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lundi 9 février 2026

"L'enfant bélier", un film qui blesse la mémoire de la petite Mawda


Il y aura bientôt huit ans, Mawda, petite fille Kurde sans papiers de deux ans, en route vers l'Angleterre avec ses parents et son grand frère, mourait près de Mons d'un tir policier. Il aura fallu attendre longtemps pour que la vérité se fasse à propos de cette sinistre histoire, qui a révélé les opérations Medusa de la police belge contre les migrants. On aura eu besoin de la contre-enquête minutieuse du journaliste Michel Bouffioux pour savoir ce qui s'est véritablement passé en cette nuit dramatique du 16 mai et durant les jours suivants (lire ici). Fallacieusement colportée dans les médias de l'époque, l'affaire Mawda a pu apparaître dans d'autres éclairages, des livres, la pièce de théâtre de Marie-Aurore d'Awans et Pauline Beugnies, "Mawda, ça veut dire tendresse" (2022), ou le film de Robin Vanbesien "hold on to her" (2024, 80').
 
Voici qu'un nouveau film, réalisé par Marta Bergman et présenté comme "une œuvre de fiction inspirée de faits survenus en Belgique en 2018" vient d'arriver en salles. Son titre? "L'enfant bélier". Un titre choc qui fait référence à une version policière mensongère à propos de la mort de la petite Kurde.

Pour relire le récit des faits, repris dans la bande dessinée de Manu Scordia et dans l'essai de Sophie Klimis publiés en 2024, c'est ici. Mais revenons au film actuel. Prêchant qu'elle fait une œuvre de fiction à partir de faits réels, Marta Bergman propose un sujet qui mêle le vrai et le faux durant 94 minutes. Elle défend ici et là l'idée qu'elle a voulu faire écho à deux réalités, celle des parents de la petite fille tuée et celle du policier tueur. C'est son choix, comme elle a fait le choix artistique de proposer en première séquence une vue de la tente où vit la famille, dans un camp de réfugiés, dont les tons orangés font plutôt penser à un club de vacances. Sara s'y occupe de sa petite Klara avant de danser avec Adam puis de se rendre au dispensaire médical. Une version plutôt idyllique de la réalité des demandeurs d'asile, mais soit.

Opération Hydra
Les choses se compliquent lors de l'embarquement, coûteux, dans la camionnette des passeurs. Immédiatement, on voit la surveillance policière dont les caméras servent l'opération Hydra sur la E40. On entend des sirènes, on suit une intervention policière sur un parking de l'autoroute. Le migrant Éthiopien de 17 ans, mis en joue par le policier Redouane et rudement interrogé, sera finalement relâché dans la nature. Ici aussi, le film évoque les passeurs, causes de tous les maux, leitmotiv du gouvernement Michel de l'époque. Un fil rouge assumé sans autre explication.

La camionnette poursuit sa route, échappe à un contrôle, fait descendre ses passagers, les reprend, en charge d'autres. On apprend que Sara et Adam viennent d'Alep et ont Londres comme destination. On en arrive à l'interception de la camionnette par la police, qui signale tout de suite qu'il y a un enfant à bord. Là, c'est la déroute. La vitre arrière est cassée pour jeter des objets, sacs, vêtements, sur les véhicules de poursuite, sirènes et gyrophares allumés. Un drapeau blanc est hissé, l'enfant montré. "Ils ne vont pas la jeter", entend-on dire dans la voiture. Encore le discours officiel de l'époque. Klara est ensuite amenée près du chauffeur. Cela n'empêche pas le policier qui l'a vue de tirer. Il dira qu'il a visé les pneus. La petite fille est grièvement blessée. Une commissaire de police locale parvient plus vite à cette sortie autoroutière de Ternat que l'ambulance qui, on le sait, emporte la petite fille alors que ses parents sont empêchés de l'accompagner par la police. "Les passeurs profitent de vous", déclarera la commissaire. Tiens, encore eux.

On retrouvera Sara et Adam, toujours baignés du sang de leur fille, en cellule d'abord, puis à la morgue, puis à la police. "Beaucoup d'enfants sont hélas victimes des trafiquants", leur dira la commissaire qui leur propose le service d'aide aux victimes et un "logement confortable" avant d'ajouter: "Si vous coopérez, on peut vous aider à faire venir vos familles de Syrie par le regroupement familial." Le silence lui répond.

Déclarations préparées
À la police, on s'organise. Il faut déclarer que la camionnette a été une arme et que les policiers étaient en légitime défense. Que c'est de la responsabilité des parents. Que l'enfant est décédée d'un traumatisme crânien, parce qu'elle a été une enfant bélier pour briser la fenêtre de la camionnette. Que les passeurs sont en cause, et uniquement eux. À la maison du policier tireur, on s'organise aussi. Sa femme: "Ce n'est pas de ta faute. Tu ne savais pas qu'il y avait un enfant à bord. C'était dans l'action. Tu ne pouvais pas savoir ce qui allait arriver…" Et le film d'insister lourdement sur la souffrance du policier…

On découvre ensuite les parents désenfantés dans un coquet appartement où ils reçoivent la visite de la Première ministre belge: "Au nom du gouvernement belge, mes sincères condoléances. Il y aura une enquête. Le gouvernement a décidé de vous accorder un titre de séjour provisoire." "Pourquoi provisoire?", s'insurge Sara. "On reste avec Klara ici." La phrase accompagne le départ de la cheffe de gouvernement. En finale, la jeune femme prend une douche avec son mari dans une nouvelle scène en gros plan, manie de la réalisatrice.

Voilà 94 minutes qui ont mis du temps à passer et qui ne suscitent aucune émotion malgré le sujet du film. Une enfant tuée par une balle policière! On devrait pleurer à chaudes larmes, hurler. Mais rien, car on se heurte au va-et-vient entre fiction et documentaire. La réalité est connue et régulièrement balayée par le propos de la cinéaste. Au nom de la fiction. Selon que vous serez puissant ou misérable… La police apparaît blanchie, les migrants noircis. Quant aux raisons de ces migrations, rien.

La responsabilité du cinéaste
Robin Van Besien, réalisateur du film déjà cité, "hold on to her", a choisi de ne pas aller voir "L'enfant bélier" dont il a néanmoins vu la bande-annonce. Il nous fait part de son sentiment: "Comme cela est largement reconnu, la politique migratoire européenne contemporaine — ainsi que la violence de sa mise en œuvre sur le terrain — joue un rôle central dans l'accélération actuelle des processus de fascisation que connaissent les sociétés européennes. En tant que cinéaste, s'engager dans un tel sujet exige un dialogue soutenu et une solidarité avec la famille, avec celles et ceux qui subissent quotidiennement cette oppression (souvent mortelle), ainsi qu'avec les allié·e·s qui soutiennent leur résistance. Le cinéma peut constituer une pratique d'écoute et de responsabilisation, ainsi qu'un espace permettant d'imaginer des possibilités au-delà des conditions oppressives.

Mawda, âgée de deux ans, a été tuée deux fois: d'abord physiquement, dans les bras de sa mère ; puis une seconde fois à travers les mensonges, le déni, l'évitement des responsabilités et l'absence de reconnaissance humaine. À l'inverse, celles et ceux qui se sont rassemblé·e·s autour de son affaire ont répondu par leur présence, par la reconnaissance, et par une volonté d'affronter la tragédie et d'en assumer les ramifications."


Réalité v. fiction
Shamden et Phrast Shawri sont Kurdes --- Sara et Adam sont Syriens.
Mawda a un grand frère de 4 ans, Hama --- Klara est fille unique.
Mawda est sur les genoux de ses parents, d'autres enfants sont montrés à la fenêtre pour avertir de leur présence --- Klara est présentée comme une enfant bélier.
L'interpellation policière a eu lieu sur la E42 près de Mons --- Le film situe le drame sur la E40 près de Ternat.
Le policier qui a tiré est Belge d'origine portugaise --- Le policier se nomme Redouane Zahid et est présenté comme "racisé", profil recherché à la police.
La voiture de police qui a tiré est arrivée dans l'opération trois minutes plus tôt --- La voiture de police suivait la camionnette depuis longtemps.
L'opération de traque des migrants pour qu'ils ne passent pas la frontière se nomme Medusa --- L'opération de traque des migrants pour arrêter les passeurs se nomme Hydra.
Le tir policier est nié, et même attribué aux migrants --- Le tir policier est avéré.
L'ambulance n'est pas informée du tir --- L'ambulance est informée.
Le premier rapport mentionne un traumatisme crânien --- Le rapport parle d'un tir.
Les policiers s'entendent sur une version commune --- La commissaire rappelle qu'on ne tire pas dans ces circonstances.
Les parents de Mawda ont trouvé un logement via la société civile --- Les parents de Klara sont logés par le gouvernement.
Les parents de Mawda, qui ont reçu un ordre de quitter le territoire lors de leur interpellation, seront reçus par Charles Michel qui ne leur offrira rien. Leur titre de séjour temporaire viendra en 2019 et la régularisation permanente, à titre exceptionnel, fin 2021 --- Les parents de Klara reçoivent un titre de séjour provisoire de la Première ministre.
Les passeurs sont les responsables du ou des drames --- Les opérations Medusa génèrent de graves violences dont sont victimes les exilés.
La société civile et la solidarité citoyenne se sont levées contre les mensonges policiers et les politiques migratoires --- Rien.

Similitudes
La course-poursuite nocturne et les zigzags de la camionnette.
Le tir du policier qui chambre son arme avant d'appuyer sur la gâchette.
Les parents empêchés d'accompagner leur fille dans l'ambulance.
Les parents qui gardent plusieurs jours leurs vêtements tachés du sang de la petite.
La police qui n'informe pas immédiatement les parents du décès de leur fille.
Le policier qui a tiré est le père d'un enfant.
La déshumanisation des migrants.

Pour aller plus loin
  • Carte blanche dans "Le Soir": ici
  • Dossier des Grignoux: ici
  • Film de Robin Vanbesien "hold on to her": disponible pour des projections publiques via la distribution cinéma à la demande (ici). Les projections organisées par et pour des activistes sont gratuites et peuvent être mises en place en le contactant (ici). Le film est également disponible en streaming ici et ici.
 
 
 
 

jeudi 5 décembre 2024

La littérature jeunesse de retour sous la Coupole

La littérature de jeunesse revient à l'Académie française.

L'Académie française
vient d'annoncer la création d'un nouveau prix littéraire, le prix Marie Volle, destiné à un ouvrage de fiction ou à un ouvrage documentaire pour la jeunesse. Il sera opérationnel dès 2025. Doté de 1.000 euros, il est créé grâce au couple Christian et Nathalie Volle, mécènes notoires dans le domaine des beaux-arts, afin d'honorer la mémoire de leur fille Marie, décédée en 2005. Il sera annuel.
 
Le prix Marie Volle couronnera "l'auteur d'un ouvrage littéraire pour la jeunesse, susceptible de développer l'imagination ou les connaissances d'enfants ou de jeunes adolescents et d'éveiller leur goût pour la lecture".

Attention, le délai est assez court pour présenter des candidatures à la première édition du prix: avant le 20 janvier 2025. Pour entrer en compte, les ouvrages soumis doivent être écrits en langue française et publiés à compte d'éditeur en version papier. Ils doivent être parus au cours de l'année civile précédente (au cours de l'année 2024 pour le prix 2025). Tant l'auteur que l'éditeur peuvent présenter une candidature. Celle-ci doit comporter une lettre de candidature et deux exemplaires du livre, le tout étant adressé au Secrétariat des Commissions littéraires de l'Académie française, 23 quai de Conti, 75 006 Paris.

Il est intéressant de voir que l'Académie française reprend l'idée de distinguer un ouvrage jeunesse, complétant ainsi sa palette de prix littéraires, "à une époque où le secteur de la littérature pour la jeunesse est foisonnant", note-t-elle. En effet elle a déjà couronné par le passé des œuvres pour la jeunesse, aussi bien dans le domaine de la fiction que dans celui du documentaire.
 
Prix précédents

On a un peu oublié, et c'est normal, que l'auteur-illustrateur Philippe Dumas (lire ici) reçut le prix Biguet 1988 pour l'ensemble de ses albums. Ce prix annuel, créé en 1976, est destiné à l'auteur d'un ouvrage de philosophie ou de sociologie.
 
Quelques titres emblématiques de Philippe Dumas.
 
Précédemment existait jusqu'en 1984 le prix Sobrier-Arnould. Il fut créé en 1891 grâce à un legs dont le revenu devait être "distribué chaque année par moitié à deux auteurs des meilleurs ouvrages en littérature morale et instructive pour la jeunesse". Selon l'Académie, ce prix fut le premier prix institutionnel spécifiquement destiné à la littérature pour la jeunesse et il fut considéré comme le premier acte de légitimation littéraire de ce type d'ouvrages. Il a couronné de nombreux contes et histoires pour enfants.
 
Ses derniers lauréats sont:
  • 1984: André Bérélowitch et Ilios Yannakakis pour "Histoire du monde, des dates, des hommes et des faits" (Hatier).
  • 1983: Michel Grimaud, pseudonyme du couple Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse, pour "Les contes de la ficelle" (Bibliothèque de l'amitié)
  • 1982:  Chantal de Marolles pour "Le Paysan, la Paysanne et les trois Souris" (Grasset Jeunesse).
En 1980, le poète Yves Pinguilly décédé il y a quelques jours le recevait pour "L'été des confidences et des confitures" (Rageot).

Remis pour la première fois en 1782 à "l'ouvrage littéraire le plus utile aux mœurs", le prix Montyon récompense s'intéresse  dès la seconde moitié du XIXe siècle à la littérature jeunesse dont on fait traditionnellement commencer le développement éditorial au cours des années 1830. Quelques titres.
  • 1872: Jules Verne pour la première série des "Voyages extraordinaires", comprenant "Cinq Semaines en ballon", "Voyage au centre de la Terre", "Vingt-mille lieues sous les mers", "De la Terre à la Lune" et "Autour de la Lune".
  • La lettre de candidature d'Hector Malot
    pour "Sans famille".
    (c) Académie française.
    1879: Hector Malot pour "Sans famille".
  • 1882: Anatole France pour "Le Crime de Sylvestre Bonnard".
  • 1894: Hector Malot pour "En famille".
  • 1925:  Léopold Chauveau pour "Le roman de Renard".
  • 1940: Germaine Acremont pour "La route mouvante", et non pour son roman le plus connu, "Ces dames aux chapeaux verts"; elle reçut en 1943 le prix Alice-Louis Barthou de l'Académie française pour son œuvre.
  • 1947: André Joubert pour "La grotte des demoiselles".
  • 1950: Berthe Bernage pour "Le Roman d’Élisabeth".
  • 1962: Maguelonne Toussaint-Samat pour l'ensemble de son œuvre.
  • 1974: Jacques Duquesne pour "Les 13 - 16 ans".
 
En 1976, le prix Montyon a été modifié tout en restant annuel. Il a regroupé une vingtaine de fondations mais continue de récompenser "des auteurs français d'ouvrages les plus utiles aux mœurs, et recommandables par un caractère d'élévation et d'utilité morales." La littérature de jeunesse en a disparu.


 



vendredi 10 avril 2020

Lucie, l'infirmière qui honore les morts

Temps de lire, de relire, de découvrir, de se souvenir, de faire fondre sa PAL,
pour les petits et pour les grands #confinothèque15




Plusieurs maisons d'édition de littérature générale (roman, essai) offrent en ces temps de confinement des livres ou des extraits sur leurs sites respectifs. A lire en ligne ou à télécharger, cela dépend.

  • Zulma offre une nouvelle extraite de son catalogue chaque jour (ici, 13 à ce jour)
  • Le Seuil offre le feuillage d'un livre chaque jour (ici, 12 à ce jour)
  • Métailié publie un feuilleton en quatorze épisodes de Lilja Sigurdardóttir (traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaün) sur sa page Facebook (ici)
  • Gallimard offre des livres à télécharger, de brèves fictions littéraires provenant de la collection "Le Chemin", créée en 1959 par Georges Lambrichs et arrêtée en 1992, sans lien direct avec la crise sanitaire du coronavirus (ici, 5 textes actuellement parus), et les "Tracts de crise",  réinventant la collection "Tracts" lancée en février 2019 durant le temps de confinement et de lutte contre la pandémie par des textes brefs et inédits d'auteurs déjà publiés dans la collection ou se sentant proches de celle-ci, sous forme numérique, (ici, 42 textes parus à ce jour, dont la "Lettre" d'Annie Ernaux au président, lue le 30 mars par Augustin Trapenard dans "Lettres d'intérieur" sur France Inter)

Justement, ce midi, en parcourant mes mails, je tombe sur cette annonce: "Tracts de Crise (N°42) - Lettre à Lucie". "Lettre à Lucie", cela m'interpelle, évidemment. J'ouvre le fichier (j'étais déjà abonnée), je lis, et je dis merci à l'auteur, Marion Muller-Colard, pour ce texte qu'elle adresse à une infirmière, en détresse et en révolte parce qu'on ne s'occupe plus du corps de ceux et celles qui sont morts du Covid-19. Au-delà du fait, c'est notre société que l'auteur interroge tout en élargissant son propos, lumineux et nécessaire, au sens du sacré.




jeudi 20 août 2015

C'est la rentrée, qu'on le veuille ou non


La rentrée littéraire, ce grand moment d'agitation et d'énervement de l'édition française. Qui se répète deux fois par an. Une fois en janvier, une fois en septembre. Plus fort en septembre, même si les livres sortent désormais à la mi-août.

Boum, on va quand même avoir 589 romans et 278 essais (chiffres "Livres-Hebdo") en quelques semaines. Depuis hier, 19 août, date de sortie des premiers, cela déferle chaque jour en librairie. Qui va lire tout cela? C'est une question à ne pas poser.

Autant oublier que certains sont encore en vacances. Même les prix avancent dans le calendrier. La première sélection du Goncourt tombera déjà le 3 septembre! Et le 14e prix du Roman Fnac, le premier de la longue série des prix littéraires d'automne, sera dévoilé dès le 1er septembre. Pas de doute, c'est la rentrée, qu'on le veuille ou non.

On se rappellera peut-être que les 400 libraires et les 400 adhérents qui composent le jury du prix du Roman Fnac avaient révélé une première liste de 30 romans le 21 juillet, pour la fête nationale belge. En ce jeudi 20 août, ils l'ont réduite à cinq romans.

Voici par ordre alphabétique d'auteur, comme on dit à l'Académie, les cinq titres en lice pour le prix du Roman Fnac 2015: deux Grasset, un Flammarion, une femme, quatre hommes, un premier roman, quatre auteurs confirmés. Cinq finalistes à lire assurément. Qui seront départagés par un jury qui réserve souvent des surprises. Rendez-vous à Paris, au Théâtre du Châtelet, le mardi 1er septembre pour connaître le (la) lauréat(e).


La septième fonction du langage
Laurent Binet
Grasset









Profession du père
Sorj Chalandon
Grasset










D'après une histoire vraie
Delphine de Vigan
JC Lattès









Il était une ville
Thomas B. Reverdy
Flammarion









La maladroite
Alexandre Seurat
La Brune au Rouergue
(premier roman)












mardi 12 mai 2015

De la Terre à la Lune, versions docu et fiction


Il faut être d'une certaine génération pour se souvenir que le 21 juillet 1969 pour l'Europe, en temps officiel et à l'heure américaine, c'était le 20 juillet 1969, l'homme posait pour la première fois le pied sur la Lune.

Et pour les Belges, on se rappellera que ce même jour, le cycliste Eddy Merckx gagnait le premier de ses cinq Tours de France, pile le jour de la Fête nationale du Royaume.

Un prodige que ce premier pas sur la Lune! Un pas énorme pour la science et la recherche, mais qui s'en rend encore compte aujourd'hui? Beaucoup d'enfants ne peuvent même plus imaginer qu'il fut un temps, pas si lointain, où on n'allait pas sur la Lune. Et encore moins sur Mars, mais c'est une autre histoire.

C'est dire si le bel album de Pénélope Jossen, "Comment nous sommes allés sur la Lune" (L'école des loisirs, 40 pages), vient à point pour les jeunes lecteurs.
On y découvre tout simplement la formidable aventure qu'ont vécue les trois astronautes américains Neil (Arstrong), le commandant et narrateur, Buzz (Aldrin) et Michael (Collins), les pilotes, à bord d'Apollo XI et du célèbre LEM.


Les premières pages de garde posent bien le problème. (c) L'école des loisirs.

Etape par étape,  nous suivons les principales phases du voyage. Le texte est simple et explicatif, l'usage du "nous" le rend vivant. Exemple: "Ce matin, nous embarquons dans la cabine de pilotage, tout en haut de la fusée. En dessous se trouvent de puissants moteurs et les réservoirs de carburant."
Ici, les deux images de la double page confirment les propos. Ailleurs, elle le font décoller - oui, décoller.

L'album montre tous les moments de l'expédition lunaire, aussi bien en ce qui concerne la fusée et son formidable LEM que les opérations demandées aux astronautes.

Les explications techniques sont claires. (c) l'école des loisirs.

L'entrée de Neil et Buzz dans le LEM. (c) l'école des loisirs.

Informations sur le voyage et explications techniques s'enchaînent et nous voilà prêts à alunir avec nos astronautes. Ça y est! Ils ont réussi. Neil y va de sa phrase qui deviendra culte: "Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité." Avec Buzz, il plante le drapeau américain. Le temps de ramasser quelques cailloux lunaires, il faut vite rejoindre Michael qui tourne autour de la Lune en attendant ses compères.

Tout se passera bien jusqu'au bout. Et c'est mission accomplie que les trois hommes retrouvent la Terre, la mer d'abord dans leur cas, puisque leur cabine se pose sur l'océan. Merci à Pénélope Jossen d'avoir rappelé combien fabuleuse a été l'aventure de la Lune, il y a près de cinquante ans déjà!

* *
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Dans un autre registre, celui de la fiction documentée, Adrien Albert nous emmène au même endroit. "Papa sur la Lune" (L'école des loisirs, 36 pages) est à prendre au sens propre parce que la jeune Mona part vraiment sur la Lune pour rendre visite à son papa. Mais avec imagination parce que le livre raconte l'histoire d'une enfant qui a deux maisons.

On saisit que les parents de Mona vivent séparément. La petite vit sur Terre avec Maman et rend visite à Papa sur la Lune. Le voyage en fusée, vaisseau et capsule semble aussi bien organisé à l'aller qu'au retour. La demoiselle peut même effectuer les trajets seule!

C'est le moment du départ pour Mona. (c) l'école des loisirs.

Adrien Albert parvient avec cet album au sujet incroyable à raconter une conquête technique et à positiver la résidence alternée. "Aujourd'hui Mona part chez son papa, sur la Lune", commence le livre. "Dépêchons-nous, Papa va t'attendre", presse Maman qui tient des objets bizarres dans ses mains. On comprend tout de suite: une fusée, un vaisseau et une capsule, identifiés par des codes couleurs, attendent dans le jardin de la maison maternelle. Et ce que transportait Maman était tout simplement une partie de la combinaison spatiale de la jeune voyageuse.

Tout est prêt pour le départ. Décollage! Si Adrien Albert fournit des informations scientifiques rigoureuses, il les temporise d'un brin de fantaisie, comme cette corde qui permet à Maman de récupérer la fusée quand le vaisseau spatial s'en détache.

Le lait fraise en apesanteur. (c) l'école des loisirs.
Le voyage est rapide et plaisant dans cet espace où tout flotte, même le lait fraise! Le doudou est aussi de la partie.
Les retrouvailles avec Papa. (c) l'école des loisirs.
L'alunissage n'est pas loin...
Mona s'installe dans la capsule après s'être posée sur la piste lunaire où attend Papa.
Ce sont les retrouvailles père-fille, joyeuses et touchantes.

Viennent alors le trajet vers la station lunaire reproduisant l'atmosphère terrestre et les activités d'une petite fille passant quelques jours chez son père.  Jouer, cuisiner, manger, se laver... et aussi regarder dans la lunette astronomique de l'observatoire. Parce qu'on a beau être une grande voyageuse, on aime bien observer sa maman quand elle est loin, sur la Terre précisément. Justement une scène intéressante se déroule dans le jardin, scène qui sera l'objet de la première question de Mona à sa maman à son retour sur Terre. Car le voyage s'est aussi bien déroulé que l'aller et l'auteur-illustrateur nous en a détaillé à nouveau la technique.

Avec sa belle gamme de couleurs posées en aplats, ses images multiples et de toutes les tailles, son propos original et maîtrisé, "Papa sur la lune" est un album qui se met à la hauteur des enfants et donne une image positive des éventuelles complications de l'existence: avoir une maman sur la Terre et un papa sur la Lune par exemple. Adrien Albert confirme tout le bien que je pense de lui (lire ici).

A voir ici, une présentation animée de l'album par la maison d'édition.