l'école. Mon enfance et mon adolescence se sont déroulées avec l'écriture. Toujours de la poésie. Et des bouts de roman. Le travail d'écriture a toujours été là. Ensuite, j'ai fait des études de lettres et j'ai opté pour le journalisme afin d'écrire. C'était aussi une manière de repousser le moment où j'allais faire de la littérature. Comme écrire des livres techniques et non de la littérature blanche. "Parfois l'homme" est nourri de mon expérience. Évidemment, après cinquante-six ans, il n'est pas autobiographique. Et avant, pas complètement...

Mais la première scène l'est?
Oui.

Être un homme, un défi?
Le plus difficile à réussir, de mon point de vue, n'est pas que mon premier roman ne présente pas d'histoires, ni de personnages, mais qu'il se lise comme un page-turner. En l'absence de trame narrative tout en étant grand public. C'est cela qui a été mon défi.
L'écriture, cela s'apprend, le rythme, cela s'apprend. Sans technique, ce livre n'existe pas. Où mettre l'humour, comment l'intégrer? Il faut faire ses gammes. Se faire mal, comprendre ce qui ne marche pas.
 
Qui est cette Germaine Tribochon qui signe l'épigraphe "Parfois l'homme naît; parfois, l'homme meurt."?
C'est une blague. Elle n'existe pas. Comme il n'y a aucun personnage nommé dans le livre, je l'ai inventée pour avoir un nom. Accessoirement, sa phrase est le titre de mon manuscrit initial. Tout le livre est dans le point-virgule.

Comment s'est écrit "Parfois l'homme"?
J'ai composé le livre en suivant la chronologie de l'homme de la naissance à la mort. La numérotation des séquences est une idée de mon éditeur. Au départ, je n'en avais pas mise. C'étaient des blocs de texte. La numérotation donne des repères au lecteur. On découvre comment les gens s'approprient le livre, s'envoient des passages en les identifiant par leur numéro. Les différents paragraphes donnent aussi une idée très claire de tout ce que je pense. Le climat actuel en Europe est incroyable.

Quand écrivez-vous?
J'écris le matin, de cinq à sept heures, quand la maison dort. Dans les mêmes conditions d'écriture, jour après jour. Cela me permet, je pense, de maintenir le même style d'écriture. J'écrirais en fin de journée, les mots me viendraient différemment. Chaque numéro du roman a été écrit d'un coup, selon l'inspiration du jour et dans l'ordre du livre publié.

A part Perec, quelles sont vos admirations littéraires?
L'auteur Alexandre Vialatte qui m'a inspiré mon rythme et le décalage humoristique.
Eric Chevillard pour sa fantaisie et sa noirceur. Mais je ne l'ai découvert qu'a posteriori. Comme d'autres choses dans mon livre.


Lauréats précédents

  • 2023 Anthony Passeron pour "Les Enfants endormis" (Globe, lire ici)
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" ;(Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour ;"Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour ;"Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006)


lundi 25 mars 2024

Les dix finalistes du prix Prem1ère 2024


C'est à 14 heures le jeudi 4 avril, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé en direct et remis le prix Prem1ère 2024. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? L'émission spéciale de Laurent Dehossay, président du jury, vous l'apprendra. Cinq des livres sélectionnés datent de la rentrée littéraire d'août 2023, cinq de celle de janvier 2024.

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, les jurés étant choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF. Ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires.

Les finalistes

Selon la chronologie de leur passage dans le magazine Le Mug (La Première, ici).


Éléonore de Duve
"Donato"
José Corti, 2023

(c) Bruno de Duve.

L'histoire de Donato, ouvrier mineur originaire des Pouilles venu vivre et travailler au Pays noir, telle que l'imagine Clio, sa petite-fille, dans une très grande inventivité langagière.

Présentation du livre le 21 mars dans Le Mug.


Bruno Markov
"Le dernier étage du monde"
Anne Carrière, 2023

(c) Abigail Auperin.

Bruno Markov réinvente le mythe de la réussite individuelle à l'heure des nouvelles technologies. Captivant, émouvant et subversif, il s'empare des questions éthiques les plus brûlantes autour de l'intelligence artificielle et de l’économie de l’attention.

Présentation du livre le 22 mars dans Le Mug sur La Première.

Virginie Bouyx
"La Varangue"
Le Pommier, 2023

(c) Hannah Assouline.

Avec beaucoup de pudeur et de délicatesse, dans une langue belle et émouvante, ce court roman aux allures de conte écologique nous parle de la disparition des êtres chers, de l'inexorable montée des eaux et de la place du rêve dans nos vies.

Présentation du livre le 25 mars dans Le Mug sur La Première.

Debora Levyh
"La Version"
Allia, 2023

(c) Ayoh Kré Duchâtelet.

Ce récit aux accents anthropologiques nous plonge avec inventivité dans l'observation d'un peuple imaginaire en mue perpétuelle, chez qui la notion d’identité n'a pas de valeur. L'occasion d'analyser finement la question du langage, et la difficulté à parler d'une culture dans une langue qui n'est pas la sienne.

Présentation du livre le 26 mars dans Le Mug sur La Première.

Pascal Lorent
"Retour à Anvie"
Weyrich, 2023

 
Solitaire, rigoureux et austère, un policier va devoir affronter son passé pour résoudre le meurtre qui lui est confié. Affronter un deuil qui se réveille quand il retourne à Anvie, innocente bourgade provinciale.

Présentation du livre le 27 mars dans Le Mug sur La Première.

Sébastien Bailly
"Parfois l'homme"
Le Tripode, 2024

(c) Le Tripode.

Ce roman de la condition masculine et de son agonie nous invite au rire en revisitant toutes les étapes de vies désormais pathétiques, hésitantes, égarées. De la naissance à la mort, des premières craintes aux ultimes lâchetés, des émois adolescents aux dernières rancœurs.

Présentation du livre le 28 mars dans Le Mug sur La Première.

Louis Vendel
"Solal ou la chute des corps"
Seuil, 2024

(c) Astrid di Crollalanza.

Dans ce livre, il n'y a ni personnages inventés, ni histoires imaginées, tout y est strictement vrai. Le rapport au monde de Solal, ami bipolaire du narrateur. Pourtant, on le lit comme un pur roman, au plus proche du réel. Une narration littéraire au service d’une éthique du récit.

Présentation du livre le 29 mars dans Le Mug sur La Première.

Cyril Anton
"Le nain de Whitechapel"
Les Éditions du Sonneur, 2024

A Londres, à la fin du XIXe siècle, la misère rôde. Prostitution, cirques de curiosités, corruption, mendicité, Jack l’Éventreur, Elephant Man, le gang Tabula Rasa... Un nain arrivera-t-il à offrir un refuge à tous les marginaux pourchassés avec son immense boule à neige magique?

Présentation du livre le 1er avril dans Le Mug sur La Première.

Paloma de Boismorel
"La fin du sommeil"
L'Olivier, 2024

(c) Patrice Normand.

Autour d'un architecte devenu malgré lui à la mode, une comédie absurde et pleine d'esprit qui se joue avec vivacité de la tyrannie du bien-être, des vanités et des faux-semblants.

Présentation du livre le 2 avril dans Le Mug sur La Première.

Marion Fayolle
"Du même bois"
Gallimard, 2024

(c) Francesca Mantovani.

Dans une ferme, l'histoire se reproduit de génération en génération: on s'occupe des bêtes, on vit avec, celles qui sont dans l’étable et celles qui ruminent dans les têtes. Les vies se dupliquent en dégradé face aux bêtes qui ont tout un paysage à pâturer.

Présentation du livre le 3 avril dans Le Mug sur La Première.





dimanche 2 avril 2023

Le prix Prem1ère 2023 à Anthony Passeron


Les habitudes printanières ont repris à Bruxelles. La Foire du livre est revenue à Tour & Taxis, dans un espace légèrement décalé par rapport aux années antérieures : une partie seulement des magasins habituels, désormais dénommés Shed 1 et Shed 2, mais toute la Gare maritime voisine, à portée de passerelle. L'inauguration a eu lieu mercredi soir, drainant le tout-Bruxelles littéraire. Les jours suivants, le public a été présent, les auteurs et les éditeurs aussi - des centaines d'éditeurs, regroupés la plupart du temps selon leur origine géographique. Pire que les giboulées autorisées, la pluie a douché avec régularité les amateurs de livres.

Selon la tradition, le premier jour de la FLB a été celui de la proclamation du lauréat du 17e prix Prem1ère de la RTBF (5.000 euros). Sur les dix primo-romanciers francophones finalistes (lire ici), c'est le Français Anthony Passeron, auteur de "Les Enfants endormis" (Globe, 278 pages, août 2022), qui a été couronné par le jury d'auditeurs/trices. Un roman formidable. Encore un homme lauréat, diront peut-être ceux qui se souviennent des éditions précédentes, toutes masculines, alors que le prix a déjà récompensé huit femmes (lire en fin de note). Ont également été appréciés par le jury cette année les premiers romans "La mémoire de nos rêves" de Quentin Charrier (Grasset) et "Brûleurs" de Neïla Romeyssa (JC Lattès/La Grenade, collection dirigée par Mahir Guven, lauréat du prix 2018).

Le premier roman d'Anthony Passeron, né en 1983, a en réalité été remarqué dès sa sortie en août 2022. A raison. Ce livre surprend et emporte par sa double narration sans pathos. D'une part, un récit autobiographique teinté de fiction où le narrateur brise le silence sur un déni familial. D'autre part, une enquête sociologique où il détaille les débuts de la recherche sur le sida. Nous sommes dans les années 80. Du nom de ces gamins qui se piquent à l'héroïne jusqu'à tomber, abattus, en pleine rue, "Les Enfants endormis" a figuré dans le top 15 des meilleures ventes en France de la rentrée littéraire automnale. Il est apparu dans trois sélections de prix littéraires, Décembre, Flore, Wepler, avant de remporter ce dernier. Réimprimé à plusieurs reprises, il est actuellement en lice pour un autre prix d'auditeurs, le prix du Livre Inter (France Inter).

L'écrivain, par ailleurs musicien, est issu d'une famille vivant dans l'arrière-pays niçois, régentée hier par des grands-parents ayant "réussi" dans la vie professionnelle. Sans doute moins dans la sphère familiale où il y a ce qui se fait et ce qui ne se fait pas, ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Par exemple, on n'y parle jamais de Désiré, son oncle, le premier de la fratrie, le fils aîné, le fils préféré. Mort quelques années après sa naissance, et depuis, comme effacé de l'arbre généalogique. Mort de quoi ? Du sida. Impossible à admettre pour ses grands-parents à une époque où le virus était associé à l'homosexualité.

Anthony Passeron.
(c) Jessica Jager.
Professeur de lettres et d'histoire-géographie dans un lycée professionnel, le lauréat portait en lui depuis longtemps ces douleurs familiales, ces dénis engendrant jalousie et colère, ces morts qu'on ne pouvait pleurer. Que faire de ce fardeau ? Un livre ? Quel livre ? Jusqu'au jour où ce qui était en latence a germé : "Je ne suis pas d'un endroit où on écrit", me dit Anthony Passeron, venu à Bruxelles  recevoir son prix Prem1ère. "Tout d'un coup, en 2017, dans la salle des profs, j'ai eu l'inspiration. J'allais faire alterner un chapitre sur la famille et un chapitre scientifique. Avant, j'ai traîné cette idée de livre sur ma famille dans une réflexion qui existait depuis des années. J'ai tout de suite écrit le prologue. Pour la suite, autant mener l'enquête scientifique était reposant alors que l'enquête familiale m'était pénible. Les souvenirs sont tellement douloureux."

Dans ce prologue, l'auteur explique comment, ses grands-parents décédés, il a pu se lancer dans son enquête familiale, comment dans sa famille, "chacun à sa manière a confisqué la vérité", effaçant cette histoire qu'il a voulu écrire, sachant, lui, "que la vie de Désiré s'est inscrite dans le chaos du monde." Ensuite, dans les deux parties du livre comme dans l'épilogue, on trouvera en alternance un chapitre sur les recherches scientifiques à propos du sida et un chapitre retraçant l'histoire familiale à travers le prisme de Jacques, le deuxième garçon, le père du narrateur. En face de lui, le prisme de la grand-mère, force incontestable. Une belle écriture, sans gras, posant les choses sans juger, associant régulièrement les mots de façon originale.

Du côté familial, on suit l'ascension sociale de grands-parents devenus bouchers de village pendant les Trente Glorieuses. Ils ont bossé comme des fous. Ils ont suivi et organisé les conventions sociales. Quelle revanche pour la grand-mère italienne qui avait fui la guerre dans son pays! Ils ont eu des enfants, quatre, dont deux interviennent dans le roman. "Il y a d'autres membres de la famille à qui j'ai peu donné la parole dans ce roman. Ils apparaîtront dans d'autres livres, traitant d'autres sujets", me glisse l'écrivain. On découvre le frère aîné, le préféré qui peut tout faire, et même ne rien faire, est adulé, le frère suivant qui va tout tenter pour se faire aimer de ses parents. Désiré le flambeur qui, comme beaucoup de jeunes de son âge dans le coin, va tomber dans les drogues dures et en hériter du sida. Une maladie que ses parents vont nier jusqu'à la dernière limite. C'est une terrible comédie humaine qui s'égrène dans les belles pages d'Anthony Passeron. Lui qui a voulu rendre à la lumière tous les protagonistes de son histoire.

En parallèle se joue une autre comédie humaine tout aussi désastreuse, dans les milieux scientifiques cette fois qui se bagarrent entre continents. La recherche sur le sida débute tôt en France, mais n'est portée que par une petite équipe de médecins inquiets, les autorités sanitaires préférant se voiler la face. De son côté, la recherche américaine fait fausse piste et refuse de l'admettre pour ne pas perdre son prestige établi de longue date. Lire "Les Enfants endormis", c'est aussi retrouver les noms d'hommes et de femmes, pour peu qu'on ait suivi les informations sur le mystérieux virus apparu en 1981. Vertigineux, cet effet rétroviseur permet de réaliser tout ce qu'on doit à ces chercheurs et ces chercheuses qui n'ont voulu ni se taire ni s'arrêter. Une mise en lumière bien nécessaire.

Six questions à Anthony Passeron

Votre écriture peut se dire blanche. Est-ce en hommage à Annie Ernaux ou Didier Eribon que vous avez lus ?
Pas du tout, j'ai opté pour l'écriture blanche pour que ma famille adhère à ce projet de livre. Ma famille qui avait fait le choix du silence. J'ai fait ce choix pour que ma famille puisse se reconnaître dans ce livre, avec sa pudeur. Je ne voulais pas esthétiser leur douleur, pas les froisser non plus. Ma forme a été guidée par la forme de leur expression à eux, ne pas se faire remarquer, ne pas se plaindre, ne pas revenir sur cet événement très factuel. 
On ne voit pas aujourd'hui la parole de la même façon qu'hier.
Oui, c'est une question de générations. Maintenant, la parole est libératoire. Pas pour mes grands-parents qui visaient l'ascension sociale. Eux sont de la génération de l'immédiat après-guerre. Pensant qu'il ne faut jamais se plaindre, qu'il y a toujours plus grave. Il était impossible pour ma grand-mère de parler d'un sujet comme la toxicomanie ou le sida qui, à l'époque, était systématiquement associé à l'homosexualité. Ils ne voulaient pas parler mais quand il s'agissait d'agir, comme de s'occuper des malades, ils le faisaient. Ma grand-mère en est d'ailleurs morte. C'était un déni géographique.
Vous parlez souvent de la colère de votre père contre son frère, Désiré. Ne s'agit-il pas aussi de jalousie ?
Mon père essaie de s'assurer l'affection de ses parents par son travail de boucher dans le commerce familial. Mais la jalousie entre les deux frères est terrible. La jalousie de mon père pour son frère Désiré, l'aîné, le mieux aimé, est cristallisée par le sida et son déni. 
On a un peu de peine à catégoriser votre livre.
C'est à la fois un roman, autobiographique, et un récit des découvertes de l'époque. J'ai lu Annie Ernaux, Marguerite Duras, Pierre Bergounioux et leur manière de raconter l'intime. Ce sont les membres de ma famille qui apparaissent mais revus par la fiction.
Je voulais montrer la solitude d'une famille, et en parallèle, le désarroi des professions médicales, leur ténacité, leur courage. La ténacité de ma grand-mère aussi, qui a soigné son fils, puis sa petite-fille, et y a laissé finalement sa vie. Je voulais montrer ces deux solitudes qui finalement ne se rencontrent jamais.
Vous rappelez aussi tout ce que la science ignorait à l'époque.
On espère que les traitements vont aboutir pour ma cousine Emilie, la fille de Désiré et Brigitte. Avec la bithérapie, cela crée un suspense. Mais elle est née trop tôt. Une autre question arrive : pourquoi ses parents lui ont-ils donné la vie ? Ils étaient contaminés sans symptômes. Il faut se remettre dans les hypothèses de l'époque. On ne savait pas grand-chose. Avant d'écrire, j'ai beaucoup fréquenté les associations. Quand le risque existe, quel droit a-t-on de décider pour eux ? L'histoire de ma cousine est une tragédie d'une telle violence. La mort d'une enfant ! Cela a sûrement causé une partie de la colère de mon père.
La littérature ne s'est jamais intéressée à des enfants séropositifs comme Emilie.
Non, un enfant séropositif comme Emilie n'apparaît pas dans la littérature. Aujourd'hui, avec les nouveaux traitements, ces enfants séropositifs ont eux-mêmes des enfants qui ne sont pas contaminés. Tout cela n'aurait pas été possible sans cette épopée scientifique. On a oublié ce qu'on doit à ces médecins. Je voulais leur rendre grâce. Montrer aussi la détresse des toxicomanes, la culpabilité des familles, rappeler que le pays n'a pas pris conscience du risque malgré les alertes et n'a rien mis en place.

Lauréats précédents
  • 2022 Mario Alonso pour "Watergang" (Le Tripode, lire ici)
  • 2021 Dimitri Rouchon-Borie pour "Le Démon de la Colline aux Loups" (Le Tripode, lire ici)
  • 2020 Abel Quentin, pour "Sœur" (Editions de l'Observatoire, 2019, lire ici)
  • 2019 Alexandre Lenot, pour "Écorces vives" (Actes Sud, 2018)
  • 2018 Mahir Guven, pour "Grand frère" Editions Philippe Rey, 2017, lire ici)
  • 2017 Négar Djavadi, pour "Désorientale" ;(Liana Levi, 2016, lire ici)
  • 2016 Pascal Manoukian, pour "Les échoués" (Éditions Don Quichotte, 2015, lire ici)
  • 2015 Océane Madelaine, pour "D'argile et de feu" (Les Busclats, 2015, lire ici)
  • 2014 Antoine Wauters, pour "Nos mères" (Verdier, 2014, lire ici)
  • 2013 Hoai Huong Nguyen, pour "L'ombre douce" (Viviane Hamy, 2013)
  • 2012 Virginie Deloffre, pour ;"Léna" (Albin Michel, 2011)
  • 2011 Nicole Roland, pour "Kosaburo,1945" (Actes Sud, 2011)
  • 2010 Liliana Lazar, pour "Terre des affranchis" (Gaïa Éditions, 2009)
  • 2009 Nicolas Marchal, pour "Les Conquêtes véritables" (Les Éditions namuroises, 2008)
  • 2008 Marc Lepape, pour ;"Vasilsca" (Éditions Galaade, 2008)
  • 2007 Houda Rouane, pour "Pieds-blancs" (Éditions Philippe Rey, 2006)


vendredi 4 novembre 2022

Les délicieux dessins de famille de Franquin

Encre de Chine et Ecolines, 1967. (c) CFC-Edition.

On connaissait l'œuvre d'André Franquin (1924-1997) côté cour, avec ses albums de Spirou et Fantasio, Modeste et Pompon, Gaston Lagaffe, du Marsipulami ou de ses Idées noires. On savait qu'il avait une épouse très aimée, Liliane, rencontrée quand il avait dix-sept ans, épousée en 1950 et décédée dix ans après lui, et une fille unique, Isabelle, qui donnera son prénom à une série. Grâce à une présentation organisée par l'ADEB, on découvre aujourd'hui son œuvre côté jardin avec le merveilleux album "Bon pour...", soit les "dessins de famille" de Franquin (CFC éditions, 128 pages). Un moyen format cartonné qui dévoile les dessins réalisés pour ses proches. Des bijoux d'humour, de tendresse, d'amour.

André-Liliane = Ramonet-Ramonette.
La Saint-Valentin 1974. (c) CFC éditions.

"Quand on est un dessinateur et que le temps manque pour courir les magasins à la recherche d’hypothétiques cadeaux", écrit Isabelle Franquin en avant-propos de l'ouvrage, "quoi de plus aisé, de plus pratique et en même temps de plus personnel que de tracer sur le papier "vœux", "bons pour" et d'y créer bouquets et présents en attendant qu'ils se matérialisent pour de vrai."

Versions 1986 et 2022.
Les dessins rassemblés dans ce recueil n'étaient donc pas destinés à être publiés. Une douzaine d'entre eux parurent néanmoins dans le livre d'entretiens de Franquin avec Numa Sadoul "Et Franquin créa la gaffe" (Dargaud, 1986); introuvable depuis trente ans, sa réédition sera en librairie ce 9 novembre (Glénat). Un fait qui permet à sa fille d'en rendre aujourd'hui publics beaucoup d'autres. Ces dessins inédits couvrent la période qui va des années 1950 aux années 1990. Ils permettent d'assister à l'évolution du style de Franquin, côté technique, côté couleurs, côté inspiration. Et de suivre l'avancée en âge de la jeune Isabelle. Ce qui ne change pas, c'est la liberté de création de l'artiste et la joie qui perle de chacune de ces œuvres miniatures.

1963. (c) CFC-Editions.
Au fil des ans et des pages, on découvre la variété de réalisation de ces joyeux "bons pour...". Si les thèmes sont peu nombreux, Saint-Valentin, anniversaires, fêtes, cadeaux divers, leur mise en œuvre est d'une variété infinie. Fleurs uniques ou en généreux bouquets, cheval, autruche, voiture, avion, montgolfière, boutiques diverses sont autant de mini-tableaux où Franquin met en scène sa famille. Son épouse Liliane, dite "Ramonette", lui étant "Ramonet", leur fille Isabelle qu'on voit petite fille à tresses, puis jeune fille à la somptueuse chevelure, sans oublier les animaux domestiques. C'est joyeux, inventif, farfelu, espiègle. Surtout, cela transpire de joie de vivre et d'amour. Le recueil présente régulièrement des zooms sur des parties de dessin, augmentant encore le plaisir à regarder ces dessins aussi gratuits que généreux, révélateurs du mode de vie de l'époque. Il se complète d'une dizaine de menus familiaux illustrés.


Une exposition de l'ensemble des dessins originaux des "Bons pour...", complétés de quelques pépites inédites, se tiendra à la Maison CFC du 12 novembre au 31 décembre (du lundi au vendredi de 9h30 à 18 heures, entrée libre).


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Autre joie, "Franquin par Franquin", le fantastique podcast inédit de la Première (RTBF) où le génial Franquin se raconte joyeusement à Numa Sadoul. C'était en 1985 et ces entretiens allaient donner le livre "Et Franquin créa la gaffe" (lire plus haut). Ces fantastiques archives ont aujourd'hui été montées par Fred Jannin qui nous tricote ce Franquin par lui-même, par Numa Sadoul, par sa fille Isabelle, etc.. en cinq épisodes de 27 minutes et un bonus de même longueur. Un régal!

Diffusé la semaine dernière, le podcast est disponible sur Auvio (ici). Ce sont au total deux heures quarante-cinq de bonheur audio, avec les rires de Franquin, ses répliques, ses souvenirs, ses commentaires, ses réponses, ses esquives, ses repentirs....

Les différents épisodes
  1. Origine de "Et Franquin créa la gaffe" et Modeste et Pompon
  2. Personnages secondaires 
  3. Gaston Lagaffe
  4. Trombone et idées noires
  5. Reprise de Spirou
  6. Panade à Champignac (bonus)