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vendredi 3 avril 2026

Une Belge en sélection du Prix du Livre Inter 2026


 
La sélection 2026.
Distinction appréciée pour son palmarès qui constitue une excellente bibliothèque, le prix du Livre Inter vient de révéler les dix titres de fiction choisis pour l'édition 2026. Distinction appréciée aussi parce qu'elle est le choix de lecteurs. Ce sont vingt-quatre auditeurs, douze hommes et douze femmes, qui ont auront la tâche de choisir le ou la gagnante le 31 mai sous la présidence cette année de Laurent Mauvignier, prix Goncourt 2025. Le lauréat (deux possibilités)  ou la lauréate (huit possibilités) de cette 52e édition du prix sera annoncé(e) le 1er juin dans la matinale de France Inter. Ces jurés ont été choisis dans les plus de 2500 lettres reçues à France Inter, notamment par la grande organisatrice Eva Bettan.
 

La littérature belge a souvent été présente dans les sélections du prix du Livre Inter. Elle en a même été lauréate à deux reprises: Henry Bauchau (2008) et Antoine Wauters (2022). On connaît l'adage, "jamais deux sans trois". Ce sera peut-être le cas puisque apparaît dans la sélection le magnifique roman de Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil), qui alla jusqu'en finale du Goncourt 2025.






La sélection
  • Jakuta Alikavazovic, "Au grand jamais" (Gallimard)
  • Sarah Chiche, "Aimer" (Julliard)
  • Cécile Coulon, "Le visage de la nuit" (L'Iconoclaste)
  • Constance Debré, "Protocoles" (Flammarion)
  • Jérôme Ferrari, "Très brève théorie de l'enfer" (Actes Sud)
  • Ramsès Kefi, "Quatre jours sans ma mère" (Éditions Philippe Rey)
  • Marie-Hélène Lafon, "Hors Champ" (Buchet-Chastel)
  • Caroline Lamarche, "Le Bel Obscur" (Seuil)
  • Pauline Peyrade, "Les Habitantes" (Éditions de Minuit)
  • Julie Wolkenstein, "Chimère" (P.O.L.)
Pour lire quelques pages des livres en compétition, c'est ici.


Le jury 2026
  • Charline Allard - Enseignante - 46 ans - Aubusson, Creuse (23)
  • Thomas Astier - Chargé de mission dans le secteur du patrimoine - 29 ans - Pantin, Seine-Saint-Denis (93)
  • Delphine Bouzy - Responsable de service dans une mutuelle - 51 ans - Le Perreux-sur-Marne, Val-de-Marne (94)
  • Thibault Boyer - En recherche d'emploi - 28 ans - Nîmes
  • Patrick Brault - Artificier - 60 ans - Galluis, Yvelines (78)
  • Rachel Choukroun - Enseignante retraitée - 85 ans - Marseille
  • José Cosse - Délégué départemental Haute-Garonne pour l'association Le Refuge - Toulouse
  • Nicole Crochet - Cheffe de projet budget participatif - 50 ans - Bourg-en-Bresse, Ain (01)
  • Florence Delpal - Psychologue - 50 ans - Valence, Drôme (26)
  • Timothée Dupont - Paysan bio - 41 ans - Ercé-en-Lamée, Ille-et-Vilaine (35)
  • Charlotte Durand - Responsable des affaires réglementaires de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme dans un grand groupe bancaire - 47 ans - Paris
  • Brice Duthion - Fondateur d'une agence de conseil - 54 ans - Le Cannet, Alpes-Maritimes (06)
  • Richard Francis - Retraité - 73 ans - Sanceray, Saône-et-Loire (71)
  • Sylvia François - Régisseuse d'extérieur - 55 ans - Lieu-dit : Le Clémence, Orne (61)
  • Tom Grandgeorge - Maçon - 25 ans - Lyon
  • Catherine Hardoin - Retraitée de la Caisse Primaire d'Assurance Maladie - 64 ans - Parigné-L'Évêque, Sarthe (72)
  • David Langlois - Infirmier - 48 ans - Couddes, Loir-et-Cher (41)
  • Didier Laulom - Carreleur - 58 ans - Lescar, Pyrénées-Atlantiques (64)
  • Raphaëlle Leriche - Infirmière - 55 ans - Cessières-Suzy, Aisne (02)
  • Philippe Mathieu - Directeur adjoint de Segpa - 60 ans - Fains-Véel, Meuse (55)
  • Jean-Charles Ravion - Retraité du champ médico-social - 65 ans - Saint-Just-Luzac, Charente-Maritime (17)
  • Kareen Rispal - Diplomate - 65 ans - Madrid
  • Delphine Staquet - Professeur des écoles - 45 ans - Villeneuve d'Ascq, Nord (59)
  • Nadia Strzelecki - Assistante de direction dans le secteur social - 42 ans - Paris
 

 
 

lundi 4 août 2025

Un été avec la famille Royer

"Un été 79" de Jean-Philippe Blondel. (c) L'Iconoclaste.

Pour son retour à la fiction (lire en fin de note), Jean-Philippe Blondel a choisi une famille comme il les aime. On va cheminer le temps d'un été, "Un été 79" (L'Iconoclaste, 262 pages), en compagnie de Michel et Andrée Royer et de leurs deux garçons. Pascal, 22 ans, a déjà quitté le nid familial. Il travaille, brille, veut briller encore plus. Philippe, 15 ans, vit chez ses parents, entre l'école, ses livres et ce qu'il écrit, ses tentatives amoureuses et ses ruminations de second enfant. De second fils. Les deux parents travaillent, lui à la SNCF, elle dans l'enseignement. En province, évidemment.
 
On retrouve immédiatement la petite musique de l'écriture Blondel. Des phrases apparemment simples, mais dont chaque mot a été pesé, soupesé avant d'être conservé. Une intrigue qui enveloppe le lecteur, l'insère dans le chœur des personnages. Lui fait vivre des situations, des émotions. Le confronte à ses propres sentiments.
 
Dès les premières pages, l'auteur nous plonge dans l'ambiance de cette époque déjà un peu lointaine, avec les choix, les ambitions, les découvertes du temps. Ah, ces surgelés tellement pratiques, la précieuse Talbot, le disco, le "Nouvel Observateur" des gens de gauche. Car les Royer sont de gauche, comme beaucoup de monde à l'époque. François Mitterrand n'allait-il pas être élu président de la République française le 10 mai 1981? Les lecteurs plus âgés apprécieront les innombrables détails relatifs à l'été 1979. Comme un petit tiroir de souvenirs enfouis qui s'ouvre. Les plus jeunes découvriront l'étendue des changements survenus dans tous les domaines en quarante-cinq ans. Un océan, un gouffre. Dix ans après mai 68, l'émancipation féminine peinait dans un monde encore très patriarcal.
 
Chez les Royer, cela ne va pas fort en ce début d'été. Lui a reçu une promotion impliquant son déménagement à Paris. Comment en parler à son épouse quand tant de nuages se sont accumulés sur leur couple qui préfère se taire et souffrir, plutôt que communiquer? Philippe s'apprête à mourir d'ennui chez ses grands-parents maternels. C'est dire si la soudaine location d'une quinzaine dans un VVF (Villages Vacances Famille) dans le Vercors rebat les cartes. Elle les rebattra même au-delà de tout ce qu'ils auraient pu imaginer. Et dans tous les sens.
 
Blondel mène en chef d'orchestre doté d'une grande finesse ce séjour de vacances inattendu. Il révèle son amour pour ses personnages auxquels il fait vivre ce qu'on appelle la vie, avec ses hauts, ses bas, ses surprises, ses avancées et ses reculades. Pas de jugement, mais un zoom sur une famille à un moment donné. Si Michel, Andrée et Philippe sortiront grandis de cette expérience, ce sera moins le cas de Pascal qui vient les rejoindre quelques jours. "Un été 79" nous fait côtoyer le trio principal et ses personnages secondaires, dans une proximité d'âme réjouissante. Pas de stroboscope qui déchire mais une attention fine aux êtres, assurée par les décors fouillés, tant les lieux que les habitudes et les musiques, et quelques éléments personnels (Jean-Philippe Blondel avait quinze ans en 1979 et a brièvement évoqué ce séjour dans "Traversée du feu"). Comme souvent chez lui, la finale surprend et enchante, bouclant une boucle qui s'était discrètement dessinée.
 
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Si "Un été 79" marque le retour à la fiction de Jean-Philippe Blondel, son sujet était déjà abordé dans le dernier chapitre de son livre précédent, "Traversée du feu" (L'Iconoclaste,208 pages, 2024), sorti au début de l'année dernière. Le récit d'une trentaine de mois entre février 2021 et juillet 2023 où l'auteur a affronté un cancer et son traitement. Avec tout ce que cela suppose de difficultés, d'angoisses et de souffrances. Un parcours d'autant plus difficile pour lui qu'il avait déjà été confronté à la mort quarante ans plus tôt.
 
Mais comme la fois précédente, il ne se laissera pas abattre. Il nous fait donc le récit de son cancer et de son traitement, le confinement dû au Covid augmentant encore son isolement forcé. Mais il le fait à sa manière, résiliente. "Je n'arrivais plus à écrire de la fiction", nous disait-il au moment de la sortie du livre. "J'avais des idées mais je n'allais pas plus loin que vingt pages. Il fallait que je me raconte, que je raconte ça. J'ai aussi voulu écrire les absents, notamment dans la finale en apothéose. J'ai toujours vécu avec l'idée que j'étais le dépositaire d'histoires non terminées ou brutalement achevées."
 
Sa chronologie est piquée de souvenirs et d'interrogations multiples. Les grandes questions sur la place dans le monde et la réussite d'une vie débouchent aussi sur l'amitié, les rencontres, le destin. Le tout est émaillé de petits faits et d'anecdotes bien ancrées dans la réalité, comme l'amitié avec l'écrivain Pierre Bottero ou la naissance de ses filles. Le succès de la chimiothérapie s'assortit de flashs biographiques, dont on a eu des bribes dans les romans précédents de Blondel. "Bâtir des ponts, être prof, être écrivain, c'est toute ma vie." Son récit est plein de surprises et de petites lumières, qu'il est touchant de découvrir.
 
Chacun des sept chapitres est titré d'un verbe: courir, annoncer, absorber, marcher, écouter, envoyer, jouir. "Sept verbes à l'infinitif", précise-t-il, "pour me conjuguer au passé, au présent et au futur. Parce qu'entre chaque infinitif, il y a la vie." 
 
Quel mot, un seul mot, pour "Traversée du feu"?
Réponse de l'auteur: "le chemin".
Réponse de la lectrice que je suis: "la libération"
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 26 mars 2023

Les dix finalistes du Prix Prem1ère 2023


C'est à 14 heures le jeudi 30 mars, premier jour de la Foire du livre de Bruxelles, que sera dévoilé et remis le prix Prem1ère 2023. Lequel/laquelle des dix primo-romancier/ère.s finalistes sera-t-il/elle récompensé.e? Je le sais, mais je ne dirai rien. Cinq des livres datent de la rentrée littéraire d'août 2022, cinq de celle de janvier 2023. 

Rappelons que ce prix est un prix de lecteurs, choisis sur base des dossiers qu'ils ont envoyés à la RTBF, et qu'ils ont à lire les dix premiers romans écrits en langue française qui ont été retenus par un comité de professionnels du livre, libraires, journalistes et critiques littéraires. 

Les finalistes par ordre alphabétique

Philippe Alauzet
"Dans les murmures de la forêt ravie"
Le Rouergue, 2023

(c) Laurent Parson.

Agnès n'a jamais quitté la ferme de Jean, son père. Sa mère a disparu quand elle était adolescente et elle a peu à peu pris sa place. Elle rejette les avances des hommes mais accepte les caresses de Pàl, l'ouvrier étranger qui travaille chez eux. Quand vient de la forêt une bête présumée disparue, décimant les troupeaux, Jean prend un fusil et, suivi de son chien Pentecôte, passe l'orée du bois, les limites du monde.

Un conte noir que l'histoire de la libération d'une enfant blessée, dans un monde clos sur ses silences et ses secrets, où les fantômes rendent l'amour impossible.


Isabelle Blochet
"Descendre vers la mer"
Christian Bourgois, 2023

(c) Gilles Lasselin.

A la lisière d'une forêt de l'Oise, dans les années 70, deux adolescentes et leur jeune sœur se délectent des chansons de Sheila, Claude François et Mike Brandt, le préféré de la benjamine. Le plus souvent, ce sont le "Requiem" de Mozart, "Le Vaisseau fantôme" de Wagner ou "La Tempête"  de Tchaïkovski qui résonnent dans la maison. Le père les écoute à longueur de journée, allongé sur le canapé. Il place la musique au-dessus de tout et refuse qu'une de ses filles abandonne les leçons de piano.

Ce sont les vacances. Le temps des plongeons et de la nage. Le temps du bateau offert par sa femme qui permet de retarder la défense des grands hommes, Mozart et Beethoven. Mais la mer s'agite à nouveau, le père creuse une vague qui s'abat sur sa famille, le ton monte. La plus jeune observe, et tente de cerner cet homme fantasque et colérique. D'où viennent cette tristesse et cette solitude qui l'éloignent irrémédiablement des siens?


Quentin Charrier
"La mémoire de nos rêves"
Grasset, 2023

(c) JF Paga.

Simon, la trentaine, prof en banlieue parisienne comme l'auteur, reçoit un appel de la morgue. Franck Aubert est mort, il faut identifier le corps. Vingt ans d'une amitié étrange défilent soudain: celle qui, depuis l'enfance, l'aura tenu lié à ce gamin frondeur, demi-gitan et orphelin de père devenu délinquant puis caïd. Franck, auquel tout l'opposait, lui, le fils de médecin à l'avenir serein. En même temps que remontent les souvenirs, reviennent les sentiments. Notamment ceux qu'il garde pour Clarisse, son premier amour et ultime pièce de cet impossible trio amical. Les funérailles de Franck lui permettent de la revoir. Ensemble, ils partent dans le centre de la France prévenir la fille et l'ex-compagne de leur ami. Un voyage au coeur de leur mémoire et des rêves qu'ils avaient.


Rémi David
"Mourir avant que d'apparaître"
Gallimard, 2022

(c) Francesca Mantovani.

Lorsque Jean Genet rencontre Abdallah, qui sera un jour la figure centrale de son magnifique texte "Le Funambule", le jeune homme a dix-huit ans à peine et vit à Paris. Genet, quarante-quatre ans, est déjà un écrivain consacré. Il est aussitôt ébloui par le charme de cet acrobate, qui a travaillé plusieurs années au cirque Pinder. Il entreprend le projet fou de le hisser jusqu'à la gloire: son agilité, son expérience du cirque devraient lui permettre de devenir un artiste hors pair. Mais comment, après la chute, demeurer le funambule qui danse dans la lumière, le prodige que le poète a forgé de ses mains? Une histoire d'amour et de fascination réciproques.


Anthony Passeron
"Les enfants endormis"
Globe, 2022

(c) Jessica Jager.

Quarante ans après la mort de son oncle Désiré, Anthony Passeron décide d'interroger le passé familial. Évoquant l'ascension de ses grands-parents devenus bouchers pendant les Trente Glorieuses, puis le fossé grandissant apparu entre eux et la génération de leurs enfants, il croise deux histoires: celle de l'apparition du sida dans une famille de l'arrière-pays niçois – la sienne – et celle de la lutte contre la maladie dans les hôpitaux français et américains. En mêlant enquête sociologique et histoire intime, le primo-romancier évoque la solitude des familles à une époque où la méconnaissance du virus était totale, le déni écrasant, et le malade considéré comme un paria.

 
Laura Poggioli
"Trois sœurs"
L'Iconoclaste, 2022

(c) Céline Nieszawer.

Les trois sœurs du titre sont assises côte à côte dans l'entrée d'un appartement moscovite. Elles ont dix-sept, dix-huit et dix-neuf ans. Elles attendent l'arrivée de la police, à quelques mètres du corps inerte de leur père, Mikhaïl Khatchatourian, qu'elles ont tué. Depuis des années, après avoir terrorisé leur mère, il s'en prenait à elles, les insultait, les frappait, nuit et jour. La presse s'empare de leur histoire.

Les visages insouciants des trois gamines, dissimulant les supplices endurés si longtemps, questionnent l'autrice. Elle se souvient de sa jeunesse moscovite où elle rencontra Marina, son amie la plus chère, et Mitia, son amour violent. Il lui donnait parfois des coups, mais elle pensait que c'était peut-être aussi de sa faute. Alors que Laura Poggioli reconstitue la vie de ces trois sœurs, son histoire personnelle ressurgit.


Polina Panassenko
"Tenir sa langue"
L'Olivier, 2022

(c) Patrice Normand.

"Ce que je veux, moi, c'est porter le prénom que j'ai reçu à la naissance. Sans le cacher, sans le maquiller, sans le modifier. Sans en avoir peur. " Elle est née Polina mais la France l'a appelée Pauline. Quelques lettres et tout change. À son arrivée enfant à Saint-Étienne, au lendemain de la chute de l'URSS, elle se dédouble: Polina à la maison, Pauline à l'école. Vingt ans plus tard, elle vit à Montreuil. Elle a rendez-vous au tribunal de Bobigny pour tenter de récupérer son prénom.

Ce premier roman est construit autour d'une vie entre deux langues et deux pays. D'un côté, la Russie de l'enfance, celle de la datcha, de l'appartement communautaire où les générations se mélangent, celle des grands-parents inoubliables et de Tiotia Nina. De l'autre, la France, celle de la materneltchik, des mots qu'il faut conquérir et des Minikeums.


Neïla Romeyssa
"Brûleurs"
JC Lattès/La Grenade, 2023

(c) Patrice Normand.

De sa fenêtre, Salim regarde la mer, le mouvement des vagues et, enfin, il se sent vivre. Ici, à Alger, le soleil brille mais le quotidien est gris. Pas de boulot. Pas de perspective ni d'espoir. Il n'y a que de mauvaises cigarettes, de mauvaises bières et de mauvaises nuits. C'est la désillusion, et Salim ne veut pas être un désillusionnaire de plus. Il va partir, prendre la mer et rejoindre l'Europe, pour y libérer son énergie et réaliser son envie d'avenir. Mais comment faire? 


Alexandre Valassidis
"Au moins nous aurons vu la nuit"
Gallimard/Scribes, 2022

(c) Francesca Mantovani.

"Toute cette époque, c'était des jours comme aujourd'hui. Des jours du ventre mou de l'été. Où le ciel s'affaisse. En se couvrant de longues traînées mauve et noir. De grandes fleurs tristes." Dans une ville où règnent la langueur et l'ennui, où des immeubles sombres barrent l'horizon, un jeune homme, Dylan, disparaît dans des circonstances propres à susciter toutes les interrogations. Fuite, fugue, meurtre? Pour combler cette absence, le narrateur retrace ce qu'il sait de Dylan, approfondit son mystère, raconte les heures passées à errer tous les deux au cœur de la nuit et qui ont scellé leur amitié. Ces nuits à ne rien se dire, à observer. Jusqu'au jour où les deux jeunes hommes se surprennent à faire un détour dans leur itinéraire…


Daphné Vanel
"Jusqu'à la mer"
Mialet-Barrault, 2023

(c) Maxime Reychman.

Un jeune homme déambule dans un monde semblable au nôtre et pourtant subtilement différent. D'où lui vient cet étrange détachement qui le fait affronter sans broncher les situations les plus imprévues et les personnages les plus inattendus? Chaque chapitre est une surprise, chaque rencontre un étonnement. Avec sa phrase toujours juste et terriblement efficace, Daphné Vanel nous offre un texte remarquable où chaque trouvaille est un enchantement.






mercredi 19 octobre 2022

Les deuxièmes sélections des prix littéraires


Effet entonnoir à l'heure où les grands prix littéraires français ont fait connaître leurs deuxièmes sélections (sachant que le Wepler ne sélectionne qu'une fois). Qui reste-t-il des premières sélections (lire ici)? Pas grand-monde. Seuls neuf livres apparaissent encore à deux ou trois places - ce qui n'augure rien de la suite.
Cinq triplés:
  • Claudie Hunzinger dont "Un chien à ma table" (Grasset) reste présent au Renaudot, au Femina et au Médicis.
  • Monica Sabolo ne change rien par rapport au premier tour car "La vie clandestine" (Gallimard) figure toujours au Goncourt, au Renaudot et au Médicis.
  • Brigitte Giraud fait pareil:  "Vivre vite" (Flammarion) reste au Décembre, au Goncourt et au Femina.
  • Giuliano da Empoli aussi: "Le Mage du Kremlin" (Gallimard) apparaît toujours à l'Académie, au  Goncourt, à l'Interallié.
  • Pascale Robert-Diard encore: "La Petite menteuse" (L'Iconoclaste): Académie, Goncourt, Interallié.

Quatre doublés:
  • Emma Becker, "L'inconduite" (Albin Michel): Décembre, Flore (et Interallié).
  • Nathan Devers, "Les Liens artificiels" (Albin Michel): Goncourt, Renaudot.
  • Sybille Grimbert, "Le dernier des siens" (Anne Carrière): Renaudot, Femina.
  • Grégoire Bouillier, dont la brique "Le cœur ne cède pas" (Flammarion) est encore en lice au Goncourt et au Femina

    Et toujours la Belge Eva Kavian dont "L'engravement" (Editions La Contre Allée) est retenu au prix Wepler.

    Pour ceux que cela intéresse, voici les deuxièmes sélections des dix prix in extenso. C'est un peu moins long mais toujours fastidieux, je suis d'accord.

    Prix littéraires 2022

    Décembre (26 octobre)

    Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
    Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
    Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
    Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
    Corentin Durand, L'inclinaison (Gallimard)

    Académie française (27 octobre)

    Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
    Jean Michelin, Ceux qui restent (Héloïse d'Ormesson)
    Pascale Robert-Diard, La Petite Menteuse (L'Iconoclaste)

    Goncourt (3 novembre)

    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
    Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
    Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
    Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
    Makenzy Orcel, Une somme humaine (Rivages)
    Pascale Robert-Diard, La petite menteuse (L'Iconoclaste)
    Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)

    Renaudot (3 novembre)

    * Romans
    Antoine Choplin, Partie italienne (Buchet-Chastel)
    Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
    Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
    Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Simon Liberati, Performance (Grasset)
    Laurence Nobecourt, Opéra des oiseaux (Grasset)
    Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
    Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
    * Essais
    Anne Akrich, Le sexe des femmes (Gallimard)
    Guillaume Durand, Déjeunons sur l'herbe (Bouquins)
    Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
    Jean-Paul Mari, Oublier la nuit (Buchet Chastel)
    Jean-Claude Perrier, Le Photographe de Notre-Dame (Cerf)
    Olivier Philipponat, Géographie des peuples fabuleux (Buchet Chastel)

    Femina (7 novembre)

    * Romans français
    Miguel Bonnefoy, L'inventeur (Rivages)
    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
    Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Oriane Jeancourt-Galignani, Quand l'arbre tombe (Grasset)
    Marie Nimier, Petite sœur (Gallimard)
    Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
    Yves Ravey, Taormine (Minuit)
    Lucie Rico, GPS (P.O.L.)
    * Romans étrangers
    Gabriel Byrne, Mes fantômes et moi, traduit par Diane Meur (Sabine Wespieser)
    Rachel Cusk, La dépendance, traduit par Blandine Longre (Gallimard)
    Nathan Harris, La douceur de l'eau, traduit par Isabelle Chapman (Philippe Rey)
    Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit par Paul Lequesne (Liana Levi)
    Lutz Seiler, Stern 111, traduit par Philippe Giraudon (Verdier)
    Alexander Starritt, Nous, les Allemands, traduit par Diane Meur (Belfond)
    Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
    Brandon Taylor, Real life, traduit par Héloïse Esquié (La Croisée)
    Colm Toibin, Le magicien, traduit par Anna Gibson (Grasset)
    Hanya Yanagihara, Vers le paradis, traduit par Marc Amfreville (Grasset)

    Médicis (8 novembre)

    * Romans français
    Emmanuelle Bayamack-Tam, La Treizième Heure (P.O.L.)
    Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
    Virginie Despentes, Cher connard (Grasset)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Victor Jestin, L'Homme qui danse (Flammarion)
    Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
    Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
    Monica Sabolo, La Vie clandestine (Gallimard)
    Anne Serre, Notre si chère vieille dame (Mercure de France)
    * Romans étrangers
    Maria Sonia Cristoff, Mal d'époque, traduit de l'espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet (Le Sous-Sol)
    Gyrdir Eliasson, Requiem, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson (La Peuplade)
    Anna Hope, Le Rocher blanc, traduit de l'anglais par Elodie Leplat (Le Bruit du monde)
    Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit du russe (Ukraine) par Paul Lequesne (Liana Levi)
    Nicola Lagioia, La Ville des vivants, traduit de l'italien par Laura Brignon (Flammarion)
    Leila Mottley, Arpenter la nuit, traduit de l'américain par Pauline Loquin (Albin Michel)
    Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
    Colm Toibin, Le Magicien, traduit de l'anglais (Irlande) par Anna Gibson (Grasset)
    Allen S.Weiss, L'Autobiographie de Teddy, traduit de l'américain par Jean-François Allain (Gallimard)

    Giono (8 novembre)

    Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
    Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil (Le Tripode)
    Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
    Xavier Le Clerc, Un homme sans titre (Gallimard)
    Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (L'Observatoire)

    Interallié (9 novembre)

    Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
    Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
    Fabrice Gaignault, La vie plus douce (Grasset)
    Philibert Humm, Roman fleuve (Équateurs)
    Pascale Robert-Diard, La Petite menteuse (L'Iconoclaste)

    Prix de Flore (10 novembre)

    Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
    Joffrine Donnadieu, Chienne et louve (Gallimard)
    Clovis Goux, Les poupées (Stock)
    Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
    Basile Panurgias, Le doute (Robert Laffont)

    Wepler (14 novembre)

    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Corinne Desarzens, Un Noël avec Winston (La Baconnière)
    Eva Kavian, L'engravement (Éditions La Contre Allée)
    Jean Baptiste Maudet, Tropicale tristesse (Le Passage)
    Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
    Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
    Guillaume Perilhou, Ils vont tuer vos fils (L'Observatoire)
    Laurence Potte-Bonneville, Jean-Luc et Jean-Claude (Verdier)
    Lucie Rico, GPS (P.O.L)
    Jane Sautière, Corps flottants (Verticales)
    Anne Savelli, Musée Marilyn (Inculte)
    Kinga Wyrzykowska, Patte blanche (Seuil)


    samedi 1 octobre 2022

    Les premières sélections des prix littéraires

    Matilda, de Roald Dahl, dessinée par Quentin Blake. (c) Gallimard Jeunesse.

    En cette fin septembre, les grands prix littéraires français ont révélé leurs premières sélections. Au total, 116 livres ont été repérés par les jurys des dix prix suivants, présentés selon la date de remise des prix, sachant que certains ne choisissent que des romans français, d'autres y joignent des romans étrangers ou des essais: Décembre, Académie française, Goncourt, Renaudot, Femina, Médicis, Flore, Wepler, Interallié et Giono. Parmi ces 116 auteur(e)s, une seule Belge, Eva Kavian dont "L'engravement" (Editions La Contre Allée) est retenu au prix Wepler.

    Parmi ces 116 auteur(e)s, treize arborent trois ou quatre ou cinq sélections. Bien sûr, cela va changer lors des tours suivants. Et cela ne dit rien des lauréats.
    • Actuellement, Claudie Hunzinger figure en tête avec "Un chien à ma table" (Grasset), présent dans cinq sélections: Académie française, Renaudot, Femina, Médicis et Giono.
    • Emma Becker, dans quatre avec "L'inconduite" (Albin Michel): Décembre, Renaudot, Flore et Interallié.
    • "Le cœur ne cède pas" (Flammarion), la brique de Grégoire Bouillier, est aussi présente quatre fois, mais ailleurs: Goncourt, Renaudot, Femina, Wepler.
    • Dix autres noms apparaissent chacun trois fois.
    • Anthony Passeron, "Les enfants endormis" (Globe): Décembre, Flore, Wepler.
    • Brigitte Giraud, "Vivre vite" (Flammarion): Décembre, Goncourt, Femina.
    • Giuliano da Empoli, "Le Mage du Kremlin" (Gallimard): Académie, Goncourt, Interallié.
    • Monica Sabolo, "La vie clandestine" (Gallimard): Goncourt, Renaudot, Médicis.
    • Nathan Devers, "Les Liens artificiels" (Albin Michel): Goncourt, Renaudot, Médicis.
    • Pascale Robert-Diard, "La Petite menteuse" (L'Iconoclaste): Académie, Goncourt, Interallié.
    • Polina Panassenko, "Tenir sa langue" (L'Olivier): Femina, Médicis, Wepler.
    • Sandrine Collette, "On était des loups" (JC Lattès): Renaudot, Femina, Giono.
    • Sybille Grimbert, "Le dernier des siens" (Anne Carrière): Académie, Renaudot, Femina.
    • Yves Ravey, "Taormine" (Minuit): Goncourt, Renaudot, Femina.
    •  

    Pour ceux que cela intéresse, voici les premières sélections des dix prix in extenso. C'est un peu long et un peu fastidieux, je suis d'accord.

    Prix littéraires 2022

    Décembre (26 octobre)

    Basile Panurgias, Le Doute (Robert-Laffont)
    Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
    Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
    Sélim Nassib, Le tumulte (L'Olivier)
    Pacôme Thiellement, Paris des plongeurs (Seuil)
    Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
    Maria Larrea, Les gens de Bilbao naissent où ils veulent (Grasset)
    Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
    Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
    Corentin Durand, L'inclinaison (Gallimard)

    Académie française (27 octobre)

    Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
    Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
    Pauline Dreyfus, Le Président se tait (Grasset)
    Sibylle Grimbert,Le Dernier des siens (Anne Carrière)
    Félicité Herzog, Une brève libération (Stock)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Yasmina Khadra, Les Vertueux (Mialet-Barraut)
    Alain Mabanckou, Le Commerce des allongés (Seuil)
    Jean Michelin, Ceux qui restent (Héloïse d'Ormesson)
    Pascale Robert-Diard, La Petite Menteuse (L'Iconoclaste)
    Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)

    Goncourt (3 novembre)

    Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
    Giuliano da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
    Carole Fives, Quelque chose à te dire (Gallimard)
    Sabyl Ghoussoub, Beyrouth-sur-Seine (Stock)
    Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
    Sarah Jollien-Fardel, Sa préférée (Sabine Wespieser)
    Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
    Makenzy Orcel, Une somme humaine (Rivages)
    Yves Ravey, Taormine (Minuit)
    Pascale Robert-Diard, La petite menteuse (L'Iconoclaste)
    Emmanuel Ruben, Les Méditerranéennes (Stock)
    Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
    Anne Serre, Notre si chère vieille dame auteur (Mercure de France)

    Renaudot (3 novembre)

    * Romans
    Emma Becker, L'inconduite (Albin Michel)
    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Antoine Choplin, Partie italienne (Buchet-Chastel)
    Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
    Nathan Devers, Les liens artificiels (Albin Michel)
    Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
    Hubert Haddad, L'invention du diable (Zulma)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Sylvie Le Bihan, Les sacrifiés (Denoël)
    Simon Liberati, Performance (Grasset)
    Laurence Nobecourt, Opéra des oiseaux (Grasset)
    Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
    Michel Quint, La printanière (Serge Safran)
    Yves Ravey, Taormine (Minuit)
    Monica Sabolo, La vie clandestine (Gallimard)
    * Essais
    Anne Akrich, Le sexe des femmes (Gallimard)
    Philippe Bordas, Le célibataire absolu (Gallimard)
    Guillaume Durand, Déjeunons sur l'herbe (Bouquins)
    Raphaël Gaillard, Un coup de hache dans la tête (Grasset)
    Iegor Gran, Z comme zombie (P.O.L.)
    Lola Lafon, Quand tu écouteras cette chanson (Stock)
    Jean-Paul Mari, Oublier la nuit (Buchet Chastel)
    Minh Tran Huy, Un enfant sans histoire  (Actes Sud)
    Benoît Peeters, Robbe-Grillet, l'invention du Nouveau Roman (Flammarion)
    Jean-Claude Perrier, Le Photographe de Notre-Dame (Cerf)
    Olivier Philipponat, Géographie des peuples fabuleux (Buchet Chastel)

    Femina (7 novembre)

    * Romans français
    Miguel Bonnefoy, L'inventeur (Rivages)
    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Thierry Clermont, Long Island Baby (Stock)
    Sandrine Collette, On était des loups (JC Lattès)
    Brigitte Giraud, Vivre vite (Flammarion)
    Sybille Grimbert, Le dernier des siens (Anne Carrière)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Oriane Jeancourt-Galignani, Quand l'arbre tombe (Grasset)
    Marie Nimier, Petite sœur (Gallimard)
    Christophe Ono-Dit-Biot, Trouver refuge (Gallimard)
    Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
    Yves Ravey, Taormine (Minuit)
    Lucie Rico, GPS (P.O.L.)
    Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
    Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (l'Observatoire)
    Anne-Sophie Subilia, L'épouse (Zoé)
    * Romans étrangers
    Viola Ardone, Le choix, traduit par Laura Brignon (Albin Michel)
    Russell Banks, Oh, Canada, traduit par Pierre Furlan (Actes Sud)
    Gabriel Byrne, Mes fantômes et moi, traduit par Diane Meur (Sabine Wespieser)
    Mia Couto, Le cartographe des absences, traduit par Elisabeth Monteiro Rodrigues (Métailié)
    Rachel Cusk, La dépendance, traduit par Blandine Longre (Gallimard)
    Nathan Harris, La douceur de l'eau, traduit par Isabelle Chapman (Philippe Rey)
    Angelika Klüssendorf, Le 34 septembre, traduit par Justine Coquel (Jacqueline Chambon)
    Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit par Paul Lequesne (Liana Levi)
    Jarred McGinnis, Le lâche, traduit par Marc Amfreville (Métailié)
    Lutz Seiler, Stern 111, traduit par Philippe Giraudon (Verdier)
    Alexander Starritt, Nous, les Allemands, traduit par Diane Meur (Belfond)
    Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
    Brandon Taylor, Real life, traduit par Héloïse Esquié (La Croisée)
    Colm Toibin, Le magicien, traduit par Anna Gibson (Grasset)
    Juan Gabriel Vasquez, Une rétrospective, traduit par Isabelle Gugnon (Seuil)
    Hanya Yanagihara, Vers le paradis, traduit par Marc Amfreville (Grasset)

    Médicis (8 novembre)

    * Romans français
    Claire Baglin, En Salle (Minuit)
    Emmanuelle Bayamack-Tam, La Treizième Heure (P.O.L.)
    Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
    Virginie Despentes, Cher connard (Grasset)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Victor Jestin, L'Homme qui danse (Flammarion)
    Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
    Cloé Korman, Les Presque Sœurs (Seuil)
    Emma Marsantes, Une mère éphémère (Verdier)
    Catherine Millet, Commencements (Flammarion)
    Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
    Olivia Rosenthal, Un singe à ma fenêtre (Verticales)
    Monica Sabolo, La Vie clandestine (Gallimard)
    Anne Serre, Notre si chère vieille dame (Mercure de France)
    Anne-Sophie Subilia,  L'Epouse (Zoé)
    * Romans étrangers
    Allison Bechdel, Les secrets de la force surhumaine, traduit de l'américain par Lili Sztajn (Denoël Graphic)
    Maria Sonia Cristoff, Mal d'époque, traduit de l'espagnol (Argentine) par Anne Plantagenet (Le Sous-Sol)
    Elin Cullhed, Euphorie, traduit du suédois par Anna Gibson (L'Observatoire)
    Gyrdir Eliasson, Requiem, traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson (La Peuplade)
    Anna Hope, Le Rocher blanc, traduit de l'anglais par Elodie Leplat (Le Bruit du monde)
    Andreï Kourkov, Les abeilles grises, traduit du russe (Ukraine) par Paul Lequesne (Liana Levi)
    Nicola Lagioia, La Ville des vivants, traduit de l'italien par Laura Brignon (Flammarion)
    Leila Mottley, Arpenter la nuit, traduit de l'américain par Pauline Loquin (Albin Michel)
    Alexander Starritt, Nous les Allemands, traduit de l'anglais par Diane Meur (Belfond)
    Maria Stepanova, En mémoire de la mémoire, traduit du russe par Anne Coldefy-Faucard (Stock)
    Colm Toibin, Le Magicien, traduit de l'anglais (Irlande) par Anna Gibson (Grasset)
    Allen S.Weiss, L'Autobiographie de Teddy, traduit de l'américain par Jean-François Allain (Gallimard)

    Interallié (9 novembre)

    Pierre Adrian, Que reviennent ceux qui sont loin (Gallimard)
    Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
    Nathan Devers, Les Liens artificiels (Albin Michel)
    Giuliano Da Empoli, Le Mage du Kremlin (Gallimard)
    Fabrice Gaignault, La vie plus douce (Grasset)
    Judith Housez, Chateaubriand à Saint-Tropez (Équateurs)
    Philibert Humm, Roman fleuve (Équateurs)
    Tristan Jordis, Le pays des ombres (Stock)
    Émilienne Malfatto, Le colonel ne dort pas (Sous-sol)
    Pascale Robert-Diard, La Petite menteuse (L'Iconoclaste)

    Prix de Flore (10 novembre)

    Emma Becker, L'Inconduite (Albin Michel)
    Bertrand Blier, Fragile des bronche (Seghers)
    Diaty Diallo, Deux secondes d'air qui brûle (Seuil)
    Joffrine Donnadieu, Chienne et louve (Gallimard)
    Clovis Goux, Les poupées (Stock)
    Mirwais Ahmadzai, Les tout-puissants (Séguier)
    Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
    Basile Panurgias, Le doute (Robert Laffont)
    Laura Poggioli, Trois sœurs (L'Iconoclaste)

    Wepler (14 novembre)

    Grégoire Bouillier, Le cœur ne cède pas (Flammarion)
    Corinne Desarzens, Un Noël avec Winston (La Baconnière)
    Eva Kavian, L'engravement (Éditions La Contre Allée)
    Jean Baptiste Maudet, Tropicale tristesse (Le Passage)
    Polina Panassenko, Tenir sa langue (L'Olivier)
    Anthony Passeron, Les enfants endormis (Globe)
    Guillaume Perilhou, Ils vont tuer vos fils (L'Observatoire)
    Laurence Potte-Bonneville, Jean-Luc et Jean-Claude (Verdier)
    Lucie Rico, GPS (P.O.L)
    Jane Sautière, Corps flottants (Verticales)
    Anne Savelli, Musée Marilyn (Inculte)
    Kinga Wyrzykowska, Patte blanche (Seuil)

    Giono (novembre)

    Muriel Barbery, Une heure de ferveur (Actes Sud)
    Mathieu Belezi, Attaquer la terre et le soleil (Le Tripode)
    Violaine Bérot, C'est plus beau là-bas (Buchet Chastel)
    David Bosc, Le pas de la demi-lune (Verdier)
    Sandrine Collette, On était des loups (J-C Lattès)
    Claudie Hunzinger, Un chien à ma table (Grasset)
    Xavier Le Clerc, Un homme sans titre (Gallimard)
    Jean-Noël Pancrazi, Les années manquantes (Gallimard)
    Simon Parcot, Le bord du monde est vertical (Le Mot et le Reste)
    Maud Simonnot, L'heure des oiseaux (L'Observatoire)



    jeudi 4 août 2022

    Trois cabinets de curiosités et d'autres bouts rimés, ou pas, illustrés, ou pas

    "Les morts vivent plus longtemps qu'avant".
    (c) Le Vistemboir.

    Pour entamer cette douzième année de mon blog, cap sur la poésie.
    Pour les grands et pour les petits. Trois cabinets de curiosités pour commencer, d'autres recueils ensuite.


    Les morts vivent plus longtemps qu'avant
    François David
    Le Vistemboir, 80 pages

    Sont-ils tous morts, les animaux photographiés par François David dans son nouveau recueil illustré de poésie? Le titre semblerait pencher pour, "Les morts vivent plus longtemps qu'avant". Mais les textes nés selon le principe déjà appliqué à "Et c'est moi que je vois" publié il y a deux ans (lire ici) le contredisent parfois.

    Rappelons la genèse des textes de François David. Ce dernier prend des photos sur son téléphone. Beaucoup de photos. Beaucoup de très belles photos. Ensuite, il sélectionne, trie, jusqu'à souvent n'en conserver qu'une. Cette photo-là  déclenchera un texte qui n'aurait pu naître sans elle, mais qui vagabonde en toute liberté.

    Dans un format identique au précédent volume auquel il fait écho, soit carré et moyen, "Les morts vivent plus longtemps qu'avant" tient davantage du cabinet de curiosités que du portrait mosaïque qu'était "Et c'est moi que je vois". Mais si François David dessine au fil de ses petits textes prenants un portrait de ses semblables, le couple, les terreurs, l'amour, les rêves, la pseudo-sagesse, en creux, c'est évidement lui qui se raconte à nouveau. Ses mots bien choisis composent des phrases vibrantes qui nous conduisent à la pharmacie, chez le coiffeur ou sur les sentiers, et en divers autres lieux qu'on ne considérera jamais plus comme avant après cette exaltante lecture.


    Je suis un génie
    Susie Morgenstern
    illustrations de Serge Bloch
    L'Iconoclaste, collection "L'iconopop", 80 pages

    Chaque matin, Susie Morgenstern écrit un poème qu'elle envoie à ses amis. Une vieille habitude qui n'avait pas donné lieu à publication. Ici Susie Morgenstern écrit un livre de poèmes qui se range aisément dans la catégorie "cabinet de curiosités". Elle y convoque en effet tous les génies à ses yeux, Bach, Hannah Arendt, Einstein, Jeanne d'Arc et d'autres en une rythmée alternance masculin-féminin. Surgit immédiatement la question, partagée entre auteure et lecteur/trice: "Et moi?" Pas question de se faire du mal. Les mêmes génies sont rappelés pour nous aider. Voilà reparti sur les chapeaux de roue, en plusieurs chapitres thématiques, cet irrésistible texte poético-humoristique, élégamment soutenu par les dessins de Serge Bloch. On le déguste, on s'y sent bien, on s'y sent grand. Quel génie, cette Susie!


    Aussi les gens
    Jean-Louis Massot
    Editions du Centre de créations pour l'enfance
    collection "PetitVa!", 40 pages

    Pas d'image en couverture de ce petit format à l'italienne à reliure spirale. On ne perd rien pour attendre. Dès la première page tournée, on tombe sur de curieux dessins en noir où l'on peut beaucoup imaginer, des silhouettes, des lieux... A moins que ce ne soit la poésie elle-même qui soit représentée, Jean-Louis Massot dédiant tout le recueil à la recherche de cette dernière. A lire ses textes pétillant d'amour pour la vie dans les instants quotidiens, célébrant les choses simples dans lesquelles se cache la beauté pour peu qu'on pense à la regarder, vibrant avec la nature qui nous nourrit et nous protège, on se dit qu'il a bien raison: c'est dans ce cabinet de curiosités que se trouve la poésie. Ouvrons les yeux, le nez, les oreilles, la bouche... Derrière les mots du poète, on retrouve si bien l'homme.


    Piéton du monde
    Carl Norac
    choix anthologique et postface de Jean-Luc Outers et Gérald Purnelle
    Espace Nord, 294 pages

    Poète national en Belgique de mars 2020 à mars 2022, années de confinement et de mort qui lui ont fait créer les "fleurs de funérailles" auxquelles ont participé plus de 70 poètes belges (lire ici), Carl Norac écrit de la poésie depuis toujours, mettant ses pas dans ceux de son père, l'instituteur et poète Pierre Coran, et ceux de Norge, son "bon génie".
    "(...)Un poème à la fois, ce n'est pas grand-chose
    et c'est tout l'univers."
    La phrase vaut pour son auteur et pour ses lecteurs.

    C'est dire si on n'aurait pas aimé être à la place de ceux qui ont composé cette anthologie, couvrant "l'ensemble de le production poétique de l'auteur à ce jour". On devine les choix cornéliens pour que l'ouvrage ait de la classe graphiquement parlant. Les pages accueillent les textes, laissent de la place au blanc, cette parure typographique, cette respiration pour le lecteur. "Piéton du monde" invite à suivre le poète dans ses voyages, extérieurs et intérieurs, sans oublier ses poèmes pour la jeunesse.

    Extrait.
    "Pierre Coran"
    "(...) Marchant sur une drève,
    il y a cet homme libre,
    jamais sans la part des autres,
    et cet homme est mon père." 
    Extrait de "Une valse pour Billie" (2013)


    Les animaux rêvent aussi
    Un abécédaire en poèmes
    Pierre Coran
    Iris Fossier
    Casterman, 64 pages
    à partir de 5 ans

    L'alphabet a déjà donné lieu à divers poèmes animaliers. Mais cet album grand format se distingue par la fantaisie de ses textes et la créativité de ses dessins gravés. La preuve que les enfants méritent mieux que des niaiseries. "Cet album est une commande que m'a faite Anne-Sophie Congar, éditrice chez Casterman", explique Pierre Coran. "Elle souhaitait que j'invente des rêves d'animaux. J'ai répondu oui pour deux raisons, parce qu'il s'agit d'animaux (j'ai 155 fables éditées) et parce que c'est mon retour chez Casterman." C'est l'ancien instituteur qui a souhaité en faire un abécédaire afin que les enfants puissent aussi apprendre les lettres.

    "La particularité de cet album", poursuit le poète, "est que les textes sont venus après les dessins." Pierre Coran s'est donc trouvé face à une abeille et des fleurs pour le "A", à un bonobo et un robot pour le "B", à un chien et un chat pour le "C". Il s'en est divinement bien sorti, évidemment, comme en témoigne le "G" de la girafe (et les autres) reproduit ici.

    Les plus attentifs auront remarqué la présence d'une abeille virevoltant sur les pages. "Celle-ci est arrivée en toute fin de mise en page", nous dit-il, "quand les pages étaient déjà montées."

    Il y a du monde à la lettre "G". (c) Casterman.



    Une seconde, papillon!
    Pierre Coran & Carl Norac
    Cécile Gambini
    Rue du monde
    collection "Une petite poignée de poèmes", 36 pages
    pour tous à partir de 7 ans

    Pierre Coran avait choisi d'écrire sous pseudonyme, son fils Carl a fait pareil, avec le même nom de famille mais en ordonnant ses lettres autrement: Norac. L'histoire est tellement ancienne qu'on s'en souvient à peine. Dans ce mini-livre, père et fils ont composé ensemble une quarantaine de brefs poèmes sur des thèmes qui leur sont chers, la poésie, l'enfance, le rêve. Les images de Cécile Gambini les accompagnent à la façon de doux papillons.



    Poèmes cueillis dans la forêt de vos yeux
    Françoise Lison-Leroy
    Nathalie Novi
    Rue du monde
    collection "Une petite poignée de poèmes", 36 pages
    pour tous à partir de 7 ans

    De ses innombrables rencontres avec des enfants, Françoise Lison-Leroy a ramené quarante poèmes chaque fois introduits par le prénom d'un enfant. Des mini-portraits en quelques lignes, mais quelques lignes qui disent tant de ces garçons et de ces filles d'aujourd'hui: d'ici ou d'ailleurs, tristes ou joyeux, chanteurs ou observateurs, portant souvent de si lourds poids déjà. Défenseuse des enfants, notamment de Syrie (lire ici et ici), Nathalie Novi illumine de six merveilleux portraits ces enfants de notre monde.



    De la terre dans mes poches
    Françoise Lison-Leroy
    Matild Gros
    CotCotCot éditions, 20 pages
    collection "Matière vivante"
    pour tous à partir de 4 ans

    D'avant-garde quand il parut en 2005 sous le titre "Jean jardinier" dans le recueil "Dites trente-deux" (Editions Luce Wilquin), le poème de Françoise Lison-Leroy a acquis une actualité brûlante, une nécessité urgente. Avec des mots tout simples, il dit la terre, le petit garçon qui découvre le jardinage, sa maman qui l'encourage et lui révèle combien la terre peut être nourricière. Les splendides illustrations de Matild Gros, ici épurées, là plus baroques, se posent magnifiquement sur ce texte qui ouvre la collection "Matière première", terrain de recherche poétique permettant de relier les êtres vivants à la nature, à l'écologie. Dans une démarche logique, l'éditrice a choisi d'imprimer le livre en Belgique avec des encres à base végétale sur un papier recyclé écologique et a demandé à un atelier protégé bruxellois de procéder à la reliure.

    Mère et fils les mains dans la terre. (c) CotCotCot éditions.

     

    Ma Matriochka
    Anne Herbauts
    Casterman
    11 pages tout carton avec des rabats
    pour les plus jeunes

    Tout le monde connaît les matriochkas, ces poupées de plus en plus petites qui s'emboîtent les unes dans les autres. Anne Herbauts en reprend à sa façon le principe pour cet album "méli-mélo" qui s'articule verticalement et est dédié aux mamans. Un rabat à tourner en haut, un rabat à tourner en bas, ensemble ou séparément pour faire surgir le texte, les images et leurs surprises: une matriochka bien entendu, sous diverses apparences, mais aussi un chat qui sourit, une souris, un noyau d'abricot, un biscuit, un nuage et bien d'autres trouvailles poétiques qui s'apparient comme on veut.


    Idylle
    Agnès Domergue
    Valérie Linder
    CotCotCot éditions, 58 pages
    pour tous à partir de 6 ans

    Un paysage idyllique saisi à l'aquarelle pour une idylle entre une oiselle et un poisson que réunit la lune. Un amour improbable qui se construit d'étape en étape devant le lecteur enchanté. Ciel et eau, soleil et pluie, elle et il, saisons, surgissent en des jeux constants sur les sons et les mots. La formule "IL a une île./ ELLE a deux ailes" introduit cet album virevoltant mais sobre où Agnès Domergue tricote les mots à l'endroit et à l'envers, multipliant les réjouissantes trouvailles, où Valérie Linder complète et détaille cet amour peu commun en de très plaisantes illustrations. Musical, espiègle, pastoral, cet album au si joli titre réjouit autant le cœur que les yeux et les oreilles.

    "Idylle". (c) CotCotCot éditions.










    mercredi 11 mai 2022

    Vite! Un Blondel en terrasse, un!

    Jean-Philippe Blondel.

    Saturés des débats sur la politique française? Lisez!

    Il est de ces livres qui vous happent, tant par l'écriture que par leur intrigue, qui vous tirent hors du quotidien, aussi pesant soit-il, qui vous portent et vous emportent. "Café sans filtre", le nouveau et excellent roman de Jean-Philippe Blondel (L'Iconoclaste, 284 pages), est de ceux-là. Partant de la réouverture d'un café après le confinement de 2021, l'écrivain de l'humain met en scène une journée au Tom's en un roman choral magistral. Avec verve, imagination et talent, il confronte de son écriture précise les destins d'une série de personnages qui apparaissant chacun à leur tour au Tom's. Un formidable roman né de la réouverture des terrasses.

    Tout commence ce jour de juillet où l'orage menace à 9 heures du matin avec Chloé Fournier, 31 ans. Elle est installée au fond du Tom's. Formule: une maigre consommation et une occupation maximale de la banquette. La jeune femme observe ce qui se passe autour d'elle, dessine parfois, ne cherche guère à socialiser. Qui est-elle? Le Tom's, une jeune femme solitaire... Cela fait furieusement penser à la chanson a capella de Suzanne Vega "Tom's diner".


    Effectivement, Jean-Philippe Blondel avoue tenter de décrypter cette chanson depuis quarante ans. L'occasion était belle ici. Sa Chloé ressemble à la femme seule de la chanteuse. Elle a vécu quelque chose de grave dont elle ne parle pas, on le perçoit vite, comme l'héroïne de Suzanne Vega. Sa solitaire sera rejointe au fil des heures et des chapitres par huit autres personnages qui se présentent au fil de la journée, en terrasse ou dans la salle, et déroulent leur histoire.
    "La terrasse, c'est la vie."
    Il y a ceux qui se connaissent et ceux qui ne se connaissent pas. Il y a ceux qui évoquent leur passé et ceux qui voient leur présent changer. Il y a ceux qui se sont aimés, ceux qui s'aiment et ceux qui s'aimeront peut-être. Il y a ceux qui rêvent, ceux qui espèrent et ceux qui craquent. Il y a des histoires familiales et des histoires amicales. Des rencontres. Des ruptures aussi. Des destins dont on découvre les liens. Il y a des comptes qui se règlent, des secrets qui se dévoilent, des nœuds qui se défont. Il y a de la vie, de l'amour, des trahisons, des joies et des peines. Il y a la vie tout simplement, comme excelle à la dépeindre Blondel en ce dix-septième roman en littérature générale en vingt ans, sans oublier ses dix romans pour ados. On ne lâche pas ce "Café sans filtre" qui nous tend un miroir à facettes multiples où l'on retrouve des bouts de soi ou de ses proches.

    Autour du quatuor central, Chloé, Jocelyne, l'ancienne propriétaire à la retraite qui a choisi Fabrice pour lui succéder, et José, le serveur, gravitent cinq clients. Une mère et son fils en conversation houleuse, un homme et son ami d'enfance aimé jadis en secret, une femme qui croise l'ex qui l’a abandonnée en Australie dix-sept ans plus tôt. Autant de parcours de vie, de confessions parfois, qui esquissent une fresque contemporaine. Les voix des personnages les racontent, le café et sa terrasse les font se rencontrer. Jean-Philippe Blondel anime parfaitement la chorégraphie de ce ballet fortuit qui se déroule en moins de vingt-quatre heures au Tom's. Un huis-clos très ouvert, le café étant le point central où convergent les époques et les personnages. Avec son écriture musicale et juste, sans un mot de trop mais dont chaque mot est choisi et pesé, "Café sans filtre" est un roman passionnant, dont le filigrane est les liens qui connectent les humains, même s'ils ne le savent pas.