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mardi 7 avril 2015

Champagne pour l'école des loisirs!

Les sorties du 1er avril à l'école des loisirs.

Parmi les sorties du 1er avril, un ouvrage différent de ceux que publie l'école des loisirs, titré mystérieusement "On ne s'en fait pas à Paris", par Boris Moissard et Philippe Dumas (l'école des loisirs, 160 pages). Ni album, ni roman, ni pièce de théâtre. Mais presque les trois à la fois que ce récit roulé comme un roman et très largement illustré qui conte les cinquante premières années de la maison d'édition fondée en septembre 1965 par Jean Fabre, Jean Delas et Arthur Hubschmid.

Ce n'est pas tous les jours qu'une maison d'édition jeunesse française, familiale et indépendante, fête ses cinquante ans, son demi-siècle d'édition. Elle a été portée sur les fonts baptismaux par une autre maison au nom ressemblant - le livre commence d'ailleurs en 1922 avec la fondation des éditions de l'Ecole.
On s'y embrouillerait même vite entre les Jean et les générations et certains se sont pris les pieds dans le tapis.
Lisez bien la notice ci-dessous présentant Louis Delas, un des actuels co-directeurs de l'école des loisirs.


Arrière-petit-fils de Jean?  Meuh non, et la notice a été rectifiée depuis. Louis est le fils de Jean Delas, l'un des fondateurs des l'école des loisirs.
Mais cette embrouille a permis à Claude Ponti de nous faire une petite leçon de généalogie amusée.

 



Très vite, les 3 mousquetaires deviennent 4. (c) edl.
Bon, assez ri de nos semblables. Il s'agit maintenant de rire, et de sourire, en compagnie des compères Boris Moissard et Philippe Dumas. Car "On ne s'en fait pas à Paris", dont le titre s'éclairera au cours de la lecture est un bijou de prose aussi pétillante que la bouteille représentée en couverture.

Une des "photos de classe". (c) edl.
Le livre réussit le difficile pari de raconter la naissance et la vie d'une maison d'édition jeunesse en y intéressant les lecteurs, qu'ils la connaissent ou non.  La ligne du temps est agréablement bousculée au profit de quelques flash-backs ou de sauts dans l'avenir.

Le texte perle de bulles d'air rendant hommage aux éditeurs, au personnel des différents étages de la rue de Sèvres, et bien entendu aux auteurs sans qui une maison d'édition n'existerait pas.

Faits historiques et anecdotes s'enchaînent à bon rythme sous la plume alerte de Boris Moissard, ancien libraire. Tout son texte est porté par les superbes illustrations de Philippe Dumas qui a su croquer les personnes dans leur forme vraie ou dans leur forme imaginée par l'autre des duettistes.

Le plaisir de lecture est au rendez-vous et on apprend plein de choses au fil des pages. Moi-même j'ai découvert comment était né le nom de l'abonnement "Kilimax". On entre dans les coulisses de la vénérable maison: le papillon d'André François qui lui sert de sigle, le vouvoiement entre les ans, les séances de piscine de l'autre, la caverne de documentation d'un troisième. On retrouve peut-être aussi ceux qu'on a le plaisir de croiser à l'une ou l'autre occasion, comme l'ineffable dame du standard téléphonique. Bien sûr, le livre est fait par et pour la maison. Mais il n'a rien d'une hagiographie, plutôt un catalogue de bons souvenirs qu'on feuillette en souriant, avec peut-être un brin de nostalgie mais sans regret. En se réjouissant que tout cela existe.

L'avenir. (c) l'école des loisirs.
Le "demi-siècle" se complète d'une vue sur l'avenir par Jean Delas, de témoignages de libraires, de bibliothécaires, de journalistes, de médiateurs du livre.
Bon, je l'avoue, j'y raconte ma première rencontre avec Claude Ponti. Ces "témoignages" sont suivis de repères chronologiques bien utiles, avec les arrivées d'éditeurs et d'auteurs et les dates de livres-clés.



Pour en savoir davantage sur le programme des 50 ans, c'est ici.

La grande expositions d'originaux "L'incroyabilicieux anniversaire!" débute demain 8 avril à Lyon-La Part Dieu.


Pour lire les choix de Louis Delas, l'arrière-petit-fils de... , non je blague, c'est ici.

Pour écouter Louis Delas, c'est ici.


Pour écouter et voir Jean Delas, le père de..., c'est ici.








lundi 19 mai 2014

L100 va écouter Aharon Appelfeld à Flagey

Aharon Appelfeld. (c) Hannah/Opale.
Aharon Appelfeld, c'est simple, je l'aime.

J'aime l'homme, né à Czernowicz en 1932, sa force, son esprit de résistance, sa capacité d'adaptation.

J'aime l'écrivain. Celui qui écrit pour les adultes, beaucoup (plus de 40 livres) et  depuis longtemps, en hébreu, cette langue qu'il a apprise à l'adolescence. Celui qui s'est décidé, à 80 ans passés, de se lancer dans un roman pour enfants.

Aharon Appelfeld, c'est simple, je l'aime.

Et, merveille des merveilles, l'écrivain israélien est à Bruxelles cette semaine!

Le mercredi 21 mai, à 20 h 15,  il sera à Flagey, à l'initiative de Passa Porta.
L'écrivain Joseph Pearce s'entretiendra avec lui, en anglais. Ce sera l'occasion de l'entendre à propos de son œuvre magnifique et nécessaire.
Il reste des places. Ne passez pas à côté d'une telle rencontre. Pour réserver, c'est ici.

Autre chance exceptionnelle: Aharon Appelfeld est annoncé à la librairie La Licorne le vendredi 23 mai de 17 h à 18 h 30. Lectures d'extraits de son œuvre par Patricia Ide à 17 et 18 h, signatures et dégustation de thé.


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L'actualité littéraire francophone d'Aharon Appelfeld, c'est la sortie de la traduction française de son premier roman pour enfants, dense et bref, le prenant et superbe "Adam et Thomas" (traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti, illustré par Philippe Dumas, L'école des loisirs, grand format, 154 pages). Difficile de ne pas vibrer et frissonner à sa lecture tant il capte ses lecteurs. Sa sortie a enthousiasmé Israël. Normal, c'est un nouveau chef-d’œuvre.

Les deux garçons du titre, ces deux prénoms d'Adam et de Thomas, ont neuf  ans tous les deux. Ils représentent les deux visages de l'écrivain israélien. Petit, il avait déjà l'âme forte.

Le lecteur adulte reconnaîtra dans ce nouveau livre -  qui ne doit pas être réservé aux enfants même s'il leur est destiné - certains thèmes présents dans l’œuvre de l'écrivain en littérature générale. La guerre, la forêt comme refuge, la solitude, la protection invisible d'une mère, la foi en l'avenir, les rencontres improbables et salvatrices...

Ici, tout commence quand Adam est conduit par sa mère dans la forêt, un lieu qu'il connaît bien car il l'a souvent exploré avec ses parents, avant la guerre et le ghetto. Elle viendra le rechercher le soir. Adam est confiant. Il a son pique-nique et apprécie l'endroit. La journée se déroule tranquillement quand le gamin entend des pas. C'est Thomas qui déboule, lui aussi confié à la forêt par sa maman. Les deux garçons se connaissent de loin. Ils sont en classe ensemble mais n'ont pas vraiment sympathisé. Thomas est trop bon élève.Ils se découvrent toutefois vite un point commun, celui d'avoir oublié les consignes maternelles identiques: aller chez Diana, si leurs mères n'arrivent pas en fin de journée. Et ils vont vite se trouver de nombreuses complémentarités au-delà de leurs divergences.

Une illustration de Philippe Dumas.
Le roman raconte dans une belle langue au vocabulaire riche et précis les mois qu'Adam et Thomas vont passer dans la forêt. Car les jours vont devenir des semaines et les semaines se transformer en mois. Leur survie.
Que faire quand les provisions sont épuisées? Changer de nid, précaire abri construit dans un arbre, et continuer à chercher à résister. Découvrir la nature nourricière et hostile, la nuit, soigner les hommes blessés qui fuient l'ennemi. Avoir faim, très faim, froid, très froid. Etre mouillé, gelé même.

Aharon Appelfeld a vis-à-vis des enfants le même talent fou qui raconte les choses de l'intérieur. La guerre dans ce cas, qui a obscurci son enfance puisqu'elle lui a volé sa mère. Et ensuite son père et toute sa famille.

Avec l'écrivain israélien,on est vraiment dans le nid édifié dans l'arbre, en compagnie d'Adam et Thomas. On grimpe avec eux, on mange avec eux. On se baigne dans le ruisseau avec eux, on observe tout avec eux. On a peur pour eux. On frémit quand ils s'opposent. Mais on se réjouit quand des aides imprévues et providentielles leur permettent de tenir encore, quand leur arrive un compagnon inattendu, porteur d'une missive d'espoir.

On voit leurs forces et leurs faiblesses. Leurs différences, leurs complémentarités. L'un est croyant, l'autre pas. L'un est habile de ses mains, l'autre est plutôt intellectuel. L'un parle aux animaux, l'autre apprend à le faire. Mais tous deux s'interrogent sur la haine qui les  prive des leurs, qui envoie les pères au travail obligatoire, qui chasse les habitants. Les Juifs doivent-ils toujours souffrir?, se demandent-ils. Est-ce que tout ce qui nous arrive est un hasard?, est une autre de leurs questions.

"Adam et Thomas" est un roman exceptionnel par la manière dont il aborde la guerre et le ghetto. Habilement construit entre narration, dialogues entre les garçons et extraits du journal que tient Thomas, il compense la dureté de ses pages, obligatoire vu le contexte, par un espoir constant en la vie et une fin heureuse. Il glisse aussi des conseils: "Il n'y a pas de raison d'être en compétition. Chacun doit être fidèle à lui-même", dit ainsi Adam. Valérie Zenatti a trouvé les mots pour faire ressentir le texte de l'auteur dans notre langue. Les aquarelles de Philippe Dumas, extraordinaires, le rendent encore plus présent.

Ci-dessous, un entretien qu'Aharon Appelfeld a accordé à son éditeur français.

Et, en fin de note, deux de ses chefs-d’œuvre en littérature générale.













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Invité à la Villa Gillet, à Lyon, en 2009, on pose à Aharon Appelfeld la question "Quelle est votre position sur le débat entre histoire et mémoire? La littérature ne peut-elle pas servir de "casque bleu" entre les deux?" Il répond.
"La bonne littérature devrait rester modeste. Et devrait comprendre que son pouvoir est limité. La littérature, par nature, ne peut pas changer les hommes, ne peut pas changer la société. Mais elle est comme la bonne musique: cela fait germer en nous quelque chose d’essentiel, cela purifie notre vie, cela donne un parfum à notre vie et nous donne de la lumière. Donc la littérature, on ne connaît pas exactement son effet, mais elle porte le germe de quelque chose qui préserve notre humanité."



Toute l’œuvre littéraire d'Aharon Appelfeld, magnifique, est plus ou moins fortement inspirée par son propre chemin dans l'existence. Pas pour nous faire pleurer mais pour nous rendre plus humains.

C'est évidemment le cas de "Histoire d'une vie" (traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti, L'Olivier, 2004, Points, 2005), prix Médicis 2004.
Dans ce livre autobiographique, l'écrivain trace les contours de la mémoire pour résister à la souffrance.

Il partage les souvenirs de sa petite enfance à Czernowitz, en Bucovine où il est né en 1932. Il offre les portraits de ses parents, des Juifs assimilés, et de ses grands-parents, un couple de paysans à la spiritualité simple dont il est proche. Après le cauchemar de l'assassinat de sa mère, le ghetto, la séparation d'avec son père et les camps d'extermination, après les années d'errance d'un gamin de dix ans évadé d'un camp, après l'arrivée d'un garçon de quatorze ans en Palestine, vient le temps du silence, du travail, de l'invention d'une langue. L'hébreu, encore une nouvelle langue pour celui qui est né en allemand et en yiddish, a appris l'ukrainien et le russe.

"Plus de cinquante ans ont passé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale", écrit-il dans "Histoire d'une vie"." Le cœur a beaucoup oublié, principalement des lieux, des dates, des noms de gens, et pourtant je ressens ces jours-là dans tout mon corps. Chaque fois qu'il pleut, qu'il fait froid ou que souffle un vent violent, je suis de nouveau dans le ghetto, dans le camp, ou dans les forêts qui m'ont abrité longtemps. La mémoire, s'avère-t-il, a des racines profondément ancrées dans le corps. Il suffit parfois de l'odeur de la paille pourrie ou du cri d'un oiseau pour me transporter loin et à l'intérieur."



Dans "Le garçon qui voulait dormir" (traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti, L'Olivier, 2011, Points, 2012), autre récit exceptionnel au titre a priori énigmatique quoique idéal, Aharon Appelfeld se penche cette fois avec davantage de précision sur son adolescence.

Il met en scène le jeune homme qu’il a été, un Erwin juif de 17 ans, originaire de Bucovine, sorti vivant du ghetto, d’un camp de déportation, de la forêt, et qui a rejoint une cohorte de réfugiés. Un garçon qui a frappé ceux qu’il a côtoyés par son besoin inouï de sommeil. Partout où il était durant cette errance, il dormait. "Dans mon sommeil j'étais relié à mes parents, à la maison dans laquelle j'avais grandi", écrit Aharon Appelfeld. Certains de ses compagnons de voyage étaient d’avis de le laisser sur place, mais il s’en est toujours trouvé un pour transporter également "le garçon du sommeil" endormi.

A l’ouverture du livre, Erwin se trouve à Naples et tente de sortir de ses torpeurs. Eveillé, il croit reconnaître en ceux qui l'entourent un oncle ou une tante. Ces illusions vont toutefois lui donner la force de reprendre pied dans l'existence. Là, sur les plages italiennes, il sera contacté comme d'autres jeunes gens par Efraïm, un émissaire de l'Agence juive. Il suivra un entraînement physique intensif et apprendra l'hébreu, moyen aux yeux de ceux qui veulent créer l'Etat d’Israël d'unifier les apatrides. On le convaincra même de changer de prénom. Erwin deviendra Aharon.

Il embarquera ensuite clandestinement à destination de la Palestine, alors sous mandat britannique. Nouveau séjour en camp, puis établissement d'une ferme dans les montagnes de Judée. Il y construira des terrasses agricoles. Et tombera, salement blessé aux jambes, lors d'un des premiers combats. Il n'a pas dix-huit ans et sa vie n'a été que zigzags! Suivront l'hôpital, les opérations multiples, la maison de repos, les amis qui viennent ou ne viennent pas, la convalescence, d’autres espoirs…

Ces épreuves alignées sans pathos sont ponctuées de rendez-vous nocturnes magiques, quasi quotidiens, qu'Aharon entretient avec sa famille tant aimée et disparue dans la guerre. Sa mère affectueuse, attentive à son enfant unique, son père plus lointain mais présent à sa façon et qui lui transmet l’idée d'être écrivain, ses grands-parents qui habitent les Carpates et lui donnent le goût de la nature. Ces rêves nocturnes le rassurent et l'accompagnent le jour. Il y tient de véritables conversations avec ses disparus, et en garde le souvenir au réveil.

Tant d'amour vibre entre lui et les absents qu'il lui donne la force de vivre et de s'ouvrir aux autres, parfois aussi mal lotis que lui. Que de rencontres lumineuses, de moments de grâce, d'inventivité littéraire, dans ce roman superbe qui n'élude aucune question. En une langue magnifique, le citoyen israélien aborde aussi bien la perte des siens et de sa langue maternelle, l'allemand,  que la force de l'amour et la naissance d'un écrivain extrêmement exigeant avec lui-même: il recopie la Bible en hébreu pour pénétrer sa nouvelle langue et attendre qu'elle lui souffle les mots à écrire lui-même. Des mots qui offrent bonheur de lecture et réconfort total.


jeudi 5 décembre 2024

La littérature jeunesse de retour sous la Coupole

La littérature de jeunesse revient à l'Académie française.

L'Académie française
vient d'annoncer la création d'un nouveau prix littéraire, le prix Marie Volle, destiné à un ouvrage de fiction ou à un ouvrage documentaire pour la jeunesse. Il sera opérationnel dès 2025. Doté de 1.000 euros, il est créé grâce au couple Christian et Nathalie Volle, mécènes notoires dans le domaine des beaux-arts, afin d'honorer la mémoire de leur fille Marie, décédée en 2005. Il sera annuel.
 
Le prix Marie Volle couronnera "l'auteur d'un ouvrage littéraire pour la jeunesse, susceptible de développer l'imagination ou les connaissances d'enfants ou de jeunes adolescents et d'éveiller leur goût pour la lecture".

Attention, le délai est assez court pour présenter des candidatures à la première édition du prix: avant le 20 janvier 2025. Pour entrer en compte, les ouvrages soumis doivent être écrits en langue française et publiés à compte d'éditeur en version papier. Ils doivent être parus au cours de l'année civile précédente (au cours de l'année 2024 pour le prix 2025). Tant l'auteur que l'éditeur peuvent présenter une candidature. Celle-ci doit comporter une lettre de candidature et deux exemplaires du livre, le tout étant adressé au Secrétariat des Commissions littéraires de l'Académie française, 23 quai de Conti, 75 006 Paris.

Il est intéressant de voir que l'Académie française reprend l'idée de distinguer un ouvrage jeunesse, complétant ainsi sa palette de prix littéraires, "à une époque où le secteur de la littérature pour la jeunesse est foisonnant", note-t-elle. En effet elle a déjà couronné par le passé des œuvres pour la jeunesse, aussi bien dans le domaine de la fiction que dans celui du documentaire.
 
Prix précédents

On a un peu oublié, et c'est normal, que l'auteur-illustrateur Philippe Dumas (lire ici) reçut le prix Biguet 1988 pour l'ensemble de ses albums. Ce prix annuel, créé en 1976, est destiné à l'auteur d'un ouvrage de philosophie ou de sociologie.
 
Quelques titres emblématiques de Philippe Dumas.
 
Précédemment existait jusqu'en 1984 le prix Sobrier-Arnould. Il fut créé en 1891 grâce à un legs dont le revenu devait être "distribué chaque année par moitié à deux auteurs des meilleurs ouvrages en littérature morale et instructive pour la jeunesse". Selon l'Académie, ce prix fut le premier prix institutionnel spécifiquement destiné à la littérature pour la jeunesse et il fut considéré comme le premier acte de légitimation littéraire de ce type d'ouvrages. Il a couronné de nombreux contes et histoires pour enfants.
 
Ses derniers lauréats sont:
  • 1984: André Bérélowitch et Ilios Yannakakis pour "Histoire du monde, des dates, des hommes et des faits" (Hatier).
  • 1983: Michel Grimaud, pseudonyme du couple Marcelle Perriod et Jean-Louis Fraysse, pour "Les contes de la ficelle" (Bibliothèque de l'amitié)
  • 1982:  Chantal de Marolles pour "Le Paysan, la Paysanne et les trois Souris" (Grasset Jeunesse).
En 1980, le poète Yves Pinguilly décédé il y a quelques jours le recevait pour "L'été des confidences et des confitures" (Rageot).

Remis pour la première fois en 1782 à "l'ouvrage littéraire le plus utile aux mœurs", le prix Montyon récompense s'intéresse  dès la seconde moitié du XIXe siècle à la littérature jeunesse dont on fait traditionnellement commencer le développement éditorial au cours des années 1830. Quelques titres.
  • 1872: Jules Verne pour la première série des "Voyages extraordinaires", comprenant "Cinq Semaines en ballon", "Voyage au centre de la Terre", "Vingt-mille lieues sous les mers", "De la Terre à la Lune" et "Autour de la Lune".
  • La lettre de candidature d'Hector Malot
    pour "Sans famille".
    (c) Académie française.
    1879: Hector Malot pour "Sans famille".
  • 1882: Anatole France pour "Le Crime de Sylvestre Bonnard".
  • 1894: Hector Malot pour "En famille".
  • 1925:  Léopold Chauveau pour "Le roman de Renard".
  • 1940: Germaine Acremont pour "La route mouvante", et non pour son roman le plus connu, "Ces dames aux chapeaux verts"; elle reçut en 1943 le prix Alice-Louis Barthou de l'Académie française pour son œuvre.
  • 1947: André Joubert pour "La grotte des demoiselles".
  • 1950: Berthe Bernage pour "Le Roman d’Élisabeth".
  • 1962: Maguelonne Toussaint-Samat pour l'ensemble de son œuvre.
  • 1974: Jacques Duquesne pour "Les 13 - 16 ans".
 
En 1976, le prix Montyon a été modifié tout en restant annuel. Il a regroupé une vingtaine de fondations mais continue de récompenser "des auteurs français d'ouvrages les plus utiles aux mœurs, et recommandables par un caractère d'élévation et d'utilité morales." La littérature de jeunesse en a disparu.


 



vendredi 5 décembre 2025

"L'Art de l'autre" superbement célébré à Montreuil

Benoît Jacques et Susie Morgenstern, Grandes Ourses 2025 et 2024 du SLPJ.

Montreuil 2025, c'est fini. Depuis lundi soir déjà. Mais le temps de rentrer, de se remettre, de guérir le rhume, de parer aux urgences, on est déjà vendredi. Retour sur quelques temps forts.

Première impression: le monde! 196.000 visiteuses et visiteurs, un poil moins que l’an dernier (198.000). Un beau succès pour la 41e édition du Salon du livre et de la presse jeunesse en Seine-St-Denis qui était consacrée à "L'Art de l'autre". Six artistes coréens étaient présents, Min-seok Ha, Hye-eun Kim, Minu Kim, Soyung Lee, Gee-eun Lee et Seoha Lim. Un focus était fait sur les éditions helvétiques et sur les éditions africaines. Sans oublier l'habituelle Librairie Wallonie-Bruxelles. L'accès au Salon était gratuit pour tous, moyennant inscription en ligne.

Deuxième impression: l'ambiance chaleureuse, au propre et au figuré, le plaisir des retrouvailles et des découvertes, et le mélange des âges des visiteurs découvrant 400 maisons d'édition de toutes tailles, des plus grandes aux plus petites, ces dernières souvent présentes sur des stands collectifs ou alignées dans le grand marché et son nouveau couloir tout rouge.

Troisième impression: la générosité des artistes de la littérature de jeunesse lors des dédicaces et des rencontres. Peu importe les files d'attente et celles devant les stars des romans pour adolescents étaient impressionnantes, il y avait échange de part et d’autres des tables.
 
Quatrième impression: le grignotage constant de l'espace du Salon par les maisons d'édition publiant les séries, donjons, dragons, romance de toutes les couleurs, enfer et paradis que s'arrachent les ados. Mais au moins, ils lisent.

Les prix

Les Pépites, c'est ici.
 

La Grande Ourse, c'est ici. Notre Benoît Jacques (il est Belge même s'il habite en France) succède pour un an à Susie Morgentern. Il lui a adressé cet hommage, en alexandrins, lors du passage de témoin. 
"Ô Suzie, toi la Reine, l’Impératrice,
À la légendaire douceur protectrice,
Aujourd'hui, pour un court, un fugace moment;
Une minute, une seconde, un tout petit instant,
Il rayonne sur ma modeste carrière,
Un peu de ton éblouissante lumière,
Car, si chaque nuit scintille la Grande Ourse,
Le temps lui, demeure obstiné dans sa course.
Aussi, avant que pour moi ne s'amorce la pente,
La fatale, l'inexorable descente,
Reçois, Ô Suzie, en cet instant de bonheur,
La gratitude de ton humble successeur.
Quant à cette constellation je la partage
Avec celles et ceux auxquels je dois cet hommage."
 
Benoît Jacques a aussi permis un bon moment à la Télé du Salon lors de son interview par Lucie Servin (replay ici). L'occasion de mieux connaître le maître de la marge, le professionnel de l'autoédition avec ses Benoît Jacques Books, une centaine actuellement.
 
Les livres de Benoît Jacques rassemblés par Lucie Servin.

Les expos

L'exposition "regards croisés" a rassemblé deux par deux six artistes. Pas d'originaux mais une très belle scénographie extrêmement bien architecturée offrant parcours labyrinthiques et expériences sensorielles. "Tendre la main" avec l'humour de Csil et Gee-eun Lee, "Ouvrir les bras" avec la nature au cœur des livres de Caroline Gamon et Jeanne Macaigne, "Donner de la voix" avec la pratique artistique de Pauline Barzilaï et Maeva Rubli.  
 


Des expositions ludiques et artistiques.

Les rencontres

Parmi les dizaines rencontres organisées durant les six jours de la manifestation, pointons la chance qu'a eue le public - nombreux - d'assister à l'épatant dialogue sur l'information aujourd'hui entre l'Irlandais Chris Haughton, dont "Histoire de l'information" vient de sortir en français (Thierry Magnier Éditions) et les deux Ukrainiens, Romana Romanyshyn et Andriy Lesiv, auteurs du documentaire sur la communication "Tout le monde se parle!" (Rue du monde). 
 

Et au fil des allées, la joie de découvrir Philippe Dumas en train de signer chez MeMo qui réédite certains deux ses albums, "La reine des abeilles" (paru chez Grasset en 1984) et "Colin et Pauline", sur les vers libres d'Anne Trotereau (paru à l'école des loisirs en 1995), après lui avoir consacré en juin une passionnante monographie par Michèle Cochet, "Morceaux choisis" (256 pages).

Philippe Dumas.




mardi 14 janvier 2014

LAA ppris le décès de Jean Fabre

Jean Fabre. (c) Aline Giron.

Jean Fabre, "Monsieur Fabre" comme on l'appelait, allait avoir 94 ans (il était né le 29 janvier 1920). Le confondateur des éditions de L'école des loisirs s'est éteint jeudi dernier, le 9 janvier 2014. Cofondateur, car les compères étaient trois en 1965 à se lancer dans une aventure éditoriale fort originale pour l'époque, créer des livres pour enfants différents, leur permettant de développer leur personnalité - elle réunit aujourd'hui le meilleur de la production jeunesse des cinquante dernières années.

Le trio se composait de Jean Fabre, l'aîné qui travaillait aux Editions de l'école, scolaires donc, de son neveu Jean Delas, diplômé de HEC et du graphiste venu de Suisse, stagiaire aux Editions de l'école,  Arthur Hubschmid. Il faut les imaginer arpenter les allées de la Foire internationale du livre de Francfort en 1963 avant de prendre leur décision et de créer une maison d'édition dont le nom, L'école des loisirs, prolongerait la précédente.

C'est l'époque où la jeune maison d'édition, installée rue de Sèvres, amène sur le marché français les traductions des albums de Maurice Sendak,  Arnold Lobel, Tomi Ungerer, Leo Lionni, Iela Mari. Dès la première année, une créatrice belge sera de la partie, Marie Wabbes avec son "Olivier Lepage" (texte de Marcel Vermeulen), précédent ses "Vache Caroline" qu'elle signera du nom de Florence.
Suivra sous la bannière L'école des loisirs, une foule de grands noms, Barbapapa comme le répètent ceux qui relaient la dépêche AFP, mais aussi et surtout Philippe Dumas, Mitsumasa Anno, Claude Ponti, Grégoire Solotareff, Nadja, Philippe Corentin, et tous ceux des générations suivantes...

Aujourd'hui, c'est toujours un triumvirat qui dirige L'école des loisirs. Arthur Hubschmid en est toujours le directeur éditorial. Jean Delas a laissé sa place l'an dernier, en 2013, à son fils Louis, devenu co-directeur de la maison avec Jean-Louis Fabre qui avait pris la succession de son père en 1995. Ce qui n'empêchait pas Jean Fabre de veiller encore et toujours sur sa chère maison et ses auteurs. Sa gentillesse, ses yeux pétillants, sa bienveillance ont frappé tous ceux et celles qui l'ont approché.

"Monsieur Fabre" venait régulièrement en Belgique, transporté ici et là dans la R5 du responsable belge de sa maison. Il rencontrait les libraires et donnait des conférences où ses choix en littérature de jeunesse convainquaient sans peine un public ébloui.

Extraits.

"L'album pour enfants est un miroir de soi-même, un porte-voix de ses émotions et une fenêtre ouverte sur le monde. Le livre plaide aussi pour que ce soit à l'école que les enfants découvrent la littérature et qu'ils la découvrent pour ce qu'elle est, une source infinie de plaisirs, et non la simple occasion d'un cours de grammaire."

"L'enfant plus âgé trouve plusieurs motivations à la lecture. Tout d'abord, la communication, au-delà des frontières, des cultures (avec l'ouverture à la tolérance), l'occasion de sortir de ses habitudes de vie. Ensuite, le jeu avec les mots et les images. Enfin, un essai à la vie par procuration en se dédoublant à travers des personnages qui ont chacun quelque chose à dire."

 "Certains albums portent plus loin, résonnent plus fort, s'insinuent plus intimement, deviennent pour de jeunes lecteurs des références et des repères en les accompagnant dans leur cheminement personnel et en élargissant leur horizon familier."

Tout est dit et bien dit.
Merci Monsieur Fabre.



mardi 4 mars 2014

L100 va parler de poésie à Radio Panik

A Radio Panik pour "Poésie à l'écoute". (c) Mélanie Godin.

Mercredi 5 mars à 19 heures, vous pourrez m'écouter sur Radio Panik (105,4 FM à Bruxelles) dans l'émission "Poésie à l'écoute" ou me réécouter ensuite (http://www.radiopanik.org/emissions/poesie-a-l-ecoute/). Mélanie Godin m'y a invitée, ainsi que Natacha Wallez (IBBY).
J'y parlerai de littérature de jeunesse en général, un peu de la Foire du livre qui vient de s'achever, et surtout de la poésie destinée aux enfants.


La poésie pour les enfants, ce n'est pas comme Tintin, de 7 à 77 ans! Cela commence à la naissance avec les "Enfantines", ces formulettes traditionnelles qui, depuis des siècles, font les délices des tout-petits, et les  "Berceuses", premier patrimoine de l'enfance. Deux genres de textes cousins que Marie-Claire Bruley et Lya Tourn ont réunis dans deux superbes recueils grand format, remarquablement illustrés par Philippe Dumas (L’école des loisirs, 1988 et 1996).


Après ces panoramas patrimoniaux, je présente la création contemporaine de comptines, à travers la collection tout-carton "Les comptines en continu", d’Olivier Douzou et Frédérique Bertrand (Rouergue). Des histoires d'animaux, pleines d'humour et d'inattendu, jouant avec la langue et les images. Douze volumes sont prévus, six sont parus: "Poney", "Teckel", "Ours", "Minou", "Truite" et "Zignongnon". On attend les autres avec impatience!





D'autres excellentes créations contemporaines se nichent dans la collection "Pommes pirates papillons" des Editions Motus, forte déjà  de 24 titres imprimés sur papier recyclé coloré.

Dernier paru: "Un jardin sur le bout de la langue", de Constantin Kaïtéris et Joanna Boillat (Motus, 72 pages), une autre façon de consommer, par la poésie, la sacro-sainte ration des cinq fruits et légumes par jour! A raison de cinq doubles pages? D'autres façons en tout cas de considérer citrouilles, lentilles, navets en fleurs ou pas, plein d'autres légumes et de fruits, et même l'oignon! Avec fantaisie, imagination et une fameuse gourmandise pour les goûts et pour les mots.

Dans les titres anciens, je pointe "Poèmes sans queue ni tête", d'Edward Lear, adaptés par François David (2004), et "Le rap des rats", de Michel Besnier (2002), tous deux illustrés par Henri Galeron. Sans oublier, dans une autre collection, la dernière création de ce dernier, sur des textes de Philippe Annocque, "Dans mon oreille" (2013).




Aux amateurs de poésie classique, illuminée par des artistes contemporains, je conseille de s'orienter  vers la collection "Enfance en poésie" (Gallimard Jeunesse). Déjà riche de plus de trente titres, elle a été créée par Guy Goffette à qui l'on doit la phrase: "Il suffit de les nommer pour que les choses se mettent à exister, à danser, à chanter, à rire. La poésie, c'est un peu cela: faire exister ce qui n'existe pas."


Enfin, parmi toutes les parutions récentes en poésie destinée aux enfants, j'ai retenu la réédition des "Poèmes pour sourigoler" d'Alain Boudet, illustrés cette fois par Huguette Cormier (Les carnets du dessert de lune, collection "Lalunestlà"). Des poèmes pour grignoter la vie du bon côté.
Parce que la poésie sait aussi ne pas se prendre au sérieux, se faire légère, joyeuse et même s'amuser un coup, rejoignant ainsi dans ses délicieuses applications les plus sérieuses de ses définitions.

Un exemple parmi les 25 poèmes réunis dans le recueil.

Poème pour faire la sieste
Aujourd'hui
il fait soleil
il fait bleu
il fait sourire
il fait doux

Et moi je ne fais rien.


Et en illustration sonore, ceux, qui me connaissent sauront pourquoi, la "Ballade de Noël", de Noé Preszow, dédiée aux réfugiés afghans du Béguinage.