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mercredi 7 janvier 2015

Dessiner pour la presse


En modeste hommage aux douze personnes assassinées ce 7 janvier lors du massacre à "Charlie Hebdo", je publie les textes que j'avais écrits début avril 2006 à propos des 13es Rencontres BD à Bastia dont le thème était "Dessiner pour la presse". L'année des caricatures de Mahomet, un hasard de calendrier.


3 avril 2006

Trois R et un rhododendron


Wolinski, Kroll, Luz... une vingtaine de dessinateurs ont débattu du dessin de presse.


Un débat riche, samedi aux 13es Rencontres de la bande dessinée, à Bastia. Souvent drôle, faisant la part entre caricature éditorialiste et illustration d'article. Agrémenté d'un match improvisé entre Luz et Kroll: à tour de rôle, les deux dessinateurs projettent au public leurs interprétations immédiates des phrases entendues.

Tout commence avec le poisson d'avril de Tignous, où Sarkozy déclare: "J'aime beaucoup les Corses." Lui succède un dessin de Luz, titré "Et pour commencer, les polyphonies de Mahomet": on y voit trois imams chanter "Salman Rushdie c'est du pipiiiiiii, les Danois c'est du caca." Et c'en est fini pour l'affaire des caricatures.

L'idée du ministre français de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres - créer un Centre national du dessin de presse, dont il a confié l'étude à Wolinski - permet d'aborder la pérennité d'une œuvre. Pour Pétillon, la question ne se pose que pour les auteurs du passé dont on ne sait où trouver les travaux. Luz pense que la valeur du dessin de presse "n'est pas dans l'original, mais dans la publication. De voir le résultat dans la presse permet de conceptualiser le dessin. Qui se souvient de Raffarin? Dans dix ans, tout le monde l'aura oublié. Enfin, je l'espère. Pour Sarkozy, ce sera plus dur", soupire-t-il. Pendant ce temps, Pierre Kroll croque Wolinski en "directeur du musée du dessin de presse... et des gonzesses à poil."

Le point sur l'ancrage dans une réalité culturelle met tout le monde d'accord. Kroll sait que "les lecteurs attendent qu'on fasse des dessins sur leur pays", concluant: "Mon métier est d'être un dessinateur de presse belge."

Métier de l'instant et de l'éphémère, le dessin de presse oblige donc à la modestie. Quand est-il bon? Odile Conseil, du "Courrier international", le définit par les trois "R", un dessin qui fait "rire, réfléchir, réagir", qu'elle complète d'un quatrième, celui de "rhododendron", pour le côté souvent absurde du genre. En écho visuel, Luz avance: "Au Brésil, ils ne connaissent pas Sarkozy, les veinards."

Les échanges obliquent vers le petit regard biaisé que portent les dessinateurs sur la réalité, leur état d'esprit de transformation du réel et le stress de ce boulot qui consiste à trouver continuellement des idées neuves, en un minimum de temps souvent.

Pétillon explique qu'il "donne un peu plus de dessins au "Canard enchaîné" qu'il n'en paraît". Ceux qui sont rejetés le sont souvent pour "incompatibilité d'humour" (supposée) du lecteur. Mais cela ne le gêne pas. Lefred-Thouron se vante de "ne pas trop connaître ce problème des dessins refusés. J'ai un juge infaillible, poursuit-il : ma femme. Une vieille vache qui ne se trompe jamais" - et qui lui refuse un dessin sur deux. "Ceux des autres aussi", termine-t-il, "mais c'est trop tard, c'est imprimé." Un dessin de Luz ponctue l'aveu: "Comment choisissez-vous les dessins à "Libé"? J'appelle la meuf de Lefred-Thouron", y déclare le directeur artistique du quotidien.

Andrzej Krauze, Polonais qui vit à Londres, déplore: "J'envoie plusieurs croquis au journal, puis je dessine celui qu'ils choisissent, jamais le meilleur." Et Luz d'emballer l'affaire: "Génial ton dessin! On va publier l'autre."

Pour Wolinski, "les rédacteurs en chef ont le droit de refuser un dessin. Cela m'est arrivé de recommencer", dit l'homme, qui publie dans divers titres. "Je suis toujours le même, peu importe le titre. On a des opinions politiques, des principes, des convictions, on ne va pas changer parce qu'on change de journal." Ce sont les audaces qui changent. "Le cul, par exemple."

Pour Willem, le dessin de presse ne doit pas nécessairement provoquer, plutôt "stimuler la réflexion et le regard". Ce qui donne l'occasion à Kroll de montrer un Willem qui stimule (sexuellement) une Bernadette Chirac qui... simule. Ah, ces gens de la politique qui aiment être caricaturés. "Je ne fais plus Le Pen pour cela", explique Wolinski. "Il collectionne les dessins."

Kroll remet une feuille blanche où une flèche indique un point: Sarkozy. Luz complète: "Les hommes politiques sont obsédés par leur image, ils sont devenus des images, ils piaffent d'impatience d'être aux Guignols de l'info." Sarkozy souhaiterait qu'on fasse un journal satirique sur lui, la logique de la communication le poussant à intégrer la rébellion.

Mais le vrai boulot du caricaturiste, c'est mettre l'homme politique à nu. Plantu explique comment il dessine Jacques Chirac:  "Avec des lunettes (il les met depuis deux mois pour ressembler à mes dessins), avec un drapeau français (on n'est pas sûr qu'il est président de la République), avec un œil en haut et un œil en bas, avec des gouttes de frayeur autour de lui." Joli tableau.

Mais l'heure tourne et Kroll doit partir. Il glisse un dernier dessin dans le rétroprojecteur: une carte de la Corse coupée en deux, avec au nord les Flamands et au sud les Wallons. En légende: "Allez, salut... merci pour tout."


1er avril 2006

Bastia sur la frontière

De loin, on dirait une lessive accrochée entre deux rangées de maisons. De près, on voit que les grandes bâches blanches qui volent doucement au vent de la rue César Campichi sont imprimées de dessins de presse signés Pétillon, Wolinski, Plantu, Willem ou Kroll. Invitation faseyante à pénétrer dans le centre culturel Una Volta, où ont lieu les treizièmes rencontres de la bande dessinée et de l'illustration.

L'attention de "BD à Bastia" à l'air du temps lui avait fait choisir pour l'édition 2006 le thème "Dessiner pour la presse". Bien avant que l'actualité de certaines caricatures ne le rattrape.

Plus d'une vingtaine de caricaturistes ont leurs dessins exposés aux cimaises du centre culturel alors qu'une autre salle, scénographiée par l'atelier Lucie Lom d'Angers, est consacrée aux droits de l'homme. A l'entrée, un dessin de Lefred-Thouron remet un diplôme au millième condamné à mort aux Etats-Unis; dans un autre, dû à Willem, un Chirac déguisé en marchand demande "Et les droits de l'homme, je vous les enveloppe ou désirez-vous les bafouer tout de suite ?"

Les murs sont ceux d'une pièce transformée en salle d'interrogatoire: vieux bureau avec machine à écrire antique, lampes tournées vers une chaise vide. Aux parois, des mannequins recouverts, comme des macchabées, de draps blancs imprimés eux aussi de dessins de presse. Le dispositif impressionne les gamins en visite qui sourient devant cet autre sujet de Lefred-Thouron, lors des élections en Afghanistan. Un homme y dit à un autre: "Bougre d'imbécile! Vous avez voté dans ma femme"; le bulletin avait été glissé dans la fente pour les yeux du tchador...

Une autre salle d'exposition est consacrée aux "Histoires pas ordinaires" de Bruno Heitz, auteur illustrateur doublement à la frontière des genres: il dessine à la fois pour les enfants et pour les adultes, il pratique autant l'album pour la jeunesse que la bande dessinée. Tous les pans de son travail y sont présentés, ce qui comble d'aise l'homme-charnière. Planches en noir et blanc de ses bandes dessinées publiées au Seuil, riches d'histoires, d'expressions et d'accents récoltés aux quatre coins de la France; linogravures sur papier de couleur découpé; livres en volume qui permettent à ce collectionneur de voitures anciennes de dire: "Je découpe des lapins en bois et j'en fais des livres pour acheter des embrayages à ma Peugeot 203." Il a utilisé la linogravure à Bastia, pour U Casalinu, mot corse désignant un jeu inventé pour les enfants du lieu. "J'ai dessiné mon personnage de Louisette, la taupe (Casterman)", explique-t-il, "une casserole à la main mais avec un rictus horrible. Aux enfants de découvrir pourquoi elle est de mauvaise humeur."

Pendant plusieurs semaines, les enfants de neuf classes ont travaillé à cette histoire au départ muette. Ils ont appris à remplir les bulles, à tenir compte du sens de lecture. Quand Bruno Heitz a découvert les neuf histoires terminées, il a voulu leur donner un prolongement: créer des dessins en linogravure pour inventer d'autres histoires. "J'ai découpé des plaques de lino sur lesquelles j'ai gravé des éléments typiquement bastiais, l'église Saint Jean-Baptiste, les pointus du port (les bateaux), un Jack Palmer (le détective de Pétillon) assis de dos sur un rocher..." Le but du jeu est double: d'abord que les enfants impriment les dessins, ensuite qu'ils composent la bande dessinée, en mélangeant les images. A les voir à l’œuvre, U Casalinu a trouvé écho en eux.



vendredi 20 décembre 2013

LM l'histoire du squelette protecteur de Chen


Pendant huit ans, Chen Jiang Hong a tourné autour du sujet de son nouvel album, une merveille, "Le petit pêcheur et le squelette" (L'école des loisirs, 48 pages). Dans un format presque carré conférant un bel espace  à la double page. Et tant pis si le titre effraie des parents-poules - que diront-ils à la première apparition visuelle dudit squelette? Très vite, on comprend qu'il ne faut pas se fier aux apparences.

Le Français d'origine chinoise était terriblement intrigué par un dessin traditionnel chinois du VIIe siècle. Un squelette y manipule une marionnette d’enfant-squelette devant un petit garçon qui les regarde paisiblement, tandis que, derrière lui, sa mère apparaît terrifiée. Cette image, Chen la voulait, mais comment se l'approprier? Il y est arrivé en lisant de nombreux contes, notamment inuits, et a trouvé son histoire, superbe, proche du conte et de la philosophie chinoise où vie et mort sont étroitement liés.

"Le petit pêcheur et le squelette" commence par l'étonnante juxtaposition d'une ville moderne, gigantesque, et d'un chemin de sable au bout duquel se dresse une cabane en bambou, celle du petit pêcheur. Puis ce sera la mer, à bords perdus comme dans presque toutes les doubles pages savamment agencées. Puis le rivage, la cabane, la mer à nouveau.

Tous les matins, Tong va à la pêche. A peine parti ce jour-là, le ciel s'obscurcit. Il se rappelle la phrase de son père: "Il ne faut jamais sortir en mer quand les nuages sont couleur de suie et que les oiseaux s'enfuient vers le rivage." Il s'en rappelle mais il n'en tient pas compte.

En pleine mer, il lance sa ligne et sent aussitôt une grosse touche. Il s'arc-boute sur le fil, sans voir la tempête qui se lève. La mer est devenue noire, les vagues immenses. Tong ne lâche rien. Un tourbillon l'engloutit, il doit fermer les yeux. Quand il les rouvre, il est terrorisé. On le comprend: un squelette partage son esquif - comme dans la scène où Pi Patel, le héros de Yann Martel dans le roman ou le film "L'histoire de Pi", découvre un tigre face à lui dans son canot de sauvetage.

Le petit pêcheur reprend vite ses esprits et frappe le squelette de sa pagaie. L'intrus tombe à l'eau mais Tong n'en est pas quitte pour longtemps. Revenu sur le rivage, il est poursuivi par le tas d'os et tombe évanoui.

Chen poursuit son histoire en montrant ce qui se passe pendant le sommeil de Tong. Qui prend soin de lui, le transporte dans son lit, allume la lampe, met ses affaires à sécher, veille le bonhomme?

Jusqu'à ce l'étrange ange gardien se regarde dans un miroir, en perde tous ses moyens et se mette à trembler sans plus pouvoir s'arrêter.

C'est à ce moment que le petit pêcheur va se réveiller et, à son tour, prendre soin de son invité. Le réchauffer, le nourrir jusqu'à ses ultimes provisions.

Ces scènes de découverte mutuelle sont graphiquement splendides. Elles mènent à un dénouement empli de beauté et d'émotion. D'amour et de transmission. La tempête et sa noirceur sont loin, le blanc et les couleurs envahissent les pages. Le petit pêcheur n'est plus seul, et le squelette non plus. Dans cet album plein de retenue, Chen pointe ce qui est important de ses pinceaux sobres, expressifs et tellement addictifs.


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Ses recherches pour "Le petit pêcheur et le squelette" n'avaient pas empêché Chen Jiang Hong, que tout le monde appelle de son nom de famille Chen et non de son prénom Jiang Hong, de publier en 2008 le superbe "Mao et moi, le petit Garde rouge" (L'école des loisirs, 80 pages, existe en Lutin poche). Soit son enfance en Chine, sous la Révolution culturelle.

Si tous ses albums gravitent autour de son pays natal, jamais avant ce livre, le peintre et créateur de livres pour enfants arrivé à Paris en 1987 n’avait encore raconté son enfance chinoise. Il se met à nu dans cet album autobiographique, magnifique à tous points de vue, fruit de deux ans et demi de travail. Une suite de faits bruts, petits ou grands, alignés sans jugement, magistralement illustrés, et  qui montrent les générations sacrifiées sur l’autel du communisme. Invité aux Rencontres BD 2009 de Bastia, Chen avait longuement parlé de cet album cher à son cœur, et au mien.

Chen Jiang Hong, dit Chen. (c) B. Desprez.
Comment voyez-vous ce livre?
C’est un livre sur mon enfance, sur mon enfance sous la Révolution culturelle. Je suis né en Chine en 1963. Quand on a quitté son pays d’origine, on a un autre regard sur sa propre culture. C’est comme le parcours d’un voyageur qui n’aurait ni les barrières de langue, ni les barrières de frontière. J’étais Petit Garde rouge. J’y croyais.
Succession de faits, votre livre impressionne par son absence de jugement.
Le ton est volontairement calme, distancié, sans jugement.
Je témoigne auprès d’enfants d’aujourd’hui de ce que j’ai vécu moi, enfant, jusqu’à mon entrée en sixième. J'ai essayé de conserver le plaisir, de raconter de belles histoires, au départ de mon expérience personnelle, en ajoutant l’imagination. J’ai choisi comme titre "Mao et moi" parce que c’est mon enfance sous la Révolution culturelle. C’est ma vie: mes journées à l’école, la mort de mon grand-père, les relations avec mes parents, mes loisirs avec mes deux sœurs, dont une est sourde-muette.
Ce livre vous a-t-il fait du bien?
Il a été une sorte de thérapie pour moi. J’ai dû regarder de plus près cette enfance qui m’a toujours perturbé. Notamment parce que mon père a été absent de la maison pendant dix années: la Révolution culturelle l’avait envoyé à la campagne. C’est un livre plus réaliste qu’à mon habitude.
On l’espérait depuis longtemps. Qu’est-ce qui vous a finalement décidé à le faire?
Les enfants m’ont beaucoup encouragé. Lors des rencontres, ils me demandaient très souvent: "C’est quoi ton enfance? C’est quoi la Révolution culturelle?"
Quelle a été votre impression quand le livre a été terminé?
J’ai éprouvé un vide à la fin de ce travail, comme une tristesse. Un peu comme le vide qu’une femme ressent à la naissance d’un enfant. J’ai tellement investi dans cet album. J’ai dû m’abandonner pour trouver ce ton plus personnel qui m’a demandé beaucoup. Je voulais faire un beau livre et me dépasser tant dans les images que dans la narration. Par ailleurs, j’y dis des choses intimes par rapport à mes parents. Par exemple, la scène de la photo de famille où mon père m’arrache le pistolet de plastique qui m’avait été prêté: il n’a pas tenu sa promesse de le remplacer. Mon père ne m’a jamais rien donné.
Quels sont vos souvenirs d'enfance?
Ma relation avec mon grand-père: à sa mort, j’ai pleuré, c’était ma première rencontre avec la mort. Enfant, je ne la comprenais pas.Ou encore, ma relation avec la voisine, une comédienne, très présente dans ma petite enfance: je rêvais qu’elle soit ma mère. Elle a été emmenée par les Gardes rouges et s’est suicidée. J’étais petit Garde rouge. J’y croyais. Quand j’ai pris la nationalité française, j’ai perdu ma nationalité chinoise.


Deux scènes de "Mao et moi". (c) Chen Jiang Hong.

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A Bastia, Chen caressait l'idée d'un deuxième tome où il raconterait son apprentissage du dessin. Car s'il est bien connu pour ses merveilleux albums pour enfants ("Petit Aigle", "Le cheval magique", "Lian", "Le prince tigre", parus à L’école des loisirs, "Je ferai des miracles", avec Susie Morgenstern à La Martinière), il considère que le livre de jeunesse, auquel il est arrivé par pur hasard à 31 ans, n’est pas son gagne-pain. "C’est la peinture." Il en a la vocation depuis toujours – il est né dans le nord de la Chine, en 1963, trois ans avant que ne débute la révolution culturelle. "J’aime la peinture depuis que je suis tout petit. Mais c’était mal accepté dans ma famille. Mon père voulait que je reste avec eux. Il pensait que la peinture, ce n’est pas sérieux." Il le pensait tellement fort qu’il ira jusqu’à cacher les papiers permettant à son fils de s’inscrire à l’école des beaux-arts de Pékin! Le jeune homme y arrivera pourtant, grâce à sa sœur.

Cette ténacité, cette volonté, cette exigence, sont caractéristiques du travail de celui qui se considère comme artisan plus que comme artiste. "A 13 ans, je partais tous les jours à la gare à vélo pour dessiner les gens. J’ai fait cela pendant cinq ans. Aujourd’hui, les enfants me disent souvent “Tu dessines vite” mais cela vient de cet entraînement quotidien. Ce travail d’hier me donne ma liberté aujourd’hui."

Pour Chen, ceux qui sont aujourd'hui à l’école en Europe ne savent pas dessiner: on enseigne les concepts, les idées, pas la technique. "L’apprentissage de la peinture traditionnelle chinoise est très difficile et très long: papiers, pinceaux, calligraphie etc. Cela demande beaucoup de temps et beaucoup de travail. Mais c’est indispensable pour acquérir le savoir-faire. Je suis exigeant avec moi depuis toujours. Je veux toujours faire le meilleur dessin, la meilleure peinture."

Avec "Petit Aigle" (2005), un virage s’est opéré dans ses albums pour enfants. L'auteur-illustrateur est devenu plus mûr, plus sûr, plus détendu et plus libre. "J’écris avec mes dessins, j’illustre avec les textes", sourit ce maître du rapport texte-images.

Résultat: des illustrations d'une beauté à couper le souffle, des récits qui touchent à l'univers des contes, profonds et initiatiques sous un abord facile.

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Quelques-uns de ses albums, du plus récent au plus ancien.

Le démon de la forêt
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 40 pages, 2006

Le livre met en scène un étrange bonhomme, un petit Ran sans parents: né d'un œuf en pierre, il a été élevé, et choyé, par une vieille femme. Avec sa force phénoménale, il ne craint personne... mais il souffre de solitude. Sa mère adoptive s'inquiète pour lui et demande conseil au Bouddha. On ne sait ce qu'ils se sont dit mais, la nuit suivante, Ran part dans la forêt, muni de la lanterne de Naïnaï.

Là, un bruit, une respiration... Un démon, énorme, effrayant, surgit. Et tente de chasser l'intrépide. Peine perdue, malgré la disproportion des forces. Mais un contact s'est établi entre deux êtres extrêmes. La nuit finie, Ran doit choisir: quitter ou non les humains. Il décide de renaître à la vie, de retourner chez Naïnaï, et fixe quand même un autre rendez-vous au démon. C'est un héros transformé qui raconte aux autres enfants cette rencontr-clé.

Ce qui frappe dans cet album, c'est la force des couleurs vives, du rouge, du bleu, qui épousent les classiques encres de Chine, parfois diluées. Ce qui frappe encore plus et comble le regard, c'est le choix d'illustrations à bord perdu, donnant une dynamique folle à ses images. Elles se lisent sans souci, de gauche à droite, de haut en bas, grâce aux repères chromatiques. Un bijou de livre, résolument tourné vers l'avenir.


Je ferai des miracles
Susie Morgenstern et Chen Jiang Hong
De La Martinière Jeunesse, 32 p., 2006

"Que veux-tu faire plus tard?" L'expression répétitivo-barbante des adultes trouve ici une réponse sans appel: le jeune narrateur de ce grand format à l'italienne fort bien illustré détaille tout ce qu'il aimerait faire. En résumé, être Dieu, et même un petit peu mieux. Des souhaits rimés qu'on lira avec l'accent chantant américain de leur auteure pour mieux la retrouver. Un voyage dans le monde des possibles qui s'achève par un retour au réel.


Le prince tigre
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 48 pages, 2005

Inspiré par un bronze "You", un conte soufflant aux illustrations étourdissantes! Un roi y offre son fils unique à la tigresse en colère. Wen grandit auprès du fauve, apprend ce que doit savoir un tigre et devient un prince. Il retournera chez les hommes, sans oublier jamais sa deuxième mère.

"Le prince tigre". (c) Chen Jiang Hong/L'école des loisirs.


Lian
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 2004

Après avoir lu ce bel album, on ne pourra plus regarder une fleur de lotus du même œil. Fidèle au graphisme raffiné qu'il a apris petit, Chen compose un conte initiatique flamboyant, avec un héros féminin, où les bons sont récompensés et les méchants punis.

Tout débute quand un pêcheur, Monsieur Lo, fait traverser le lac un jour d'orage à une vieille dame et reçoit en remerciement des graines porte-bonheur: à peine sont-elles semées qu'un champ de lotus se met à pousser. Des plantes fleuries, musicales et lumineuses, où dort... une petite fille, Lian, aérienne, magicienne, qui embellit tout ce qu'elle touche. La jonque devient un bateau laqué, les pêches nourrissent le village, les mets simples se muent en festins. Seule condition à ces miracles quotidiens, à ce bonheur renouvelé: que Lian soit à minuit dans sa fleur de lotus.

"Lian". (c) Chen Jiang Hong/L'école des loisirs.

La vie coule ainsi doucement jusqu'à ce que la fille du préfet local, envieuse et méchante, cupide et insatiable, exige que lui soit remise Lian. Des soldats arrivent, dévastent tout, emmènent Monsieur Lo. Le conte prend ici toute son ampleur: Lian, minuscule, va partir au secours de son ami. Son courage lui vaudra de retrouver son état humain, avec en corollaire des joies à vivre et des difficultés à surmonter, après avoir puni la méchante fille.

Graphiquement, l'album est une splendeur. L'utilisation de la couleur, les images découpées en plusieurs plans, avivant d'autant le propos, les esquisses gracieuses de la petite Lian ou les scènes de groupes rythment superbement les pages, tout en offrant un régal aux yeux d'ici.



Le cheval magique de Han Gan
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 2004

Quel fabuleux destin que celui  de Chen Jiang Hong! Formé aux Beaux-Arts de Pékin et installé à Paris depuis 1987, le peintre et illustrateur n'a pas oublié sa Chine natale. Il y a acquis la technique des maîtres anciens et la mâtine de modernité. Son arrivée en littérature de jeunesse relève d'un hasard merveilleux: Markus Osterwalder, responsable de la collection "Archimède" à L'école des loisirs, cherchait un illustrateur chinois. Une connaissance commune l'a mis en rapport avec Chen Jiang-Hong, 32 ans à l'époque.

C'était en 1995. La rencontre a donné l'album "Un cheval blanc n'est pas un cheval", sur un texte de Lisa Bresner. Depuis, l'illustrateur s'est aussi fait auteur et les titres se sont succédé. Plus d'une vingtaine sont aujourd'hui parus. Des  albums magnifiques comme "La légende du cerf-volant", "Je ne vais pas pleurer", "Petit aigle" ou "Le cheval magique de Han Gan". "C'est un vrai plaisir pour un éditeur", commentait en 2004 Markus Osterwalder, "de voir quelqu'un progresser comme cela. Dès son deuxième titre, "La légende du cerf-volant", dont il a été l'auteur et l'illustrateur, sa carrière est partie sur les chapeaux de roue."

"Le cheval magique de Han Gan", peint sur soie, s'inspire d'une légende ancienne apposée à un personnage réel. Petit, Han Gan rêvait de dessiner; l'Empereur lui permit de devenir un grand peintre. Han Gan peignait des chevaux tellement ressemblants qu'ils prenaient vie parfois. Un superbe sujet pour un album séduisant.


Petit aigle
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 2003

Délicates et expressives, les splendides illustrations jouent subtilement, sur double page, avec la lumière et les teintes des aquarelles soulignées d'encre noire. Venue de Chine ancienne, l'histoire prenante est celle d'un orphelin passé sous la protection d'un vieux sage, Maître Yang, adepte discret de la boxe de l'Aigle, un style de kung fu. Très bien conduit par un excellent rapport texte-images, ce formidable récit initiatique sur fond d'arts martiaux met en avant l'exigence, l'endurance et la persévérance. Sans moraliser mais en témoignant de façon vibrante du destin exceptionnel d'un jeune garçon qui accepta efforts, souffrances et privations pour parvenir à l'harmonie et à la sagesse.


Archimède, recette pour être un génie
Susie Morgenstern et Gill Rosner
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 40 pages, 2002

Cet album aujourd'hui indisponible comportait douze points, douze conditions pour devenir un génie! Il invitait chacun à s'y essayer, sachant que la recette ne marche pas toujours!


Je ne vais pas pleurer!
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 1998

De magnifiques aquarelles présentent sous toutes ces facettes un marché chinois. On s'y promène avec plaisir en compagnie du jeune Bïn Bïn. On y déjeune de nouilles comme le héros. On y admire des spectacles. On tremble avec lui - un peu - quand il s'éloigne de ses parents et les perd... L'ambiance du marché est formidablement rendue. Il y a tant de choses à observer dans les images. Les échoppes, les vendeurs, les attractions, les myriades de produits. On comprend que les enfants de Chine se réjouissent autant d'aller au marché. Tout est à regarder, à sentir, à essayer... L'auteur fait participer le lecteur à la promenade, un peu comme le faisait, dans un style graphique différent, le Japonais Mitsumasa Anno dans son remarquable "Marché aux puces" (L'école des loisirs). On retrouvera Bïn Bïn à l'Opéra de Pékin dans l'album "Zhong kui".


La légende du cerf-volant
Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 1997

La rupture d'une corde donne l'occasion à un grand-père de conter la légende du cerf-volant à Dong-Dong, son petit-fils, attristé par la perte de son cerf-volant. Une très belle histoire, pleine de poésie et de sagesse, qui montre que l'amour est comme un fil solide entre ceux qui s'aiment, et qu'il les sauve parfois en les élevant très haut.

Désormais, chaque fois que Dong-Dong verra voguer un cerf-volant dans le ciel de la Chine ou d'ailleurs, il songera à la belle Ying-Ying et à son amoureux Ming-Ming, dont l'ingéniosité aérienne triompha jadis des appétits de l'Empereur. Les encres de Chine sur papier de riz sont superbes et l'album s'achève sur un mode d'emploi pour confectionner soi-même un cerf-volant. 


Un cheval blanc n'est pas un cheval
Lisa Bresner et Chen Jiang Hong
L'école des loisirs, 1995

Cinq énigmes traditionnellement illustrées à l'encre de Chine sur papier de riz. On y fait la connaissance de Ba San, un petit garçon fils de bûcheron. Chaque soir avant qu'il ne s'endorme, sa maman lui soumet une énigme et Ba San est très fûté. Plus fûté que plusieurs adultes de son entourage comme le marchand de litchis ou l'homme qui vient de Pékin, aussi fûté peut-être que le roi de Lu... Un album à l'italienne hors du commun, magnifiquement illustré, dont le titre étrange trouvera sa limpide explication.




vendredi 22 novembre 2013

L5 terroge: une romance est-elle un ovni?

Avec son joli titre écrit comme à la main en grand et en rouge vif, "Romance" est le nouvel et formidable album du génial Blexbolex  (Albin Michel Jeunesse, 280 pages).
Tout juste paru, il est le troisième et dernier opus d'un triptyque consacré par l'auteur-illustrateur français à l'imagier.
Très intriguant avec sa reine à diadème et longue robe volantée en couverture; au dos, on trouve une sorcière, un chat botté... Un air de conte classique?

Vite, vite, ouvrons ce livre, parent des deux précédents,  "L'imagier des gens" et "Saisons" (2008 et 2009, même éditeur), un peu plus petit mais tout aussi épais. Entièrement imprimé en écriture cursive.
Tout de suite, un mode d'emploi nous attend. A lire.
 

Blexbolex,  Bernard Granger de son vrai nom, a partagé son récit en sept séquences, de plus en plus longues, puisque chaque nouvelle reprend les éléments de la précédente et lui en ajoute d'autres. Comme ces jeux de mémoire où il faut rallonger une phrase sans rien omettre des versions précédentes.

Chaque chapitre est introduit par un texte bref que développent trois, cinq, neuf, dix-sept,  trente-trois images, etc.
L'école, le chemin, la maison pour la première séquence d'images.
L'école, la rue, le chemin, la forêt et la maison pour la deuxième.
L'école, l'inconnu, la rue, le pont, le chemin, les brigands, la forêt, la sorcière et la maison pour la troisième.
Une véritable contrainte oulipienne puisque:
5 = 3 +2
9 = 5 + 4
17 = 9 + 8
33 = 17 + 16
etc.
Une "amplification" dit l'OuLiPo.

Chapeau pour réussir ce contrat. Chapeau surtout pour l'émerveillement que procurent les images fourmillant de détails, complétant à merveille un texte plein d'aventures en lien avec les contes. On peut contempler ces magnifiques sérigraphies séparément, les comparer à leur version précédente dans l'album, les savourer par rapport au récit, solidement construit.

Chacune d'elle est soulignée d'un seul mot, souvent à l'endroit, parfois à l'envers, ou encore en mode "secoué" ou transparent. Comme si un sortilège lui avait été lancé. Normal pour cette "Romance" qui ne cache pas son inspiration.

Que s'est-il passé? (c)  Blexbolex/Albin Michel.



Qui pourrait imaginer qu'autant de choses puissent se passer sur le chemin qui va de l'école à la maison? Et pourtant! D'inquiétants personnages font leur apparition, un inconnu, deux brigands, une sorcière au nez bien crochu, qui jette un sortilège de renversement général (cfr la maison ci-dessus)!


Chacun se débrouillera à sa façon devant cette magie maléfique, Blexbolex nous le détaille avec un charme infini et un sens du suspense maîtrisé.


La reine est bien entendue également concernée. De rebondissements mineurs en rebondissements majeurs, en parallèle à l'enlèvement royal, à la guerre qui est déclarée, c'est aussi la vie de notre société qui apparaît, le délit de sale gueule par exemple. Mais tous les éléments des contes sont là, du farfadet à l'oiseau messager en passant par le dragon, le trésor ou le souterrain... Ils pimentent un récit rocambolesque qui tient vachement bien la route et qu'on suit avec passion jusqu'au bout.

Voilà un "page-turner" dans le meilleur sens du terme. Tout s'enchaîne, dévie, revient dans cette épatant album, magique à tous points de vue.

"Romance" est-il pour autant un "livre ovni", comme l'ont décrété les Pépites du Salon du livre jeunesse de Montreuil? Bien sûr que non. C'est un album pour enfants signé Blexbolex, tourbillonnant, décoiffant, exceptionnel tout simplement.

Il est même complètement dans la ligne des deux qui l'ont précédé. L'auteur-illustrateur français, y poursuit tout simplement son travail sur l'imagier avec sa technique de prédilection, la sérigraphie.



L'imagier des gens
Blexbolex
Albin Michel Jeunesse
2008
Précieuse leçon d'humanité que cet imagier au superbe graphisme composé d'aplats colorés juxtaposés. Dans les doubles pages se suivent toute une série de gens, jamais désignés par leur appartenance ethnique, mais par leur statut ou leur activité. On peut les identifier chacun, deviner le fil qui les relie, réfléchir aux idées qu'ils font naître, penser à soi, aux autres, à la vie. Le livre a reçu le Prix 2008 du Plus beau livre du monde!




Trois doubles pages de "L'Imagier des gens". (c) Blexbolex/Albin Michel.



Saisons
Blexbolex
Albin Michel Jeunesse
2009
Illustrateur surdoué, Blexbolex poursuit son exploration de l'imagier. Chaque image, sur simple ou double page, est uniquement accompagnée d'une légende la désignant. Après avoir présenté successivement les quatre saisons dans le même paysage, il précise son approche par diverses caractéristiques. "Un bourgeon", "une hirondelle", "une graine", "une pousse", "une asperge", "une fraise", etc., voilà le printemps. Mais pas tout le printemps! Il reviendra au cours des trois autres cycles de saisons qui composent ce livre subtil et original, mariant regroupements thématiques et sauts dans le calendrier. Jouant parfois avec le principe du marabout-bout-de-ficelle. Les plus attentifs repéreront des similitudes entre décors, objets et personnages, mais ce n'est pas essentiel. Cet album au graphisme magnifique est idéal pour s'ouvrir à la Beauté.




Trois doubles pages de "Saisons". (c) Blexbolex/Albin Michel.


Qui est Blexbolex?
Né dans le nord de la France, à Douai, en 1966, Bernard Granger – il prendra le pseudonyme de Blexbolex en publiant –  file vers le sud à
17 ans, pour étudier. Tenté par la bande dessinée, il entre à l'école des Beaux-arts d'Angoulême, mais en section la peinture.

Très vite, l''école l'ennuie. Il part faire son service militaire à Berlin. "Une ville contrastée, dure", dit l'invité des XVIIes Rencontres de la bande dessinée et de l'illustration de Bastia."Une ville étonnante parce qu'elle était bien sûr coupée en deux par le mur, mais aussi partagée en quatre entre parties française, anglaise, américaine et russe."

Il revient à Angoulême, termine ses études, rencontre la sérigraphie. Elle deviendra sa voie. Actuellement, l'auteur-illustrateur vit à Leipzig mais  sait qu'il retournera à Berlin.

Ces allers-et-retours caractérisent aussi son travail, constamment partagé entre bande dessinée et album, entre image et texte, entre revues et livres. Même si Blexbolex a aujourd'hui défriché son terrain: "Pour moi, le dessin n'est pas un contour avec du trait. C'est plus comme de la pâte à modeler où je peux enlever ou ajouter des parts. Les aplats sont pour moi une nécessité. Il m'est évident de découper une image par ses traits."

Son œil d'imprimeur ne passe rien aux livres de lui que l'on publie. "Je suis toujours assez déçu du résultat",avance-t-il, l'air de rien, même pas caché derrière ses lunettes rondes, "parce que je sais qu'on pourrait faire mieux. Un livre, c'est entre un mois et un an de travail. Je ne suis jamais content, sauf des deux imagiers que j'ai publiés chez Albin Michel Jeunesse."

Le premier, "L'imagier des gens", a frappé dès sa parution par la qualité de sa recherche graphique et son accessibilité. Quelle clarté dans la couleur et dans la forme des images, pas nécessairement aussi "rétro" qu'on le dit régulièrement. "Mon inspiration est quotidienne. Je regarde des gens et des choses. Cela se répercute dans mon imaginaire. Comme je n'ai pas de mémoire photographique, je dois trouver des codes. La démarche des artistes des années 20 et 30 est de l'ordre du réflexe pour moi. "L'imagier des gens" est un livre à la limite de l'utopie, avec son idée de couple dès le départ et sa construction en spirale où les univers des gens s'éloignent de plus en plus les uns des autres."

L'autre imagier, superbe lui aussi, "Saisons", paraît plus scénarisé. "Le livre est totalement différent de son intention. Pour parler du temps, on a besoin de souvenirs. C'est la mémoire qui crée le temps."

Auteur de l'affiche des XVIIes Rencontres de la bande dessinée et de l'illustration de Bastia (2010), Blexbolex en dit: "Je me suis amusé à m'autoparodier, tout en faisant un clin d'œil aux affiches anciennes vantant des croisières. Dès le départ, je savais que la typo devait intégrer l'illustration."



lundi 2 avril 2012

LE ravie de ses quatre jours à Bastia

Retour des remarquables Rencontres BD à Bastia qui mêlent bande dessinée et illustration jeunesse.
Glané au passage chez les super Suisses de l'atelier de sérigraphie Drozophile, la feuille qu'a tirée Olivier Douzou himself.


Bûcheron en morceaux d'après de débitage sérigraphique de Jochen Gerner mis en stères par Christian Humbert Droz.