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lundi 16 mars 2026

Les prix 2025 de l'Académie belge

Les lauréats 2025. (c) ARLLFB.

Samedi matin, l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (Arllfb)
a remis ses prix littéraires 2025 en son lieu, le Palais des Académies. Un palmarès en huit temps, tous les prix n'étant pas annuels, qui se distingue par ses deux choix féminins,  portés sur deux candidates malheureuses au prix Rossel 2025 (lire ici). 
 
 
Les huit livres mis à l'honneur.


Grand prix de poésie

Le Grand prix de poésie (1.500 €) récompense un poète ou une poétesse belge pour un recueil remarquable.
 
Lauréat
Harry Szpilmann, pour "La vie fragile" (Le Taillis Pré)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Carino Bucciarelli, "Une poignée de secondes" (L'Herbe qui tremble)
  • Françoise Lison-Leroy, "Tu ouvres et c'est le jour" (Rougerie)
  • Marc Quaghebeur, "Labiales" (Lieux-Dits éditions)
  • Martine Rouhart, "En ce lieu clos" (Toi éditions)
  • Laurence Skivée, "Je trace" (La lettre volée)

 

 

Grand prix des arts du spectacle

Le Grand prix des arts du spectacle (1.500 €) récompense l'auteur belge d'une pièce de théâtre, mais éventuellement d'un scénario de cinéma ou de télévision, d'un seul en scène… Il peut également l'être pour l'ensemble d'une œuvre.
 
Lauréat
Jean-Marie Piemme, pour "Cabots mordus" (Edern)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Stanislas Cotton, "Tirésias jette l'éponge" (Edern)
  • Christine Delmotte, "Je voudrais mourir par curiosité" (Les Oiseaux de nuit)
  • Adrien d'Hose, "Collet" (Lansman)
  • Valériane De Maerteleire, "La reine rouge" (Lansman)

 

Grand prix du roman

Ce prix annuel (1.500 €) récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).
 
Lauréate
Emmanuelle Pol, pour "Jan sur un air de jazz" (Finitude)
 
 Étaient aussi finalistes: 
  • Frédérique Dolphijn, "Les oubliés" (Esperluète)
  • Claire Huynen, "Les femmes de Louxor" (Arléa)
  • Patrick Roegiers, "Satie" (Grasset)
  • Giuseppe Santoliquido, "Le don du père" (Gallimard)

 

Grand prix de l'essai

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge d'un essai de philosophie, histoire, sociologie, spiritualité, religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts.
 
Lauréat
Pascal Chabot, pour "Un sens à la vie. Enquête philosophique sur l'essentiel" (PUF)

Étaient aussi finalistes: 
  • Gilles Collard, "Klaus, Une vie antifasciste" (Flammarion)
  • Chantal Deltenre, "Le regard retrouvé" (Esperluète)
  • Laurence Rosier, "La riposte, Femmes, discours et violences" (Payot)
  • Frédéric Saenen, "Léon Degrelle" (Perrin)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)
 
 

Grand prix d'histoire de la littérature

Ce prix (1.500 €) récompense l'auteur ou l'autrice belge ou écrivant en langue française, d'un ouvrage concernant l'histoire de la littérature mais aussi l'histoire des idées, des mentalités et des courants littéraires.
 
Lauréat 
Paolo Tortonese, pour "Remords. Zola, Dostoïevski" (Hermann)

Étaient aussi finalistes:
  • Sara Buekens, "Écologies littéraires africaines. L'imaginaire de l'environnement dans la littérature francophone postcoloniale" (Brill, 2025).
  • Esther Demoulin, "Beauvoir et Sartre. Écrire côte à côte" (Les impressions nouvelles, 2024).
  • Denis Saint-Amand, "Fictions du monde littéraire, Trois enquêtes" (Presses universitaires de Liège, 2025).
  • Myriam Watthee-Delmotte, "La littérature, une réponse au désastre" (Académie royale de Belgique, coll. L'Académie en poche, 2025).

 

 

Prix international de littérature française (catégorie théâtre)

Ce prix international (2.000 €) récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur issu de la francophonie et âgé de moins de 50 ans. L'année 2025 est dédiée au théâtre.

Lauréat
Samuel Gallet, pour "Le Pays innocent" (Éditions Espaces 34)

Étaient aussi finalistes: 
  • Thomas Depryck et Antoine Laubin, "Maria et les oiseaux" (De Facto/CED-WB/E&C)
  • Claire-Marie Lievens, "Qui a tué Patrice Lumumba?" (Les Oiseaux de nuit)
  • Lydie Tamisier, "L'odeur des tissus" (Tapuscrit, Théâtre ouvert)
  • Azilys Tanneau, "Rest/e" (Lansman)

 

 

Prix Verdickt-Rijdams

Le prix Verdickt-Rijdams récompense un auteur ou une autrice belge dont l'ouvrage porte sur le dialogue entre les arts et les sciences.

Lauréat
Jérémie Brugidou, pour "Bestiaire de lumière. Plongée dans les aventures lumineuses du vivant" (Éditions de l'Ogre)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Athane Adrahane, "Des lucioles et des ruines. Quatre récits pour un éveil écologique" (Le pommier)
  • Vinciane Despret et Pierre Kroll, "Dieu, Darwin, tout et n'importe quoi" (Arènes BD)
  • Paul Jorion, "L'avènement de la Singularité. L'humain ébranlé par l'intelligence artificielle" (Textuel)
  • Pierre Schoentjes, "Inventer des grottes. Pré-histoires romanesques" (Le mot et le reste)

 

Prix Découverte

Ce prix (1.000 €)  récompense une première œuvre littéraire d'un auteur ou une autrice belge. Il est remis alternativement, sur trois ans, à un recueil de poésie, un roman ou une pièce de théâtre. L'année 2025 est dédiée au roman.
 
Lauréate
Sandra de Vivies, pour "La femme du lac" (Cambourakis)
 
Étaient aussi finalistes: 
  • Rachel. M. Choltz, "Pipeline" (Seuil)
  • Claire Mathot, "La saison du silence" (Actes Sud)
  • Myriam Watthee-Delmotte, "Indemne, Où va Moby-Dick?" (Actes Sud)






mardi 4 novembre 2025

Le Renaudot à Milady de Clermont-Tonnerre


La romancière Adélaïde de Clermont-Tonnerre reçoit le prix Renaudot 2025 pour "Je voulais vivre" (Grasset, 480 pages). Son roman revisite "Les trois mousquetaires" d'Alexandre Dumas d'un point de vue féminin, celui de Milady. Elle l'a emporté devant Feurat Alani pour "Le ciel est immense" (JC Lattès), Anne Berest pour "Finistère" (Albin Michel), Justine Lévy pour "Une drôle de peine" (Stock) et Louis-Henri de La Rochefoucauld pour "L'amour moderne" (Robert Laffont). 
 
"Je voulais vivre"
est l'histoire de cette fillette de six ans recueillie par le père Lamandre. Pieds en sang dans ses souliers à boucles d'argent, elle refuse de répondre aux questions sauf celle de son prénom, Anne. Vingt ans plus tard, elle est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l'oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l'ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature: elle se nomme Milady. Quelle est la femme au-delà de la légende? Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Le roman rend vie à Milady et nous offre son histoire. Celle d'une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux et se battant – jusqu'à la transgression ultime – pour son pays, son idéal et sa liberté.
 
Pour lire en ligne le début de "Je voulais vivre", c'est ici
 
 
Fidèle à ses habitudes, le jury a choisi de donner le prix Renaudot essai à Alfred de Montesquiou pour "Le crépuscule des hommes" (Robert Laffont), un livre qui ne figurait pas dans la sélection finale. Celle-ci comportait Fabrice Gaignault pour "Un livre" (Arléa), Agnès Michaux pour "Huysmans vivant" (Le Cherche Midi), Jean-Claude Perrier pour "La mystification indienne" (Cerf) et Marc Weitzmann pour "La Part sauvage" (Grasset) qui a reçu le prix Femina essai (lire ici). 

Avec précision historique et tension romanesque, l'auteur ressuscite des hommes et des femmes de l'ombre, qui ont été les témoins du procès le plus retentissant du XXe siècle, celui de Nuremberg. Göring et vingt autres nazis y sont jugés à partir de novembre 1945. Hors de la salle d'audience, Joseph Kessel, Elsa Triolet, Martha Gellhorn, John Dos Passos, sont là. Ils sont venus assister à ces dix mois où doit œuvrer la justice. Alfred de Montesquiou les a retrouvés. 


Enfin, le jury a attribué le prix Renaudot Poche à Boualem Sansal pour son dernier roman, "Vivre, Le compte à rebours" (Gallimard, Folio). Rappelons que l'écrivain, âgé aujourd'hui de 80 ans, a été élu en octobre dernier à l'Académie Royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB)
 
Présentation de l'éditeur: Paolo fait partie des rares "Appelés". Il a été choisi par une puissance mystérieuse pour diffuser un message terrible: dans 780 jours, la Terre disparaîtra. Seule une minorité d'habitants sera sauvée et conduite en lieu sûr, sur une autre planète. Les Appelés ont peu de temps pour recruter ces êtres dignes de confiance, qui participeront à la fondation d'une humanité nouvelle. Mais comment faire pour écarter de la sélection ceux qui ont manifesté leur nocivité: les puissants, les politiciens, les mafieux, les religieux de toutes obédiences? Paolo et les Appelés parviendront-ils, le jour venu, à les empêcher d'embarquer à bord de l'immense vaisseau spatial venu sauver les Élus ? 
 
Communiqué des Editions Gallimard: 
"Nous sommes très heureux d'annoncer que les jurés du Prix Renaudot ont choisi de décerner le Prix Renaudot poche à Boualem Sansal pour son roman "Vivre" en Folio. L'écrivain franco-algérien Boualem Sansal, arrêté à Alger le 16 novembre 2024 par les autorités algériennes, est hélas toujours incarcéré. Ce qu'on lui reproche? Sa liberté d'expression, ses prises de position, ses écrits. La place d'un écrivain n’est pas en prison. 
Puisse l'annonce de ce Prix lui parvenir là où il est retenu.
Tous les bénéfices liés à la vente du livre sont reversés à la Société de soutien international 
 
Jury: Jean-Marie Gustave Le Clézio, Georges-Olivier Châteaureynaud, Jean-Noël Pancrazi, Franz-Olivier Giesbert, Dominique Bona, Patrick Besson, Frédéric Beigbeder, Cécile Guilbert, Stéphanie Janicot et Mohammed Aissaoui.
 
 

lundi 10 mars 2025

Le palmarès 2024 de l'Académie belge, l'ARLLFB

Les lauréats 2024: Jeanne Pham Tran, Merlin Vervaet, Deborah Danblon, Marie Borel,
Emmanuel Dongala, Pierre Piret, Caroline Boulord, Grégoire Polet
et Jack Kéguenne. (c) ARLLFB.
 
L'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB) a remis neuf prix littéraires 2024 ce samedi 8 mars. Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'institution, a d'abord rappelé les noms de deux de ses membre, récemment disparus, Michel del Castillo, élu le 12 avril 1997 et mort le 17 décembre 2024, Pierre Mertens, élu le 11 février 1989 et décédé 19 janvier 2025. Il a eu un mot aussi pour l'écrivain Boualem Sansal, arrêté et emprisonné à Alger le 16 novembre 2024.
 
L'officiant a ensuite annoncé la couleur: quinze minutes par prix, réparties entre proclamation par lui-même du/de la lauréat.e, lecture d'un extrait du livre primé et conversation avec le/la lauréat.e. Venus de Belgique, de France ou de Suisse, les neuf auteurs récompensés étaient tous présents à Bruxelles en ce matin ensoleillé. Tout a bien commencé avec Grégoire Polet, Grand prix du roman pour "Pax" (Gallimard). Mais ensuite... Lectures très théâtralisées, intervieweurs extrêmement diserts, répétant parfois ce qui venait d'être dit. Quand on a la chance d'avoir neuf lauréats de prix importants à disposition, on aimerait que l'occasion soit donnée au public - venu nombreux - de bien les entendre pour mieux les connaître. Encore faut-il leur laisser l'occasion de s'exprimer. Dommage. La séance m'aura toutefois appris que maintenant, je peux dire "J'ai eu venu à la remise des prix", en utilisant un passé surcomposé dont j'ignorais l'existence et qui a été mis à l'honneur dans le prix de  linguistique.
 
Palmarès
 
Grand prix du roman
Ce prix annuel est doté de 1500 €. Il récompense un auteur ou une autrice belge ou vivant en Belgique, pour un roman mais aussi pour d'autres genres de fiction en prose (nouvelles, récits, apologues, etc.).

Le prix est décerné à Grégoire Polet pour "Pax" (Gallimard, 2024, 448 pages). Un récit virevoltant autour de la conférence de la paix organisée en 1919 par le président Wilson.
"J'ai abordé la perméabilité entre le présent et le reste du temps".

 
 
 
 
Grand prix de l'essai
Ce prix biennal est doté de 1500 €. Il récompense l'auteur belge d'un essai. Les domaines concernés sont: la philosophie, l'histoire, la sociologie, la spiritualité, la religion… à l'exclusion de la critique littéraire, l'histoire de la littérature, la linguistique et la philologie qui font l'objet de prix distincts. 
 
Le prix est attribué à Pierre Piret pour "Le chant du signe. Dramaturgie expérimentale de l'entre-deux-guerres" (Circé, 2024, 210 pages). Analyse détaillée de sept auteurs de théâtre de l'entre-deux-guerres (les Belges Crommelynck, Ghelderode et Soumagne et les Français Apollinaire, Claudel, Cocteau, Vitrac).
 

 
 
 
 
 
Prix international de littérature française
Ce prix international, doté de 2000 €, récompense alternativement un recueil de poésie, un roman et une pièce de théâtre et ce, pour une autrice ou un auteur âgé de moins de 50 ans. Le prix 2024 est attribué à un roman.

Le prix est attribué à l'unanimité du jury à Jeanne Pham Tran pour "De rage et de lumière" (Mercure de France, 2023, 216 pages). Des liens invisibles se créent entre trois "héros" aux yeux de la romancière, Jack Preger, médecin des rues de Calcutta, sa mère qui s'est battue pendant 7 ans contre un cancer et la narratrice.
"La rage, ce peut être la colère mais cela peut aussi être la rage de vivre."
 
 
 
Grand prix des arts du spectacle
Prix annuel doté de 1500 €, le grand prix des arts du spectacle récompense du théâtre, mais aussi éventuellement: scénario de cinéma ou de télévision, seul en scène, etc.

Le prix récompense Merlin Vervaet pour "Le groupe de l'Ouest lointain" (Lansman, 2024, 76 pages). Une écriture théâtrale renouvelée qui oublie le dialogue au profit de la narration à la troisième personne. Une narration déjantée et drôle qui dézingue la société.
"Je me suis beaucoup documenté. J'ai entre autres lu le journal de bord du Belgica."  
 
 
 
 
Grand prix de linguistique et de philologie
Doté de 1500 €, ce prix récompense l'auteur ou autrice, belge ou étranger écrivant en langue française, d'un essai. Ce prix est réservé à la linguistique en tant que théorie du langage, et à la philologie comme étude de la langue, analyse de textes littéraires, etc. Il exclut donc l'Histoire de la littérature, des idées, des mentalités et des courants littéraires qui font l’objet d'un prix distinct et biennal lui aussi.

Le prix va à Marine Borel pour "Les formes verbales surcomposées en français" (Peter Lang, 2024, 662 pages, téléchargement gratuit sur le site de la maison d'édition, ici), présentant 7500 exemples de formes verbales surcomposées en français. Un temps inconnu de la plupart des personnes présentes dans l'auditoire Albert 1er de l'Académie, qui permet des phrases comme "Tu as eu venu à la remise des prix", bien plus fort que "Tu es venu à la remise des prix" et explique pourquoi.
 
Un charmant accent suisse qui n'a guère eu l'occasion de s'exprimer tant son interlocuteur a pris du temps imparti.


Grand prix de poésie
Annuel et doté de 1500 €, ce prix récompense un poète belge pour l’ensemble d’une œuvre ou un recueil remarquable.

Le prix est attribué à Jack Keguenne pour "À la lanterne" (éditions Edern, 2024, 244 pages), recueil de textes poétiques écrits il y a cinq ans pendant le confinement.
"Tous les poèmes sont dédiés à une personne suite à un événement ou un échange avec quelqu'un. Ils sont lisibles par tout le monde mais offrent un bonus à la personne à laquelle ils sont dédiés et pour moi."
 
 
Prix André Gascht
Ce prix biennal récompense une personnalité du monde de la critique (presse, radio, télévision, internet, etc.), en activité dans l’année où le prix est décerné ou pour son rôle éminent dans la critique.

Le prix va à Deborah Danblon pour l'ensemble de son travail. 
"Il y a les flèches et les couteaux suisses. Moi je suis un couteau suisse.

 
 
 
 
 
 
Prix Découverte
Le prix Découverte récompense une œuvre littéraire (principalement un recueil de poésie, mais également un roman ou une pièce de théâtre) d’un auteur belge, prioritairement, âgé de moins de quarante ans. Ce prix peut être attribué sur manuscrit.

Le prix Découverte est attribué à Caroline Boulord pour "Les nuits filantes" (L'arbre à paroles, 2024, 86 pages). Le mélange de la joie sans borne d'une mère observant son premier enfant et une forme de mélancolie qui en serait indissociable.
"Ma question est: qu'est-ce qui nous anime? Comment passer de l'inanimé à l'animé?"

 
 
 
Prix Nessim Habif
Biennal, ce prix récompense une personnalité, issue de la francophonie hors de France, pour une œuvre importante et de qualité écrite en langue française.

Le prix récompense Emmanuel Dongala, écrivain et chimiste, pour l'ensemble de son œuvre. Notamment "Un fusil dans la main, un poème dans la poche" (Albin Michel, 1973, roman), "Jazz et vin de palme" (Hatier, 1982, recueil de nouvelles), "Le Premier Matin du monde" (pièce de théâtre, 1984) , "Le Feu des origines" (Albin Michel, 1987, roman), "Photo de groupe au bord du fleuve" (Actes Sud, 2010, roman), "La sonate à Bridgetower" (Actes Sud, 2017).
 
Né le 14 juillet 1941 à Alindao (République centrafricaine) d'un père congolais et d'une mère centrafricaine, Emmanuel Boundzéki Dongala passe son enfance et son adolescence en République populaire du Congo, puis fait ses études aux Etats-Unis et en France, avant d'enseigner la chimie à l'Université de Brazzaville. Longtemps animateur d'un théâtre , il doit quitter le Congo lors de la guerre civile de 1997. Il trouve refuge aux Etats-Unis, où il enseigne à la fois la littérature francophone et la chimie.
"Mon travail de romancier est de dévoiler la beauté du monde qui se cache. Le romancier ne regarde pas le monde comme le journaliste ou le statisticien. Le romancier donne la dimension humaine du monde."

 
 
 

lundi 13 mars 2023

Les lauréats 2022 de l'Académie belge, l'ARLLFB

Cravaté de jaune, le secrétaire perpétuel Yves Namur distrait les lauréats.
De gauche à droite, Vincent Poth, Florian Pâque, Pascale Tison,
 Veronika Mabardi, Négar Djavadi, Jacques Vandenschrick,
Laurent Gosselin et Jan Baetens.

Quasi tous les finalistes des huit prix littéraires 2022 de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique - tous les prix ne sont pas annuels - étaient connus depuis l'automne dernier (lire ici). Ce samedi 11 mars, les lauréats ont été proclamés et leurs prix remis par Yves Namur, secrétaire perpétuel de l'ARLLFB, au cours d'une cérémonie ponctuée de lectures par Stéphanie Moriau. Les gagnants, cinq hommes et trois femmes, ont chaque fois répondu aux questions du jury qui les avait choisis. A noter que les argumentaires complets se trouvent sur le site de l'Académie (ici). On remarquera que plusieurs des primés avaient déjà gravi à d'autres occasions les marches de l'estrade. Une cérémonie qui a commencé avec un ascenseur et s'est terminée sur un escalator.


Palmarès

Grand Prix des Arts du spectacle

Florian Pâque
, né en 1992, pour "Sisyphes" (Lansman Editeur), avec "s" à Sisyphe, un sujet âpre et grave, l'ascenseur social en panne, traité d'une écriture légère. L'animateur de la compagnie Le Théâtre de l'Eclat, auteur, metteur en scène et acteur, avait déjà été distingué par l'Académie en 2021 (lire ici).

L'avis du jury (Luc Dellisse, Paul Emond, Xavier Hanotte, Caroline Lamarche, Nathalie Skowronek): ""Cette histoire est un mythe et tous les mythes s'écrivent au présent", déclare un acteur dans le prologue de la pièce. Particulièrement cruel dans sa vision de la condition humaine, le mythe de Sisyphe permet à Florian Pâque d'évoquer la situation des plus précaires condamnés à ne jamais s'élever dans une société en panne d'ascenseur social. Ce dont se fait l’écho l'absurdité d’une première scène qui reviendra tel un refrain: on a beau pousser sur le bouton d'un étage, à chaque fois qu'on sent monter l'ascenseur, puis que la porte s'ouvre, c'est le rez-de-chaussée qui apparaît. (...)"
Florian Pâque: "Lors d'un atelier dans une résidence à caractère social, j'ai raconté le mythe de Sisyphe. Manon m'a dit: "Mon rocher est dans mes bras. C'est mon enfant." Le thème de ce livre n'était pas prévu au départ. Il s'est imposé lors de l'atelier."

Grand prix de poésie

Jacques Vandenschrick
, né en 1943, pour son recueil de poèmes, "Tant suivre les fuyards" (Cheyne).

L'avis du jury (Éric Brogniet, Philippe Lekeuche, François Emmanuel, Yves Namur, Gabriel Ringlet): "C'est aux flammes de la "fuite" et non à celles de l'"errance" ou de l'"exil", souvent jusqu'ici évoquées, que la parole vient alimenter son feu. La nuance n'est pas mince: la fuite peut être immobile et se loger dans les sinuosités d'une pensée. (...) On sait toute l'importance de la spatialité dans l'œuvre de Vandenschrick, depuis "Vers l'Elégie obscure"  (1987) et "Du pays qui s'éloigne" (1988) jusqu'à ce livre que notre Académie distingue aujourd'hui en même temps que l'œuvre toute entière d'un poète voué pendant 45 ans, dans la discrétion la plus absolue, à une quête où le langage est le véhicule d'une approche de l'Être, mais aussi le révélateur d'une condition existentielle et spirituelle de l'Homme. Les titres de tous ses livres contiennent un marqueur d'écart ou de distance. (...)"
Jacques Vandenschrick: "La langue poétique, l'écriture de poésie, un exercice long pour moi, malaisé, est la recherche d'une langue qui se veut à distance du quotidien. J'essaie de créer une langue de l'utopie, une langue qui introduit l'autre dans l'être. Je réécris plus que je n'écris."

Prix André Gascht

Pascale Tison
, pour l'ensemble de son travail de critique.
Et quel travail! La lauréate est auteure de textes sur le théâtre, l'art et la danse, comédienne, de deux pièces de théâtre, de deux romans, réalisatrice en radio, productrice depuis 1995 de l'émission "Parole donnée" sur Musiq3, enseignante à l'INSAS et à l'IAD, responsable aujourd'hui de la création radiophonique sur la Première et productrice de l'émission quotidienne "Par Ouï-Dire", proposant des documentaires et des créations radiophoniques ainsi que des entretiens. 

L'avis du jury (Michel Brix, André Guyaux, Corinne Hoex, Caroline Lamarche, Yves Namur): "Pascale Tison consacre une émission hebdomadaire à la littérature et a recours, pour faire entendre la langue des auteurs, à nos meilleurs comédiens, comme Jo Deseure ou Angelo Bison, quand elle ne lit pas elle-même de sa voix précise et lumineuse. Elle y rend hommage, avec finesse et un métier très sûr, aux écrivains vivants ou disparus, de sorte que son émission constitue un remarquable trésor d'archives pour nombre d'auteurs, tels Marcel Moreau, Jacques De Decker, Pierre Mertens, Carl Norac, Corinne Hoex, Vinciane Despret, Veronika Mabardi, pour n'en citer que quelques-uns ou quelques-unes. (...) Créatrice tout-terrain, elle a fusionné à merveille son amour de la radio et sa passion pour la littérature."
Pascale Tison: "La radio est une autre forme donnée à l'ego de l'écrivain. La parole va vers le mot et le mot vers la parole. La radio est le garant de l'incandescence de la rencontre, une écoute d'être à être. Elle est l'écriture du réel. Tout se joue au montage. "Par Ouï-Dire" est une émission non filmée, ce qui est un grand avantage. A la radio, on ne cesse de déposer son visage."


Grand prix du roman

Veronika Mabardi
, née en 1962, pour "Sauvage est celui qui se sauve" (Esperluète, 2022, lire ici). Elle avait reçu le prix Georges Vaxelaire 2015 pour sa pièce de théâtre "Loin de Linden" (Lansman Editeur, lire ici).

L'avis du jury (Jean Claude Bologne, Gérard de Cortanze, Luc Dellisse, François Emmanuel, Pierre Mertens, Jean-Luc Outers, Nathalie Skowronek): "Ce livre  a touché et convaincu les jurés du Prix du Roman, par l'intensité de la démarche d'écriture en direction du frère absent, trop tôt disparu. 
Il est rare de ressentir à ce point combien les récits, sollicitant la mémoire, cherchent à cerner, circonvenir, tenter de donner sens, au silence qui fut le sien au temps où il vivait. 
A l'assaut de ce silence le livre avance par saccades, par détours, par saignées de sens, et c'est cette avancée tâtonnante, ce corps à corps de l'autrice avec l'énigme de son frère mort, qui donne à l'écriture du livre sa puissante dimension performative. Comme si le présent de la recherche tentait de rejoindre dans un découvrement progressif, le mouvement, la quête, la ligne brouillée et pour une grande part insaisissable de ce que fut la vie de Shin Do. (...)
Veronika Mabardi: "C'est un livre dont l'écriture reste dans le silence, les mots restent sur la page. Il m'a fallu vingt ans avant de trouver le calme pour l'écrire. J'avais besoin de parler de mon frère disparu, de l'identité, de la famille. La famille bricolée chez nous, fierté de nos parents. J'avais besoin de bricoler des identités. Revenir à son souvenir a été un accompagnement dans l'écriture. Dans le compagnonnage des vivants, pendant le confinement, j'ai eu le sentiment de sa présence. C'est un travail de mémoire et aussi de fiction, une réappropriation. J'ai écrit ce livre en disposant des cailloux sur le plancher de mon atelier, en les déplaçant, en leur ajoutant du bois, du verre, de l'or. Cela a été un travail sur le plancher, sur le papier et sur l'ordinateur.

 

Grand Prix de Linguistique et de Philologie

Laurent Gosselin
, né en 1960, pour "Aspect et formes verbales en français" (Classiques Garnier, 2021).

L'avis du jury (Michel Brix, Anne Carlier, Daniel Droixhe, Jean Klein, Jacques Charles Lemaire): "Laurent Gosselin est professeur à l'Université de Rouen et sa recherche consiste à démêler la complexité sémantique de ce qui est appelé parfois rapidement "les temps verbaux". Les temps ver­baux occupent un rôle central dans la langue, non seulement parce qu'ils per­mettent d'an­crer, dans le monde qui nous envi­ronne, les situa­tions évoquées au moyen des formes verbales, en les situant par rapport au hic et nunc du locuteur, mais aussi parce leur enchaînement dans un texte résulte non pas en une suite décousue d'énoncés, mais permet de construire un récit cohérent doté d'une chronologie."


Prix Découverte

Vincent Poth, né en 1989, pour "Aléas sans amarre. Ou livre de pensées" (aphorismes, inédit, 2022). Une première pour l'ARLLFB qui n'avait encore jamais récompensé de son histoire un livre d'aphorismes.

L'avis du jury (Véronique Bergen, Éric Brogniet, Philippe Lekeuche, Yves Namur, Gabriel Ringlet): "Vincent Poth est essentiellement poète. Il a commencé à écrire de la poésie il y a une dizaine d'années dès l'âge de 23 ans. (...) Le livre qui se voit honoré aujourd'hui est un ensemble d'aphorismes, le tout formant un volume d'une centaine de pages. Vincent Poth y évoque les thèmes de l'amour, de la destinée, de la création poétique, ses aphorismes circulant à travers les différentes dimensions de la condition humaine. Le jury a été très sensible au style, à l'écriture élégante voire classique, à la profondeur et à la finesse des pensées qui se trouvent formulées avec une grande exigence et une rigueur d'écriture remarquable. (...)"
Vincent Poth: "Poète, je suis passé aux aphorismes. Pourquoi? J'avais besoin d'écrire des choses claires et compréhensibles. J'étais fatigué de patauger dans la poésie. J'ai lu beaucoup d'aphorismes. J'ai écrit les miens dans le sillage de la joie de certains auteurs. C'est plus clair maintenant, je suis content. La poésie vient des profondeurs vers la surface, l'aphorisme vient de la surface et creuse en profondeur."

 

Grand Prix de l'essai

Jan Baetens
 pour "Illustrer Proust. Histoire d'un défi" (Les Impressions nouvelles, 2022).

L'avis du jury (Danielle Bajomée, Sophie Basch, Véronique Bergen, Luc Dellisse, Gabriel Ringlet): "Cet ouvrage à l'iconographie abondante examine les réponses successives données par les artistes et leurs éditeurs au désir et à la difficulté d'illustrer Marcel Proust, depuis plus d'un siècle. Il en retrace l'histoire, du premier livre de Proust, "Les Plaisirs et les jours" (1896), illustré par Madeleine Lemaire, un des modèles de Mme Verdurin, à la nouvelle édition d’"Un amour de Swann", "ornée" par Pierre Alechinsky en 2013.
Le jury a été particulièrement sensible à l'importance de la recherche, à la qualité de la réflexion et surtout, à l'originalité du point de vue choisi pour aborder l'œuvre de Marcel Proust dans sa radicalité poétique qui la rend "impossible" à illustrer tout en provoquant sans cesse le désir de le faire. (...)"
Jan Baetens: "Neuf fois sur dix, les livres illustrant Proust sont atroces. Ils sont totalement inconnus, heureusement. Le rapport texte-images n'est pas essentiel ici. J'ai plutôt regardé du côté du business éditorial. Qui? Pourquoi? Avec quelle concurrence? Les images vieillottes de van Dongen de l'édition de 1947 ont été reprises en 1972 par Folio parce que le graphiste Massin voulait montrer que Folio pouvait faire autre chose que du livre de poche. Le livre de poche a lui publié en 1965 une version illustrée par sept images de Pierre Faucheux. Pour moi, la meilleure façon de rendre hommage à Proust est de faire quelque chose de complètement différent." 


Prix Nessim Habif

Négar Djavadi
, née en Iran en 1969, pour l'ensemble de son œuvre (son premier roman "Désorientale", Liana Levi, 2016, lire ici; "Arène", Liana Levi, 2020).

On se rappellera que "Désorientale" commence par une scène d'escalator d'anthologie.
Pour lire en ligne le début de "Désorientale", c'est ici.
Pour lire en ligne le début de "Arène", c'est ici.



L'avis du jury (Corinne Hoex, Caroline Lamarche, Pierre Mertens, Jean-Luc Outers, Nathalie Skowronek): " (...) S'inspirant en partie du parcours de son auteure, "Désorientale", paru en 2016, raconte la saga d'une famille d'intellectuels iraniens sur trois générations. Il rencontre un grand succès critique et de librairie et sera traduit dans une dizaine de langues. Alors une question s'impose: pourquoi y revenir aujourd'hui, six ans plus tard? Parce que "Désorientale" nous fournit un formidable et nécessaire témoignage sur la résistance iranienne. D'abord au régime du Shah, ensuite à Khomeiny, par extension à ce que traverse le pays depuis de nombreux mois. Et qu'est-ce que la littérature si elle passe à côté de son temps? Négar Djavadi nous restitue un Iran des années 70 où l'on rêve de "corps SophiaLorenti" et de "cheveux coupés à la mode NathalieWoodi", où l'on a peur, où l'on se cache. En d'autres mots, la liberté qui a été enlevée aux Iraniens et pour laquelle ils se battent encore aujourd’hui. Hommes et femmes côte à côte. À qui nous voulions aussi, avec nos moyens, envoyer un signe de solidarité et de fraternité. (...)"

Négar Djavadi: "La révolution d'hier est restée en suspens, inachevée. Les révoltes écrasées de 2009, 2010, 2019 montrent la continuité entre le passé le présent. Aujourd'hui, les réseaux sociaux permettent de comprendre ce qui se passe en Iran sans devoir tout expliquer. Le téléphone portable est une arme mais il faut savoir l'utiliser.
A propos de l'identité: l'homme n'a pas de place définie sur terre. J'ai des racines mais je ne me sens pas un arbre. En tant qu'écrivain, je me mets dans la tête des autres. J'aime mieux parler d'appartenance que d'identité. 
Quelle suite? Je ne me sens pas missionnée en tant qu'Iranienne installée à Paris depuis 1980. Si j'ai un attachement très fort au réel, je ne me sens pas nécessairement dépositaire de la voix iranienne."

Nathalie Skowronek, porte-parole du jury Nessim Habif: "La littérature donne une voix au réel, elle l'absorbe."










jeudi 19 janvier 2023

Une nouvelle académicienne en Belgique

Fatou Diome. (c) Belga Image.

Le samedi 14 janvier, l'écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome a été élue, avec une très large majorité de voix, à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (ARLLFB) en tant que membre littéraire étranger. Elle succédera, au fauteuil 34, à l'écrivaine québécoise Marie-Claire Blais, décédée le 30 novembre 2021. Elle sera officiellement reçue au Palais des Académies au cours de l'année par Yves Namur, Secrétaire perpétuel. Toute émue de ce choix, Fatou Diome a déclaré à son "parrain" Yves Namur: "Je reste comme une écolière." Voilà notre académie belge de quarante membres au complet.
"Fatou Diome est née, en 1968, sur la petite île de Niodior (pays sérère au sud-ouest du Sénégal)", note Yves Namur, Secrétaire perpétuel de l'Académie. "Depuis 2001, elle est l'auteure d'une quinzaine de romans, nouvelles et essais. Parmi ceux-ci, "Le Ventre de l'Atlantique", publié aux éditions Anne Carrière en 2003, réédité en poche et traduit dans une vingtaine de langues. En 2006, elle entre chez Flammarion avec un roman intitulé "Kétala"; suivront, chez le même éditeur, "Inassouvies, nos vies", "Celles qui attendent", "Mauve", "Impossible de grandir" ou "Marianne porte plainte" ! L’année 2019 signe son passage chez Albin Michel avec des titres tels "Les Veilleurs de Sangomar", "De quoi aimer vivre" (2021) ou "Marianne face aux faussaires" (2022)."

"Son œuvre romanesque est souvent nourrie de faits autobiographiques où se mêlent le grave, la spiritualité et un humour irrésistible. Une écriture riche en images et réflexions, tel ceci: "Chercher le bonheur, c'est oser le vertige." Une œuvre très largement accueillie par la critique."

"Une auteure, dans la lignée des Senghor et Césaire, qui dit ouvertement: "Ma paix intérieure réside dans le dialogue des cultures". Quant à son œuvre, outre le fait qu'elle est un trait d'union entre deux mondes, on peut également ajouter qu'elle s'avère aussi un véritable hymne à la résilience."

 

Au fauteuil 34


Les fauteuils attribués aux membres étrangers de l'ARLLFB portent les numéros 31 à 40. Pour la répartition entre littéraires et philologues, voir plus bas.
Ils sont occupés de cette manière:
  • 31 Georges Kleiber
  • 32 Gérard de Cortanze
  • 33 Eric-Emmanuel Schmitt
  • 34 Fatou Diome 
  • 35 David Gaatone
  • 36 Sylvie Germain
  • 37 Michel del Castillo
  • 38 Robert Darnton
  • 39 Marie-José Béguelin
  • 40 Philippe Claudel
L'organisation de l'ARLLFB est parfois un peu difficile à comprendre. Car si elle comporte quarante membres au total, ils se départagent à la fois en trente membres belges et dix étrangers ET vingt-six écrivains et quatorze philologues. 

J'avais déjà expliqué cela ici et ici. Je republie une version actualisée de mon tableau en quatre couleurs (belge littéraire, belge philologue, étranger littéraire, étranger philologue) des académiciens actuels, classés par ordre alphabétique.
  • Danielle Bajomée, membre belge philologue
  • Jean-Baptiste Baronian, membre belge littéraire
  • Sophie Basch, membre belge philologue
  • Marie-José Béguelin, membre étranger philologue
  • Véronique Bergen, membre belge littéraire
  • Roland Beyen, membre belge philologue
  • Jean Claude Bologne, membre belge littéraire
  • Michel Brix, membre belge philologue
  • Éric Brogniet, membre belge littéraire
  • Anne Carlier, membre belge philologue
  • Philippe Claudel, membre étranger littéraire
  • Robert Darnton, membre étranger philologue
  • Gérard de Cortanze, membre étranger littéraire
  • Michel del Castillo, membre étranger littéraire
  • Luc Dellisse, membre belge littéraire
  • Fatou Diome, membre étranger littéraire
  • Daniel Droixhe, membre belge philologue
  • François Emmanuel, membre belge littéraire
  • Paul Emond, membre belge littéraire
  • Lydia Flem, membre belge littéraire
  • David Gaatone, membre étranger philologue
  • Sylvie Germain, membre étranger littéraire
  • André Guyaux, membre belge philologue
  • Xavier Hanotte, membre belge littéraire
  • Corinne Hoex, membre belge littéraire
  • Armel Job, membre belge littéraire
  • Georges Kleiber, membre étranger philologue
  • Jean Klein, membre belge philologue
  • Caroline Lamarche, membre belge littéraire
  • Philippe Lekeuche, membre belge littéraire
  • Jacques Charles Lemaire, membre belge philologue
  • Pierre Mertens, membre belge littéraire
  • Yves Namur, membre belge littéraire
  • Amélie Nothomb, membre belge littéraire
  • Jean-Luc Outers, membre belge littéraire
  • Gabriel Ringlet, membre belge littéraire
  • Eric-Emmanuel Schmitt, membre étranger littéraire
  • Nathalie Skowronek, membre belge littéraire
  • Jean-Philippe Toussaint, membre belge littéraire




lundi 21 novembre 2022

Les finalistes des prix littéraires 2022 de l'Académie belge

L'Académie belge. (c) Jean-Luc Lossignol-ARLLFB.

En attendant la fin de journée de ce lundi 21 novembre où sera dévoilé le palmarès des prix littéraires de la Fédération Wallonie-Bruxelles, parcourons les quatre sélections 2022 connues des prix littéraires de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique - verdict dans les trois premiers mois de l'année 2023 (lire ici). On remarquera juste, sans rien dévoiler, que les jurys sont souvent sensibles aux mêmes titres.

Grand prix des Arts du spectacle

Ce prix annuel doté de 1.500 euros récompense une œuvre théâtrale, mais aussi éventuellement un scénario de cinéma ou de télévision, un seul en scène, etc.
  • Lénaïc Brulé, "Ricochet" (Lansman)
  • Valériane De Maerteleire et Thierry Debroux, "Coiffeuse d'âmes" (Lansman)
  • Alex Lorette, "La ligne de partage des eaux" (Lansman)
  • Florian Pâque, "Sisyphes" (Lansman)
  • Aurélie Vauthrin-Ledent, "La question qui fauche (ou l'autre Othello)" (Les oiseaux de nuit)


Grand prix de Poésie

Prix annuel doté de 1.500 euros, le prix de Poésie est attribué pour l'ensemble d'une œuvre ou un recueil remarquable d’un.e poète.sse belge.
  • Anna Ayanoglou, "Sensations du combat" (Gallimard)
  • Luc Baba, "Vesdre" (L'arbre à paroles)
  • Colette Nys-Mazure, "À main levée" (Ad Solem)
  • Jean-Pierre Otte, "Sur les chemins de non-retour" (Corlevour)
  • Jacques Vandenschrick, "Tant suivre les fuyards" (Cheyne)

Grand prix du Roman

Récompense annuelle dotée de 1.500 euros, le prix du Roman couronne un auteur ou une autrice belge, pour un ouvrage (roman, nouvelles, fictions en prose, etc.) publié durant l'année.
  • Pascal Goffaux, "La nostalgie de l’aile" (Esperluèteà
  • Michel Lambert, "Le ciel me regardait" (Le beau jardin)
  • Veronika Mabardi, "Sauvage est celui qui se sauve" (Esperluète)
  • Véronique Sels, "Même pas mort" (Genèse)
  • Isabelle Spaak, "Des monts et merveilles" (Équateurs)

Prix Découverte

Annuel et doté d'une œuvre d'art, le prix Découverte couronne une œuvre littéraire (principalement la poésie, mais également le roman, le théâtre…) d'un auteur, prioritairement âgé de moins de 40 ans. Ce prix peut être attribué sur manuscrit.
  • Pierre André, "Elle s’appelait Lucia" (roman, Grasset
  • Marie Darah, "Sous le noir du Tarmac (poésie, MaelstrÖm reEvolution
  • Vincent Poth, "Aléas sans amarre - Ou livre de pensées" (aphorismes, inédit)
  • Jérémie Tholomé, "Le grand Nord" (poésie, maelstrÖm reEvolution)

Prix biennal André Gascht

Biennal et doté par un mécène anomyme, ce prix récompensant un.e critique belge (presse, radio, télévision, internet, etc.), en activité dans l'année où le prix est décerné ou pour son rôle éminent dans la critique.
  • Pascal Claude
  • Nicolas Crousse
  • Nausicaa Dewez
  • Anne-Lise Remacle
  • Pascale Tison

Grand prix de Poésie 

Prix annuel doté de 1500 euros, le prix de Poésie est attribué pour l'ensemble d'une œuvre ou un recueil remarquable d’un.e poète.sse belge.
  • Anna Ayanoglou, "Sensations du combat" (Gallimard)
  • Luc Baba, "Vesdre" (L’arbre à paroles)
  • Colette Nys-Mazure, "À main levée" (Ad Solem)
  • Jean-Pierre Otte, "Sur les chemins de non-retour" (Corlevour)
  • Jacques Vandenschrick, "Tant suivre les fuyards" (Cheyne)

Grand Prix de l'essai

Annuel et doté de 1.500 euros, l'ancien prix Quinot-Cambron va à l'auteur belge d'un essai dans les domaines suivants:: philosophie, histoire, sociologie,  spiritualité, religion… à l’exclusion de la critique littéraire, de l'histoire de la littérature, de la linguistique et de la philologie qui font l'objet de prix distincts.
  • Jan Baetens, "Illustrer Proust. Histoire d'un défi" (Les impressions nouvelles)
  • Victoire de Changy, "Subvenir aux miracles" (Éditions Cambourakis)
  • Colette Nys-Mazure, "Par des sentiers d’intime profondeur" (Salvator)
  • Jean-Pierre Otte, "Présence au monde, plaisir d'exister" (Le temps qu'il fait)
  • Sandrine Willems, "Au cœur des hommes" (Les impressions nouvelles)

Prix biennal Nessim Habif

Biennal et doté de 3.000 euros, il récompense une personnalité, issue de la francophonie hors de France et de Belgique, pour une œuvre importante et de qualité écrite en langue française.
  • Fatou Diome
  • Négar Djavadi
  • Vénus Khoury-Ghata
  • Mohamed Mbougar Sarr
  • Larry Tremblay

Grand Prix de Linguistique et de Philologie
Doté de 1.500 euros et biennal, il est attribué à l'auteur belge ou à l'auteur étranger écrivant en langue française d'un essai sur la linguistique en tant que théorie du langage, la philologie comme étude de la langue, analyse de textes littéraires, etc. 












dimanche 13 février 2022

Les lauréats 2021 de l'ARLLFB (Académie belge)

L'œuvre de Francis Joiris qui dote le prix Découverte 2021.


Séance de nuit à l'Académie,
en marge de Bright Brussels 2022.
Et voilà, les différents jurys ont tranché, déterminant le palmarès 2021 des prix littéraires de l'Académie Royale de Langue et de Littérature Françaises de Belgique, qui a été proclamé ce samedi 12 février, alors que se tenait en trois lieux de Bruxelles le festival de lumières Bright Brussels 2022. Les différents finalistes se trouvent ici. Une cérémonie en public, ce qui a rendu "triplement heureux" Yves Namur, le secrétaire perpétuel (lire ici) après deux éditions confinées à cause du covid. Une remise de prix ponctuée de la lecture d'extraits des ouvrages primés par Stéphanie Moriau.
Six lauréats ont été fêtés, deux femmes et quatre hommes. A noter aussi, deux trentenaires figurent au palmarès. L'Académie belge a toujours aimé récompenser les jeunes, à raison au vu de leur parcours ultérieur. Et le théâtre, puisque trois pièces figurent au palmarès 2021.
Un peu moins de prix que précédemment, on s'y perdait et les dotations étaient parfois épuisées.

Palmarès

Grand prix du Roman

annuel, doté de 1.500 euros.
        

Emmanuelle Dourson, pour "Si les dieux incendiaient le monde" (Grasset, 248 pages, 2021).
Née à Bruxelles en 1976, études de langues et littératures romanes, pianiste amateur.
"Ce premier roman est mon premier texte de fiction. Avant j'écrivais mon journal intime. Il a été comme un atelier pour moi. Je tentais d'y restituer mes impressions, mes pensées, des faits minuscules. je prenais beaucoup de libertés avec la réalité. En fait, je tendais vers la fiction. Avant ce texte, j'ai écrit une nouvelle pour franchir le pas de la fiction. Il devait être une autre nouvelle, il est devenu un roman!"
L'avis du jury (Jean Claude Bologne, Gérard de Cortanze, François Emmanuel, Sylvie Germain, Jean Klein, Pierre Mertens, Jean-Luc Outers).
"Si les dieux incendiaient le monde", premier roman d’Emmanuelle Dourson, a enthousiasmé, sinon incendié, plusieurs membres du jury du roman.
Grand texte choral en six longs chapitres, le roman explore un moment particulier d'une famille grande bourgeoise où la transmission se fait par les femmes, fusionnelles ou rivales.
Traversant les mondes du père Jean, d'abord, de sa fille aînée, Clélia, du mari de celle-ci, Yvan, de leur fille aînée, Katia, tout le roman se dirige vers son lieu d'apothéose au Palau de la Musica de Barcelone, où Albane, la fille cadette, pianiste prodige, va jouer l'opus 111 de Beethoven.
Il faut dire que tous les fils familiaux vont à ce moment-là se renouer. Car Albane a claqué la porte de la famille quinze ans auparavant, elle s'est exilée à New York et elle revient pour la première fois en Europe pour ce concert unique dans ce décor somptueux, sous le regard des Walkyries du Palau de la Musica.
Ajoutons que Mona, la mère morte, s'invite dans l'univers intérieur des membres de la famille, son mari, ses filles, sa petite-fille… Elle seule parle à la première personne et depuis l’ombre où elle se trouve, depuis l'espace invisible qu'elle a rejoint, elle semble tirer tous les fils des monologues et acheminer tout le roman vers son point d'embrasement.
C'est cette qualité de sur-sensibilité, d'ardeur de la langue, ces accents cosmiques, "woolfiens", bribes d'un réel à la fois très concret et pourtant vibratoire, qui a emporté l'adhésion de la majorité des membres du jury. 
C'est sans doute encore la tâche de la littérature de convier les dieux dans le monde et de l'incendier quelquefois. Ici, pour ce roman d’Emmanuelle Dourson, magnifiquement construit, orchestré, d'une maturité étonnante pour une primo-romancière, d'un style, d'une palette — musicale — qui promet une grande écrivaine.
                                                                   François Emmanuel


Grand prix de Poésie

annuel, doté de 1.500 euros.


Francesco Pittau, pour "Épissures" (L'arbre à paroles, 260 pages, 2020)
Né en 1956 en Sardaigne, écrivain toujours, poète souvent et de plus en plus illustrateur, auteur de romans, de quatre recueils de poésie actuellement et d'une bonne centaine d'albums pour la jeunesse (Seuil, Gallimard, Les Grandes Personnes, Albin Michel, L'École des Loisirs, Memo, etc.).
"Je fais avec ce que j'ai. J'essaie de regarder mon quotidien. Je suis content de vivre - pas toujours satisfait - contrairement à beaucoup de poètes torturés. Je suis assez triste qu'on évacue toujours l'humour de la poésie. Dans ce recueil, tout est mélangé."
L'avis du jury (Eric Brogniet, Corinne Hoex, Philippe Lekeuche, Yves Namur, Gabriel Ringlet).
Francesco Pittau est un auteur reconnu dans ce qu'on appelle, à tort ou à raison, "la littérature jeunesse". (...) Il n'en était cependant pas à son premier recueil de poésie: "Un crabe sur l'épaule" était paru au Seuil et les Carnets du dessert de Lune avaient publié "Une maison vide dans l'estomac" et "La Quincaille des jours". Aujourd’hui, notre Académie salue la publication d'"Épissures" à l’Arbre à paroles.
Rappelons simplement que le nom épissure est féminin, provient du verbe épisser et que le Robert en donne deux définitions: une réunion de deux bouts de corde, de câble ou de fil électrique par l'entrelacement des torons et d'autre part, un motif ou garniture fait de lanières de cuir entrecroisées.
Ce recueil de plus de 250 pages entend nous balader dans le quotidien d'un homme, dans ce qu'il y a de plus banal, au cœur même de la réalité. Si ce n'est que cette réalité est ici sublimée. Le poète, et son sens aigu de l'observation, nous donnant à voir ce qu'il faudrait peut-être regarder au-delà des simples réalités: qu'il s'agisse d'un supermarché et "le froid de la solitude", de figues qu'on mange "dans l'éblouissement du petit matin", d'une tondeuse et une pelouse, représentation d'un monde sans pitié pour le pauvre escargot écrasé, etc.
Un livre, donc, où foisonne la banalité repensée. Qui ose parler de sa machine à laver? Pittau! Qui parle d'une assiette creuse, métaphore de l'absence dont il est souvent ici question, et nous propose d'y "mettre autant de vie qu'elle peut en contenir"? Pittau! Qui fleurte avec la métamorphose comme Gregor Samsa et se verrait bien en fourmi? Pittau, je vous l'assure!
"Épissures" est un livre d'émotion, peut-être aussi un bréviaire de la mélancolie, où pointent l'étonnement mais aussi un certain fatalisme. Un livre qui, transposé dans la peinture, serait probablement un tableau d'Edouard Hopper… Reste à demander à l'auteur: lequel? 
Yves Namur

Grand prix des Arts du spectacle

annuel, doté de 1.500 euros.


Noémie Carcaud, pour "Take care" (Les oiseaux de nuit, 124 pages, 2020)
Comédienne, auteure et metteure en scène française, Noémie Carcaud est installée depuis longtemps à Bruxelles.
"Rappelons que je pratique l'écriture de plateau. Je soumets un thème aux acteurs. Je les filme. Je les écoute. Je retranscris alors les morceaux de leur texte qui m'intéressent, je les modifie, je les rerythme. Comme un montage cinématographique. J'écris plutôt des spectacles que des pièces de théâtre."
L'avis du jury (Anne Carlier, François Emmanuel, Paul Emond, Xavier Hanotte, Caroline Lamarche).
Comédienne de formation, Noémie Carcaud est aussi metteuse en scène. Avec sa compagnie franco-belge Le Corps Crie, elle construit ses spectacles en développant un travail d'écriture à partir du plateau, où les émotions sont portées par le corps autant que par la voix. Comme formatrice, elle a dirigé de nombreux stages et ateliers, et depuis 2019 elle enseigne au cours Florent à Bruxelles.
Dans "Take care" (Editions  Les Oiseaux de Nuit), il s'agit de la fin d'un monde. Dans une famille composée de jeunes adultes de la même génération, l'heure est au partage, chacun disposant de ressources inégales et de motivations divergentes. Les sept protagonistes se retrouvent pour un week-end dans la maison familiale, isolée et vétuste, avec un trou, à reboucher ou non. Ensemble, ils doivent décider de la destination de cette maison, préoccupation aggravée par la présence parmi eux d'une jeune fille fragile, Mona, dont l'avenir les préoccupe et polarise leur désarroi. Autour de leurs tentatives maladroites de prendre soin d'elle, surgissent des discussions, des dissensions, des angoisses communes ou non. Des souvenirs refont surface, tout se rejoue comme en un kaléidoscope dont les dessins successifs se révèlent par brisures. Mona semble échapper aux assignations et vivre dans sa bulle bien qu'elle dépende en partie, physiquement, de ses proches. En attendant, la question se pose: qui, dans notre monde déstructuré, va veiller sur les fragiles? Qu'est-ce que cela veut dire "prendre soin" (take care)? Quels intérêts sont en jeux? Quelles attentes? Quelles compensations idéologiques, altruistes, égoïstes, quel masque posé sur l'angoisse? Et comment est-il possible d'être à ce point "à côté de quelqu'un et ne rien voir de ce qui se passe à l'intérieur"?
En découvrant "Take care", on est frappé par la simplicité et la force des dialogues. C'est leur montage qui donne le rythme, provoque chez le spectateur, compassion, rire ou inquiétude. Leur attribution aux sept personnages révèle les différents caractères avec leurs désaccords, leurs vacillements, leur ambivalence à l'heure de la fin, sinon du monde, du moins d'un certain monde. Il y a quelque chose de tchékhovien dans cette vitalité mélancolique et drôle. (...)
Caroline Lamarche


Grand prix d'Histoire de la littérature

biennal, doté de 1.500 euros.



Benoît Denis, pour "Michel Audiard – Georges Simenon", Scénarios présentés et édités par Benoît Denis (Institut Lumière et Actes Sud, 924 pages 2020).
Directeur du Centre d'études Georges Simenon de l'Université de Liège, professeur de littérature à la même université, auteur d'essais marquants sur Sartre, la littérature belge dont Georges Simenon (coéditeur du volume en Pléiade) et Pierre Mertens.
"Ce livre est une commande de Jacques Audiard qui voulait un livre différent sur son père, Michel Audiard. C'est en travaillant que je me suis rendu compte qu'il avait croisé Georges Simenon à plusieurs reprises."
L'avis du jury (Sophie Basch, Danielle Bajomée, Michel Brix, André Guyaux, Jacques Charles Lemaire).
À l’occasion du centenaire de la naissance de Michel Audiard, Benoît Denis a voulu interroger trois films scénarisés et dialogués par celui-ci et adaptés de romans de Simenon:
- "Le sang à la tête", de Gilles Grangier, 1956 (le roman: "Le Fils Cardinaud", 1942);
- "Maigret tend un piège", de Jean Delannoy, 1958 (adapté du roman éponyme, 1955);
- "Le Président", d'Henri Verneuil, 1961 (adapté du roman éponyme, 1958).
Ce fort volume de 914 pages impressionne tout d’abord par le travail de bénédictin qui a dû présider à son élaboration: nous nous trouvons ici, en effet, devant une recherche qui associe édition critique des scénarios d'Audiard, genèse de la collaboration entre Simenon, Audiard et les réalisateurs parfois. Il s'agit d'une enquête serrée dans les correspondances échangées, dans des livres de souvenirs, d'une enquête qui recourt à des témoignages et en passe par l'examen des contrats passés (...)
Les présentations rigoureuses et érudites de Benoît Denis en portent la trace et permettent de commencer à entrevoir pourquoi ces réalisateurs ont choisi ces romans-là dans l'œuvre de Simenon. Pourquoi ils ont sollicité Audiard, quand ce n’est pas l'inverse.
Non content d’établir la genèse — et les étapes — de la collaboration entre Simenon et Audiard, Benoît Denis examine scrupuleusement les remaniements intervenus, du roman au scénario, et du scénario au film. Ainsi, l’édition des textes d'Audiard s'accompagne d'analyses solides qui manifestent l'adoption (selon les mots de Jean-Claude Carrière, "adapter, c'est d’abord adopter") par Audiard d'un univers romanesque qui n'est pas le sien, lui qui est une sorte de dialoguiste-écrivain-caméléon. (...)
Tout ceci est essentiel. Et la masse des données offertes par cette étude est étourdissante.
Mais ce qui est proprement éblouissant — et relevé partout par la critique — est l'importance qu'accorde Benoît Denis à la figure d'un très grand acteur: Jean Gabin. Denis ose en effet l'hypothèse (qui sera vérifiée) selon laquelle celui-ci serait en quelque sorte — partiellement — un co-scripteur des scénarios et des films, sa notoriété et son talent pesant fortement sur des modifications de l'intrigue (par exemple, lorsqu’il refuse de jouer le mari trompé). Benoît Denis démontre, par ailleurs, qu'Audiard devient, dans les années qui l'occupent, une sorte de "gestionnaire" de l'image de Gabin, celui-ci ne s'exprimant plus que selon les bons mots du dialoguiste-star et ce, jusqu'à la caricature. (...)
Danielle Bajomée

Prix Verdickt-Rijdams

biennal, doté de 3.000 euros.


Pierre Schoentjes, pour "Littérature et écologie. Le mur des abeilles" (José Corti, 464 pages, 2020).
Professeur en littérature française à l'Université de Gand, fondateur et directeur de la formidable "Revue critique de fixxion française contemporaine" (ici), le lauréat était malheureusement absent car retenu par un colloque à l'étranger.

L'avis du jury (Véronique Bergen, Lydia Flem, Jean Klein, Philippe Lekeuche, Yves Namur).
(...) Ce prix 2021 est attribué à Pierre Schoentjes pour son essai, "Littérature et écologie, Le mur des abeilles", paru dans la collection "Les essais", aux éditions Corti, un volume de plus de 450 pages. Pierre Schoentjes est professeur de littérature française à l’Université de Gand, auteur de plusieurs essais dont "Poétique de l'ironie" et "Fictions de la Grande Guerre". 
Cet essai entend répondre à la question suivante: "Comment la littérature s'empare-t-elle des questions environnementales, pour penser notre présent et notre futur?" Ce travail circonscrit à la littérature contemporaine et à des auteurs belges, suisses et français, tente, selon l’expression d'Anne Pitteloud, d'en "tracer les lignes de force et les questionnements, tout en éclairant sa quête de formes nouvelles".
Cette réflexion apparaît récente dans la littérature française alors qu’elle s'est développée aux États-Unis depuis 1970. On pense là à Henry David Thoreau. Et si la France avait son Giono, il faut évoquer aujourd'hui Alice Ferney et "Le Règne du vivant" ou Sylvain Tesson.
Ce volume (et les autrices et auteurs auxquels Pierre Schoentjes s'attache) est de ceux qui nous mènent à cette réflexion qu'il faut tenir aujourd'hui, et c'est une urgence: comment un livre et son écriture peuvent-ils rendre compte "des problèmes et des défis en matière d'écologie"?
S'il est impossible de résumer cet ouvrage, sachez simplement qu'il est, parmi d'autres points, question de littérature verte qui "implique un partage avec la nature et inclut le principe de solidarité"; de littérature marron, liée aux différentes formes de pollution; et d'écriture postapocalyptique et ses scénarios de fin de monde.
Si Maeterlinck ne fait pas partie du corpus étudié, j'en terminerai par ce mot de notre illustre Gantois: "On dirait que la nature ne sait pas ce qu'elle veut, ou plutôt, ne fait pas ce qu'elle veut, que quelqu'un lui retient le bras pour l'empêcher de trop bien faire."
Yves Namur

Prix Découverte

annuel, regroupant plusieurs prix antérieurs, doté d'une œuvre d'art de Francis Joiris.


Florian Pâque, pour ses deux pièces "Avec le paradis au bout" (Les cygnes, 92 pages, 2021) et "Etienne A." (Lansman, 56 pages, 2021).
"Je suis comédien au départ. Les actrices du "Paradis" sont des amies que je connais très bien. Je parle beaucoup, si une phrase émerge, je la garde. Le "Bataclan" s'est déroulé quand j'étais à Paris. Qu'en faire, en parler? Dans ma pièce, chaque histoire est différente. C'est la somme de tous les événements, établissant une sorte de cartographie des souvenirs. La pièce a été créée il y a un certain temps et est transformée au fur et à mesure que le temps avance. Elle a toujours la même durée, certaines scènes sont ajoutées, d'autres sont enlevées."
L'avis du jury (Éric Brogniet, Paul Emond, Corinne Hoex, Philippe Lekeuche, Gabriel Ringlet).
Né en 1992, Florian Pâque est également metteur en scène et acteur. Après une première formation théâtrale à l'Académie César Franck de Visé et des études de philologie romane à l'ULiège, il suit à Paris le cours Florent, dans le cadre duquel il monte ses premiers spectacles. Il anime aujourd’hui la compagnie Le Théâtre de l'Éclat. Le Prix Découverte lui est décerné pour ses deux premières pièces publiées, "Avec le paradis au bout" (Éditions Les Cygnes) et "Étienne A." (Lansman Editeur). Le Prix entend mettre en évidence le talent d'un jeune auteur maniant avec une égale maîtrise deux registres très différents: d'une part une œuvre chorale qui reparcourt l'histoire du monde depuis la chute du Mur de Berlin, le moment où sont nés les acteurs pour lequel elle est rédigée; de l'autre, une pièce intimiste où se trouve décrite l'existence sans horizon d'un manutentionnaire de la firme Amazon.
En une grande fresque chatoyante composée de scènes rapides, "Avec le paradis au bout" (ce titre est emprunté à un vers de Verlaine) évoque une série d'événements dramatiques ou de problèmes majeurs qui ont marqué le début de ce siècle; de Berlin en liesse en 1989, on passe entre autres à l'écroulement des Twin Towers, la mise à feu du Moyen-Orient, la crise financière, l'incessante tragédie de la migration, la poubellisation de la planète ou le début de l'actuelle pandémie. Des personnages en tout genre, tantôt émouvants, tantôt drôles et inattendus, à moins que n'apparaisse telle ou telle personnalité connue ou que les acteurs s'expriment en leur propre nom, se succèdent pour faire entendre le point de vue d'une génération sur "ce nouveau monde sans boussole", comme l’écrit Amin Maalouf. "J'ai mal au monde", dira un des interprètes; et un autre: "Voilà vingt ans que nos enfances ont disparu." D'où la question posée dans un dernier tableau consacré au nettoyage de toilettes communes: "Mais quel matin possible pour une nuit sans fin?"
Fourmi parmi les fourmis, soumis à une cadence épuisante, alors même que son chef lui reproche sa baisse de rendement (un siècle plus tard, "Les Temps modernes" de Chaplin sont toujours d'actualité), "Étienne A." n'arrête pas, jusque dans ses rêves, d'expédier des cartons. Même en ce soir du 24 décembre où se passe la pièce, il est obligé de prester, puisqu'il est travailleur de nuit. Dans les heures qui précèdent, il a porté les cadeaux de circonstance à un père plutôt indifférent; son ex-femme a exigé inopinément qu'il garde leur fils de sept ans pendant l'après-midi; manager dans la même "grande famille" Amazon — le hasard veille à tout —, le nouveau mari lui en a remis une couche sur ses mauvaises prestations. Quand il arrive au travail, la collègue qui est l'objet de ses pensées constantes, lui annonce qu'elle va se marier. Cette vie de grisaille, de misère morale et de contraintes permanentes, Florian Pâque la décrit sans pathos mais avec empathie, voire avec tendresse, allant jusqu'à offrir à son protagoniste, en guise de dénouement, une échappatoire de l'ordre de la fable poétique. Une description accomplie avec une grande justesse d'écriture qui, la plupart du temps, évite le dialogue et juxtapose des tirades s'apparentant bien davantage au monologue, sinon au soliloque.
Paul Emond


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Francis Joiris dans son atelier.

La pièce "Etienne A." de Florian Pâque se termine dans une boîte en carton. Est-ce une blague du destin car l'œuvre qu'il reçoit a été créée par l'artiste cartonniste (pas cartooniste) liégeois Francis Joiris. Il parvient à transformer le carton banal en objet artistique.

Né à Namur en 1955, mais vivant à Liège où il a fait des études de photographie à Saint-Luc et donné cours, Liège où il a son atelier rempli de cartons, "un véritable foutoir", Francis Joiris n'utilise que le carton pour ses œuvres. "Quand je travaillais dans une agence de publicité comme chef de produit, j'ai rencontré un artiste qui faisant des meubles en carton. Un jour, bêtement, un copain a mis un de ces meubles au mur, comme un tableau. Cela m'a fait un déclic. Le carton n'offre aucune contrainte technique. Il est ma matière première et ma source d'inspiration".

S'il dessinait avant, depuis 2011 et des problèmes de santé, Francis Joiris apprécie le carton qu'il utilise en l'arrachant de diverses manières. Il compose alors ses tableaux, "plutôt des petits formats car les gens n'ont pas de grands espaces à leurs cimaises", en relief où les cartons sont disposés sur le champ, en planos à la façon de puzzles, en mixtes se rapprochant davantage de la sculpture.

En harmonie de couleurs ou en opposition frontale, ses tableaux sont autant de paysages où chacun peut faire son histoire.