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vendredi 5 décembre 2025

"L'Art de l'autre" superbement célébré à Montreuil

Benoît Jacques et Susie Morgenstern, Grandes Ourses 2025 et 2024 du SLPJ.

Montreuil 2025, c'est fini. Depuis lundi soir déjà. Mais le temps de rentrer, de se remettre, de guérir le rhume, de parer aux urgences, on est déjà vendredi. Retour sur quelques temps forts.

Première impression: le monde! 196.000 visiteuses et visiteurs, un poil moins que l’an dernier (198.000). Un beau succès pour la 41e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-St-Denis qui était consacrée à "L'Art de l'autre". Six artistes coréens étaient présents, Min-seok Ha, Hye-eun Kim, Minu Kim, Soyung Lee, Gee-eun Lee et Seoha Lim. Un focus était fait sur les éditions helvétiques et sur les éditions africaines. Sans oublier l'habituelle Librairie Wallonie-Bruxelles. L'accès au Salon était gratuit pour tous, moyennant inscription en ligne.

Deuxième impression: l'ambiance chaleureuse, au propre et au figuré, le plaisir des retrouvailles et des découvertes, et le mélange des âges des visiteurs découvrant 400 maisons d'édition de toutes tailles, des plus grandes aux plus petites, ces dernières souvent présentes sur des stands collectifs ou alignées dans le grand marché et son nouveau couloir tout rouge.

Troisième impression: la générosité des artistes de la littérature de jeunesse lors des dédicaces et des rencontres. Peu importe les files d'attente et celles devant les stars des romans pour adolescents étaient impressionnantes, il y avait échange de part et d’autres des tables.
 
Quatrième impression: le grignotage constant de l'espace du Salon par les maisons d'édition publiant les séries, donjons, dragons, romance de toutes les couleurs, enfer et paradis que s'arrachent les ados. Mais au moins, ils lisent.

Les prix

Les Pépites, c'est ici.
 

La Grande Ourse, c'est ici. Notre Benoît Jacques (il est Belge même s'il habite en France) succède pour un an à Susie Morgentern. Il lui a adressé cet hommage, en alexandrins, lors du passage de témoin. 
"Ô Suzie, toi la Reine, l’Impératrice,
À la légendaire douceur protectrice,
Aujourd'hui, pour un court, un fugace moment;
Une minute, une seconde, un tout petit instant,
Il rayonne sur ma modeste carrière,
Un peu de ton éblouissante lumière,
Car, si chaque nuit scintille la Grande Ourse,
Le temps lui, demeure obstiné dans sa course.
Aussi, avant que pour moi ne s'amorce la pente,
La fatale, l'inexorable descente,
Reçois, Ô Suzie, en cet instant de bonheur,
La gratitude de ton humble successeur.
Quant à cette constellation je la partage
Avec celles et ceux auxquels je dois cet hommage."
 
Benoît Jacques a aussi permis un bon moment à la Télé du Salon lors de son interview par Lucie Servin (replay ici). L'occasion de mieux connaître le maître de la marge, le professionnel de l'autoédition avec ses Benoît Jacques Books, une centaine actuellement.
 
Les livres de Benoît Jacques rassemblés par Lucie Servin.

Les expos

L'exposition "regards croisés" a rassemblé deux par deux six artistes. Pas d'originaux mais une très belle scénographie extrêmement bien architecturée offrant parcours labyrinthiques et expériences sensorielles. "Tendre la main" avec l'humour de Csil et Gee-eun Lee, "Ouvrir les bras" avec la nature au cœur des livres de Caroline Gamon et Jeanne Macaigne, "Donner de la voix" avec la pratique artistique de Pauline Barzilaï et Maeva Rubli.  
 


Des expositions ludiques et artistiques.

Les rencontres

Parmi les dizaines rencontres organisées durant les six jours de la manifestation, pointons la chance qu'a eue le public - nombreux - d'assister à l'épatant dialogue sur l'information aujourd'hui entre l'Irlandais Chris Haughton, dont "Histoire de l'information" vient de sortir en français (Thierry Magnier Éditions) et les deux Ukrainiens, Romana Romanyshyn et Andriy Lesiv, auteurs du documentaire sur la communication "Tout le monde se parle!" (Rue du monde). 
 

Et au fil des allées, la joie de découvrir Philippe Dumas en train de signer chez MeMo qui réédite certains deux ses albums, "La reine des abeilles" (paru chez Grasset en 1984) et "Colin et Pauline", sur les vers libres d'Anne Trotereau (paru à l'école des loisirs en 1995), après lui avoir consacré en juin une passionnante monographie par Michèle Cochet, "Morceaux choisis" (256 pages).

Philippe Dumas.




jeudi 4 décembre 2025

366 poèmes animaliers illustrés

Les premiers jours de janvier. (c) Gallimard Jeunesse.
 
Restons en poésie,
selon un calendrier aussi (lire ici) mais avec les animaux comme focale. Il s'agit de l'épais recueil en bon format "Une année en poésie avec les animaux". Les poèmes ont été choisis par Emmanuelle Leroyer et ils sont superbement illustrés par Britta Teckentrup (Gallimard Jeunesse, 320 pages). L'idée, mentionnée en couverture, est excellente: "Un poème à partager chaque jour". Des textes brefs pour la plupart, parfois des extraits, de quoi accompagner les enfants de poésie animalière toute l'année.
 
Une chose surprend, le nom de l'illustratrice. Car Britta Teckentrup ne travaille pas en français. Bien sûr, on trouve chez nous des albums illustrés par elle, mais ce sont des traductions: l'illustratrice allemande a passé dix-sept ans à Londres (1988-2005) avant de retourner en Allemagne, à Berlin, avec son mari écossais et leur fils. En plus, les poèmes choisis pour ce recueil sont majoritairement dus à des auteurs francophones. Alors, que s'est-il passé? Tout simplement, l'équipe de Gallimard a utilisé les illustrations réalisées pour le livre de poésie "Tiger, Tiger, Burning Bright!" publié par l'éditeur britannique Nosy Crow en 2020 (1). La sélection de textes opérée alors par Fiona Waters a été remplacée en français par celle d'Emmanuelle Loyer. Sont restés identiques à la version originale les dessins et la mise en page. Seules, les couvertures diffèrent. 
 
4 et 5 janvier. (c) Gallimard Jeunesse.
 
Ce qui ne veut évidemment pas dire que ce remplacement a été facile ou rapide. Il fallait trouver des textes qui collent aux animaux présents dans les images. Le résultat est excellent, proposant aussi bien des textes de classiques comme Victor Hugo, Louis Aragon, Apollinaire ou Anna de Noailles, que ceux des contemporains que sont Susie Morgenstern, Michel Besnier, Marie Pavlenko, Clémentine Beauvais ou Jacques Roubaud. Plusieurs poètes belges sont présents aussi, dont Maurice Carême (évidemment), Carl Norac, Henry Michaux, Pierre Coran. En tout, ce sont près de 200 poètes qui sont cités dans l'ouvrage.
 
6 janvier, Epiphanie. (c) Gallimard Jeunesse.

Sur les réseaux sociaux, Emmauelle Leroyer explique: "une année de recherche intense de poèmes pour les petits, une année à trouver des poèmes sur nos amis les animaux, une année à s'entourer des poètes, poétesses, auteurs et autrices jeunesse pour récolter des inédits, des pépites oubliées, à recueillir les traductions de Julie Nice, une année à rêver, à admirer les images de Britta Teckentrup et surtout une année à construire un bestiaire poétique, une année à observer et dire le vivant en poésie."
 
Une merveille que ce recueil illustré, qui donne une image vivante de la poésie. "Un pense-bête poétique", comme l'écrit Emmanuelle Leroyer en introduction où elle analyse tout ce que peut apporter la poésie animalière aux enfants, portrait, surprise et même écologie. On aime aussi dans ce gros bouquin illustré les index, celui des noms d'auteurs renvoyant aux pages et ceux des titres et des premiers vers répertoriés par date.
 
7, 8 et 9 janvier. (c) Gallimard Jeunesse.

 
A noter qu'un précédent recueil sur le même principe avait déjà été publié en 2020 et vendu à 16.000 exemplaires, "Une année en poésie", sélection d'Emmanuelle Leroyer, préface d'Isabelle Carré, illustrations de Frann Preston-Gannon. Il s'appuyait sur "I Am the Seed That Grew the Tree – A Nature Poem for Every Day of the Year", sélection de Fiona Waters, illustrations de Frann Preston-Gannon (Nosy Crow, 2018). 
 
 
  
(1) Le tigre en couverture de la version anglaise et le choix du titre, "Tiger, Tiger, Burning Bright!" (Nosy Crow) sont une allusion à un célèbre poème de William Blake (1757-1827).
 

mercredi 3 décembre 2025

Un calendrier de l’Avent poétique

"Même l'hiver a des airs de caresse". (c) La doux.

Idée originale que ce livre "Même l'hiver a des airs de caresse" dont les poèmes sont composés par Marion Fritsch et illustrés par Hadrien (La Doux, nouvelle maison d’édition jeunesse dans le groupe Les nouveaux éditeurs d'Arnaud Nourry, 200 pages). D'abord, il est non-massicoté, terme ancien, professionnel ou savant pour indiquer que les pages ne sont pas découpées. Ensuite, chacun de ses mini-cahiers comporte un poème de l'Avent se déroulant sur plusieurs pages et complété de dessins. Numérotés de 1 à 24, ils ménagent un sympathique et ludique effet de surprise.

En y regardant de plus près, la non coupe des pages impose l'usage d'un coupe-papier pour ne pas les déchirer quand on veut accéder au contenu, le pointillé de petits trous ne suffisant pas. C'est contraignant, mais cela peut se trouver. Faire bien attention aussi à ne pas décoller le dos du livre broché. Que découvre-t-on alors de jour en jour, si on respecte le calendrier et la consigne? Un poème, inédit précise l'éditeur comme si ce n'était pas la moindre des choses, de Marion Fritsch, mis en scène et en images par Hadrien, pour cheminer jusqu'à Noël. 
La maison d'édition précise que Marion et Hadrien sont des passeurs de mots, engagés pour faire rayonner la poésie dans la vie de tous les jours, via leurs comptes Instagram (ici et ici) ou leurs performances en live dans le cadre du Poetry Club. Leurs comptes sont en effet suivis par des 450.000 personnes pour la première, par 126.000 pour le second, mais qui n'en suivent eux-mêmes que 412 et 137. A peine les avais-je suivis qu'ils m'invitaient à leurs canaux de diffusion. Drôlement efficaces. 
Que découvre-t-on alors? Une mise en bouche pour le 1er décembre: "25 jours pour serrer dans ses bras les étoiles dans les yeux qu'on avait égarées". Un texte plus long pour le 2 décembre: "D'abord on ira choisir le sapin / chez le fleuriste du coin celui que tu aimes bien  / celui qui nous file toujours une rose et un chocolat / puis on prendra la route direction le vieil entrepôt pour la bûche et le nougat / tu connais le gérant depuis 15 ans et tu me le rappelleras / comme d'habitude / comme d'habitude / on ressortira les guirlandes les boules les chaussettes de la cave l'étoile un peu cabossée nichée dans la poussière des cartons / qu'on accrochera quand même comme chaque fin d'année / naîtra alors ce bonheur contagieux dans tes yeux / la plus belle des habitudes / et Noël pourra bien commencer."
 
A chacun de juger du texte, les images l'accompagnent. Je ne dévoilerai un autre jour que dans l'apparence qu'il a dans les pages du livre à la couverture embellie par une dorure (ci-dessus et ci-dessous).
 
Un QR code à scanner en quatrième de couverture permet d'entendre chaque jour la version audio du poème lu par l'autrice. 
 
 
 
 
 
"Même l'hiver a des airs de caresse". (c) La doux.




mardi 2 décembre 2025

Les espiègleries littéraires de la FWB

Reportée d'une semaine pour cause de grève nationale, la cérémonie de remise des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles a eu lieu ce lundi 1er décembre. Ce fut donc raté pour moi qui rentrais à ce moment de Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis. Les Espiègles récompensent chaque année des auteurs et autrices belges francophones en littérature générale, jeunesse, bande dessinée et des auteurs et autrices écrivant dans une langue régionale de la Fédération Wallonie-Bruxelles (wallon, picard, gaumais, etc).
 
Dix prix ont été remis cette année (tous ne sont pas annuels, pour un montant total de 71.000 euros):
  • l'Espiègle du couronnement de carrière en littérature générale (quinquennal, 15.000 euros)
  • l'Espiègle de prose en langue française (triennal, 8.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en littérature générale (annuel, 5.000 euros)
  • l'Espiègle de littérature de jeunesse (annuel à partir de cette année, alternativement texte ou image, 10.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse (annuel, 5.000 euros)
  • le prix Atomium – Fédération Wallonie-Bruxelles / Espiègle de la bande dessinée, déjà décerné à Romain Renard pour "Revoir Comanche" le 26 septembre dernier dans le cadre du BD Comic Strip Festival (annuel, 10.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en bande dessinée (annuel, 5.000 euros)
  • l'Espiègle de prose en langue régionale (annuel, 8.000 euros)
  • l'Espiègle de la première œuvre en langue régionale (annuel, 1.000 euros)
  • l'Espiègle du rayonnement des littératures belges à l'étranger - Prix Léo Beeckman (annuel, cette année bande dessinée, 4.000 euros)
 
Palmarès
 

L'Espiègle du couronnement de carrière en littérature générale pour l'ensemble de son œuvre va à Eugène Savitzkaya. Il est essentiellement publié aux Editions de Minuit. Jury: "Une œuvre originale et sans concessions, une trajectoire construite en-dehors de tout confort."
 
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​L'Espiègle de prose en langue française couronne Ariane Le Fort pour "Quand les gens dorment" (Onlit, lire ici).

Étaient aussi finalistes Hubert Antoine pour "Les formes d'un soupir" (Verticales), Stéphane Lambert pour "L'apocalypse heureuse" (Arléa), Christophe Levaux pour "Baisse ton sourire" (Do), Philippe Marczewski pour "Un corps tropical" (Inculte) et Giuseppe Santoliquido pour "L'été sans retour" (Gallimard).
 
 
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L'Espiègle de la première œuvre en littérature générale va à Merlin Vervaet pour "Le groupe de l'Ouest lointain" (Lansman éditeur).

Étaient aussi finalistes Paloma De Boismorel pour "La fin du sommeil" (Editions de l'Olivier) et Bénédicte Lotoko pour "Ça brille encore" (Les Impressions Nouvelles). 
 

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Le prix Atomium – Fédération Wallonie-Bruxelles / Espiègle de la bande dessinée, a été attribué dans le cadre du BD Comic Strip Festival à Romain Renard pour "Revoir Comanche" (Le Lombard), déjà prix Victor Rossel de la bande dessinée 2024.

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L'Espiègle de la première œuvre en bande dessinée récompense Eléonore Marchal pour "Manger" (Cambourakis).
 
Étaient aussi finalistes Mathilde Ducrest pour "Fragile" (Casterman) et Iason Saïtas pour "Regarde dans mes yeux je peux pas trouver mieux" (CFC).
 
 
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​L'Espiègle de littérature de jeunesse est une nouvelle récompense pour Marie Colot et son "Mori: graines de géants dans les forêts urbaines d'Akira Miyawaki" illustré par Noémie Marsily (CotCotCot, lire ici), déjà Pépite fiction juniors 2024 au Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-Saint-Denis.
 
Étaient aussi finalistes Christelle Dabos pour "Nous" (Gallimard jeunesse) et Ludivine Joinnot pour "Des fourmis qui gigotent" (L'Ail des ours).
 

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L'Espiègle de la première œuvre en littérature de jeunesse va à Catherine Le Goff pour "Chez Mémé" (CFC éditions).
 
Étaient aussi finalistes Joanna Lorho pour "Le Hibou abasourdi" (La Pastèque) et Emmanuelle Pirotte pour "Au bord du monde" (l'école des loisirs).
 
 
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L'Espiègle de la première œuvre en langue régionale est attribué à Philippe Gillet pour "Alice".
 
Étaient aussi finalistes  Fernand Dendoncker pour "Su m-n-étchelle" et Didier Elias pour "Ogrione".
 

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L'Espiègle de prose en langue régionale va à Lorint Hendschel pour "Li Djoû qu’ Monsieû a rivnou".
 
Étaient aussi finalistes Jean Colot pour "Quand m' prôse socenéye avou l' powésîye dès scrîjeus namurwès tot-au long de l'anèye", Michelle Fourez pour "Deux petrix, eune agache, eune pâture" (Audace) et Jacques Warnier pour "On-z-a hapé Popol" (Éditions de la province de Liège).
 
  
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L'Espiègle du rayonnement des littératures belges à l'étranger, Prix Léo Beeckman (attribué cette année en bande dessinée) a choisi le Festival Québec BD et sa Maison de la BD.